samedi 31 décembre 2016

Bénin et Cameroun, deux philatélies franco-sino-anglophones actuelles

Comment découvrir la philatélie actuelle des postes de pays ayant d'autres préoccupations quotidiennes que de suivre les goûts et désirs des collectionneurs d'Europe ?

Les sociétés philatéliques spécialisées et leurs membres semblent constituer une bonne partie de la réponse, mais pas toute.
Le cinq cents francs CFA permettait d'envoyer une lettre pour l'Europe jusqu'à dix grammes (base Colnect dont les membres n'ont pas encore proposé les versions surchargées).
Après accumulation de toutes les informations accessibles et d'une bonne quantité de courrier, Nicholas Pertwee a pu étudier la série des sept timbres au type Zin Kaka du Bénin (nom local du singe à ventre rouge) depuis leur émission en 2003 à leurs surcharges pour nécessité de service et de tarifs postaux en 2008.

Une « affaire de singe » sur laquelle il a rédigé un dossier en deux parties paru dans le journal de la France & Colonies Philatelic Society (UK) en septembre 2015 et mars 2016. Comment Adéchola Abathan, ou un metteur en page, ou l'imprimerie Cartor choisirent les couleurs des cadres et la taille des polices entre nécessité postale et information du public sur cette espèce menacée.

Et, ensuite, passions philatéliques traditionnelles connues : l'analyse - autant qu'elle est possible à partir des courriers et timbres trouvés - des usages postaux et des types de surcharges par variation de la police. Pour les oblitérations, retrouver les numéros de novembre et décembre 2015 de Gibbons Stamp Monthly.

Heureuse initiative d'en voir une version française en cinq pages abondamment illustrées dans le numéro de janvier 2017 de Timbres magazine.

Par contre, je ne sais que dire de l'initiative évangélique de SOON, association à vocation religieuse et éducative (notamment des journaux en plusieurs langues africaines, des cours d'anglais), dont l'activité a suscité suffisamment de lettres du Bénin vers l'Angleterre... pour permettre l'étude de Pertwee.
Lettre oblitérée du vingt juin 2016 du Cameroun vers la France, affranchie avec timbres imprimés par Phil@poste Boulazac (collection Éric Contesse, Blog timbré de ma philatélie, dimanche vingt-quatre juillet 2016, reproduite avec autorisation - merci).
À défaut de disposer d'un destinataire de courrier en masse, être sur place peut aider à voir et, parfois, comprendre comment la poste se débrouille avec son budget pour émettre selon les besoins de service et de commémoration nationale, gérer ses stocks tout en essayant de toucher les collectionneurs.

Et pour Cameroon Postal Services (CamPost, établie en 2004), la première moitié de la décennie 2010 ne fut pas facile à lire les « observations » de Marc Parren sur les nouvelles émissions de 2009 à 2015, publiées dans le numéro 98 de Cameo, la revue du West Africa Study Circle (index au format Excel en bas à gauche de cette page-ci). Les titres et l'ironie sont de moi, Parren ayant suivi un plan chronologique par émission après une introduction générale.

Ne pas oublier de payer l'imprimeur.
Après le non-paiement de l'émission sur la visite papale de 2009, Cartor refusa d'imprimer celle du cinquantenaire de l'indépendance l'année suivante... qui fut confiée à un imprimeur thaïlandais, la Thai British, qui fournit aussi six timbres différents et deux formes de vente inhabituelles au Cameroun : un carnet courant et un carnet de prestige (CamPost a-t-elle dû composer avec un forfait ? Ou a essayé de toucher les collectionneurs étrangers et les marchands de nouveautés ?).

Faire payer le sujet de l'émission alors, puis par les collectionneurs.
Pour se réconcilier avec Cartor, l'émission du premier vol de la Camair-Co fut financée par la compagnie aérienne elle-même et fut remboursée sur le prix du feuillet en forme d'avion et des enveloppes premier jour avec cachets du premier vol, tous vendus bien au-dessus de la faciale.

Confier son projet à un ami.
L'émission sur l'amitié avec la République populaire de Chine est la dernière affaire : à lire Marc Parren, le projet de CamPost passa sous le contrôle unilatéral de l'ambassade du Cameroun à Pékin avant, semble-t-il de finir dans celui de Pékin. Que dire alors puis la cérémonie premier jour eut lieu quand il plut à l'ambassade de Chine à Yaoundé ! D'autant plus facilement que c'est elle qui avait reçu les timbres...

Pour découvrir enfin que l'imprimeur officiel chinois au Henan a imprimé trois feuillets qui ne sont jamais parvenus au Cameroun...

Parren explique qu'aucun chiffre de tirage n'est connu car l'ambassade chinoise ne veut pas les fournir. Une histoire de « singes bienséants » donc.

Bref, faire simple.
Après ces péripéties, Cartor imprima trois émissions fort simples, une en 2011 sur la découverte du sida, deux en 2014 sur la modernisation des activités postales (projet E-Post de data center et le service express EMS).

Ce sont aussi les premières pour lesquelles CamPost n'a plus proposé d'enveloppes premier jour. Renoncement à atteindre le marché des collectionneurs internationaux, finalement bien coûteux à tout point de vue ?

Faire jouer la concurrence.
Comment le programme camerounais passa-t-il sous les presses de l'imprimerie de La Poste française, à Boulazac ?

En 2015, par le choix du nouveau directeur français de CamPost avec retirage immédiat du deux cents cinquante francs E-post, suivi de deux émissions - actuellement non déclarée sur le site du Système de numérotation de l'Association mondiale de promotion de la philatélie (WNS), pas connus des participants de Colnect.

La première, illustrée ci-dessus à partir de la lettre reçue par Éric Contesse qu'il a présentée en juillet 2016 sur son Blog timbré de ma philatélie, marque l'inauguration du monument des cinquantenaires (indépendance et réunification) à Buéa, dans l'ancien Cameroun du Sud sous mandat britannique... un an et demi après l'événement présidentiel du dix-huit février 2014. En effet, les deux timbres (un rectangulaire et un rond) sont disponibles depuis le douze novembre 2015.

La seconde est consacrée au port en eau profonde de Kribi, construit par une compagnie chinoise, et ne comprend qu'un seul timbre sur les deux prévus. Pour le nouveau directeur, inutile d'avoir deux timbres de même valeur faciale émis la même année.

Sur cette gestion au plus juste des émissions, de leurs tirages et des valeurs faciales, Parren rédige un paragraphe sur ce qu'il est possible de trouver dans les bureaux de poste depuis les deux métropoles de Douala et Yaoundé

Un risque politique ?
Un petit détail est à relever hors-philatélie depuis 2014, noté par les deux philatélistes : la disparition de la mention en anglais du nom du pays (Republic of Cameroon)... même pas sur l'émission consacrée à la réunification sur un événement et un monument qui concerne directement les Anglophones.

Un fait surprenant alors que, dans les années 2000, les entreprises publiques ont été nommées en anglais : Cameroon Postal Services (voir oblitération sur la lettre ci-dessus), Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co)... L'article de la Wikipédia en anglais signale que les Camerounais anglophones sont à la fois fort représentés dans la vie politique nationale, et qu'il y a un mouvement sécessionniste dans les deux provinces de l'ancien Cameroun du Sud...
La couverture de Timbres en guerre, issu de la recherche universitaire (Presses universitaires de Rennes, 2016).
Entre les coulisses de l'émission sino-camerounaise et cette disparition anglophone, il y a de quoi motiver des recherches dans la presse en ligne camerounaise et chinoise, ainsi que les archives postales et gouvernementales...

... sur le modèle des historiens Alain Croix et Didier Guyvarc'h sur les timbres liés aux deux Guerres mondiales (Timbres en guerre commandé, reçu, introduction (pdf dans l'onglet « Documents ») et premier chapitre déjà lus : intellectuellement passionnants en philatélie et en histoire comme en φl@télie (organisée) et en Ͱistoriographie.

