vendredi 31 juillet 2020

Montpellier philatélique : que se passe-t-il depuis 2017 ?

Autant dire qu'avant le milieu des années 2010, la carrière philatélique de la ville de Montpellier sur les timbres de France était très courte et très espacée : un blason en 1941 et le millénaire de la première trace écrite de son nom en 1985...

Certes, Michel Soulié, président de l'Association philatélique montpelliéraine, a bien montré dans de nombreux articles du printemps 2019 qu'on peut collectionner énormément de choses sur Montpellier :
Un point qui fait la thématique (site de l'Office des émissions de timbres-poste de Monaco via Colombes Philatélie).

- ajouter les manifestations sportives internationales que la ville peut co-accueillir avec d'autres villes : coupe du monde de 1998 sur timbre de France ou un point sur le timbre de Monaco pour la coupe du monde féminine de 2019 ;

- trier parmi les personnalités timbrifiées celles dont le passage montpelliérain est important : Rabelais, Auguste Comte ou Francis Ponge d'après Soulié dans son article pour La Philatélie française de mars-avril 2019 :

Mais comment estimer cette importance ? Auguste Comte est bien un natif et lycéen de Montpellier... et un philosophe parisien... Et dont l'hommage statuaire montpelliérain fut grandement détruit, et le buste oublié par le sauvageon-maire François Delmas... Oui, le même qui exila Louis XVI.

- partir des souvenirs créés par les associations philatéliques locales, parfois encore disponibles auprès du Trésorier de l'A.P.M. ;

- et, enfin, plonger dans l'histoire postale et la marcophilie... Un vaste monde postal, ferroviaire, etc.

Donc... 1985... 1998 par choix du service philatélique de mettre en avant les villes et non les gestes (coupe du monde de rugby 2017).

La trentième page de Montpellier Notre Ville n°456, daté août 2020.

Mais, d'un coup, les timbres s'enchaînent comme le magazine municipal de Montpellier en fait le bilan en une pleine page philatélique dans son numéro d'août 2020, diffusé depuis ce jour sur internet.

De février 2017 avec la Vue de village de Frédéric Bazille, lié - avec retard - à l'exposition itinérante 2016-2017 entre le musée Fabre de Montpellier, le musée d'Orsay de Paris et la National Gallery of Art de Washington, aux huit cents ans de la Faculté de médecine, en juin 2020...

... auxquels s'ajoutent le timbre sur la place de la Comédie - Grand Prix de l'art philatélique pour Sophie Beaujard - et le timbre de distributeur aux Arceaux à l'occasion de l'exposition nationale Phila-France 2019...
Au format A4, le feuillet personnalisé de 2018 comprend un message du Président de la métropole.

... plus le feuillet personnalisé commandé par la Métropole Montpellier Méditerranée et mis en vente dans les bureaux de poste en juillet 2018, présentant huit paysages ou éléments touristiques du territoire de l'intercommunalité.

Alors que certaines préfectures ont attendu deux cents seize ans leur premier timbre, comment Montpellier a-t-elle obtenu autant d'attention philatélique ? Sans même évoquer la ville de Lattes et son timbre caché de 1991.

Les élus semblent la piste traditionnellement explorée. Le maire Philippe Saurel, élu en 2014, battu en 2020, a pu faire partie de ceux ayant remarqué l'intérêt du timbre sur Frédéric Bazille, précurseur des impressionnistes et à la carrière fauché par le service à la patrie, alors qu'une exposition internationale avait lieu. En tous les cas, il a signé le bon de commande pour le feuillet personnalisé de 2018.

Pour ce timbre-tableau, n'oublions pas de saluer l'équipe du bureau Préfecture, en charge des ventes philatéliques, qui a accepté d'organiser le premier jour à la volée dans son espace de vente : on peut y rentrer une exposition - avec l'assistance des collectionneurs locaux - et un bureau temporaire !

La Fédération française des associations philatéliques est à louer dans sa recherche permanente d'associations pour accueillir son congrès annuel... Ça a bien raccourci l'attente d'un nouvel anniversaire au chiffre bien rond.

Et, en parlant chiffre rond : qui pouvait prédire que le timbre-poste commémoratif eut été un des moyens recherchés par les organisateurs des huit cents ans de la Faculté de médecine. Ils disposaient pourtant de leur musée d'anatomie (une visite toujours très recherchée lors des Journées du patrimoine), d'un partenariat avec le musée Fabre pour une exposition Art et Anatomie jusqu'à fin août, et un livre sur l'histoire de l'enseignement de l'anatomie à Montpellier, tout juste sorti.
Un mode d'emploi qui aurait bien servi lors de l'introduction des timbres autocollants en 1990 (via le fil Twitter de Phil@poste).

