lundi 26 octobre 2020

Thématique : enfant de philatéliste

 Mercredi vingt-et-un octobre 2020, Post NL a émis un timbre sur le disc jockey Martin Garrix (né en 1996), star mondiale dans son domaine. En le scannant avec une application spéciale, une performance de l'artiste enchantera ses fans.

Le feuillet de cinq timbres au profil et logotype de l'artiste (communiqué de presse de PostNL).

Le timbre rentre tout de même bien dans la tradition graphique des timbres néerlandais. Cependant, les « collectionneurs sérieux » auraient tort de n'y voir qu'un timbre publicitaire.

En effet, la nouvelle de cette émission m'est parvenue par l'intermédiaire du fil Twitter de l'entreprise philatélique Corinphila : en 2010, cette dernière a racheté à Gerard Garritsen, le père du musicien, son commerce Wiggers de Vries.

Couverture de l'album These Are The Times de 2019.

Un lien philatélique fort puisque, dans le communiqué de presse, le DJ explique avoir nommé sa maison de production STMPD RCRDS en souvenir de l'environnement plein de timbres de la collection de son père.

Et pour ceux qu'une thématique tenterait : Martin Garrix a déjà vendu des timbres personnalisés lors d'un événement à Amsterdam en 2019.

Le mode d'emploi de l'application liée à l'émission de timbre.

Pour ceux qui veulent découvrir son travail, ou disposer de quelques heures de musique en arrière-plan de leurs activités : plusieurs playlists de quelques dizaines de titres chacune (avec ou sans clip vidéo) sont accessibles depuis sa page youTube.

Source des informations : la page sur le site de vente WOPA+ (cliquez sur Read more en bas).

samedi 24 octobre 2020

Numismatique privée sur timbres des îles Cocos (Keeling)

 Mardi vingt octobre 2020, la poste australienne a émis une série de quatre timbres sur les formes de la monnaie privée en usage dans les îles Cocos au temps de la famille Clunies-Ross. Comme les autres timbres au nom de ce territoire depuis 1993, ils sont valides sur l'ensemble de l'Australie et de ses territoires extérieurs.

Le bloc-feuillet reprend les quatre timbres, également émis en feuille de cinquante (site-boutique d'Australie Post).

Comme d'autres îles et territoires sur lesquels l'Australie a exercé ou exerce son autorité (Christmas, Norfolk), les îles Cocos ont une histoire spécifique malgré l'unité administrative que certains gouvernements australiens ont imposé - le cas récent de Norfolk en 2016 a choqué la population locale.

Ainsi, les îles Cocos (Keeling) furent la propriété privée d'une famille d'entrepreneurs, pour exploiter la noix de coco sous la forme de coprah, parfois comparée à un fief puisque ces privilèges familiaux furent reconnus malgré l'annexion de l'archipel à l'Empire britannique en 1857.

Si la devise officielle fut celle des colonies successives de rattachement diplomatique des îles Cocos, les ouvriers malais étaient payés d'une monnaie privée pour qu'ils dépensent au magasin patronal.

Ce sont ces tickets (sur peau de mouton et signé de Ross III, de 1879, sauf le 1/10 de roupie photographié émis en 1902) et jetons en ivorine (1902), puis plastique (1968), qui sont présentés sur les quatre timbres émis. 

La notice d'Australia Post signale que la dernière émission métallique de 1977 eut pour but de lutter contre l'emploi croissant du dollar australien, ce qui avait apparemment limité l'usage des jetons plastiques à la comptabilité familiale. Hélas pour Ross V, il fut contraint à vendre sa propriété à l'Australie dès l'année suivante, qui en transféra la propriété et le gouvernement local aux habitants.

Les photographies en arrière-plan sont également d'un grand intérêt documentaire sur la vie des Clunies-Ross aux îles Cocos, de leur famille à la fois écossaise et malaise. Le deuxième timbre d'un dollar dix cents montre le chargement du coprah dans le coin supérieur droit.

Plus anecdotique, mais symbolique de l'histoire de ces territoires australiens : la maison familiale construite de briques importées d'Écosse sur le premier timbre de deux dollars vingt cents ou le portrait de Ross V sur la marge du feuillet date de 1954 et de la visite de la reine Elisabeth II sur l'archipel.

