dimanche 5 juillet 2026

D'un timbre personnalisé à la liquidation : les librairies Sauramps

Attention aux grincheux et aux collectionneurs de timbres : ceci est un message peu philatélique, assez politique, et optimiste sur la lecture et le livre.


 En juin 2021, les librairies Sauramps de Montpellier créaient avec le quotidien Midi libre un prix littéraire annuel, nommé Habiter le monde, et utilisaient le timbre personnalisé de La Poste française pour en faire la promotion auprès de ses clients, avec renfort par la presse et la direction postale régionale.

Dans le contexte d'alors, c'était aussi un petit moyen de revenus complémentaires pour le nouveau groupe propriétaire depuis 2017.

Vendredi trois juin 2026, le tribunal de commerce de Montpellier a prononcé la liquidation du groupe Sauramps, avec fermeture immédiate de ses commerces à Montpellier et à Alès, dans le Gard. Ce qu'incarne ce timbre a donc échoué.


Le timbre personnalisé du prix littéraire Habiter le monde, vendu aux caisses des librairies Sauramps pendant l'été 2021. 

En 1946 à Montpellier, dans le sud de la France, Henri Sauramps fonde une papeterie-imprimerie à son nom, et c'est son gendre Pierre Torreilles qui a l'idée d'y installer un rayon librairie. Sa croissance en fait, avec peut-être la librairie franchisée Gibert Joseph (qui pratique la reprise de livres d'occasion), la principale librairie indépendante de la ville, alors que les autres petits libraires vivotent ou ferment avant l'an 2000 - souvenir de la Librairie Molière à côté du théâtre.

De la verrière du Triangle où elle atteint toutes les disciplines universitaires, ses nouveaux actionnaires l'essaiment à Alès et gère même la boutique-librairie du musée Fabre - où l'Association philatélique montpelliéraine trouva assez de reproductions de Vue de village sur cartes postales pour les souvenirs premier jour du timbre Frédéric Bazille de février 2017.

Les difficultés arrivent à partir de l'implantation en 2009 au centre commercial Odysseum, un mall à l'états-unienne, et à ciel ouvert avec ligne de tramway intégré, rêvé par le maire Georges Frêche et son urbaniste Raymond Dugrand. Arrêt ludique et commercial sur l'autoroute A9, espoir que les visiteurs passent le même jour de l'espace ludique à l'espace commercial et y fasse même leur approvisionnement à l'hypermarché Casino...

Las ! La librairie et l'hypermarché sont les deux commerces du lieu qui n'ont pas réussi à trouver public et chiffre d'affaires suffisants pour payer le coût de l'emplacement. Sauramps abandonnera, sûrement trop tard, la grande surface louée sur deux niveaux, pour un petit emplacement plus nouveautés et mangas... qui ferme en janvier 2026. Casino fermera définitivement et n'est toujours pas remplacé, le bâtiment n'était pas propriété du reste du centre commercial.

Les déficits d'exploitation apparaissent en 2012, entre loyers d'Odysseum, vétusté de la verrière du Triangle, et bien entendu la jungle du commerce en ligne (jungle, Amazonie,...). Les trois actionnaires principaux tentent de vendre à partir de fin 2016. Après moultes péripéties médiatisées entre repreneurs libraires, c'est le groupe immobilier du montpelliérain François Fontès qui rachète l'ensemble.

Depuis, l'actualité locale était rythmée par les efforts : rationalisation des locaux et renouvellement mobilier, participation continue à la Comédie du livre, relancée avec ce nouveau prix et ce timbre (Montpellier connaît une succession de maires discrètement collectionneurs de timbres : mon résumé de 2020 mériterait un complément pour le mandat suivant).