Complément du dimanche dix-neuf février 2017 :
Les relations unilatérales entre la République populaire de Chine et les diverses postes du monde sont confirmées par un article d'Arslan Slemane, paru dans El Watan le dix-neuf janvier dernier : trois timbres hors-programme imposés, un bloc spéculé, aucune contre-partie d'une émission conjointe...

jeudi 29 décembre 2016

Disparition de Jean-Christope Victor

Hier, mercredi vingt-huit décembre, Jean-Christophe Victor est mort à un âge bien jeune pour un passeur de connaissances et un vulgarisateur des différents aspects de la géopolitique avec l'équipe de son émission de télévision Le Dessous des cartes.
Un planisphère à message politique à analyser, quelle autre illustration ? (Bibliothèque et Archives Canada).
Sur la chaîne franco-allemande Arte, tous les samedis, il y a décrit et expliqué les enjeux du monde à toutes les échelles cartographiques depuis un quart de siècle au grand public, tout en touchant les entreprises et les collectivités publiques par un laboratoire privé de recherche créé avec Virginie Raisson.

Sa biographie rappelle ses actions et son expérience en Afghanistan dans les années 1970 et 1980, diplomatique comme attaché culturel français et humanitaire comme membre fondateur d'Action contre la faim.

Deux aspects de sa vie qui permettent de rappeler qu'il est le fils de l'explorateur polaire Paul-Émile Victor et de la journaliste de télévision Éliane Victor.

Complément du dimanche vingt-et-un mai 2017 :
Lu dans le magazine Carto de mai-juin, la diffusion de numéros inédits du Dessous des cartes reprendra en septembre 2017.

lundi 26 décembre 2016

États-généraux U.S., actualités et publicités françaises variées de décembre

Vendredi seize décembre : quoi de neuf dans le Spink de France 2017 ?
Autant écouter un de ceux qui y ont participé : approfondissement des timbres d'usage courant des classiques et les Mariannes contemporaines à partir de celle de Cheffer, notamment pour les barres phosphorescentes et leurs variétés.
La couverture de la seconde édition du Catalogue de timbres de France de l'éditeur Spink - et la énième de zombie Maury (pour commander : Spink Books, Timbro.fr, Philatelix, plusieurs marchands disposant d'un site web marchand, etc.).
Voir le site d'Yvert pour les nouveautés de son édition. L'émulation par la concurrence... La vie du marché donc.

Mardi vingt décembre : trois nouveaux articles didactiques de Jean-François Brun.
L'expert français poursuit la publication d'articles, avertissements de prudence autant que petites leçons sur les travers du marché φl@télique : depuis des lettres de ballons montés pour Arces créés de toute pièce jusqu'au plus grand danger des producteurs de fausses oblitérations pour quelques euros de cote de plus.

Davantage recherche en histoire de la philatélie, Jean-François Brun présente le fruit de recherche dans les journaux philatéliques et des cartes postales au contenu lié pour démontrer que, dès les années 1890, la famille de Jean Sperati a œuvré dans l'imitation philatélique depuis l'Italie avant d'écumer la France.

Depuis le Friday 28 October : états généraux de la philatélie organisée aux États-Unis.
Ce doit être cyclique, par décennie ou génération : les philatélies organisées s'interrogent sur l'avenir du loisirs et sur le rôle de chacun de leurs membres dans cette évolution.

En France... Pardon : en Φr@nce, où il y eut récemment des états généraux de la philatélie, La Poste est le mécène de la φl@télie, avec ses avantages (ADPhile en grande forme, lancement des hors-séries de Timbres magazine,...

... et ses contraintes : l'argent ne poussant pas sur les arbres, il faut bien vendre quelque chose pour que φl@poste, le bras armé du chéquier du mécénat postal, en redistribue. Donc, multiplication des pains dentelés, feuillets épuisés spéculables par marchands, souvenirs divers et chèrement prépersonnalisés.

Merci aux collectionneurs anglophones d'aider les collectionneurs français de nouveautés et de premier jour à financer la φl@télie φr@nçaise. Dig deep for the miners! :)


Outre-Atlantique, l'exercice d'introspection collective a généralement lieu quand l'American Philatelic Society a elle-même des capitaux à employer à de nouvelles solutions : quelques économies (une fois financé tout le reste, dont une magnifique bibliothèque inaugurée fin octobre) et une subvention versée à partir des revenus de la dernière exposition internationale.

Pour les deux premiers mois de réflexion, l'APS et ses alliés (les mêmes qu'en France, mais sans la poste états-unienne pour le moment) ont diffusé en direct sur Facebook la première réunion entre dirigeant en coulisses de l'inauguration de la bibliothèque, le vendredi vingt-huit octobre. Quelle transparence... Pourquoi un souvenir du forum figé des états généraux français me revient à l'esprit ?

En décembre, un sondage en ligne a été grand ouvert, centré sur les visites aux salons locaux, nationaux et internationaux des membres de l'APS et des non-membres. Parmi les interrogations remises sur le métier, il y a la dialectique du salon et de l'internet pour conforter les philatélistes existants et en attirer de nouveaux. Faut-il jumeler les salons avec les associations numismatiques, par exemple ? Comment maintenir l'intérêt des marchands pour les salons quant ils commercent aussi par le web ?

Le vingt décembre, première réunion d'une sorte de conseil d'administration d'ADPhile états-unienne : le Council on Postal Collectors dans lequel les partenaires (collectionneurs, marchands, musées) vont réfléchir et organiser pratiquement les solutions choisies.

Sur certains forums de discussion anglophones, certains grincent des dents par le souvenir de l'échec relatif de l'ancêtre qui, côté jeunesse, n'avaient pas réussi à faire adhérer des jeunes malgré quelques dizaines de milliers de dollars de promotion et de kits. Rien de secret : l'annonce du COP sur le site de l'APS comprend le bilan du précédent COPO (attention : fichier pdf).

À suivre...

samedi 24 décembre 2016

Lego postaux

Deux petits faits ont motivé l'écriture de cet article de Noël, thématique jouets.

Le dix-neuf novembre dernier, le journaliste Pierre Jullien publiait les actions de l'année scolaire en cours de Florence Fraboulet, la directrice de l'Association de développement de la philatélie (ADPhile) avec pour titre une de ses phrases marquantes : « Faire vivre le timbre dans un monde qui ne le voit plus ».
Le premier bureau de poste en Lego, vendu en 1982 (plan de montage du modèle 6362 via Brickipedia).
Qui fit écho avec une prise de conscience pendant l'été précédent. Alors que je retentai un 100% dans le jeu vidéo Lego City Undercover* sur WiiU (en finir l'histoire, trouver tous les bonus, bons-points et actions primées), je cherchai les références au service postal : un peu vainement : certes, un postier à l'uniforme rouge est à retrouver, trois boîtes aux lettres à repeindre, mais le bureau de poste est un bâtiment sans porte, quasiment anonyme s'il n'était pas nommé tel pendant une course-poursuite...

Je me tournai alors vers une encyclopédie amateure des modèles Lego mis en vente depuis l'origine : la Brickipedia qui dispose d'une page sur les services postaux. Le constat est triste si on espère que l'enfant se familiarise avec la poste et les timbres avec Lego.
Le premier modèle Lego postal auquel l'auteur de ce blog a joué - avec le bureau aux murs bleus de 1985 (plan de montage du modèle 6622 via Brickipedia)
La décennie-phare fut les années 1980 avec les quatre premières boîtes et la présence de boîtes aux lettres dans plusieurs modèles urbains. Deux bureaux successifs en 1982 et 1985, accompagnés d'un facteur en camion en 1982 et d'un autre en side-car en 1985.

Et le fabricant danois de respecter les traditions de l'Union postale universelle avec des lettres affranchies d'un timbre rouge du courrier intérieur prioritaire.

