mardi 12 décembre 2017

Tromelin et Chagos, îles mauritiennes

Hier, lundi onze décembre 2017, la poste mauritienne a émis trois timbres sur les zones maritimes de la République de Maurice... qui devraient faire réagir les gouvernements britanniques et français, d'après un article d'hier du White Knight, l'auteur du Commonwealth Stamps Opinion, blog de suivi des émissions dans les pays membres du Commonwealth.
Carte des zones économiques exclusives, le territoire maritime de Maurice d'après elle-même (via Commonwealth Stamps Opinion).
Depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1968, l'État insulaire comprend également des dépendances isolées mais habitées, par nombre décroissant d'habitants : RodriguesAgalega et les écueils des Cargados Carajos.
Cartographie des fonds marins de l'archipel des Chagos (via Commonwealth Stamps Opinion). 
Cependant, le pays revendique également l'archipel des Chagos, constituant le Territoire britannique de l'Océan Indien depuis l'indépendance de Maurice et des Seychelles.

Sauf que les Français, anciens colonisateurs de Maurice, avaient également lancé des plantations à Diego Garcia administrées depuis celle qui s'appelait alors île de France avant de passer aux Britanniques en 1810... Pourquoi alors séparé Maurice et les Chagos peu avant l'indépendance ?

Surtout que c'est Maurice et les Seychelles qui ont dû accueillir l'essentiel des Chagossiens chassés par l'implantation de la base militaire états-unienne à Diego Garcia dans les années 1970... Une des dernières, mais encore active, épines coloniales du Royaume-Uni : les Chagossiens et leurs descendants réclamant un droit au retour.
Tromelin, ses dunes et sa piste d'aterrissage... et c'est tout (via Commonwealth Stamps Opinion).
Pour faire bon compte, rappeler aux expéditeurs mauritiens leur géographie et piétiner l'amitié française, un troisième timbre et le plus cher d'ailleurs montre le profil de l'île Tromelin, actuellement partie du district des Îles éparses des Terres australes et antarctiques françaises.

Comme les îles australes balayées par les vents et la Terre Adélie, quoique tropicale, Tromelin est inhabitée et n'accueille que le personnel militaire et scientifique minimal pour assurer la souveraineté française, maintenir une base météorologique et étudier l'environnement.

Pour Maurice, la version anglaise du traité de Paris de 1814 sous-entend que la dépendance tromelienne est passée sous contrôle britannique avec Maurice et les Seychelles ; et les actions britanniques jusqu'en 1951, puis françaises ensuite semblent indiquer le flou juridique de l'île.
Émission conjointe de 2014 sur la tortue verte, une des habitantes permanentes de Tromelin, avec timbres de France, TAAF et Maurice (scan de timbredujura.blogspot.fr).
Pourtant, l'amitié philatélique franco-mauritienne semblait bien se porter : émission conjointe en 2014 avec toutes les postes du secteur à l'occasion des Sixièmes Rencontres philatéliques de l'océan Indien, puis en 2015 pour le tricentenaire du débarquement des Français à Maurice.

Côté diplomatie, un accord de 2010 prévoit même la cogestion des eaux autour de Tromelin. Un accord adopté par le Sénat français en 2012, mais que l'Assemblée nationale refuse de considérer au débat en 2013 et en janvier 2017, plusieurs députés arguant de l'indivisibilité du territoire national et de la souveraineté de la France sur celui-ci - en approche du référendum d'auto-détermination néo-calédonien...

Ses timbres sont-ils un moyen de montrer l'impatience de Maurice envers les deux anciennes puissances coloniales ? Sûrement.

Maintenant, y aura-t-il réaction politicienne à Londres et Paris ?


Pour se procurer la série, je n'ai rien vu sur la boutique de Mauritius Post, mais un vendeur eBay basé à Maurice les propose.


Coïncidence des lectures, le mensuel britannique Gibbons Stamp Monthly a proposé ces deux dernières années des articles sur presque tous les territoires concernés par les revendications mauritiennes :
- en août 2016, Stephen Pendleton étudiait l'histoire postale de Tromelin et les timbres consacrés par le Service postal des TAAF depuis 2007 ;
- en janvier 2017, le même auteur approfondissait l'histoire du Territoire britannique de l'océan Indien (B.I.O.T.), les courriers qui ont pu en provenir et surtout les timbres évoquant leur importance avant la création tardive du territoire en 1965... Si tardive que Maurice accuse donc depuis le Royaume-Uni d'avoir voulu la priver de l'archipel des Chagos, stratégique en pleine Guerre froide.

dimanche 10 décembre 2017

Vers où se dirige Stanley Gibbons ?

