samedi 7 février 2026

Boîte aux lettres mémorielle dans le drama Spring of Youth

 Repère des paysages urbains comme villageois, voire au bord des routes rurales, les boîtes aux lettres de rue servent de repères commodes. Par exemple, dans le drama coréen Spring of Youth (사계의 봄), diffusé par la chaîne SBS TV entre mai et juillet 2025.

La série du mercredi vingt-deux heures n'a pas été un grand succès pour une diffusion en télévision terrestre (équivalent français de la T.N.T.), malgré le mélange de sous-genres autour du triangle amoureux étudiant : musique, K-pop, rivalités entre groupes musicaux,... et investigation d'une tragédie passée liée à un élément fantastique.

Une des affiches promotionnelles de la série : les cinq héros étudiants sur le toit-terrasse de la maison de l'héroïne (SBS TV, 2025).

L'intrigue démarre sur deux lignes parallèles. Le héros, Sa-gye, chef d'un groupe de K-pop en pente ascendante, est licencié après avoir, ivre, brusquement violenté son producteur en hurlant sur sa connaissance d'un fait d'il y a plusieurs années. Il se retrouve avec des milliers de fans déçus, ruiné, sans domicile, avec sa guitare et le cash que son aide-manager a réussi à lui retirer avant l'expulsion.

L'héroïne, Kim Bom, est orpheline suite à un accident de voiture avec fuite du chauffard. Elle poursuit études, petit boulot, en vivant sobrement avec sa tante et sa cousine dans la maison de ses parents... bien coûteuse aux yeux de la matriarche.

Kim Bom, sa cousine et son meilleur ami avant l'arrivée de Sa-gye, devant la maison familiale aux repères postaux (extrait du premier épisode de Spring of Youth).

La maison se repère facilement au gré des épisodes : le long de sa palissade se trouve une boîte aux lettres de rue au logotype de la poste coréenne. De plus, la boîte aux lettres familiale est également rouge au même logotype.

Une boîte aux lettres dans la nuit, où la révélation du passé à Sa-gye et au téléspectateur (extrait du premier épisode de Spring of Youth).

Leur chemin se croise à l'université où Sa-gye est inscrit sans se présenter pour suivre sa lucrative carrière et où Bom étudie la musique. L'arrivée d'un rival, amoureux et musical, n'est pas apprécié du meilleur ami, étudiant en médecine et guitariste.

Néanmoins, la nuit tombée, Sa-gye est sans-logis jusqu'à stopper devant une boîte aux lettres rouge... dont il a un souvenir lumineux, ainsi que de la maison devant laquelle elle est posée, alors qu'il n'est jamais venu par ici.

Le fantastique se joue dans l'introduction de la série entre Sa-gye, son aide-manager, un accident et une greffe le même jour qu'un accident de voiture...


Voilà comment Sa-gye stoppe devant la maison de l'héroïne à la porte de laquelle la tante a décidé d'afficher la location d'une chambre, afin de parvenir à remplir le budget familial.

Dernier point postal : des cartes postales d'Europe arrivent ponctuellement pendant la série, envoyées par la mère de Sa-gye à son fils. Grâce à sa carrière de star, son fils lui a offert une retraite avancée au cours de laquelle elle parcourt le monde.

Si sponsor de Korea Post il y a, il dépasse quelque peu le simple décor.


Cet article est publié dans le cadre du trois centième #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky (le promoteur de cette manifestation réseausociale hebdomadaire a retrouvé la première boîte pour fêter le nombre rond, en bord de mer, dans les îles Britanniques).

vendredi 6 février 2026

Le regard de Dieu sur le philatéliste vaticaniste

 La Commercializzazione Filatelica e Numismatica, en charge de vendre les timbres-poste et monnaie du Vatican, a rénové son site de vente d'une manière assez étonnante.

Tout d'abord, les pages d'information du site indiquent que le site marchand est désormais le seul moyen de se procurer ces émissions de la Cité du Vatican. Désolé les touristes, pas désolé les spéculateurs et prête-noms de Rome ?

Ensuite, les commandes sont acceptées quasi-immédiatement si l'acheteur réside dans l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse, le Canada et les États-Unis d'Amérique. Désolé les Norvégiens, pas désolé quasiment l'essentiel de l'humanité qui doivent écrire à l'avance à CFN pour savoir si l'entreprise a confiance dans le service postal ou express vers le pays du destinataire...

L'Union postale universelle en position latérale de sécurité.

Enfin, il nous reste la foi à tuer... enfin la relation de confiance entre acheteur occidental et vendeur vatican. En effet, déclarer votre identité, votre adresse postale, votre numéro de téléphone portable, celui de votre carte bancaire, avec votre banque qui va vous demander d'autoriser le paiement, la réception prouvée (recommandé, contre signature j'imagine), et sûrement les cookies pour fliquer votre navigation sur internet... ne suffisent plus.

