dimanche 24 mars 2013

Parler de la "Marianne aveugle", est-ce faire de la politique ?

À la déception d'un commentateur qui croit que la collection de timbres et la philatélie sont apolitiques, le journaliste Pierre Jullien signale que l'association La Manif pour tous utilise sur certaines affiches de mobilisation la Marianne du Bicentenaire que Louis Briat dessina pour servir de timbres-poste au début des années 1990.

La page Facebook de La Manif pour tous (consulter la section « Images »)
au dimanche 24 mars 2013 matin.

La « Marianne aveugle » est son surnom péjoratif que « certains » lui ont donné, rapportait Timbroloisirs (et certainement les autres magazines philatéliques du temps) en mai-juin 19981. Je ne suis pas sûr que c'est un grand choix de communication : car, si les manifestants de ce dimanche pensent que le peuple incarné est bâillonné sur un certain sujet de leur inquiétude, montrer que ce peuple manifestant est aveugle...

Contrairement au commentateur anti-politisation de la collection de timbres et de la philatélie, il y a un intérêt à faire connaître ces réutilisations : pourquoi cette Marianne et pas une autre ? Quel sens pour les auteurs ? Pour les partisans du mouvement ? Quelle interprétation par le public extérieur ?

Il suffit de consulter la section « Images » pour voir des caricatures détournées de caricatures des mouvements anti-de Gaulle des années 1960, dont mai 68. Un politologue ou un historien saliverait à mener une étude comparative des convictions des lamanifpourtousistes et de celles des antidegaullistes... « Aux antipodes » serait ma première hypothèse.


Enfin, à ceux qui croient suivre un loisirs apolitique : LOL.

Monsieur Sarkozy n'a-t-il pas essayé de politiser la philatélie par une lettre ouverte ? En annonçant trente pour cent « du nombre de timbres en taille-douce » alors que c'était déjà le cas en ce temps-là... Sans compter les croyants béats des états généraux de Fifi que Nico octroya et qui ont donné une charte de la fifilatélie frââânçaise... Des choses qui prennent la poussière dans un coin.

D'abord, à cause des politicards qui débattent sans échange d'idées dans les médias, croire que Pierre Jullien fait de la « politique » en rapportant ce détournement d'œuvre est donc avoir intériorisé une bien piètre définition de « politique ». Cette grande discipline de la gestion en commun de la société à toute échelle, depuis la commune jusqu'à notre planète commune.

Certes, cela suppose que certains volontaires convainquent les autres - veaux, dirait un politicien célèbre2 s'ils ne participent pas à la chose commune -, et là, je hurle de rire : collectionner des timbres est apolitique. Entasser, trier, admirer, étudier des timbres-poste, émis par des États pour se donner une identité... N'est-ce pas là une activité politique, de propagande - qu'elle soit patriotique, nationale, nationaliste ou dictatoriale ?

Aux croyants de l'apolitisme philatélique, nul besoin d'aller confronter des timbres de pays sud-américains menaçant de régler par la guerre leurs problèmes de frontières (Chaco, Gronchi, Falklands, etc.) ou des timbres représentant des élus aux entrêmes de la démocratie : de Konrad Adenauer à Adolf Hitler, de George Washington à George "ADM" Bush Jr. et Barack "Drone" Obama. Dans le second cas, affirmer que les uns sont collectionnables, timbrifiables, etc. et pas les autres, c'est déjà faire de la politique.

Quelles sont alors les « publicités "subliminales" » qui se cachent derrière les timbres de France sur les chemins de Saint-Jacques, le salon de l'Agriculture, le greenwashing de la Lettre verte ? Et la pauvreté de l'offre de timbres présentant les départements et région d'outre-mer, lieu de vie de nos concitoyens ? Pour ne prendre que des timbres récents ; en apparence, innocents, mais qui donnent une certaine image de la France et des Français.


Notes :
1 : ici, contrairement au marronnier, ce n'est pas Wikipédia qui est en faute pour déterminer qui sont ces « certains » : c'est l'auteur de la timbro-fiche de Timbroloisirs qui ne donne pas ses sources (comme parfois en philatélie-magazine).
2 : Mon Dieu ! Mais, il faut interdire l'exposition de collections thématiques sur Charles de Gaulle alors : c'est politique !

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