samedi 30 mai 2026

À Boston 2026, les philatélistes méfiants du culte de la personnalité

 Deux publications en ce mois de mai 2026 montrent que le culte de la personnalité autour de l'actuel président des États-Unis d'Amérique inquiète des philatélistes face au Maître général des postes David Steiner, dirigeant l'United States Postal Service depuis juillet 2025.

Un courrier des lecteurs paru dans The American Philatelist daté mai 2026, et consacré majoritairement à Boston 2026, l'exposition mondiale décennale de l'American Philatelic Society, résume les difficultés financières continues de l'opérateur postal historique du pays, un des premiers éléments de son indépendance du Royaume-Uni quelques temps avant la Rébellion et la Déclaration d'Indépendance du quatre juillet 1776.

L'USPS est une entreprise publique, fort dépendante de la politique fédérale puisque le Congrès veille et que l'actuel président n'hésite pas à commenter ses échecs. De plus, sur l'express et les colis, elle est en concurrence avec ses principaux clients tels Amazon qui lui sous-traitent une partie de ses livraisons, notamment en zone d'exploitation coûteuse comme les immenses régions rurales.

Le lecteur de The American Philatelist place ensuite sa loupe sur Steiner, un ancien membre du conseil d'administration du concurrent Fedex, suscitant des interrogations sur la volonté de l'Administration Trump de privatiser l'USPS. Steiner n'a cessé de convaincre du contraire, notamment de proposer les services du dernier kilomètre de livraison à tous les opérateurs courrier express et colis du pays.

L'inquiétude du philatéliste provient aussi que, dans sa recherche de revenus sans coût supplémentaire, Steiner dispose du programme philatélique : pourrait-il imposer au Comité consultatif des citoyens (Citizens' Stamp Advisory Committee) d'abandonner ses règles strictes sur les thèmes des timbres émis au nom des États-Unis, tels la non-représentation de personnes vivantes ou l'aspect jugée extraordinaire de la contribution de la personne passée à l'histoire du pays.

Le lecteur d'imaginer que les intérêts commerciaux dépassent l'intérêt national commun du timbre : des entreprises promouvant leur marque, leurs produits, leurs dirigeants... et donc aussi des partis politiques poussant à représenter des élus encore vivants, voire de faire voter les thèmes sur les réseaux sociaux [aux choix d'affichage aux algorithmes manipulables], des messages de prosélytisme religieux dépassant la simple évocation des grandes fêtes des communautés du pays ?

Et Trump apparaît donc puisque l'U.S. Mint va frapper des pièces en or de deux cinquante dollars à son effigie pour les deux cent cinquante ans de l'Indépendance [entre autres objets à vendr... de collection].

Cinq des vingt-cinq timbre de l'émission sur les personnalités de la Révolution, émis en mai 2026. L'image proposée sur la boutique web de l'USPS prend soin d'une grande diversité des profils choisis.

Avançons donc à l'exposition mondiale qui a lieu depuis samedi dernier jusqu'à ce samedi trente mai 2026, à Boston, lieu emblématique de la rébellion des colons contre les taxations britanniques et des premiers affrontements militaires de la guerre d'Indépendance dès 1774.

Hier, vendredi vingt-neuf mai 2026, le journaliste et éditorialiste Bill Shein publie sur son site Reason Gone Mad un compte-rendu de la manifestation à travers le discours du Maître général des postes et les réponses des visiteurs à ses conséquences potentielles.

Habitant du Massachussetts, l'exposition est une occasion pour lui d'écouter le discours aux philatélistes de David Steiner, de l'interroger directement sur Trump, et de se rendre compte des effets de ces annonces sur le public le plus investi du loisir.


Ainsi, Steiner a expliqué concernant le programme philatélique, ses équipes et lui n'écartent aucune possibilité afin de renouveler son contenu, son attractivité publique. Son objectif est que ce programme montre ce qui rassemble, est commun aux citoyens des États-Unis.