Anciens clients comme nouveaux doivent désormais laisser une application sur leur téléphone-appareil photographique capturer leur visage voisinant avec les deux faces de leur pièce officielle d'identité nationale.

...

Un certificat de baptême pour proposer une réduction ou un programme de fidélité, je comprendrai. Accepter de recevoir un prospectus promouvant le catéchisme avec la commande, pourquoi pas.

Mais là, si la justification est les taxes douanières ou sur la valeur ajoutée, toutes les informations habituelles suffisent pour que le site marchand ajoute ces taxes au paiement selon le pays de résidence du client.

Le nouveau pape états-unien veut-il montrer qu'il est aussi fasciste totalitaire que son compatriote orangé à lister les bons catholiques clients du Vatican, dénoncer ceux qui stockeraient des monnaies d'or et d'argent à l'écart du fisc, signaler des victimes aux dictatures anti-chrétiennes ?

Bien étrange. Les voies du capitalisme sont bien impénétrables.

mercredi 4 février 2026

Un nouveau Spirou de la correspondance écrite ce mercredi 4 février 2026

 En kiosque aujourd'hui, mercredi quatre février 2026, le Spirou numéro 4582 poursuit l'utilisation du courrier papier, de la poste aux lettres, et de l'importance de la correspondance par les auteurs des albums publiés par épisode, et des gags.

La journaliste Seccotine, rivale de Fantasio, a désormais ses propres aventures chez Dupuis (couverture de Spirou numéro 4582, quatre février 2026).

Dans une des histoires publiées par épisode, les premières planches du premier album dans lequel Seccotine est l'héroïne, une histoire de Sophie Guerrive dessinée par Elric, qui va inaugurer une série spécifique au personnage.

Amie de Spirou et rivale de Fantasio, la reportrice emménage à la campagne, près du village de Champignac connu pour son extravagant spécialiste en champignon, le comte de Champignac.

Une des premières interactions entre l'héroïne et les villageois au café-bar, désormais tous services (extrait d'un album à paraître au printemps 2026).

Les auteurs ont décidé de la confronter aux enjeux actuels des campagnes belges et françaises. L'intrigue principale va confronter les points de vue divergents, mais aussi la complémentarité, de jeunes environnentalistes (producteurs de grains) d'une part, et des agriculteurs et des chasseurs d'autre part, dans le contexte de disparition d'animaux d'élevage.

Le village est dépeint de manière traditionnel dans ce premier épisode : le clocher de l'église, le marché hebdomadaire, la boulangerie, et, très vingt-et-unième siècle : le bar-café qui sert aussi de relais postal où Seccotine achète un carnet de timbres-poste.

Pour le moment, pas de boîte aux lettres en vue.

Marge du courrier des lecteurs de Spirou numéro 4582.

Le courrier des lecteurs nouvelle formule poursuit ses appels à courriels (et courrier postal pour une action), tout en illustrant les détournements du courrier en marge supérieure, créée par le duo de l'absurde Fabrice Erre et Fabcaro... et toujours en conséquence de l'éditorial au désespoir du rédacteur-en-chef sur la droite.

Après tout, le numéro Saint-Valentin arrive mercredi prochain.

Premières cases d'une histoire postale, parodique et anachronique sur Attila, de L'Abbé (plus habitué de l'humour Fluide glacial apparemment)

Enfin, de l'histoire des postes et télécommunications !

Pour la cinquième apparition du grand chef Attila parodié (première moitié du cinquième siècle), L'Abbé - l'auteur et dessinateur - voit Onégèse, historiquement diplomate grec au service des rois des Huns, recevoir du courrier aérien cloué à la porte de sa tente... alors qu'il dispose d'une boîte aux lettres états-unienne en conformité avec le code postal.

Qu'est-ce qu'Attila a encore (essayé) d'inventer à l'incompréhension de son ministre quand ce n'est pas celle d'Aetius, son stagiaire romain préféré (ou otage) ?

Le grand chef des Huns a décidé d'adapter les pigeons voyageurs que les Romains utilisaient déjà pour l'envoi de missives... sauf que :
- parmi les cadavres du champ de bataille, point de pigeon,
- et puis, comment maintenir l'oiseau et son message en place à destination...

Il y aura aussi l'invention du morse et de l'éléphant postal...

Parodie et calembours.

samedi 31 janvier 2026

Cashero, le Superman coréen , l'homme d'aci... de cupronickel !

