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samedi 31 janvier 2026

Cashero, le Superman coréen , l'homme d'aci... de cupronickel !

 Dans sa stratégie de production de programmes nationaux, suivie d'une diffusion globale, la plate-forme de vidéo sur abonnement ou à la demande, Netflix, propose Cashero ou CA$HERO depuis le vingt-six décembre 2025.

Une histoire de super-héros méconnus du public : Kang Sang-woong, notre Superman pour huit épisodes, transforme ses billets de banque en force, vitesse et sauts pour sauver la population... et récupérer quelques pièces de monnaie en cupronickel (souvenir Scott Pilgrim).

Un pouvoir assez coûteux pour cet honnête trentenaire.

Une des deux affiches d'annonce de la série expliquant le principe du super-pouvoir (Netflix).

Inspiré d'un webtoon, bande dessinée à défilement vertical adaptée au téléphone mobile, du duo Team Befar, le récit propose comment les ascendants de Kang ont utilisé ce pouvoir pendant l'occupation japonaise jusqu'à son père, taciturne taiseux, apparemment incapable de subvenir aux besoins de sa famille et au bonheur de son fils enfant, puis comment ce dernier récupère le pouvoir.

Au cours du premier épisode, l'exposition pose le trentenaire et sa petite amie tentant d'épargner pour un apport immobilier et priant la chance d'une loterie civique pour pouvoir devenir propriétaire d'un appartement dans la banlieue de Séoul.

C'est ce moment que choisit Kang père pour prendre sa retraite en transmettant et le secret et le superpouvoir à un fils qui n'en voulait pas tant, croyant que, comme d'habitude, son père devenu un très modeste paysan allait le faire repartir avec des kilos de légumes - maigre compensation pour les duretés d'antan.

La deuxième affiche au format fond d'écran : ça castagne (Netflix).

Entre une fiancée fort économe, des personnages aussi riches que dangereux dans leur intérêt pour les super-pouvoirs, et l'incapacité de Kang à ne pas sauver publiquement son prochain..., son maigre salaire de fonctionnaire d'état civil va partir en fumée et pièces de cent ou cinq cents wons à grande vitesse.


Un camion de la poste coréenne au cours de l'épisode où le héros découvre avec un second emploi dans un entrepôt logistique que sport et endurance aident à ne pas gaspiller ses billets (troisième épisode, Netflix).

Heureusement, entre l'usurière et une famille chaebol sociopathe, Sang-woong rencontre deux autres super-héros, au pouvoir tout aussi critique de la société de consommation : un avocat passe-muraille quand il est imbibé d'alcool et une jeune caissière de supérette qui brûle des calories pour taper les méchants.

Ils lui font comprendre que l'entraînement sportif et l'endurance sont nécessaires à la fois pour se battre avec méthode tout en économisant son capital lors des efforts simples.

Mais, aussi désargentés que le héros, les deux alliés doivent vivre chichement de breuvages et nourriture bas de gamme pour pouvoir être utiles... jusqu'à que le héros tente de nouvelles approches.

Cashero en action avec un sol jonché de pièces de monnaie semées sur son passage (premier épisode, Neflix).

Les amateurs d'histoires alternatives de super-héros se reposeront une petite huitaine d'heures entre les productions Marvel et DC qui se prennent au sérieux, et les critiques graphiquement explicites virulentes type The Boys, avec fond de musique western, et pop version K- ou anglophone.

Incluant des comploteurs trop bavards, la série lorgne aussi vers l'enquête du détective privé sur les motivations des personnages fournisseurs de cash : pourquoi une si grande générosité avec le père du héros et Song-woong en sachant que le remboursement paraît improbable ?

Les critiques du capitalisme consumériste apprécieront une allégorie (inoffensive ?) de nos sociétés où tout influence à dépenser futile, manger et boire trop et mal,... jusqu'à un final d'espoir de solidarité collective et de rappel de l'importance du logement et de la descendance dans une Corée en mal de jeunes familles.

Les numismates pourront lancer un concours de deviner le total de wons métalliques ou imprimés montrés au long de la série.



dimanche 23 novembre 2025

Un marronnier japonais : les pièces de 500 wons sud-coréens

 Tiens, je découvre un marronnier japonais, c'est-à-dire une série d'articles saisonniers ou cycliques : la trop grande similarité physique entre les pièces de 500 yens japonaises et de 500 wons coréennes depuis l'introduction de ces dernières en 1982. Plus de quatre décennies, c'est du marronnier bien planté sur ses racines.

