mardi 23 août 2016

La poste revit en Somalie !

Depuis hier lundi vingt-deux août 2016, grâce à deux collectionneurs, nous avons des preuves de la reprise partielle d'une activité postale en Somalie, dont l'État a longtemps été considéré en déliquescence et le territoire divisé depuis la guerre civile des années 1990 face à laquelle un ministre français (souvenir) et des soldats états-uniens ont échoué malgré leurs bonnes intentions.

Cela a changé loin de l'intérêt des médias occidentaux depuis 2012. Deux collectionneurs mondialistes en témoignent.

Des collectionneurs du monde aux initiatives...
Le premier informateur, David Langan un blogueur cartophile irlandais (Postcards A world Travelogue), a visité la capitale Mogadiscio et s'est rendu au bureau principal pour tenter d'envoyer du courrier international et a pu rencontrer le directeur de Somali Post et son adjoint en charge de la philatélie... et ce qu'il reste de son stock imprimé en Italie pendant les années 1990 malgré la dislocation du pays. Apparemment, très heureux qu'on s'intéresse à leurs efforts.

David avait posté un reportage de cette visite dès le vendredi douze août et a pu constater les progrès réalisés depuis sa dernière visite en Somalie et en Somaliland en 2011 quand le gouvernement n'avait le contrôle que de l'aéroport et aucun service postal... En Somaliland, aucun service postal non plus, à part le service express DHL avec passage par le Kenya.
Trois des lettres préparées par Jinesh Joseph avec des timbres de Somalie d'avant la fin du service postal, confiées au bureau principal de Mogadiscio par David Langan le dix août 2016 et arrivées une dizaine de jours après à Bangalore, en Inde (collection Jinesh Joseph, worldairmail.blogspot.com, avec son autorisation).
Le second, Jinesh Joseph un blogueur philatéliste indien (My Postbox à l'adresse worldairmail.blogspot.com), lui avait confié des enveloppes préparées avec des timbres somaliens des années 1990 et a publié hier sur son blog et sur le forum StamBoards l'arrivée de ces courriers oblitérés le mercredi dix août 2016. Un pays de moins dans son essai de réaliser une collection de tous les « pays philatéliques » du monde, complétée des entités pour les États fédéraux.

... qui répondent à bien des questions.
L'impression italienne de timbres pour la Somalie après l'implosion de 1991 jusqu'en 2002, et l'existence d'émissions imprimées à Cuba et, en 2011, en République populaire de Chine, sans compter les vignettes illégales au nom du Somaliland, avaient animé depuis trois ans une enquête de participants du forum StampBoards pour déterminer si le gouvernement somalien reconnu par la Communauté internationale étaient donc parvenus à relancer un système postal soit depuis Nairobi, son refuge des années 2000, soit depuis Mogadiscio sous haute sécurité.

Réponse désormais : de 1991 jusqu'à nouvel ordre, aucun timbre-poste n'a été émis par la poste somalienne. Une tolérance existe pour les imprimés d'Italie jusqu'en 2002, car reconnus légitimes par les autorités d'alors, probablement en lien avec un contrat de création philatélique avec Stamperija et l'imprimerie et monnaie nationale italienne (IZPS). Il faudra que les historiens se penchent sur comment les gouvernements en exil et temporaires somaliens ont assuré la continuité de l'État et de ses intérêts à l'étranger, dont les revenus philatéliques de ces imprimés de 1991 à 2002.

Petits pas vers l'avenir somalien.
Le bilan du voyage est que Somali Post fait vivoter un embryon de service postal intérieur, en préparant la réouverture progressive des bureaux dans les principales villes du pays, y compris Hargeisa, la capitale du Somaliland sécessionniste !

Le trafic de courrier vers l'étranger devrait débuter en janvier 2017, une nouvelle qui se fera sûrement mieux connaître des philatélistes grâce à ces quelques lettres spéciales. En attendant, grâce à un accord avec Emirates Post, du courrier international peut arriver en Somalie.

Quant au service postal, les photographies de David Langan montrent le bureau principal des années 1970 bien vide, mais où les réparations et peintures sont achevées, les boîtes postales prêtes pour janvier... En attendant, faute de numéro de téléphone sur le courrier, deux dizaines de sacs non distribuables pour le moment attendent, y compris un sac mal dirigé pour les îles Salomon (SOL en anglais).