Tout ce qu'il faut pour reproduire les actions quotidiennes des adultes au bureau de poste ou le parcours matinal du facteur.

Puis, un grand vide jusqu'à un facteur à vélo en 1998 (6420)... Il faut attendre deux moyens de transport postal (ou colis ?) en 2008 : la voiture postale modernisée (7731) et l'avion (7732) alors que le remaniement du commissariat et de la caserne des pompiers sont réguliers et continus...

En 2008, le Legoïste a le choix entre entre ces deux modèles postaux ou leurs concurrents du colis : grand avion-cargo et le semi-remorque... Même les briques rappellent l'évolution en cours.
Un postier chez les Niinjas (figurine extraite du modèle 70751 via Wiki Lego).
Y a-t-il un espoir que Lego introduise la poste et la lettre timbrée aux enfants en 2018 ?

Un espoir mince reste : depuis 2012, un des personnages du dessin animé Ninjago est un postier. La série est diffusée sur France 4 et met en action les héros de la série de modèles en plastique du même nom.

Ce postier a eu droit à sa figurine en 2015 avec le temple de l'Airjitzu (boîte 70751), mais pas encore sa camionnette.

Joyeux Noël !



* Avertissement aux parents et grands-parents : dans le contexte des attentats de Nice en juillet et de Berlin dernièrement, une méthode pour accumuler des briques de construction dans Lego City Undercover paraîtra particulièrement violente. Au moins, les si décriés épisodes de Grand Theft Auto (GTA, incarner un criminel) imposent au joueur d'échapper - difficilement survivre, diront les habitués - à une intervention coriace des forces de l'ordre. Quant le ridicule policier est une des ficelles du jeu de briques. Dure est la pratique du politiquement correct.

GTA, un autre exemple de l'évolution postale dans une Californie caricaturée : si le joueur-chauffard peut heurter de solides et vaillantes boîtes postales bleus sur les trottoirs dans GTA San Andreas en 2004, il se contentera de voler les bruns camions de livraison express dans GTA V en 2013.

vendredi 23 décembre 2016

Infusion de menthe au thé ou timbres de Gibraltar au Maroc

Collision entre l'historien global Christian Grataloup dans le bimestriel français Carto n°38 de novembre-décembre et le deuxième article de Richard Garcia sur les timbres classique de Gibraltar dans le mensuel britannique Gibbons Stamp Monthly daté novembre 2016.
Veüe du d'Estroit de Gibraltar, et des Environs, avec les tranchées du Siège mis en 1704 (conservé par la Bibliothèque nationale de France et disponible sur Gallica).
Le premier, un géographe, appartient à ce groupe d'historiens et de géographes qui relit l'histoire du monde en revoyant les points de vue disponibles, notamment en relativisant l'européen et l'occidental pour rappeler qu'il existe d'autres peuples et cultures, même si l'impérialisme colonial a rendu leur étude difficile et discrète en librairie.

Grataloup s'est ainsi interrogé sur l'invention du découpage continental hautement culturel et plein de préjugés ; on peut renvoyer à Serge Gruzinski qui a conté les grandes explorations espagnoles des quinzième et seizième siècles à partir des points de vue des peuples rencontrés, Mexicains et Chinois dans L'Aigle et le Dragon, mais aussi l'adaptation des colonisés dans les premières décennies de cet empire espagnol global dans Les Quatre Parties du monde.

D'excellents cadeaux de Noël pour l'instruction et la réflexion sur le monde.

Dans « la chronique du géohistorien » qui commente un document cartographique historique (Carto propose régulièrement des analyses de batailles pour les amateurs), Grataloup explique comment le thé à la menthe est devenu la boisson immémoriale des Marocains... depuis un siècle et demi.

Ou plutôt comment l'infusion de menthe sucrée à la canne s'est retrouvée parfumée au thé anglais au milieu du dix-neuvième siècle, autre moment de la globalisation : nous sommes en 1853, que faire des cargaisons de thé au moment où l'abondante clientèle russe est rendue inaccessible par la guerre de Crimée ?

Gibraltar, les dirigeants britanniques début dix-huitième siècle, pouvaient-ils imaginer toutes les conséquences politiques, économiques et culturelles de la prise définitive de cette presqu'île ?
La presqu'île de tous les possibles ? Grossissement du dessin aquarellé précédent, permis par l'outil Gallica de la Bibliothèque nationale de France (utilisation non commerciale).
Ainsi, la guerre de Crimée accéléra brutalement la consommation de thé dans la menthe au Maroc, généralisation d'une habitude prise à la cour royale grâce aux cadeaux européens depuis un siècle.

Et ce n'est pas la seule chose que la localisation de la colonie britannique permit d'envoyer au Maroc.

Dans Gibbons Stamp Monthly, Richard Garcia raconte comment les bureaux de poste britanniques dans le royaume chérifien employèrent les timbres de Gibraltar de l'ouverture de huit nouveaux bureaux en 1886 - au moment où la poste coloniale devint autonome - jusqu'à l'introduction des timbres surchargés du Royaume-Uni à partir de 1907.

Cependant, la surcharge des timbres de Gibraltar ne commence qu'en 1898, quatre années après la première demande de la maîtresse des postes, Margaret Creswell, qui voulait établir les comptes du service postal avec le Maroc.
Moins goûtu que le thé dans de la menthe, un timbre de Gibraltar réservé aux agences postales au Maroc (scan de Stan Shebs, mis à disposition sur Commons, la base documentaire de Wikimedia).
Elle obtint gain de cause quand l'inflation en Espagne obligea d'imposer la livre sterling à Gibraltar le premier octobre 1898. Les timbres pour le Maroc restèrent libellés en divisions monétaires espagnoles, plus aisément disponibles que le sterling. mais surchargés pour ne servir que de l'autre côté du détroit et éviter la délocalisation des envois par les Gibraltariens.

Garcia continue avec le scandale du filigrane sous Edward VII en 1905 : l'imprimeur prépara des feuilles de timbres pour le Maroc avec du papier de filigranes différents. Quand cela fut découvert, les marchands de timbres britanniques ordonnèrent d'être fournis par le bureau de Gibraltar, ce qu'interdit le ministère des Colonies : le maître des postes devait mélanger les feuilles reçues et répondre aux commandes sans se soucier de ce détail.

Belle époque où le fonctionnement des bureaux passait avant les nécessités du négoce de timbres neufs.

Pendant que les Marocains commençaient à croire que le thé à la menthe avait toujours été leur boisson chaude, le premier janvier 1907, le bureau de poste de Gibraltar rendit la responsabilité des bureaux au Maroc au Great Post Office de Londres.

Comme pour la surprenante histoire du thé par Grataloup, Richard Garcia signale son admiration pour Miss Margaret Creswell dont l'efficacité permit à un petit bureau colonial de gérer la vitrine postale britannique au Maroc malgré la concurrence de l'Espagne, de la France, puis de l'Allemagne.

Une postière à connaître.

...

God! Déjà dix heures, l'heure de mon thé matinal au miel !


Compléments d'histoire globale du samedi vingt-huit octobre 2017 :
Couverture du livre à partir d'une publicité du Cacao Poulain de Leonetto Cappiello de 1911 (site de l'éditeur Armand Colin).
L'histoire de la menthe au thé est, en fait, un avant-goût du nouveau livre de vulgarisation de l'histoire globale : Le Monde dans nos tasses. Trois siècles de petit déjeuner par Christian Grataloup, publié par Armand Colin en mai 2017. Une version allégée sans la carte du douzième épisode/chapitre.

jeudi 22 décembre 2016

Des actuels timbres fiscaux du Cameroun

Il n'y a pas qu'en France que les gouvernements successifs et à venir recherchent des revenus, celui du Cameroun a joué avec la fiscalité des formalités administratifs, donc sur la valeur des timbres fiscaux nécessaires. Après l'augmentation du timbre pour les passeports fin 2015...
L'actuel timbre communal (et bilingue) de deux cents francs CFA (Semac) (via Cameroon-Info.net).
Fin novembre, lors du débat sur la loi de finances 2017, une petite liste de création ou d'augmentation de taxes étaient encore en discussion : loueurs de logements meublés soumis aux impôts sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée, taxe de séjour touristique, sur les boissons vendus en emballage non recyclable (la vente d'alcool en sachets est ainsi interdite en Côte d'Ivoire).

