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lundi 24 novembre 2025

Une carte postale oubliée relance une enquête de Mademoiselle J.

 Le dix-sept octobre 2025 en librairie, avec publication par épisodes dans le magazine Spirou à partir du numéro 4570 du douze novembre, l'éditeur Dupuis propose le quatrième tome de Mademoiselle J., écrit par Yves Sente et dessiné par Laurent Verron.

Au terme d'une mystérieuse introduction, la journaliste découvre une bien intrigante carte postale d'Indochine (Spirou 4570, douze novembre 2025).

Ce personnage d'une jeune femme photographe et journaliste, affrontant les années 1930, l'Occupation allemande de Paris, puis les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, est apparue dans Il s'appelait Ptirou, en 2017.

Dans le cadre de la diversification du personnage roux habillé de rouge, Sente et Verron imaginèrent un Oncle Paul racontant la véritable histoire de Spirou, ou de celui qui inspira le personnage de fiction. Sur un paquebot transatlantique, pendant la Grande Dépression, un dirigeant de la Compagnie générale transatlantique et sa fille Juliette, doit se rendre à New York négocier avec ses actionnaires. Elle croise le chemin de Ptirou, jeune artiste de cirque, qu'un deuil lance à la recherche du rêve américain.

De là, l'héroïne trouve une fureur de vivre et de montrer la réalité du monde, armée de son appareil photographique et de son courage. Le deuxième tome l'a confronté aux nazis, le troisième aux vastes étendues de l'Union soviétique au-delà de l'Oural.

Zoom sur le timbre dessiné sur la carte postale : 5 centimes verts (Spirou 4570, douze novembre 2025).

Ce nouveau récit a lieu en 1955. Les pays d'Indochine ont pris leur indépendance, mais le Vietnam est divisé entre un régime communiste au nord et une dictature policière au sud.

À Paris, les représentants officiels et civils (notamment religieux) des deux pays agissent pour leurs compatriotes ou espionnent au profit de leur gouvernement.

Fuyant un agent du Vietminh, une religieuse vietnamienne s'engouffre dans la librairie où Mademoiselle J. dédicace ses livres sur la place des femmes ou ses reportages dans les dictatures communistes. Au cours de l'échange avec la journaliste et avant de fuir à l'arrivée des espions, elle a le temps de laisser un message dans le sac de Juliette.

Ce dernier la conduit au siège des Missions étrangères où des sœurs vietnamiennes organisent la recherche de subsides pour leurs orphelinats. La mère supérieure paraît désintéressée et celle qui la guide se met brusquement à chanter des paroles qui touchent l'héroïne au cœur...

... cœur fragile de son mentor qui, en étendant les détails de cette histoire, défaillit, avant de demander à Juliette de descendre d'une bibliothèque une vieille boîte contenant une carte postale, envoyée du Tonkin en 1918...

Qu'est-ce qui relie ces religieuses espionnées, l'Indochine et Juliette ?


À l'échelle du petit magazine (mais serait-ce plus clair dans l'album), le timbre vert sûrement d'Indochine porte une valeur  de cinq centimes. Les éléments graphiques permettent de retrouver une allégorie de Grasset, émis en 1904 : une République au bonnet phrygien portant un rameau d'olivier (?) et à l'épée vers le sol ; une ancre marine en haut à gauche.

La série à illustration unique fut remplacée en 1907 par une série représentant des femmes des cinq pays rassemblés sous la tutelle française en Indochine.


Les adolescents curieux d'histoire du vingtième siècle et les adultes auront intérêt à se tourner vers une librairie spécialisée en bandes dessinées. Depuis quelques années, Dupuis laisse ses auteurs et dessinateurs replacer dans le contexte des années 1930 à 1950 ses personnages principaux ou son jeune public d'alors.

Le Petit Groom et son ami journaliste ont été vraiment confronté à l'occupant allemand, à la résistance par les petits gestes, à la déportation des juifs. Le comte Champignac, loufoque dans la série principale, devient un des grands scientifiques face au mépris subis par les femmes scientifiques ou les implications du projet Manhattan. Jusqu'à Ptirou et Juliette, deux jeunes gens, face aux tsunamis de l'histoire.

samedi 31 juillet 2021

Pierre, métal et interactivité : le musée de la Monnaie de Paris

 « Pierre sculptée, métal ouvragé et interactivité » est le bilan de ma visite individuelle du musée et de la visite guidée des coulisses de l'usine, encore en activité, de la Monnaie de Paris, réalisée le mercredi quatorze juillet 2021 en toute fin d'après-midi.

