dimanche 18 janvier 2026

Water Island : un État indépendant entre Danemark et États-Unis de 1917 à 1996 ?

 Louisiane, Alaska, îles Vierges... Peut-être que les anciennes puissances coloniales européennes en mal de revenus ont trop donné le goût du commerce de territoires à l'ancienne puissance émergente que furent les États-Unis d'Amérique au cours de leur premier siècle et demi d'existence.

Désormais, c'est un président inspiré de Monroe, l'expulsion d'Inuits pour la construction de bases militaires, qui se tourne méchamment vers ses alliés européens pour s'emparer du Groenland, peu importe ce qu'en pensent ses habitants autonomes, sa métropole devenue prudente avec le temps, et la division de l'Alliance atlantique.

Donc, le Danemark a donné le goût de ce genre de commerce au début du vingtième siècle en cédant les Indes occidentales danoises aux États-Unis, en 1917. Elles sont depuis le territoire des Îles Vierges des États-Unis.

Des politiciens américains visaient déjà cet achat, populaire au Danemark (un archipel coûteux entre fin de l'esclavage et catastrophes naturelles) comme pour les îliens en mal de développement, dès les années 1860, pour contrer l'influence britannique dans le contexte de la guerre de Sécession.

Les historiens postaux connaissent bien une de ces îles Vierges : Saint Thomas, un nœud essentiel des routes maritimes entre l'Amérique du Nord et l'Europe d'une part, les Caraïbes et l'Amérique centrale et du Sud d'autre part.

L'île Water face à Charlotte Amalie, sur l'île Saint Thomas et capitale du territoire (Google Maps). 

Donc, après un nouvel échec en 1902, les négociations sont reprises pendant la Première Guerre mondiale et aboutissent à un traité en 1916. Les habitants se désespéraient de leur isolement économique ; les États-Unis se méfiaient de la capacité allemande à envahir ou contraindre le Danemark, et de là, à établir une base navale de sous-marins en plein milieu des Antilles.

L'immense montant en or pour le Danemark et l'espoir d'un développement local pour les habitants sont conclus par la prise de souveraineté des États-Unis, officiellement au trente-et-un mars 1917. Du côté de ses derniers, seule la Marine militaire fut contentée puisque le produit de l'impôt sur le revenu des résidents des îles est reversé intégralement au Trésor du territoire par une loi de 1922.


Cependant, avant la cession, le Danemark obtient une exception pour une petite île au large de Saint Thomas, Water Island, acquise par la Compagnie (danoise) de l'Asie orientale en 1905... ??? !!!

Ainsi, cette petite île, comparativement à Saint Thomas mitoyenne, semble vivre dans un vide juridique des États-nations de 1917 à 1944, puis devient par achat la propriété de l'État fédéral des États-Unis, avant d'être rendu à des habitants autorisés à s'y installer et s'organiser administrativement à partir des années 1960. L'État fédéral l'a finalement vendu à l'administration civile des Îles Vierges en 1996 au même prix nominal que celui de toutes les Indes orientales danoises en 1917.

L'achat de 1944 semble avoir la même logique que les tentatives évoquées : s'assurer que l'Allemagne ne parviennent à s'y établir alors qu'une base sous-marine a été installée par l'U.S. Navy juste sous la protection de Water Island.

Les articles de Wikipédia et, surtout, un site web d'histoire locale de Water Island montrent que le Département de la Défense n'a pas fait grand chose durable de l'îlet : un fort non achevé, une batterie, même le port militaire de Saint Thomas a été délaissé jusqu'à l'effondrement de l'Europe occidentale face à l'Allemagne hitlérienne en 1940. Après la Seconde Guerre mondiale, par contre, des essais d'armes chimiques dans les années 1950 ont lieu dont les précurseurs de l'Agent Orange.

Voilà pourquoi l'île est transférée au Département de l'Intérieur qui autorise l'installation d'habitants... et d'hôteliers.


Le logotype d'un hôtel ouvert sur Water Island dans les années 1960, visible au dos de plusieurs cartes postales alors (via une vente sur eBay).