 Dans sa stratégie de production de programmes nationaux, suivie d'une diffusion globale, la plate-forme de vidéo sur abonnement ou à la demande, Netflix, propose Cashero ou CA$HERO depuis le vingt-six décembre 2025.

Une histoire de super-héros méconnus du public : Kang Sang-woong, notre Superman pour huit épisodes, transforme ses billets de banque en force, vitesse et sauts pour sauver la population... et récupérer quelques pièces de monnaie en cupronickel (souvenir Scott Pilgrim).

Un pouvoir assez coûteux pour cet honnête trentenaire.

Une des deux affiches d'annonce de la série expliquant le principe du super-pouvoir (Netflix).

Inspiré d'un webtoon, bande dessinée à défilement vertical adaptée au téléphone mobile, du duo Team Befar, le récit propose comment les ascendants de Kang ont utilisé ce pouvoir pendant l'occupation japonaise jusqu'à son père, taciturne taiseux, apparemment incapable de subvenir aux besoins de sa famille et au bonheur de son fils enfant, puis comment ce dernier récupère le pouvoir.

Au cours du premier épisode, l'exposition pose le trentenaire et sa petite amie tentant d'épargner pour un apport immobilier et priant la chance d'une loterie civique pour pouvoir devenir propriétaire d'un appartement dans la banlieue de Séoul.

C'est ce moment que choisit Kang père pour prendre sa retraite en transmettant et le secret et le superpouvoir à un fils qui n'en voulait pas tant, croyant que, comme d'habitude, son père devenu un très modeste paysan allait le faire repartir avec des kilos de légumes - maigre compensation pour les duretés d'antan.

La deuxième affiche au format fond d'écran : ça castagne (Netflix).

Entre une fiancée fort économe, des personnages aussi riches que dangereux dans leur intérêt pour les super-pouvoirs, et l'incapacité de Kang à ne pas sauver publiquement son prochain..., son maigre salaire de fonctionnaire d'état civil va partir en fumée et pièces de cent ou cinq cents wons à grande vitesse.


Un camion de la poste coréenne au cours de l'épisode où le héros découvre avec un second emploi dans un entrepôt logistique que sport et endurance aident à ne pas gaspiller ses billets (troisième épisode, Netflix).

Heureusement, entre l'usurière et une famille chaebol sociopathe, Sang-woong rencontre deux autres super-héros, au pouvoir tout aussi critique de la société de consommation : un avocat passe-muraille quand il est imbibé d'alcool et une jeune caissière de supérette qui brûle des calories pour taper les méchants.

Ils lui font comprendre que l'entraînement sportif et l'endurance sont nécessaires à la fois pour se battre avec méthode tout en économisant son capital lors des efforts simples.

Mais, aussi désargentés que le héros, les deux alliés doivent vivre chichement de breuvages et nourriture bas de gamme pour pouvoir être utiles... jusqu'à que le héros tente de nouvelles approches.

Cashero en action avec un sol jonché de pièces de monnaie semées sur son passage (premier épisode, Neflix).

Les amateurs d'histoires alternatives de super-héros se reposeront une petite huitaine d'heures entre les productions Marvel et DC qui se prennent au sérieux, et les critiques graphiquement explicites virulentes type The Boys, avec fond de musique western, et pop version K- ou anglophone.

Incluant des comploteurs trop bavards, la série lorgne aussi vers l'enquête du détective privé sur les motivations des personnages fournisseurs de cash : pourquoi une si grande générosité avec le père du héros et Song-woong en sachant que le remboursement paraît improbable ?

Les critiques du capitalisme consumériste apprécieront une allégorie (inoffensive ?) de nos sociétés où tout influence à dépenser futile, manger et boire trop et mal,... jusqu'à un final d'espoir de solidarité collective et de rappel de l'importance du logement et de la descendance dans une Corée en mal de jeunes familles.

Les numismates pourront lancer un concours de deviner le total de wons métalliques ou imprimés montrés au long de la série.



dimanche 18 janvier 2026

Water Island : un État indépendant entre Danemark et États-Unis de 1917 à 1996 ?

 Louisiane, Alaska, îles Vierges... Peut-être que les anciennes puissances coloniales européennes en mal de revenus ont trop donné le goût du commerce de territoires à l'ancienne puissance émergente que furent les États-Unis d'Amérique au cours de leur premier siècle et demi d'existence.

Désormais, c'est un président inspiré de Monroe, l'expulsion d'Inuits pour la construction de bases militaires, qui se tourne méchamment vers ses alliés européens pour s'emparer du Groenland, peu importe ce qu'en pensent ses habitants autonomes, sa métropole devenue prudente avec le temps, et la division de l'Alliance atlantique.

