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jeudi 1 janvier 2026

Abolie, la poste aux lettres danoise existe encore...

 Depuis le six mars 2025, les médias et sûrement de nombreux opérateurs postaux historiques observent le Danemark. Ce jour-là, la partie danoise du groupe dano-suédois PostNord, dont la mission fêtait tout juste quatre cents, annonçait abandonner la distribution de la lettre nationale comme internationale !

L'année philatélique danoise 2025 était complexe. Gouvernement et parlement danois ont mis fin au service postal universel en 2023, ce qui imposait la levée de la taxe sur la valeur ajoutée. D'un coup, l'ensemble des timbres danois était démonétisée et les expéditeurs devaient acheter des timbres mentionnant explicitant le service intérieur (donc la perception de la TVA) ou le service international.

Avec l'annonce de mars, PostNord Danmark se débarrasse de l'ensemble des contraintes : émettre des timbres, s'assurer de leur bon usage, reverser la nouvelle TVA, assurer les tournées aux bureaux et aux boîtes de rue, puis leur transmission et distribution à domicile, équilibrer les coûts de l'ensemble avec la décroissance du courrier physique au profit des échanges numériques, etc.

Plus que du colis.

Courrier ayant circulé à l'intérieur du Danemark en 2025 avec l'opérateur privé DAO, proposé par un vendeur sur eBay (qui propose également des objets liés aux hôtels).

Sauf qu'il restait tout de même cent dix millions de lettres postées et ayant circulé par la poste danoise en 2024 et un contexte géopolitique de « guerre hybride » avec une grande puissance de l'est du continent européen, notamment des attaques sur les réseaux de télécommunication.

En théorie, le service universel postal était maintenu pour les îles les plus isolées, aux électeurs peu nombreux mais sûrement facilement médiatisables. En plus des usagers ayant besoin du courrier papier pour rester informés et sûrs d'eux face aux services administratifs et médicaux.

Évolution du nombre de lettres gérées par PostNord au Danemark entre 2000 et 2024, graphique de l'entreprise remis en pour un article de la BBC britannique, le six mars 2025.

Donc, dans une logique libérale capitaliste assez étrange, les autorités politiques danoises ont pris acte de la décision de PostNord et voté une subvention exceptionnelle à DAO pour qu'il devienne le nouveau transporteur de lettres de référence au Danemark à partir de ce premier janvier 2026 !

...

DAO, pour Dansk Avis Omdeling ou Distributeur de journaux danois, a été créé en 1921 par trois grandes entreprises de presse du pays pour assurer la distribution de leurs publications quotidiennes.

Avec la libéralisation du marché du colis en 2010, DAO était devenu une des nouvelles postes privées du pays. Un de ses arguments auprès des clients était la possibilité de livrer les paquets avant le lever du soleil, chaque jour de l'année, grâce au réseau de buralistes et à la remise quotidienne de la presse aux abonnés.

En cette année 2025, l'entreprise a dopée son offre courrier en prenant en charge trente millions de lettres et en prévoyant quatre-vingt millions en 2026.

Faute de boîtes aux lettres, toutes démontées par PostNord, les Danois ont deux solutions d'affranchissement : acheter des « timbres » autocollants (je reviendrai sur les guillemets) ou se connecter au site DAO, remplir sa demande, et recopier un code sur l'enveloppe.

Deux solutions pour poster sa lettre : la déposer affranchie dans un des commerces partenaires (DAO shop) ou demander, pour dix couronnes danoises, qu'elle soit récupérer par un livreur lors de sa tournée - ce qui se pratiquait déjà pour les colis à expédier.

Le vendeur eBay cité ci-dessus montre et explique ce qui arrive ensuite : une étiquette est ajoutée portant le logotype de DAO dans une dentelure illustrative, voisinant avec un long code chiffrée et un code-barres en deux dimensions. Désormais fort classique pour le courrier mondial, voir dernièrement au Laos.

Les tarifs Lettre de DAO en 2025 (copie d'écran du premier janvier 2026).

Le service courrier de DAO est complet, même si philatéliquement ultra-simplifiée :

- deux tranches de poids : jusqu'à cent grammes ou deux cents cinquante ; au-delà, ce sera un colis.
- deux zones géographiques : Danemark, Monde.

Et pour le Danemark, trois services, avec la recommandation apparue en décembre 2025 :
- courrier normal livré en deux à cinq jours ;
- service PLUS en un à deux jours pour treize couronnes de plus ;
- le courrier recommandé en deux à cinq jours pour 210 ou 233 DKK selon la masse.

