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vendredi 18 juillet 2025

Des dirigeants philatéliques bien optimistes aux États-Unis

 Le même numéro de juillet 2025 de The American Philatelist (précédemment par ici) marque aussi la dernière chronique en tant que directeur exécutif de Scott English.

Spécialiste de l'organisation d'actions et de la gestion associative et politique, il a travaillé aux enquêtes de l'association Citizens Against Government Waste dans les années 1990, avant de participer aux travaux législatifs des représentants républicains Mark Sanford et Bob Barr.

La page de titre de son bilan aux membres du Collector's Club de New York : "Une décennie en philatélie : chaleureux souvenirs et conseils pour l'avenir" (via Vimeo).

Depuis août 2015, il a été embauché comme le septième directeur exécutif de l'American Philatelic Society ; l'importance de l'APS, de ses biens (la bibliothèque notamment) et de ses actions passées et à venir pour maintenir le nombre de membres et leurs interactions, nécessitent de disposer d'un chef d'orchestre salarié en permanence, appliquant et facilitant les décisions des membres élus du Bureau.

Il a présenté un bilan détaillé au Collector's Club de New York, le vingt-neuf janvier 2025 (<= le lien mène vers la vidéo-conférence sur la plate-forme Vimeo), et un bilan résumé et affectif aux membres de l'APS donc dans ce numéro de leur journal avant le transfert de sa charge en août.

Et, contrairement à deux des courriers de lecteurs sur la multiplication des timbres émis par la poste nationale, la futilité d'une récente émission (les appâts de pêche) qui lui ferait renoncer à la collection, voire la nécessité pour la revue de relancer la rubrique des émissions abusives, Scott English quitte son poste en philatéliste aussi optimiste que Susanna Mills est confiante dans les futurs auteurs d'articles.

Il avoue être arrivé à ce poste avec le passé philatélique de base : un tiroir rempli de timbres accumulés et prenant, depuis, la poussière.

En dix ans, il a une collection mieux organisée, et même une en cours de préparation pour une exposition.

Mais, surtout à ses yeux, pour faire son job, il a rencontré, appris et repart avec des amitiés et des expériences de longue durée. Il valide ainsi le slogan de sa prise de fonction :

We don't sell stamps, we build stories.

Nous ne vendons pas des timbres, nous construisons des histoires.

Dans la courte énumération des réalisations sous son mandat, on distingue la résolution d'enjeux, particulièrement financiers et technologiques, qui ont pu diviser les membres les plus actifs de l'American Philatelic Society dans les années 2000 :

- remboursement par avance du crédit de l'achat et de la rénovation de la fabrique d'alumettes de Bellefonte, en Pennsylvanie, devenue le siège et la bibliothèque de l'APS ;

- lancement d'une bibliothèque numérique pour que l'accès dépasse les visiteurs du siège et les demandes par correspondance (recherche assistée par documentalistes et membres volontaires contre paiement) ;

- revitalisation du salon-exposition philatélique national sous la forme du Great American Stamp Show (GASS) ;

- face aux limites d'interaction sociale et de voyages pendant les premières années du covid-19, et pour favoriser les rencontres entre membres du pays-continent voire du monde entier, développement de conférences en ligne et d'un forum de discussion réservé aux inscrits (y compris non membres de l'APS) ;

- pour aller vers les non-membres et la jeunesse : création de StampEd, un mini-journal philatélique numérique et gratuit -> par ici pour s'inscrire à l'info-lettre.

Les volontaires de l'APS faisant le plein* pour l'exposition nationale (*"Gass'd up" et les lettres Empty et Full) en couverture du numéro juillet 2025 de The American Philatelist.

Et, régulièrement, des éditoriaux et des articles d'initiation et conseils aux côtés des articles spécialisés dans The American Philatelist depuis le passage à la rédaction-en-chef de Gary Loew. Il y a eu deux numéros sur les catalogues de timbres des plus généraux aux éditeurs nationaux. La présidente sortante de l'APS, Cheryl Ganz, donne des conseils pour aller à la rencontre des marchands philatéliques lors du prochain GASS, en août.