La journaliste Géraldine Ivaha de Cameroon-Infos.net explique que le gouvernement veut consolider la régularité de ses revenus et profiter de la croissance à venir pour financer l'attractivité du pays, dans le contexte de l'entrée en vigueur de l'Accord de partenariat économique signé avec l'Union européenne - Tiens ! Un accord de libre-échange que l'UE parvient à conclure...

Par contre, Sandrine Gaigne pour Le Quotidien de l'économie, repris sur Camer.be, est allé interroger des Camerounais sur la conséquence du triplement du timbre fiscal pour les documents administratifs au format A4 (de deux cents à six cents francs) et le plus que doublement au-delà (de quatre cents à mille francs).

Pour les économistes et fiscalistes, même si ce budget philatélique représente bien peu, il permettra d'asseoir les budgets des communes en pleine décentralisation.

Pour les jeunes, c'est une plaie : le timbre est nécessaire pour les actes de naissance, les inscriptions aux examens scolaires et aux concours publics. Ainsi, un timbre pour l'inscription au concours, mais aussi pour l'acte de naissance, la preuve de ci, de ça...

Vu la différence entre le coût de l'administration et les revenus locaux, est-il étonnant qu'il existe des trafics récurrents de faux timbres fiscaux ? Derniers épisodes dans le Nord du pays en octobre et un stock en provenance du Brésil avec comme avertissement aux acheteurs de ces faux que les inscriptions aux concours administratifs seront rejetées si elles les portent.

mercredi 21 décembre 2016

La poste par le manque en Géorgie du Sud

Dans les deux derniers numéros de Gibbons Stamp Monthly datés novembre et décembre 2016, Hugh Osborne a proposé l'histoire postale de Géorgie du Sud à partir de toutes les pénuries vécues par les postiers du bureau de Grytviken - dont la boîte aux lettres restaurée fut inaugurée en janvier dernier par la Princesse Anne.

Isolé dans une minuscule station baleinière, entourée par la montagne et ses neiges d'une île subantarctique britannique, à plusieurs jours de navigation des îles Falklands et à des semaines de Londres, les postiers de Grytviken ont appris à se débrouiller.

Accompagné de courriers-exemples, le récit de Hugh Osborne permet d'envisager simplement les complexités de l'histoire postale de Géorgie du Sud.

Chronologiquement, il manqua tout d'abord d'un bureau de poste (!) pendant les cinq premières années après l'arrivée en 1904 de l'expédition baleinière du Norvégien Carl Anton Larsen. Les quelques courriers norvégiens présentés furent envoyés à Buenos Aires pour y trouver le premier bateau se rendant vers la Géorgie du Sud.

En décembre 1909, John Innes Wilson ouvre un bureau de poste et d'administration britannique avec un paquet de timbres qu'il avait lui-même achetés, mais sans cachet d'oblitération au nom du territoire, une des règles de l'Union postale universelle. Chaque oblitération avec un cachet des Falkland fut donc accompagnée d'une marque en ligne SOUTH GEORGIA. Cela dura jusqu'à l'arrivée depuis Londres d'un timbre à date circulaire conforme en juin 1910.

Puis, la pénurie de timbres survint pendant un congé de Wilson et son remplacement par Edward Binnie d'août 1911 à février 1912 : le premier ne voulut pas augmenter son stock de timbres, le second ne vit pas l'intérêt d'en acquérir pour six mois. Jusqu'à ce qu'arrive l'expédition allemande du Docteur Wilhem Fichner sur le Deutschland... qui engloutit le stock restant et une commande d'urgence. Le bricolage fut un tampon Paid             at             / South Georgia avec ajout à la plume du numéraire remis et les initiales du maître des postes (EBB, puis JIW).

Les autres pénuries de petites valeurs se répétèrent en mars 1923, février 1928 et octobre 1930. Les solutions furent le découpage de timbres restants en 1923 et 1930, mais les autorités à Stanley, dans les Falkland, autorisèrent la surcharge locale des timbres de deux pence pour en faire des timbres de deux pence et demi, nécessaires pour l'envoi des lettres des marins norvégiens.

En décembre, la série se poursuit avec le manque de millésime dans l'oblitération ! Une sorte de bug de l'an 2000 en 1932 : par économie, le postier utilisait les numéros de jour pour les années. Ce qui fonctionna sans souci jusqu'en 32 : en janvier, un simple 2 isolé fit office de millésime, avant qu'un 3 parvint à être fixé à ses côtés.

Le reste de l'article de décembre rentre dans les régulières pénuries d'étiquettes de recommandation, compensées par l'emploi surchargé manuscrit de celles de New Island, aux îles Falkland en 1920, puis celles de Stanley surchargé au tampon en 1929 avant de les dessiner à la main en 1930.

dimanche 18 décembre 2016

Sous les marronniers, SPM 1ère va de salon en expositions

La chaîne publique Saint-Pierre-et-Miquelon 1ère continue à suivre quasiment en direct l'actualité des philatélistes de la collectivité d'outre-mer française. Revue d'extraits pour l'automne 2016 : les reportages sont regardables sur les pages web de SPM 1ère liées dans les paragraphes ci-dessous.

Samedi cinq novembre, c'est la présence de la poste de l'archipel qui motive la caméra de la 1ère à se rendre au Salon d'automne à Paris. En une minute quarante-six, promotion des timbres locaux, promotion de la taille-douce par la conseillère artistique Raphaële Goineau (sujet d'un reportage en août), promotion du carnet de voyage sur la gendarmerie. Efficace.

Lundi quinze novembre, dans Brume de Capelans, le philatéliste Jean-Jacques Tillard revient sur l'année 2016 du Club de Saint-Pierre, de sa présence comme nation américaine à New York à son quatre-vingt-quinze points pour la première présentation internationale à Philataipei de sa collection sur le type Groupe.

Marronniers de Noël le dimanche onze décembre avec un petit tour du côté de l'arrivée des colis au bureau de Saint-Pierre, alors que quelques personnels malades affectent autant le service que les expéditeurs n'indiquant pas le numéro de boîte des destinataires îliens.

Pour ceux qui souhaitent profiter d'une trêve des confiseurs sans philatélie : l'actualité locale comprend également les problèmes de la patinoire qui ne gèle pas, un atelier de rigologie, la mise en ligne d'archives sur les poilus du territoire par le musée de l'Arche et les célébrations du bicentenaire du retour des Français à Saint-Pierre et Miquelon en 1816.

samedi 17 décembre 2016

De la postière aux chatouilleuses, l'histoire de Mayotte sur France Ô

Dans la série Histoire d'Outre-mer, la chaîne publique France Ô a diffusé dimanche dernier, le onze décembre 2016, un documentaire sur Mayotte la française ? racontant comment le dernier des départements français vit son appartenance à la République. La départementalisation a créé des contraintes depuis le début du processus dans les années 1990.

La deuxième partie rappelle comment le petit archipel est devenu français en 1841, puis pourquoi une majorité de sa population a décidé de le rester en 1974 (épisode des chatouilleuses) au contraire du reste de l'archipel des Comores.
Kalathoumi Bacar la factrice arpente les routes et ruelles de Chiconi depuis trente-cinq ans. Elle sert d'introduction aux les spécificités du dernier département français (Zed).
La première et la troisième parties développent les problèmes dans le passage du droit coutumier au droit commun français : un état-civil avec nom de famille fixe d'une part (malgré un fastidieux travail depuis 2000 - fastidieux pour la commission originelle, les actuels officiers d'état-civil et, surtout, les individus devant changer d'identité).

L'établissement du cadastre d'autre part où la justice française peut de plus en plus entrer en opposition avec les coutumes des droits d'usage des terres. Quand la tradition voulait que les cadis, les juges coraniquse, aident à résoudre les conflits et tenir des actes de cadastre. Ces archives cadiales sont partagées entre les cadis et les archives départementales, faute de valider leur usage.

Est-il possible d'appliquer la loi française ? Concernant les taxes foncières, difficilement puisqu'il n'est pas toujours possible de déterminer avec certitude paperassière qui est le propriétaire des terrains. Quand l'État ne triche pas quand ça l'arrange...

Alors faut-il accepter de s'adapter aux circonstances locales et, progressivement, aboutir au droit commun, avec une meilleure volonté de l'État parisien et de la pédagogie réciproque ?

C'est l'introduction qui le suggère avec la tournée d'une factrice qui exerce depuis trente-cinq ans. Portant un foulard jaune sous son casque et arpentant en quad la commune de Chiconi, elle prend le temps de vérifier l'identité des habitants (malgré l'état-civil défaillant donc), de leur rappeler que certains disposent de noms de rues qu'ils peuvent faire connaître à leurs correspondants, etc.

Malgré tout, elle sait qu'elle rentrera au bureau avec une partie du courrier faute de destination ou de destinataire identifiables. Mais s'amuse de l'idée qu'un facteur métropolitain ne parviendrait pas à délivrer une seule lettre...
« Plus de moutons sur le terrain de foot / C'est la fourrière qui les a emmenés / Même pour eux il n'y a plus de liberté ». Le chanteur Lathéral annonçait en 2007 une des conséquences de la départementalisation avec la nécessité de « ranger » les zébus, que les restaurants de rue devraient faire avec la commission de sécurité, etc. (capture d'écran à partir de youTube).

Pour synthétiser tout cela, le film écrit par Séline Soula et Romain Fleury (pour Zed) se clôt en musique avec la chanson-avertissement de 2007 de Lathéral« Département », sur ce qu'il faut accepter à Mayotte si ses habitants veulent la départementalisation.

Une annonce du documentaire a été publiée par le quotidien Le Monde, le samedi dix décembre. Le documentaire lui-même est disponible à la demande sur le site de France Ô une semaine jusqu'au dimanche dix-huit au soir.

mardi 13 décembre 2016

La démonétisation indienne : des billets ou une appli ?

Un peu plus d'un mois après la démonétisation abrupte des billets de cinq cents et mille roupies en Inde, le pays vit entre manque de numéraires et nécessité d'user de cartes bancaires et d'applications de paiement.

La banque centrale affirme imprimée les nouvelles petites coupures à toute vitesse sans pause tandis que le gouvernement multiplie les ristournes pour les paiements dématérialisés reçues par les entreprises publiques.

Toujours avec le suivi en direct de The Times of India (semaines 234 et 5 par les liens).

Lundi douze décembre : pas de banque ouverte, mais un Times of India qui furète.
Fête religieuse musulmane oblige, les banques indiennes sont fermées ce lundi, donc pas d'images de files d'attente pour tenter de retirer quelques billets.

Le Times of India a donc le temps - entre deux saisies de vieux et nouveaux stocks de billets par la police - d'aller vérifier la proportion de donations en espèces et anonymes ont reçu les principaux partis politiques présents au Parlement... C'est pas joli-joli. Plus de la moitié des dons reçus sont en espèces et anonymes, ce qui n'empêche pas certains partis de demander à bénéficier de l'exemption fiscale et de faire appel de toute sanction.

Mardi treize décembre : triste jour pour l'environnement.
En effet, début de la ristourne aux pompes à essence de la compagnie pétrolière publique à ceux qui paieront sans monnaie matérielle. 0,75% du prix payé leur sera reversé dans les trois jours. Heureusement les billets et les services ferroviaires réservés en ligne sont également concernés.

Après un long week-end, les journalistes indiens pètent la forme.

Inévitable pour des opérations d'échange d'une telle importance : le gouverneur de la Reserve Bank of India signale que le Bureau central d'investigation (CBI), les banques et la poste indienne ont déjà lancé des enquêtes sur des employés pour avoir procédé à des échanges de billets démonétisés bien au-delà des limites légales. Le gouverneur demande donc aux banques de conserver les enregistrements de vidéo-surveillance et comptables de leurs agences et de leur coffre.

Le dernier fait divers est l'aide de quatre cadres bancaires pour aider un propriétaire de casino dans le Karnataka, dans le sud-ouest du pays.

Dans les campagnes, l'emploi journalier a été en forte baisse d'octobre à novembre 2016 dans le cadre du droit au travail rural de la loi de 2005, malgré la saison des semences d'hiver. N'est resté aux travailleurs que des travaux temporaires et mal payés, qui se sont ajoutés aux problèmes d'accès aux billets de banque (file d'attente, refus des employeurs de payer de suite, etc.). La situation du fond baptisé Mahatma Gandhi paraît aussi dépendre des régions, selon les fonds délivrés par le gouvernement fédéral.

Côté bilan macro-économique, la démonétisation et le manque de liquidités qu'elle engendre soufflent le chaud et le froid. L'inflation est quelques dixièmes moins forte que prévues en novembre car les ménages ont réduit leur consommation par manque de billets, mais la banque centrale se méfie d'une forte reprise au printemps car les semences d'hiver ont subi le problème de plein fouet : des agriculteurs ne pouvant acheter semences et matériel nécessaires avec des billets ayant perdu toute valeur...

En conclusion, en un mardi où quasiment tous les partis d'opposition ont répété leurs arguments anti-Premier Ministre, chaque élection régionale va dépendre de l'importance des conséquences de la démonétisation.

Mercredi quatorze décembre : palmarès policier et fiscal.
Aujourd'hui, le direct du Times of India est rempli de saisies de bijoux, lingots d'or et anciens comme nouveaux billets en quantités suspectes, tellement suspectes qu'un ancien ministre des finances se demande si on ne s'est pas servi directement à l'imprimerie... Même les coffres dans les banques sont ouverts.

Ce palmarès n'efface pas le manque de billets dans les banques, exemples pris en Uttar Pradesh où la clientèle devient franchement hostile.

Depuis la démonétisation, les pharmaciens ont vendu plus de médicaments pour maladies chroniques en acceptant les anciens billets. Mais, comme ils peuvent difficilement se fournir en payant en espèces, ils craignent une pénurie de ces traitements dans quelques mois.

Offensif, Rahul Gandhi du Parti du Congrès clame qu'il a des informations sur la corruption personnelle du Premier Ministre Narendra Modi, rappelant que ce dernier refuse toujours de s'exprimer à l'assemblée nationale.

Jeudi quinze décembre : pendant que les opérations de police continuent...
Le secrétaire aux affaires économiques, Shaktikanta Das, a tenu un discours rassurant sur l'ensemble des opérations post-démonétisation, notamment que la Banque centrale d'Inde a diffusé l'équivalent de trois ans de billets de cent roupies ces cinq dernières semaines. La remonétisation est marche : cinquante pour cent des dépôts bancaires s'effectuent actuellement en nouveaux billets.

Néanmoins, le juge principal de la Cour suprême a interrogé le représentant du gouvernement sur comment certaines personnes parviennent à obtenir des nouveaux billets par centaine de milliers de roupies (voir saisies hier qu'une infographie du journal trouve fort importantes en valeur au Karnataka)... et pourquoi, à partir de minuit, ceux qui manquent d'espèces ne pourraient pas continuer à utiliser les billets démonétisés pour les achats essentiels.

Bref, la Cour suprême passera-t-elle un ordre intérimaire pour gérer elle-même le manque de liquidités ? Ou le gouvernement montrera-t-il sa capacité à remonétiser l'économie ?

En attendant, le directeur de la Reserve Bank of India n'est pas rentré par la grande porte de sa succursale de Calcutta où l'attendaient deux manifestations du Trinamool Congress, au pouvoir au Bengale-Occidental, et du Parti communiste d'Inde (marxiste).

Côté dématérialisation, le directeur du groupe de réflexion gouvernemental NITI Aayog a lancé deux concours encourageant à payer électroniquement. Les prix sont à remporter pendant les cent prochains jours : des prix de mille roupies aux heureux consommateurs et des prix allant jusqu'à cinquante mille roupies pour les commerçants.

Côté politiciens, un dirigeant du parti au pouvoir rappelle à Rahul Gandhi que le code de procédure pénale l'oblige à révéler tout délit et crime dont il aurait connaissance, après que le membre du Parti du Congrès a affirmé avoir connaissance de corruption personnelle du Premier Ministre.

À minuit cette nuit, les anciens billets de cinq cents roupies perdent donc toute valeur transactionnelle. Le gouvernement avait décidé, le deux décembre dernier, d'en étendre que les plus urgentes (achats de médicaments, de lait par exemple), ayant conclu que les tolérances servaient principalement à blanchir de l'argent d'origine douteuse.

Vendredi seize décembre : dernier jour de la session parlementaire d'hiver.
Finalement, la Cour suprême laisse, pour le moment, le gouvernement continuer à gérer la situation post-démonétisation. À partir de demain, celui-ci accepte jusqu'au trente-et-un mars 2017 les déclarations de revenus dissimulés contre une taxe de cinquante pour cent, après vérification de l'origine de ces fonds. Les services fiscaux ont ouvert une adresse e-mail pour recevoir des informations sur l'argent sale.

Côté politiciens, l'opposition à la démonétisation s'est fissuré : à l'approche des élections en Uttar Pradesh, les dirigeants du Parti du Congrès, dont Rahul Gandhi, ont rencontré le Premier Ministre Modi au sujet d'une loi pour aider les fermiers débiteurs de l'État... L'article ne dit pas s'ils ont abordé les accusations récentes de M. Gandhi sur la probité de M. Modi, mais sur la réaction des partenaires d'opposition du Congrès.

Samedi dix-sept décembre : week-end = pause ? Non car...
La police et le fisc ne s'arrêtent jamais. Les annonces de perquisition avec force masses de billets, bijoux et lingots continuent dans la presse, et les poissons sont de plus en plus gros : cadre de la compagnie ferroviaire, financier du Gujarat, quatre changeurs de monnaies précieuses de Mumbai, etc. De plus, deux cadres régionaux de la banque centrale sont concernés pour échange illégal de billets.

Les politiciens ne peuvent s'empêcher de s'échanger les mêmes politesses depuis plus d'un mois (et je soupçonne depuis des années sur d'autres sujets) : Rahul Gandhi a discouru contre le Premier Ministre en accusant ce dernier d'être soumis aux cinquante plus riches familles d'Inde ; les soutiens de ce dernier ont reposé l'équation : opposants contre la démonétisation = soutiens de la corruption en insinuant un changement d'attitude de certaines personnalités de l'opposition, plus calmes voire soucieuses dernièrement.

Reste les petits problèmes occasionnés par la nécessité d'épurer l'économie, qui deviennent des tragédies : un fermier a tenté de se suicider devant sa banque qui n'avait pas crédité un chèque déposé il y a neuf jour. Le directeur de l'agence a expliqué qu'avec l'augmentation du nombre de chèques utilisés depuis la démonétisation, leur traitement prend deux à trois fois plus de temps que d'habitude.

Dimanche dix-huit décembre : Encore non car... ?
Les affaires deviennent de plus en plus abracadabrantesque : un fonctionnaire du département des taxes indirectes a été arrêté avec une petite fortune en nouveaux billets de deux mille roupies, le financier du Gujarat avait chez lui deux kilogrammes d'or et une quarantaine d'argent. D'autres affaires à venir en ciblant les métaux précieux ? Rien que l'Hyderabad a importé huit tonnes d'or entre la démonétisation et le trente novembre !

Effet de la démonétisation sur le marché indien ? Prix fort sur le marché mondial ? Réussite d'une politique d'employer du charbon indien ? En attendant, les importations de charbon ont baissé de seize pour cent en novembre.

Alors que l'ensemble des établissements de la ville connaissent une baisse équivalente du nombre de patients, trois hôpitaux privés de Calcutta acceptent ouvertement des paiements en devises étrangères de la part des patients bangladais : dollars des États-Unis bien sûr, mais aussi des takas... Bureau de change dans l'entrée, peut-être des publicités dans les journaux pour le faire savoir.

lundi 12 décembre 2016

Tâche d'huile : le Venezuela démonétise les billets de cent bolivars

Hier dimanche onze décembre 2016, et signalé ce matin avec vidéo par LeFigaro.fr, Nicolas Maduro, le président du Venezuela, a annoncé la démonétisation des plus grosses coupures, les billets de cent bolivars forts d'ici trois jours.
Une des faces du billet de cent bolivars forts du Venezuela dans sa version de 2007 quand trois zéros furent retirés (Bank Note Museum).
Dans son émission télévisée, il a justifié la mesure, digne de celle de l'Inde du mardi huit novembre dernier, par la lutte contre « les mafias internationales dirigées à partir de la Colombie », illustrée d'une photographie d'un gigantesque amas de paquets de billets de cent bolivars sur une table. Concluant que, désormais, elles pouvaient se les garder.

De plus, il a demandé aux forces armées de s'assurer qu'aucun de ses billets ne puissent revenir dans le pays, peu importe la voie, sous-entendant soit une fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes, soit de sévères contrôles aux entrées du pays.

Le coup d'éclat médiatique est à nuancer un peu puisque, mercredi sept, la Banque centrale a présenté trois nouvelles pièces de monnaie de dix, cinquante et cent bolivars justement et une nouvelle série de billets pour six nouvelles valeurs, du cinq cents au vingt mille bolivars pour faire face à la pénurie de billets dans une économie de fortes inflation et pénurie.

Par contre, prévenu sûrement par les aléas de la démonétisation indienne, il a garanti « un calendrier raisonnable » pour les échanges billets contre pièces auprès de la banque publique et de la Banque centrale.

Qui vit au Venezuela verra.

Qu'advint-il le lundi douze ?
Le quotidien britannique The Guardian a publié mardi les effets de l'annonce dominicale du Président Maduro, dont la popularité est telle que de nombreux commerçants ont commencé à refusé les billets de cent bolivars dès le lendemain !

Dans le même temps, les Vénézuéliens déposaient des sacs entiers de futurs billets démonétisés dans les banques, où ils ont jusqu'à Noël pour les échanger à la banque centrale.

Une semaine après, le chaos comme craint.
Samedi dix-sept, le Président Maduro a suspendu la démonétisation des billets de cent bolivars en toute urgence, en accusant de sabotage par le déroutement de trois avions amenant les nouveaux billets par des ennemis de l'étranger... Ils perdront leur valeur (de 2 à 14 cents de dollars des États-Unis, respectivement dans la rue ou au taux officiel).

En attendant, des millions de Vénézuéliens ont passé la semaine à faire la queue devant les banques, avant de découvrir jeudi qu'elles ne disposaient pas des nouveaux billets... ce qui a entraîné un grand désespoir de comment s'approvisionner sans moyen de paiement (quarante pour cent de la population sans compte bancaire)... aboutissant vendredi à des pillages de magasins et d'un à quatre morts selon les sources.

Les frontières avec la Colombie et le Brésil sont fermées jusqu'au lundi deux janvier, même si des Vénézuéliens ont bravé les forces de l'ordre en passant en Colombie pour pouvoir acheter à manger et des médicaments.

Dimanche, alors que des centaines de personnes ont été arrêtés pendant des manifestations et des pillages, le Président clamait à la télévision que les banques ont déjà récupéré quatre-vingts pour cent des billets de cent bolivars... Euh... Comment tourne l'économie quotidienne ce matin ?

Sources : The Guardian le samedi dix-sept et le dimanche dix-huit décembre 2016.

Et au jeudi vingt-neuf décembre ?
Sur LeFigaro.fr, Patrick Bèle propose un point sur la situation au Venezuela : et d'après l'introduction consultable de cet article payant, côté billets, ça n'arrive pas.

Les nouveaux billets seraient arrivés par avion il y a une semaine, mais aujourd'hui, les habitants n'ont vu que les nouvelles pièces de cinquante bolivars en lieu et place des billets de cinq cents promis.

En cadrant chronologiquement plus large, l'envoyé spécial du Monde diplomatique, Renaud Lambert, propose dans le numéro de décembre une enquête sur les évolutions du Venezuela depuis le début de la présidence d'Hugo Chavez en 1999 aux manifestations récentes contre son successeur et son parti. C'est le récit de comment un ensemble d'acteurs - président, entreprises vénézuéliennes principalement - se sont confrontés, opposés, entendus selon les moments aux aléas des prix du pétrolière, aux besoins de la population, à la gestion des travers de l'économie de marché dont la rente, les importations et les flux de devises qu'elle engendre.

Bref, comment encourager la diversification économique quant les principaux investisseurs profitent de la revente des importations ?

Rapporté par l'Agence France Presse via LeMonde.fr le jeudi soir, les propos du Président Maduro du jour : les billets de cent bolivars ont un sursis jusqu'au vendredi vingt janvier et, même arrivés, les billets de cinq cents seront diffusés en janvier.

samedi 10 décembre 2016

Super Mario sur timbres personnalisés allemands à imprimer soi-même

Un bien long titre pour être précis sur l'appât de Noël 2016 trouvé par la Deutsche Post et Nintendo. Classiquement, le premier, opérateur postal, doit bien trouver comment vendre du timbre à forte valeur ajoutée et attirer les enfants à la collection.

Le second, consolier et éditeur de jeux vidéo, est en pleine campagne de promotion de son arrivée dans le monde des jeux pour smartphones avec Super Mario Run*, et de la sortie au printemps 2017 de sa nouvelle console de salon, la Switch, qui doit faire oublier le relatif échec commercial de la WiiU.
Une des multiples personnalisations possible du feuillet Super Mario (PlayNation.de).
Ce qui donne sur le site Ihre individuelle Post, le choix de sélectionner la valeur faciale parmi une longue liste (de la carte postale intérieure à quarante-cinq centimes jusqu'à sept euros pour une lettre hors format internationale jusqu'à un kilogramme).
Cliquer, tenir, glisser, créer son feuillet (Post Individuell de Deutsche Post).
Ensuite, c'est partie pour un petit jeu de personnalisation de timbràmoimême : quel personnage parmi les quatre héros de la série des jeux Super Mario et sur quel fond de couleur typique de Weihnachten. Le bouton gris en-dessous à droite de l'image permet de passer en fond O Tannenbaum.

Concernant le plumage de la famille imprudente... la tarification : la poste allemande distingue la valeur faciale variable selon le choix initial du coût fixe de la personnalisation (3,49 euro par feuillet, taxe sur la valeur ajoutée de 19% comprise). C'est proportionnellement beaucoup pour les tarifs intérieurs (soixante-dix centimes la lettre standard, soit 2,80 € le feuillet), moins pour illustrer une lettre pesante.

À en croire le site Puissance Nintendo, le produit payé est à imprimer soi-même... Donc, du papier épais voire autocollant, et des cartouches d'encre dans l'imprimante maison...

Finalement, offrir un jeu vidéo Mario ? Séb, sois φl@téliste pour une fois :p

* : rappelons que le jeu Pokémon Go de capture, d'esclavage et de torture par combat d'animaux fictifs en réalité augmentée (le simple plein air étant insuffisant dans une société consumériste), qui a marqué les médias et les écoliers en vacances l'été dernier, n'était pas une création de Nintendo ou de sa filiale The Pokémon Company, même si la marque Pokémon leur appartient.

vendredi 9 décembre 2016

Introduction aux Allégories tchécoslovaques des années 1920

Hier, jeudi huit décembre 2016, au siège de la Royal Philatelic Society London, Yvonne Wheatley a proposé une conférence sur les quatre timbres de la série allégoriques, émis par la poste tchécoslovaque en 1920.

En ouverture, elle rappelle l'ensemble des aléas de la genèse de cette série à quatre illustrations différentes.
Couverture du livret-souvenir, disponible en pdf sur le site de la RPSL.
Au départ, la volonté d'une émission commémorative pour l'anniversaire de l'indépendance, le vingt-huit octobre 1919. Mais, les œuvres lauréates d'un premier concours ne peuvent être adaptées en timbres-poste et, après le second concours, la Tchécoslovaquie brissant ses chaînes de Vrastilav Hugo Brunner est jugée trop moderne.

Finalement, c'est la nécessité d'une série d'usage courant qui parvient à imposer le travail de Brunner sur timbre sans la date de l'indépendance, puis deux autres allégories suite à un nouvel appel à contribution : la Colombe de Jaroslav Benda et Agriculture et Science de Jacob Obrovský. Elles sont complétées par le Prêtre hussite d'Alfons Mucha, auteur du premier timbre tchécoslovaque Le Château de Prague fin 1918.

Une imprimerie privée se mit à la tâche malgré une absence d'expérience philatélique, ce qui entraîna essais et erreurs depuis premiers timbres émis le premier juin 1920 aux derniers timbres démonétisés le quinze mars 1932. Yvonne Wheatley souligne alors l'intérêt de cette série pour les amateurs de variations, variétés, types, etc.

L'étude traditionnelle des timbres, puis de quelques usages postaux, se conclut, pour le livret-souvenir, sur un tableau des dates d'émission et retrait des trente-deux valeurs de la série, puis d'une bibliographie.

Parmi les surprises de la présentation, dans le livret, des timbres-spécimens de l'Union postale universelle annulés par la poste coloniale de Madagascar (grand cachet rouge « Postes et télégraphes / Madagascar » sur la couronne extérieure et « Collection de Berne » au centre), comme lors de l'exposition des îles atlantiques britanniques le jeudi dix novembre.

Outre le livret en pdf librement disponible sur le site de la RPSL, ne pas hésiter à écrire au secrétariat pour demander le lien vers la vidéo de la conférence sur youTube.

lundi 5 décembre 2016

L'Inde démonétisée d'ici le 30 décembre ?

Cinquième semaine de l'après-démonétisation en Inde au cours de laquelle les Indiens qui souhaitent encore (ou ne peuvent faire autrement) utiliser des billets de banque au quotidien y parviendront aisément, pour la première fois depuis l'annonce-surprise du mardi huit novembre dernier du Premier Ministre.

Depuis, son gouvernement et l'opposition multi-partite s'affrontent par discours et médias interposés, chacun des camps trouvant une excuse pour ne pas le faire au Parlement. La journée de mobilisation nationale de l'opposition paraît bien loin, sept jours pourtant.

Car, depuis, le gouvernement a lancé toutes ses cartouches dans la dématérialisation des paiements du quotidien, en parallèle de lutte policière contre l'argent sale.

Toujours avec le suivi en direct de The Times of India (semaines 23 et 4 par les liens).

Lundi cinq décembre : pas de nouvelle, bonne nouvelle ? Hélas non.
L'éducation par l'exemple : tous les paiements des départements du gouvernement de plus de cinq mille roupies à ses fournisseurs et bien plus, se feront par voie électronique désormais.

Les journalistes sont-ils blasés des files d'attente ? Lassé de suivre les discours ? La mort de Jayalalithaa, ministre-en-chef du Tamil Nadu après une carrière primée au cinéma dans les années 1960 et 1970, occupe les médias indiens.