Pour l'international, un seul mode d'expédition classique au prix double du national.

Actuellement, 10 DKK valent environ 1,34 euro. 3,10 € la lettre nationale, 6,20 la lettre pour l'étranger... Vingt et quelques le recommandé ! Tousse...


Les limites au-delà des tarifs.

Une est « amusante ». Les « timbres », blanc et rouge pour le service intérieur, blanc et bleu pour le service global, et vendus par dix ou cinquante, ne sont officiellement pas des « timbres-poste »...

Un participant du forum StampBoards.com a lu un article de presse danois indiquant que l'actuelle loi postale du pays limite le droit d'émission de timbres-poste à PostNord Danmark, qui ne veut plus ni des lettres, ni donc des timbres qui vont avec.

Voilà pourquoi DAO a dû se passer de dentelure même simulée, d'illustration autre que fonctionnelle. Les amateurs de design pur sont donc ravis.


L'autre limite est plus sérieuse : se promener sur la carte des commerces proposant les services DAO, dont les boîtes aux lettres, sont nombreux à Copenhague, mais fort inégalement répartis dans de nombreuses régions. Des zones rurales ou péri-urbaines dépendent d'un ou deux commerces dans le bourg d'à-côté ; des îles ont un ou deux points d'accès maximum.

Les dix couronnes de frais de retrait dans sa boîte personnelle seront-elles acceptées ?


Les postes historiques ne veulent plus de la poste aux lettres, voire du service universel, même subventionnées, mais les gouvernements ont besoin de rassurer leurs électeurs avec celle-ci, quitte à la relancer par l'intermédiaire d'un concurrent privé.

Nul doute qu'en France, où les tarifs postaux pour la presse viennent d'augmenter brusquement ce jour de l'an, La Poste et les entreprises de presse observent d'un œil la situation danoise, en se léchant les babines ou en tremblant de crainte, tout en se regardant de l'autre en chiens de faïence.

L'échec de Presstalis montre que les grands quotidiens parisiens n'auront aucune envie de créer un DAO à la française et de se coltiner les livraisons de courrier en zone rurale - oui, je provoque les journaux de droite libérale anti-service public (exemple d'hypocrisie par ici - oui, l'article est payant).


Compléments du dimanche huit février 2026 : aléas d'une poste privée exerçant la seule poste aux lettres d'un membre de l'UPU.

Un bon mois après que DAO, opérateur privé, a reçu la mission de la poste aux lettres au Danemark, de premiers témoignages arrivent des habitants, à retrouver sur le fil spécifique du forum anglophone StampBoards.com.

La douloureuse est vécue par tous les expéditeurs. La lettre n'est plus un service universel, donc il doit être rentable pour DAO.

Par contre, le site de l'Union postale universelle indique toujours PostNord comme opérateur postal de référence pour le Danemark... Et cela s'en ressent dans la manière dont DAO gère l'expédition du courrier pour l'étranger et la réception-distribution en sens inverse.

Ainsi, fin janvier, le directeur de l'Association philatélique danoise a averti ses membres de la lenteur du courrier internationale, signalé par des vendeurs danois, leurs clients étrangers, ou des destinataires au Danemark de courrier d'au-delà.

Courrier danois vers la Belgique, transmis via la poste autrichienne, janvier-février 2026 (photographie de Aerogi, participant du forum StampBoards, diffusée le sept février 2026).

Un correspondant belge montre l'explication prévisible : une lettre danoise lui est parvenue avec un non-timbre DAO (rappel : la loi postale danoise limite toujours les mots-clés à la seule PostNord...).

Celui-ci est en partie recouvert d'une étiquette prioritaire d'affranchissement payé de la poste autrichienne.

Poste privée, qui n'est pas l'opérateur historique ou membre de l'Union postale universelle, égale recours à des contrats au mieux-disant avec les opérateurs postaux historiques ou alternatifs pour transmettre le courrier vers l'étranger.

DAO est historiquement un distributeur de journaux au petit matin, devenu opérateur colis puis de lettres avec la libéralisation du secteur. De fait, il n'a jamais eu (et n'en aura pas les moyens) les capacités de transmission internationale du courrier. Sûrement que les lettres de ce genre qu'il prenait en charge devait être reversé, comme client grand compte, à PostNord ou à un opérateur postal étrangers aux capacités établies.

Au fur et à mesure que les lettres internationales danoises avancent au rythme des cartes postales de vacances remises à des petites postes privées, les historiens postaux pourront établir une liste des opérateurs avec qui DAO a contractualisé le courrier international partant ou arrivant au Danemark.