La salle principale de l'exposition permanente du musée du 11 Conti : l'histoire de la frappe monétaire, avec plusieurs activités manuelles et objets d'autres disciplines (photographie personnelle du quatorze juillet 2021).

Le frappeur historique de monnaies et médailles de la France a eu un musée dès 1833 et sa version actuelle du Musée du 11 Conti a ouverte en 2017 dans une version visant à convenir à de nombreux types de publics : des collectionneurs de monnaie aux enfants touche-à-tout en passant par les curieux d'histoire ou ceux des sciences appliquées et de l'industrie.

La cage d'escalier menant les visiteurs vers le musée de la Monnaie de Paris et conduisant vers la salle présentant les métaux (photographie personnelle du quatorze juillet 2021).

Depuis la rue Guénégaud, les deux visites partent de la « pierre » - un bâtiment fonctionnel (lieu de pouvoir côté quai de Conti, arrivée des métaux côté ateliers) - et remontent vers la transformation du métal. C'est ainsi que le musée s'ouvre sur une cage d'escalier aux murs composés de plaques de métal.

Fort logique, cet escalier conduit à une première salle exposant les métaux travaillés par les ateliers monétaires : forme minérale, premières formes transformées permettant de les travailler, et objets produits dont les monnaies.

De là, s'ouvre une grande salle, le cœur du musée où l'essentiel de la visite individuelle ou familiale aura lieu. Là, que l'évolution de la frappe puis de la presse monétaire est racontée : depuis sculpture et vitraux sur la frappe manuelle jusqu'aux presses à main puis à vapeur et hydraulique. C'est ici que le visiteur pourra frapper son jeton.

Le coffret de poids accompagnant la balance d'un changeur d'Amsterdam, aux Provinces-Unies en 1628. Chaque poids carré correspondant à une monnaie européenne.

En bas vers la sortie, un aller-retour vers le « trésor » : que deviennent les monnaies frappées ? Une exposition de pièces de monnaie de l'histoire européenne, dont l'unification des mesures des pièces de l'Union latine*. Quelques biographies de collections et collectionneurs : médailles de bataille sous Louis XIV - écho avec le château ? - ou Henri Abel et les poids akan du commerce d'or en Afrique de l'Ouest.

Car, en effet, les monnaies non européennes voire non métalliques ont une exposition dans ce trésor. Une exposition verticale pour le trésor de Huê capturé lors de la conquête du Tonkin et composé de lingots et pièces, notamment à trous carrés*.

Une longue vitrine illustre la diversité de la monnaie en dehors de l'Europe : depuis des matières premières végétales (feuilles séchées de tabac, fèves de cacao) ou ouvragés (textiles), jusqu'à des objets en métaux ou en verre, sans oublier les coquilles cauri. Tous et toutes, des éléments pratiques, parfois rares, souvent de grandes valeurs dans des échanges entre personnes ou populations.


Le musée propose plusieurs types d'activités et de visites spécialisées, en journée ou en début de soirée.

Afin d'optimiser mon séjour parisien, j'ai profité de la visite des coulisses, en nocturne du mercredi qui était maintenu le jour férié de fête nationale. Après une introduction sur le plan général du bâtiment - depuis l'hôtel de la monnaie dans le prolongement du pouvoir royal sur la rive d'en-face - jusqu'à l'entrée des coulisses, en fait, l'atelier encore en activité.

Il faut visiter ce musée en semaine en journée pour profiter des grandes ouvertures vitrées à travers lesquelles on peut voir les artisans et artistes de la Monnaie de Paris au travail. Après l'escalier évoqué au début, une promenade passe devant les ateliers artistiques de la monnaie : le travail du métal depuis le fondeur jusqu'au ciseleur et au patineur.

Entre la grande salle et l'exposition des monnaies, c'est une vue sur le plus grand atelier de frappe devant laquelle passe le visiteur... Bien silencieuse évidemment un Quatorze-Juillet.

Ainsi, la visite des coulisses permet de découvrir les ateliers de frappe des médailles et des monnaies en suivant la logique historique du bâtiment : de l'arrivée du métal rue Guénégaud avec la fonte et laminage dans ce secteur, et les produits se dirigeant vers les ateliers successifs jusqu'au plus grand, celui de la frappe monétaire de masse (pour l'époque, depuis l'usine de Pessac de 1973 a dépassé ces capacités) au plus proche de la salle des dépôts.

Pas de photographie permise de ces lieux sécurisés, mais une explication des enjeux industriels dans ce bâtiment historique. Comment chaque machine de presse a un rôle précis, comment l'artisan effectue précisément leurs réglages selon l'évolution chaque projet. Ainsi, est expliqué et montré, à partir d'anciennes commandes de médailles commémoratives, comment par frappes successives entre-coupés de passages nocturnes au four, l'atelier parvient à imposer au métal tous les détails souhaités par le graveur : fils d'une chevelure, relief à différents niveaux, etc.


Sous le buste du graveur général de la Monnaie, une petite vitrine des réalisations de Jacques-Jean Barre : poinçons, médailles, monnaie et timbre-poste Cérès de 1849.

Pour les philatélistes, une vitrine consacré au graveur Jacques-Jean Barre rappelle le lien généalogique entre la monnaie et la philatélie françaises puisque ce sont des graveurs généraux de la Monnaie de Paris qui réalise les premiers types des timbres de France : Cérès, le président puis empereur Louis-Napoléon Bonaparte.

Auquel, mais ce n'est pas l'objet de la Monnaie de Paris, on ajoutera le travail électro-chimique du métal par Anatole Hulot qui permit la production des plaques d'impression.

Les timbres-monnaie de nécessité sont évoquées au cours de la visite permanente avec un exemple belge et un allemand du début du vingtième siècle.


Un musée-usine à ne pas manque pour les collectionneurs de belles choses.

jeudi 26 mars 2020

Deux timbres contre le covid-19 au Vietnam le 31 mars

Signalé par Mark Joseph Jochim sur son blog Philatelic Pursuits ce mercredi vingt-six mars 2020, la poste du Vietnam va émettre deux timbres sur la prévention et la lutte contre l'actuelle épidémie de coronavirus.
Les deux timbres à émettre le trente-et-un mars (via Philatelic Pursuits).
Prendre régulièrement sa température et porter correctement un masque pour les habitants, être correctement équipés et protégés pour les personnels soignants est le message du premier timbre.

C'est moins festif que la campagne musicale de prévention que le ministère vietnamien de la Santé a lancé début mars à l'aide d'une star de la pop locale, suivi d'un concours de danse sur l'application sociale Tik Tok pour que la majorité jeune du pays s'empare des gestes-barrières.

Après la Chine qui a mis de nombreuses semaines à calmer le feu au Hubei, alors que les États européens font face et que les autres continents gèrent les premiers cas, la prévention devient plus sérieuse avec cette opposition du rouge viral au bleu ciel terrien.

Le second timbre indique la recherche médicale en cours pour trouver des traitements et, à terme, un vaccin au covid-19. Remarquons que le poing levé est un symbole utilisé dans le clip musical
Ghen Cô Vy pour signaler que le Vietnam vaincra uni la maladie.

Propagande d'unité et timbre-poste de nouveau.

Après l'Iran le dix-sept mars dernier, il devrait s'agir du second timbre consacrée à cette épidémie.

mardi 24 octobre 2017

Histoire postale de la guerre du Vietnam

La chaîne culturelle franco-allemande Arte a diffusé en septembre les dix épisodes du documentaire de Ken Burns et Lynn Novick sur la guerre du Vietnam. Aspect marquant de leur travail : avoir pu interroger librement des vétérans vietcongs et nord-vietnamiens, ce qui rappelle l'aspect-miroir de beaucoup de conflits alors que l'Europe achèvera le centenaire de la Grande Guerre en 2018.

La division du Vietnam avec la guerre de décolonisation d'Indochine, puis la guerre où les États-Unis se sont embourbés, ont produit leurs lots de timbres patriotiques et de courrier militaire. Reste à les retrouver.

Le mercredi dix-sept mai 2017, Dan Telep a proposé une conférence et sa collection de courrier militaire des insurgés vietcongs et de l'armée du Nord-Vietnam devant les membres du Collectors Club de New York - et aux internautes sur Vimeo.
La zone démilitarisée en gris et sa proximité cartographiée par les United States Marine Corps (domaine public, via la base documentaire Commons de Wikimedia).
Vétéran du conflit, Telep a servi à proximité de la zone démilitarisée entre les deux républiques vietnamiennes, lieutenant coincé entre les Vietcongs, insurgés-guérilleros communistes du sud, et les attaques de l'armée nordiste de la République démocratique, entre canonnades, coups de poing ou passages par le Laos.

