Attention au divulgâchage pour ceux qui n'ont ni lu le roman Le couperet de Donald Westlake (1997), ni vu les adaptations cinématographiques de Costa-Gavras (2005) et de Park Chan-wook (2025).
Depuis maintenant un quart de siècle, la démocratisation de l'accès aux réseaux de télécommunication et la capacité de ceux-ci à transporter des données de plus en plus volumineuses et rapidement a lancé ce grand débat de ce qui doit rester sur papier de ce qui peut être relégué à des fichiers numériques.
De là, des conséquences nombreuses ont jailli : effondrement du courrier individuel, développement de la vente individuelle par correspondance...
Mais, comme le rappelle la date de publication du roman The Ax de l'États-Unien Donald Westlake (1933-2008), cela arrive au terme d'une évolution industrielle qui recherche le remplacement de l'ouvrier par la machine... depuis les lourdes charges désormais déplacées par la force de la vapeur jusqu'à l'automatisation avec des robots rendus de plus en plus autonomes par leurs capteurs et les logiciels d'interprétation.
C'est dans ce cadre donc que se place Le Couperet, titre français du roman de Westlake et du film de Costa-Gavras. Pour résumer : un ingénieur papetier, passionné par son métier, le perd dans une des inspirations dont le capitalisme a le secret. Plusieurs mois plus tard, toujours au chômage, le héros décide de rechercher et d'éliminer les concurrents pour cet emploi très spécialisé.
En 1997, la fusion d'entreprises motive le licenciement ; en 2005, c'est la délocalisation de l'usine française vers la Roumanie. En 2025, en Corée, Yoo Man-soo refuse de licencier les membres de son équipe que les actionnaires états-uniens veulent remplacer par l'intelligence artificielle.
Note sur la suite : je n'ai vu en février 2026 que le film franco-coréen... La médiathèque va permettre de mettre les yeux sur le film franco-européen de 2005. Le roman original ou traduit, cela va être plus coton.
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| Affiche française du film Aucun autre choix de Park Chan-wook, adaptation du roman de Westlake (2025). |
Quel rapport entre ce film critique du capitalisme, de la société des apparences et de la consommation, devenant une forme de comédie noire (on ne s'improvise pas assassin) et la philatélie ?
L'expression explicite et répétée de cette passion pour le papier, bien fabriqué, aux qualités choisies selon l'usage,... à l'incompréhension des épouses des chômeurs papetiers qui encouragent vainement leur reconversion professionnelle.
Dès la première scène, le héros apprécie en famille le lot d'anguilles fraîches offert par son entreprise... mais pas le papier utilisé pour écrire le mot de remerciement. Le spectateur comprend rapidement qu'anguilles et papier sont deux indices du drame à venir : il va devoir choisir entre la loyauté envers ses collègues ou rester seule tête humaine à la tête d'une usine intelligente.
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| La scène de sortie du bureau de poste au tiers du film de Park Chan-wook (2025). |
Une fois au chômage et découvrant que les autres entreprises papetières de la région ont des places limitées pour un cadre brillant... Yoo Man-soo décide de retrouver tous les ingénieurs comme lui, identifier ceux meilleurs que lui, et les tuer.
La glorification du papier et de son rôle atteint à ce moment du film son apogée : publication d'une fausse annonce d'embauche pour une nouvelle entreprise papetière, insistant sur le choix de la correspondance écrite, du choix du papier pour celles-ci afin de sélectionner ceux qui maîtrisent véritablement cette production et son importance sociale.
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| Des enveloppes sans timbres-poste... L'amour du papier a des limites. |
Un court moment, le film quitte les villas isolées dans la forêt des papetiers chômeurs... pour le bureau de poste. Le héros en sort avec une débordante masse d'enveloppes arrivées dans une boîte postale. Il déverse le contenu dans les bras de sa fille (personnage étonnant) qui attendait dans la voiture.
Hélas pour les amateurs de timbres-poste : étiquettes à code-barres, timbre préoblitéré de machine à affranchir,...
Le soir, dans sa serre, commence le tri... notamment le dossier du plus grand concurrent avec lettre de motivation tapée sur une vieille machine à écrire après une sélection du papier à lettre le plus approprié à cette mission de retour à l'emploi rêvé.
J'arrête là le récit puisque la suite du film sera les péripéties de trois papetiers, leurs épouses, leurs enfants, un inspecteur de police, de nombreux retournements de situation...
Le film, titré en coréen 어쩔수가없다 (approximativement Je ne peux pas m'en empêcher) et No Other Choice / Aucun autre choix en Europe, a été montré au festival italien de la Mostra de Venise 2025, sorti en Corée du Sud en septembre 2025, et en France le onze février 2026.



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