Comment est venu l'idée de visiter la capitale en reconstruction d'un pays pas encore sûr ? L'envie d'y retourner, de véritablement poster une carte postale depuis la Somalie et l'ouverture d'un site touristique de Mogadiscio.

Reste à voir si des journalistes reporters ont récemment pu visiter le reste du pays - les milices AL-Shabaab encore présentes malgré une défaite importante en 2012, les deux provinces indépendantes (Somalilant et Puntland) à rapprocher sans heurts, et des États fédérés à constituer en tenant compte de toutes les susceptibilités : voir les tractations autour du Galmudug, futur État des Régions centrales.

Nous en saurons plus sur l'état de ce pays lors des élections parlementaires des vingt-quatre  septembre et dix octobre prochains au cours desquels les anciens des clans et les représentants des communautés voteront librement.

lundi 22 août 2016

Stanley Gibbons revient à la philatélie

Enfin, après six ans de délires néo-libéraux, il semble que la direction londonienne de la compagnie jersiaise Stanley Gibbons se souvient qu'elle achète et vend des timbres, et publie un catalogue, un magazine et des livres.

It's a rich men's world!
Délire néo-libéral quand on fait l'addition des capitaux littéralement partis en fumée et que les employés désormais subissent sous la forme de cinq millions de livres sterling d'économie dans le budget annuel de fonctionnement...

Il était temps car, à la bourse de Londres, si l'action Stanley Gibbons est aujourd'hui cotée entre treize et quatorze pence, elle avait atteint les neuf pence et demi mi-juillet quand elle atteignait les trois livres soixante-dix-huit en 2014 et tournait entre une et deux livres avant l'épisode. N'y comprenant rien aux montages des golden boys blairites néo-thatchériens, les derniers achats massifs d'actions nouvelles par les membres dirigeants... soupir...

Croyaient-il dans les produits qu'ils vendaient ? C'est une question rhétorique.

Surtout depuis leur éviction le quinze juillet dernier.

Internet et philatélie, côté marchand.
La stratégie d'acquisitions-diversification semble catastrophique pour plusieurs raisons à mon avis et selon l'avis d'autres observateurs, marchands comme collectionneurs, sur StampBoards.com.

D'une part, il y a ce site internet de ventes entre collectionneurs, bidStart, acquis en 2012 à prix d'or et revendu cet été sûrement à perte à son ancien propriétaire (!), Mark Rosenberg, qui essaie de l'intégrer dans son nouvel HipStamp.

Une revente en toute urgence en plein été, après que Stanley Gibbons a investi à perte des barres d'or entières pour transformer son site web marchand-à-papa-efficace en marketplace top moderne, le eBay de la philatélie... eBay, voire même Delcampe, ont-ils senti une quelconque menace ?

Le SG Marketplace ouvert en mai 2015 est promis à la fermeture courant septembre 2016...

J'ai évoqué une fois la conséquence de cette transformation : la difficulté de retrouver les pages dédiées au magazine Gibbons Stamp Monthly, le sommaire du dernier, mais pire, comment s'y abonner en ligne. Sur StampBoards, c'est la totale confusion graphique entre les pages des timbres vendus par Stanley Gibbons et celles des vendeurs amateurs qui heurtait, même si certaines ventes semblaient bien provenir de l'entreprise elle-même malgré l'indigne état des timbres photographiés. L'ancienne direction faisait-elle racler les fonds de tiroirs pour tenter de tenir ses bilans ?

D'autre part, la liste des produits (voir l'article de Wikipédia) désormais disponible au sein du groupe donne le tournis : des concurrents philatéliques ultra-spécialisés, des investisseurs et des enchéristes d'art. Ces derniers regroupés dans The Fine Art Auction Group ont même racheté un site d'enchères de vin depuis un an...

Même si Spink organise également des ventes de vins et spiritueux prestigieux, Spink paraît resté capitalistement concentré et affiche constamment la philatélie en ouverture de site.

La philatélie, n'est-ce que du profit ?
Internet tous azimuts et diversification à outrance avaient déjà provoqué des grincements publics de dents au sein des philatélistes du groupe...