Très vivant, le réalisateur du Club a dû bosser : filmer l'enseignant en marketing en mouvement, montrer les diapositives à partir du fichier, ou zoomer pour les montrer projetées car Telep y montre un détail important.

Très difficile est une collection postale militaire vietcong ou nord-vietnamienne comme l'expérience combattante de l'orateur permet de l'expliquer.
Joie ! Les pionniers de cette collection et la bibliographie sont au début de la présentation pour rappeler leur importance dans le chemin parcouru (diapositives de Dan Telep, conférence au Collectors Club de New York, dix-sept mai 2017).
Certes, la joie des soldats de ramener un sac de courrier ou une enveloppe pris à l'ennemi permet de découvrir des plis à distribuer de toute urgence, disposant de la marque de l'officier expéditeur. Mais la règle fort logique était de détruire après avoir lu...

D'où les conjectures sur les rares lettres que le collectionneur peut montrer : officiers vietnamiens n'ayant pas respecté l'ordre, sortie illicite des archives de l'État vietnamien ? Combien de courrier dans ces archives justement.

Néanmoins, les efforts de Dan Telep permet de comprendre l'organisation postale d'une zone de conflit complexe et difficile à connaître des Occidentaux.


Et des commissions militaires observant le respect des zones démilitarisées et des cessez-le-feu au nom de la Communauté internationale ?

C'est le philatéliste et blogueur indien Mani Muthukrishnan qui a montré sur Philatelic Titbits en septembre les timbres surchargés que la poste indienne fournit aux forces armées indiennes pour le courrier des commissions internationales envoyées en Indochine de 1954 à la fin de la guerre du Vietnam.
Le premier message sur Philatelic Titbits le vingt septembre 2017.
L'Inde avait en charge les transmissions postales de ces commissions. Ainsi, en 1954, Indiens, Canadiens et Polonais observèrent les premières années d'indépendance depuis leurs missions dans les quatre capitales de l'ancienne Indochine française jusqu'en 1958, puis dans les années 1960 au Cambodge et à Saïgon. Avec oblitération de Field Post Office (FPO).

Surchargés en hindi, les timbres ont suivi l'évolution philatélique indienne : nouvelle devise monétaire en 1957, nouveau filigrane dans les années 1960. La surcharge devint un ICC rouge avec le timbre Nehru au Laos et Sud-Vietnam.
Premier jour de la série du deux octobre 1968 (Philatelic Titbits, 26 septembre 2017).

L'étude de Mani Muthukrishnan se conclut par une enveloppe premier jour de la série surchargée d'octobre 1968...

Encore un neurone qui doit retenir d'aller fouiller le web et la médiathèque pour retrouver le rôle de ces malheureuses commissions coincées dans un conflits où aucun acteur ne voulait céder un pouce de terrain idéologique.

jeudi 14 juillet 2016

Paris-Philex (7) : la philatélie, une histoire des empires et de la mondialisation ?

Les deux, mon commandant !

Une passion issue du dix-neuvième siècle européen.
Le collectionneur, le philatéliste, l'historien postal ou le curieux du contexte de tout cela lira avec attention le numéro d'été du mensuel français L'Histoire - dont le site web a changé d'adresse, intitulé XIXe siècle. Le monde est à nous ! La mondialisation à l'européenne.
Couverture du numéro été 2016 de L'Histoire en vente en kiosque jusque fin août (site de L'Histoire).
Le lecteur notera toutes les images d'Européens inventifs et ingénieux, pionniers même, et d'indigènes de tous les autres continents travaillant au profit exclusif des entreprises et des États européens et des colonies de peuplement établis par l'une des plus grandes dispersions de migrants de l'histoire humaine. Plus de cinquante millions vers les Amériques... Ça relativise bien des circulations récentes.

Le philatéliste fiscal notera un timbre fiscal états-unien sur une action de 1864 de la Keystone Zinc Company de Philadelphie, page cent quatorze dans un article sur « Comment la City [londonienne] a propulsé New York »... Les débuts de la mondialisation financière.