Dans les épisodes précédents de la chute vertigineuse du cours en bourse de l'auguste compagnie philatélique londonienne Stanley Gibbons : d'hasardeux et coûteux tournants e-commerce et diversifications, un nouveau directeur philatéliste au cœur du métier initial, la fin de l'aventure à Guernsey. La reprise après les montagnes russes...

Si seulement !

Pourtant, dans les derniers jours de novembre 2017, le siège social londonien a annoncé la mise en faillite de l'ancienne, éphémère et catastrophique maison-mère anglo-normandes. Tout pour rassurer les investisseurs, les consommateurs et le public philatélique que Stanley Gibbons, c'est le leader du catalogue, du magazine et de la vente de matériels et de timbres du Royaume-Uni et du Commonwealth !
Le cours de l'action Stanley Gibbons ces trois dernières années (capture d'écran du dimanche dix décembre 2017 sur le site du London Stock Exchange).
Même avec l'échelle à trois ans, il est visible que le titre chute encore : de sept pence sterling quand Harry Wilson a repris la main en juillet 2016 à trois pence et quelques ces derniers jours, en décembre 2017...

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Le marchand Ian Billings a magnifiquement rédigé un résumé historique, le mercredi vingt-neuf novembre dernier, toute cette pitoyable aventure du capitalisme actuel en insistant que ce n'est pas la première fois que des Golden Boys tente en vain de faire grossir en vain la grenouille pour lui tirer le profit d'une vache à lait.

À la lecture de son texte, des deux fils de discussion du forum anglophone StampBoards (un sur le cours de bourse, l'autre sur l'avenir du catalogue), j'en déduis que les investisseurs ont temporairement compris qu'une compagnie qui vend ses plus récentes acquisitions à perte n'est actuellement pas rentable et ne versera pas de dividendes avant longtemps. Les gros investisseurs aiment le cash immédiat, les petits bons pères de famille qu'on leur donne peu mais régulièrement.
Le cours à un mois, vraiment pour ceux qui ne cliquent pas sur les liens pour vérifier (capture d'écran du dimanche dix décembre 2017 sur le site du London Stock Exchange).
De là, le problème de la faillite guerniaise - oui, un jeu de mots pourri - est qu'elle marque apparemment la fin du système de placement en timbres luxueux au profit garanti par la revente à des enchères incroyables de timbres bien cotés. Certains parlent de pyramide de Ponzi, où les nouveaux convertis financent les revenus des anciens ; les suppléments finance/épargne des grands quotidiens nationaux rappelant simplement l'aspect irrationnel du marché des biens de collection.

Si la faillite de SG Guernsey entraîne celle du fond de placement en timbres, que vont devenir les dits timbres et leurs « propriétaires investisseurs » ?... La réputation du marchand va en prendre un coup si ça tourne à l'Afinsa ou l'Aristophil...

S'ajoute à cela la rumeur que le loyer de la boutique emblématique du Strand, au cœur de Londres, pèse lourd et est menacé d'augmentation par le bailleur. Comme d'autres, Stanley Gibbons accueillera-t-elle bientôt les commandes et les clients uniquement à la campagne et sur les salons ?

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La communauté des collectionneurs s'inquiète davantage de ce qui fait la valeur à leurs yeux de la compagnie plus que sesquicentenaire : le magazine Gibbons Stamp Monthly et les différents tomes du catalogue.

Les seconds sont loin de la numérisation et de l'impression par pays à la demande, entamée par la concurrence des autres références : Michel, Scott et Yvert. Alors qu'actuellement, des très spécialisés catalogues par règne britannique aux spécialisés par anciennes colonies de l'Empire, les ouvrages de Stanley Gibbons sont d'une haute qualité et mis à jour régulièrement. Même avec quelques erreurs et interprétations de cotes - qui n'en fait pas ? -, son French Colonies de 2016 soutient la comparaison face au maître Yvert et les tomes suspendus de Dallay-Maury, d'après l'étude rédigée par Michael Round parue dans le cent-unième numéro de Cameo, le journal du West Africa Study Circle, daté juin 2017.

Malgré la qualité du travail de sa rédaction et des philatélistes participants, le premier en est, par nécessité, réduit à l'expédition en seconde classe et à inciter l'abonné à prendre en sus ou à la place l'abonnement numérique.

Sur ce plan-là, Gibbons Stamp Monthly est user-friendly - « facile d'usage » pour les lecteurs attristés de Jean d'Ormesson : l'abonné en ligne a accès à l'ensemble des numéros au format pdf depuis 2010, en entier ou article par article. Ne pas oublier les sauvegardes de sécurité sur un disque dur externe ou le « nuage » quand vous ne renouvelerez plus votre abonnement.

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La disparition du pôle publication avec une faillite générale de Stanley Gibbons serait tragique... même s'il y aura toujours des concurrents ou des ambitieux - voir les réincarnations d'Arthur Maury - pour racheter la marque, les droits d'auteur des catalogues, le magazine ?