Le rédacteur en chef du catalogue Hugh Jefferies a proposé une histoire de six pages des cent cinquante années du catalogue, dans le numéro daté novembre 2015 de Gibbons Stamp Monthly. En dernière partie tout en remerciant tous les collectionneurs ayant transmis leurs recherches et découvertes, il évoque comment le catalogue devient progressivement un objet numérique pour certains lecteurs, soucieux d'arriver léger mais équipé devant les marchands ou ceux voulant seulement acheter les pages de leur spécialité.

Mais, en une tournure de phrase, il écartait l'idée qu'il fallait abandonner l'impression du catalogue pour accélérer l'arrivée du catalogue dématérialisé qui « prendra plus de temps qu'il pouvait être espéré en certains lieux » ("it is taking longer than may have been hoped in certain quarters").

Les deux natures du catalogue coexisteront sans que l'une ne tue l'autre. Devait-on y voir une pointe envers une direction qui voulait hacher dans les coûts d'impression, de stockage et de dévalorisation progressive des catalogues papier afin d'augmenter exponentiellement les marges bénéficiaires ?

Le chaos n'est pas un gouffre. Le chaos est une échelle (source)
En attendant, le chamboulement à la tête du conseil d'administration et de l'exécutif de Stanley Gibbons au printemps donne lieu à une opération de communication dans le numéro daté août 2016 (en kiosque le vingt-et-un juillet) du mensuel de l'éditeur avec, dans un numéro déjà très dense, trois pages sur le nouveau président du conseil avec rôle non exécutif Harry Wilson.

Beaucoup de philatélie : Oyez ! Oyez ! Lecteurs et investisseurs prudents : on a embauché quelqu'un qui sait ce qu'est la collection de timbres !

Sur les affaires : il a participé au refinancement du printemps, donc il a tout intérêt à faire réussir la relance du groupe. Il insiste sur la satisfaction des trois cent mille clients de Stanley Gibbons quelque soit le chiffre d'affaires qu'ils rapportent. Et sur le fait que chaque entreprise acquise, la maison philatélique aussi, doit rester à la pointe de son domaine.

Vous pouvez même le lire sans acheter le magazine : le fichier pdf est sur le site en page d'entrée !

...

Sauf que, le quinze juillet, le conseil d'administration a annoncé que la direction du groupe va se relocaliser au Royaume-Uni, rendant de fait les positions jersiaises de directeur exécutif de Mike Hall et du directeur financier Donald Duff redondantes, donc...

Mais qui pour remplacer Hall en place depuis 2011 ?

Qui va sauver Stanley Gibbons ?

Qui va continuer à faire des économies, voire vendre des acquisitions récentes, tout en rendant sa fortune philatélique à l'entreprise ?

Oui : qui !

Harry Wilson.

Dont, quel heureux hasard, le projet est déjà imprimé dans Gibbons Stamp Monthly, en cours de distribution aux quatre coins du Royaume-Uni. Juste à gratter le "non" devant le titre "non executive director".

La suite avant le Brexit ou après le prochain krach financier ?


Cinq minutes après, dans la boîte aux lettres :
Déjà du changement : le numéro daté septembre de Gibbons Stamp Monthly, en kiosque depuis jeudi dernier outre-Manche, vient d'arriver ce lundi matin en France en quatre jours ouvrables au lieu d'une grosse dizaine d'habitude !
En décalé, l'habituelle feuille imprimée en bas, l'autocollant supplémentaire en haut. Ce n'est pas inédit, mais ce n'est pas fréquent non plus.
Est-ce l'inhabituelle étiquette de port payé autocollante avec mention par avion qui a impressionné les centres de tri britanniques et français ? Peut-être, les habituelles mention d'imprimé par avion restent lisibles.

Stanley Gibbons a-t-il changé de numéro de clients à Royal Mail ? C'est la seule différence entre les marques de port payé d'origine et autocollante ?

À l'intérieur sinon, en première page des actualités, la reprise du communiqué du quinze juillet dernier avec Mr Wilson au travail.

Encore un truc :
Dans l'article, j'ai oublié un élément de communication du recentrage de Stanley Gibbons : la page de publicité pour la boutique du 399 Strand insiste sur l'ancienneté du lieu avec dix photographies de la devanture depuis le dix-neuvième.

