mercredi 20 juin 2018

Le collectionneur de timbres au baccalauréat 2018

Cet après-midi, mercredi vingt juin 2018, les élèves français de terminale des séries générales ont planché sur l'épreuve de leur première langue vivante. Et la quasi-totalité ayant choisi l'anglais a pu découvrir le monde des transports ferroviaires et... des timbres !

Plusieurs questions évaluent leur compréhension de documents en anglais et leur capacité à prouver celle-ci, et le devoir se conclut par une question de rédaction ou d'invention.

Le dossier documentaire a permis aux candidats d'explorer plusieurs thèmes transversaux du programme. C'est le premier qui a concerné la philatélie : un extrait du roman John Henry Days de l'écrivain new-yorkais Colson Whitehead, publié en 2001 ; les deux autres se consacrant sur les progrès du transport ferroviaire de 1955 à nos jours.
Les questions de compréhension du texte de Colson Whitehead... Heureusement qu'il y avait ces petites vignettes pour aider à comprendre que stamp = timbre-poste... Qu'est-ce qu'un timbre ?
Dans ce texte, en fouillant une boîte de timbres en vrac chez un marchand, Alphonse découvre son premier timbre représentant un train à vapeur et, bien que le bout de papier soit déchiré, il ressent immédiatement toutes les possibilités de ce moyen de transport transcrit par le dessin.
L'extrait de John Henry Days par Colson White proposé aux bacheliers français le vingt juin 2018. 
John Henry Days rend un hommage à l'ouvrier afro-américain John Henry qui, pendant la construction héroïque des chemins de fer dans le Grand Ouest, aurait succombé à une course contre la montre dans le creusement des trous pour explosifs contre un marteau à vapeur, devenant ainsi une légende folkorique.

Un hommage fictif néanmoins : le narrateur est un journaliste qui se rend au premier festival John Henry dans une ville de Viriginie-Occidentale, l'année de l'émission imaginaire d'un timbre-poste à son effigie en 1996.

Au-delà des questions simples de lecture, la question C signale le message de l'avant-dernier paragraphe de l'extrait et annonce l'autre principal thème de l'étude du dossier documentaire : en quoi le train est-il lié à l'idée de frontiers, ces limites à dépasser. Plus complet aux yeux d'un philatéliste thématique, les élèves de série littéraire ayant choisi d'approfondir la langue anglaise avaient à commenter cette citation concluant la déchéance du rail face aux routes :


"What remained of the ultimate in human achievement was a stamp."

Après un passage plus commercial avec une affiche canadienne et plus technologique avec le projet Hyperloop d'Elon Musk, quatre sujets d'expression écrite étaient proposés : deux au choix de la majorité, deux autres pour les littéraires approndisseurs.

Le premier sujet de ces derniers relance explicitement le sujet du timbre : « Ken / Clara Jones, a collector, is asked to write an editorial for the magazine Collector's Monthly. Write his / her article entitled "Celebrating things of the past. » Vite, que le Bureau de la FFAP fouille les poubelles des lycées de France ! Il y a peut-être les éditoriaux de La Philatélie française pour plusieurs années !

Qu'ils récupèrent aussi les brouillons du premier sujet des linguistes non-approfondis : "Do you think that technical progress necessarily implies forgetting the past?" Une mention Très Bien a tout candidat qui a évoqué la gravure et l'impression en taille-douce !

Trêve de plaisanterie.

Il est intéressant que des enseignants-concepteurs des sujets du baccalauréat et leurs inspecteurs considèrent le timbre-poste comme un document suscitant la réflexion. En 2015, en histoire, l'étude de documents interrogeait le rôle de la propagande à destination des masses avec un timbre chinois. Au brevet des collèges, les timbres touristiques ont pu mettre en contexte des villes, régions ou éléments naturels qui étaient des repères à connaître sur le territoire français.

Certes, les principaux intéressés s'en plaignent dans la cour des réseaux récréatifs sociaux : nombre sont ceux qui ne connaissaient pas l'entrepreneur futuriste Elon Musk... alors la passion pour les timbres ferroviaires... si le mot stamp voire postage leur évoquaient quelque chose.

Ces petits moments permettent de rappeler dans le quotidien - d'accord, ici, dans un moment rituel collectif imposé - des jeunes qu'il existe un ancien moyen de communication qui demande du temps, de l'effort, du soin envers le destinataire... et des timbres pour faire parvenir le message.

Ces moments peuvent être scolaires : grandement organisé avec la presse pour impressionner la mémoire des enfants et de leur famille ou petitement en classe de neige/verte/voyage pour introduire la simplicité du geste.