Chers gouvernement et parlement danois, ne serait-il pas temps de réformer la loi postale de votre pays puisque vous et PostNord avait décidé de lâcher cette mission de service public ?


Compléments du dimanche vingt-deux mars 2026 :

Dans le numéro de mars 2026 de The American Philatelist, Morten Soerensen synthétise la fin de la poste aux lettres historique au Danemark et le relais pris par DAO. Type de distributeurs privés qu'il connaît pour avoir eu son premier métier de jeune adolescent de distributeur de prospectus publicitaires, puis de journaux gratuits.

Il propose un résumé des obligations postales du Danemark : en tant que membre de l'Union postale universelle, le pays doit permettre le courrier international et celui pour les aveugles et mal-voyants. De plus, malgré e-boks, une plate-forme de courrier administratif en ligne, les cartes d'électeurs restent des imprimés officiels.

Il illustre les différents courriers ayant transité nationalement par DAO, avec leur point commun essentiel : un QR-code avec la ligne de chiffres en clair ajoutés quelque soit le moyen d'affranchir choisi par l'expéditeur (timbres officiellement vignettes ou code alpha-numérique commandé par message téléphonique (sms) ou le site web.

Enfin, il confirme que la poste autrichienne est missionnée par DAO pour faire arriver le courrier de l'étranger et délivrer le courrier danois à l'étranger. L'exemple est un coin d'enveloppe du Danemark pour la Suède, avec un timbre autocollant DAO, oblitéré surimprimé d'une marque de port payé autrichien, avec logotype d'Austria Post, compte client à Salzbourg, et adresse de retour dans cette même ville en cas de non-distribution.


Provocateur, Soerensen rappelle que si certains estiment que le Danemark est un pays philatéliquement mort, c'est aussi un pays qui a connu des postes privées et leurs timbres dans une douzaine de villes de 1866 à 1916. Et que, même de manière peu artistique mais fort pratique, DAO use des timbres, marques imprimées et d'un agent postal international (a forwarding agent, diront les historiens postaux qui collectionnent et interprètent leurs tampons de l'ère classique).

Bref, que le catalogue des timbres du Danemark a un nouveau chapitre ouvert, et surtout que l'histoire postale du pays n'est pas terminé. DAO a même communiqué sur le courrier manuscrit postal de Noël qui semblent intéresser toutes les générations de Danois, y compris les adolescents, depuis quelques années, L'opérateur privé ne souhaitant pas perdre cet élan avec la fuite de PostNord.

samedi 19 juillet 2025

La diversité de la philatélie dans The American Philatelist de juillet 2025

 Et, enfin, le contenu lui-même de ce numéro de juillet 2025 de The American Philatelist, le journal mensuel de l'American Philatelic Society (lire épisodes 1 et 2) et que les nouveaux outils à la mode d'« intelligence artificielle » ne peuvent que mal plagier de fort loin.


Histoire postale pré-philatélique, postier pontilleux et numismatique : repérer et expliquer les réécritures de port payé et port dû par les maîtres de postes de États-Unis de la première moitié du dix-neuvième siècle. Oubli de compter un chèque ou une action boursière comme deuxième feuille d'une lettre, erreur sur la distance entre lieux de départ et d'arrivée postaux.

Et erreur de l'expéditeur qui a pu déposer sa missive dans une boîte devant le bureau avec une pièce de monnaie : pas assez ou en trop. Michael Heller explique alors l'habitude ancienne d'institution états-unienne (la poste d'alors, la bourse encore aujourd'hui) d'exprimer des valeurs avec fractions : à l'époque du système de pièce en argent-métal, les pièces de format espagnol circulaient en Amérique du Nord et la conversion en centième de dollar U.S. aboutissait ainsi à un real égale douze cents et demi. D'où le tarif de dix-huit cents trois-quarts (18c 3/4) facilement payé avec une pièce d'un real et une d'un demi-real.

L'article de Michael Heller est proposé par l'U.S. Philatelic Classics Society.


Toujours en histoire postale, mêlé de thématique, MichaelWing évoque la fixation du calendrier occidental par tâtonnement du calendrier julien jusqu'au calendrier grégorien afin de suivre au plus précis la durée des révolutions de la Terre autour du Soleil.

Ce qui suscite son article : comment une lettre de l'est des États-Unis vers Saint-Pétersbourg, en Russie, de 1912, a-t-elle pu partir et arriver le même jour si l'on se contente de croire les cachets postaux ?