Cependant, le sujet est grave : la différence en valeur réelle pénalise grandement les petits commerces japonais d'une part, et les entreprises de distributeurs automatiques qui ne parviennent pas à distinguer les deux. Distributeurs d'objets dont il peut suffire de pousser le levier pour qu'il rende 500 yens, mais pas forcément la pièce coréenne mise ; ou distributeur bancaire permettant le dépôt de monnaies en échange immédiat de billets de banque. Oui, pour cette seconde activité massive, on parle bien de groupes criminels organisés.

On pourrait croire que les revers suffiraient : le dessin végétal chargé au Japon face à un seul oiseau sur une surface lisse en Corée. Mais, il semble que la situation soit plus complexe que le seul vieillissement de la vue des employés. Il n'en est rien.

Le revers des deux pièces : japonaise à gauche, sud-coréenne à droite (via la base d'images libres Commons de Wikimedia).

Certes, le problème est commun à d'autres pièces de monnaie entre pays de voyageurs : cents cuivrés occidentaux, pièces jaunes entre euros et monnaies d'autres pays européens.

Il est difficile de s'en débarrasser puisque seuls les billets sont échangeables en bureau de change dans le pays d'arrivée de ces monnaies. Et, surtout, les valeurs en conversion et donc en pouvoir d'achat sont opposées.

Pour le cas présent, 500 wons sont équivalents à 50 yens d'après l'article de The Asia Business Daily du vingt-et-un novembre 2025. En euro, on passe d'environ trente centimes version coréenne à un peu moins de trois euros version japonaise...

Les trois versions successives de 500 yens japonais : depuis 2021, les pièces sont bicolores et chargées d'éléments de sécurité sur la tranche et à l'intérieur des deux zéros (via la base d'images libres Commons de Wikimedia).

Certes, le restaurateur japonais, principale victime interrogée dans l'article, n'accuse pas forcément le client, ayant pu être trompé lui-même, ni n'accuse des Coréens de profiter de leurs pièces.

Néanmoins, l'inflation des ingrédients touchant sa profession et la réputation des mafias locales à détrousser de pièces de 500 yens ou de marchandises en utilisant des pièces de 500 wons... Il a compris que si plusieurs clients malhonnêtes s'y mettent, ça va lui coûter cher.

Les hypothèses historiques pour les commerçants :

- le « vilain petit canard » en wons que tout le monde se refile depuis qu'il a fini dans le circuit monétaire des particuliers japonais... jusqu'à ce qu'un collectionneur, un petit marchand de monnaie ou une banque l'isole. Que celui qui n'a jamais tenté de refiler un cent états-unien au supermarché français jette la première pierre.

- Le touriste qui profite pour vider ses poches de la monnaie de l'étape coréenne à bon prix. Certes, aucune nationalité n'est accusée, mais la croissance touristique en provenance de la Chine populaire commence à irriter une minorité d'habitants et commerçants en Corée par exemple - les discriminations nationales ou géopolitiques ne sont hélas pas le privilège des Occidentaux.

- Par contre, le salaryman japonais est identifié, notamment la manière dont quelques-uns vivent à un rythme aussi rapide que la croissance du profit souhaité par leurs compagnies, au mépris de la légendaire politesse est-asiatique (je dois avoir plusieurs préjugés...).

En effet, le restaurateur explique que les dernières pièces coréennes ont été retrouvées quand un client part après son repas en déposant un amas de pièces sur le comptoir, sans attendre que l'employé vienne vérifier, rendre la monnaie, et saluer ! Ou que pressé de contenter le client partant, il n'a pas le temps de vérifier chaque pièce.


Pourtant, comme le montre la deuxième image ci-dessus, partagée par les utilisateurs de Wikipédia, les autorités japonaises ont pris le problème au sérieux, surtout quand il s'agit de milliers de pièces circulées par les groupes criminels.

En 1999, le ministère des Finances a modifié l'alliage métallique, allégeant la pièce... Las ! Les mafias ont fait limer ou poncturer les pièces coréennes jusqu'à ce que les automates de vente soient trompés.

Depuis 2021, le changement est radical au moins pour le contrôle visuel et manuel : bicolore, nouveaux éléments inédits de sécurité sur la tranche et à l'intérieur des deux zéros : les mots « JAPAN » et « YEN » apparaissant dans les stries selon l'inclinaison.

Il va peut-être falloir totalement retirer de la circulation les pièces de 1982-2021 en les démonétisant avec échanges, probablement en mettant en place une ligne directe avec la police pour signaler tout mouvement suspect et en masse de pièces de 500 wons.

samedi 4 janvier 2025

Le billet de 50 000 wons qui rend fou

 Depuis que les plateformes de vidéo à la demande états-uniennes ou panasiatiques recherchent de nouveaux produits peu coûteux et que les sociétés audio-visuelles sud-coréennes tentent de profiter de la Hallyu, lancée par l'exportation de la musique K-pop, il est facile de suivre des K-dramas, feuilletons d'une saison de genres aussi variés que les séries et mini-séries feuilletonnantes occidentales.

