samedi 1 août 2015

'Scott Pilgrim', colis et numismatique canadienne

Scott Pilgrim est une bande dessinée en six tomes, publiée de 2004 à 2010, et créée par le Canadien Brian Lee O'Malley dans un style manga et en noir et blanc (une édition couleur est disponible depuis 2012). En 2010, elle a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, Scott Pilgrim vs. the World, avec l'éternel adulescent Michael Cera dans le rôle-titre.
Couverture du premier tome du « roman graphique » comme dit le monde anglophone (amazon.fr).
L'intrigue et ses à-côtés visent un public qui a connu sa jeunesse dans les années 1990. Dans la banlieue de Toronto, Scott, vingt-trois ans, est incapable de vivre normalement : peu d'emploi, pas d'études, collocataire gratuit, sortant avec une lycéenne par défaut, tout en jouant dans un groupe de rock dont les membres, eux, travaillent, payent leur loyer, etc.

Tout cela est bouleversé quant Scott aperçoit Ramona Flowers, livreuse de colis Amazon en patins à roulettes, venant des États-Unis, et à la chevelure colorée. Pour la retrouver, premier aspect postal, il doit découvrir internet afin de commander sur le site amazon.ca, ouvert deux ans avant la parution du premier tome.

Les scénettes qui en ressortent participe de l'absurde de cette fiction, tout en évoquant la domestication de l'internet par nous tous lors de la décennie précédente : quelle adresse pour trouver amazon.ca ? Attendre illico son colis alors que c'est le début du week-end... pour que Scott le balance au panier en une seconde, maintenant qu'il a Ramona face à lui.

Une drôle de critique de la société consumériste pour un héros qui semble ne pas la comprendre ou la rechercher : par exemple, il entre dans un café franchisé où travaille sa sœur... pour découvrir que, malgré le logotype en façade et la décoration à l'identique, ce n'est pas LE café où elle travaille.

Capture d'écran du jeu vidéo dérivé du film reprenant le graphisme de la bande dessinée (walkthrough de DPADAttacks!-SpongeFreakDX, posté sur youTube le quatre mars 2011). 
Pourtant, comme le montre la capture d'écran ci-dessus, Scott adore éliminer ses ennemis pour leur vider les poches. Oui, car Ramona a sept ex maléfiques que le dernier d'entre eux a unis pour rendre la vie impossible à la belle et éliminer le huitième... qui se comporte donc comme un personnage de jeu vidéo.

Outre qu'il récupère les pièces laissées par ses adversaires comme n'importe quel Mario, Sonic avec les anneaux ou Link avec ses rubis de couleur des premières consoles de jeu de Nintendo et Sega, une personnage secondaire remarque que Scott sait qui sont les gens, mais pas ce qu'ils (ou lui) ont précisément fait la veille... Il a tendance à foncer vers la facilité et à choisir les réponses les plus attendues...

Comme un joueur qui tambourine le bouton principal de sa manette pour faire défiler les dialogues et enfin atteindre les moments de jeu ? Vous comprenez quelles évolutions personnelles le héros va devoir réaliser afin de l'emporter face au boss final, le septième ex.

Bandeau d'introduction de la Monnaie canadienne consacrée aux pièces de circulation (site de Canadian Mint).
Une fiction fantastique donc, même si seuls Scott, Ramona et les seven evil exes divergent de la réalité : convocation de démons, télékinésie végan, musique draconique, épée jaillissante du torse du héros et autres 1up...

Sauf que le film a suivi la bande dessinée à la lettre sur un point : les pièces de monnaie qui tombent de chaque ex disparu. À peine suffisante pour prendre le bus avec les premiers jusqu'à une fortune pour le dernier.

Le jeu vidéo étant un beat'em up, digne d'un Double Dragon, les ennemis sont nombreux et donnent tous quelques pièces qui permettent d'acheter des moyens de retrouver des points de vie ou d'expérience. Ceux-ci, accumulés en quantité suffisante, débloquent des combinaisons de coups spéciaux que le joueur doit maîtriser face à la difficulté croissante des niveaux successifs.

Bien que travaillant sur des consoles haute définition - PlayStation 3 et Xbox 360, le studio Ubisoft Montréal a travaillé le jeu en mode 16-bits façon consoles des années 1990 tout en étant réaliste sur les pièces de monnaie canadiennes : elles sont toutes reconnaissables au premier coup d'œil.

Une seconde capture pour disposer du castor du Canada en bleu foncé (walkthrough de DPADAttacks!-SpongeFreakDX, posté sur youTube le quatre mars 2011). 

La queue - exagérée par rapport à la pièce réelle - du castor du Canada pour cinq cents (nickel) ; les voiles triangulaires du Bluenose sur la plus petite pièce pour dix cents (dime), voilier de course connu des philatélistes ; le caribou des quarter de dollar.

Puis, un oubli... Le demi-dollar aux armes du Canada est sauté, tout comme l'effigie de la Reine Elisabeth II : pas de politique dans un jeu vidéo.

On passe directement au dollar jaune et son oiseau enfantin dans le jeu, un plongeon huard dont le nom anglais donne le surnom de la pièce loonie. Et enfin, pour les primes des boss, la bicolore deux dollars au gros animal : un bison ? Non, un ours polaire tourné vers la droite. Les graphistes du jeu ont exagéré les oreilles.

Ne reste qu'à préciser que, depuis 2012, la forme et la fabrication des un et deux dollars ont été modifiés pour éviter la falsification alors que les pièces d'un cent sont réformées progressivement. Pas de feuille d'érable dans le jeu.


Note : le jeu vidéo ici présenté était vendu sur les magasins en ligne des consoles PlayStation 3 et Xbox 360 jusqu'en décembre 2014.

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