 Évidemment, cela est une question de calendrier légal.


Classe un cadre ? Wayne Youngblood montre comment de banales cartes postales ou publicitaires peuvent constituer une collection courte, mais curieuse : le tarif postal de la carte postale intérieure du 22 mars au 31 octobre 1981.

C'est court, et ça a demandé à des adaptations, le temps que des entiers postaux et le timbre au nouveau tarif soient émis : empreinte de machine à affranchir à valeur complémentaire, relance de la carrière d'un timbre précédent (Henry Ford), utilisation par erreur trois jours à l'avance du timbre nouvellement émis début avril

Timbre qui continua d'être utilisé préoblitéré pour les envois en masse pré-triés par l'expéditeur.


Enfin, deux écrits de longueur diamétralement opposés, mais que seul l'esprit humain est capable d'accomplir.

Un bébé moufette sur timbre des États-Unis, émis le vingt-trois mai 2025 (site de l'USPS).

En un articulet d'annonce d'une nouvelle émissions de timbres des États-Unis, Jeff Stage dépasse le communiqué de presse et les connaissances de base sur le sujet de l'émission des bébés d'animaux sauvages.

Un de ces dix timbres aux illustrations amusantes de Tracy Walker a suscité un questionnement à l'auteur : serait-ce le premier timbre-poste des États-Unis représentant une moufette (mal identifié au putois d'Europe par les francophones à cause du nom mal adapté du personnage Pépé le Putois). La notice de nouvelle émission devient un mini-article sur la moufette sur les timbres non postaux du pays.

Rubrique Fin de catalogue et érinnophilie : fait !


Sur plusieurs pages et abondance de photographies, un couple, Al D'Andrea et Margit Ahlin content comment en quelques années, pour découvrir leur nouvelle région d'adoption, et assouvir la passion philatélique du premier, ils ont visité les 444 bureaux de poste du Maine.

Le huit janvier 2010, D'Andrea a l'idée de faire oblitérer par courtoisie une enveloppe portant le timbre en hommage au peintre Winslow Homer, Two Boys in a Pasture, au bureau de Prouts Neck, localité où vécut le peintre.

Et l'engrenage était lancé... Parcours de villages lors des week-ends et congés, jusqu'à la frontière québécoise, exploration des îles atlantiques et remercier la générosité des habitants qui ont accepté de les aider à ne pas rater le dernier ferry de la semaine, parcs naturels de l'État fédéré,...

Ainsi que le professionnalisme des postiers acceptant le règlement postal qu'un client peut demander à se faire oblitérer sans voyage postal un pli pourvu qu'il soit affranchi au tarif de la lettre.


Quelques autres articles animeront l'envie de collectionner différemment ou de se dire que sa collection personnelle a tout autant de mérite que les autres.

Sans la curiosité, les qualités de recherche, et le style de présentation et de rédaction propre à chacune et chacun, ce magazine, eut-il été écrit sous « intelligence artificielle », n'aurait jamais eu la même saveur.

vendredi 18 juillet 2025

Des dirigeants philatéliques bien optimistes aux États-Unis

 Le même numéro de juillet 2025 de The American Philatelist (précédemment par ici) marque aussi la dernière chronique en tant que directeur exécutif de Scott English.

Spécialiste de l'organisation d'actions et de la gestion associative et politique, il a travaillé aux enquêtes de l'association Citizens Against Government Waste dans les années 1990, avant de participer aux travaux législatifs des représentants républicains Mark Sanford et Bob Barr.

La page de titre de son bilan aux membres du Collector's Club de New York : "Une décennie en philatélie : chaleureux souvenirs et conseils pour l'avenir" (via Vimeo).

Depuis août 2015, il a été embauché comme le septième directeur exécutif de l'American Philatelic Society ; l'importance de l'APS, de ses biens (la bibliothèque notamment) et de ses actions passées et à venir pour maintenir le nombre de membres et leurs interactions, nécessitent de disposer d'un chef d'orchestre salarié en permanence, appliquant et facilitant les décisions des membres élus du Bureau.

Il a présenté un bilan détaillé au Collector's Club de New York, le vingt-neuf janvier 2025 (<= le lien mène vers la vidéo-conférence sur la plate-forme Vimeo), et un bilan résumé et affectif aux membres de l'APS donc dans ce numéro de leur journal avant le transfert de sa charge en août.

