Dès le plan d'invasion de février 2022 de l'Ukraine par la Russie poutienne, la logistique a été une cible des forces armées russes : le dirigeant de la poste ukrainienne était sur la liste des personnalités à abattre, les véhicules et bureaux postaux publics et aussi un entrepôt postal privé délibérément ciblés,... Et l'Ukraine a répliqué en ciblant particulièrement le pont routier et ferroviaire de Kerch entre Crimée annexée et reste de la Russie, et de plus en plus souvent les raffineries et dépôts d'hydrocarbures : pas de carburant, pas de circulation.
En cet été 2026, le colis devient un des principaux nerfs de cette guerre.
Comme écrit sur ce blog, de nombreux professionnels, institutions publiques ou simples habitants d'Ukraine se sont tournés vers les plateformes de commerce en ligne pour exporter, et ainsi trouver chiffres d'affaires et revenus fiscaux à leur pays.
Pendant la seconde moitié de juillet dernier, les forces armées ukrainiennes ont bombardé une poignée des deux cents entrepôts de Wildberries, décrit par les journalistes comme le « Amazon russe », le fameux supermarché-bazar-place de marché états-unien. Créé en 2004, l'entreprise russe dessert une partie des anciennes républiques soviétiques, des pays d'exportations potentielles en Europe occidentale et aux Émirats arabes unis, et dernièrement, des pays d'Afrique.
L'effet a sidéré de nombreux petits entrepreneurs russes qui ont vu partir en flammes et fumées leurs stocks, représentant leur activité principale ou un revenu complémentaire permettant la survie. Le vingt-quatre juillet, Pjotr Sauer du Guardian rapporte les paroles de colère et de désespoir de deux entrepreneuses devant les entrepôts touchés... sous couvert d'anonymat des noms de famille. L'une a perdu les manteaux qu'elles comptaient vendre tout l'hiver ; l'autre ces deux stocks de cartes postales artisanales qu'elle crée.
Vers qui cette colère est-elle tournée ?
L'Ukraine... Hypocrites ou aveuglés les Russes ? La réponse du président ukrainien a été rapidement donné : ces entrepôts stockent et expédient des pièces détachées et des objets utiles à la guerre des drones et à l'équipement individuel des soldats. Pour l'Ukraine, cela en fait des cibles légitimes.
Leur propre président... Dangereux comme attitude, surtout qu'il n'a pas l'air de vouloir cesser cette guerre, multipliant les bombardements de lieux emplis de civils ukrainiens.
La fondatrice et dirigeante de Wildberries : onze jours avant la première attaque, les conditions contractuelles entre les commerces accueillis et le groupe ont été modifiées pour réduire les dédommagements en cas d'événement de force majeure... Un acte de guerre par exemple ?
Les témoins expliquent qu'elles n'auraient reçu que l'équivalent d'un pour cent de la valeur des productions détruites.
Attention, ce n'est pas la première fois que le secteur logistique est affecté à une échelle continentale (l'immensité russe), même si l'événement précédent a coûté bien peu, mais aurait pu avoir des conséquences catastrophiques.
En juillet 2024, trois colis piégés avait explosé en transit dans les bases logistiques des aéroports de Birmingham (Royaume-Uni), Leipzig (Allemagne) et Varsovie (Pologne) - incendie sans dommage ni blessé. L'enquête avait permis de découvrir au sein de l'appareil étatique russe un complot contre la logistique européenne et nord-américaine, qui aurait pu entraîner des explosions d'aéronefs en vol.
La Russie informée aux niveaux administratifs et ministériels semblait avoir fait cessé ces pratiques après mars 2025. Et, depuis, je trouve que les sites de suivi des colis sont moins loquaces sur la localisation précise des points de passage.
Apparemment, cela reprendrait du côté européen : hier mercredi cinq août 2026, deux drones typiques de la guerre Russie-Ukraine, dont un contenant un explosif de type militaire, ont été découverts dans la partie logistique ou en vol au-dessus de l'aéroport de Leipzig, trois jours après de nouveaux bombardements ukrainiens sur des entrepôts de Wildberries en Russie, dimanche.
Dan Sabbagh, spécialiste des questions défense et sécurité du Guardian, analyse les trouvailles de mercredi à Leipzig, ce jeudi cinq août, rapportées par la presse allemandes et en interrogeant des spécialistes britanniques.
Le premier drone, avec explosifs mais un détonateur défectueux, a été découvert au sol, en extérieur, dans la zone aéroportuaire, à proximité des avions gros porteurs ukrainiens, présent en Allemagne depuis la destruction de la base Hostomel en 2022. Ces derniers sont entretenus à Leipzig. Le second a heurté en vol un avion de DHL, sans dommage majeur.
L'origine russe et étatique est fort probable, même si les précédents de l'été 2024 et mars 2025 interrogent sur le niveau de décision : agents infiltrés autonomes, initiative d'un service ou d'un ministre, du sommet même ? Le plastic trouvé est employé par les armées et les groupes terroristes d'importance, et ni ce plastic, ni la quantité d'explosifs (huit cents grammes) ne sont à la portée de pilotes de drones amateurs russophiles.
Les cibles sont nombreuses. Certes, la destruction d'avions et de possibles entrepôts liés à l'Ukraine et ses forces armées seraient une réponse aux entrepôts de Wildberries... Mais avec quelle intensité puisqu'une telle attaque sur le sol allemand aurait des répercussions géopolitiques et militaires aussi graves qu'imprévisibles (en tout cas pour le simple citoyen que je suis) ?
Ou, avec le deuxième drone et l'avion DHL, est-ce un avertissement ferme aux pays européens et aux États membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Leipzig est par DHL un hub continental du transport logistique civil donc, mais aussi militaire pour l'OTAN et les armées allemandes.
Un des experts interrogés par Dan Sabbagh doute de l'hypothèse du seul avertissement ; pour lui, ainsi que le ministre fédéral de l'Intérieur, le drone trouvé au sol était fait pour exploser.
S'ajoutant aux missiles et drones endommagés tombant sur les territoires des membres de l'Union européenne, aux trajectoires de vol et de navigation provocatrices de l'armée de l'air et de la marine russe tout autour du continent européen.
Compléments du vendredi sept août 2026 :
Publié sur le site web mercredi cinq et présent dans la version imprimée ce vendredi, un article du Figaro, quotidien français, permet de compléter mon résumé, notamment sur le drone qui a heurté un avion-cargo DHL en vol. Quelques incises ont été ajoutées dans le texte ci-dessus.
Le vol DHL se trouvait à plusieurs centaines de mètres d'altitude au moment de la collision et alors que l'aéroport de Leipzig était interdit d'accès avec la découverte du drone explosif. Il a atterri à l'aéroport de Hanovre au nord-ouest.
Le lien entre les deux drones est en cours d'investigation.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire