mardi 25 août 2015

Adieu au demi-penny en pièces et timbres

En mai dernier, lors de l'exposition européenne London 2015, j'ai acheté deux souvenirs numismatiques à prix bradés, une livre sterling chacun.

Si le premier, présenté jeudi dernier, respecte peu les pièces de monnaie collées à même le support ; le second maltraite les timbres et met en valeur les pièces.
Face avant du souvenir Farewell to the Half Pence.
L'origine, si elle est connue, ne se trouvera pas sur l'objet anonyme, ni même sur la page Sets du site Jersey Coins and Banknotes de H.K. Frears, spécialisé dans les moyens de paiement de Jersey.

Est marquée la disparition de la pièce d'un demi-penny décimal, en bronze, apparue en 1971, frappée pour la dernière fois en 1984 et démonétisée à la fin de cette même année.

Trouver des pièces en assez bon état ne devait pas être difficile, j'imagine : échange une plus grosse pièce contre des rouleaux de demi-pence.

On s'interrogera sur le choix des territoires : Grande-Bretagne et Irlande normal - même si la pièce irlandaise survivra jusqu'en décembre 1986.

Les Dépendances de la Couronne pas trop difficile de s'y rendre ou à leur représentation londonienne... Mais pourquoi les îles Falkland ? Et pas Gibraltar bien plus proche ? Parce que le Rocher ne frappe ses propres pièces que depuis 1988 et n'a connu que les demi-pence britanniques.

Oublions les territoires d'outre-mer britanniques des Antilles dont l'histoire monétaire est dans la complexité du système métallique des Amériques, multiplié par le nombre des territoires et des choix possibles, à lire la page de la Wikipédia en anglais sur le dollar des Indes occidentales britanniques.

Face arrière - et elizabethaine - du souvenir.
Les millésimes des pièces est au bonheur la chance depuis 1971 pour Guernsey à 1982 pour le Royaume-Uni, en passant par 1977 Man et un trio de 1980. L'exemplaire de Frears possède une pièce de Jersey de 1981.

Les timbres sont identiques et paraissent être les derniers d'usage courant à cette valeur, aussi aisés à se procurer en quantité, sauf pour les îles Falkland.

Le Machin est celui de 1971 (le prédécimal de 1968 était orange-brun ou brun-orange, j'ai du mal avec les sous-nuances), il faut étudier le papier et sa phosphorescence pour préciser le tirage. Pour les Dépendances, de 1978 à 1981, dans des thèmes locaux : paysages à Man, anciennes monnaies à Guernsey et blasons familiaux à Jersey.

Pour l'Irlande, c'est l'émission des animaux stylisés de 1968-1969 qui a été choisi, mais pas la réémission pour la décimalisation 1971 en bleu et sans le « p » qui aurait été plus logique. Il se peut que le stock du pré-décimal ait été plus important chez les marchands, surtout que la série architecture de 1982 ne comprend plus cette valeur.

Le carton avec surface simili-cuir est épais et solide, la pochette en plastique visiblement efficace. eBay interdit de lire depuis la France plusieurs annonces britanniques de ce souvenir (?!) dont les pièces sont toujours décrites comme n'ayant pas circulé. Néanmoins, un exemplaire australien est proposé à un peu moins de treize dollars locaux, soit environ huit euros.

À savoir si des collectionneurs ou des marchands européens ont pensé à créer ce genre d'objets pour le passage des monnaies nationales à l'euro - ou se sont contentés de spéculer sur les souvenirs timbro-monétaires des postes et monnaies nationales ?

jeudi 20 août 2015

Souvenir cyclisto-numismate

Le temps que la bicyclette parvienne à une forme sécurisante et des engrenages efficaces, il y eut plusieurs modèles qui paraissent expérimentaux à nos yeux, mais qui furent des prouesses dans une seconde partie du dix-neuvième siècle industrieux et innovant.
Souvenir Penny Farthing (le relief des pièces a empêché le scan de faire le point sur le carton imprimé).
De par sa roue avant démesurée, le Grand-bi est nommé Penny Farthing en Angleterre, même si la proportion entre les deux pièces de bronze à partir de 1860 est moins importante que celle entre les deux roues.

Le souvenir ici présenté a été trouvé sur le stand du seul brocanteur philatélique présent à London Europhilex 2015, en mai dernier. Tout à des petits prix ronds : une vieille édition du catalogue d'Aurigny de Peter E. Newell, deux souvenirs numismatiques chacun pour une livre pour moi, des lots d'enveloppes anciennes pour cinq livres les cinquante, des albums évidés du meilleur à une, deux ou cinq, etc.

Le grand-bi est à la mode dans les années 1860-1870, mais ce souvenir en papier cartonné ne présente pas des pièces de monnaie victoriennes. Elles sont certes en bronze, mais le penny est du millésime 1964 et le quart-de-penny (farthing) est de 1944.

Petite qualité numismatique donc, surtout que les pièces sont collées sur le carton. Aucune information ne permet de retrouver l'origine individuelle, marchande de l'objet : commémoration du grand-bi pour le centenaire de son invention ? De la décimalisation de la livre sterling en 1971 et donc recyclage des vieilles pièces ? Ce n'est pas pour la fin du farthing qui a lieu en 1956.

Ou simple amuse-touriste visitant une boutique de souvenirs en plein Londres dans les années 19?? ?

D'autres souvenirs autour de ce vélocypède et d'une qualité meilleure (avers et revers apparents grâce à une plaque cartonné recouvert de plastique) se retrouvent sur les sites de vente : amazon ou eBay (liens fonctionnels au moment de la publication). Ils sont proposés entre treize et vingt livres sterling... à voir si les pièces sont de circulation et dans quel état d'usage.


Note : revoir comment la petite pièce et son oiseau inspirent une série de romans uchroniques.

vendredi 14 août 2015

Résulats d'examen et courrier au Royaume-Uni

Hier, jeudi treize août 2015, les lycéens anglais, gallois et nord-irlandais ont reçu leurs résultats aux A-levels, l'examen qui achève les études secondaires et, selon les disciplines choisies et les notes reçues, permettent l'accès à l'enseignement supérieur -... ou à la vie active de suite - pour lequel les inscriptions de la majorité commencent désormais.

Loin du système français de l'orientation post-bac connue, pour la majorité, le premier jour du baccalauréat, et qui est bouclée pour la quasi-totalité lors des résultats de cet examen début juillet. Et très loin dudit baccalauréat qui concernent presque tous les élèves français - hors voie professionnelle courte (CAP) et ceux partie en apprentissage - sur une large gamme de disciplines là où le système britannique voit beaucoup s'arrêtaient au GCSE en fin de scolarité obligatoire deux ans avant, et permet à ceux visant des études supérieures de sélectionner et bachoter uniquement quelques disciplines vers ce but.

Appel à photographies et témoignages avant la journée fatidique sur le site du Guardian, illustrée d'étiquettes de sacs postaux (copie d'écran du treize août 2015, photographie centrale de Fiona Hanson).

Le suivi heure par heure sur le site du quotidien The Guardian a montré des élèves heureux de se photographier avec leurs fiches de résultats récupérés, comme en France, dans leurs établissements-centres d'examen.

Néanmoins, la photographie de Fiona Hanson choisie pour l'appel à ces témoignages est légendée ainsi : « A-level resultats labels on mail bags containing exam resultats for the London area ready for dispatch ». Ils semblent que tous ont reçu tout de même ces résultats à leur domicile par courrier postal.

En effet, bien que le journal a montré hier des images de sites web d'université annonçant directement aux lycéens leur affectation, les séries télévisées britanniques comme états-uniennes font leur miel de l'épisode où l'un des personnages attend avec impatience le courrier papier, affranchi d'un timbre-poste ou d'une marque d'affranchissement, lui annonçant résultats d'examen ou entrée à l'université.

L'exemple britannique peut être le dernier épisode de la deuxième saison de Skins, diffusé par Channel 4 le quatorze avril 2008. La série qui a duré six saisons et une mini-saison supplémentaire de 2007 à 2013, a présenté successivement trois groupes d'adolescents à l'âge du lycée et leurs affres...
Au cours des premiers instants de l'épisode, un facteur dépose au petit matin les enveloppes A-level Results Enclosed dans les boîtes aux lettres des personnages (copie d'écran à partir du DVD) et une empreinte 1st class rouge de Bristol.

Pour le premier groupe d'acteurs dont l'épisode des A-levels concluaient les aventures, c'est progressivement l'interrogation sur la relation entre les personnages et leurs parents qui étaient finalement interrogés dans l'explosion adolescente tous azimuts.

La scène la plus calme restant celle du cercle autour du feu de camp où, chacun leur tour, sont ouverts les enveloppes contenant les résultats qui vont déterminer la résolution des intrigues en cours, une forme de retour à la normale souhaitée par les adultes pour l'un, le statu quo bordélique pour l'autre, tout lâcher et partir retrouvé l'amour disparu quand l'échec à l'examen ferme la porte.


Valeur légale de l'imprimé malgré le coût pour la communauté ? Effet dramatique de l'attente du facteur, de l'enveloppe que l'on hésite tout l'épisode à ouvrir, bien meilleur que l'e-mail qui fit sonner le téléphone portable omniprésent désormais dans les mains de tous les personnages de fiction ?

Le courrier semble avoir encore de beaux jours à passer avec les résultats d'examen, dans les pays anglo-saxons en tout cas.

vendredi 7 août 2015

Énigme philatélique à la télévision russe

Les lecteurs du Figaro daté du lundi trois août 2015 - version web de la veille par ici, ont eu droit à une énigme philatélique en introduction d'un article présentant une émission de la télévision publique russe, Quoi, où et quand ?

Équivalent des Grosses Têtes de RTL version encore plus intellectuelle, les téléspectateurs soviétiques puis russes envoient, depuis 1975, des énigmes qui sont posées en direct à deux équipes, une de téléspectateurs, une d'invités experts. L'histoire de l'émission est intéressante puisqu'initialement présentée en voix off par Vladimir Voroshilov alors qu'il est interdit d'image pour un souci avec le régime...

L'énigme, encore lisible en ouverture de la version web payante de l'article, renvoie à un texte de 1983 de l'Autrichien Friedensreich Hundertwasser, cité par une internaute marquée par une exposition consacrée à cet artiste timbrophile dans un musée parisien pour enfants, le Musée en herbe, en 2013.

mardi 4 août 2015

Pendant ce temps à Londres, loin de Calais

Alors que, ces dernières semaines, les Calaisiens, leurs élus et la presse française redécouvrent qu'une partie des élus et de la presse d'Albion reste perfide avec la Gaule, la vie académique philatélique se poursuit à Londres, comme le montrent plusieurs articles et brèves du numéro daté juillet-août 2015 du London Philatelist, publié par la Royal Philatelic Society London.


Honneurs...

D'un côté, l'ancien conservateur philatélique de la British Libray, David Beech, signale la promotion de Hugh Jefferies au titre de membre de l'Ordre de l'Empire britannique pour services rendus à la philatélie : rédacteur en chef de Gibbons Stamp Monthly et éditeur des catalogues Stanley Gibbons.

Avec une petite énigme : quels sont les autres MBE for services to Philately ? Un participant du forum StampBoards.com a retrouvé dans The London Gazette, le journal officiel britannique : Campbell Paterson, le Stanley Gibbons néo-zélandais, en 1979 et son compatriote Marcel Stanley en 1990 comme officier, Bissoondeal Hazareesing en 1987 (possiblement Mauritien, des limites de Google pour la préhistoire numérique), le conservateur David Beech en 2012, l'auteur Richard West en 2012 dont on peut lire les articles et éditoriaux dans Stamp Magazine

Plus nombreux les philatélistes reçus dans l'Ordre de Victoria, dont les conservateurs de la Collection philatélique royale. Plus encore si, dans les deux ordres, sont retrouvés ceux qui ont des liens plus qu'essentiels avec la philatélie. Les participants de StampBoards.com ont retrouvé cette année Robert Gillmor, artiste de la nature et récemment auteur d'illustration de timbres de distributeur Post & Go ; de Jeffery Matthews en 2004 dans le domaine du graphisme dont les couleurs du Machin, etc.


... et souvenir

De l'autre, c'est l'annonce de la mort, le dix juin dernier, de Charles Wyndham Goodwyn, conservateur de la Collection philatélique royale de 1995 à 2002. Une occasion de relire Nicholas Courtney et de découvrir comment cette collection privée lancée par George V - à coups de ciseaux dans les archives indiennes, prétend la légende.

Auparavant, Goodwyn était un spécialiste de la Chine : empire, les ports de traité dont l'usage des timbres de Hong Kong dans ceux dominés par le Royaume-Uni - avec un approfondissement pour Wei Hai Wei - leurs postes municipales, et la période inflationniste de l'après-guerre sino-japonaise.

Il sera intéressant d'assister, sur place au siège de la Society ou par internet avec les documents mis à disposition sur le site, à la conférence de Paul Davey du neuf juin 2016 consacrée à la Chine - titre court pour le moment.


Conférences 2015-2016

La Royal Philatelic Society London a donc annoncé son programme de conférences du jeudi pour la période 2015-2016, dont les non-membres peuvent ponctuellement disposés de résumés sur cette page du site, et pour lesquels les membres sont alertés d'une diffusion vidéo postée sur youTube (comme celle sur les premiers codes de tri postal français).

La majorité concerne le Royaume-Uni (dont une histoire postale de l'Écosse le vingt-neuf octobre), ses anciennes colonies et les anniversaires de sociétés organisés au 41 Devonshire Place : la Revenue Society proposera une conférence-anniversaire sur les timbres fiscaux du monde le quinze octobre et la Great Britain Philatelic Society le dix décembre (et dont les publications à la vente me font envie à chaque salon britannique).

Au-delà, c'est éclectique : premières émissions des Antilles espagnoles le douze novembre, les colonies néerlandaises dans l'Ouest le trois mars, les États-Unis classiques le quatorze avril, les entiers de Saxe le cinq mai.

Un détour par la France est annoncé pour le trente-et-un mars avec Guy Dutau, chevalier des Arts et des Lettres en 2002, qui présentera des courriers désinfectés. Pour les impatients, un petit aperçu dans le dictionnaire de l'Académie (française) de philatélie à « purifié » et mon souvenir d'exposition d'une enveloppe percée à cause d'une pince à purifier, montrée en son temps par TV Timbres.

Une nouveauté intéressera les juillettistes et aoûtiens : grâce à une demande de membres britanniques, un jeudi du milieu de l'été sera inaugurée le vingt-huit juillet 2016 avec une exposition de collections de membres sur l'Amérique latine, une semaine avant le début des Jeux olympiques à Rio de Janeiro.


Et du débat

Ce numéro d'été du London Philatelist propose également des articles philatéliques dont un article de Christopher Harman du Comité d'expertise de la Société au sujet des trois timbres de l'enveloppe Victor Hugo.

Cette pièce est l'objet d'un débat en authenticité des timbres - l'article n'évoque pas la réalité du lien entre cette enveloppe posté en 1865 à Guernesey à destination de l'éditeur bruxellois de l'écrivain français. Pour son propriétaire actuel, qui tient un site pour cette pièce, et ses analyses à partir d'outils scientifiques de pointe, les timbres d'un penny rose-rouge sont de la rarissime planche 77 qui a servi à très peu de tirages.

Pour le Comité d'expertise de la Royal Philatelic Society, sans trahir la confidentialité de l'expertise de 2006, l'observation des timbres en confrontation avec des exemplaires connus de cette planche et les outils scientifiques aboutissent à une conclusion fort différente, donnant lieu à un intéressant article de recherche sur la détermination du vrai et du faux timbre.

Cette possibilité de relancer des articles est régulière dans cette publication. Dans le numéro de mai, pour les collectionneurs français plus classiques, c'est le travail de découpage d'Anatole Hulot pour l'impression des Cérès qui suscite un nouvel article en complément d'un autre de 2011. Sur le découpage, il faut retrouver le reportage de TV Timbres au cours duquel Gauthier Toulemonde suivait le graveur Pierre Albuisson chez son imprimeur (oui, je suis toujours aussi nul en techniques d'imprimerie).


Devenir membre

Tout collectionneur ou philatéliste a vocation à adhérer à la Royal Philatelic Society London, qui est très loin d'être un club fermé comme je l'expliquais récemment sur mon vécu de Monacophil 2011 et sur l'accueil toujours chaleureux au siège-bibliothèque 41 Devonshire Place, à Londres.

J'espère chaque année voir une correspondance entre mes possibilités de séjour britannique et une de ses conférences pour profiter de la bibliothèque et de présentation toujours plus humaine que les rangées de panneaux d'exposition sans fin.

Hors visite sur place, l'accès aux documents et vidéos des conférences, en plus de la qualité des dix numéros du London Philatelist, justifient chaque année la cotisation, à mon humble avis - malgré le moindre nombre d'articles comparés aux deux mensuels britanniques grand public qui sont aussi de bons investissements.

À défaut de devenir membre, l'intégrale des articles de London Philatelist, au format clé USB avec la mise à jour 2015, est une ressource essentielle et devrait d'ailleurs servir de modèle à plusieurs acteurs éditoriaux français.


Note finale : la Society s'organise localement pour des rencontres à travers des représentants. En France, il s'agit du Suédois Tomas Bjäringer et Robert Marion, président du Club philatélique franco-britannique.

samedi 1 août 2015

'Scott Pilgrim', colis et numismatique canadienne

Scott Pilgrim est une bande dessinée en six tomes, publiée de 2004 à 2010, et créée par le Canadien Brian Lee O'Malley dans un style manga et en noir et blanc (une édition couleur est disponible depuis 2012). En 2010, elle a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, Scott Pilgrim vs. the World, avec l'éternel adulescent Michael Cera dans le rôle-titre.
Couverture du premier tome du « roman graphique » comme dit le monde anglophone (amazon.fr).
L'intrigue et ses à-côtés visent un public qui a connu sa jeunesse dans les années 1990. Dans la banlieue de Toronto, Scott, vingt-trois ans, est incapable de vivre normalement : peu d'emploi, pas d'études, collocataire gratuit, sortant avec une lycéenne par défaut, tout en jouant dans un groupe de rock dont les membres, eux, travaillent, payent leur loyer, etc.

Tout cela est bouleversé quant Scott aperçoit Ramona Flowers, livreuse de colis Amazon en patins à roulettes, venant des États-Unis, et à la chevelure colorée. Pour la retrouver, premier aspect postal, il doit découvrir internet afin de commander sur le site amazon.ca, ouvert deux ans avant la parution du premier tome.

Les scénettes qui en ressortent participe de l'absurde de cette fiction, tout en évoquant la domestication de l'internet par nous tous lors de la décennie précédente : quelle adresse pour trouver amazon.ca ? Attendre illico son colis alors que c'est le début du week-end... pour que Scott le balance au panier en une seconde, maintenant qu'il a Ramona face à lui.

Une drôle de critique de la société consumériste pour un héros qui semble ne pas la comprendre ou la rechercher : par exemple, il entre dans un café franchisé où travaille sa sœur... pour découvrir que, malgré le logotype en façade et la décoration à l'identique, ce n'est pas LE café où elle travaille.

Capture d'écran du jeu vidéo dérivé du film reprenant le graphisme de la bande dessinée (walkthrough de DPADAttacks!-SpongeFreakDX, posté sur youTube le quatre mars 2011). 
Pourtant, comme le montre la capture d'écran ci-dessus, Scott adore éliminer ses ennemis pour leur vider les poches. Oui, car Ramona a sept ex maléfiques que le dernier d'entre eux a unis pour rendre la vie impossible à la belle et éliminer le huitième... qui se comporte donc comme un personnage de jeu vidéo.

Outre qu'il récupère les pièces laissées par ses adversaires comme n'importe quel Mario, Sonic avec les anneaux ou Link avec ses rubis de couleur des premières consoles de jeu de Nintendo et Sega, une personnage secondaire remarque que Scott sait qui sont les gens, mais pas ce qu'ils (ou lui) ont précisément fait la veille... Il a tendance à foncer vers la facilité et à choisir les réponses les plus attendues...

Comme un joueur qui tambourine le bouton principal de sa manette pour faire défiler les dialogues et enfin atteindre les moments de jeu ? Vous comprenez quelles évolutions personnelles le héros va devoir réaliser afin de l'emporter face au boss final, le septième ex.

Bandeau d'introduction de la Monnaie canadienne consacrée aux pièces de circulation (site de Canadian Mint).
Une fiction fantastique donc, même si seuls Scott, Ramona et les seven evil exes divergent de la réalité : convocation de démons, télékinésie végan, musique draconique, épée jaillissante du torse du héros et autres 1up...

Sauf que le film a suivi la bande dessinée à la lettre sur un point : les pièces de monnaie qui tombent de chaque ex disparu. À peine suffisante pour prendre le bus avec les premiers jusqu'à une fortune pour le dernier.

Le jeu vidéo étant un beat'em up, digne d'un Double Dragon, les ennemis sont nombreux et donnent tous quelques pièces qui permettent d'acheter des moyens de retrouver des points de vie ou d'expérience. Ceux-ci, accumulés en quantité suffisante, débloquent des combinaisons de coups spéciaux que le joueur doit maîtriser face à la difficulté croissante des niveaux successifs.

Bien que travaillant sur des consoles haute définition - PlayStation 3 et Xbox 360, le studio Ubisoft Montréal a travaillé le jeu en mode 16-bits façon consoles des années 1990 tout en étant réaliste sur les pièces de monnaie canadiennes : elles sont toutes reconnaissables au premier coup d'œil.

Une seconde capture pour disposer du castor du Canada en bleu foncé (walkthrough de DPADAttacks!-SpongeFreakDX, posté sur youTube le quatre mars 2011). 

La queue - exagérée par rapport à la pièce réelle - du castor du Canada pour cinq cents (nickel) ; les voiles triangulaires du Bluenose sur la plus petite pièce pour dix cents (dime), voilier de course connu des philatélistes ; le caribou des quarter de dollar.

Puis, un oubli... Le demi-dollar aux armes du Canada est sauté, tout comme l'effigie de la Reine Elisabeth II : pas de politique dans un jeu vidéo.

On passe directement au dollar jaune et son oiseau enfantin dans le jeu, un plongeon huard dont le nom anglais donne le surnom de la pièce loonie. Et enfin, pour les primes des boss, la bicolore deux dollars au gros animal : un bison ? Non, un ours polaire tourné vers la droite. Les graphistes du jeu ont exagéré les oreilles.

Ne reste qu'à préciser que, depuis 2012, la forme et la fabrication des un et deux dollars ont été modifiés pour éviter la falsification alors que les pièces d'un cent sont réformées progressivement. Pas de feuille d'érable dans le jeu.


Note : le jeu vidéo ici présenté était vendu sur les magasins en ligne des consoles PlayStation 3 et Xbox 360 jusqu'en décembre 2014.

vendredi 31 juillet 2015

Surprise paralympique britannique

Effet des congés estivaux dans le dépeuplement des bureaux ? Surstock de timbres envahissant à évacuer ? Petit cadeau en échange d'un prolongement d'abonnement pour deux ans et payés (chèrement) en livres sterling ? Hypothèse autour d'une bonne surprise reçue lundi vingt-sept juillet 2015.

Un des trente-quatres timbres pour les médailles d'or britanniques des Jeux paralympiques d'été de Londres, amis fin août-début septembre 2012, oblitéré le jeudi vingt-trois juillet 2015 dans un centre de tri illisible par la grâce des imprimantes jet d'encre de Royal Mail - une plaie locale.

Je ne cite pas le magazine concerné puisqu'il y a un problème d'affranchissement et si cette entreprise confie du courrier qui doit être correctement affranchi, l'amende de Royal Mail pourrait tomber... ou pas si l'opérateur postal quasi-privé n'est pas capable de vériier les affranchissements vers l'étranger... ou allez savoir.


Première surprise : d'habitude, cet éditeur philatélique use d'une machine à affranchir avec son logotype en couleur pour expédier ses factures. Là, ni logo, mais un timbre-poste autocollant.

Deuxième surprise : pas un Machin, ni un Regional d'une livre sterling, tarif pour l'Europe jusqu'à vingt grammes, mais un timbre commémoratif pour la médaille d'or d'Anthony Kappes en sprint cycliste sur piste, avec Craig MacLean pour pilote, lors des Jeux paralympiques d'été de Londres, à la fin de l'été 2012.

Ces médaillés d'or britanniques avaient eu le même privilège que ceux des Jeux olympiques : l'émission en J+2 sur le principe du timbre personnalisé : un fond générique sur lequel Royal Mail et ses imprimeurs modifiaient uniquement la photographie et l'identité des sportifs. À raison de deux timbres autocollants par feuillet pour les paralympiens pour un carnet de six pour les olympiens.

L'enveloppe avec les barres de tri saumon clair britanniques en haut et foncé françaises en bas. On signalera que les flammes existent encore outre-Manche, même si très mal imprimée.
Quatrième surprise : ces timbres d'or sont au tarif première classe intérieure, à validité permanente certes, mais intérieure. Soit soixante-trois pence depuis le trente mars 2015, il manque donc trente-sept pence pour atteindre la France.

Pourtant, la lettre est arrivée dans des temps corrects, trois jours après, sans taxation, ni ralentissement. Et je sais que Royal Mail est capable de faire comprendre son déplaisir de transmettre du courrier sous-affranchi : autocollant défigurant en 2007, gros tampon d'information en 2001.

Ces exemples des années 2000 sont-ils révolus ? Le coût de transmission vers la France est-il suffisamment faible pour éviter de prendre du temps à un postier humain de traiter ce pli ou de le stocker dans un sac à retarder ? En effet, il existe une filiale franco-helvético-britannique La Poste UK, donc le chemin reste intérieur jusqu'à l'aéroport le plus proche ?

Des mystères de l'organisation postale contemporaine quand les opérateurs publics comme privés se multiplient en filiales et routes diverses.


Pour en savoir plus sur ces timbres, comme l'indiquent les liens ci-dessus, voir les pages 2012 du site marchand Norvic Philatelics et les catégories de son blog.

mardi 28 juillet 2015

'Chalmers versus Hill' : duel épistolaire de deux fils

Publié en 2012, et acquis à London 2015, en mai dernier, le livre que Anthony Wicks consacre à la controverse entre Patrick Chalmers et Pearson Hill, de la mort de Rowland Hill fin 1879 à celle du premier nommé en 1891, constitue une intéressante après-midi de lecture estivale.
Couverture de l'ouvrage (amazon.co.uk ou le site de l'éditeur MJ Publishing).
Dans Chalmers versus Hill, Wicks reprend les bases du problème et de la solution, pas de suspense dès la deuxième de couverture : le réformateur postal Rowland Hill et l'imprimeur James Chalmers de Dundee furent en accord épistolaire dès l'émission du Penny Black. Le premier avait bien eu en premier l'idée du timbre postal mobile, avant que le second ne le propose par courrier au ministère des Postes.

Comme souvent, si le public ne retient que l'inventeur, celui-ci vit dans son époque et il est rarement le seul à suivre un certain cheminement : revoir comment Denis Papin se fait voler le repère mémoriel de l'invention de la machine à vapeur par James Watt parce que, lui, parvient à en fabriquer une qui fonctionne, qu'il brevète et qui peut se vendre.

Sauf que le fils de Chalmers ne reconnait pas ses faits - sûrement troublé du montant des primes et du nombre d'hommages écrits et artistiques offerts depuis 1840 à Rowland Hill. À la mort de dernier, par une lettre à Pearson Hill, il revendique pour son père l'invention du timbre-poste et ordonne au fils du réformateur de tout prouver, tout même ce qui n'existe pas.

Wicks détaille ainsi le contenu des documents que Patrick Chalmers va écrire pendant une grosse décennie pour faire reconnaître les mérites de son père et faire douter la communauté philatélique : il ira jusqu'à consulter les grandes associations philatéliques d'Europe continentale et des États-Unis qui se sont montrées très à l'écoute, voire pour certains philatélistes de renom incroyablement collaborateurs en acceptant sans débat avec Hill les raisonnements de Chalmers fils, et même un projet de timbres de 1832 ?!!

Les réactions de Pearson sont également évoquées, bien que leur contenu est conforme à ce qu'une recherche non publiée au sein des archives postales britanniques confirmera en 1950, et que le lecteur retrouvera dans l'ouvrage sur la réforme postale par le conservateur Douglas Muir en 1990.

Et là est le problème face à la grosse centaine de lettres et de pamphlets de Chalmers, Hill doit écrire aux philatélistes de son temps pour rappeler des faits que Chalmers détruit par ablation, omission, voire théorie du complot : ainsi, voilà que Hill fils doit prouver au gouvernement qu'il ne cache pas des lettres, imaginées par Chalmers, que son père aurait dissimulées quand il avait la charge des postes et qui prouveraient que...

Les derniers chapitres montrent les héritiers suivants calmer le jeu et obtenir un consensus sur le rôle de James Chalmers, et obtenir les petits monuments philatéliques modernes qui vont avec.

De tout ceci, il reste une incroyable collection de pamphlets et courriers : près de deux cents d'après celle du comte de Crawford citée par Wicks (voir aussi cette bibliographie de Brian J. Birch sur le site de la commission Littérature de la Fédération internationale de philatélie).

Et une pierre tombale, élevée par Patrick Chalmers, qui maintient encore que l'invention de son père a sauvé du désastre la réforme postale de 1840... et peut encore tromper le visiteur non averti.