La tirelire de plusieurs milliards de wons au-dessus des « joueurs » de la série Squid Game (extrait de la saison 2 sur Netflix).

Pour moi, ce fut le début de la politique d'importation de Netflix et le confinement de mars 2020 qui me conduisit à découvrir la Corée du Sud et sa manière audio-visuelle de raconter avec Itaewon Class.

La marelle du calamar (le squid game) dessinée au sol dans la cour d'un musée de Jeju (photographie de juillet 2024 sous licence Creative Commons BY-NC-ND 4.0).

Plus tardif, en 2021, c'est l'horrifiant Squid Game qui attira les téléspectateurs occidentaux qui baignent dans la télé-réalité sado-masochiste depuis les années Big Brother 1990-2000 : quatre cent cinquante-six désespérés d'une société ultra-libérale, égoïste, plongés dans des dettes qui réduisent leur famille à la misère, etc. sont invités à participer à une série d'épreuves inspirés de jeux d'enfants.

Le billet de cinquante mille wons de 2009 qui fait courir tous les héros de cet article (fac-similé via Wikipedia).

Sans divulgâcher, à présent que la seconde saison a été lancée après Noël 2024 et que l'Avent a vu les fameux gardiens en rose à masques noirs animer des épreuves similaires auprès de célébrités et du grand public dans plusieurs grandes villes mondiales :

chaque participant qui perd selon la règle du jeu est « éliminé », au sens mortel du terme.

Et chaque élimé accroît la cagnotte de dix millions de wons en grosses liasses de billets de cinquante mille wons à l'effigie de Shin Saimdang, artiste pluri-disciplinaire du seizième siècle. Cagnotte en forme de tirelire-cochon jaune transparente, seule lumière nocturne au-dessus de l'immense dortoir des joueurs... désespérés de remporter les 45,6 milliards de wons (environ 30 à 35 millions d'euros selon le change)...

... ou désespérés de quitter avec la cagnotte partielle divisée en part égale entre les survivants tant qu'ils le peuvent. Et chaque soir, un vote pour savoir si tous restent ou tous partent...

Si le contexte ultra-libéral et philosophique peut rappeler la société coréenne moderne et celle occidentale où certains souhaitent tuer l'État-providence, le fait qu'il y a trois saisons (enfin deux, la deuxième coupée en deux temps de mise en diffusion) avec un nombre limité d'épisodes est un modèle occidental : Netflix a permis à l'auteur Hwang Dong-hyuk de passer son histoire à l'écran.


Quand un des héros retrouvent les milliards volés à sa mère dans la chambre d'octogénaires (capture d'écran promotionnel de la plateforme Kocowa).

À l'opposé, il y a le drama d'une grosse vingtaine d'épisodes démarrés en septembre 2024 et qui continue en ce début 2025, évoquant les feuilletons états-uniens d'après-midi française de TF1 des années 1980 : grand nombre de personnages aux intrigues croisées sans qu'ils se rendent compte qu'elles les rassemblent tous autour d'un magot que seul un couple d'aïeuls connait l'emplacement !

C'est l'intrigue et les faiblesses d'Iron Family (다리미 패밀리) car même moi bon public commence à trouver le temps long pour clore l'histoire. Mais, comme elle concerne ce fameux billet et une façon fétichiste de le conserver !

Tous les billets portent un numéro en AA... de la toute première émission de 2009 ! (capture d'écran promotionnel de la plateforme Kocowa)

L'intrigue simple tient en deux familles.

Une est laborieuse, mais pauvre : depuis la mort de son époux, la mère et ses beaux-parents octogénaires tiennent une blanchisserie dans un vieux quartier convivial du grand Séoul, avec l'aide de la fille cadette aveugle et d'un jeune homme accueilli quand il dut quitter l'orphelinat. Le fils aîné est devenu policier et s'apprête à se marier avec la fille de sa supérieure, l'aînée est une excellente styliste dans l'entreprise de mode de la seconde famille - qui a pour blanchisseurs... et oui.

L'autre famille est richissime à se disputer du matin au soir. Le dirigeant de mode a épousé la fille d'un défunt usurier et il vit sous le toit de la maison de sa femme, dont il a éduqué le fils comme le sien. Par contre, au sein de l'entreprise, le fils doit montrer ses capacités à gérer le studio de styliste déjà évoqué et éviter l'accusation de népotisme.