Mardi six décembre : saura-t-on le devenir monétaire des campagnes ?
Non car le Times of India ne suit plus minute par minute les événements. Les anciennes nouvelles répétitives ne sont plus des nouvelles.

Vieille histoire : samedi dernier, un exercice militaire avait entraîné un vif échange entre la ministre-en-chef du Bengale-Occidental et le gouverneur de l'État, sur fond de démonétisation - la première étant foncièrement contre et les soldats ayant été le plus visible aux péages autoroutiers redevenus payants. L'armée a répondu en apportant la preuve qu'elle avait informé les autorités de l'État.

Révélée aujourd'hui, une lettre datée vendredi de l'ambassadeur de Russie à Delhi se plaignant du manque de billets de banque, empêchant ses diplomates de dîner en ville ; sérieusement qu'il ne peut donner presque rien à ses deux mille employés. En effet, les représentations russe, ukrainienne, kazakhe, éthiopienne et soudanaise trouvent insuffisantes le droit de retrait de cinquante mille roupies en billets par semaine pour les salaires et leur fonctionnement. Les employés de la Haute-Commission du Pakistan ont même refusé leur salaire face aux règles indiennes sur l'échange avec le dollar des États-Unis.

Nouvelle histoire répétitive : après l'annonce imminente des nouveaux billets de vingt et cinquante roupies, la Reserve Bank of India signale celle des nouveaux billets de cent, toujours sans démonétisation.

Mercredi sept décembre : peut-être des images des nouveaux petits billets ?
Non. À part une conférence de presse du gouverneur adjoint de la Reserve Bank of India, sans rien de bien nouveau : baisse d'un demi-point de la croissance prévue du produit intérieur brut, injection importante de billets chaque jour (donc arrêtez de thésauriser !), retour à la normale d'ici le trente décembre, et non, la décision de démonétiser a été mûrement réfléchie et pas improvisée.

Jeudi huit décembre : dématérialisation ! En avant toute !
Aujourd'hui, le ministre des Finances a annoncé onze mesures pour inciter les Indiand à utiliser des moyens de paiement sans pièce, ni billet :
Les entreprises publiques vont accorder des ristournes si paiement digital :
- 0,75% pour les carburants,
- 8 à 10% sur certaines polices d'assurances,
- 10% pour les abonnés des péages des autoroutes nationales,
- et les clients de ces entreprises ne paieront pas de frais supplémentaire sur ce type de paiement. Le gouvernement invite les États fédérés à faire de même dans leurs services publics.
- Les banques publiques doivent plafonner à cent roupies par mois le coût de la location d'un appareil de paiement digital pour convaincre les petits commerces de participer.

Le gouvernement délaisse certaines ressources fiscales.
- Pas de taxe de service pour les transactions dématérialisées de moins de deux mille roupies.

Du côté des transports ferrés.
- De même, une ristourne de 0,5% sera en place à partir du premier janvier prochain pour les abonnements mensuels et au-delà aux trains de banlieue pris en ligne. De plus, tous les tickets de train achetés en ligne seront couverts gratuitement par l'assurance-voyage ; et les voyageurs bénéficieront de 5% de réduction pour les services partenaires (hôtels, restaurants, etc.) achetés ainsi.

Et dans les campagnes ?
- Installation de terminaux de paiement dans des commerces et coopératives agricoles dans les villages pour permettre aux agriculteurs de payer sans espèces leurs fournitures.
- La Banque nationale de développement agricole et rural va fournir des cartes de paiement et retrait du système RuPay, alternative indienne à Mastercard et Visa, à des milliers de ruraux et adaptés à leurs besoins.

Sinon, pour la quatrième fois de la semaine, comme presque chaque jour depuis la démonétisation, les services fiscaux ont insisté qu'ils analysaient tous les dépôts en banque de grosses quantités d'anciens billets pour vérification des revenus déclarés.

Côté cirque politicien, les deux chambres du Parlement ont reçu un sermon du président de la république Pranab Mukherjee : « Faites votre travail », pendant son discours sur la défense du pays. Depuis le début de la session hivernale, le seize novembre, le gouvernement et les partis d'opposition jouent la provocation, les suspensions de séance autour de la question de la démonétisation. Ça n'a pas empêché un incident de séance quand le speaker de la Chambre du peuple a refusé d'accorder la parole à un député du parti du Congrès à ce sujet...

Vendredi neuf décembre :
Jour tranquille si l'on en croit le Times of India : les ministres en charge des finances ont expliqué comment leurs services et la Reserve Bank of India gèrent l'approvisionnement en billets des campagnes et que contient un rapport sur les difficultés rencontrés par les ambassades et les touristes étrangers depuis la démonétisation. Et leur collègue des technologies de l'information de publier les taux de croissane à trois voire quatre chiffres de l'utilisation des différents moyens et réseaux de paiement dématérialisé depuis le huit novembre.

Mais, à la Cour suprême, le représentant du gouvernement a chaud aux fesses malgré son annonce que 80% des billets démonétisés ont été récupérés : les juges veulent savoir s'il y a un plan de la démonétisation, avec prévision des billets à remplacer et de quelle manière, et se voir présenter une archive datant d'avant l'annonce télévisée du huit novembre au soir. Les juges paraissent estimer que le gouvernement a sous-estimé le nombre et la valeur des billets que les Indiens allaient échanger. Autre requête : que le gouvernement fixe le montant qu'un client de banque peut retirer en espèces, en le faisant correspondre avec ce que les banques peuvent vraiment fournir (en fonction de ce que la banque centrale leur remet) au lieu de forcer les banques à gérer la pénurie elle-même.

Samedi dix décembre : La presse reprend du poil de la bête...
... grâce à un week-end de trois jours en Inde - lundi, les musulmans sunnites fête la naissance du Prophète. Les files devant les banques de la capitale et les villes d'Uttar Pradesh existent toujours. Les agences ne reçoivent qu'un cinquième des billets nécessaires et les distributeurs automatiques se vident à grande vitesse. Trois jours sans banques ouvertes donc.

Quelques témoignages recueillis dans tout le pays montrent de petits commerçants, un chauffeur de taxis, et même un temple pour les dons, s'être convertis aux applications téléphoniques de paiement ou au paiement par carte bancaire. Certes, nécessité du client sans billets de petite valeur fait loi, mais ils témoignent d'un confort qu'ils auraient souhaité bien avant : petits paiements pris sans avoir à disposer de la monnaie pour les réparations du serrurier, pourboires pour la masseuse, rapidité du paiement pour le taxi,... Aux portes rurales de la ville, une banque coopérative a fait créer une application de paiement pour aider ses clients (presque tous les habitants du village).

Cela suffira-t-il pour convertir un milliard d'habitants et les grossistes de leurs commerçants ? Ou ceux qui espèrent continuer à cacher leurs revenus en billets de deux mille roupies désormais.

Autre moyen d'adapter son petit commerce : se faire payer en billets du pays des touristes ! Dans la ville sacrée de Varanasi (Bénarès), les canotiers acceptent bon gré, mal gré ce que les touristes ont. D'abord par politesse commerciale, ensuite car les touristes sont aussi limités en roupies que leurs hôtes. Par contre, ces travailleurs dépendent des propriétaires des bateaux qui vont changer les billets étrangers.

Le bras de fer continue donc : le gouvernement parviendra-t-il à injecter assez de billets et convertir suffisamment d'Indiens à la dématérialisation avant les premiers scrutins prévus dans quelques États fédérés début 2017 ?

Dimanche onze décembre :
Les anciens billets de cinq cents roupies ne sont plus acceptés pour payer les transports publics par bus, tramway, trains ou les billets d'avion. Néanmoins, ils peuvent payer un repas à bord des trains jusqu'au jeudi quinze décembre. Miam !