Et, contrairement à deux des courriers de lecteurs sur la multiplication des timbres émis par la poste nationale, la futilité d'une récente émission (les appâts de pêche) qui lui ferait renoncer à la collection, voire la nécessité pour la revue de relancer la rubrique des émissions abusives, Scott English quitte son poste en philatéliste aussi optimiste que Susanna Mills est confiante dans les futurs auteurs d'articles.

Il avoue être arrivé à ce poste avec le passé philatélique de base : un tiroir rempli de timbres accumulés et prenant, depuis, la poussière.

En dix ans, il a une collection mieux organisée, et même une en cours de préparation pour une exposition.

Mais, surtout à ses yeux, pour faire son job, il a rencontré, appris et repart avec des amitiés et des expériences de longue durée. Il valide ainsi le slogan de sa prise de fonction :

We don't sell stamps, we build stories.

Nous ne vendons pas des timbres, nous construisons des histoires.

Dans la courte énumération des réalisations sous son mandat, on distingue la résolution d'enjeux, particulièrement financiers et technologiques, qui ont pu diviser les membres les plus actifs de l'American Philatelic Society dans les années 2000 :

- remboursement par avance du crédit de l'achat et de la rénovation de la fabrique d'alumettes de Bellefonte, en Pennsylvanie, devenue le siège et la bibliothèque de l'APS ;

- lancement d'une bibliothèque numérique pour que l'accès dépasse les visiteurs du siège et les demandes par correspondance (recherche assistée par documentalistes et membres volontaires contre paiement) ;

- revitalisation du salon-exposition philatélique national sous la forme du Great American Stamp Show (GASS) ;

- face aux limites d'interaction sociale et de voyages pendant les premières années du covid-19, et pour favoriser les rencontres entre membres du pays-continent voire du monde entier, développement de conférences en ligne et d'un forum de discussion réservé aux inscrits (y compris non membres de l'APS) ;

- pour aller vers les non-membres et la jeunesse : création de StampEd, un mini-journal philatélique numérique et gratuit -> par ici pour s'inscrire à l'info-lettre.

Les volontaires de l'APS faisant le plein* pour l'exposition nationale (*"Gass'd up" et les lettres Empty et Full) en couverture du numéro juillet 2025 de The American Philatelist.

Et, régulièrement, des éditoriaux et des articles d'initiation et conseils aux côtés des articles spécialisés dans The American Philatelist depuis le passage à la rédaction-en-chef de Gary Loew. Il y a eu deux numéros sur les catalogues de timbres des plus généraux aux éditeurs nationaux. La présidente sortante de l'APS, Cheryl Ganz, donne des conseils pour aller à la rencontre des marchands philatéliques lors du prochain GASS, en août.


Depuis lundi quatorze juillet, le directeur exécutif de l'APS est Kirk Gillis, jusque là directeur associé adjoint et chef Ventes et Marketing de l'United States Mint, la Monnaie du département du Trésor des États-Unis d'Amérique. Le cœur de sa carrière privée a été le lancement d'entreprises numériques en Afrique de l'Est : l'esprit d'entreprise et l'échelle globale sont soulignés dans le communiqué de presse de l'APS annonçant sa prise de fonction.

Bref, trop de timbres futiles émis en 2025... Il y a tant d'autres choses à collectionner et étudier.


Complément du vendredi huit août 2025 :

En juillet, The American Philatelist publie la colère d'un collectionneur sur l'émission des appâts de pêche par la poste des États-Unis... pour que dans le numéro d'août, le nouveau directeur exécutif de l'American Philatelic Society déclare une collection de décorations de Noël liées à la pêche.

Un de ses employeurs précédents offrait des appâts de pêche enfermés dans des boules de verre à fixer sur le sapin familial, ce qui a relancé le virus de la collection.

mercredi 16 juillet 2025

« I.A. » contre auteurs philatélistes dans The American Philatelist

 C'est en éditant un numéro varié de The American Philatelist que Susanna Mills montre un optimisme pédagogique face aux agents conversationnels de type grand modèle de langage (LLM) pré-entraînés  (GPT), abusivement popularisés depuis deux ans sous le terme d'« intelligence artificielle » par les marchands du temple numérique et des journalistes peu précis.

Comprendre, pour citer quelques-uns de ces êtres algorithmiques à la mode : ChatGPT, Grok, Mistral, etc.

En sachant que ces techniques informatiques d'apprentissage de robots, sous de multiples formes d'algorithmes, existent depuis plusieurs décennies au profit de la recherche scientifique ou en se limitant aux algorithmes prédictifs « bêtes » mais plus efficaces (correcteur orthographique ou grammatical non en mode non automatisé, Où est mon colis ?, reconnaissance ultra-spécialisée d'imagerie diverse et variée par exemples).