Ou ludiques - contrairement à ce que croient les ronchons anti-nouveaux loisirs : remarquer l'effort des artistes de tout poil d'inscrire leurs œuvres de fiction dans la réalité quotidienne, quitte à y inclure ce qui pourrait paraître obsolète à leur public. Revoir le rôle des passages du facteur dans les séries historiques comme Downton Abbey et les lancements d'intrigue de bandes dessinées, les timbres détournés comme marqueurs fréquents dans les uchronies situées dans un après-Seconde Guerre mondiale catastrophiques, la nécessité de la correspondance écrite et des « quêtes Fedex » dans les jeux vidéo, jusqu'au professeur illustrant son cours d'histoire des sciences au Collège de France de portraits timbrés.
La réponse de l'écrivaine J.K. Rowling au journaliste Christopher Hope sur le refus d'un timbre sur le Brexit au moment de la série des chouettes, en avril 2018 (copie d'écran).
Et, idée pour un prochain sujet d'anglais pour intéresser l'actuelle génération Harry Potter au timbre : à un journaliste du Daily Telegraph s'insurgeant que Royal Mail refuse d'envisager une émission pour marquer la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, mais qui émettait une série complète sur les chouettes, J.K. Rowling répliqua sur Twitter, rappelant le rôle essentiel de la correspondance écrite dans ses romans : les timbres sont trop petits pour tant de mauvais sentiments alors que les chouettes sont géniales.

En confrontant cette parole de l'écrivain aux timbres des deux guerres mondiales, argumenter sur le rôle du timbre actuellement.

Sujet alternatif : Peut-on trouver meilleurs vendeurs de timbres et de créateurs de nouveaux collectionneurs que ces moments quotidiens ?

Vous avez deux heures.

dimanche 17 juin 2018

Wolfenstein 2 : du courrier uchronique des vaincus et des vainqueurs

Week-end uchronie et cyberpunk avec le jeu vidéo de combat et de tir à la première personne Wolfenstein 2: The New Colossus du studio suédois MachineGames, publié par Bethesda en octobre 2017 pour ordinateurs et consoles actuelles - attention : jeu déconseillé aux moins de dix-huit ans (violence, vocabulaire brut et... la cruauté du nazisme dénoncé avec ironie).
L'affiche principale du jeu : l'objectif est limpide.
Malgré ses blessures à la fin du premier jeu, aidée d'une armure exosquelette, le héros Blazkowicz repart au combat, en 1961, contre une Allemagne nazie victorieuse de la Seconde Guerre mondiale en 1948 grâce à une avance technologique et ses souvenirs d'une Amérique profondément racistes. Avec son groupe de résistants, il traverse l'Atlantique pour provoquer une révolution aux États-Unis mêmes.

À l'aide de parodies télévisées (jeu ou série à la Lassie) et de scènes cocasses, la promotion du jeu avait secoué de nombreux joueurs et milieux d'extrême-droite aux États-Unis et en Europe en suggérant la collaboration des membres du Ku Klux Klan avec le conquérant nazi et l'alliance du héros, descendant de migrants polonais et juif par sa mère, avec ce qu'il reste du Black Power dans un New York apocalyptique (mais pas encore explorable avec la chair de poule comme dans Fallout).

Grâce aux nombreux objets à collecter par le joueur, les auteurs imagine comment communiquerait-on dans les États-Unis d'avant la capitulation et dans l'armée nazie du début des années 1960 ?

Les premiers e-mails existent pour des messages rapides... et triviaux... sur bandes magnétiques : où est passé ce sous-officier chargé de ramener des milk shakes ?

Les ordres impérieux du commandement parviennent sur des feuillets à bande rouge.
Enveloppe uchronique allemande dans le jeu Wolfenstein 2: The New Colossus (photographie d'écran).
Mais, le courrier postal maintient l'essentiel du lien entre les soldats et leurs familles. Par contre, comme ces courriers sont un élément de contexte uchronique et, rarement, un élément indispensable à l'action fusillante et explosive du jeu, c'est la même enveloppe standard que le joueur voit à chaque découverte de courrier.

Digne du courrier censuré : timbre-étiquette à lettre et numéro codé, oblitérations à symboles du régime (aigle et croix gammée).
L'enveloppe standard du courrier états-unien d'avant l'invasion-cauchemar de 1961 (photographie d'écran).
Côté états-unien, l'enveloppe est plus civile : timbre sans valeur faciale, mais rappelant les timbres de poste aérienne bleu, blanc et rouge. L'oblitération est sans nom de ville toujours puisqu'unique pour toutes les lettres trouvées et rédigées avant l'attaque nucléaire sur New York de 1948.

