vendredi 23 octobre 2026

Philatélie fiscale, illustrations et guerres polaires, une variété de thèmes pour The American Philatelist d'octobre 2026

 Même si sa couverture annonce un numéro sur les timbres fiscaux, The American Philatelist d'octobre 2026 développe des curiosités en de multiples et inattendues directions.

La une de The American Philatelist d'octobre 2026 met en exergue la taxation des véhicules à moteur pendant la Seconde Guerre mondiale (via le site web de l'American Philatelic Society).

Provocatrice, la rédactrice en chef Susanna Mills annonce en titre d'éditorial : "Paying Taxes Has Never Been So Fun". Certes, mais il n'est pas sûr que les contemporains de ces timbres-là ait eu la même perception.


Don Woodworth étudie la taxe fédérale sur les véhicules motorisées, établies pour financer l'effort de guerre et a été obligatoire du premier février 1942 au trente juin 1946. Le paiement était au prorata de l'année fiscale restante, celle-ci débutant le premier juillet. Une année fiscale complète coûtait cinq dollars, équivalents de cent dollars de nos jours.

Les Français d'un certain âge reconnaissent là le principe de la vignette automobile pour « financer une retraite minimale » de manière nationale de 1956 à 1984, puis avec tarif variant selon les départements (collectivité en charge des aides sociales) jusqu'à la disparition de la taxe entre 2000 et 2006.

De fait, la ressemblance est là : chaque premier jour de l'année fiscale, le timbre états-unien changeait de couleur et de valeur faciale.

Également, un souci de l'usage de ces timbres, et donc de leur collection, est qu'ils devaient être très visibles sur l'automobile concernée, donc collé sur le pare-brise ou, parfois, la face avant du pare-soleil. Décoller le timbre revenait à le détruire, sauf si le soleil n'avait pas anéanti sa lisibilité avant. Des porte-timbres protecteurs ont été créés en forme de blason patriotique.

L'auteur insiste : les timbres usagers de février 1942 avec gomme à l'arrière (!?) sont difficiles à trouver. Les suivants avec gomme à l'avant peuvent selon comment le propriétaire du véhicule l'a apposé : blason protégeant la face avant, décoller pour le conserver. Rarissime reste le formulaire d'enregistrement d'un véhicule pour paiement de la taxe et réception du timbre : Woodworth n'en connaît qu'un, illustré dans l'article. Le reste, détruit ou perdu dans les archives fédérales.

La collection de ces timbres fiscaux présentent un intérêt usager car les propriétaires des véhicules devaient y faire figurer des informations détaillées : leur nom de famille, le modèle, l'immatriculation dans l'État fédéré, etc. Cela donne une collection de surcharges par tampon, manuscrites, à l'avant , au dos... ou, plus efficacement, au dos des protège-timbres qui proposaient assez d'espace pour cela.

Un tour dans les archives familiales ou aux salons de voitures de collection peut alimenter une collection réelle ou de photographies.


Regis Hoffman élargit le cadre en affrontant l'ensemble des timbres fiscaux du Commonwealth, donc après la Seconde Guerre mondiale avec la disparition progressive de la notion d'Empire colonial (pas toujours dans la pratique répressive des mouvements d'indépendance).

Le lecteur y découvre évidemment les timbres, mais surtout toutes les marques indiquant leur usage fiscal : troué, signé, daté, frappé d'un timbre humide rouge, tamponné du service administratif précis ; et sur fragment ou document complet de membre d'association, licence de port d'arme, d'assurance, de passeport, de demande de carte d'identité.

Avec le soin de rappeler que tous les timbres d'inspiration britannique ne sont pas tous postaux-et-fiscaux. Ainsi, l'article se conclut avec une lettre d'Afrique du Sud taxée car le timbre au bon tarif, était indiqué seulement "Revenue".


Cela fait transition au papier fiscal timbré collectionné par Peter Schwartz. À l'origine, le timbre fiscal est une marque sur un papier montrant le pré-paiement d'une taxe à l'État.

Ici, l'auteur montre un grand nombre de chèques émis aux États-Unis de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, de banques variées, aux timbres imprimés avant l'impression des éléments du chèque et l'écriture des informations de paiement (Combien ? À qui ? Signé de qui ?).