Pour les tarifs postaux, un dollar dix cents paye la lettre standardisée intérieure jusqu'à deux cent cinquante grammes. Le double affranchit la lettre plus grande que le standard jusqu'à cent vingt-cinq grammes. Dans tous les cas, il faudra des valeurs complémentaires pour utiliser un AUD 2,20 ou deux AUD 1,10 vers les trois zones tarifaires internationales d'Australia Post.

jeudi 22 octobre 2020

Tensions philatéliques et réseaux sociaux autour de l'Arménie

Les réseaux sociaux internétiques permettent de rassembler une communauté de pensée et de diffuser rapidement les informations nouvelles. Cela est un outil très intéressant pour suivre l'actualité d'un domaine...

...ou, pour un État ou un mouvement structuré, s'assurer que ses soutiens sachent se mobiliser contre un ennemi commun.

Deux exemples récents sont liés à la reprise des combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, avec la Turquie en soutien de la seconde. Et, outre la reprise de la propagande de chacun des États par des particuliers et les échanges de politesse entre lesdits particuliers, la philatélie peut servir de théâtre d'opérations à ce conflit.

Ainsi, un record de trente-huit mille personnes (+53%) ont participé au vote du plus beau timbre Europa de 2020. Le podium est : 1. Turquie, 2. Arménie, 3. Azerbaïdjan... suivis par le Belarus et la Pologne.

...

Les marchands philatéliques occidentaux devraient se tourner vers le sud-est de l'Europe ! Quelle passion pour le timbre-poste et la correspondance écrite !

Ou quelles mobilisations nationalistes de peuples connectés aux réseaux sociaux ?

Cela signifierait que les pays en conflit depuis fin septembre mobilisent constamment leurs opinions publiques autour de réussites communes, y compris un concours de beauté philatélique.

...

Ou pire, et toujours avec des timbres.

Un marchand californien spécialisé dans les timbres récents d'Arménie, Stamps of Armenia, publie régulièrement un timbre ou une série sur Twitter avec un lien vers son site de vente. Pratique assez commune chez les vendeurs disposant de comptes sur les réseaux sociaux.

Depuis le début des combats de septembre, ses publications sont désormais centrées sur les timbres évoquant la défense du pays et le génocide arménien, ordonné par le gouvernement des « Jeunes Turcs » et commis de 1915 à 1923.

Un rappel peu apprécié par une entité administrative turque, le deux octobre dernier quand Stamps of Armenia a reproduit le feuillet commémorant les participants de l'opération Nemesis, émis en 2015. Au sortir de la Grande Guerre, des Arméniens décident d'exécuter eux-mêmes les condamnations à mort par contumace prononcées par les cours martiales ottomanes en 1919-1920, avec les massacres des Arméniens et des Grecs entre autres chefs d'accusations.

Un terrain moralement équivoque donc... surtout quand les autorités républicaines turques refusent de reconnaître ce génocide en tant qu'action volontaire et délibéré.


La personne responsable du compte Twitter de ce qui ressemble à la poste de République turque de Chypre du Nord (@KKTCPosta, le lien vers la page philatélique de la poste,...) n'y est pas allé par quatre chemins, quitte à oublier la notion de neutralité d'un compte d'entreprise* : « Un pays qui est fier de son histoire de terreur et d'assassins ! »

Onze assassinats illégaux d'un côté, dont huit « justifiés » par la décision des cours martiales ottomanes mis en face du plus d'un million de victimes du génocide arménien à venger...

Le même qui en appelle directement aux comptes des postes turque et azérie (qui n'ont pas répondu - l'avantage ou l'inconvénient de représenter un État reconnu ?) : souhait d'un soutien ou appel à émettre un timbre célébrant le génocide ?


... En vérifiant : le twitt de colère contre le timbre sur l'opération Nemesis a été néanmoins apprécié par le compte de la poste azérie... À la guerre comme à la guerre : la poste participe à la nécessaire propagande contre l'ennemi.

Mais, de là à interpeller un simple collectionneur... Et oui ! L'entreprise chypriote septentrional est allé interpeller un simple collectionneur : comment peut-on aimer ce genre de timbres sur des terroristes et des assassins ! Et de la limite des notions de reprise (ici retwit) et d'appréciation (like).

Qu'on se rassure : cette guerre philatélique s'est limitée à ces tirs de semonce sans conséquence humaine. Au contraire des tirs de canons dans l'ouest de l'Azerbaïdjan, des attentats et violences policières dans plusieurs pays de la région.


* Tiens, il y a eu une mise à jour à Chypre...
Cet article de blog était en tête depuis début octobre et je pense que les échanges rapportés ont peut-être eu un effet entre l'internaute qui tient ce compte Twitter et la poste de Chypre Nord puisqu'est apparue cette phrase dans la présentation du compte :

Je serai la KKTC Posta Daiseri - la Direction des Postes de la RTCN, je demanderais à cet internaute de revoir beaucoup de choses, surtout le nom du compte : KKTC Posta est hautement trompeur...

lundi 19 octobre 2020

L'Azerbaïdjan a-t-il commémoré un résistant français fictif ?

 Quelques articles vont suivre ces prochains jours sur comment la philatélie participe des conflits et guerres entre Arménie, Azerbaïdjan et Turquie dans le contexte de la reprise des combats au Haut-Karabagh, depuis le vingt-sept septembre 2020.

Ainsi, le vingt-deux septembre dernier, la poste azérie a émis un timbre qui peut plaire à la France et aux Français : le centenaire de la naissance de Ahmadiyya Jabrayilov (1920-1994), Azéri capturé par les troupes allemandes sur le front de l'Est et emprisonné en France où, évadé, il participa à la résistance contre l'occupant nazi avant de rejoindre l'Union soviétique.

L'annonce de l'émission sur le fil Twitter du ministère du Transport, des Communications et des Hautes Technologies de la République d'Azerbaïdjan, le vingt-deux septembre 2020.

C'est mérité pour quelqu'un qui a risqué sa vie contre les nazis, comme le signale la page de la Wikipédia en azéri qui signale une maison-musée, des décorations,... ses rencontres avec de Gaulle et Thorez qui lui offre son pistolet...

... si cet homme a existé ! Ou en tout cas a vraiment vécu en France ?!! ...

Car l'article de la Wikipédia en anglais dépasse la biographie pour signaler les débats qui ont conduit à la suppression de la biographie sur les Wikipédias en français et en russe faute de sources historiennes, et même faute de son nom et pseudonyme dans les principales archives des mouvements de la Résistance autour de Montauban où cet homme aurait combattu.

...

Mon hypothèse à partir des éléments évoquées par les participants des Wikipédias :
- une création de propagande par les autorités soviétiques,
- prise au premier degré par un Wikipédien de l'ancienne zone soviétique,
- sans respecter un des principes de l'encyclopédie en ligne à laquelle tout le monde peut participer : les articles font la synthèse des connaissances établies par des professionnels des différentes disciplines.

Avec le ministère et la poste azéris qui poursuivent l'œuvre de propagande avec un timbre commémoratif sur une tromperie, aggravé d'une tour Eiffel... Bien loin d'un paysage du sud-ouest de la France.

Les présidents Nikol Pachinian et Emmanuel Macron participent à une cérémonie premier jour du timbre Charles Aznavour, lors du Sommet de la francophonie à Erevan, en octobre 2018 (télévision arménienne, via Nouvelles d'Arménie Magazine, douze octobre 2018).

Au moins quand les présidents arménien et français marquent l'émission d'un timbre sur un Français de descendance arménienne en 2018, le chanteur a bien existé, lui !

samedi 19 septembre 2020

Cartographie monétaire dans Carto

 Pendant l'été, le magazine bimestriel Carto proposait un article de J.-P. Gury au sujet des cartes sur pièces de monnaie, analysant leur rôle dans la communication des États-émetteurs.

Démarrant avec les frontières de l'Union européenne et leur disparition sur les pièces en euro, jusqu'à la revendication des Malouines sur pièce d'Argentine.

En passant par la comparaison des symboliques des pièces de la République populaire de Chine face à celle de la République de Chine à Taïwan.

Le dernier exemple aborde la carte de l'Estonie sur la face nationale des pièces en euro frappée dans ce pays, acceptant la situation née pendant la période soviétique, alors que le respect du traité de Tartu de 1920 est encore demandé côté estonien.