Ce qui diminue ostensiblement la place accordée à la forme actuelle, évoquant les gratte-ciel des quartiers d'affaires proches et que je trouve bien vide de clients et d'ouvrages philatéliques hors catalogues par rapport à ma première visite en 2008.

Néanmoins, si vous souhaitez entamer une collection de pièces de monnaie, les catalogues ne manquaient pas en 2015.

samedi 20 août 2016

Cendrillonons ! Le premier congrès errinophile au monde !

2016 paraît être l'année européenne de l'errinophilie - ou des Cendrillons en argot philatélique britannique, la collection et l'étude des vignettes non postales. De l'héroïne du conte de fée car elle est de toutes les collections de timbés, mais jamais invitée aux bals philatéliques, pour ironiser une formulation plus sage du spécialiste Francis Kiddle.

Rappelons que les membres de L'Arc-en-ciel, association française d'errinophilie, était invitée à présenter des collections en classe non compétitive pendant le championnat de France à Paris-Philex, en mai dernier.

Outre-Manche, du vendredi seize au dimanche dix-huit septembre, c'est le Cinderella Stamp Club, créé en 1959, qui propose le premier congrès errinophile de l'histoire ! C'est eux qui l'affirme.

Demandez le programme !
La même semaine, du mercredi au samedi, le salon marchand Stampex accueillera au Business Design Centre une exposition errinophile au sein de l'exposition nationale de l'Association of British Philatelic Societies. Sur le site de l'ABPS, on lira à profit pour la φl@télie φr@nçaise que « toutes les expositions britanniques sont maintenant ouvertes aux participations non compétitives », un moyen d'aider à faire passer le pas aux plus modestes ou de tester la classe ouverte ?

Outre le pub à côté de Stampex tous les 1pm du mercredi au vendredi, le siège de la Royal Philatelic Society London servira de camp de base aux expositions et réjouissances du congrès à partir du vendredi.

Vendredi seize, de dix-sept à vingt heures, 41 Devonshire Place, buffet, exposition et un souvenir pour chaque présent. Le lendemain matin, conférence de Ed Hitchings sur les timbres fiscaux du monde avec exposition de la Revenue Society of Great Britain. L'après-midi, l'association errinophile suédoise Bältespännaren célèbre son cinquantième anniversaire avec lecture de Lars Liwendahl et expositions sur les Cendrillons scandinaves.

Le dimanche matin, deux conférences : Charles Kiddle sur les poster stamps - vignettes à message ou de propagande, et Chris Harman sur les timbres locaux avec bureau spécial de l'île Lundy, un des îlots britanniques émetteurs de timbres. L'après-midi, les visiteurs se partageront entre les dernières collections exposées et la signature du Maurice Williams' Roll of Notable Cinderella Philatelists, le pendant errinophile du panthéon philatélique qu'est le Roll of Distinguished Philatelists.

Pendant ce congrès, les visiteurs sont encouragés à présenter leur propre collection, ce sont de véritables rencontres. Marchands ou collectionneurs ayant à vendre auront des tables à disposition.

Un an après la disparition de Francis Kiddle.
Les quelques liens placés sur les conférenciers et quelques recherches Google montrent que l'erroniphilie n'est pas à l'écart de la philatélie ou de l'histoire postale : tous les conférenciers sont des Fellows de la Société royale ou des personnalités de la philatélie organisée britannique.

Et la RPSL ne se contente pas de loger l'événement, elle l'accompagne sous deux formes dont j'ai profité lors de ma visite fin juillet.

Le vingt-et-un octobre 2015 disparaissait Francis Kiddle, spécialite de l'errinophilie, qui, avec son frère Charles, encourageait cette collection en tenant une rubrique mensuelle dans Stamp Magazine.

Comme un anniversaire du souvenir et en conjonction avec ce congrès, le musée de la RPSL expose depuis le premier juillet et jusqu'au trente-et-un octobre, la collection de souvenirs des Congrès philatéliques britanniques amassée par Kiddle.

Mais, et il faut toujours regarder les fasciscules et flyers disposés sur le comptoir à l'entrée - n'oubliez pas de signer le registre, il est possible de prendre un petit cahier reproduisant cinq textes que Kiddle a prononcé lors de ces congrès, depuis celui de Guernsey en 1981 à Manchester en 2009.