Si les messages militaires nazis sont une forme d'humour cynique, les lettres des civils allemands et états-uniens dérangent davantage le joueur, en rappelant l'humanité des expéditeurs et des destinataires : inquiétude face au fils parti « libérer » les Blancs d'Amérique, petit mafieux new-yorkais davantage préoccupé de ses trafics portuaires que de la défaite qui s'annonce, etc.

Même si le but du jeu est de proposer un défouloir au joueur, un défi de survivre à un puzzle fait de vagues ennemis de difficulté croissante et de bonus de points de vie, d'armures et de munitions en quantité limitée, son intrigue uchronique parvient à approfondir le présent comme d'autres romans classiques du genre : combien de minutes avant la fin de nos réels États de droit ?

vendredi 15 juin 2018

Une tourte de pelures épistolaires devenue film guernesiais

Sorti ce mercredi treize juin 2018 en France, Le Cercle littéraire de Guernesey n'est certes pas prêt d'entrer au panthéon du cinéma, mais en période pré-estivale, peut concilier un temps mémoire de l'Occupation, besoin de douceur dans un monde de brutes et pré-réservation d'un séjour dans les îles Anglo-Normandes.
L'affiche française du film reprenant l'illustration façon histoire postale des couvertures du roman, et insistant sur l'aspect choral du film : vous retrouverez bien une actrice ou un acteur britannique qui vous est connu (via le site web de Première).
Juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, la fiction suit Juliet Ashton, une jeune auteure londonienne, qui a fait fortune par l'écriture de chroniques patriotiques sous un pseudonyme masculin. Tout lui réussit, même l'amour d'un officier états-unien.

Jusqu'à l'arrivée surprenante d'une enveloppe portant les timbres du baillage de Guernesey, laquelle contient la lettre d'un éleveur de l'île. Ayant trouvé l'adresse dans un livre d'occasion et la lecture ayant permis à son groupe et lui de tenir sous l'Occupation allemande, il demande le service de l'adresse d'un libraire de la capitale pour trouver un livre en particulier.

Curieuse du nom de ce groupe, la fameuse Société de littérature et de tourtes d'épluchures de patates de Guernesey, mensonge initialement créée pour justifier une violation du couvre-feu au cours duquel un cochon rôti échappa à l'armée allemande.
Les couvertures britannique et française du roman (via les sites Amazon).
Comme le roman, de Mary Ann Schaffer et sa nièce Annie Barrows, dont il est inspiré, le film insiste sur la relation épistolaire, ce qui réjouira les philatélistes. Cependant, le film suit directement l'héroïne à Guernesey et ses passages au bureau de poste pour les coûteux appels à son impatient agent londonien.

Le roman, dont le film peut servir d'introduction - là, je suis d'accord avec M. Sotinel du Monde, point de « j'ai déjà vu le film », est la relation épistolaire quasiment quotidienne entre les protagonistes londoniens et guernesiais au fur et à mesure que Juliet enquête sur l'Occupation allemande... forçant les mémoires à s'ouvrir difficilement - c'est un des reproches adressés au film d'ailleurs : lui-même montre difficilement ses souvenirs malgré de nombreux flashbacks.
L'émission du 28 juillet 2011 consacrée au roman par Guernsey Stamps.
Avec le tournage de ce film - dont l'office du tourisme de l'île est un partenaire - et sa sortie britannique en avril dernier, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society peut devenir une collection thématique en lui-même : couverture timbrée et oblitérée, émission d'une série à Guernesey en 2011, d'un souvenir avec ces timbres et une oblitération spéciale en avril 2018,...
Le souvenir émis pour la sortie du film en avril dernier (fil Twitter du service philatélique de Guernesey).
... et les amateurs de porc rôti, d'élevage porcin, de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, de l'île de Guernesey et ses paysages, des longues et continues correspondances d'antan complèteront les nombreux panneaux d'exposition.

mardi 12 juin 2018

Haut et bas de La Poste à Montpellier

En vingt-quatre heures, ces onze et douze juin 2018, deux articles de la presse montpelliéraine ont présenté les enjeux auxquels La Poste et ses employés font face dans le contexte de la numérisation des relations économiques et sociales.

Au bureau de distribution de Saint-Jean-de-Védas, au sud-ouest de l'agglomération, une tentative de suicide d'un personnel en formation a pu être empêchée par les secours, le mercredi vingt-cinq mai dernier, a rapporté Midi libre hier.

