dimanche 13 mai 2018

La « philatélie frugale », une nouvelle génération d'exposition ?

Comment convaincre des collectionneurs et philatélistes à exposer ?

Innover avec ce qui existe déjà
Dans l'éditorial de La Philatélie française daté mai-juin 2018, Bernard Jimenez rappelle les innovations que plusieurs fédérations apportent aux règlements de leurs compétitions pour attirer plus de participants aux niveaux départementaux et régionaux.

Avant de généraliser ces innovations aux échelles continentales et mondiales.

En France, la Fédération française des associations philatéliques a encouragé l'ouverture des collections exposées vers tout ce que nous collectionnons, nous les « collectionneurs de collections » (copyright : ma maman, joyeuse fête des mères anglo-saxonne) : classe ouverte avec les étiquettes marchandes, les tickets de transport, les pin's, médailles et monnaies, etc., l'errinophilie au-delà des timbres fiscaux et socio-postaux, et, dernièrement, la thématique à partir des oblitérations commémoratives.

Pour la première et cette dernière, ce sont bien des collections et des souvenirs dénigrés dans les travées de Paris-Philex 2016 et les réunions d'associations philatéliques, mais que débutants, collectionneurs passionnés et philatélistes amateurs achètent, possèdent, se font même offrir par les institutions philatéliques pour les attirer au loisirs.

Mais que les marchands et philatélistes exigeants ne veulent pas considérer. À juste titre ou pas... le débat est à ouvrir selon quelles règles compétitives, commerciales, lexicales ou postohistoriques les intervenants jouent : voir l'échange sur les Mariannes des salons sur le blog Les News du phospho.


Encore un stampede à Adelaide ?
Jimenez annonce qu'il évoquera au congrès de la FFAP le samedi neuf juin prochain, une initiative océanienne visant à abattre un autre biais de la philatélie de Première Ligue : il faudrait être riche pour obtenir une médaille d'or et un grand prix en exposition internationale.

D'une ligne, il lance le nom de la nouvelle « philatélie frugale ».

...

Non, Monsieur Jimenez ! Je suis de la génération du streaming et du binge watching (avec achat des dvd pour les meilleures séries télévisées), donc non, votre stratégie du cliffhanger ne passera pas par moi ! Je n'attendrai pas la publication de la captation du congrès pour enquêter sur cette nouvelle bestiole exposante, dont la piqûre pourrait transformer le petit collectionneur que je suis en Spider-Man de la compétition. Où est mon Baygon vert ?

Après recherche sur la Toile, la frugal philately en anglais semble être apparue en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Les règles expérimentales de la nouvelle classe (site de l'Australian Philatelic Federation, février 2016).

Ainsi, un document de février 2016 (attention : fichier pdf) de la fédération australienne présente le principe et les règles souplement rigides ou rigidement souples de cette nouvelle classe expérimentale.

Afin d'éviter que le collectionneur soit inquiet de l'ampleur du nombre de pièces nécessaires, une collection frugale sera constituée de trois à cinq panneaux. Néanmoins, les critères d'évaluation restent les mêmes : qualité du traitement du sujet, de son importance, des connaissances et recherches mises en œuvre, condition des pièces.

Toutefois, le règlement devient strict, et même très pénalisant sur un point précis.

Les téléspectateurs français des années 1990 se souviennent du critique culinaire Jean-Pierre Coffe et de sa participation dans l'émission du midi La Grande Famille à la grande époque rebelle de Canal Plus : il imposait à un chef ou une célébrité de préparer un bon repas de fin de semaine - j'ai épuisé mon quota de franglais - pour un maximum de deux cents francs.

Et bien, le collectionneur frugal garantit que les pièces de son exposition de qualité ne valent collectivement pas plus de mille dollars australiens, au risque de nombreux points de pénalité !!!


Quelques traces pour une future épistémologie de la frugalité
En continuant avec les autres résultats de Google, le règlement de la fédération néo-zélandaise précise le rôle des juges pour apprécier la chute de points... Je pressens les débats valeurs/cotes que cette classe pourrait ouvrir entre collectionneurs et juges d'abord, puis entre collectionneurs, marchands et catalogues de cotations : « Comment ça mon Vermillon dépasse le quota ! Mais regardez ! Achetez dix euros chez mon cousin Trucmuche ! »

Planqué sur le site d'une université portugaise, la copie pdf d'un article du vice-président de l'Australian Philatelic Federation, John MacDonnell, apparemment pour une revue philatélique portugaise, conte les débuts de la philatélie sociale et de la philatélie frugale. La seconde est initiée à l'exposition de Canberra de 1996. Les juges notaient selon le barème de la classe habituelle, puis la valeur était estimée par des marchands. Nouveau débat : les négociants doivent-ils se mêler de l'exposition ? Les choisis seront-ils parmi les sur- ou les sous-évaluateurs ?

MacDonnell explique que les premiers intéressés furent les historiens postaux de la mécanisation du courrier, sans dire dans cet article-là pour quelles raisons. Valeurs faibles à cause du faible développement des catalogues sur ces questions ? Difficulté à atteindre le nombre de pages règlementaires des classes traditionnelles ?


Et de la diffusion de la philatélie frugale au-delà de l'Australasie ?

À coup sûr la France très prochainement à cause de/grâce à Bernard Jimenez - choisissez votre locution selon votre avis lors de la première expérimentation nationale. Mais déjà, en 2010, Stamps of India, une exposition nationale indienne proposait cette classe avec un maximum de deux mille roupies par panneau, le jury estimant la valeur marchande avant l'exposition.

Cette collection encouragera-t-elle davantage de collectionneurs à conserver leurs factures et à de nombreux marchands à en établir d'ailleurs ?

À suivre...

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