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dimanche 15 janvier 2023

Pendant ce temps en Afghanistan

Article repris le mardi vingt-et-un février 2023 : pas de timbre sur le courrier circulant en Afghanistan, timbres donc en complaisance, et autres précisions.


 Entre mai et août 2021, les talibans ont repris le contrôle de l'Afghanistan et y exercent le pouvoir politique depuis le quinze août 2021 et la prise de la capitale Kaboul.

Depuis un an et demi, malgré leurs promesses visant à montrer au monde une différence d'avec la période de 1996 à 2001, l'Émirat islamique d'Afghanistan a réduit drastiquement le droit des filles et des femmes à l'enseignement.

Les questions philatéliques paraissent donc fort secondaires et les problèmes postaux doivent relever des mêmes soucis quotidiens pour les Afghans des villes et des campagnes, que l'accès aux biens devant être importés.

Timbre du Pakistan émis le vingt-huit décembre 2022 (image du site de Pakistan Post ; confirmée par des collectionneurs et vendeurs de différents sites).

Le pays est revenu dans mon radar en voyant passer sur Twitter ce timbre, émis le vingt-huit décembre 2022, pour les soixante ans de l'Union postale Asie-Pacifiqu (APPU), entité liée à l'Union postale universelle.

Et là, à côté du drapeau du Pakistan, un drapeau blanc aux inscriptions noires... Mais, quel pays a un tel drapeau blanc...

... L'Afghanistan des talibans.

Timbre du Sri Lanka pour le soixantième anniversaire de l'Asian Pacific Postal Union : le drapeau tricolore afghan en haut à gauche (site de Sri Lanka Post).

Certes, le site de l'APPU liste encore ce pays et sa poste avec l'ancien drapeau tricolore noir-rouge-vert de la République islamique, tout comme le timbre du Sri Lanka sur le même thème.

Cela suit le site des Nations unies.


Sur place, qu'en est-il ? Avec internet comme seul outil du philatéliste de fauteuil.

Le logotype de la poste afghane dans les années 2020.

À partir de l'article de Wikipédia en anglais, des articles de la catégorie Communications in Afghanistan (principalement des opérateurs de télécommunication, il apparaît que, dans les premières années de la présidence Karzai, Afghan Post a débuté une modernisation comparable aux autres opérateurs publics des postes, téléphones et télécommunications du reste du monde. Ce qui, après des décennies de conflits internationaux et civils, devait être urgemment nécessaires pour la vie courante des habitants et l'activité des entreprises.

Ainsi, sur le site web de l'opérateur, se retrouvent les services postaux attendus, les options de suivi, d'expédition du réseau international EMS, de transferts de monnaie, etc. Deux pages About us sur les objectifs en terme de nombre de bureaux, d'emplois créés et d'informatisation en lien avec le programme de soutien des Nations unies.

En avril 2021, son nouveau réseau de service en ligne permettait d'accéder à cent cinquante services gouvernementaux.

Des pages créées avant le retour des talibans au pouvoir, mais dont ceux-ci ont besoin pour prouver qu'ils sont capables de gouverner un pays.

Maintenant, de la réalité postale ?


Le hasard a placé deux occurrences sur mon chemin de randonnée internautique, hier samedi matin le quatorze janvier 2023.

La première sur le forum de discussion anglophone Stampboards, Un participant a reproduit d'un réseau social une lettre d'Afghanistan pour l'Inde postée à Kaboul en novembre 2022.

Le twitt de Royal Household Mail sur le bureau principal de Kaboul, en janvier 2023.

La seconde a été postée sur Twitter par Royal Household Mail (@RealRoyalMail), spécialiste des correspondances de la Famille royale britannique, et voyageur.

Il confirme le site d'Afghan Post sur l'importance des bureaux principaux, un par province : ils semblent être les seuls endroits où trouver des boîtes aux lettres de rue dans le pays (le mot-dièse #postboxsaturday est une coutume de participants de ce réseau social pour partager des photographies de boîtes postales dans leur milieu naturel).