Ces timbres sont listés par le catalogue Scott sous le titre "Revenue Stamped Paper", comprend plusieurs types, couleurs, et formes d'annulation selon la législation du moment. Par simplicité administrative, il fut considéré que le timbre fiscal était l'ensemble du chèque et qu'écrire dessus la date et apposer une signature recevait à écrire dates et initiales sur un timbre fiscal mobile.

Les illustrations proposées par Schwartz et le rappel du chapitre de fin de catalogue peut aider à reconnaître ces timbres, une fois découpés et mêlés à un lot difficile à identifier pour un philatéliste postal.


Deux autres articles restent sur les à-côtés de la collection, mais peut permettre de développer des objets philatéliques, méprisés, sauf des exposants thématiques, des historiens de la philatélie organisée, ou des amateurs de l'illustration.

Rick Barrett plonge dans la biographie de John Coulthard, dont le métier fut illustrateur pour les journaux, les publicités, des livres, au style bien illustré dans l'article.

Mais, collectionneur de timbres, le Californien est aussi connu aux États-Unis pour l'illustration d'enveloppes ("cachet" en anglais philatélique). Barrett évoque des centaines de modèles différents, pour son courrier personnel comme des manifestations quasi-philatéliques tel un meeting aérien avec entier postal par avion illustré par Coulthard.

La deuxième partie de l'article développe les illustrations fort postales : centenaire du timbre-poste en 1940, lot d'enveloppes-entiers aériens illustrés.

Enfin, l'appréciation de l'art, notamment les gravures anciennes, est soulignée par un coup de chance. En 1960, John Coulthard acquiert chez un antiquaire deux volumes de gravures publiés en 1803. À la lecture en tombent une douzaine de gravures signées Rembrandt... Sûrement des réimpressions des plaques d'origine, sûrement pas des reproductions de 1803 !


Enfin, Wayne Youngblood s'intéresse à un invité discret du service postal des États-Unis : la manicule, ce dessin d'une main fermée avec l'index pointé, invitant le regard vers...

Des origines dans les marges des manuscrits médiévaux d'Europe, aux affiches et panneaux commerciaux, l'auteur arrive à son usage postal dès 1796. Le tampon "PAID" comprend en avant une manicule insistant sur le paiement par l'expéditeur.

Dès lors, la main se retrouve dans d'autres lieux pour cette mention de port payé, mais aussi vers l'identité de l'expéditeur en cas de renvoi à celui-ci. Il est fort possible que les postiers du dix-neuvième siècle n'était pas tous capables de lire au-delà de quelques mots-clés : la main était un signe rapide -> retour au bureau de poste principal -> retour vers la ville ou l'État fédéré indiqué.

Les exemples montrent un usage régulier, avec des manicules de dimension variable, souvent des enveloppes issues d'entreprises ayant utilisé le courrier publicitaire, ou d'administrations qui récupéraient ainsi le motif d'absence du contribuable.


Il reste encore d'autres articles courts, mais aussi variés dans ce numéro, dont une critique du livre de Hal Vogel (1943-2025) et le Français Serge Kahn sur la Guerre froide : du courrier des conflits militaires polaires. Les deux auteurs présentent le courrier lié aux nombreuses guerres qui eurent lieu dans les zones polaires depuis la guerre de Sept Ans (1756-1763) à celle des Falkland (1982).

Hal Vogel et Serge Kahn, Cold War: Polar Military Conflict Mail, American Society of Polar Philatelists, 2026 ; ISBN 978-0-9776449-1-9.

Ce livre peut être commandé au prix de 50 USD plus frais de port sur le site web de l'American Philatelic Society.

mardi 20 octobre 2026

Une carte postale pour renouer une amitié à quatre mains sur un clavier

 Du vingt-neuf août au quatre octobre 2026, la chaîne sud-coréenne tvN a diffusé les douze épisodes du k-drama Quatre Mains, Deux Sonates (포핸즈, littéralement un morceau de piano écrit pour quatre mains), désormais visibles à la demande sur les plateformes locale TVING et internationale Netflix.

Image de promotion du douzième et dernier épisode du quatre octobre 2026 sur les réseaux sociaux de la mini-série, ici Instagram.

L'intrigue alterne deux périodes, avec flashbacks et flashforwards, comme souvent pour les dramas coréens.