Pour ceux qui aiment remettre en cause leurs préjugés sur les personnages historiques ou les grands actes humains, ce même numéro interroge Louis XIV et sa puissance : son règne fut-il celui où le roi absolu contrôla la noblesse ? Ou obligé de veiller constamment sur les finances du royaume et sur une noblesse frondeuse à Versailles, par les arts et les (nombreuses) guerres, fut-ce celle-ci qui contrôla le devenir de la France, le roi ne faisant que suivre ?

Le numéro des Collections de L'Histoire de l'été est aussi décapant : la famille depuis les mythes bibliques jusqu'à nos jours, de la gestation pour autrui à Rome à l'hypothèse que la filiation constitue davantage les familles que le mariage.

Quel rapport entre cette lecture impériale et mondialisée du monde et Paris-Philex ?

L'histoire postale de la conquête européenne du monde : le cas aérien de l'Afrique.
Arrivé à ce septième article sur le championnat de France de philatélie de 2016, il reste encore à aborder l'aérophilatélie et plusieurs collections montrant les liaisons postales internationales tous azimuts au cours de la première moitié du vingtième siècle, quant les puissances coloniales croyaient en leur apogée durable.

Deux compétiteurs illustrent magnifiquement cela à travers l'établissement des compagnies aériennes à travers le continent africain : René Maréchal avec l'Imperial Airways vers l'Afrique du Sud (1925-1937) et Daniel Blanquerin avec Air Afrique vers Madagascar (1925-1939).
Les premières pages des collections de M. Maréchal (gauche) et de M. Blanquerin (droite) à Paris-Philex 2016.
La confrontation de leur première page respective permet de constater la diversité des approches et des présentations... La carte de M. Blanquerin permet de constater que le continent africain est maillé par les liaisons aériennes mises en place pendant l'entre-deux-guerres, mais aussi la concurrence entre les compagnies.

L'Imperial Airways, britannique, oblique fortement vers le sud-est de l'Europe pour connecter toutes les colonies britanniques depuis l'Égypte sous influence jusqu'au Dominion sud-africain. Air Afrique ou Transafricaine en 1928, après fusion de plusieurs lignes, établit un pont entre les colonies françaises d'Afrique et Madagascar.

Deux textes d'introduction et un plan qui suit une logique d'établissement progressif des lignes, chronologiquement plus marqué chez Blanquerin, plus géographique pour Maréchal. Bonus pour le premier : une bibliographie [présenter une bibliographie par contre...].

Au bilan des juges : quel empire bénéficiait des meilleures liaisons aériennes impériales ? Aucune idée. Grand vermeil pour la collection Air Afrique et deux points devant et prenant quatre points en quatre ans, médaille d'or et meilleure collection d'aérphilatélie pour Imperial Airways.

Pourquoi pas de photographies d'enveloppes ? J'en ai pas... Un peu fatigué en fin de parcours. Pourquoi placer l'aérophilatélie si loin dans l'exposition, après polaire et ouverte, et pas aux côtés de l'histoire postale ?

Une conquête créant des connections mondialisées alors surprenantes.
Pour l'histoire postale, économique et sociale, l'impérialisme des puissances européennes, le profitisme des grandes compagnies occidentales selon la grille de lecture ou la dispersion de migrants européens connectent des territoires aussi inattendus que les exemples que je vais piocher dans quelques collections.
Enveloppe oblitérée à Jérusalem, mandat britannique de Palestine, le vingt-neuf juillet 1940 pour Hanoï en Indochine française (collection Christian Abravanel, Paris-Philex 2016).
Un courrier entre une banque de France métropole et la Banque de l'Indochine à Hanoï, logique. Sûrement moins fréquent mais envisageable avec une banque d'une autre colonie française.

Mais, entre une banque de Jérusalem et celle de l'Indochine ?! Cette enveloppe est présentée par Christian Abravanel, webmestre du site du Cercle français philatélique d'Israël, dans Les échanges postaux entre civils en provenance et à destination de la Palestine entre 1938 et 1945, sur laquelle je reviendrai dans le prochain article sur Paris-Philex.

Sous l'enveloppe, il propose un planisphère des principales voies aériennes et maritimes intercontinentales encore disponibles à ce moment de la guerre où le Royaume-Uni est seul face à l'Axe.
Lettre de Kerguelen vers Le Havre, acheminée à Point Natal par un navire ravitailleur norvégien en mars 1912 (collection Alexis Cottineau, Paris-Philex 2016).
Changement de climat et d'époque : dans une collection d'« oblitérations maritimes sur Semeuse (1903-1941) », Alexis Cottineau de l'Amicale philatélique Nostradamus de Salon-en-Provence atteint les recoins du monde de 1912 avec cette enveloppe partie de Kerguelen, acheminée par un navire ravitailleur d'un compagnie baleinière (colonisation, mondialisation et environnement) vers l'Afrique du Sud pour une remise dans les circuits postaux maritimes. En trois semaines, elle est arrivée à destination au Havre.