Par un hasard digne des séries coréennes, la fille aveugle et le fils manager se sont brièvement connus il y a dix ans... ce qui va rendre complexe la situation de la fortune dont il va être question.

Maintenant, l'intrigue est complexifié par un magot illégal. La mère riche et oisive cache un secret : dans un coffre-fort dans la maison, son père avant de mourir a caché tous les nouveaux billets en « AA » que ses hommes de main ont pu trouver en 2009. Il en a fait un tas de dix milliards de wons.

Mais, pour gruger le fisc, il a laissé une lettre à sa fille : elle ne doit pas utiliser un seul de ses billets jusqu'au premier janvier suivant les quinze ans après sa mort. Là, la prescription lui permettra de profiter des dix milliards sans impôts de succession !!!

...

Sauf qu'entre un employé indélicat, les anciens voyous récupérateurs de dettes, une émigration illégale vers la Chine qui tourne mal ; bref, une tentative de voler le magot réussit et échoue en même temps...

Dormir sur un lit de billets permet-il un meilleur sommeil ?

... puisque les liasses milliardaires se retrouvent, par un hasard incroyable, entre les mains... enfin, sous le matelas des octogénaires blanchisseurs.


Une série à voir pour le fétichisme de l'argent - Fait-il ou pas le bonheur même quand on en a besoin ? -, la collection par numéro de billets de banque. Et se demander comment à deux épisodes chaque week-end, au bout de quatre mois début janvier 2025, cette série va parvenir à avoir une fin digne et non bâclée.

A priori il y aura plutôt un happy ending par rapport à Squid Game.


Pour de meilleures séries que Iron Family (avec une intrigue qui avance mieux) et plus heureuse que Squid Game, dont certaines évoquées sur ce blog par le lien avec la monnaie, la correspondance écrite ou une boîte aux lettres :

- Itaewon Class,

- What's Wrong With Secretary Kim?

- Hometown Cha Cha Cha, [que je verrai bien adapter par France 3 en littoral ou en rural]

- Start Up,

- Forecasting Love and Weather,

- Navillera,

- The Golden Spoon,

- Fanletter please,

- Twenty Five - Twenty One,

- A Good Day to be a Dog,

- Lovely Runner,

- Yumi's Cells.

Et oui, je sais, je dois trouver le temps de continuer mon récit de voyage en Corée.

jeudi 27 juillet 2023

Une semaine en Philatélie : découverte, partage et entraide en juillet 2023

 Si périodiques imprimés et associations sont utiles aux échelles géographiques de leur public respectif, le partage sur les réseaux sociaux permet des échanges philatéliques internationaux. Découvertes, partages de documents et entraide à travers quelques exemples vus sur Twitter pendant la seconde moitié du mois de juillet 2023.

Timbres gravés thématique oiseaux sur le fil Twitter de @EngravedStamps.

Amoureux des timbres gravés et imprimés en taille-douce ? Besoin d'une image quotidienne pour votre plaisir ?

Abonnez-vous au fil Engraved Beauties de @EngravedStamps qui publie un timbre gravé par jour, avec un petit suivi par thème ou pays ou artiste sur quelques jours.

D'ailleurs, éditeurs de catalogues ayant consciencieusement notés dans leur base de données la méthode de création et d'impression de chaque timbre, à quand la publication d'un catalogue mondial des timbres gravés (suivi d'une impression taille-douce ou d'une plate impression) ou la possibilité de commander un catalogue personnalisé à partir de ce motif ?

Annonce de publication d'un article sur son blog par Rajnish Joshi sur Twitter.

Présent sur Facebook et Twitter, Rajnish Joshi de Bhopal collectionne les timbres de la thématique santé et publie un blog titré Health and Medicine in Postal Stamps.

Il a entamé une série d'articles sur l'histoire de la Croix-Rouge par les timbres. Le deuxième porte sur « La philatélie de la Croix-Rouge et les deux Guerres mondiales », hier vingt-six juillet 2023.

Les timbres présentés sont liés aux activités de l'organisation de secours, à leur financement par des surtaxes sur les timbres-poste en temps de guerre, puis en temps de paix... jusqu'aux années 1960 à partir desquelles les programmes philatéliques connaissent une inflation, incluant la thématique de la Croix-Rouge.

Un exemple des multiples publications didactiques de la Korea Stamp Society sur Twitter.

La Korea Stamp Society propose sur Twitter de nombreux exemples de timbres-poste, fiscaux, sociaux de la Corée, de l'occupation japonaise, de la libération par les États-Unis et l'Union soviétique, des deux États coréens depuis.