En 2016-2017, deux lycéens se rencontrent au sein d'une école-conservatoire ; tous deux pianistes dès l'enfance, ils sont brillants mais diamétralement opposés. Kang Pi-o, issu d'une famille d'artistes, est aussi froid et technique au clavier que l'orphelin Choi Jeong-yo, vivotant grâce aux combines d'un usurier, y exprime toutes ses émotions pour lui-même.

Entre la contrainte d'apprendre l'un de l'autre, les pressions familiales, l'amitié mêlé de jalousie, leur parcours commun atteint en milieu de saison un concours de pianistes à Prague, en Tchéquie... où le drame devient tragédie.

Un message musical anonyme de Tchéquie en fin du dernier épisode de Quatre Mains, Deux Sonates (capture d'écran Netflix).

Dix ans plus tard, les deux hommes se retrouvent : le premier est devenu un grand pianiste recherché tandis que l'autre réapparaît en Europe centrale chef d'orchestre autodidacte, primé lors d'une compétition européenne, attirant ainsi l'intérêt du grand-père de Kang, conseiller musical d'un grand orchestre de Corée.

Le drame devient enquête policière, thriller de manipulation autour de ce qui se serait passer à Prague en 2017, et jusqu'à quel point l'exécution d'une œuvre musicale peut traduire la tragédie vécue.

La carte postale reçue à Séoul, postée en Tchéquie, et reçue en fin du dernier épisode (capture d'écran Netflix).

Au terme du suspense, du dépassement des musiciens, et des révélations passées, le contact est repris trois ans plus tard. Kang a rompu sa carrière et joue dans des villages et anonymement sur internet. Il reçoit une carte postale de conseil d'un pianiste anonyme, affranchie de deux timbres de République tchèque. C'est une vue peinte d'une église.

Si les vignettes dentelées de l'affiche promotionnelles sont des images extraites de la série, les deux timbres-poste tchèques paraissent aussi réels que possibles :

- 27 couronnes au paysage de Prague, ville, rivière Vltava et pont Charles, dominé par le château ;

- 31 couronnes, paysage au coucher du soleil, légendé "Karlův most / Prague" : le pont Charles.

Sont-ce de vrais timbres émis par la poste tchèque ? Si c'est non, la création est d'apparence fort correcte.

Pourquoi Prague et la République tchèque ? L'Orchestre métropolitain de Prague interprète les morceaux classiques. La ville de Prague et sa campagne proche servent de décor à l'intrigue et permet de lier l'aspect international du monde des musiciens classiques d'excellence.

lundi 19 octobre 2026

Trier le courrier, le vrai travail de Gaston Lagaffe

 Dans le numéro 4612 du magazine de bandes dessinées Spirou, paru le deux septembre 2026, il est rappelé que la fonction théorique de Gaston Lagaffe est de trier le courrier des éditions Dupuis... avant que son esprit ne s'égare à vivre et penser librement au sein d'une entreprise et d'une société policée.

Extrait du gag Gaston paru dans Spirou 4612 du deux septembre 2026 (scénario Lewis Trondheim, dessin Delaf, couleur BenBK).

Le personnage a été repris en 2022 par le dessinateur québécois Delaf, avec ici un scénario du français Lewis Trondheim qui la rejoint pour le deuxième album.

L'idée de départ de ce gag est que, pour une fois, qui n'est pas coutume, le bureau de Gaston montre le courrier complètement trié et ficelé par destination: à signer, à payer, agadou, Spirou, O.K., refus, etc.

... et pour les paquets au pied du bureau, par beauté des timbres !


Les auteurs et dessinateurs du magazine franco-belge continuent donc de faire de la place au courrier postal et timbré, quasiment chaque semaine avec le chapeau illustré du courrier des lecteurs par ses responsables actuels : les Fabrice.

dimanche 4 octobre 2026

75 ans de philatélie anglophone de la Corée

 Dans son infolettre rédigée par Ivo Spanjersberg du premier octobre 2026, la Korean Stamp Society rappelle l'approche du soixante-quinzième anniversaire de sa fondation en février 1952, et, particulièrement, de l'acte précurseur du premier octobre 1971 : le premier numéro mensuel de Korean Philately par Harold D. Bearce.