Sur le site d'histoire locale et la plate-forme de commerces eBay, l'histoire postale de Water Island - indépendante de fait de 1917 à 1944, puis propriété fédérale de 1944 à 1996 - se limite à des vues de l'île, de son quai de ferry, et le confort de l'hôtel Colony Club, sur des cartes postales à partir des années 1960.

Au dos, les timbres des États-Unis, en usage dans tous les Territoires, sont oblitérés à Charlotte Amalie, la ville de Saint Thomas en face de Water Island et capitale administrative des Îles Vierges.

La légende proposée par les éditeurs de cartes des années 1960-1970 signalent le statut spécial de l'île sous contrôle du Département fédéral de l'Intérieur :

- qu'elle soit vue depuis Saint Thomas ou photographiée avec ce port en arrière-plan, elle est localisée dans "Saint Thomas Harbour", disons en français « le havre de Saint-Thomas ». Tandis que le nom de cette ville est systématiquement suivi de la localisation ", U.S. Virgin Islands".

- Et sur les cartes à visée touristique, notamment d'un hôtel ouvert dans les années 1960, elle est décrite comme « une île privée », une des plages au nom attirant les mariés en voyages de noce comme « dans une baie calme et protégée »...


Bref, d'un vide juridique géopolitique, l'île à l'accès limité par le ferry ou un yacht devient typique des propriétés privées ou îlots privatisés des Petites Antilles, attirant jeunes mariés, couples riches, célébrités fuyant obligations et photographes à sensation.

samedi 17 janvier 2026

Du Canada à Taiwan, courrier posté le 29 décembre

 Début janvier 2026, j'ai reçu trois courriers de deux personnes, postés par coïncidence le même jour : le lundi vingt-neuf décembre 2025.

Deux timbres au postier dessiné-mignon et masqué de douze nouveaux dollars oblitérés à Taipei, le vingt-neuf décembre 2025.

D'abord, un ami parti visiter Taiwan, territoire principal de la République de Chine. La grande carte postale (très hors format) représente le tracé d'une route qui traverse une région encore marquée par la population hakka et sa culture à Taiwan.

Le texte en chinois évoque le fait que ce groupe ethnique a migré et mis en culture la région taiwanaise tout en ayant des relations avec la population indigène, apparemment à partir du dix-septième siècle.

Ayant migré entre le sixième et le treizième siècle de la grande plaine centrale chinoise vers les périphéries du sud, déjà peuplées par les Hans, les Hakkas ont maintenu des pratiques à la fois différentes et mêlées de celles de la majorité han et des autres peuples montagnards qu'ils voisinaient.

Cependant, les Hakkas ont été victimes de discrimination, violences et préjugés dans plusieurs régions de Chine continentale du dix-neuvième siècle aux années 1920. Visiblement, à Taiwan de nos jours, les « corridors hakka », comme écrit sur la carte, promeuvent le tourisme et la découverte de cette culture.

Le timbre de la Poste de Chine est à douze nouveaux dollars taiwanais (TWD) avec la mention de pays la plus historique et diplomatique : Republic of China (Taiwan). Réfugié en 1949 sur l'île, le gouvernement de la République de Chine revendique toujours être celui de toute la Chine face au Parti communiste... tout en évitant la confusion entre les deux Chine.

Les tarifs postaux sur le site de Chungwha Post semblent indiquer une forme d'intégration postale de Taiwan avec le reste de la Chine. Les tarifs courrier vers "Mainland China" sont séparés de ceux du courrier international, même s'il y a plusieurs zones selon l'éloignement de la province de destination.

En 2007, la tension générationnelle entre les tenants du refuge et celui des Taiwanais indépendantistes à l'égard de Pékin avait abouti à la parenthèse de la mention "Taiwan"... que la réaction furieuse de Pékin avait refroidi assez rapidement.

Par contre, la carte postale paraît affranchie au double du tarif carte postale vers l'Europe, selon les tarifs du huit mars 2021 sur le site web. Dix-sept dollars seraient la lettre de moins de dix grammes ; trente-et-un jusqu'à vingt grammes...