Une partie renvoie vers des articles plus approfondis sur son site web, réservé aux membres, mais pour lesquels l'adhésion est gratuite pour la première année, avec ensuite des années offertes si vous proposez des articles. La société vivant des dons et de la vente de publications imprimées.

Hier, mercredi vingt-six juillet 2023, est ainsi proposé ce qui pourrait apparaître comme une empreinte de machine à affranchir noire à valeur de 450 wons, oblitérée en rouge en février 1985.

Que nenni ! Il s'agit d'un billet pour magasin militaire : voir l'emblème au centre supérieur, et dont la marque rouge signale la période d'utilisation possible.

Bande de journal de l'État libre d'Orange vers l'Allemagne de 1882... RRRare ?

Plus pointues sont certaines pièces commentées et les échanges qu'elles suscitent entre collectionneurs spécialistes. Le vingt-et-un juillet dernier, Yannis Lazarides a partagé une bande du journal Friend of the Free State, publié à Bloemfontein au dix-neuvième siècle. Elle est affranchie d'un bloc de quatre timbres de l'État libre d'Orange, probablement oblitérés en 1882. Destination : la Bavière, membre de l'Empire allemand.

Une accumulation de chances pour l'historien postal : une bande de journal qui a survécu à la poubelle ou au décollage des timbres, d'un pays postal qui allait disparaître avec l'unification sud-africaine suite aux guerres des Boers. Et vers un pays lointain, certes voisins et rival de l'Empire britannique qui allait annexer cet État libre.

Dans son fil de trois messages, Yannis Lazarides montre un autre exemplaire pour le même journal, avec timbre surchargé par les forces britanniques, et comment il faut remonter la provenance et retrouver les sources bibliographiques pour composer un récit d'histoire postale ou socio-postale pour intéresser un lecteur ou le public d'une exposition.

...

La seconde pièce de Lazarides approfondie par l'historien social-postal Peter @stampden.

Et de là, partage social aidant, un autre philatéliste rebondit avec sa spécialité et sur son blog The Philatelist as Social Historian. Peter @stampden pratique de manière très approfondie l'histoire sociale-postale : étudier la société, des personnalités, des faits à partir d'objets postaux, en s'appuyant sur les archives de plus en plus numérisées.

Sur son fil Twitter et son blog, il montre comment cela peut aller de manière assez simple à partir de la correspondance. Ici, la biographie et la généalogie du destinataire de la seconde bande montrée par Lazarides : Charles Wyndham (1871-1953), le correspondant du Daily Mail auprès du général Gatacre pendant la première Guerre des Boers. Le journal lui est d'ailleurs envoyé où se trouve le général à ce moment-là.

Et ce Charles eut pour fils Leonard Athol Wyndham (1899-1947), un philatéliste et historien postal sud-africain notamment de la poste aérienne de son pays. D'où le grand nombre d'artefacts postaux intacts liés aux activités de son père, journaliste de guerre puis fonctionnaire et élu au parlement du Cap, et aux siennes au même parlement.

L'article permet de retrouver le parcours de plusieurs familles de migrants britanniques circulant au sein de l'empire, et si une enveloppe ou une carte postale le permet d'affiner ce parcours.

Je vous conseille d'éplucher les twitts de Peter @stampden sur une thématique oviparité ultra-précisée autour de l'oologie, (#oology sur Twitter) la partie de la zoologie spécialisée sur les comportements des oiseaux autour de l'œuf, du nid, de cette stratégie de reproduction sous coquille.

Ce n'est pas qu'une collection d'œufs ou de nids sur timbres, ce sont aussi de nombreuses enveloppes et correspondances de zoologues et d'ornithologues, de musées et laboratoires, avec biographie professionnelle voire reconstitution des voyages de recherche des scientifiques expéditeurs ou destinataires de ces courriers.

Initiation à la philatélie ou à la recherche ? Identifier un timbre-poste correctement.

Plus simple... ou en première étape de toutes les recherches partagées, on peut débuter par identifier correctement un timbre postal.

C'est ce que la Scouts on Stamps Society International (SOSSI, présente sur Facebook et Twitter) a proposé au Jamboree national états-unien, qui a lieu en Virginie-Occidentale cet été.

Pour obtenir un badge d'identification philatélique, les scouts sont invités à apprendre à identifier des timbres-poste : observation des indices, recherche en catalogue depuis l'index jusqu'au numéro du timbre grâce à sa valeur faciale, sa couleur, etc.

On peut imaginer, comme nombre de collectionneurs l'ont fait au fil de leur accumulation ou dans le cadre de la collection un timbre / un pays (définir pays postal ?), des niveaux de badges selon les difficultés linguistiques, les abréviations, les pièges des faux-amis les vignettes, et quel changement provoque cette surcharge, etc.