Celui de 1981 raconte ses tourments de bibliothécaire de la Société royale et les espoirs - partiellement advenus, voir la Crawford Library - qu'il plaçait dans l'outil informatique pour l'indexation et la numérisation des publications philatéliques. Le dernier de 2009 résumait comment le Congrès est né, avait évolué et continuait à permettre la transformation de la Philatélie britannique - encore une leçon pour la France ?

Les trois autres de 1992, 1998 et 2003 sont à la fois une introduction à l'errinophilie et un ferme rappel aux béotiens à la définition fermée de la philatélie. Francis Kiddle y rappelle les définitions de cette collection, comment elle participa de la timbromanie initiale, et comment, spécialité par spécialité en débutant par les fiscaux, le monde philatélique des dernières décennies a réadopté ces cousins.

Le texte de 1992, "Cinderella philately: Has it Come to Age?", est un modèle de réflexion sur comment une spécialité philatélique peut évoluer en cent soixante-quinze ans entre popularité ou pas, entraînant recherche approfondie ou manque d'ouvrages, entraînant cotes et prix croissant ou pas...

Ah, un questionnement de plus pour les réflexions sur la spéculation philatélique : Kiddle raconte comment il a construit ses collections errinophiles sans y penser, simplement, à très bas prix jusqu'à ce que les recherches et publications que lui et d'autres ont menées malgré l'Establishment sérieux, ont conduit respecter des collectionneurs capables d'acheter ou vendre une vignette plusieurs dizaines de livres sterling.

Un premier congrès à suivre donc.

jeudi 18 août 2016

L'Algérie postale de 1603 à 1851 au Collectors Club de New York

Laissons Paris et Londres pour traverser le vaste océan et atteindre la page des conférences filmées du Collectors Club de New York. Et les conférenciers semblent s'intéresser grandement aux choses françaises quand ils ne viennent pas de France eux-mêmes !

Premier visionnage : le mercredi quinze juin dernier, Kenneth Nilsestuen, président de la France and Colonies Philatelic Society*, a proposé une promenade à travers l'histoire postale « européenne » de l'Algérie des origines jusqu'à 1851, soit le début de l'emploi de timbres-poste français.

Promenade car le conférencier n'hésite pas à aider ses auditeurs à entrer dans le pays concerné : gravures du dix-neuvième siècle, photographies des années 1950 sinon, des ruelles de la Casbah d'Alger aux paysages agricoles coloniaux. Et contrairement au Musée de l'Armée aux Invalides, les affres de l'invasion et de la « pacification » sont explicitement évoquées, notamment pour la prise de Constantine.

Les marcophiles seront aux anges à partir de l'arrivée de l'expédition militaire de 1830 avec la multiplication des lettres, des marques militaires, de désinfection, d'entrées, puis des oblitérations indiquant « Possessions d'Afrique » en bas de la couronne, remplacées en 1839 par le nom « Algérie » (avec dernière date d'utilisation connue pour la première - 25 mai 1839 - et première pour la seconde - 27 août 1839).
La plus ancienne lettre européenne connue, datée de 1603 (collection Kenneth Nilsestuen, Collectors Club, New York, juin 2016).
Néanmoins, la première partie est très intéressante même si elle comprend seulement onze plis et un document pour trois cents vingt-trois ans d'histoire d'Alger et d'Oran. Pour le dix-septième siècle, la plus ancienne lettre survivante est datée d'Alger le treize juin 1603 pour Toulon, suivie de celle d'un prisonnier italien des pirates locaux écrivant en 1674 pour demander à ses proches de payer sa rançon. Entre les deux, un document rappelle la présence espagnole sur ses côtes.

Ce qui marque également nombre de lettres du dix-huitième et dix-neuvième siècle sont les marques indiquant une désinfection arrivée en France : tampon après la Révolution, mais également traces de coups de couteau, recto acidifiée par un bain de vinaigre. D'ailleurs, trois lettres à marques consulaires françaises présentées sont des rapports sur la situation sanitaire en Algérie.