L'outil de calcul de l'affranchissement indique douze dollars... et je ne trouve pas de consigne sur des dimensions standardisées. Mon correspondant a-t-il joué la prudence selon où il a acheté les timbres - un commerçant non postal peu au fait des zones de tarifs internationaux ? Par exemple, les tarifs Asie-Océanie ne s'appliquent pas aux îles au-delà du 180° méridien Ouest : ainsi, pour Tahiti et la Polynésie française, ce sont les tarifs Europe, Afrique, Amérique du Sud et centrale qui s'appliquent (les plus chers).

Première lettre du Canada vers la France très oblitérées le vingt-neuf décembre 2025 dans l'Alberta.

De l'autre côté de l'océan Pacifique, et ayant donc suivi la courbure opposée de la Terre, deux enveloppes contenant des achats canadiens ont été également postées le lundi vingt-neuf décembre 2025.

La première arrivée porte quatre timbres de 2024 au paysage maritime avec le phare de Point Prim, dans la province de l'Île-du-Prince-Édouard (1,15 dollar canadien) et deux plus anciens timbres aux appareils des débuts de l'aviation.

Un affranchissement de 5,25 dollars, soit quatre cents de plus que le tarif actuel sur le site de Postes Canada de 5,21 CAD pour une lettre standardisée (en l'occurrence vingt par quinze centimètres) entre trente et cinquante grammes.

Le marchand de timbres prend-t-il à cœur son service jusqu'à l'oblitération manuelle en bureau de poste.

Si oui, j'ai l'impression que le postier a pris trop à cœur cette demande : six coups d'un large tampon pour six timbres... ou alors c'est l'employé du commerce où se trouve le relais postal de ce quartier d'Edmonton qui s'est défoulé. L'enveloppe n'a pas échappé à l'oblitération à pointillés jet d'encre du centre de tri.

Deuxième lettre du Canada vers la France, avec ces deux étranges traits, même bureau, même date.

Le temps de passer du jeudi au lundi, la deuxième commande canadienne arrive du même bureau d'Edmonton, dans l'Alberta.

5,32 dollars, même tarif donc, avec deux timbres de 2025 au paysage automnal avec méandre de la rivière Restigouche au Nouveau-Brunswick, issu de la quatrième émission de la série Terre de nos aïeux.

Ce timbre correspond à deux tarifs : la lettre surdimensionnée intérieure jusqu'à cent grammes et la lettre standardisée de trente à cinquante grammes pour les États-Unis.

Pas de double oblitération au centre de tri... Deux timbres de forte valeur faciale déjà oblitérée au relais postal ont-ils convaincu la machine de tri automatisée ? La légère épaisseur due à la présence de pièces de monnaie, masquée par le papier cartonnée de protection, a-t-il déviée l'enveloppe du parcours avant la machine oblitératrice ?

Pour les deux traits, quasi-parallèles, et dont un semble suivre la courbe du timbre à date... Que des hypothèses : Sont-ce deux coups de crayon gras suivis d'un coup d'oblitérateur pour la date ? Lassitude de l'employé du relais postal face au client professionnel ? Vérification zélée d'un postier-contrôleur au centre de tri à cause de l'épaisseur ?


En attendant, je remercie mon ami de prendre le temps de trouver cartes postales et timbres dans les pays qu'il visite, et ce vendeur professionnel de prendre soin de ses clients par ces timbres-poste.

lundi 5 janvier 2026

La destination du courrier publicitaire : le tri sélectif !

 Le fabricant de jouets en briques à monter Lego ne manque ni de capacités éducatives, ni d'humour avec le set 60495 Le Camion de recyclage, mis en vente en ce mois de janvier 2026.

Zoom sur la partie conteneurs de tri sélectif du set Lego 60495 (via la boutique web)  

Le recyclage des matières premières supposant le tri sélectif, le gros camion d'éboueurs est accompagné par deux conteneurs spécialisés verre et papier. En France, on aurait préféré un conteneur vert distinct des conteneurs jaunes pour les emballages.

L'humour apparaît avec une des briques fournis comme exemple de déchets : un courrier publicitaire de concours auxquels le destinataire n'a jamais demandé à participer, et explicitement désigné comme "junk mail", courrier-poubelle.

D'après le site BrickLink, d'échange et revente de sets et pièces détachées Lego, ce serait la troisième apparition dans un set de cette brique postale après le bureau de poste du Père Noël en 2024 et le village de Pré-au-Lard inspiré de la série littérature et cinématographique Harry Potter en 2025.

Le premier comprend plusieurs briques-enveloppes reçus par les Lutins. Parmi les magasins du second, un bureau de la poste aux chouettes et une boîte aux lettres de rue.

samedi 3 janvier 2026

De la fin profitable mais à l'avenir inquiétant des "one cent" aux États-Unis

 Suite à quelques recherches, la date de la révélation des pièces de monnaie des deux cent cinquante ans de l'indépendance des États-Unis fait partie de grandes journées numismatiques pour l'United States Mint et les collectionneurs (riches) : la veille, mardi onze décembre 2025, la Monnaie confiait l'ensemble des derniers pennies à l'effigie d'Abraham Lincoln à la maison d'enchères californienne Stack’s Bowers Galleries.

Cependant, à côté de ces festivités profitables, des pénuries de pièces et l'absence de gestion de l'avenir monétaire rendent difficiles le quotidien des commerçants.

Couverture du catalogue de la vente des derniers cents Lincoln marqués de la lettre grecque omega, publié par Stack's Bowers Galleries (via la bibliothèque de leurs catalogues).

Le douze novembre précédent, dans ses ateliers de Philadelphie et de Denver (marque D), l'U.S. Mint a appliqué la décision du Secrétaire au Trésor de ne plus commander de pièces de one cent de circulation, en raison du coût des métaux et de la fabrication, du manque de réutilisation des pièces par les habitants qui les récupèrent principalement en retour de monnaie.

Les pièces au millésime 2025 seront donc les dernières de circulation ; à partir de 2026, seules des médailles de collection seront frappées pour les collectionneurs.

Les dernières frappes étaient prévues pour être mises aux enchères le mois suivant en deux cent trente-deux trios : deux en zinc plaqué de cuivre - une pour chaque atelier, accompagné d'une pièce de six grammes en or 24 carats.

Ces pièces portent la marque Ω : la lettre grecque de l'expression biblique qu'utilise Dieu pour se décrire comme « l'alpha et l'oméga », la Création et sa Fin.

Le dernier lot, 232, comprenait les coins annulés de ces frappes oméga (catalogue de la vente).


Indiquée dans le catalogue, la qualité de chaque pièce a été évaluée (grade, qui, avec la mise sous capsule hermétique, est une habitude états-unienne), les collectionneurs connaissaient donc dans quels lots étaient les meilleurs frappes et les moins bonnes. L'ordre du lot dans les frappes et la vente est indiqué sur la légende accompagnant l'emballage de chaque pièce.

Le site d'information numismatique CoinWeek a ainsi pu résumer les résultats de la vente d'après ces évaluations.

Le lot n°1 a eu un effet bonifié par qualité des premières frappes validées par les employés de l'U.S. Mint et le numéro d'ordre : adjugé deux cent mille dollars.

Selon CoinWeek, le moins lot (n°64) est parti à seulement quarante-huit mille dollars. La majorité des lots se situe entre cinquante et quatre-vingt-sept mille.

Le haut du panier des évaluations, huit lots, ont dépassé les cent mille juqu'à cent soixante mille dollars pour le lot 69, suivi du 231 à cent cinquante.

Trois lots seulement comprenaient des pièces évaluées à MS-67, frappées à Denver. C'est pour cela que le lot 157 a atteint cent trente mille dollars, en troisième position avant le dernier lot.

Le lot final a atteint huit cent mille dollars, comprenant les six coins ayant servi à ces frappes, mutilés d'une croix pour ne plus resservir.


Au final, la vente au nom de l'U.S. Mint atteint 16,76 millions de dollars pour une valeur de deux cent dix mille dollars d'or contenu dans les pièces les plus précieuses. Joli profit pour l'United States Mint et pour la maison d'enchères.


Parmi les réactions du public connaisseur, sur le site de CoinWeek, de nombreuses déceptions. Un rappelle que ce ne sont pas les derniers cents puisque des exemplaires de collection seront encore frappés pour les sets annuels à venir.