En plus, une activité-jeu qui peut animer une manifestation philatélique avec pédagogie et mérite pour les visiteurs venant découvrir le loisir lors d'une journée du timbre. Mais beaucoup ont dû y penser avant moi : la preuve avec Donald Duck, collectionneur de timbres dès 1952, spécialiste en monnaies rares puis en timbre avec avion à l'envers en 1990.

lundi 1 mai 2023

Le won de l'unification dans l'adaptation coréenne de La casa de papel

 De 2017 à 2021, la série espagnole La casa de papel a captivé les téléspectateurs de la chaîne Antena 3 puis du service en ligne Netflix. L'intrigue : sous la direction du Professeur, un groupe va braquer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre en plein Madrid.

Netflix fournissant de nombreux marchés nationaux a une politique de commande délocalisée pour fidéliser le public local, et, selon le contexte, porter la production à l'international : voir Lupin avec Omar Sy.

La casa de papel est ainsi repris dans le contexte des relations inter-coréennes dans Money Heist: Korea – Joint Economic Area - 종이의 집: 공동경제구역. En français, La Maison de papier : Zone économique commune. La première saison a été mise en ligne en deux blocs : six épisodes en juin 2022, les six derniers en décembre dernier.

Dans un futur proche, les deux Corées se sont rapprochées. La circulation entre les deux pays est possible et l'unification monétaire est en cours accompagnée d'investissements sud-coréens au nord et d'exportations du nord vers le sud.

Dans ce cadre, une métropole-nouvelle avec statut de zone économique spéciale a été construite dans la zone démilitarisée. Tout le plan circulaire est centré sur l'imprimerie des nouveaux billets de banque.

Extraits du début de la série : exposition des nouveaux billets et observation sous la loupe du billet-héros par un imprimeur (captures trouvées grâce à Google Image).

La mise en place du lieu et des personnages permet de découvrir ces billets imaginaires. Un groupe de lycéennes, dont la fille de l'ambasssadeur des États-Unis, passe l'exposition montrant les billets déjà en circulation et celui qui est en cours d'impression et qui est au cœur du braquage.

Compter l'argent dans une société de l'exploitation des opportunités (captures trouvées grâce à Google Image).

Les retours en arrière (flashbacks) permettent de découvrir la diversité des Coréens et de l'histoire récente de leurs deux pays, dans un Sud capitaliste libéral et les mauvais souvenirs et les espérances des migrants du Nord. Compter l'argent nouveau n'est que compter la monnaie précédente pour plusieurs des personnages secondaires abusant des futurs braqueurs.

Le Professeur n'a donc que peu de mal à trouver son équipe multi-tâches et aux motivations variées pour qui les quatre trillions de wons n'ont pas forcément la même signification.

Le billet de cent mille wons au cœur de l'intrigue (trouvé grâce à Google Image).

Le billet de cent mille wons, plus grosse coupure de la monnaie unifiée, est montré sous plusieurs formes : en grand sur un poster dans l'exposition, sous forme de feuilles en cours d'impression, sous la loupe de l'imprimeur-contrôleur, etc.

Sur son compte Twitter, le journaliste Shreyas Reddy, actuellement correspondant d'un média spécialisé dans la Corée du Nord, a analysé les trois billets créés dans la série télévisée, le vingt-quatre juin 2022.

Il rappelle ce que chaque livre d'histoire générale sur la péninsule de Corée apprend au lecteur : il y eut plusieurs royaumes médiévaux dans cet espace, unifié progressivement puis conquis par le Japon au début du vingtième siècle, et divisé sous d'autres logiques par la libération de 1945 et la Guerre froide. Cela entraîne donc une lecture de l'histoire médiévale et moderne différente selon le pays, y compris dans le nom du pays, le rôle historique des capitales, et, dans le détail, les habitudes et secteurs économiques privilégiés qui se sont inversés entre le nord et le sud après 1945-1953.

Comment les scénaristes et accessoiristes allaient-ils trouver les points communs pour les personnages choisis pour les billets de banque ?

Timbre sud-coréen du centenaire de la mort de Yu Gwansun, émis en 2020 (Korea Post via la Korea Stamp Society).

Pour le gros billet de cent mille wons, l'étudiante Yu Gwansun (1902-1920) qui participa au Mouvement du Premier-Mars en 1919 contre l'occupation japonaise ; arrêté alors, elle est libérée grâce à l'intervention de missionnaires. Pendant un mois, dans son village d'origine, elle mobilisa la population et fut arrêtée. Elle refusa d'admettre sa culpabilité, tenta au printemps 1920 d'organiser un soulèvement en prison, fut régulièrement torturée jusqu'à sa mort en septembre 1920.

Les timbres sud-coréen de 2010 : An Jung-geun et son groupe se coupèrent une phalangede leur annulaire gauche en 1909 et écrivirent « indépendance coréenne » de leur sang sur le drapeau du pays (Korea Post via le site d'information du ministère sud-coréen de la Culture).

Sur le billet de cinquante mille wons - orangé sur les images ci-dessus, est représenté An Jung-geun (1879-1910). Éduqué et converti au catholicisme, il refusa le traité de 1905 et participa au mouvement de 1907 pour rembourser le prêt japonais. En 1907, il rejoint à Vladivostok un groupe de résistance armée. Le 26 octobre 1909, il assassine plusieurs officiels japonais dont l'ancien premier ministre, premier Résident général en Corée et alors président du Conseil privé de l'empereur. 

Timbre sud-coréen de 2016 sur la standardisation du hangeul par Ju Si-gyeong (Korea Post via la base Colnect.com).

Le troisième personnage sur le billet de dix mille wons est le linguiste Ju Si-gyeong (1876-1914). Inspiré par la linguistique occidentale, il standardisa l'écriture et la grammaire du coréen. Il est le créateur du mot hangeul (한글) pour désigner l'écriture inventée au quinzième siècle par Sejong le Grand pour faciliter la diffusion de la connaissance dans le peuple. L'occupant japonais imposa la continuité de l'usage de l'écriture dite chinoise.

Des trois, Ju est né dans la future Corée du Nord etait protestant. L'origine sociale des trois est variée (respectivement rurale, ancienne, plus récente) et permet de lier les deux Corées dans leur unité face au traumatisme de la perte d'indépendance sous l'occupation japonaise.

L'actuel billet de dix mille wons depuis 2007 à l'effigie du roi Sejong le Grand (via la base documentaire Commons de Wikimedia).

Une des images ci-dessus - le comptage de billets - apparaît l'actuel billet sud-coréen de dix mille wons à l'effigie du roi Sejong (1418-1450), qui a inventé seul et en secret le hangeul, ce que les lettrés confucianistes et les puissants lui reprochèrent longtemps. Un souverain aux actions intéressantes pour montrer que la modernité du quinzième siècle n'est pas qu'européenne et pas que du quinzième siècle d'ailleurs.

Cela permet de découvrir à la lecture de l'article de la Wikipédia en anglais sur le won sud-coréen que les pièces de monnaie et les billets de banque représentent des personnages très anciens, pas les héros de l'indépendance comme dans la série ici évoquée.



Attention : divulgâchage / spoiler ahead.


Hasard de la géopolitique, la première saison se termine à Kherson, en Ukraine, objet d'une étrange carte postale au cours de l'intrigue.

Le Professeur tient particulièrement à cette carte postale dans la série (capture d'écran trouvée grâce à Google Image).

Étrange pour le personnage du Professeur... et aussi parce que Kherson dans la grande plaine ukrainienne ne doit pas ressembler à ce bourg à flanc de montagne forestière.

Tiens, comme Hallstatt en Autriche.

mercredi 16 mars 2022

À pile ou face en Corée

 Au tout début du confinement de mars 2020, les chaînes de télévision française ont diffusé de grands classiques du cinéma comique pour aider la population à tenir son nécessaire confinement. De mon côté, j'ai découvert les dramas coréens grâce à Netflix et Itaewon Class.

En effet, le diffuseur de vidéo à la demande ou sur abonnement multiplie ces derniers temps les coproductions nationales pour parvenir à toucher les publics variés des différentes cultures du monde : voir Lupin avec Omar Sy pour la France, ou ici la chaîne JTBC en Corée du Sud.

Un des posters de promotion du drama avec le couple de héros et l'équipe du restaurant (via Internet Movie Database).

L'histoire est d'un manichéisme simplissime : après avoir fait justice lui-même contre le fils d'un grand patron le premier jour dans son nouveau lycée, Park Sae-ro-yi veut se venger de l'humiliation subie par son père par ledit traditionnaliste patron et de la mort de son père commise par le même fils dans un accident de la route, pour lequel le patron fit payer un lampiste.

Le but de Sae-ro-yi est d'avoir fait juger Jang Geun-won pour le délit de fuite avant la prescription, puis de détruire le groupe Jangga : la série le suit donc sur une quinzaine d'années de la prison pour tentative d'assassinat sur Geun-won jusqu'à l'établissement d'un nouveau groupe de restauration, en passant par la création de la première petite brasserie dans le quartier cosmopolite d'Itaewon, à Séoul.