Quant aux Montpelliérains d'adoption que sont les Lapins crétins... Les choix publicitaires de La Poste pour son carnet humoristique de juillet 2020, ils sont aussi mystérieux que la mondialisation des studios de jeux vidéos : griffonnés par le dirigeant français d'Ubisoft, ils servirent d'adversaires au héros Rayman dans le jeu que le studio Ubisoft Montpellier, à Castelnau-le-Lez, programmait alors au début des années 2000. Un besoin capitaliste différent, et ils auraient été dessinés et animés par les studios montréalais, shanghaïen ou casablancais du même groupe breton.

L'imagination du collectionneur thématique, des associations toujours à disposition pour rappeler que les timbres et le courrier existent, la diversification des moyens de communication par les acteurs politiques et économiques régionaux,...

La recette du Montpellier philatélique des années 2010 ?

mercredi 29 juillet 2020

Quand la Syrie commémore une victoire française oubliée

Ah ! La mémoire française de l'histoire, un vaste débat depuis quelques années. Chapitre « Statues » pour son dernier avatar, sous-sections « Colonisation » et « Esclavage ».

Un vaste sujet, et confus quand il faut à la fois sanctionner les délinquants détruisant des biens, mais aussi réenseigner leurs contempteurs qui confondent l'Histoire (celle qui s'est déroulée), l'histoire (celle que les historiens parviennent à reconstituer avec les traces disponibles) et la mémoire : ce que les Français, les politiciens et les intellectuels-éditorialistes veulent bien en retenir selon l'air du moment.
Le timbre du centenaire de la bataille de Mayssaloun, émis le vingt-quatre juillet 2020 (site de la poste syrienne et découvert grâce au site Philatelic Pursuits).

Débats où les arguments actuels se confrontent, au grand dépit des maires de bonne volonté (tel celui de Fort-de-France pris de vitesse en pleine consultation sur le sujet), des historiens et des philosophes. Par exemple, l'argument qu'il faut maintenir les statues parce que, selon les critères de l'époque du personnage, ce que la mémoire de certains lui reprochent était légal et légitime il y a un, deux, cinq siècles.

Et pourtant, la France du « roman national », des « aspects positifs de la colonisation » et du relativisme de la traite atlantique opposée en valeur morale aux traites arabes et intra-africaines, cette France-là est aussi capable d'oubli quand ça l'arrange.

Alors que pendant cinq ans, de juin 2014 au onze novembre 2018, la Mission du Centenaire a réussi à intéresser la Nation aux mémoires de la Grande Guerre (1914-1918), sa mission n'a visiblement pas porté sur les leçons à retenir de la période de retour à la paix... qui pourrait éclairer pourtant l'Europe et le Bassin méditerranéen d'aujourd'hui.

Les soldats français toujours mobilisés dans les Balkans, les territoires soumis à plébiscite ou contre la Russie bolchévique ? Les jeunes sous les drapeaux envoyés occupés la Ruhr et la Rhénanie (un de mes arrière-grands-pères) ? Les conflits entre États sur les nouvelles frontières (voir les anniversaires commémorés en Slovénie) ? Les conséquences à court, moyen et long terme des traités ?

Justement, heureusement que les mémoires arabes du Proche-Orient et celle du régime de Bachar el-Assad... Oui, malgré un pays en guerre civile depuis 2011, la poste syrienne continue ses programmes philatéliques, donc son œuvre de propagande.

Le vingt-quatre juillet 2020, la France a oublié de commémorer une victoire militaire et la mémoire de quarante-deux de ses soldats tués lors de la bataille de Mayssaloun. Après plusieurs trahisons diplomatiques, la France envoyait une armée à la conquête de Damas afin d'imposer le mandat français de la Société des nations au royaume arabe de Syrie, créé sur l'ensemble du Proche-Orient méditerranéen à partir des territoires occupés par l'Entente grâce à la révolte arabe suscitée contre l'Empire ottoman.

Un beau moment de colonialisme de notre histoire, mais aucune voie ne porte le nom de cette victoire en France, ni celui du général en action sur le champ Mariano Goybet.

Par contre, les nationalistes arabes (oui, les concepts européens de nation et nationalisme s'exportent bien au dix-neuvième siècle) ont retenu la bataille et la trahison des promesses franco-britanniques. Ajoutez à cela les découpages territoriaux mandataires et le plan de partition de la Palestine en 1948... Ça fait un beau baril de poudre de causes lointaines.