Après le début de l'invasion français, les pièces collectées se multiplient de manière exponentielle et M. Nilsestuen les suit lieu par lieu, ponctué d'évocations historiques et géographiques. Et les origines vont des militaires aux civils européens (dont une lettre de 1835 de Mostaganem pour Zagreb!?), et même algériens avec une lettre de 1832 du Dey d'Alger à un correspondant à Bougie évoquant les événements militaires.
Lettre de Bône de 1830 pour un Bazille de Castelnau, près de Montpellier... Des généalogistes vont être vivement intéressés par le contenu de ce courrier au cas où (collection Kenneth Nilsestuen, Collectors Club, New York, juin 2016).

À Bône (actuelle Annaba), c'est le Montpelliérain qui plisse les yeux. Non sur l'oblitération du trente juin 1840 qui indique, explique Nilsestuen que le postier a bricolé avec les morceaux de cachets disponibles : le millésime étant trop grand pour la couronne.

Mais quel nom pour le destinataire : « Monsieur Bazille, Castenau[-le-Lez ???] / Montpellier »... Frédéric Bazille, le peintre pas encore né alors ? Son père Gaston, vingt-et-un ans, futur viticulteur important et homme politique de la Troisième République ? Aucun lien généalogique ? Il faudrait pouvoir lire le contenu.

La dernière partie sont les premiers usages des timbres Cérès de France en Algérie en 1849, avec des exemples de lettres partis de Batna, à la même époque où les premiers convois de colons débarquent en Algérie conquise (États-Unis obligent, est rappelé que c'est contemporain de la ruée vers l'or en Californie).

Les amateurs de marcophilie et de l'histoire postale de l'Algérie sous contrôle français retrouveront cette conférence sur le site du Collectors Club et sur l'hébergeur Vimeo par ici.

* : non, je n'ai pas fait exprès que la page d'ouverture du site de cette société montre un aussi statistiquement improbable grand nombre de collectionneurs de Saint-Pierre-et-Miquelon dans l'Oklahoma en 2015.

Compléments du week-end suivant :
La lettre Bazille fera très prochainement l'objet d'un petit article sur ce blog grâce à la gentillesse de Kenneth d'avoir bien voulu me transmettre des scans de son contenu.

Pour les amateurs de l'histoire postale de l'Algérie coloniale, il me transmet la date de la prochaine conférence où il abordera la période de 1849 à 1876 : une vidéo à consulter à partir du mardi quinze novembre prochain sur le site du Collectors Club ou sa page Vimeo.

mercredi 17 août 2016

Paris-Philex (9) : bilan d'un salon, d'une communication ou d'une mémoire ?

Après six articles sur un nombre minuscule des collections exposées - désolé pour la centaine de personnes non citées et encore plus pour ceux dont j'ai mal décrits les collections -, et un seul sur un seul des marchands présents, il est temps de reprendre le chemin de la réflexion : quel bilan tire-je de Paris-Philex 2016 ?

Claude Désarmémien, président de la Fédération française des associations philatéliques, avait clamé que tous clamaient que c'était un succès en introduction d'une page de photographies... Il est plus modéré, mais tout aussi satisfait dans l'éditorial imprimé du numéro 671 de juillet-août de La Philatélie française.

Pour un salon-exposition de quatre jours et quinze mille visiteurs (d'après Timbres magazine de juillet) organisé par les partenaires de la φl@télie dans la capitale de leurs sièges et principaux membres, ça me paraît de loin un minimum... malgré les caprices du financier postal - qui a sûrement mieux rentabilisé quatre jours qu'un salon international de dix - et des syndicats ferroviaires et raffineurs de pétrole.

Néanmoins, les propos présidentiels me font revenir au questionnement initial de la série d'articles... Oui, certes, j'ai tort, Claude a raison :)

Mais surtout : qui parle de ce salon ? L'expérience vécue se suffit-elle à même ?

Non, le but n'est pas de jeter la pierre et des rochers sur les bénévoles de la Fédération. Je ne peux cacher mon étonnement : l'introduction en page d'accueil de ffap.net et le reportage photographique de M. Désarménien ont disparu corps et âme dans les tréfonds du site, voire ont atteint les limbes du web. Aujourd'hui, mercredi seize août midi, pas de dossiers photos pour 2016 en suivant le chemin le plus logique...