Il a constaté également que les restrictions du CSAC, institution établie en 1957, n'étaient pas inscrite dans une loi du Congrès, mais dans les régulations internes au CSAC et par coutume accepté par les dirigeants de l'USPS.

Seul, Patrick Donohoe contourna la règle de l'interdiction des personnes vivantes sur timbres, entre 2011 et 2018, en contournant complètement le CSAC pour quelques émissions dites commerciales par les collectionneurs : séries sur des films, séries télévisée ou dessins animés très récents, mais très populaires.

Ainsi, Bill Shein confirme qu'en 2011, l'objectif n'était absolument pas de mettre le président Obama sur un timbre, mais de pouvoir émettre une série sur l'univers de Harry Potter en achetant une licence pour utiliser les images des films. Le Maître des postes insistant alors que ce sont les personnages qui sont représentés et appréciés du public, encouragés à la lecture et à l'imagination, pas les acteurs eux-mêmes.

Devant le public, Steiner explique que des réalisations récentes comme une victoire olympique en sport d'équipe lors des Jeux olympiques d'hiver de cette année. Et que les photographies d'un des arrêts décisifs du gardien de but états-unien auraient pu faire un beau timbre-poste.


En aparté, le journaliste interroge le dirigeant de manière fort explicite : l'USPS envisage-t-elle l'émission d'un timbre à l'effigie de Donald Trump de son vivant, donc pendant son mandat.

I’d rather do Taylor Swift and Travis Kelce.

Voici la première phrase, avec humour, de sa réponse : la chanteuse connue dans le monde entier et son fiancé, joueur de football américain.

Avant de se montrer plus rassurant, il voulait annoncer publiquement que la représentation de personnes vivantes, de leurs réalisations rassemblant les citoyens, etc. est possible, même s'il affirme à Boston qu'aucun sujet n'a été discuté par les services de l'USPS.


Bill Shein a ensuite eu les journées suivantes pour constater l'effet de ces paroles sur les visiteurs, qui sont certes les philatélistes les plus impliqués puisqu'en compétition, visiteurs réguliers d'expositions, etc.

Il évoque deux conférences où l'évocation de la règle du CSAC et de la méfiance à la voir affectée a été sujet à de vives réactions, qui vont choquer ceux qui croient qu'on ne doit pas parler de ses opinions politiques quand on philatélise.

Lors de la présentation-encouragement au don de la production d'un documentaire sur la création des timbres-poste, il a été rappelé que cette règle visait à éviter les représentations du monarque des premières séries de timbres-poste, pour une République dont la Déclaration d'Indépendance rappelle qu'elle se rebelle contre le roi d'Angleterre [même si c'est bien le Premier Ministre et la Chambre des Communes qui décident depuis la Glorieuse Révolution].

Applaudissements nourris de l'auditoire.

No King.

Cela ferait-il écho aux manifestations ponctuelles, mais ayant établi le slogan « Pas de roi » depuis juin 2025 et la crainte que le président Trump et ses partisans sont sur le sujet de la dictature personnelle ? Slogan repris dans plusieurs pays quitte à remplacer le titre par dictateur ou tyran, notamment dans des pays dirigés par des personnalités ayant complimenté leur modèle d'outre-Atlantique ou d'outre-Pacifique.


Lors de sa présentation de la création des timbre-poste, c'est sa responsable, Lisa Bobb-Semple, directrice du Service des timbres de l'USPS, qui a dû assurer le service après-vente du discours de son chef.

Suite aux questions, elle n'a connaissance que la Maison Blanche ait demandé un timbre-poste à l'effigie de son locataire [à tendance destructice : jardin de fleurs transformés en terrasse minérale, destruction-reconstruction de l'Aile Est sans qu'on sache trop qui paye et qu'est-ce qui est vraiment construit en-dessous], puis si un criminel condamné pouvait être envisagé...