Mais aussi des décisions tantôt nécessaires, tantôt prises par désespoir, mais toutes relayées dans les médias locaux et très négativement vécues par le public commentateur : fin de Sauramps à Odysseum et retour de la littérature jeunesse dans le magasin du Triangle (fermeture de Polymômes) visaient à faire des économies nécessaires ; la diminution du stock au risque de faire commander plus souvent aux clients pour éviter les invendus est logique, mais difficile pour certains banlieusards et périurbains en voiture individuelle.

Le pire fut la librairie-verrière pleine d'escaliers... Je ne sais pas pour quelles raisons (emplacement-clé, conditions du bail, coût d'un déménagement,...) n'a pas été abandonnée au profit d'un lieu aux normes d'accessibilité et confortables. On a pu parler d'une partie d'un ancien grand magasin, rue Maguelone, entre gare et Comédie, où jadis logea la maison des jeunes... Depuis quelques mois, c'est une enseigne danoise qui y vend de la décoration intérieure à bas prix pour acheteurs compulsifs, selon une méthode suédoise éprouvée, à Odysseum entre autres.

Le dernier soubresaut en 2026 a été la tentative de la direction de faire pétitionner le public pour forcer le propriétaire du magasin à enclencher des travaux. Mais, clients et employés bruissaient de plus en plus fort sur les rayonnages défrichés... et, enfin, la suspension de toute commande dernièrement.

Faute de repreneurs, le tribunal de commerce a donc clos cette histoire quadragénaire, même si maire de Montpellier et présidente de conseil régional espèrent encore...


Mais pour quoi faire ?


La FNAC voisine du Polygone, un magasin Cultura à Saint-Aunès près d'une sortie d'autoroute, et les rayons culture des hypermarchés fournissent déjà nouveautés populaires, bandes dessinées, papeterie (on trouve au centre-ville des papetiers luxueux pour les amateurs).

La librairie Gibert de Montpellier est un franchisé du groupe en difficulté, et donc elle fournit encore et toujours nouveautés à larges spectres, occasions, papeterie, etc. Petits magasins et brocanteurs hebdomadaires proposent éditions épuisées ou historiques, avec disques musicaux et audio-visuels un peu partout une fois par semaine par emplacement.

Contrairement aux années 1990, les petites librairies refleurissent dans le centre de Montpellier, en ciblant la fidélisation d'une clientèle résidente ou travaillant dans la proximité, et la spécialisation thématique. La majorité sont reliées à une des plateformes de libraires indépendants : ici et  qui permettent de savoir si elles ont la référence recherchée en stock ou dans celui de leur distributeur, donc à commander par un coup de téléphone.

 Les généralistes - Le Grain des mots, La Cavale -, les spécialisées telles La Géosphère (voyages, géographie, cultures du monde, question environnementale), Azimuts (bandes dessinées), Le Bookshop (anglophone et café), Fiers de lettres (féministe et alternatives) sont accompagnées d'un nombre de  petites librairies de mangas tout autour du centre historique.

Chacune offre une gamme de lecture importante si on va picorer chez chacune selon ses forces. Certaines proposent boissons chaudes ou fraîches, tolèrent les jeunes lecteurs non acheteurs - mais qui reviendront bien avec le parent solvable, organisent des venues d'auteurs en associant le comité de quartier (La Cavale est lié à la vie du quartier des Beaux-Arts) ou les établissements scolaires voisins.

Et elles n'ont pas peur de la concurrence : une d'entre elles a des boîtes à livres sur son palier !

Sauramps faisait beaucoup et c'est triste de voir fermer, surtout car des professionnels du livre perdent leur emploi dans un lieu qui mettait leurs compétences en valeur. Cependant, dans un capitalisme financier et technocratique débridé, la renaissance des librairies montpelliéraines nuance le sentiment de catastrophe, contrairement à la correspondance écrite... manuscrite et affranchie en timbres.

Espérons pour cette dernière que les actions récentes de l'Association pour le développement de la philatélie et le don de cartes postales dans les magazines jeunesse estivaux (deux pour les abonnés avec le Spirou de ce premier juillet) ou dans les offices de tourisme, n'arrivent pas trop tard.

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