Mais, là, après l'échec de multiples « révolutions » qui allaient transformer l'emploi, la vie humaine et la collection de timbres-poste tous azimuts (la réalité virtuelle, le métavers, la réalité augmentée, la block chain, les NFT), il fallait aux star ups et aux milliardaires de nouveaux jouets pour trouver des capitaux alimentant leur image et leur train de vie. Et peu importe les conséquences.

Extrait de l'éditorial de Susanna Mills dans The American Philatelist de juillet 2025.

Dans le numéro de juillet 2025 du journal mensuel de l'American Philatelic Society, la rédactrice en chef réagit à un échange sur The Hub @ Stamp SCHOOL, un des domaines du forum créé par l'APS et où les non membres peuvent s'inscrire gratuitement.

La question posée a été quelle approche les rédacteurs en chef philatéliques allaient avoir face à des articles créés par ces robots.

Comme l'extrait ci-dessus le montre, il s'agit toujours de poser un premier regard sur l'article, découvrir les problèmes qu'il pose, puis à partir des définitions-clés, annoncer que la rédaction de The American Philatelist va compléter le guide des auteurs d'un refus des articles rédigés par « intelligence artificielle ».

Les défauts de rédaction sont connus, même si on lit trop vite ces productions : 

- style ampoulé ne correspondant pas à l'humain censé l'avoir rédigé (je remercie les start up états-uniennes, brésiliennes et singapouriennes qui semblent faire lire mon blog au premier trimestre 2025 vu les centaines de visites - c'est peut-être pour cela que nous sommes quelques auteurs de blogs et écritures personnelles à découvrir que les tirets et quadratins dont nous abusons se retrouvent chez les GPT en contexte francophone), 

- des paragraphes entiers de vide pour aboutir à la réponse (de vrais écoliers croyant donc que la note dépend du nombre de pages).

Le pire que la rédactrice en chef signale dès le début : un étudiant, un chercheur et un rédacteur en chef apprennent une chose très vite pour juger s'il faut lire un article ou un livre dans le temps limité qu'ils ont face à l'Himalaya de la connaissance passée et future : titre, introduction problématisée, conclusion aboutie... ET la liste des sources et la bibliographie.

Ces outils sont incapables de fournir une liste fonctionnelle, et même réelle, de leurs sources : sur les réseaux sociaux, les enseignants-chercheurs multiplient les signalements de productions feignantes avec l'aide d'un GPT où la bibliographie est une hallucination totale.


Et, avec pédagogie, comme plusieurs spécialistes du numérique, Susanna Mills rappelle que ces robots ou réseaux de puces sont gavés comme des oies de tout ce que les entreprises trouvent comme écrits numérisés. Ensuite, face aux questions posées, ils tentent de produire le texte le plus véritable possible...

... sauf que « véritable » ici signifie d'approcher le plus fort pourcentage de réussite en succession de mots et de phrases d'après ce que le réseau de puces a appris de l'écriture humaine.

Elle signale ainsi d'autres défauts à la production d'articles philatéliques spécialisés par ces outils. D'abord, l'immense bibliothèque philatélique est encore sur papier, partiellement numérisée, mais loin d'avoir été transcrite par reconnaissance optique de caractères, avec relecture humaine.

Ensuite, ils ne produiront qu'à partir de ce qu'ils ont ingurgité ou trouve à la volée d'une recherche web... Des pans entiers des spécialités philatéliques et postales vont aboutir au mieux à une reconnaissance d'échec, au pire à un texte faux.

Enfin, une fois l'article ou le livre de référence lu, le collectionneur veut comprendre le timbre ou la lettre qu'il a sous ses yeux pour l'exposition compétitive ou la revente à meilleur prix grâce au contexte... Bon courage pour obtenir des informations sur cet objet précis avec ces GPT.


Seul pessimisme pour les lettres d'information électronique et des articles sur les nouvelles émissions où certains pourraient prendre le raccourci, avec tous les défauts qui vont avec : ne rien apprendre, ne pas faire travailler son cerveau, son esprit de recherche et sa critique face aux sources d'informations.

Bref, comme l'a montré un test récent dans La Revue française de généalogie daté juin-juillet 2025 : recherche d'archives inutilisables (les algorithmes que les fournisseurs actuels proposent pour éplucher les bases de données indexées par les archives ou les associations suffisent largement pour aider la recherche et susciter l'analyse critique avant d'inclure les informations dans son arbre), dessin d'arbre généalogiques illogiques,...