L'ensemble des numéros de la revue ont été mis en ligne par la Société, mais seulement un fac-similé retapé à la machine à écrire du premier ; aucun original ne semblant être retrouvable.

Après plusieurs décennies d'activités, Spanjersberg rappelle le désarroi des derniers membres en 2007, quant une poignée tenta une relance par un site web ouvert et une adhésion libre. Le site d'un format blog publie régulièrement de nouvelles études ou présentations liées à la philatélie et l'histoire postale des Corées (indépendante / coloniale / guerre de Corée / puis Nord et Sud).

À intervalles réguliers, plusieurs articles sont assemblés en un numéro de Korean Philately au format pdf ou vendu imprimé.

Après avoir retrouvé de nouveaux membres passionnés de la Corée, l'adhésion est redevenue payante, fort modestement : l'adhésion à vie est fort accessible et les auteurs d'articles publiés dans la revue bénéficient d'une à deux années offertes, encourageant l'écriture.

Cette croissance a encouragé le rapprochement inédit entre les membres internationaux de KSS et le bureau de la Fédération philatélique coréenne. Les publications des deux associations s'échangent des traductions d'articles et les résumés des numéros de leur revue.

Un projet reste à achever : la traduction en anglais du catalogue spécialisé de la Fédération philatélique coréenne... d'ici fin 2026 ou début 2027.


De mon côté, il faudrait que j'essaie l'adaptation en anglais de mes articles récits de voyage de 2024 pour accompagner la Korean Stamp Society. Ayant aperçu de nouvelles émissions de timbres sud-coréens de 2026, j'en ai profité pour commander l'édition 2026 du catalogue de la fédération auprès d'un vendeur eBay local.

samedi 3 octobre 2026

Une boîte aux lettres dans une petite rue de faubourg à Montpellier

Alors que La Poste ferme bureaux de poste et diminue régulièrement le nombre de boîtes aux lettres dans les rues de France, j'en ai trouvé une à un emplacement surprenant car à l'écart des principales avenues de Montpellier.

La boîte grande et du modèle actuel au pied d'un immeuble d'un faubourg de Montpellier (tous droits réservés, photographie prise le treize août 2026).

Entre la place royale du Peyrou et le Jardin des plantes, s'étend un des anciens quartiers puis faubourgs de Montpellier. Certains tracés de voirie permettent d'aller et venir du centre historique vers le nord-est, ici vers l'avenue d'Assas (la même famille noble qui a donné son nom au village héraultais et au campus universitaire parisien).

Là, dans les rues secondaires, une toute petite place ouvre le ciel et le soleil à quelques immeubles et cette boîte aux lettres jaune, format actuel grand format.

Certes, les sens de direction automobile ne le rendent pas inapprochable par un véhicule postal, mais on n'est loin des habitudes des vingt dernières années de La Poste : peu de boîtes, sur de grandes axes routiers et piétons de passage, et très facilement accessibles pour le personnel.

Vue du sud vers le croisement entre les rues de Richer de Belleval et du Carré du roi (tous droits réservés, photographie prise le treize août 2026).

Mes hypothèses pour l'emplacement, si je l'imagine ancien.

Un plan des sens uniques des glorieuses années automobiles (années 1950 à 1990) informerait mieux sur l'accessibilité et le stationnement devant la boîte.

Ensuite, anciennement et encore aujourd'hui, y a-t-il suffisamment de clients disposant de machines à affranchir et utilisant cette boîte au quotidien : cabinets médicaux, d'avocats (nous sommes proches de deux tribunaux), écoles privées. L'école de l'Assomption est très proche à pied et la boîte voisine l'entrée du campus montpelliérain des Cours Diderot, offrant des formations post-baccalauréat.

En effet, un des critères de maintien ou retrait des boîtes aux lettres est le nombre de plis quotidiens ou hebdomadaires à venir récupérer.

Un dernier élément : cette boîte se situait en marge de trois bureaux de poste, Préfecture, Broussonnet, et plus proche Arceaux-rue Saint-Louis. Seulement, les deux derniers sont fermés, définitivement pour le second de la liste, et pour travaux pour le dernier.

La survie de cette boîte tient-elle à la satisfaction clients posteurs devant aller plus loin pour les services complets du bureau central à côté de la préfecture ?


Cet article est publié dans le cadre du #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky.