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lundi 17 mars 2025

Comprendre le désespoir des Chagossiens grâce à Florian Grosset

 En 2021, l'autrice et illustratrice Florian Grosset a publié The Chagos Betrayal aux éditions Myriad, sous-titré « Comment la Grande-Bretagne a volé une île et fait disparaître son peuple ».

Couverture du roman graphique avec le logotype du prix Bread and Roses 2022 de l'Alliance des libraires radicaux (site web de l'éditeur Myriad).

Native de l'île Maurice et résidant dans le Kent, elle fait le récit de l'éviction des habitants des îles Chagos par les autorités britanniques dans les années 1960 et 1970, et leur tombée dans l'oubli et la misère au sein des sociétés des Seychelles, de Maurice et du Royaume-Uni, jusqu'à ce que des Chagossiens fassent appel à la plus haute juridiction britannique pour casser la séparation de leur archipel de la colonie de Maurice sous la forme du Territoire britannique de l'océan Indien (B.I.O.T. en anglais) et obtenir le droit de retourner y vivre.

Timbre de 2017 représentant les revendications de Maurice sur les îles et zones économiques exclusives du sud-ouest de l'océan Indien, dont l'archipel Chagos.

La suite est médiatiquement et juridiquement connue : à partir des années 2000 à l'approche de la renégociation de la location  par le Royaume-Uni de l'île Chagos Garcia comme base militaire aux États-Unis d'Amérique, l'État mauricien se lance dans une campagne internationale de revendication de l'archipel : la métropole coloniale n'avait pas le droit de dépecer le futur pays indépendant d'une de ses parties.

À partir de 2010, la campagne s'intensifie : le Royaume-Uni veut faire de l'archipel une aire marine protégée... ce qui, si Maurice récupérait la zone, ne permettrait pas de l'aménager et l'employer aisément à la pression de mouvement écologiste. Ici, pour une fois, Maurice se souvient de ses citoyens chagossiens.

Enveloppe premier jour mauricienne célébrant la décision de la Cour internationale de justice sur la souveraineté des Chagos, en août 2019.

Depuis que les institutions judiciaires inter-gouvernementales ont donné raison à Maurice, cette dernière et le Royaume-Uni négocient ce retour et les dédommagements, avec les États-Unis en locataire à long terme de Diego Garcia, en donnant cependant l'impression aux Chagossiens que leur droit au retour n'est pas au cœur des objectifs des gouvernants mauriciens.

Pourtant, le traumatisme est profond et voilà pourquoi la lecture du livre de Florian Grosset me paraît indispensable aux personnes intéressées et aux philatélistes souciant exposer cette histoire par une collection : une colonisation commerciale privée de l'archipel, son dépeuplement inhumain en pleine Guerre froide au détriment d'habitants absolument pas préparée à tout ce qu'ils leur sont arrivés économiquement bien sûr, mais aussi culturellement, socialement, juridiquement.

Sur ce dernier point, le mépris des « dédommagements » jurisprudentiels entre l'ancienne métropole et les deux États d'accueil contraint, ou pire, le dédommagement direct d'un Chagossien ont permis aux dirigeants britanniques de s'en laver les mains.

Sauf que le dessin de Florian Grosset montre le malheur de comment des populations descendants d'esclaves africains et de coolies de l'Empire des Indes sont déclarées non habitants de leurs îles avec la fermeture de la plantation de coco... Malgré les générations, ils ne sont pas considérés par le colonisateur comme résidents permanents, mais comme ouvriers temporaires d'une entreprise privée qui contrôle une bonne partie de l'approvisionnement de l'île, et donc du peu de monnaie privée en circulation.

En supprimant les salaires en nourriture, en fermant le magasin de la plantation, les habitants étaient condamnés à mourir de faim ou à monter sur un des bateaux... pour un voyage évoquant les conditions - durée, chaleur, promiscuité, etc. - des navires de traite humaine. Des familles furent séparées, un membre pouvant se trouver en séjour familial ou médical à Maurice, sans moyen de communiquer ce qu'il se passait aux Chagos, que l'autre se retrouvait aux Seychelles au gré du navire partant.


Un autre horrible moment - si « horrible » a encore du sens dans tout ce qui a été vécu - : lorsque des gros bras (militaires ?) du nouveau Territoire britannique de l'océan Indien attrapent tous les chiens des îles et, devant hommes, femmes et enfants, les brûlent vifs dans le calorifère qui servait à sécher le coprah...

Officiellement, tous ces agissements sont déclarés du fait du dirigeant et du personnel de la plantation... L'Administrateur du B.I.O.T. et ses subordonnés n'avaient visiblement aucune morale, ne protégeant pas des personnes devenues des nationaux britanniques de fait.

Il reste à espérer que les Chagossiens puissent se réinstaller ou aller et venir vers l'archipel s'il le souhaite dans un avenir proche. En petit nombre, il devrait moins polluer que la base militaire de la première puissance mondiale.


Dans le contexte actuel aux États-Unis, j'évite désormais Aw@z0n pour mes livres anglophones. J'ai testé Waterstones puisque le livre est britannique ; envoi contre signature, frais de port donc supérieur à..., mais la morale n'a pas de prix dans les années trent... actuelles.

Si un lecteur anglophone connaît des librairies plus indépendantes : qu'il n'hésite pas.

dimanche 6 octobre 2024

L'album du Territoire britannique de l'océan Indien (BIOT) bel et bien clos

 Ce jeudi trois octobre 2024, les Premiers Ministres du Royaume-Uni et de la République de Maurice ont annoncé que leurs pays allaient signer un traité remettant la souveraineté de l'archipel des atolls Chagos composant le Territoire britannique de l'océan Indien (B.I.O.T.) à la République de Maurice.

Créé en 1965, pendant la Guerre froide, afin de conserver cet emplacement stratégique au centre de l'océan Indien au sein duquel les États-Unis d'Amérique négociait la location de Diego Garcia, le Territoire fut contesté dès sa création par une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies puisque cette séparation de l'archipel et d'autres îlots des anciennes colonies des Seychelles et de Maurice contrevenait à un principe sur la décolonisation adopté par la même Assemblée en 1960.

Au terme des années 1960, l'ensemble des plantations privées était fermées et la population chagossienne chassée vers Maurice, les Seychelles, une partie émigrant jusqu'en Grande-Bretagne. Cela lança un mouvement bien faible, mais continu, réclamant le droit au retour.

Si des îles et leurs habitants furent rendus aux Seychelles, le reste anima des gestes symboliques entre le Royaume-Uni et Maurice : création d'un drapeau, gestion des droits de pêche de la Zone économique exclusive d'un côté ; débats fréquents dans plusieurs institutions des Nations unies, déclaration de zone naturelle protégée de l'autre.

Au milieu des années 2000, faisant face à ses propres juridictions suprêmes sur les expulsions des Chagossiens, le gouvernement britannique organisa une visite des lieux aux exilés, notamment pour entretenir les tombes.

Mais, les affaires internationales des années 2010 accéléra l'intérêt de Maurice de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice (gérant les conflits entre États) : délimitation des Zones économiques exclusives avec les Maldives, est-ce que la création d'une zone naturelle protégée britannique n'interdirait-elle pas une pêche traditionnelle en cas de retour, droits internationaux sur la pêche et la protection des ressources halieutiques, arrivée de réfugiés à Diego Garcia, etc.

En 2019, la Cour, puis l'Assemblée générale des Nations unies, reconnurent l'archipel des Chagos comme partie de l'État souverain de Maurice. Entre 2022 et 2024, les négociations ont abouti à l'annonce du trois octobre, avec un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans pour la base militaire états-unienne.

À la signature du traité, ce timbre de 2017 deviendra la carte maritime de Maurice... enfin sauf Tromelin.


Pour les collectionneurs de timbres, l'album du Territoire est définitivement clos, après déjà l'annonce que l'Union postale universelle et ses membres ne reconnaîtraient plus les timbres de ce territoire sur le courrier international en août 2021.

Pour les géopoliticiens, il faut voir laquelle ou lesquelles des grandes puissances mondiales pourraient profiter de l'ouverture de cet espace océanique : 

- les États-Unis avec une base confortée, 

- la République populaire de Chine étendant un supposé « collier de perles » de bases navales ou de ports commerciaux vers le sud et l'Afrique.

- Comment l'Inde, la France (et ses îles Éparses revendiquées par Maurice et Madagascar), et des puissances régionales vont-elles réagir à ce changement ?

Pour les Chagossiens, les articles de presse générale, dont ceux des médias africains, leur exclusion des négociations internationales fait craindre un nouvel épisode colonial sous le joug de Maurice cette fois. La République va-t-elle autoriser un droit au retour, apporter une aide à la réinstallation et au développement humain de l'archipel ? Va-t-elle accepter le retour des Chagossiens des Seychelles et du Royaume-Uni ?

Ou a-t-elle d'autres projets avec la rente de la base états-unienne et sa zone économique exclusive étendue ? Les flottes de pêche industrielle chinoises paient bien les droits et espionnent également...


À suivre sûrement des émissions de timbres, de blocs et d'enveloppes premier jour sur cet événement de la part de la poste de Maurice, comme les épisodes précédents.

mercredi 25 août 2021

Continuation d'anciennes nouvelles océaniques en août 2021

 En cette deuxième moitié d'été 2021, quelques sujets reviennent dans la lumière médiatique et montrent comment ils ont évolué sur plusieurs années.


En Atlantique-Nord.

Le philatéliste Jean-Jacques Tillard a été décoré de la médaille de l'ordre du Mérite, lundi vingt-trois août 2021 pour son rôle dans le rayonnement de la collectivité française de Saint-Pierre-et-Miquelon par le loisirs philatéliques lors des expositions inter-américaines et internationales.

À cette occasion, il a répondu aux questions de la chaîne de radio publique La 1ère, le lendemain, permettant de mettre à jour son palmarès : cent trente médailles désormais (cent en mai 2016) et en quête du titre de Champion des champions avec sa collection des surchargés du territoire au dix-neuvième siècle, lors de l'exposition européenne Notos 2021, en novembre en Grèce.

Par ailleurs, le dix-huit juin, la maison de vente David Feldman a annoncé que Tillard est devenu un de ses représentants internationaux.


Au milieu de l'océan Indien.

Autre océan, archipels aussi difficiles d'accès : les îles Chagos sont de retour dans la diplomatie onusienne. Aujourd'hui, mercredi vingt-cinq août, BBC News Africa rapporte la décision des membres de l'Union postale universelle de n'accepter le courrier en provenance et à destination de cet archipel qu'affranchi de timbres de Maurice.

Un des timbres du onze décembre 2017 par lesquels Maurice rappelait les zones économiques exclusives que cet État revendique autour d'une île française et des îles britanniques Chagos.

Depuis la scission des îles Chagos de la colonie mauritienne en 1965, l'éviction des Chagossiens de Diego Garcia loué aux forces armées des États-Unis et l'indépendance de Maurice en 1968, le statut du territoire britannique d'outre-mer des îles de l'océan Indien (B.I.O.T. en anglais) est contesté régulièrement par Maurice.

Petit à petit, les institutions multilatérales des Nations unies reconnaissent que la scission avant indépendance aggravé par le déplacement forcé des Chagossiens est illégale. : votes de l'Assemblée générale (non contraignant), mais avis de la Cour internationale de justice en 2019, et maintenant l'Union postale universelle.

Les philatélistes seront mitigés : du courrier britannique des Chagos, ça doit être rare... On peut imaginer que les militaires états-uniens utilisent la poste militaire. Et vu le niveau des services postaux (oblitération au stylo-bille, timbre démonétisé non taxé, etc.), combien de postes iront vérifier le courrier international pour trouver ce pays-là et en vérifier les timbres ?... Maurice à coup sûr.

Rappelons qu'il faut surveiller les îles Éparses de l'océan Indien, un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises : Tromelin est revendiqué par Maurice. De plus, Madagascar revendique ces îles selon la même logique que Maurice : selon le principe de la décolonisation, la France n'aurait pas dû séparer ces îles de sa colonie malgache.

Côté puissances européennes, l'époque est à la négociation. Le Royaume-Uni a promis de donner la souveraineté du BIOT à Maurice dès qu'il n'aura plus d'intérêt pour la Défense... à une époque où les puissances mondiales s'installent dans l'océan Indien (États-Unis, Chine et son « collier de perles », ce qui braque l'Inde qui s'entraîne avec la France, etc.). Les derniers présidents français tentent de convaincre Maurice et Madagascar d'une part, les parlementaires soudainement patriotes d'autre part, d'une co-souveraineté permettant protection de l'environnement et exploitation raisonnée des ressources potentielles.

À suivre.


Outre-Manche et Outre-Indien.

Pour ceux qui trouvent qu'il y a trop d'émissions sur des sujets superflus (c'est acceptable... si vous ne les achetez pas donc), le marchand britannique derrière Norvic Philatelics raconte, dans un article du vingt-quatre août, qu'au Royaume-Uni, le tournant ciné-télé-chanteurs états-uniens sur timbres date de 2015 et que l'embauche de Matt Parkes par Royal Mail participe de ce mouvement de toucher un public de fans non philatélistes.

Un article intéressant car il rappelle que Parkes est une personne fort aimable, et qui permet de garder trace de comment évolue un service philatélique et son travail programmatique... Ce que l'entreprise en question tente généralement de ne pas évoquer.

Dans le même ordre d'idée, mais plus en phase avec ce que les collectionneurs souhaitent d'un programme philatélique national, l'American Philatelic Society évoque, le même jour, l'illustrateur srilankais Isuru Pothpitiya et ses réalisations pour les timbres de son pays, dernièrement des émissions sur la flore et les milieux humides de l'île de l'océan Indien.


Au-delà du sérieux : l'humour philatélique d'antan.

Et si tout ceci vous paraît bien trop sérieux, Peter (@stampden sur Twitter ou son blog) a rassemblé des blagues et caricatures d'inspiration philatélique qu'il a retrouvées dans les archives de la presse anglophone au fil de ses recherches en philatélie sociale.

Son dernier exemple tiré d'un journal australien au moment de la grippe dite espagnole, arrivé début 1919 en Océanie, autour de masques et de comment éviter de lécher soi-même les timbres touchés par le postier avec ses doigts...

mardi 31 décembre 2019

Bientôt beaucoup de timbres sur les Îles Éparses ?

Les Îles Éparses de l'océan Indien ont acquis une certaine notoriété philatélique depuis leur intégration en 2007 aux Terres australes et antarctiques françaises, au programme très local.

À la même période, les gouvernements français ont tenté de négocier avec Maurice et Madagascar une forme conjointe de gestion des zones économiques exclusives de ces îles... alors que ces deux États revendiquent ces terres isolées et que des parlementaires français se sont montrés très opposés.
Enveloppe premier jour de l'émission d'août 2019 : la carte rappelle que les revendications mauritiennes ne concernent pas seulement l'archipel des Chagos évoqué par les deux timbres.
Après la cartographie timbrée de décembre 2017 suite au vote à un vote à l'Assemblée générale des Nations unies en juin 2017, Maurice a récidivé le vingt-trois août 2019 grâce à la Cour internationale de justice.

Le vingt-cinq février 2019, celle-ci a prononcé un avis sur la manière dont le Royaume-Uni a procédé à la décolonisation de ses colonies de l'océan Indien. Elle estime que le fait d'avoir séparé, en 1965, l'archipel (peuplé) des Chagos de Maurice est illégal et que le gouvernement britannique doit mettre fin à sa possession de l'archipel, dont une île est louée aux États-Unis et constitue leur principale base entre Afrique et Asie.
Et, en novembre 2019, la France entre dans le jeu de la « guerre philatélique » avec ce timbre sur Tromelin au tarif international (via Phil-Ouest.com).
L'implication de cette décision peut aussi concernée à terme la France et ses îles inhabitées (sauf par des scientifiques et des militaires). Déjà, suite à leur choix distinct par deux référendums en 1974 et 1976, la séparation de Mayotte de l'archipel des Comores suscite des rappels comoriens au sein des institutions de l'Union africaine et des Nations unies.

Les philatélistes savent les nombreuses variations des limites coloniales françaises dans l'océan Indien : depuis une série par île jusqu'à l'inclusion des Comores au sein de Madagascar en 1912, avant leur séparation en 1950... Beaucoup de timbres aux noms de « pays philatéliques » variés.

Et les îles Éparses justement...

N'ont-elles pas été séparées opportunément avant le processus de décolonisation au détriment des nouveaux États de Madagascar et de Maurice ?
La une de La Gazette de la Grande Île du samedi sept décembre 2017, en pleine consultation sur les Îles Éparses à Madagascar (site web du journal).

Cela a justement fait l'actualité fin 2019 dans la Grande Île.

En 1979, l'Assemblée générale des Nations unies déclara arbitraire la séparation des îles Malagasy et de Tromelin de la colonie de Madagascar... Depuis, les problèmes de développement et de paix civile ont empêché Madagascar de poursuivre ses revendications.

Début décembre, pendant trois jours, une grande consultation a eu lieu sur ces îles. Le point de vue du journal La Gazette de la Grande Île est sans appel, dans son édition du sept décembre : « Ici c'est Madagascar » en réponse à la visite des îles Glorieuses par le Président de la République française en octobre dernier.

L'argumentaire ressemble à celui de Maurice pour Chagos et Tromelin : à l'époque coloniale, chacune des Éparses était incluse dans une des provinces de Madagascar. Et la proposition de cogestion sous souveraineté française lancée 1999 est rejetée.

Les gouvernements malgaches semblent plus prudents malgré l'intérêt pour les richesses minières aux marges maritimes de ces îles qui aideraient bien au développement.

Alors, d'ici juin 2020 et un possible aboutissement des négociations franco-malgaches, les premiers timbres de Madagascar sur les « îles Malagasy » et Tromelin ?

samedi 16 décembre 2017

De la réalité des revendications mauriciennes et des nouveautés philatéliques

Même si le blog Commonwealth Stamps Opinion et son auteur sont loués pour leur complétude face aux déluges des nouvelles émissions de timbres du Royaume-Uni et des territoires anciennement ou actuellement membres du Commonwealth, il peut toujours y avoir un doute sur l'existence des émissions qui y sont citées ou que les marchands de nouveautés proposent ensuite.

L'appât du gain des agences philatéliques privées de sinistre réputation s'associant à l'impossibilité matérielle des opérateurs postaux de proposer leurs émissions en vente par correspondance à l'unité par leurs sites web - les abonnés recevront certes.

Tel est le cas de la poste de Maurice et des trois timbres sur les zones économiques exclusives de cet État, évoqué cette semaine : ma source la plus proche de la poste était qu'ils étaient proposés par un vendeur mauricien sur la plate-forme de vente eBay.
Deux des trois lettres concernées sur lettre recommandée.
À réception de la commande, c'est le feu d'artifice : l'enveloppe est bellement affranchie avec deux des trois timbres concernés, ainsi qu'avec deux timbres émis en 2016 (Nelumbo nucifera et sentiers forestiers) et deux autres de 2017 (centenaire du peintre Serge Constantin et deux cents cinquantenaire de la police mauricienne). Pas de Tromelin, tant pis.

À l'intérieur, la série neuve et le premier jour officiel souhaités.

Merci pour le service client philatéliste.
Le timbre des zones maritimes de la République de Maurice oblitéré le mercredi treize décembre 2017, deux jours après l'émission.
De là, une réflexion sur le coût qui serait nécessaire pour disposer de catalogues ou listes à jour des timbres contemporains réellement émis sur leurs territoires d'usage - s'il n'y a pas de bulletin des services philatéliques : envoi gracieux par les postes aux éditeurs, réseau de correspondants gentiment récompensés, veille salariée des sites web, blogs, boutiques de vendeurs professionnels et amateurs, magazines étrangers, journaux des associations philatéliques locales ou spécialisées, etc...

Titanesque ! Réussi ?

Je ne sais, mais je m'interroge toujours de la périodicité des éditions annuelles de catalogues simplifiés des timbres du monde des éditeurs britanniques et états-uniens ou du tome de l'année d'un éditeur français.

Peuvent-ils être exhaustifs quant il faut plusieurs mois à des collectionneurs passionnés, sur StampBoards, pour aboutir à une liste quasi-définitive des pays n'ayant pas émis de timbres en 2017... et découvrent qu'une poste de pays en développement, Trinité-et-Tobago en l'occurence, aurait surchargé de vieux stocks pour éviter le coût d'une émission.

mardi 12 décembre 2017

Tromelin et Chagos, îles mauriciennes

Hier, lundi onze décembre 2017, la poste mauricienne a émis trois timbres sur les zones maritimes de la République de Maurice... qui devraient faire réagir les gouvernements britanniques et français, d'après un article d'hier du White Knight, l'auteur du Commonwealth Stamps Opinion, blog de suivi des émissions dans les pays membres du Commonwealth.
Carte des zones économiques exclusives, le territoire maritime de Maurice d'après elle-même (via Commonwealth Stamps Opinion).
Depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1968, l'État insulaire comprend également des dépendances isolées mais habitées, par nombre décroissant d'habitants : RodriguesAgalega (et son bureau de poste) et les écueils des Cargados Carajos.
Cartographie des fonds marins de l'archipel des Chagos (via Commonwealth Stamps Opinion). 
Cependant, le pays revendique également l'archipel des Chagos, constituant le Territoire britannique de l'Océan Indien depuis l'indépendance de Maurice et des Seychelles.

Sauf que les Français, anciens colonisateurs de Maurice, avaient également lancé des plantations à Diego Garcia administrées depuis celle qui s'appelait alors île de France avant de passer aux Britanniques en 1810... Pourquoi alors séparé Maurice et les Chagos peu avant l'indépendance ?

Surtout que c'est Maurice et les Seychelles qui ont dû accueillir l'essentiel des Chagossiens chassés par l'implantation de la base militaire états-unienne à Diego Garcia dans les années 1970... Une des dernières, mais encore active, épines coloniales du Royaume-Uni : les Chagossiens et leurs descendants réclamant un droit au retour.
Tromelin, ses dunes et sa piste d'aterrissage... et c'est tout (via Commonwealth Stamps Opinion).
Pour faire bon compte, rappeler aux expéditeurs mauritiens leur géographie et piétiner l'amitié française, un troisième timbre et le plus cher d'ailleurs montre le profil de l'île Tromelin, actuellement partie du district des Îles éparses des Terres australes et antarctiques françaises.

Comme les îles australes balayées par les vents et la Terre Adélie, quoique tropicale, Tromelin est inhabitée et n'accueille que le personnel militaire et scientifique minimal pour assurer la souveraineté française, maintenir une base météorologique et étudier l'environnement.

Pour Maurice, la version anglaise du traité de Paris de 1814 sous-entend que la dépendance tromelienne est passée sous contrôle britannique avec Maurice et les Seychelles ; et les actions britanniques jusqu'en 1951, puis françaises ensuite semblent indiquer le flou juridique de l'île.
Émission conjointe de 2014 sur la tortue verte, une des habitantes permanentes de Tromelin, avec timbres de France, TAAF et Maurice (scan de timbredujura.blogspot.fr).
Pourtant, l'amitié philatélique franco-mauricienne semblait bien se porter : émission conjointe en 2014 avec toutes les postes du secteur à l'occasion des Sixièmes Rencontres philatéliques de l'océan Indien, puis en 2015 pour le tricentenaire du débarquement des Français à Maurice.

Côté diplomatie, un accord de 2010 prévoit même la cogestion des eaux autour de Tromelin. Un accord adopté par le Sénat français en 2012, mais que l'Assemblée nationale refuse de considérer au débat en 2013 et en janvier 2017, plusieurs députés arguant de l'indivisibilité du territoire national et de la souveraineté de la France sur celui-ci - en approche du référendum d'auto-détermination néo-calédonien...

Ses timbres sont-ils un moyen de montrer l'impatience de Maurice envers les deux anciennes puissances coloniales ? Sûrement.

Maintenant, y aura-t-il réaction politicienne à Londres et Paris ?


Pour se procurer la série, je n'ai rien vu sur la boutique de Mauritius Post, mais un vendeur eBay basé à Maurice les propose.


Coïncidence des lectures, le mensuel britannique Gibbons Stamp Monthly a proposé ces deux dernières années des articles sur presque tous les territoires concernés par les revendications mauritiennes :
- en août 2016, Stephen Pendleton étudiait l'histoire postale de Tromelin et les timbres consacrés par le Service postal des TAAF depuis 2007 ;
- en janvier 2017, le même auteur approfondissait l'histoire du Territoire britannique de l'océan Indien (B.I.O.T.), les courriers qui ont pu en provenir et surtout les timbres évoquant leur importance avant la création tardive du territoire en 1965... Si tardive que Maurice accuse donc depuis le Royaume-Uni d'avoir voulu la priver de l'archipel des Chagos, stratégique en pleine Guerre froide.