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lundi 5 mai 2025

Colis et droit de douane : seulement un problème chinois ?

 Dans la presse, les journalistes ont rapporté, ces derniers mois, une décision en cours d'implémentation du président des États-Unis et un début de tournée diplomatique française au sein de l'Union européenne. Les deux ayant en commun la croissance du nombre de petits colis en provenance de « l'atelier du monde » : la République populaire de Chine.

Sont visées en particulier deux plates-formes : Shein et Temu qui, par elle-même ou les entreprises qui louent leur logistique électronique et postale, proposent à vils prix tout le nécessaire du consommateur mondial : de l'indispensable pièce à l'unité d'une réparation électro-ménagère à l'inutile énième gadget ou vêtement à vie courte...

Aux centres de tri postaux des aéroports internationaux européens et nord-américains : ça déborde en nombre, en masse et en coûts non réciproques. Car l'individualisation des achats a provoqué une véritable explosion du nombre de colis, avec une poste chinoise qui paraît ne pas ressentir le besoin d'augmenter ses tarifs internationaux pour rétribuer ses partenaires étrangers.


La Chine populaire bénéficie toujours d'un des statuts de pays en développement au sein des accords de l'Union postale universelle. Donald Trump l'avait signalé à juste titre (pour une fois) lors de son premier mandat et, pour le second début février 2025, il avait donné l'ordre à l'United States Postal Service de bloquer pour taxation douanière tout colis chinois...

... avant de revenir en arrière : appliqué cela sans préparation ? L'USPS et même les douanes n'avaient ni les espaces de stockage, ni la machinerie humaine, informatique et d'étiquetage.

Cela va prendre fin bientôt : peu importe leur valeur et leur nombre, tout colis entrant aux États-Unis sera taxé : les importateurs, les consommateurs qui vont le découvrir et les compagnies de livraison (en charge de récupérer l'argent) tirent la moue. Les grossistes, industries et commerce concurrencés sourient un peu et espèrent.


Côté Union européenne, la Commission européenne est déjà saisie du dossier pour une réforme de l'union douanière d'ici 2028 : consultation des acteurs, rédaction du texte législatif, adoption par les Conseils des ministres concernés des vingt-sept États membres et par le Parlement européen. La réforme établirait des frais de gestion et taxes minimums sur chaque petit colis.

Sauf que le gouvernement français veut accélérer le mouvement par des politiques nationales coordonnées : la nouvelle barrière trumpienne, qui accroît les taxes douanières accrues sur les produits chinois depuis sa prise de mandat, risque de reporter le flux vers le marché unique européen.

Outre que lorsque les Douanes françaises ciblent des colis de ces plates-formes, ils tombent plus souvent que la normale sur des objets dangereux, hors-normes européennes, voire de faux timbres-poste, le problème est que la moitié de ces colis hors-UE d'une valeur déclarée de moins de cent cinquante euros passent la frontière française sans taxe.

Les budgets étatiques européens, particulièrement français, auraient besoin de ces sommes pour financer les douanes et bien d'autres choses.

Par contre, je ris jaune quand je lis donc dans la presse que la majorité de mes concitoyens consommateurs reçoivent sans taxe des produits chinois... alors que début 2025, quatre envois de pièces de monnaie de circulation britannique et néo-zélandaise sous emballage cartonné illustré pour collectionneur, expédiés par les instituts de frappe monétaire qui les ont mis en vente, ont pris leur vingt et quelques pour cent de taxe sur la valeur ajoutée...

Bon, le set annuel de pièces de Gibraltar et une commande de textile ukrainien y ont échappé au printemps, ainsi que les livres commandés à une marque de librairies britannique pour échappé à Amazon.

Mais, si taxe des petits colis importés hors-Union européenne il doit y avoir, j'apprécierais un peu d'équité dans la politique demandée aux Douanes dans le choix des produits surveillés. En effet, combien de créateurs, fabricants et vendeurs de différents secteurs tués à petit feu par ces flux de qualités variés ? Je ne pense pas la Monnaie de Paris menacée par mes commandes début 2025.

Car, attention, la Chine est une puissance économique émergente, voire avancée (mais refusant le statut avec les devoirs qui vont avec) pour certains économistes, et donc même les produits de qualité seront victimes de la concurrence par colis interposé : un journaliste du mensuel Canard PC a découvert un fabricant d'équipements de jeu vidéo simulateur de vol aérien d'une qualité qu'il n'aurait pas imaginée à ce prix, ni pour cette origine-là. Une partie des consommateurs chinois montent en gamme eux aussi.


Qu'ils contiennent des objets en « chinoisium » ou de haute qualité, les colis importés n'ont pas fini de faire parler d'eux : quelle sera la réaction de Xi Jiping quand ces frais européens seront en application ?


Un des derniers articles avec moultes statistiques dans Le Figaro le trente avril 2025.

mercredi 26 mars 2025

La libération électrique des États baltes

 Le samedi huit février 2025, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont déconnecté leurs systèmes électriques de celui de la Fédération de Russie. Après vingt-quatre heures en autarcie, le réseau balte a été connecté au réseau de ses voisins de l'Union européenne et partenaires.

Le titre officiel de l'émission est géopolitiquement le plus positif : la Synchronisation du système énergétique baltique avec l'Europe.

Le timbre de Lettonie sur l'enveloppe premier jour du sept mars 2025.

Un mois après la réussite de l'opération, la poste lettone (Latvijas Pasts) a émis un timbre de 2,54 euro, le tarif de la lettre simple vers l'Europe - et vingt-quatre centimes au-dessus de la lettre basique intérieure.

L'illustrateur Māris Upenieks a représenté des moyens de production : hydroélectricité, solaire ; un réseau de connexion par des segments et un pylône ; et enfin les usage à travers une bouilloire électrique - thématique électro-ménager et préparation de boissons chaudes !

L'enveloppe premier jour au collage du timbre particulièrement précis...

Outre l'importance géopolitique de l'événement - se détacher de la Russie agressant l'Ukraine et intégrer davantage l'Union européenne -, la réalisation de l'enveloppe premier jour montre un souci du détail : les flèches coupées en milieu des bords latéraux du timbre sont reconstituées sur l'enveloppe aussi précisément que sur le feuillet de dix timbres.

Le timbre est gommé... Bravo si c'est un travail manuel sur quelques centaines d'enveloppes.

La boutique philatélique lettone est accessible en anglais à cette adresse. Elle est aussi membre de la place de marché philatélique et numismatique WOPA+.

mardi 3 août 2021

Nouveautés postales de juin-juillet 2021 : plastique et douane

 Depuis début mai pour l'une et début juin pour l'autre, deux nouveautés marquent mon courrier en provenance de l'étranger - et par la lecture de forum de collectionneurs le courrier à destination du Royaume-Uni. L'une étant douanière, on penserait que les médias généralistes l'auraient largement évoquée... mais, en Europe, elle s'est entre-mêlée avec la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne...

Ainsi, avec les enveloppes de périodiques auxquels je suis abonné, voici ma compréhension de ces phénomènes.

Depuis début juin, les nouveaux films d'emballage du magazine Spirou en papier : c'est écrit dessus.

Le plus simple paraît être le passage à l'emballage environnementalement correct : depuis début juin 2021, le plastique dérivé de pétrole paraît être désormais banni comme matériau d'enveloppement des magazines et revues envoyés par voie postale.

Message apparu dernièrement sur la feuille d'expédition de Gibbons Stamp Monthly concernant la nature de l'emballage « plastique » qui enrobe le mensuel.

L'hebdomadaire de bandes dessinées Spirou est passé du film plastique au « papier recyclable » comme imprimé dessus, donc à jeter dans la poubelle dédiée. Côté britannique, Gibbons Stamp Monthly indique que son nouvel emballage en amidon de pommes de terre est compostable.

... Britannique ? Oui, aussi, donc j'imagine que ce changement est issu de la réglementation de l'Union européenne[2] contre les plastiques à usage unique. Que le Royaume-Uni a maintenu malgré la sortie : soit parce qu'il était obligé de l'imposer à ses entreprises tant qu'il était membre de l'Union (31 janvier 2020) puis temporairement du Marché unique (fin le 31 décembre 2020), soit parce que ce pays exportateur de plastique jeté[1] a compris son intérêt de réduire le problème des déchets à la source.

Plusieurs autres expéditeurs de publications sont passés du plastique à l'enveloppe papier standard.


Cependant, ce changement a eu lieu en même temps qu'une modification des règles de déclaration douanière sur les achats à l'étranger.

Enveloppe en papier désormais pour le numéro de juin 2021 du London Philatelist avec déclaration douanière CN22.

Là, c'est la revue de la Royal Philatelic Society London qui illustre le double changement. Le numéro de mai 2021 est encore sous film plastique mais la fiche postale porte désormais une déclaration douanière CN22. Le mois suivant (illustration ci-dessus), passage à l'enveloppe papier et collage d'une déclaration. Et, début août, pour le numéro estival :

Pour le numéro juillet-août 2021, plus de déclaration douanière.

, la déclaration douanière a disparu. 

Le changement d'août étant peu surprenant : les magazines de kiosque britanniques n'avaient pas inclus cette déclaration au printemps. La Société philatélique royale a dû préférer la prudence face à une incompréhension assez générale.

Car, le problème provient d'une nouvelle règle imposant depuis le premier juillet 2021 de déclarer en douane la valeur de tout envoi à destination de l'étranger sans plancher de valeur alors qu'auparavant il y avait une tolérance en-dessous d'une certaine somme.

Mes lectures au fil de l'eau - entre les rares conseils aux consommateurs de la presse régionale et les interrogations sur les forums de collectionneurs - sont insatisfaisantes et demanderaient une exploration de sources institutionnelles et professionnelles pour comprendre l'origine du changement et envisager la part du Brexit pour les envois entre Espace économique européen (le Marché unique étendu à quelques voisins) et le Royaume-Uni, faute d'accord de libre-échange de même niveau que le Marché unique.

Tantôt, c'est la réglementation de l'Union européenne qui aurait changé, permettant aux États-membres de trouver des ressources fiscales et de mieux contrôler les importations en espérant que les expéditeurs dédouanent à l'envoi - ce que les fiscs britanniques et européens espèrent beaucoup pour fluidifier les échanges post-Brexit.

Tantôt ce serait un changement dans les règles communes décidées au sein de l'Union postale universelle... Je ne suis pas allé voir les institutions internationales des douanes, administrations étatiques qui auraient pu insister sur l'uniformisation à tout envoi à l'échelle mondiale.

Une règle si mystérieuse que le service philatélique espagnole a placé une déclaration CN22 sur un envoi circulant au sein du Marché unique en avril dernier...

Par-dessus, en Europe, s'est ajouté le Brexit : tous les exportateurs d'Europe et du Royaume-Uni ont découvert les formalités douanières que le Marché unique avait supprimé. Plus le fait qu'il existe deux formulaires selon les cas : CN 22 et CN 23... avec forte incitation à le remplir en ligne.

Sur le forum philatélique anglophone StampBoards, cette nouvelle règle s'est immédiatement focalisé sur les envois et réceptions britanniques. Outre la déclaration de valeurs, c'est surtout qu'il faut désormais à l'État britannique définir les taux de taxation selon les objets... dans un contexte euro-britannique où les usagers n'ont plus l'habitude de gérer ce genre de tracas.

Les images ci-dessus montrent la perplexité des expéditeurs au printemps quant les consignes ont été diffusées. Le magazine offert aux membres de mon association est-il à déclarer ? Mon envoi habituel au sein du Marché unique doit-il être déclaré ?

Pour le dernier cas espagnol d'avril 2021 (illustration), on notera qu'ensuite en juin, ni la poste portugaise, ni Royal Mail n'ont placé de déclaration CN22 à mes commandes de timbres. Ce qui rassure au sein de l'Union, mais qui interroge sur les relations commerciales avec le Royaume-Uni : cette tolérance vaudra-t-elle pour la commande d'un livre, de chocolats d'artisans, de disques vynil ?

Étiquette postale et déclaration douanière sur colis des États-Unis pour la France, en date du vingt-quatre septembre 2020.

Surtout quand la réputation des commandes hors-Union européenne est d'être une loterie mystérieuse.

À part le distributeur Amazon et quelques vendeurs prudents des plates-formes de type eBay qui vous font avancer les frais de dédouanement (et rembourse le trop-perçu ensuite), l'arrivée d'un colis non dédouané lointain peut être rapide comme celui illustré de septembre 2020 : trois double albums vinyl tout de même.

Alors que je n'ai jamais vu la couleur, ni même la facture de La Poste pour un colis de valeur équivalente saisi par la douane française à l'été 2019 et pour lequel je n'ai jamais compris pourquoi La Poste n'a jamais laissé un avis de passage avec cause et montant du dédouanement... Oui, le centre de distribution de Saint-Jean-de-Védas, c'est de vous dont je parle : je vous adore habituellement, mais pour ce colis états-unien de 2019, pourquoi me laisser un message téléphonique demandant à être rappelé téléphoniquement sans jamais répondre audit numéro... ni laisser d'avis de passage !!! >:(


Bref, ma fainéantise m'empêchant d'aller explorer les archives de l'Union postale universelle, de la Commission européenne, des douanes de quelques pays, ou les publication des professionnels de l'expédition, j'attendrai que les rubriques d'aide aux consommateurs ou la presse économique expliquent lorsqu'il y aura un ras-le-bol des particuliers européens expéditeurs ou destinataires quand les livraisons seront retardées et rendues fort coûteuses.

En attendant, tout cela risque de m'inciter à passer par des entreprises pratiquant le dédouanement pour les achats britanniques... donc les plus grosses... donc Amaz... Sauf si les commerces indépendants signalent clairement que le dédouanement est tarifé au départ et ne sera pas une surprise à l'arrivée.


[1] : Ne jetons pas la pierre de suite aux Britanniques : pourquoi, d'après vous, le bannissement du plastique jetable a débuté il y a quelques années en commençant par les sacs de supermarché ? À l'époque, c'est la République populaire de Chine qui a mis le holà sur l'importation de plastique jeté étranger par ses industries ayant besoin de matières premières... Étrangement, ce problème issu des Trente Glorieuses (bouteilles en plastique, sur-emballage, etc.) a trouvé une solution politicienne extrêmement rapidement... en dehors de quelques marchés exportateurs et de malheureux habitants de pays importateurs. Preuve que les politiciens libéraux savent faire dans l'« écologie punitive » quand ça leur convient.

[2] : Ajout du lendemain, mercredi quatre août 2021 : ... de l'Union européenne puisque je viens de recevoir The American Philatelist sous plastique depuis les États-Unis.