Mais un « monde européen » éphémère voire pas conformes aux préjugés coloniaux.
En se plaçant dans l'entre-deux-guerres, la majorité des collections se situe déjà à la fin de ces empires coloniaux : à entendre clamer qu'ils sont envahis pour être « civilisés », des indigènes qui ont suivi le chemin de la « civilisation » réclament les droits qui vont avec les nombreux devoirs qu'ils leur ont été imposés, non sans violence.
Lettre portant une Marianne de Decaris illégalement surchargée « Algérie française 23 avril 1961 » (collection Égon Habé, Paris-Philex 2016).
Bien évidemment, la collection grand vermeil de l'Alsacien Égon Habé illustre ce thème de la fin des empires avec, en philatélie moderne, « la Marianne de Decaris surchargée EA » par les autorités algériennes indépendantes entre juillet 1962 et janvier 1963.

En amont, il présente des surcharges des partisans de l'« Algérie française » (mais était-il pour l'application de toutes les valeurs de la République à toute la population ?) dans le contexte du Putsch des généraux d'avril 1961 ou des actions de l'Organisation de l'armée secrète à destination des élus de métropole.

Comment les empires coloniaux ont-ils pu finir si mal ? Exploitation contre « civilisation », racisme contre valeurs, etc. Sûrement aussi préjugés et complexe de supériorité face aux cultures indigènes jugées si pittoresques... Soupir.
Lettre de Rhodes italienne pour Téhéran en mai 1933 (collection René Maréchal, Paris-Philex 2016).
Merci à René Maréchal de fournir un formidable document de la diversité humaine, dans la seconde collection qu'il présentait, « La poste aérienne en mer Égée (1929-1947) ». Pourquoi cette zone si précise ? Elle est une escale possible sur la route entre l'Europe et le Proche-Orient - un autre courrier montre les liaisons aériennes entre pays baltes et Pologne d'une part, et la Palestine d'autre part via la mer Égée.

Ensuite, car Rhodes et les autres îles du Dodécanèse sont sous contrôle italien, alors que Mussolini veut faire de l'Italie une grande puissance, ce qui passe par l'aviation sur le modèle impérial britannique et français (voir plus haut).

Maintenant, suivons grâce à M. Maréchal cette enveloppe dont le verso timbré était présenté au visiteur de Paris-Philex et le scan du recto en-dessous. Elle est expédiée de Rhodes par un dénommé Albert Israel le onze mai 1933. Elle est déposée le lendemain à Athènes (oblitération à gauche des timbres) par Aero Espresso Italiana. Quatre jours après, Imperial Airways l'emporte d'escale en escale jusqu'à Bagdad (oblitération à droite des timbres). Là, c'est une compagnie allemande, Junkers Luftverkehr Persien, l'amène à Téhéran le vingt-et-un.

Adresse transcrite en farsi et lettre parvenue à David Israël à l'École Alliance israélite universelle, institution internationale créée en France en 1860 - fondation commémorée en France par un timbre en 2010. Le courrier passe donc, d'entreprises concurrentes en entreprises, et dont les pays d'origine sont difficilement amis selon les paires constituées ; pour permettre la correspondance entre deux personnes de confession juive, dont une vivait dans un pays à majorité chiite qui, même devenu République islamique en 1979, assure une représentation politique minimale même si avec suspicion.

L'article de Wikipédia signale comment l'Alliance israélite universelle ouvrit des écoles avec le soutien des autorités perses au tournant du vingtième siècle et qui connurent une certaine popularité auprès des élites musulmanes... Peut-être car elles furent davantage françaises au départ qu'israélites et persanes par la suite ?

Une diversité postale pour une histoire de rencontres humaines variées, au-delà des intérêts géopolitiques ou commerciaux. Très beau souvenir qu'est cette enveloppe dans une collection grand vermeil et prix spécial du jury qui rejoint le long palmarès aérophilatélique de M. Maréchal depuis 1995.

À suivre...
Encore un article sur les collections de Paris-Philex : comment la Seconde Guerre mondiale inspire les collectionneurs.