Cet exemple d'oubli national (Hé, Le Figaro : un centenaire militaire tout de même !) montre qu'il est possible d'oublier l'histoire - merci aux historiens de la conserver dans des ouvrages de recherche. Il est dommage de se la faire rappeler par un dictateur sanguinaire.

lundi 27 juillet 2020

Dernières lettres japonaises en jeu vidéo

Poursuivons l'apparition de timbres-poste et de courrier dans les jeux vidéos contemporains, preuve que la génération vidéo-ludique est encore à portée de la correspondance et de la philatélie.

Depuis 2008, le studio canadien Ubisoft Montréal a repris sous forme de série le jeu vidéo Far Cry de l'allemand Crytek. Chaque jeu plonge le joueur dans une histoire et une géographie lui imposant d'adopter un comportement de survie face à la violence d'une situation.

Particularité : chaque épisode se déroule dans un cadre différent. Far Cry 3, sorti en 2012, se déroule sur une île imaginaire isolée d'Asie du Sud-Est, qui serait sous l'emprise de « pirates » terrorisant la population autochtone et, pour ce qui concerne le joueur, pratique l'esclavage de touristes qui se seraient trop éloignés des chemins balisés.

Ainsi, qu'après un saut en parachutes, un groupe de touristes états-uniens est pris en otages par ces pirates et leur chef très violent. Le héros parvient à s'échapper : au joueur de convaincre la résistance locale de l'aider en suivant leurs pratiques combattantes contre la faune sauvage ou les pirates.
Capture d'écran d'une des lettres de soldats japonais (Ubisoft Montréal).
Comme tout jeu en monde ouvert, le joueur doit progresser par des missions et recherches secondaires afin d'avoir les compétences et armements suffisants pour attaquer l'intrigue principale : sauver ses amis et... peut-être... tuer le chef pirate. Le jeu interrogeant la tombée dans la violence.

Une quête secondaire est introduite dans la première partie du jeu : des habitants de l'île gagnent leur vie en retrouvant les cadavres de soldats japonais de la Seconde Guerre mondiale. Grâce à leur plaque d'identification, ils retrouvent les familles qui peuvent rapatrier les corps.

Sur chaque soldat ou sous-officier, une lettre conte le quotidien, la propagande crue ou mise en doute de ses soldats attendant le débarquement des forces états-uniennes.
Timbre au type Mont Fuji et Cerf des années 1930 (via Colnect.com).
Côté réalisme, l'enveloppe pose un gros problème : l'oblitération ne déborde pas du timbre... merci la banque d'images.

Par contre, le timbre correspond : un timbre d'usage courant au type Mont Fuji et Cerf, plusieurs valeurs émises de 1930 à 1937.

Maintenant, il me manque la bibliothèque pour savoir si un soldat japonais avait usage de ces timbres métropolitains dans les zones occupées du sud de l'Asie... Je ne pense pas.

Ou alors, il faut considérer sur l'image que le paquet de lettres correspond aux lettres reçues par le soldat, donc affranchies de timbres japonais ; et que le joueur découvre leur dernière lettre non envoyée avant le dernier combat.

dimanche 19 juillet 2020

Timbre du Japon oblitéré à Tunis !

Les oblitérations à un port d'escale sur des courriers aux timbres variés postés sur les paquebots d'antan, quelques rares périodes de tarifs postaux entre deux pays payables par timbres d'origine différente... voilà ce qui créée le fantasme de trouver un courrier affranchi avec timbre d'un pays, puis accepté et oblitéré par la poste d'un autre pays.

Et, sauf rarissimes exceptions - Hello les postes privées d'îlots britanniques (exemple) -, ça n'existe pas ou c'est une erreur d'inattention du postier ou de l'ordinateur de la machine de tri qui aurait dû entraîner une taxe à payer par le destinataire. 

Pourtant, j'ai une lettre de 2005 du Japon oblitéré à Tunis en 1895...
Coin d'enveloppe extrait des premiers moments du jeu vidéo Yakuza Kiwami (SEGA, 2015).

Ainsi, dans le jeu vidéo Yakuza Kiwami, le héros, ancien yakuza, reçoit une lettre en prison, la veille de sa libération au bout de dix pour meurtre d'un chef (1995-2005).
Capture d'écran du moment de la réception de la lettre, au début du jeu Yakuza Kiwami (SEGA via une session de jeu sur youTube).

