samedi 9 juillet 2016

Paris-Philex (6) : tout se collectionne

Ah ! La classe ouverte, la benjamine des classes compétitives, la petite préférée des expositions de la Fédération française des associations philatéliques pour relancer la passion vers de nouveaux groupes... Sûrement celle dont j'ai ouï les mots les plus durs au hasard des discussions aux comptoirs des marchands, faisant passer mon ironie pour une infusion du soir sucrée au miel.
Ah ! Le pain moisi de Philippe Nadeau... dont les oreilles doivent siffler depuis des mois d'expositions... Les légendes montrent pourtant de la recherche postale et fromagère pour une classe ouverte mycologique ; grand argent (collection Philippe Nadeau, Paris-Philex, mai 2016).
Dans la centaine de collections exposées à Paris-Philex, j'ai très peu accroché par goût spontané (oui, je sais, j'ai tort...) à certaines classes. Les thématiques où le sujet encyclopédique paraît en apparence plus important que l'intérêt philatélique et postal des pièces exposées : thématique donc, cartes postales, polaire, errinophilie et classe ouverte.

Bien entendu, étant français : « L'exception qui confirme la règle » s'applique.

En classe ouverte, c'est à qui aura l'objet collectionnable qui marquera le plus les juges et les visiteurs. Philippe Nadeau et champignons sur pain fermenté pour illustrer la découverte du roquefort a - très négativement - marqué l'esprit de nombreux « philatélistes sérieux » outrés, à côté desquels le Capitaine Haddock a le vocabulaire (collectionné par Albert Algoud) d'un enfant de chœur.
Non, ce n'est pas un panneau entier de la collection de M. Nadeau réalisé à partir de lait cru empli de champignons : c'est du Jean Dubuffet de 1946 exposé au Centre Pompidou. Ingrédients : huile, gravier, sable, filasse... à vomir ? (Jean Dubuffet, Michel Tapié soleil, 1946 ; Centre Pompidou, Paris).
Oui, la légende ci-dessus indique que j'ai bien fait le lien entre classe ouverte et art contemporain, même si des écoliers et collégiens qui animaient les couloirs de l'exposition permanente du Centre Pompidou, pendant la Nuit des musées, le samedi de Paris-Philex, rendaient accessibles des œuvres contemporaines.

Voilà un moyen de faire revenir des scolaires dans les salons philatéliques parisiens ? Pour animer les travées des collections de classe ouverte après qu'ils les aient étudiées en classe ? Je pense qu'ils adoreraient découvrir la philatélie ainsi et ça stopperait sûrement les visiteurs devant ses collections au-delà des réactions épidermiques du classique contre le moderne.

Retour à une collection plus acceptée comme telle.
L'Appel du dix-huit juin 1940 sur affiche de résistance et sur disque trente-trois tours (collection Yves Lehmann, Paris-Philex 2016).
Yves Lehmann rappelait, dans Charles de Gaulle, premier Résistant de France - oh le titre polémique en historiographie... - qu'il est des collections qui semblent mourir à petit feu avant de flamber de nouveau tel le phénix : les disques vinyle que tous croyaient disparu avec les disques numériques (cd, dvd, bluray, etc.) : le besoin de jouer sur le déroulement du disque à la main des disc jockeys de la musique électronique, l'envie de posséder un objet qui ne sera jamais technologiquement obsolète (pourra-t-on encore lire cd et dvd quand les abonnements par internet seront monnaie courante - aux sens figuré et propre de l'expression ?).

Forcément, on comprend aisément pourquoi les nouvelles classes compétitives ont adopté le format A3 pour mettre en valeur ces objets. Grand vermeil pour l'ensemble de la collection de M. Lehmann.

J'ai oublié de photographier la grande plaque que Daniel Hermann a placé dans L'Olympisme, la bataille perpétuelle des rénovateurs, mais j'ai pu voir le juge expliquer son évaluation au compétiteur : déjà que cette collection avait une problématique dépassant les Jeux olympiques au sens strict, la plaque et son emplacement ont montré l'esprit d'initiative de M. Hermann, vermeil, qui présentait trois collections sur l'olympisme.

Revenons à la faune qui nous entoure.
Oui, c'est comme le pain moisi, mais avouez que nombreux nous sommes à quêter les traces que laissent les animaux dans la nature... Trace au sens historien du terme : tout ce que laisse l'animal (collection Danielle Jonquet, Paris-Philex 2016).
Retour aux collections où le thème étudié paraît dépasser l'aspect philatélique : le Plaidoyer de l'éléphant par Danielle Jonquet. Contrairement aux Étranges et mystérieux champignons de Philippe Nadeau, je n'ai pas entendu de commentaires ciblants les éléments collectionnables de l'éléphant : poil et morceau de peau de sa queue (Aucun animal ne fut blessé dans la réalisation de cette collection)... et des excréments.

...

Non, tous les anti-classe ouverte se sont focalisés sur le pain moisi.

Si, comme pour la collection de M. Nadeau, on prend la peine de lire les légendes entourant les déjections séchées et sous plastique, on apprendre des choses intéressantes : un des buts des collections thématiques.

J'applaudis donc Mme Jonquet, grand vermeil, mais l'implore de ne plus montrer cette collection à proximité d'officiels de Phil@poste. À cause d'elle, avec Joëlle Almafitano comme juge classe ouverte, ne risquons-nous pas une série annuelle de timbres technologiques : Les Animaux comme ils sentent ?, voire - et j'espère que M. Nadeau s'en rend bien compte - des timbres à fermenter pour humer des effluves de fromages français après quelques jours en milieu chaud et humide.

Je délire ? Nous parlons de Gil@poste là, tout peut arriver.

Retour aux humains... si ce mot peut s'appliquer aux nazis.
Carte allemande de propagande anti -britannique utilisée en 1943 à Cracovie, alors dans le Gouvernement-général de Pologne (collection Gérard Calvi, Paris-Philex 2016).
Une preuve que, malgré mes a priori, je me suis intéressé aux collections thématiques, cartophiles et errinophiles : cette carte postale présentée par Gérard Calvi dans une chronologie de la Seconde Guerre mondiale, médaillé grand argent.

À l'emplacement du timbre est imprimé une caricature du Premier ministre britannique Winston Churchill, un bateau de guerre détruit sur la tête, avec le mention « Wert keinen Pfennig », ne valant aucun centime. Elle fut envoyée pour la Suisse le vingt-six septembre 1943 à Cracovie, en Pologne occupée.

Promis, je passerai plus de temps parmi ces collections la prochaine fois.

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