Dans le même article, un syndicaliste appelait le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail à enquêter, et informait les lecteurs du stress croissant des postiers : modification potentielle des tournées ou de leur moyen de transport chaque matin notamment.

Véhicule justement, ce matin, sur le site d'information e-métropolitain : le Groupe La Poste annonce l'ouverture d'une base logistique à Montpellier, afin d'assurer les distributions de colis et de marchandises diverses du dernier kilomètre, dans le centre-ville, avec de petits véhicules électriques à partir de l'automne prochain.
Le logotype d'Evol Grenoble (site officiel).
La start-up portera le nom d'Evol, pour « Espace de valorisation et d'optimisation logistique ». Ce consortium se place sur le marché des transports de livraison en ville-centre en France, avec une première expérience à Grenoble depuis 2016.

La convention entre la Métropole de Montpellier et La Poste a été signée le dix-sept décembre 2017 par Philippe Saurel et Philippe Wahl.

Sur le terrain, Evol va créer un espace de mutualisation dans la zone industrielle (en cours de désindustrialisation à force de construction d'immeubles) des Prés d'Arènes, au sud de la ville : colis et marchandises y seront rassemblés pour la livraison au centre-ville ou de ce dernier pour expédition au-delà.

Quatre centres intermédiaires seront également aménagés pour adapter la dimension des véhicules de livraison au tissu urbain : peu de volume utile, mais des riverains à épargner. Ainsi, le centre postal Rondelet (bureaux administratifs, bureau de poste, centre de distribution) accueillera cette nouvelle activité.

La Poste française poursuit donc la valorisation de ses compétences multiples pour ne pas disparaître ou être limité au courrier quotidien... Mais à quel coût social pour les employés ? Et sous combien de marques commerciales empêchant l'application uniforme d'une politique d'entreprise accordant des droits aux employés et opposable par les clients volontaires et usagers contraints ?

samedi 9 juin 2018

Il n'y a pas que les philatélistes qui le savent

À force de lire et chercher sur des pays et colonies disparues, des étrangetés géopolitiques actuelles et autres amusements du philatéliste et de l'historien postal, on en oublierait que d'autres curieux ou professions maîtrisent des connaissances peu communes.

Le dollar des Détroits

Spirou est décidément un magazine hebdomadaire de bandes dessinées plein de surprises : dans les récents albums publiés par épisodes, un a plongé le lecteur dans la Malaisie britanniques des années 1930.
Couverture de la treizième aventure de Théodore Poussin (site de l'éditeur Dupuis).
Dans Le Dernier Voyage de l'Amok, publié par Dupuis, l'aventurier Théodore Poussin prépare silencieusement sa vengeance depuis Singapour, « l'île du [mer]lion ». Sous la plume de Frank Le Gall, le parcours - mystérieux pour ses compagnons et le lecteur - le conduira de nouveau vers les îles Riau, situées entre la péninsule malaise et Sumatra (et partie de l'Indonésie actuelle).

Dès les premières rencontres de l'album, sont évoqués les « dollars du Détroit », la devise coloniale des Établissements des détroits, les Straits Settlements, qui permettaient au Royaume-Uni de régenter les royaumes de la future Malaisie et de veiller à la sécurité d'un point de passage stratégique entre l'extrême-orient et l'Empire des Indes.

Ce dollar fut remplacé par le dollar malais en 1939.

Au-delà du Dniestr, le pays qui n'existe pas

Le samedi dix-neuf mai 2018, sur la chaîne culturelle Arte, le numéro du Dessous des cartes fut consacré à la Transnitrie, la république indépendantiste pro-russe, qui s'est séparé de la Moldavie.

Situé sur la rive gauche du fleuve Dniestr, la fine bande de territoire fait partie des républiques auto-proclamées protégées par la Russie et qui permet de gérer les anciennes républiques soviétiques quand elles se tournent trop vers l'Occident. Pour la Moldavie : le cas d'une unification avec la Roumanie.

On se souviendra que les timbres des deux républiques du Donbass ukrainien a fait l'objet de plusieurs articles philatéliques en France entre septembre et novembre 2017.

L'émission est disponible au visionnage gratuitement jusqu'au mercredi dix-huit juillet 2018.

Enfin, à Cuba

Après une période d'essai technique suite à la reprise des contacts diplomatiques entre les États-Unis d'Amérique et Cuba, la poste cubaine a annoncé, dans un communiqué du premier juin, que les services postaux entre les deux pays ont désormais pleinement repris.