D'autres regrettent ce choix de viser les collectionneurs les plus riches avec cette rareté tout en faisant la promotion de la fin d'une histoire populaire de la monnaie états-unienne, créée en 1793. Intéressante la question d'un intervenant : à ce prix-là, les pièces en zinc saucé de cuivre auraient pu être en cuivre.


Côté grand public, je ne peux que constater, avec nombre de numismates, de curieux, de contribuables précautionneux et la journaliste Caity Weaver, que le président Trump et son ancien meilleur conseiller Elon ont eu raison de contraindre le Secrétariat au Trésor de trouver une solution légale pour suspendre la fort coûteuse frappe de pennies inutiles : trois fois leur valeur faciale en coût, des milliards de ces pièces dans la nature, des citoyens qui ne les utilisent pas alors que les commerces doivent leur rendre la monnaie eu cent près.

Ainsi, dans un long article pour The Atlantic du seize novembre 2025, Caity Weaver a fort raison de dire que les pièces d'un cent sont des détritus sans aucune valeur autre que de nuisance, faute d'avoir su interpréter la section 5111 et 5112, titre 31 du Code des lois des États-Unis d'Amérique, qui semble pouvoir autoriser les quantités de pièces que le Secrétaire au Trésor peut commander.

Sauf que, depuis l'annonce de la non commande de cette valeur, la réalité légale se rappelle à beaucoup : dans la plupart des cinquante États, le District de Columbia et les Territoires (Porto-Rico, Guam,...), voire dans les règlements urbains, les commerces sont toujours dans l'obligation de rendre la monnaie au cent près en cas de paiement en espèces... mais, désormais, la Réserve fédérale ne distribue que les stocks restants de pièces d'un cent qui atteignent déjà la pénurie régionale par endroits.

Weaver de constater qu'en fait, l'Administration Trump par son Secrétaire au Trésor n'a rien prévu en lien avec la fin des frappes de ces pièces !

L'article de la Wikipédia en anglais signale cet amateurisme en listant des articles de médias à partir de novembre, et des - enfin - premières réactions d'élus des chambres législatives fédérées mi-décembre. Des commerces arrondissent ou tronquent la somme à régler par les clients, mais juridiquement sans droit, et, le faisant sûrement à l'avantage du client, en perdant de l'argent (un cent fois combien de millions de transactions ?).

Weaver raconte comment le gouvernement fédéral canadien a stoppé la fabrique de pièce d'un cent en 2012, et lancer la lente procédure de leur disparition sans heurts pour les consommateurs : large communication, règle officielle d'arrondi en l'absence de ces pièces, droit de recyclage des métaux par la Monnaie royale canadienne, etc. En conséquence, au Canada, la récupération du cuivre et de l'acier a permis de compenser le coût du transport des pièces, de les reprendre à leur valeur monétaire d'un cent, et de limiter le désastre environnemental de leur dispersion comme déchets domestiques.

L'environnement... La journaliste, qui a vraiment travaillé son sujet, a découvert le problème dramatique du choix du zinc dans la pièce états-unienne : très peu de valeur en recyclage faute d'offre, hautement difficile à séparer du cuivre, mais au moins le zinc des pièces est bien moins toxique à récupérer que de produire du zinc depuis une mine.

En 2019, l'United States Government Accountability Office, agence indépendante de conseils et d'audit du Congrès fédéral, avait publié un rapport d'alerte, avec les banques témoignant, sur ces questions d'éducation du public, de gestion des conséquences de la fin de la frappe,... ni - je rajouterai - comment rendre populaire l'usage des pièces de monnaie dans une population accroc aux billets de banque et à la carte de paiement différé.


Même non frappé, les pennies vont rester un coûteux problème américain très longtemps.

vendredi 2 janvier 2026

Point de Trump, mais un anniversaire très... WASP.

Le douze décembre 2025, l'United States Mint a annoncé les faces des différentes pièces de circulation ou commémoratives commandées par une loi du Congrès pour le deux cent cinquantenaire anniversaire de la Déclaration d'indépendance de treize colonies britanniques en Amérique du Nord, le quatre juillet 1776, formant dès lors la république des États-Unis d'Amérique.