Deuxième aspect de la série, plus social pour faire réfléchir les Coréens et, soft power, pour attirer les téléspectateurs vers ce pays : le groupe qui se forme autour de Park Sae-ro-yi ne comprend que des éléments en dehors du conformisme bourgeois. Héros ancien détenu confiant la gestion à une sociopathe, la cuisine à une personne transexuelle, le service à un ancien membre de gang, le fils adultérin de Jang et un Guinéen-Coréen.

Cet aspect anti-discrimination du drama et de la bande dessinée originelle a fait l'objet d'un article par Sénami Juraver, publié le quatorze juin 2020 dans la section Afrique de l'hebdomadaire français Le Point.


L'héroïne Jo Yi-seo au tournant de sa vie : à pile ou face.
Copie d'écran du chapitre dix du webtoon Itaewon Class, édition Daum puis Kakao Webtoon. 

Bande dessinées, car, en effet, le feuilleton télévisé est l'adaptation d'une œuvre de Jo Gwang-jin en épisodes entre 2017 et 2018, diffusée sous deux formes :

* le webtoon avec défilement vertical des cases sur l'écran d'un téléphone intelligent ou d'une tablette,

* (pour les succès ou les collectionneurs) en albums plus classiques pour les Européens dans un format un peu plus grand et coloré que les mangas japonais.

C'est de la première forme sur un smartphone un peu en mode lumière jaunie que proviennent les captures d'écran numismatique de cet article.

Suivre les souhaits de réussite convenus de sa mère...
... ou suivre Park Sae-ro-yi dans le lancement de sa brasserie ?

Au chapitre dix, Park Sae-ro-yi a fini sa peine de prison et amassé un pécule grâce à des contrats de pêcheurs au grand large. Il vit les premières soirées de sa brasserie, pleine de bonnes intentions, mais vide de clients... jusqu'à l'arrivée de Jo Yi-seo, une sociopathe au compte de réseau social très suivi.

Sur un des grands ponts de Séoul sur le fleuve Han, elle décide de son avenir (études convenues ou l'aventure entrepreneuriale spontanée) à pile ou face avec une pièce de cinq cents wons frappée en 1994. 

Pile... face... pile... Oups !

Bon, il va falloir choisir et assumer son choix.

La Wikipédia en français distingue six devises monétaires sous le nom de won : une pour l'éphémère Empire de Corée avant l'annexion par le Japon, trois pour la Corée du Nord et deux pour la Corée du Sud au fil des inflations de la seconde moitié du vingtième siècle.

Au moment de l'histoire, c'est le second won sud-coréen de 1962 qui est toujours en vigueur. Actuellement, même si la pièce d'un won existe encore, ce serait celle de cent qui est la plus petite couramment visible parmi la population. Donc, l'héroïne perd peu d'argent avec son pile ou face à l'eau : même pas cinquante centimes d'euro au taux actuel.

Grue à couronne rouge en plein vol
 (via base documentaire Commons de Wikimedia).

La pièce de cinq cents wons est apparu en 1982 pour remplacer un billet de banque. Elle est fabriquée en cupro-nickel et est illustrée d'une grue à couronne rouge. Évidemment, le nom de la Banque de Corée est écrite en coréen et en alphabet hangeul dans l'œuvre originale, ici traduite en anglais et composé en alphabet latin.


La bande dessinée en albums (huit tomes) se trouvent en Corée ou en importation. Actuellement, Le Phénix, librarie parisienne spécialisée sur l'Asie du Sud et de l'Est, en dispose dans ses stocks (livraison en colissimo 48h par La Poste : ça marche, j'ai commandé).

Sans lien avec la philatélie ou la numismatique, en deux ans, je peux aussi vous conseiller comme feuilletons : What's Wrong with Secretary Kim? ou comment la démission de sa secrétaire perturbe la routine d'un grand patron encore célibataire, Strong Woman Do Bong Soon presque pareil mais avec du fantastique, Hometown Cha-Cha-Cha sur la vie d'une Séoulite dans un village de pêcheurs qui vit de la solidarité collective portée par un héros au comportement mal polie (il ignore les formules traditionnelles de politesse... tst tst tst). Les studios coréens apprécient aussi les fictions historiques (plus ou moins libres avec les faits) tels Rookie Historian Goo Hae-Ryung sur les « historiens » de l'Asie de l'Est de l'époque moderne.

En philatélie, la Korea Stamp Society a décidé, pour quelques temps, de proposer l'adhésion gratuite aux articles publiés par ses membres sur son site : https://koreastampsociety.org/membership/ . Articles dont la publication sont annoncés sur le fil Twitter.