D'après son expérience, les timbres-poste afghans ne sont pas en usage actuellement sur le courrier, mais il a remarqué un changement entre deux voyages - que la lettre montrée sur StampBoards confirme. Depuis fin 2022, le gouvernement a autorisé la poste à vendre les timbres émis sous l'ancien régime : d'où l'acceptation des guichetiers à annuler des timbres sur courrier à la demande d'un collectionneur sans aucune valeur postale*.

Royal Household Mail a aussi pu se procurer des enveloppes premier jour et des souvenirs philatéliques (timbres neufs dans leur livret cartonné de présentation) de 2019 et 2020.

* Sur StampBoards, il est expliqué par un Musikant76 que, afin de lutter contre la corruption, l'achat du service postal et son paiement sont séparés. Ainsi, au bureau principal de Kaboul, le postier prépare un devis postal pour le pli. Le client doit aller payer à une banque d'État (ici, au sein du même bâtiment) et revenir avec le reçu bancaire pour faire partir son pli sans timbre-poste en service intérieur ou international.

Pour les plis afghans ayant voyagé, cela n'a lieu que, pour un tout petit nombre à la fois, et cela implique que l'expéditeur paye le port en double : celui réel sans timbre et celui de complaisance en timbres.


Le régime s'est-il rendu compte que la poste et ce stock de timbres étaient un revenu nécessaire ?

L'agence Pajhwok Afghan News, installé à Kaboul depuis plusieurs années, rapporte quelques communiqués de presse d'Afghan Post qui semble l'indiquer même si le covid-19 a coupé trois quarts de son chiffre d'affaires en 2020 - probablement à cause de la rupture des liaisons aériennes.

Cette ouverture des classeurs philatéliques suit la réouverture du courrier international en mars 2022, annoncée par Afghan Post, sans préciser le contexte de la suspension...

Enfin, Musikant indique que le régime taliban préparerait une émission de timbres-poste pour 2023.


Bref, la philatélie n'a pas repris en Afghanistan. La poste tente de poursuivre ses missions postales et bancaires. Et les postes voisines montrent la vision diplomatique de leur gouvernement sur les timbres représentant des drapeaux.


Compléments du jeudi trente mars 2023 :

Peter Hornung, qui a fourni la majorité des informations sur Twitter et StampBoards, propose un reportage complet publié dans le numéro d'avril 2023 de Timbres magazine (pour s'y abonner).

Peter Hornung, « La philatélie au pays des Talibans », Timbres magazine n°254, avril 2023, pages 24-29.

dimanche 10 mai 2020

Plus de timbres sur le courrier international du Pakistan

Entre le premier mai (mise en vente) et le six mai (premier usage), le monde philatélique a célébré les cent quatre-vingts ans du premier timbre-poste et, en conséquence de la réforme postale : par l'achat préalable de vignettes d'affranchissement, l'expéditeur n'avait plus à se rendre dans un bureau de poste à chaque envoi.

La poste du Pakistan vient de balayer ça d'un revers de main fin avril, avec application depuis le deux mai 2020 !

Le premier mai, Qaiser Sherazi a rapporté l'ensemble des nouveautés postales dans un article de The Express Tribune, le premier mai : nouveaux tarifs en particulier, mais surtout la disparition des timbres-poste du courrier pour l'étranger.

La décision est prise après de nombreuses plaintes de destinataires signalant l'absence de timbres sur les enveloppes reçues, et du coût pour eux. En vocabulaire postal et philatélique : ils ont certainement eu à payer une taxe à l'arrivée.

Pakistan Post a déduit que cela correspondait au vol des timbres pendant le parcours pakistanais des envois : vol par le guichetier, au centre de tri ? Fréquent est le conseil de faire oblitérer devant soi les timbres d'une carte postale de vacances envoyée depuis le bureau de poste de certains pays. [J'ai d'ailleurs une carte postale qui s'est perdue depuis six mois au Sénégal...]