Certes, l'espoir de certains utilisateurs est vif, quelques pistes pertinentes de recherche peuvent être proposé par l'outil sous la forme de question-réponse humanisée, mais :

Pour conclure par moi-même : néo-nazi trumpiens, écoliers-salariés en recherche d'efficacité travail-loisirs, et patrons-actionnaires, ont tous de bonnes raisons de plonger dans la dernière mode, mais ce n'est pas pour ça qu'ils ont raison.

Nous avons déjà bien à faire avec la réalité de nos opinions plurielles, de plus ou moins bonne foi.


Vendredi dix-huit juillet 2025 : aussi dans ce numéro, la dernière chronique de Scott English en tant que directeur exécutif de l'American Philatelic Society.

lundi 22 février 2021

Une collection virtuelle fiscale au gré de la généalogie

 Dans le numéro daté février 2021 de The American Philatelist, le journal mensuel de l'American Philatelic Society (adhésion individuelle possible), Peter Congreve montre comment l'historien postal gagne à utiliser les archives de la presse d'antan (et son rôle de carnet mondain) et les outils de la généalogie (de plus en plus accessible en ligne).

L'enveloppe-cas choisi : Pourquoi un J.A. Bayne de Niagara Falls, aux États-Unis, participait-il à une loterie australienne par correspondance en 1948 ? Et, pas seulement : pourquoi la marque de machine à affranchir fut-elle complétée de deux timbres oblitérés "H.F.A." ?

Les recherches de Peter Congreve se retrouve en forme de fils de quelques tweets consécutifs à l'adresse @stampden et sur un blog.

Côté français, la plongée dans les archives de l'état civil permet de retrouver le besoin de tout taxer, autre héritage de la monarchie absolue avec la Présidence jupitérienne. Tout en comblant les lacunes des sources et des branches d'arbres à travers tout le sud-sud-est de la France, mes copies d'écran d'acte conservent quelques timbres humides sur papier timbré.

Timbre royal d'1F,25c à Espalion, en Aveyron, en 1837.

Alternance des allégories républicaines, monarchiques et impériales (ces dernières pas encore repérées).

Une justice très romaine pour une Troisième République qui s'affirme de plus en plus, avec quelques variations de tarif, de 1872 à 1907.

Des allégories qui unissent des lieux variées, ci-dessus : 1872 à Nîmes, 1877 au Vibal (Aveyron), 1897 et 1907 à Montpellier... Oui, l'industrialisation a incité des familles de cultivateurs aveyronnais ou d'artisans textiles gardois à suivre le chemin de fer vers les emplois nourrissant ou fournissant en énergie une ville en début d'expansion.

Avec des décimes en sus pour payer l'indemnité de la guerre de 1870-1871.

À Montpellier en décembre 1944, au type datant de 1920, sans le tarif.

L'exploitation des nécessités de la vie (naître, se marier, mourir) sous prétexte qu'on ne pouvait faire confiance dans une copie d'acte prit-elle fin en 1986 avec le papier timbré ? Ou coûte-t-elle encore aux communes de France ?

À suivre...


samedi 27 août 2016

Pendant ce temps aux États-Unis (2) : une recherche philatélique hyperactive

Toujours par le hasard des nouvelles et des questions/réponses posées sur le Stamp Collecting Forum, que se passe-t-il dans la philatélie organisée états-unienne ? De quoi faire baver un lecteur philatélique comme moi.

La plus grande bibliothèque philatélique du monde
Les vendredi vingt-huit et samedi vingt-neuf octobre 2016, l'American Philatelic Society inaugura le nouvel espace de sa bibliothèque, l'American Philatelic Research Library.
Le bandeau d'annonce de la réouverture (site de l'APRL, stamplibrary.org).
Non sans mal depuis la proposition en 2002 d'acheter une ancienne usine d'allumettes à Bellefonte, au centre rural de la Pennsylvanie - c'est le nom du comté, pour établir aussi durablement que possible cette bibliothèque : il eut nombre débats au sein de la fédération états-unienne, des directions successives et concurrentes sur le financement de ce projet avant que les pros l'accomplissent.

Vingt-trois mille livres, cinq mille sept cents périodiques (utilisez le catalogue en ligne), un service de prêts aux membres et chapitres, et entre bibliothèques d'associations partenaires. L'équipe de la bibliothèque propose une revue trimestrielle de littérature philatélique, The Philatelic Literature Review et un blog de l'actualité du lieu.

