vendredi 18 décembre 2015

Du pliage des lettres huguenotes au Musée de la communication de La Haye

Une actualité de la recherche historienne repérée par le journal quotidien français La Croix le jeudi douze novembre et le lundi quatorze décembre 2015, a donné lieu à un entretien dans l'émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture, ce vendredi dix-huit décembre (à partir de trente-trois minutes et vingt secondes sur le fichier audio). Elle devrait intéresser les historiens postaux, ceux qui s'intéressent à l'ensemble du système postal et de la lettre, et pas qu'à sa valeur vénale selon ses marques postales, son auteur ou son destinataire.
Le coffre en question et ses deux mille six cents lettres (© Signed, Sealed & Undelivered Team, 2015. Avec l'aimable autorisation du Museum voor Communicatie, La Haye).
Sur la radio publique français, Emmanuel Laurentin s'est entrenu une petite vingtaine de minutes avec l'historien néerlandais David Van der Linden de l'université de Groningen. Au sein de l'équipe Signed, Sealed & Undelivered, il s'est lancé dans l'étude d'une pièce très particulière du Musée de la communication de La Haye, aux Pays-Bas.

Ce coffre contenant environ deux mille six cents lettres datant de 1676 à 1707 a appartenu au maître de poste Simon Veillaume, dit de Brienne, huguenot français, émigré dans les Provinces-Unies où il exerce sa fonction à La Haye pour le courrier provenant de ou se dirigeant vers le royaume de France à une époque où une partie des protestants partent se réfugier à l'étranger. L'homme est important, il fut quelques années un proche de Guillaume d'Orange, futur roi d'Angleterre.

L'entretien permet de présenter les bases des systèmes postaux de l'époque : lettre pliée et cachetée, dont le parcours est principalement à la charge du destinataire, mais dans une ville sans numéro d'habitation, ni nom de rues, et encore moins annuaire.

Dans les archives retrouvées par Van der Linden, le coffre fut surnommé « la tirelire » car Van der Linden et ses successeurs eurent toujours l'espoit de les délivrer et être enfin payés : destinataires curieux finalement acceptant le port, héritiers,... Le plan ne fonctionna visiblement pas.

Le coffre au trésor prend alors trois directions aux yeux de l'équipe d'historiens néerlandais et britanniques (de l'Université Queen Mary de Londres).

Tout d'abord, un aspect technique lié à une comparaison avec l'archéologie : six cents de ces lettres n'ont jamais été décachetées. Faut-il les ouvrir, ainsi détruire l'objet postal non livré qu'elles constituent, pour connaître leur contenu ? Non grâce à un scanner à rayons X et un projet collaboratif qui sera proposé d'ici fin 2016, début 2017 aux amateurs de transcrire le texte des lettres scannées.

Car, deuxième approche, ces lettres passionnent David Van der Linden, spécialiste de l'histoire des huguenots français exilés aux Provinces-Unies après la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV, une des âmes noires de l'histoire de France (guerres, taxes, guerres, Versailles, guerres), en 1685. En effet, avec deux mille six cents lettres conservées par le hasard provoqué de la rencontre entre le système postal moderne et saurons-nous-un-jour-quelle-idée de Simon de Brienne, l'historien va pouvoir étudier comment toutes les classes sociales ont vécu le départ de leur famille, époux, épouse, fils ou fille vers le plat pays protestant alors que d'habitude, les lettres connues le sont dans des archives familiales ou d'État, généralement dans les couches élevées de la société. Les premières lettres étudiées montrent un exil vers le refuge aussi difficile que celui que vivent actuellement les Syriens fuyant leur pays.

Si le contenu passionne autant l'historien, pourquoi ne pas les décacheter ? Car des historiens britanniques et néerlandais s'intéressent désormais au letter locking : comment l'expéditeur verrouille sa lettre en pliant la feuille d'une façon totalement personnelle malgré une apparence finale fort commune. Une véritable signature abstraite qui devait garantir l'identité de l'expéditeur au destinataire... surtout si dans l'exil chaque pièce nécessaire à la délivrance du courrier signifiait le peu de confort des destinataires.

Quand l'historien-chercheur se fait aussi fétichiste que le collectionneur d'histoire postale :p

De la manière simple dont David Van der Linden parle du système postal de jadis, j'espère que la prochaine émission sur courrier, timbre et philatélie de Franck Ferrand pour Europe 1 ne réitèrera pas une réchauffée de l'invention de la poste aux chevaux en France...

Complément du samedi dix-huit mars 2017 :
Les relations entre les réformés français et le roi Louis XIV ont été l'objet de l'émission Concordance des temps sur France Culture ce samedi. L'historienne Naïma Ghermani est interrogée par Jean-Noël Jeanneney, dans le contexte des débats européens sur l'immigration et sur l'accueil des réfugiés syriens.

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