Depuis lundi quatorze juillet, le directeur exécutif de l'APS est Kirk Gillis, jusque là directeur associé adjoint et chef Ventes et Marketing de l'United States Mint, la Monnaie du département du Trésor des États-Unis d'Amérique. Le cœur de sa carrière privée a été le lancement d'entreprises numériques en Afrique de l'Est : l'esprit d'entreprise et l'échelle globale sont soulignés dans le communiqué de presse de l'APS annonçant sa prise de fonction.

Bref, trop de timbres futiles émis en 2025... Il y a tant d'autres choses à collectionner et étudier.


Complément du vendredi huit août 2025 :

En juillet, The American Philatelist publie la colère d'un collectionneur sur l'émission des appâts de pêche par la poste des États-Unis... pour que dans le numéro d'août, le nouveau directeur exécutif de l'American Philatelic Society déclare une collection de décorations de Noël liées à la pêche.

Un de ses employeurs précédents offrait des appâts de pêche enfermés dans des boules de verre à fixer sur le sapin familial, ce qui a relancé le virus de la collection.

dimanche 17 novembre 2019

Gibraltar PE (6) : L'histoire des postes locales et chérifiennes (1891-1913)

À Gibraltar, en ouverture des rencontres philatéliques, lundi vingt-et-un octobre 2019, un nouvel ouvrage a été présenté, bientôt publié par la cent cinquantenaire Société philatélique royale de Londres.

L'hôte gibraltarien Richard Garcia et le Français Maurice Hadida ont joint leurs connaissances et leurs recherches pour raconter Maroc : L'histoire des postes locales et chérifiennes (1891-1913) dans une version bilingue anglais-français, dont le premier exemplaire à peine sorti de l'imprimeur était présenté aux auteurs par le représentant du Bureau de la RPSL.

La présentation a insisté sur la démarche des auteurs et ce qu'ils estiment avoir apporté au sujet.

En sourçant convenablement, ils ont exploité les archives nationales, principalement en France et à Gibraltar, où l'ensemble des communications furent conservées. Certes, les documents liés au fonctionnement postal (dont certains furent présentés par les Archives le mercredi), mais aussi les nombreux rapports consulaires qui racontent la vie au Maroc, notamment celles des entrepreneurs qui ouvrent des lignes locales.

Entre leurs collections et celles offertes à la vue de tous par plusieurs collectionneurs, Garcia et Hadida ont, par exemple, découvert une nouvelle ligne locale ! Évoquée dans un de ces rapports justement, ils n'eurent confirmation de son existence que lorsqu'un collectionneur anonyme leur a présenté la seule lettre connue à ce jour de ce service.

Plus accessible à tous, ils développent l'étude des Maghzen en démontrant que ce sont des timbres-poste à part entière, et non des cachets. Concernant leurs couleurs variant, si la source est, tout simplement, l'encre disponible du moment, ils ont établi des niveaux de rareté pour les amateurs de ce qui est rare (croyant que ça vaudra cher ?).

L'approche est à la fois philatélique, histoire-postalique et historique. Chacun trouvera quelque chose à son goût : du récit pour le dernier, des lettres et des routes et cheminements postaux pour le second, et des études traditionnelles pour le premier. Les timbres des services postaux étrangers sont ainsi étudiés pour eux-mêmes, mais aussi pour montrer quels services ils offrent, dans le besoin de commercer en reliant les régions littorales à l'arrière-pays, et en racontant le travail des postiers-marcheurs de ces postes.

Garcia et Hadida espèrent inciter les collectionneurs à regarder leurs collections de timbres et lettres du Maroc sous un œil nouveau. Un travail déjà avancé par les articles qu'ils ont publié, ces dernières années, outre-Manche entre The London Philatelist et Gibbons Stamp Monthly (quelques résumés traînent sur ce blog dans les libellés Gibraltar et Maroc), par des présentations (telle celle de Hadida au Collectors Club de New York en 2015).

Une publication à surveiller sur le site de la RPSL et sa boutique.

samedi 11 août 2018

Traces écrites de l'Occupation des Pays-Bas

En recherchant des informations sur les auteurs de The Paper Trail, publié cette année par la Royal Philatelic Society London, j'ai pu visionner la conférence de mai 2015 de Kees Adema au Collectors Club de New York sur ce sujet dont il préparait alors le livre.
Orange, la couleur de l'espoir résistant, explique Adema en 2015 : le timbre orange à l'effigie de la Reine en haut, les valeurs complémentaires en-desous... Enfin tant que l'occupant a toléré la Reine en exil sur les timbres (couverture du livre).
Le propos de 2015 est un brillant résumé des objectifs des auteurs pour toucher un public philatélique étendu, depuis les collectionneurs de timbres aux historiens des routes postales complexes, en passant par les historiens en quête du sens intime des courriers expédiés et reçus.

En anglais et pas en néerlandais pour attirer de nouveaux collectionneurs et étudiants vers l'histoire postale des Pays-Bas et de ses colonies. Une période émouvante par ses tragédies dont Adema fut un jeune témoin : né en 1940, lui et sa famille sont expulsés d'Arnhem par les troupes allemandes lors de l'opération alliée Market Garden. Les maisons sont systématiquement pillées par les Allemands et les habitants qui revinrent chercher des biens furent fusillés.

Une présentation sommaire certes - un objet postal par partie du plan possible, mais à la profondeur historique et humaine me rappelant l'histoire de Jersey occupée racontée par Ron Brown à la RPSL en 2016 : de l'interruption brutale du courrier sortant, sa censure, les chemins de traverse pour le faire parvenir vers les pays alliés, le retour à la normalité à la Libération, et le courrier lié aux déportés...

Des anecdotes peuvent amuser ou intriguer, pour alléger la mémoire. Alors que le jour même de l'invasion l'armée allemande censure le courrier néerlandais, les postes françaises bloquent le courrier vers les Pays-Bas et le stockent... l'oublient... jusqu'en 1948 quand il est retrouvé. Les Français et 1940, une question de mémoire en effet.

Ou le parcours reconstitué d'un courrier des Pays-Bas occupé pour les Indes néerlandaises avant la conquête japonaise et, surtout, avant l'opération Barbarossa : par le Transibérien ! Ensuite, quand la guerre devient mondialement tous azimuts : passage par la Suisse puis le Portugal neutres pour une escale à New York ; ou expédition vers une connaissance résidant en pays neutre pour assoupir la censure, avant réexpédition au-delà.

L'ouvrage est en commande : Paper Trail. World War II in Holland and its colonies as seen through mail and documents , tout comme Detachment W de Derek Richardson. Ils rejoindront Timbres en guerre d'Alain Croix et Didier Guyvac'h, Band of Brothers de Stephen Ambrose et les mémoires d'Eugene Sledge qui servent de base aux séries télévisées Band of Brothers et The Pacific.

Sur Kees Adema et ses autres spécialités, notamment du courrier néerlandais pendant les troubles continentaux provoqués par les Français fin dix-huit-début dix-neuvième siècle, voir ses fiches sur le site de l'Académie néerlandaise pour la philatélie et de l'Académie européenne de philatélie.

mardi 24 octobre 2017

Histoire postale de la guerre du Vietnam

La chaîne culturelle franco-allemande Arte a diffusé en septembre les dix épisodes du documentaire de Ken Burns et Lynn Novick sur la guerre du Vietnam. Aspect marquant de leur travail : avoir pu interroger librement des vétérans vietcongs et nord-vietnamiens, ce qui rappelle l'aspect-miroir de beaucoup de conflits alors que l'Europe achèvera le centenaire de la Grande Guerre en 2018.