Elle a répondu qu'un criminel condamné ne rentrerait pas dans le standard, mais le journaliste a fait ses recherches, quelques grands Américains pour lesquels les réalisations dépassent leurs errements face à la loi dans la mémoire collective ou la destinée de leurs idées : le militant Malcolm X (vol et atteinte aux biens), le chanteur Lead Billy (meurtre), le boxeur Muhammad Ali pour désertion du service miitaire.

Aucun élu. D'où la règle de ne pas représenter une personnalité trois ans après sa mort (dix ans il y a encore quelques temps). L'objectif reste de timbrifier un politicien ou un autre citoyen en étant sûr que ses actions positives pour le pays dépassent grandement les errements potentiels à la loi, ou les opinions politiques que chacun juge à sa manière.

Ciblant les philatélistes habitués, le timbre sur timbre au bison américain, massacré pendant la colonisation de l'Ouest, lentement de retour sur ces terres. Mais, l'électorat visé par le président actuel encourage à bannir les protections des troupeaux de bison sur les pâturages du Montana (boutique web de l'USPS).

Découvrant ou faisant découvrir l'univers des émissions philatéliques, le journaliste a rencontré plusieurs personnalités de la philatélie organisée, associative, ayant ou pas participé au CSAC.

Il semble rassuré par la ligne politique de l'USPS. Les émissions de Boston 2026 liés à l'histoire de l'Indépendance reflètent la diversité des acteurs de celle-ci : hommes comme femmes, descendants de colons comme esclaves ou Indiens défendant leurs droits. Un timbre sur timbre sur la survie du bison, un produit pour collectionneur de classiques, survient la semaine où l'Administration Trump a signé des décrets révoquant des droits de pâturages à cette espèce dans plusieurs secteurs du Montana, pour complaire sûrement à l'électorat local [un peu comme le loup et le cerf en France].

Comme dit sur ce blog et quelques journalistes états-uniens, contrairement aux pièces de monnaies commémoratives de l'U.S. Mint, très histoire des Blancs anglo-saxons protestants (WASP) sur deux cent cinquante ans, l'USPS paraît vouloir représenter l'ensemble des histoires, personnalités, événements positifs de l'histoire du pays.

Le timbre que les participants d'une consultation de l'USPS ont souhaité voir réémis. L'USPS propose le thème sous forme d'un bloc de quatre timbres représentant l'animateur jeunesse avec plusieurs jouets-personnages de son émission (communiqué de presse de l'USPS ; magazine de l'USPS).

Enfin, quasiment tous les philatélistes interrogés sont hautement sceptiques de représenter des personnes vivantes sur les timbres de leur pays.

Particulièrement, Cheryl Ganz, qui a participé au CSAC, confirme que la question est revenu souvent en douze ans de mandat, mais que jamais la discussion n'a porté sur un politicien.

Le sujet semble dépasser les seuls collectionneurs : l'USPS a tenté cette année de proposer la réémission d'un timbre souhait par le public. Les votants ont choisi Fred Rogers, producteur et animateur d'une émission pour enfants qui a duré de 1968 à 2001.

Comme pour les affiches et autres recréations de Marianne et timbre gravé pour Philaposte, est-ce un effet générationnel : les philatélistes et curieux de la consultation ont-ils fixé leur attention sur leurs souvenirs d'enfance ? Y a-t-il un effet transgénérationnel ? Un souhait explicite de revoir sur timbres et bloc-souvenir une réalisation pacifique de la société ?


À titre personnel, je crains comme pour la monnaie, les passeports, le forçage actuel pour un billet de banque, les passes annuels des Parcs naturels, que si un trumpiste se penche sur la question philatélique pour faire plaisir au boss,... Steiner et ses équipes auront-ils le courage et même le choix de justifier un refus par les traditions ? L'arme financière pourrait-elle utiliser par les élus républicains trumpistes pour forcer l'USPS à un acte de dictature personnelle au risque de transformer la nature entière de l'entreprise postale et colis ?

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