La description complète des pièces, artistes inclus, se retrouve actuellement sur la partie communication du site web de la monnaie états-unienne.

La pièce de dix cents (en haut à gauche) et les cinq pièces de vingt-cinq cents de circulation de l'émission des deux cent cinquante ans de la déclaration d'indépendance (site web de l'U.S. Mint).

Comme je le pensais, l'annonce en octobre du portrait de l'actuel président sur une de ces monnaies par un des officiels du Secrétariat au Trésor était bien de la brosse à reluire... enfin, espérons, tellement peut se produire en ces temps étranges.

Par contre, le choix des personnages et des événements sont très coloniaux, blancs anglo-saxons protestants (WASP).

Les cinq quarters parcourent une partie du « roman national » : en démarrant avec le Mayflower Compact de 1620 signé par une partie des colons fondateurs de la colonie de Plymouth, devenu le Massachusetts, les fameux passagers du Mayflower. Suivent George Washington et la Guerre révolutionnaire, Thomas Jefferson et la Cloche de la liberté pour la déclaration d'indépendance, James Madison et l'Independence Hall de Philadelphie pour la Constitution.

Si la population originelle du continent se retrouve sur les autres pièces du programme numismatique officielle, les anciens esclaves et leurs descendants peuvent se retrouver dans la cinquième pièce à l'effigie du président Abraham Lincoln... mais pour le discours de Gettysburg de 1863, lors de l'ouverture du premier cimetière militaire de l'Union. Celui sur la nécessité de poursuivre la guerre pour concerner une union fondée sur la liberté et la démocratie décrite comme « le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple ».

La pièce de circulation de cinq cents et les deux pièces de collection de cinquante cents et d'un cent (site web de l'U.S. Mint).

Le nickel de cinq cents suscite aussi le débat sur ce que cette émission commémore de deux cent cinquante ans de république états-unienne. Thomas Jefferson est bien un des Pères fondateurs de l'indépendance et des premières décennies du pays neuf et les deux faces de la pièce sont celles utilisées, repensées, regravées depuis 1938.

Cependant, représenter Monticello, le bâtiment principal du maître d'une plantation esclavagiste en 2026... Certes, il semblerait que Jefferson ne fut pas le plus mauvais, que l'existence même de l'esclavage dans les États du sud rendait sa prolongation nécessaire à la survie de la nouvelle Union,... et je ne suis pas citoyen des États-Unis.

Même de circulation, les images de la pièce de cinq cents et sa description cryptique sur le rôle de Jefferson et le lieu Monticello semblent indiquer un souci chez les communicants de l'U.S. Mint.


Le dime de circulation et le half-dollar de collection sont allégoriques.

Pour la première, une Liberté guerrière au bonnet phrygien aux étoiles et rayures du drapeau des États-Unis est accompagnée de l'Aigle portant des flèches.

Pour la seconde, le cadeau de la France pour le centenaire de l'indépendance fait une apparition fort vivante sur une face, puis tend la flamme de la liberté à une main enfantine, la génération suivante.


Pour clore ce programme-anniversaire, le cent revient malgré la suspension de sa frappe en 2025 en raison du coût du métal et du manque d'appétence des habitants pour les pièces de monnaie.

Seulement, les collectionneurs étant un marché : les derniers cents frappés le douze novembre 2025 à Philadelphie et Denver portent une marque spéciale, et les sets à venir devraient comprendre le cent, même s'ils n'auront plus valeur d'usage.

Pour 2026, la pièce au président Lincoln et au blason de l'union fédérale revient avec, comme toutes ces pièces, le millésime « 1776 - 2026 ».


Selon le calendrier de l'United States Mint, les pièces anniversaires vont être mises progressivement en circulation à partir de février 2026.

Pour les autres citoyens du pays, il faut se tourner vers le dollar de la série Native American en janvier (Polly Cooper, une Oneida, qui nourrit une troupe rebelle en 1778)... et c'est tout. Entre les monnaies en argent et en or, et celles consacrées à la coupe du monde de football, plus de place au-delà de la série des présidents.