Ou pas si la réputation de loisirs à pyramide des âges inversée est dans les croyances financières.

Faut-il investir dans quelques milliers d'actions Stanley Gibbons à trois pence et devenir actionnaire majoritaire d'une compagnie de renom ?

I don't know, je relis les articles sur la philatélie du Roi George VI qui ont animé le millésime 2017 de Gibbons Stamp Monthly.

dimanche 3 décembre 2017

Réimpression canadienne pour Hanoucca

Dans la seconde moitié de novembre dernier, Postes Canada a connu un déboire inattendu avec le timbre émis pour la fête juive d'Hanoucca qui aura lieu entre le coucher du soleil le mardi douze décembre et le crépuscule le mercredi vingt décembre 2017.
Le souvenir sous cadre : reproduction du timbre en affiche et carnet de dix timbres autocollants (magasin de Postes Canada). Ont-ils pensé à changer le carnet avant de les expédier aux clients ?
Fort joli timbre d'Angela Carter d'Entro Communications, studio à l'origine également des timbres pour l'Aïd et Divali, émis également cette année.

Pour Hanoucca,, magnifique pour les amateurs de design à base de motifs géométriques : un chandelier à neuf branches aux bougies allumées ; une étoile de David jaune et orange illuminant la branche centrale sur fond de ciel bleu clair d'hiver.

Le timbre fut présenté à la presse, à Toronto, le dimanche douze novembre pour une émission générale sous forme de carnet de dix autocollants le mardi quatorze.

Sauf que le lundi treize, comme le rapportait Canadian Stamp News, un ordre urgent de Postes Canada demandait à l'ensemble de ses bureaux de ne pas mettre en vente le carnet et l'enveloppe officielle premier jour. Le stock devait être renvoyé d'ici au vingt-deux. Incidemment, le catalogue-fascicule de novembre 2017 ne devait plus être distribué, contenant les produits problématiques.

Un nouveau tirage fut mis en vente à partir du lundi vingt sur le site de vente de Postes Canada, avec diffusion dans les bureaux dans le courant de la même semaine.

Dans un article du vingt-quatre novembre, Jesse Robitaille de Canadian Stamp News résumait l'affaire et les réponses que l'opérateur postal voulait bien fournir.
Une première partie du problème : le carnet émis à gauche, le carnet retiré à droite (mise en page de Canadian Stamp News).
On imagine bien que ces émissions liées à des fêtes religieuses ou communautaires sont l'objet de la plus grande attention : ce n'est pas le timbre, mais bien des éléments choisis et imprimés sur le carnet et l'enveloppe premier jour qui causait souci... sûrement découvert par le public le plus concerné le jour du dévoilement.

Ainsi, l'étoile de David semble au cœur du problème. Isolée sur la couverture du carnet, elle est remplacée par la moitié du ménorah d'Hanoucca, officiellement pour refléter l'idée de festival des lumières. L'étoile jaune et orange figurant également sur un feuillet descriptif vendu avec l'enveloppe premier jour, il fallait rappeler ces dernières également.
Les points de contrôle d'impression des couleurs sous forme d'étoiles de David sur la version non émise (image de Canadian Stamp News).
Cependant, je me demande si ce n'est pas une maladresse d'imprimerie qui a causé tous ses tourments. En effet, dans les petits trucs graphiques employés par le service philatélique canadien figurent les points de contrôle de l'impression des couleurs. Souvent, ils ont une forme rappelant l'émission concerné : plongeurs sous-marin pour des timbres de la faune aquatique...

Un symbole religieux important pour un usage, important en imprimerie, mais trivial au regard de l'enjeu de la foi... ?

Tout est réimprimé et réémis, à grande vitesse pour que la page se tourne et qu'en décembre, le courrier s'illumine au cœur de l'hiver canadien...

...

Non... Pitié, pas encore eux.

...
Jésus chassant les marchands du Temple, rarissime - unique ? - épisode de violence christique sur un timbre du bantoustan du Bophuthatswana de 1984 (dessin de Johan Van Niekerk, via articles thématiques de Colombes Philatélie sur la vie de Jésus).
Évidemment, les bureaux de poste n'étant plus ceux d'antan à cause du capitalisme de l'efficacité à court terme, quelques carnets et enveloppes retirés ont fini entre des mains profanes, mis en vente le jour dit.

Si quelques collectionneurs sont heureux de posséder un objet interdit, d'autres spéculent avec.

Une idée donc pour le prochain timbre canadien des Pâques chrétiennes : Jésus le Philatéliste chassant les spéculateurs du paradis des timbres.

dimanche 12 novembre 2017

Faute de nouveaux merles, j'engraisse des grives d'origines variées...

... ou faute de temps libre, je complète les articles précédents.