La division du Vietnam avec la guerre de décolonisation d'Indochine, puis la guerre où les États-Unis se sont embourbés, ont produit leurs lots de timbres patriotiques et de courrier militaire. Reste à les retrouver.

Le mercredi dix-sept mai 2017, Dan Telep a proposé une conférence et sa collection de courrier militaire des insurgés vietcongs et de l'armée du Nord-Vietnam devant les membres du Collectors Club de New York - et aux internautes sur Vimeo.
La zone démilitarisée en gris et sa proximité cartographiée par les United States Marine Corps (domaine public, via la base documentaire Commons de Wikimedia).
Vétéran du conflit, Telep a servi à proximité de la zone démilitarisée entre les deux républiques vietnamiennes, lieutenant coincé entre les Vietcongs, insurgés-guérilleros communistes du sud, et les attaques de l'armée nordiste de la République démocratique, entre canonnades, coups de poing ou passages par le Laos.

Très vivant, le réalisateur du Club a dû bosser : filmer l'enseignant en marketing en mouvement, montrer les diapositives à partir du fichier, ou zoomer pour les montrer projetées car Telep y montre un détail important.

Très difficile est une collection postale militaire vietcong ou nord-vietnamienne comme l'expérience combattante de l'orateur permet de l'expliquer.
Joie ! Les pionniers de cette collection et la bibliographie sont au début de la présentation pour rappeler leur importance dans le chemin parcouru (diapositives de Dan Telep, conférence au Collectors Club de New York, dix-sept mai 2017).
Certes, la joie des soldats de ramener un sac de courrier ou une enveloppe pris à l'ennemi permet de découvrir des plis à distribuer de toute urgence, disposant de la marque de l'officier expéditeur. Mais la règle fort logique était de détruire après avoir lu...

D'où les conjectures sur les rares lettres que le collectionneur peut montrer : officiers vietnamiens n'ayant pas respecté l'ordre, sortie illicite des archives de l'État vietnamien ? Combien de courrier dans ces archives justement.

Néanmoins, les efforts de Dan Telep permet de comprendre l'organisation postale d'une zone de conflit complexe et difficile à connaître des Occidentaux.


Et des commissions militaires observant le respect des zones démilitarisées et des cessez-le-feu au nom de la Communauté internationale ?

C'est le philatéliste et blogueur indien Mani Muthukrishnan qui a montré sur Philatelic Titbits en septembre les timbres surchargés que la poste indienne fournit aux forces armées indiennes pour le courrier des commissions internationales envoyées en Indochine de 1954 à la fin de la guerre du Vietnam.
Le premier message sur Philatelic Titbits le vingt septembre 2017.
L'Inde avait en charge les transmissions postales de ces commissions. Ainsi, en 1954, Indiens, Canadiens et Polonais observèrent les premières années d'indépendance depuis leurs missions dans les quatre capitales de l'ancienne Indochine française jusqu'en 1958, puis dans les années 1960 au Cambodge et à Saïgon. Avec oblitération de Field Post Office (FPO).

Surchargés en hindi, les timbres ont suivi l'évolution philatélique indienne : nouvelle devise monétaire en 1957, nouveau filigrane dans les années 1960. La surcharge devint un ICC rouge avec le timbre Nehru au Laos et Sud-Vietnam.
Premier jour de la série du deux octobre 1968 (Philatelic Titbits, 26 septembre 2017).

L'étude de Mani Muthukrishnan se conclut par une enveloppe premier jour de la série surchargée d'octobre 1968...

Encore un neurone qui doit retenir d'aller fouiller le web et la médiathèque pour retrouver le rôle de ces malheureuses commissions coincées dans un conflits où aucun acteur ne voulait céder un pouce de terrain idéologique.

samedi 17 juin 2017

Royal juin tout autour du monde

Trouver une destination de voyage peut être une motivation à consulter les activités de la Société philatélique royale de Londres.