Internet et la philatélie associative, c'est difficile : des petits blogueurs qui bricolent beaucoup sans être massivement lus, des associations importantes qui développent des sites professionnels sans l'armée de dactylos et d'informaticiens pour le maintenir, et une Académie de philatélie qui n'a remis qu'un seul prix internet depuis 2002 (Celui-là, il ne mérite pas ? Et par là, c'est primable ?).

Non, depuis le mercredi vingt-cinq mai, il ne reste que le résumé de l'« émission du désir » épuisé et des photographies dans les numéros d'été des mensuels français. Pour le direct, les articles de Pierre Jullien sur son blog hébergé par Le Monde sont bien isolés : aucun retour d'expérience des visiteurs sur leurs blogs ou les forums qu'ils fréquentent.

Ai-je tort de porter tant d'importance à la mémoire d'un salon et des collections en compétition ?

Dois-je aller relire le dernier compte-rendu « comme d'hab, rien de nouveau » sur un blog que je suis régulièrement ? Le relire avant et après chaque salon, à la création et à la publication de chaque article de ce blog, à chaque émission de φl@poste (ça sent le par cœur en un mois lol) pour que mon étrange envie de savoir « Comment on fait les expos ? » disparaisse.

Ce serait fort dommage pour les collectionneurs-compétiteurs, les jurés et les visiteurs curieux.

J'ai dû passer environ neuf heures devant les cadres de l'exposition, à lire, essayer de comprendre, photographier ce qui me paraissait sur le moment intéressant à retenir ou mémorable à terme pour mes besoins philatéliques.

Au bout de trois mois, huit articles et, compréhension tardive de certaines choses, un passage dans une certaine bibliothèque londonienne, c'est le triple qu'il m'aurait évidemment fallu avec, à ma disposition, les collectionneurs, leurs ouvrages de référence, un scanner professionnel, un bureau, une chaise de bureau tout confort, ordinateur, papier-stylo et un éclairage adéquat... Le tout imprimé en couleurs et reliés, et livrés un mois avant le salon que je révise...

Tout le contraire d'une exposition philatélique normale tout en verticalité de quatre rangées allant de trop bas à bien trop haut et s'étalant en kilomètres horizontaux zigzagant.

Existe-t-il un marché pour un ouvrage reproduisant les collections primées d'une exposition (grand or et or, voire les prix spéciaux) ? Au moins un livret résumant celles-ci, reproduisant les pages d'introduction et ce qui serait la ou les pièces les plus didactiques, rares,... Qu'en sais-je, je ne suis pas collectionneur exposant, moi !

Est-ce pour cela, pour Paris-Philex comme pour New York d'ailleurs (un exemple australien), que la communication des organisateurs et de la presse spécialisée se limite aux acteurs souriants d'en être, au bilan des bonnes ventes et des pièces rarissimes - New York avec son Inverted Jenny vendu et son Inverted Jenny retrouvé ! - et pas le contenu des collections exposées, ni leur évaluation par le jury ?

Vouées, comme les résultats des championnats d'honneur régional de sports collectifs, à l'oubli, sauf dans la mémoire de l'exposant fier d'avoir atteint ce niveau...

...

Oh ! Une idée me vient : les souvenirs d'un compétiteur philatélique, voire d'un visiteur, peuvent-ils constituer une collection ?

Depuis le vendredi premier juillet et jusqu'au lundi trente-et-un octobre, l'équipe du musée de la Royal Philatelic Society London expose la collection de souvenirs divers que Francis Kiddle, disparu en octobre 2015, a conservé des Congrès philatéliques britanniques, incluant ses médailles...

La même équipe qui a choisi les expositions philatéliques comme un des cinq axes de conservation de leur travail. Un espoir ?

Prochaine réflexion sur ce sujet avec l'exposition Fête du timbre de Montpellier les huit et neuf octobre ? Est-ce vraiment déjà le dernier article sur Paris-Philex 2016 ?

Je n'évoque même pas le grand secret médiatique entourant désormais le Concla... Congrès fédéral depuis l'année dernière. Volontaire pour éviter de laver le linge sale en public, notamment quand les présents battent au savon noir le costume du Directeur de φl@poste alors qu'il le porte encore ? Ou manque de moyens techniques et humains ?