samedi 31 juillet 2021

Pierre, métal et interactivité : le musée de la Monnaie de Paris

 « Pierre sculptée, métal ouvragé et interactivité » est le bilan de ma visite individuelle du musée et de la visite guidée des coulisses de l'usine, encore en activité, de la Monnaie de Paris, réalisée le mercredi quatorze juillet 2021 en toute fin d'après-midi.

La salle principale de l'exposition permanente du musée du 11 Conti : l'histoire de la frappe monétaire, avec plusieurs activités manuelles et objets d'autres disciplines (photographie personnelle du quatorze juillet 2021).

Le frappeur historique de monnaies et médailles de la France a eu un musée dès 1833 et sa version actuelle du Musée du 11 Conti a ouverte en 2017 dans une version visant à convenir à de nombreux types de publics : des collectionneurs de monnaie aux enfants touche-à-tout en passant par les curieux d'histoire ou ceux des sciences appliquées et de l'industrie.

La cage d'escalier menant les visiteurs vers le musée de la Monnaie de Paris et conduisant vers la salle présentant les métaux (photographie personnelle du quatorze juillet 2021).

Depuis la rue Guénégaud, les deux visites partent de la « pierre » - un bâtiment fonctionnel (lieu de pouvoir côté quai de Conti, arrivée des métaux côté ateliers) - et remontent vers la transformation du métal. C'est ainsi que le musée s'ouvre sur une cage d'escalier aux murs composés de plaques de métal.

Fort logique, cet escalier conduit à une première salle exposant les métaux travaillés par les ateliers monétaires : forme minérale, premières formes transformées permettant de les travailler, et objets produits dont les monnaies.

De là, s'ouvre une grande salle, le cœur du musée où l'essentiel de la visite individuelle ou familiale aura lieu. Là, que l'évolution de la frappe puis de la presse monétaire est racontée : depuis sculpture et vitraux sur la frappe manuelle jusqu'aux presses à main puis à vapeur et hydraulique. C'est ici que le visiteur pourra frapper son jeton.

Le coffret de poids accompagnant la balance d'un changeur d'Amsterdam, aux Provinces-Unies en 1628. Chaque poids carré correspondant à une monnaie européenne.

En bas vers la sortie, un aller-retour vers le « trésor » : que deviennent les monnaies frappées ? Une exposition de pièces de monnaie de l'histoire européenne, dont l'unification des mesures des pièces de l'Union latine*. Quelques biographies de collections et collectionneurs : médailles de bataille sous Louis XIV - écho avec le château ? - ou Henri Abel et les poids akan du commerce d'or en Afrique de l'Ouest.

Car, en effet, les monnaies non européennes voire non métalliques ont une exposition dans ce trésor. Une exposition verticale pour le trésor de Huê capturé lors de la conquête du Tonkin et composé de lingots et pièces, notamment à trous carrés*.

Une longue vitrine illustre la diversité de la monnaie en dehors de l'Europe : depuis des matières premières végétales (feuilles séchées de tabac, fèves de cacao) ou ouvragés (textiles), jusqu'à des objets en métaux ou en verre, sans oublier les coquilles cauri. Tous et toutes, des éléments pratiques, parfois rares, souvent de grandes valeurs dans des échanges entre personnes ou populations.


Le musée propose plusieurs types d'activités et de visites spécialisées, en journée ou en début de soirée.

Afin d'optimiser mon séjour parisien, j'ai profité de la visite des coulisses, en nocturne du mercredi qui était maintenu le jour férié de fête nationale. Après une introduction sur le plan général du bâtiment - depuis l'hôtel de la monnaie dans le prolongement du pouvoir royal sur la rive d'en-face - jusqu'à l'entrée des coulisses, en fait, l'atelier encore en activité.

Il faut visiter ce musée en semaine en journée pour profiter des grandes ouvertures vitrées à travers lesquelles on peut voir les artisans et artistes de la Monnaie de Paris au travail. Après l'escalier évoqué au début, une promenade passe devant les ateliers artistiques de la monnaie : le travail du métal depuis le fondeur jusqu'au ciseleur et au patineur.

Entre la grande salle et l'exposition des monnaies, c'est une vue sur le plus grand atelier de frappe devant laquelle passe le visiteur... Bien silencieuse évidemment un Quatorze-Juillet.

Ainsi, la visite des coulisses permet de découvrir les ateliers de frappe des médailles et des monnaies en suivant la logique historique du bâtiment : de l'arrivée du métal rue Guénégaud avec la fonte et laminage dans ce secteur, et les produits se dirigeant vers les ateliers successifs jusqu'au plus grand, celui de la frappe monétaire de masse (pour l'époque, depuis l'usine de Pessac de 1973 a dépassé ces capacités) au plus proche de la salle des dépôts.

Pas de photographie permise de ces lieux sécurisés, mais une explication des enjeux industriels dans ce bâtiment historique. Comment chaque machine de presse a un rôle précis, comment l'artisan effectue précisément leurs réglages selon l'évolution chaque projet. Ainsi, est expliqué et montré, à partir d'anciennes commandes de médailles commémoratives, comment par frappes successives entre-coupés de passages nocturnes au four, l'atelier parvient à imposer au métal tous les détails souhaités par le graveur : fils d'une chevelure, relief à différents niveaux, etc.


Sous le buste du graveur général de la Monnaie, une petite vitrine des réalisations de Jacques-Jean Barre : poinçons, médailles, monnaie et timbre-poste Cérès de 1849.

Pour les philatélistes, une vitrine consacré au graveur Jacques-Jean Barre rappelle le lien généalogique entre la monnaie et la philatélie françaises puisque ce sont des graveurs généraux de la Monnaie de Paris qui réalise les premiers types des timbres de France : Cérès, le président puis empereur Louis-Napoléon Bonaparte.

Auquel, mais ce n'est pas l'objet de la Monnaie de Paris, on ajoutera le travail électro-chimique du métal par Anatole Hulot qui permit la production des plaques d'impression.

Les timbres-monnaie de nécessité sont évoquées au cours de la visite permanente avec un exemple belge et un allemand du début du vingtième siècle.


Un musée-usine à ne pas manque pour les collectionneurs de belles choses.

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