Publié en 2015 pour PlayStation 3, Yakuza Kiwami est une mise à jour enrichie graphiquement et ludiquement du premier jeu de la série Yakuza (Ryū ga Gotoku - Comme un dragon - au Japon), sorti lui en 2005. Ses développeurs ont utilisé le moteur graphique de Yakuza 0, épisode préquel, déjà évoqué sur ce blog pour ses entiers postaux de la fin des années 1990.

Cette fois, au lieu d'un rectangle vert anonyme, les graphistes ont reproduit fidèlement un timbre d'usage courant japonais de la série, alors finissante, Nature du Japon : le quatre-vingts yens au martin-pêcheur tacheté. Si l'on en croit le catalogue amateur Colnect.com, ce timbre est émis pour la première fois en 1994, avant une réémission en 2002 qui semble justifié un nouveau numéro dans les catalogues de cotation.

Sa valeur faciale semble correspondre au tarif de base de la lettre intérieure, vu le nombre de timbres de cette valeur émis en 2002, d'après le site de la Japan Philatelic Society Foundation.

Par contre, pour l'oblitérer... il semble y avoir eu un souci puisqu'on a sorti des archives du web un cachet du vingt-deux septembre 1895 de Tunis, du temps du protectorat français... Les collectionneurs tunisiens et français apprécieront.

Méconnaissance du système postal de la génération web et smartphone ?
La même scène dans la version initiale du jeu, en 2005 (SEGA via une session de jeu sur youTube).

Revenons à la version initiale du jeu, publié en 2005 : le timbre y est, bien davantage pixellisé (époque PlayStation 2) et l'oblitération illisible, mais bien différente de celle de la Régence qu'il a donc fallu trouver dix ans plus tard face à la lisibilité permise par l'amélioration graphique.
Oblitération habituelle au Japon en 2012 (blog World of stamps).

Pourtant, trouver une oblitération japonaise ne paraît pas une montagne impossible à franchir. Reste-t-on sur l'hypothèse de la méconnaissance des graphistes ? Ou du respect d'un règlement possible de Japan Post : timbre et oblitération trop bien imités = risque d'aider à la commission de fraude imprimée ?

Pour avoir cherché sur Google, il semble que les collectionneurs préfèrent mettre en ligne de belles oblitérations illustrées commémoratives et touristiques rouges que les habituelles noires... Finalement, quelqu'un a-t-il eu suffisamment de connaissance marcophile pour éviter une oblitération rouge ?

Par contre, comparé à Yakuza 0, pas d'autre correspondance écrite dans Yakuza Kiwami : après dix ans de prison, le héros découvre le téléphone portable (l'ancêtre, celui avec un petit écran), la disparition progressive des cabines téléphoniques (merci l'apparition de la sauvegarde automatique).

Rappel à ceux qui croient encore que jeu vidéo = pour enfant, la série Yakuza place le joueur dans la position d'un brigand tendance grand cœur certes, mais dans un milieu violent et de jeu de hasard déconseillé aux mineurs.

vendredi 17 juillet 2020

Cartographie recyclée à Dole

Un philatéliste peut-il reconstituer une carte de l'Allemagne grâce au courrier qu'il reçoit ?

Peut-être, tel l'enfant espérant l'achat de morceaux de viande panée pour obtenir les aimants manquants de sa carte des départements français.
L'envoi des souvenirs du Salon philatélique de printemps (annulé covid-19) par le Groupement philatélique dolois - avec oblitération du guichet philatélique de Dole.
Après un bout de Saxe-Anhalt en novembre 2019, voilà que le Groupement philatélique dolois me fournit une zone rurale de Rhénanie-Palatinat, dans l'ouest de l'Allemagne, à proximité du Rhin.
Les forêts et champs de la rive gauche du Rhin, autour de la rivière Simmerbach.

L'association utilise, en effet, les enveloppes confectionnées à partir d'invendus de l'entreprise allemande Direkt Recycling.

Robert Donnet, le trésorier du Groupement, a raconté, dans sa chronique radio, les aléas causés par le covid-19 et le confinement sur l'organisation du Salon philatélique de printemps, et sur les dépenses engagées de l'association - un exemple parmi bien d'autres associations de toute activité en France.

Ainsi, les souvenirs avec les timbres prévus et émis et l'oblitération premier jour sont actuellement mis en vente par le Groupement afin de compenser en partie les pertes. Pensez à les aider : le bon de commande illustré peut être téléchargé par ici.