dimanche 29 mars 2026

"Des centaines de souvenirs" coréens d'objets des années 1980

 Diffusée sur la chaîne payante JTBC entre mi-septembre et mi-octobre 2025 en deuxième partie des soirées de week-end, le feuilleton sud-coréen Des centaines de souvenirs (백번의 추억) permet de vivre entre Incheon et Séoul de 1983 à 1989, période de la progressive émergence économique du pays.

Le bandeau de présentation du feuilleton Des centaines de souvenirs sur le site de vidéo à la demande RatukenViki, responsable de la diffusion internationale.

L'intrigue démarre en 1983 en suivant un groupe de jeunes femmes, receveuses d'une compagnie privée de bus urbain à Incheon, alors petite ville à l'ouest de Séoul. Par la porte placée au centre du bus, elles assurent la descente et la montée des passagers, en récupérant tickets ou monnaie.

Une des employées du bureau vérifie les caisses individuelles des receveuses, recomptant la monnaie et vérifiant la validité des tickets (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Vivant en dortoir collectif à l'étage, elles subissent clients, quelques conducteurs séducteurs, mais surtout un directeur odieux tout en aidant leurs familles, souvent modestes, et assurant ainsi les études des petites frères et sœurs.

C'est dans cet esprit d'abnégation et d'espoir que se rencontrent les deux héroïnes : Go Young-rye, l'aînée d'une famille de cinq enfants et étudiante autodidacte, et Seo Jong-hee, à peine arrivée en ville d'un passé inconnu.

Affichage d'un véritable ticket et d'un faux pour alerter, avertir même, les employées (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Pendant la phase d'exposition du premier épisode du feuilleton, les passionnés et collectionneurs de tout ce qui a trait aux transports en commun d'avant les applications sur téléphone, seront ravis. Après un service, les receveuses déposent leur sacoche-caisse à une comptable qui vérifie les montants déclarés en retriant pièces de monnaie et tickets donnés par les passagers.

Des gros plans montrent le doigt protégé de la comptable à cette tâche, entre-coupé de plans sur le rappel de tout ce que les malotrus sont capables de tendre à la receveuse en espérant que l'obligation de maintenir le rythme et la ponctualité de la ligne permette de frauder aisément.

Un panneau de tous les tickets non valides... et emballages de confiseries (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Un grand panneau montre les tickets refusés : d'Incheon mais d'autres compagnies, d'autres villes et régions coréennes, tickets de loterie,... signe de l'américanisation de la société sud-coréenne : emballage de chewing-gum.

Anecdotiques au premier regard pour le spectateur qui va comprendre rapidement que ces objets annoncent la rencontre avec le héros, mêlant fraude, justice, serviette personnalisée,...


Le thème revient régulièrement dans le feuilleton, signe de la volonté des Coréens de se développer avec les États-Unis : méthode de langue, utilisation ponctuelle mais marquée d'expression anglophone : "Alright!" quand la receveuse signale le départ au conducteur, et maints "OK!", "Thank you."...

... et une passion pour la chansons et styles musicaux liés, qu'ils soient états-uniens, ou du pays en langue coréen ou en anglais. C'est dans un tel lieu, le café Vivaldi, où un disc jockey dans sa cabine enchaîne les disques vinyle à la demande des clients.

L'intrigue finit de se développer dans ce café lors d'un rendez-vous arrangé en 2-4 : un groupe de quatre lycéennes rencontrant en public quatre lycéens, dépassant la non-mixité de leurs établissements. Les héroïnes, jeunes adultes, se laissent entraîner pour aider deux lycéennes qu'elles rencontrent entre fin des cours de jour et début des cours du soir.

... Le triangle amoureux est en place pour douze épisodes en deux époques.

L'héroïne composant une carte postale en écoutant la radio : le transistor s'est démocratisé (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Violence économique des petits-chefs et sociale des chaebols de la génération précédente, solidarité au sein de la jeune génération malgré les inégalités de vie et de richesse, la majorité des héros et des seconds rôles essaient de traverser cette émergence de la Corée.

Ainsi, même si les conditions de vie sont meilleures en 1989 - voir l'appartement mieux meublé, plus confortable et des objets de loisirs dont le transistor et le walkman, le travail et l'argent restent une problématique permanente, en plus de ne pas savoir comment commencer une relation amoureuse.

Écoutant une émission radiophonique de la nuit, l'héroïne sort une carte postale du tiroir de son bureau (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Et, c'est là qu'un mystère pour le spectateur va se développer en arrière-plan. Quand la radio se généralise et se démocratise, une émission de nuit revient tout au long de la décennies : celle où un animateur à voix profonde et apaisante lit des messages d'auditeurs, partageant leurss joies et leurs peines, permettant aux inconnus de partager leurs expériences.

En fond de chanson, elle écrit sur une carte postale qu'on ne verra plus... (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Écrire des cartes postales à une émission radiophonique pour partager, ou pour concourir à un prix : déjà vu sur ce blog, en Asie de l'Est dans un jeu vidéo : dans Yakuza 0 de 2015, le héros à peine sorti de prison a besoin d'argent et il découvre un concours de correspondance radiophonique... en 1988-1989 !

Les deux héroïnes à Incheon en 1983, une boîte aux lettres d'époque à l'arrière-plan (photographie d'écran pendant le premier épisode).

En 2026, les émissions de radio et de télévision faisaient encore appel aux spectateurs usent de sms, de courriel, de commentaires en bas de page web.

Dans le feuilleton, c'est subtil et il faut attendre les derniers épisodes pour comprendre la présence des boîtes aux lettres de rue, vert et rouge à l'époque, pourquoi l'héroïne écoute cette émission, rédige de temps en temps une carte postale dont on ne voit jamais la réception, ni le destinataire.

Une série classe ouverte.

dimanche 22 mars 2026

Hansi à Colmar : créateur de médailles et d'enseignes

 Jean-Jacques Waltz (1873-1951) est un artiste de Colmar, largement connu en Alsace sous le pseudonyme Hansi pour sa résistance à la présence allemande en Alsace-Lorraine pendant le Second Reich (1871-1918), puis poil à gratter de la France victorieuse quand il incarne «  le malaise alsacien», cette  incompréhension entre les Alsaciens et les dirigeants de la République française pendant l'entre-deux-guerres.

S'il a caricaturé les fonctionnaires, enseignants et militaires allemands envoyés remettre les Alsaciens sur le droit chemin de leur germanité, il est aussi caricaturé quand ses dessins et bandes dessinées ont servi à présenter une Alsace éternelle, cigognes incluses.

Car il fut déjà un Français convaincu, envoyé par son père étudier à Lyon, qui a rallié l'armée française en 1914, que le Troisième Reich poursuivra jusqu'à qu'il soit laissé pour mort par la Gestapo dans le sud-ouest de la France. Il finit sa vie dans la modestie et la gêne financière, aidé par des amis et les droits d'artiste).

Le Musée Hansi, à Colmar, se situe à l'étage d'un commerce de gâteaux, bonbons et autres friandises (certaines salées d'ailleurs).

Dans le musée Hansi, à Colmar, sont présentées de nombreuses œuvres de l'artiste à différents moments de son parcours. Plusieurs sont de nature à être collectionnés : livres, dessins d'humour, éducatif ou de franche propagande.

Ce qui va m'intéresser ici sont des créations de commande de sa période à Colmar entre les deux guerres mondiales, quand Hansi se retrouve entre l'Alsacien, le Français, les Allemands mariés à des Alsaciens qui reviennent, des autonomistes qu'il hait, et le risque nazi croissant. Mais, financièrement, il faut bien vivre dans cette Alsace en quête d'identité française propre à ses habitants.

Dessin pour la commande d'une enseigne de rue d'un charcutier de Colmar (collection privée).

Sont présentés sous cadre ou reproduits sur un des murs des dessins d'enseignes de commerce colmarien qu'il a créé pour divers métiers. Ci-dessus, la charcuterie Zimmer. On découvre aussi les projets pour le Café de la République, entre Marianne et Garde républicain.

Les collectionneurs de photographies de voyage et de cartes postales pourront les rechercher. Certaines sont encore visibles dans les rues du vieux Colmar ; d'autres peuvent apparaître sur des vues d'alors, notamment par métiers.

L'amateur de cette idée thématique devra sûrement explorer les ouvrages dédiés à Hansi et illustrant ces commande.

Projet de trois médailles et deux des médailles créées par Hansi pour l'Exposition artisanale de Colmar de 1931 (collection privée). 

Plus proche des collectionneurs de métaux, une vitrine de la vie artistique de Hansi à Colmar présente des peintures des rues du centre historique, ainsi que trois projets de médailles et deux de ses médailles des concours de l'Exposition artisanale de Colmar de 1931.

Les trois faces mettent en valeur la Collégiale Saint-Martin, vue à distance. Les médailles rondes l'entourant d'éléments d'armories nationales et locales, avec des espèces végétales liées : feuilles d'oliviers pour la République, grappes de raisins pour la ville.

L'avers des médailles évoquent le marteau de l'artisan de force, mais aussi, pour deux d'entre elles, les métiers participant aux concours, dont les boulangers sûrement représentés par un bretzel.


Une d'entre elle reprenant le grand marteau et la couronne de laurier, avec une Collégiale correspondant à l'autre modèle est actuellement proposée sur la plate-forme de vente eBay en bronze, non attribuée, à deux cents cinquante euros, avec mise en valeur de la signature Hansi par le vendeur.

Cette face à la Collégiale semble avoir servi à des concours artisanaux et gastronomiques les décennies suivantes. Cinq médailles, quatre d'argent et une de bronze, dont une datée 1969, d'un concours de gastronomie colmarien sont proposées pour cent cinquante euros.

Entre ces deux sommes, on trouve également des médailles rectangulaires de l'Exposition de Strasbourg de 1919, célébré le retour de l'Alsace à la France, par Henri Nocq et Hansi (recherche eBay avec mot-clés "médaille" et "Hansi").

samedi 21 mars 2026

Boîte aux lettres dans une gare de Strasbourg en travaux

 Lors d'un court séjour culturel à Strasbourg fin février 2026, j'ai découvert lors de l'attente de mon train de retour et une boîte aux lettres de La Poste et qu'une partie du hall est en travaux.

Une boîte aux lettres murale à côté de la zone en travaux du hall de la gare ferroviaire de Strasbourg-Ville, en février 2026.

Le bâtiment de la gare actuelle date, comme pour la gare de Colmar, de la période allemande, ayant été décidé dès 1870. Avec l'ouverture de la ligne à grande vitesse « TGV Est » en 2007, les bâtiments survivants sont sous une grande verrière et le parvis est devenu une place piétonne en partie engazonnée.

La partie actuellement en travaux, dont le projet est présenté sur ces fermetures à côté de la boîte aux lettres, doit rénover les commerces et accompagner une montée de gammes de certains services, notamment dans les anciens salons de l'Empereur (d'Allemagne).


Cet article est publié dans le cadre du trois centième #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky (le promoteur de cette manifestation réseausociale hebdomadaire a retrouvé la première boîte pour fêter le nombre rond, en bord de mer, dans les îles Britanniques).

samedi 14 mars 2026

Pikachu sur boîte aux lettres à Colmar

 Au cours d'une visite à Colmar, fin février 2026, une petite surprise sur la boîte aux lettres au coin du parc de stationnement de la gare ferroviaire de Colmar, en Alsace.

La boîte aux lettres, fort décorée, au bord du parc de stationnement de la gare de Colmar, en Alsace, fin février 2026 (droits réservés aux artistes de rue).

Les couches successives de peinture jaune vieillissent mal sur cette boîte. Le pied est jaune postal pâle, la couche jaune récente est écaillée... et les artistes amateurs locaux se défoulent dessus. Certains avec forme, d'autres avec le noir qui tâche.

Fin février, lors de ma visite de musées de la ville, un joli petit Pikachu, héros de la série japonaise Pokemon est intact, bien vif et souriant dans son rôle de facteur, avec sacoche de facteur !

La boîte de face avec la gare ferroviaire de Colmar en arrière-plan.

La gare elle-même date de 1904, décidée sous l'époque allemande donc, sur le modèle de celle de Danzig. Comme beaucoup de bâtiments de 1870-1918, il faut observer les différences nationales : les armoiries de Colmar et la date d'inauguration en latin datent du rattachement à la France.


Cet article est publié dans le cadre du trois centième #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky.

dimanche 8 mars 2026

Papier ou numérique : "Aucun autre choix" ?

 Attention au divulgâchage pour ceux qui n'ont ni lu le roman Le couperet de Donald Westlake (1997), ni vu les adaptations cinématographiques de Costa-Gavras (2005) et de Park Chan-wook (2025).


Depuis maintenant un quart de siècle, la démocratisation de l'accès aux réseaux de télécommunication et la capacité de ceux-ci à transporter des données de plus en plus volumineuses et rapidement a lancé ce grand débat de ce qui doit rester sur papier de ce qui peut être relégué à des fichiers numériques.

De là, des conséquences nombreuses ont jailli : effondrement du courrier individuel, développement de la vente individuelle par correspondance...

Mais, comme le rappelle la date de publication du roman The Ax de l'États-Unien Donald Westlake (1933-2008), cela arrive au terme d'une évolution industrielle qui recherche le remplacement de l'ouvrier par la machine... depuis les lourdes charges désormais déplacées par la force de la vapeur jusqu'à l'automatisation avec des robots rendus de plus en plus autonomes par leurs capteurs et les logiciels d'interprétation.

C'est dans ce cadre donc que se place Le Couperet, titre français du roman de Westlake et du film de Costa-Gavras. Pour résumer : un ingénieur papetier, passionné par son métier, le perd dans une des inspirations dont le capitalisme a le secret. Plusieurs mois plus tard, toujours au chômage, le héros décide de rechercher et d'éliminer les concurrents pour cet emploi très spécialisé.

En 1997, la fusion d'entreprises motive le licenciement ; en 2005, c'est la délocalisation de l'usine française vers la Roumanie. En 2025, en Corée, Yoo Man-soo refuse de licencier les membres de son équipe que les actionnaires états-uniens veulent remplacer par l'intelligence artificielle.

Note sur la suite : je n'ai vu en février 2026 que le film franco-coréen... La médiathèque va permettre de mettre les yeux sur le film franco-européen de 2005. Le roman original ou traduit, cela va être plus coton.

Affiche française du film Aucun autre choix de Park Chan-wook, adaptation du roman de Westlake (2025).

Quel rapport entre ce film critique du capitalisme, de la société des apparences et de la consommation, devenant une forme de comédie noire (on ne s'improvise pas assassin) et la philatélie ?

L'expression explicite et répétée de cette passion pour le papier, bien fabriqué, aux qualités choisies selon l'usage,... à l'incompréhension des épouses des chômeurs papetiers qui encouragent vainement leur reconversion professionnelle.

Dès la première scène, le héros apprécie en famille le lot d'anguilles fraîches offert par son entreprise... mais pas le papier utilisé pour écrire le mot de remerciement. Le spectateur comprend rapidement qu'anguilles et papier sont deux indices du drame à venir : il va devoir choisir entre la loyauté envers ses collègues ou rester seule tête humaine à la tête d'une usine intelligente.

La scène de sortie du bureau de poste au tiers du film de Park Chan-wook (2025).

Une fois au chômage et découvrant que les autres entreprises papetières de la région ont des places limitées pour un cadre brillant... Yoo Man-soo décide de retrouver tous les ingénieurs comme lui, identifier ceux meilleurs que lui, et les tuer.

La glorification du papier et de son rôle atteint à ce moment du film son apogée : publication d'une fausse annonce d'embauche pour une nouvelle entreprise papetière, insistant sur le choix de la correspondance écrite, du choix du papier pour celles-ci afin de sélectionner ceux qui maîtrisent véritablement cette production et son importance sociale.

Des enveloppes sans timbres-poste... L'amour du papier a des limites.

Un court moment, le film quitte les villas isolées dans la forêt des papetiers chômeurs... pour le bureau de poste. Le héros en sort avec une débordante masse d'enveloppes arrivées dans une boîte postale. Il déverse le contenu dans les bras de sa fille (personnage étonnant) qui attendait dans la voiture.

Hélas pour les amateurs de timbres-poste : étiquettes à code-barres, timbre préoblitéré de machine à affranchir,...

Le soir, dans sa serre, commence le tri... notamment le dossier du plus grand concurrent avec lettre de motivation tapée sur une vieille machine à écrire après une sélection du papier à lettre le plus approprié à cette mission de retour à l'emploi rêvé.

J'arrête là le récit puisque la suite du film sera les péripéties de trois papetiers, leurs épouses, leurs enfants, un inspecteur de police, de nombreux retournements de situation...


Le film, titré en coréen 어쩔수가없다 (approximativement Je ne peux pas m'en empêcher) et No Other Choice / Aucun autre choix en Europe, a été montré au festival italien de la Mostra de Venise 2025, sorti en Corée du Sud en septembre 2025, et en France le onze février 2026.