L'APRL participe également au catalogue de la Bibliothèque philatélique globale, hébergée par la Royal Philatelic Society London, et dont la liste des membres participants impressionne par le nombre et la modernité d'indexation d'organisations états-uniennes (par le manque de français ?).

L'inauguration de la bibliothèque de Bellefonte comprendra la découverte du nouvel espace, un dîner et une conférence par David Beech, ancien conservateur des collections philatéliques de la British Library de 1983 à 2013.

Pour trouver la bibliothèque et le siège de l'American Philatelic Society lors de votre prochain road trip in the U.S. : par ici sur Google Maps.

Résumons pour les Français :
Donc, une fédération nationale possède son siège et une bibliothèque spécialisée complète qu'il met à disposition sur place et par correspondance à ses membres et visiteurs-chercheurs. Hum-hum.

Certaines salles et équipements essentiels financés par des associations et sociétés alliées et qui portent désormais leur nom. Hum-hum.

Propriété d'un siège, ancienne usine, dont on peut louer certains bâtiments pour tirer un revenu en plus d'économiser le loyer... Petit défaut, le bâtiment que la bibliothèque occupait temporairement est un peu bloqué entre un souci juridique (la donation pour le réaménager imposait une destination précise) et un souci fort pratique : l'APS a dû récupérer et doit se débrouiller de faire quelque chose d'une partie des nombreux cadres d'exposition surnuméraires du comité d'organisation de New York 2016...

Si, donc, tout n'est pas rose aux États-Unis, ça impressionne de voir que le problème de l'APS est ce que l'on fait de larges locaux possédés et pas si on pourra organiser un championnat national de quatre jours à Paris en 2016, voire peu importe où en 2017... Ce fut solutionner, mais des indices montrent que ce ne fut pas aisé pour la direction fédérale.

Des journalistes philatéliques français pour voir où en est la bibliothèque sise dans le bâtiment du Musée de La Poste, dont les présentations du musée lui-même et de l'Académie de philatélie paraissent... différentes ? Au-delà, je ne pense pas que les bibliothèques des associations locales ou spécialisées françaises en soient à ce que j'ai sommairement décrit auparavant.

Beech invité... Et au Royaume-Uni, l'État possède des collections de référence et une bibliothèque philatélique dont il a numérisée une partie quasi-complète jusqu'à 1911... Une idée de portail philatélique sur le site de la Bibliothèque nationale de France ou continue-t-on à aller à la pêche sur gallica ?

C'est bien la pêche si on aime contempler la nature sans être dérangé par les poissons. Sinon, environ deux mille six cents titres de la Crawford Library numérisée sont français...

Note : yaka, faukon... Juste ce que j'observe depuis quelques années comme différences marquantes entre les univers philatéliques français d'un côté, britannique et états-unien de l'autre. Mais je ne suis qu'un jeune ignorant :)

Des associations spécialisées de tout, mais absolument tout
Autre élément de différenciation entre les deux univers géographiques, il me semble : la part entre associations de proximité, associations spécialisées et sociétés.

Je comprend que les premières regroupent des collectionneurs et philatélistes ayant des intérêts variés par proximité géographique, ce qui est commode pour organiser expositions et les échelles locales des championnats.

Et que les secondes regroupent nationalement, voire internationalement, les philatélistes par spécialité, ce qui est commode pour organiser des rencontres avec des intérêts communs.

Je n'oublie pas les sociétés - sans réflexion ici sur le nom employé - qui regroupent tous les volontaires pour en être membres et participer, financièrement ou don d'huile de coude, à des grands projets telles la numérisation et mise à disposition du passé de la philatélie.

J'ai une impression, mais sûrement ai-je tort, que les deux dernières sont fort importantes (sans remplacer les premières) outre-Manche et outre-Atlantique que de ce côté-ci des Pyrénées.

Une preuve supplémentaire à cette impression ancienne : à un participant demandant comment débuter en exposition compétitive, quels livres de conseil, où acheter des cadres, quelles fournitures papetières, ses compatriotes du Stamp Collecting Forum ont répondu : American Association of Philatelic Exhibitors.

...

Ils ont même une Association américaine des exposants philatéliques ! Dont un membre, Steven Zwillinger vient de publier Path to Gold: 175 Proven Stamp Exhibiting Tips (environ deux cents pages) : la liste des cent soixante quinze trucs et le bon commande.

Si je posais la même question sur un forum français ou un dimanche matin dans une association de proximité en France, quelle réponse obtiendrais-je ?


Prochain article : Pendant ce temps aux États-Unis (3) : Amazon.com, poste et même philatélie.