Croisières ou road trip ?
Un an après, les boîtes postales de Gibraltar reviennent dans The London Philatelist de ce juin. Non sous la plume du local Richard Garcia, mais par Geoff Chivers qui, heureux hasard, a pu photographier les travaux d'installation de la boîte aux lettres au monogramme du Roi Edward VIII qui justifiait l'article de juin 2016 et l'émission gibraltarienne du dix octobre suivant.

Des récents numéros de Gibbons Stamp Monthly au London Philatelist, Richard Garcia développe les liens entre la colonie britannique et son voisin d'outre-détroit - une idée de croisière ? Dans les numéros d'avril et de juin, il s'associe ainsi avec le spécialiste français Maurice Hadida pour développer l'histoire des postes marocaines fin dix-neuvième début vingtième siècle, qui ne furent jamais partie de l'Union postale universelle.

En avril, la première partie étudiait les postes locales après une introduction sur les bureaux postaux des puissances européennes, concentrés principalement à Tanger ; d'où le besoin de systèmes locaux. Parmi les postes les plus prospères - définies comme ayant fonctionné plus de sept années, celle établie de 1891 à 1900 entre Mazagan et Marrakech par Isaac Brudo (1860-1945), fils d'un marchand marseillais installé dans la première depuis 1857. Avec celle entre Fès et Mequinez (Meknès), elle fut une des deux seules à émettre un timbre-taxe en plus de ses timbres-poste.

Le second exemple est la poste des frères Marx & Co entre Mogador et Marrakech de 1893 à 1911, pour suppléer l'échec de Mayer Maïmaran en 1892. Disposant de timbres à partir de 1895, il faut auparavant rechercher un cachet triangulaire « W / M & Co ».

Ce premier article se conclut par un tableau des seize postes locales marocaines et une note sur comment déchiffrer l'écriture manuscrite en hébreu. Il faut, entre autres, deviner la langue employée par l'expéditeur, donc la prononciation arabe ou espagnole transcrite en alphabet hébreu.

En ce juin, la seconde partie est parue avec la continuation de ces postes locales par ordre décroissant de durée. Comme pour les deux premières (présences française et allemande), les liens avec des marchands ou des autorités des puissances européennes sont soulignées. Ainsi, pour la poste de Messod Bensimon, entre Fès et Mequinez, se retrouve l'agent postal britannique à Fès, James MacIvor MacLeod. Celui-ci s'était vu refusé d'exploiter une telle route par le Post Office de Gibraltar en 1893, mais il put communiquer sur le service proposé par Bensimon en 1897.

Pour aller plus loin, Maurice Hadida a donné une conférence sur l'histoire postale du Maroc de 1852 à 1925 au Collectors Club de New York, le trois septembre 2014, visible sur le site de partage vidéo Vimeo.


Longue croisière sur les océans des archives
Carte néerlandaise de 1630 - Atlas van der Hagen - sans la coquille (Bibliothèque royale des Pays-Basvia Wikimedia Commons qui dispose de reproduction en meilleure résolution).
Avant de quitter le London Philatelist de juin, Roger Baxter y propose une étude des cartes anciennes de Bermudes - si vous préférez une croisière transatlantique. Son objectif est de deviner la cause de l'erreur des timbres de trois pence et un shilling trois pence, émis en 1953 par le territoire britannique d'outre-mer. Une des paroisses fut typographiées « Sandy's Ph. » au lieu de « Sandys Ph. ».


Ou alors, un grand pays, mais par avion
C'est dans la même ligne de recherche historique et de diffusion au public qui paraît inspiré Frank Walton lors de sa présentation des courriers internationaux aériens de Chine jusqu'en 1949 - sa seconde grande passion après le Sierra Leone présenté l'année dernière. Le résumé en pdf est accessible à tous ; le livre en ligne de l'exposition et la conférence filmée le jeudi huit juin doivent pouvoir l'être sur demande au secrétariat (or join and enjoy learning).