De la menthe au thé au petit-déjeuner continental.
En décembre 2016, j'évoquais Gibraltar avec l'historien postal Richard Garcia et le récit de l'historien global Christian Grataloup sur comment, au Maroc, l'infusion de menthe devint le thé à la menthe en conséquence de l'addiction britannique à la boisson et l'impossibilité d'en exporter les feuilles jusqu'à la Russie importatrice à cause de la guerre de Crimée.
Couverture du livre à partir d'une publicité du Cacao Poulain de Leonetto Cappiello de 1911 (site de l'éditeur Armand Colin).
Depuis ce printemps, cette anecdote historique fait partie de l'épisode d'un livre de vulgarisation du même Grataloup sur l'histoire de l'apparition du petit-déjeuner en Europe autour du trio revisité de boissons tropicales : café, chocolat et thé.

Une bonne lecture sucrée pour les passionnés d'histoire du quotidien, du temps long et les thématistes en quête d'idées.

Le Monde dans nos tasses. Trois siècles de petit déjeuner par Christian Grataloup, publié par Armand Colin en mai 2017.

Séparatisme et courrier international : retour au Donbass.
Il est encore temps de trouver chez les marchands de journaux le numéro daté novembre de Timbres magazine où lecteurs et clubs réagissent à l'éditorial du numéro de septembre sur l'émission de timbres par la Poste du Donbass, gérant le courrier local et international via la Russie des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Le magazine fournit l'adresse mail de la représentation diplomatique de ces républiques en France dans le courrier des lecteurs et un article complet sur ce courrier est annoncé dans PhilApl daté septembre 2017 de l'Association philatélique du Loiret.

Disparus, ils enrichissent encore la Philatélie.
Par les activités de la Société philatélique royale de Londres, deux historiens postaux britanniques morts cette année sont honorés et honorent encore la Philatélie.

Jeudi neuf, en introduction de sa conférence sur l'histoire postale préphilatélique du Salvador (et de l'Amérique espagnole), Guillermo Gallegos a rendu hommage à Brian Moorhouse, spécialiste de l'Amérique latine et des Caraïbes.

Lundi six novembre, la Royale a annoncé (pdf) avoir reçu en donation les droits sur les ouvrages et la conservation des archives de Ted Proud, couvrant de larges pans de l'histoire postale des colonies britanniques. Si le site de l'International Postal Museum qu'il créa avec feu John West pour diffuser leurs ouvrages imprimés et numériques est désormais fermé, la RPSL en assurera la diffusion désormais et ouvrira les archives à la recherche.

La Poste vaticane battra-t-elle la Poste irlandaise : Luther contre le Che ?
Alors que le timbre irlandais sur le centenaire des apparitions mariales à Fatima passe inaperçu..., des articles signalent, ici et là, l'émission, jeudi vingt-trois novembre,par la poste du siège de l'Église catholique romaine d'un timbre pour les cinq cents ans de la Réforme protestante... !
Luther et Melanchton au pied de la Croix, Wittemberg en arrière-plan (via La Croix).
Va-t-on atteindre l'engouement de la vente à succès du timbre irlandais du Che qui se monnaye actuellement à fort prix à l'unité, en enveloppe premier jour et en feuille entière ?

Au cas où la figure romantique du révolutionnaire implacable vaincrait, les parieurs impénitents se reporteront sur deviner le duel des ventes entre ce timbre radical et son jumeau contre-réformé émis le même jour à l'effigie de saint François de Sales, issu de la noblesse savoyarde.

samedi 28 octobre 2017

Double Lisa pour suivi d'une lettre

Trouver dans le courrier d'une entreprise, une conséquence de l'incitation à envoyer les expéditeurs vers les automates en libre-service dans les bureaux de La Poste en France.
Deux étiquettes : un timbre de distributeur et un code-barre de suivi... L'oblitération à code data matrix est-elle liée au suivi ou un des moyens de La Poste de distinguer ses services par vitesse et destination ?
L'expéditeur a voulu pouvoir suivre l'arrivée à destination de son courrier.

Indubitablement, l'autocollant du bas est un timbre de distributeur d'une valeur faciale d'un euro quatre-vingt-six pour le second échelon de la lettre verte plus quarante centimes de suivi.

Le suivi demandant un code numérique pour l'expéditeur et d'un code-barre pour le tri automatisé : impression et collage d'une seconde étiquette.

Le tout oblitéré le seize août 2017 à la plate-forme 39002A... à Castelnau-d'Estrétefonds, celle desservant la région Midi-Pyrénées à une vingtaine de kilomètres au nord de Toulouse.

En espérant que les spécialistes de Lisa d'usage courant n'en sont pas à pleurer des larmes de sang face à ce texte, problablement naïf et sûrement très incomplet.