Donc, le Danemark a donné le goût de ce genre de commerce au début du vingtième siècle en cédant les Indes occidentales danoises aux États-Unis, en 1917. Elles sont depuis le territoire des Îles Vierges des États-Unis.

Des politiciens américains visaient déjà cet achat, populaire au Danemark (un archipel coûteux entre fin de l'esclavage et catastrophes naturelles) comme pour les îliens en mal de développement, dès les années 1860, pour contrer l'influence britannique dans le contexte de la guerre de Sécession.

Les historiens postaux connaissent bien une de ces îles Vierges : Saint Thomas, un nœud essentiel des routes maritimes entre l'Amérique du Nord et l'Europe d'une part, les Caraïbes et l'Amérique centrale et du Sud d'autre part.

L'île Water face à Charlotte Amalie, sur l'île Saint Thomas et capitale du territoire (Google Maps). 

Donc, après un nouvel échec en 1902, les négociations sont reprises pendant la Première Guerre mondiale et aboutissent à un traité en 1916. Les habitants se désespéraient de leur isolement économique ; les États-Unis se méfiaient de la capacité allemande à envahir ou contraindre le Danemark, et de là, à établir une base navale de sous-marins en plein milieu des Antilles.

L'immense montant en or pour le Danemark et l'espoir d'un développement local pour les habitants sont conclus par la prise de souveraineté des États-Unis, officiellement au trente-et-un mars 1917. Du côté de ses derniers, seule la Marine militaire fut contentée puisque le produit de l'impôt sur le revenu des résidents des îles est reversé intégralement au Trésor du territoire par une loi de 1922.


Cependant, avant la cession, le Danemark obtient une exception pour une petite île au large de Saint Thomas, Water Island, acquise par la Compagnie (danoise) de l'Asie orientale en 1905... ??? !!!

Ainsi, cette petite île, comparativement à Saint Thomas mitoyenne, semble vivre dans un vide juridique des États-nations de 1917 à 1944, puis devient par achat la propriété de l'État fédéral des États-Unis, avant d'être rendu à des habitants autorisés à s'y installer et s'organiser administrativement à partir des années 1960. L'État fédéral l'a finalement vendu à l'administration civile des Îles Vierges en 1996 au même prix nominal que celui de toutes les Indes orientales danoises en 1917.

L'achat de 1944 semble avoir la même logique que les tentatives évoquées : s'assurer que l'Allemagne ne parviennent à s'y établir alors qu'une base sous-marine a été installée par l'U.S. Navy juste sous la protection de Water Island.

Les articles de Wikipédia et, surtout, un site web d'histoire locale de Water Island montrent que le Département de la Défense n'a pas fait grand chose durable de l'îlet : un fort non achevé, une batterie, même le port militaire de Saint Thomas a été délaissé jusqu'à l'effondrement de l'Europe occidentale face à l'Allemagne hitlérienne en 1940. Après la Seconde Guerre mondiale, par contre, des essais d'armes chimiques dans les années 1950 ont lieu dont les précurseurs de l'Agent Orange.

Voilà pourquoi l'île est transférée au Département de l'Intérieur qui autorise l'installation d'habitants... et d'hôteliers.


Le logotype d'un hôtel ouvert sur Water Island dans les années 1960, visible au dos de plusieurs cartes postales alors (via une vente sur eBay).

Sur le site d'histoire locale et la plate-forme de commerces eBay, l'histoire postale de Water Island - indépendante de fait de 1917 à 1944, puis propriété fédérale de 1944 à 1996 - se limite à des vues de l'île, de son quai de ferry, et le confort de l'hôtel Colony Club, sur des cartes postales à partir des années 1960.

Au dos, les timbres des États-Unis, en usage dans tous les Territoires, sont oblitérés à Charlotte Amalie, la ville de Saint Thomas en face de Water Island et capitale administrative des Îles Vierges.

La légende proposée par les éditeurs de cartes des années 1960-1970 signalent le statut spécial de l'île sous contrôle du Département fédéral de l'Intérieur :

- qu'elle soit vue depuis Saint Thomas ou photographiée avec ce port en arrière-plan, elle est localisée dans "Saint Thomas Harbour", disons en français « le havre de Saint-Thomas ». Tandis que le nom de cette ville est systématiquement suivi de la localisation ", U.S. Virgin Islands".

- Et sur les cartes à visée touristique, notamment d'un hôtel ouvert dans les années 1960, elle est décrite comme « une île privée », une des plages au nom attirant les mariés en voyages de noce comme « dans une baie calme et protégée »...


Bref, d'un vide juridique géopolitique, l'île à l'accès limité par le ferry ou un yacht devient typique des propriétés privées ou îlots privatisés des Petites Antilles, attirant jeunes mariés, couples riches, célébrités fuyant obligations et photographes à sensation.