L'introduction est sérieuse, non sans humour, pour un historien - ou un élève français de terminale passant son épreuve d'histoire-géographie hier - ce qu'on m'a dit qu'un exposant ait censé faire sur le synopsis de sa collection remis au jury : définir le sujet, son cadre spatial et temporel, maîtriser quelques idéogrammes chinois.

Pour ce dernier point, le désormais Président-Passé de la Société se limitera aux dix chiffres de base pour les dates... une fois qu'il est bien compris que les cachets d'oblitération sont en « -ème année de règne ». De quel règne ?, sera la question en observant une enveloppe-énigme.

Tout courrier aérien - ou ayant connu une étape aérienne pendant son trajet - émanant de la Chine jusqu'en 1949 - le premier octobre fut proclamé la République populaire de Chine, mais les combats avec la République nationaliste ont duré jusqu'en 1950.
Un plan chronologique d'apparence simple... sauf quand il est expliqué à haute voix : quand débute et finit la Seconde Guerre mondiale ? (conférence à la Royal Philatelic Society London, huit juin 2017, via youTube).
Cela paraît simple, mais des courriers ont pu prendre l'avion sur une partie du parcours avant 1931, année où la poste chinoise prend en charge du courrier aérien. Voire, et les bacheliers français le savent bien : quel découpage chronologique cohérent entre les précurseurs et les tardifs ?

Donc, d'abord avant la Seconde Guerre mondiale, pendant celle-ci et après celle-ci. Easy!

Non : outre les différentes routes aériennes de la première partie que je ne résumerai pas ici - il me faudrait un été pour les comprendre et j'ai déjà celles d'Afrique de l'Ouest qui désespèrent... enfin, si je me sors d'une promesse sur la philatélie au temps de la Reine Elizabeth II, et Geralt qui m'attend... - , il faut se rappeler que la guerre sino-japonaise débutant en 1937, voire l'invasion de la Mandchourie en 1931, amorce les hostilités bien avant l'énième guerre civile européenne de 1939-1945, et que la capitulation japonaise a lieu après celle de l'Allemagne.

Un courrier partant de Chine entre 1937 et 1939 pour l'étranger par avion se placera-t-il la première ou la seconde partie ? Tout dépendra de son étude par l'historien postal, de ce que ce courrier permet de montrer et démontrer, et des trous d'illustration à combler dans l'exposition elle-même.

Même si je m'intrigue à comprendre comment fonctionnèrent les systèmes monétaires métalliques au temps jadis et comment ils ont évolué et disparu pour donner les ancêtres de nos systèmes actuels au cours du vingtième - Pourquoi ce besoin de dormir huit heures par jour ? , j'ose à peine réécouter la troisième partie de cette présentation quand son auteur annonce qu'il faut distinguer les courriers par système monétaire au sein d'une Chine en ébullition de 1945 à 1949...

Comme le Sierra Leone l'année dernière, des heures de réétude sont proposées par Frank Walton en un jeudi après-midi.


Au calme et au frais
Pour me reposer, je me tournerai tout l'été vers le Roi George VI, à l'occasion des quatre-vingts ans de son couronnement, en mai 1937. D'ailleurs, l'exposition de ce mois, proposée par Hugh Osborne au siège de la Royale, 41 Devonshire Place (ou sur le site), porte sur les timbres de ce règne aux îles Falklands - il nous manquait une zone climatique fraîche dans cet article écrit par 32°C à l'ombre.

Merci à tous ces auteurs et collectionneurs pour ces voyages.


Note du lundi quatorze août 2017 :
Concernant le Maroc, il y a une troisième partie à l'étude de Maurice Hadida et Richard Garcia : les postes chérifiennes, gérées directement par le Royaume à partir de 1892, sont évoquées dans le numéro de juillet-août de London Philatelist. Complété de témoignages français sur les rekkas, les postiers d'alors, marchant, marchant sans discontinuer.

lundi 17 octobre 2016

Quand le Collectors Club vous signale qu'il faudrait lire ce livre oublié dans la bibliothèque

Hier soir, j'ai visionné une des conférences du Collectors Club de New York, une leçon d'histoire et d'imprimerie de sécurité par Gary Granzow à partir du cas de Perkins-Bacon.
La couverture du livre de Gary W. Granzow.
L'entreprise fut fondée l'inventeur états-unien Jacob Perkins (1766-1849), émigré en Angleterre en 1819, et son associé d'alors le graveur anglais Charles Heath (1785-1848), intéressé par les machines de gravure de sécurité imaginée par Perkins pour les billets de banque des États-Unis. Joshua Butters Bacon, le gendre de Perkins, racheta les parts de Heath en 1829.

La conférence est didactique à partir des gravures tirées des brevets déposés par Perkins et d'illustrations de l'époque... et pour cause ! Au cours des questions du public, Granzow signale que, quasiment seuls Perkins et ses plus proches sont capables de concevoir, monter et entretenir les machines les plus importantes pour la gravure et l'impression.

L'entreprise fit faillite en 1935 entre concurrence de nouvelles techniques et mauvaise gestion. La Royal Philatelic Society London acquit ses archives (voir le catalogue), ce qui permit la publication en 2012 du livre de Granzow Line Engraved Security Printing qui a donné la conférence du mercredi cinq octobre dernier (résumé pdf et vidéo sur Viméo).

C'est bien beau que je trouve cette conférence passionnante, mais il serait temps que je lise ledit livre posé dans ma bibliothèque depuis trois ans maintenant... Quelle honte.

Ceux qui ne le possèdent pas peuvent profiter d'une promotion sur les derniers exemplaires possédés par la RPSL : vingt-six livres sterling contre soixante initialement, ainsi que du débat suscité sur le nombre de timbres imprimés entre Granzow et les planchistes/plancheurs victoriens, résumé sur ce blog, et paru dans plusieurs numéros du London Philatelist en 2013.

jeudi 18 août 2016

L'Algérie postale de 1603 à 1851 au Collectors Club de New York

Laissons Paris et Londres pour traverser le vaste océan et atteindre la page des conférences filmées du Collectors Club de New York. Et les conférenciers semblent s'intéresser grandement aux choses françaises quand ils ne viennent pas de France eux-mêmes !

Premier visionnage : le mercredi quinze juin dernier, Kenneth Nilsestuen, président de la France and Colonies Philatelic Society*, a proposé une promenade à travers l'histoire postale « européenne » de l'Algérie des origines jusqu'à 1851, soit le début de l'emploi de timbres-poste français.

Promenade car le conférencier n'hésite pas à aider ses auditeurs à entrer dans le pays concerné : gravures du dix-neuvième siècle, photographies des années 1950 sinon, des ruelles de la Casbah d'Alger aux paysages agricoles coloniaux. Et contrairement au Musée de l'Armée aux Invalides, les affres de l'invasion et de la « pacification » sont explicitement évoquées, notamment pour la prise de Constantine.

Les marcophiles seront aux anges à partir de l'arrivée de l'expédition militaire de 1830 avec la multiplication des lettres, des marques militaires, de désinfection, d'entrées, puis des oblitérations indiquant « Possessions d'Afrique » en bas de la couronne, remplacées en 1839 par le nom « Algérie » (avec dernière date d'utilisation connue pour la première - 25 mai 1839 - et première pour la seconde - 27 août 1839).
La plus ancienne lettre européenne connue, datée de 1603 (collection Kenneth Nilsestuen, Collectors Club, New York, juin 2016).
Néanmoins, la première partie est très intéressante même si elle comprend seulement onze plis et un document pour trois cents vingt-trois ans d'histoire d'Alger et d'Oran. Pour le dix-septième siècle, la plus ancienne lettre survivante est datée d'Alger le treize juin 1603 pour Toulon, suivie de celle d'un prisonnier italien des pirates locaux écrivant en 1674 pour demander à ses proches de payer sa rançon. Entre les deux, un document rappelle la présence espagnole sur ses côtes.

Ce qui marque également nombre de lettres du dix-huitième et dix-neuvième siècle sont les marques indiquant une désinfection arrivée en France : tampon après la Révolution, mais également traces de coups de couteau, recto acidifiée par un bain de vinaigre. D'ailleurs, trois lettres à marques consulaires françaises présentées sont des rapports sur la situation sanitaire en Algérie.

Après le début de l'invasion français, les pièces collectées se multiplient de manière exponentielle et M. Nilsestuen les suit lieu par lieu, ponctué d'évocations historiques et géographiques. Et les origines vont des militaires aux civils européens (dont une lettre de 1835 de Mostaganem pour Zagreb!?), et même algériens avec une lettre de 1832 du Dey d'Alger à un correspondant à Bougie évoquant les événements militaires.
Lettre de Bône de 1830 pour un Bazille de Castelnau, près de Montpellier... Des généalogistes vont être vivement intéressés par le contenu de ce courrier au cas où (collection Kenneth Nilsestuen, Collectors Club, New York, juin 2016).

À Bône (actuelle Annaba), c'est le Montpelliérain qui plisse les yeux. Non sur l'oblitération du trente juin 1840 qui indique, explique Nilsestuen que le postier a bricolé avec les morceaux de cachets disponibles : le millésime étant trop grand pour la couronne.

Mais quel nom pour le destinataire : « Monsieur Bazille, Castenau[-le-Lez ???] / Montpellier »... Frédéric Bazille, le peintre pas encore né alors ? Son père Gaston, vingt-et-un ans, futur viticulteur important et homme politique de la Troisième République ? Aucun lien généalogique ? Il faudrait pouvoir lire le contenu.

La dernière partie sont les premiers usages des timbres Cérès de France en Algérie en 1849, avec des exemples de lettres partis de Batna, à la même époque où les premiers convois de colons débarquent en Algérie conquise (États-Unis obligent, est rappelé que c'est contemporain de la ruée vers l'or en Californie).

Les amateurs de marcophilie et de l'histoire postale de l'Algérie sous contrôle français retrouveront cette conférence sur le site du Collectors Club et sur l'hébergeur Vimeo par ici.

* : non, je n'ai pas fait exprès que la page d'ouverture du site de cette société montre un aussi statistiquement improbable grand nombre de collectionneurs de Saint-Pierre-et-Miquelon dans l'Oklahoma en 2015.

Compléments du week-end suivant :
La lettre Bazille fera très prochainement l'objet d'un petit article sur ce blog grâce à la gentillesse de Kenneth d'avoir bien voulu me transmettre des scans de son contenu.

Compléments du mercredi vingt-six octobre 2016 :
Je modifie l'annonce de la conférence d'automne sur l'Afrique coloniale français au Collectors Club. Au lieu de l'Algérie, c'est l'Afrique française à partir du Sénégal entre 1914 et 1940 par Kathy Johnson, le mercredi dix-neuf octobre. À visionner sur le site du Collectors Club ou sa page Vimeo.

Pour ceux qui ont apprécié les illustrations paysagères de Kenneth Nilsestuen, deux articles dans Timbres magazine de François Chauvin sur les cartes-lettres illustrées d'Algérie, émises par les postes dans la seconde moitié des années 1930 : sur l'artisanat indigène (numéro de juillet-août 2016) et les vues touristiques (novembre suivant).

Compléments du samedi deux octobre 2021 :
Le vingt-six septembre 2021, Kenneth Nilsestuen a une présentation en ligne sur l'histoire postale et l'histoire en général de l'Algérie du seizième siècle à 1830 aux membres de la France and Colonis Philatelic Society (États-Unis), visible sur YouTube.

Les intéressés auront une mise à jour des plus anciens courriers connus et possédés par les collectionneurs, autant Ken Nilsestuen que la fédération philatélique turque. Comme celle de juin 2016, la présentation est riche d'illustrations d'époque de l'Algérie de l'époque moderne et des problèmes de captures d'Européens par les marins locaux.