Pour Pakistan Post, cela ne devait pas poser de problème comptable au final puisqu'il y aurait reversement d'une partie de ces taxes de port dû... mais, moralement d'une part, et en terme de coût de postiers des autres pays : quelle réputation pour le Pakistan !

Le journaliste évoque le remplaçant du timbre : "a seal", un sceau... Retraduisons en postal-philatélique : un timbre humide, un coup de tampon, une marque postale donc...

En effet, les bureaux de poste pakistanais doivent disposer de machine à affranchir : une lettre pour l'étranger, zou dans la machine et l'ordinateur tiendra la comptabilité. Mais, en l'état de l'article, ceci est une hypothèse personnelle.

Car : et dans les bureaux des régions rurales et montagneuses du pays ? Ensuite, cela signifie qu'il faut désormais se rendre au bureau de poste à chaque envoi international ordinaire... Fini la réforme postale de 1840.

Quand les premiers collectionneurs recevront du courrier du Pakistan, nous verrons la solution en place.

Côté philatélie, les conséquences seront minimes : en 2019 et 2020, le Pakistan n'a émis quasiment que des timbres pour le premier échelon de poids de la lettre intérieure.

mardi 28 mars 2017

Les multiples formes de la décimalisation dans le Commonwealth

Dans les années 1960 et 1970, le passage du système livre/shilling/penny au système monétaire décimal a bouleversé le Royaume-Uni, mais également tous les territoires que l'ancienne puissance coloniale avait affectés : territoires d'outre-mer, anciens dominions, et même plusieurs anciennes colonies qui avait maintenu le système ternaire au-delà de l'indépendance.

Vous imaginez l'impact pour les numismates et les philatélistes d'autant d'opérations de décimalisation, comme le signale quelques croisements médiatico-philatéliques depuis le printemps 2016.

Cinquante ans du dollar australien.
En février 2016, Australia Post émit un timbre pour le cinquantenaire de la décimalisation, reproduisant le premier billet d'un dollar de 1966 et un des côtés de la première pièce d'un dollar de 1984.

Dans le même temps, afin de promouvoir la philatélie australienne à l'approche de l'exposition internationale de New York, l'opérateur encouragea l'inscription à sa lettre mensuelle par mail contre la promesse de l'envoi d'un mini-feuillet non dentelé reprenant le timbre.

Merci à elle.

C-Day aux Caïmans.
Le huit septembre 1969, ce sont les îles Caïmans, territoire britannique d'outre-mer, qui passent le pas, deux ans avant sa métropole, parce que, comme aux îles Turks et Caïcos, la livre de la Jamaïque y était utilisée. Les îles suivirent la décimalisation de leur monnaie d'usage.
La deuxième version "C-Day" : le dollar débarque le huit septembre (via colnect.com).
Dans le numéro daté février 2017, Noel Davenhill illustre le malheureux sort de la série d'usage courant des Caïmans, avec l'exemple du quart de penny au merle de Grand Caïman (Cayman Thrush).

Émis plus tôt en 1969, les timbres réalisés par Format International furent surchargés en noir avec la date du "C-Day" pour Currency Day et la valeur en penny barrée et la valeur en cent ajoutée. L'année suivante, toute la série réapparaît avec la seule valeur en cent et dollar...

L'auteur pense que ces trois versions entrent parfaitement dans une stratégie commerciale de ventes répétées aux collectionneurs, doublée de la fourniture des préparateurs de pochettes de timbres.

Quand Stanley Gibbons refuse de suivre toute la décimalisation pakistanaise.
Lors d'une conférence à la Royal Philatelic Society London, le jeudi neuf mars dernier, Mike J. Roberts a développé les nombreuses surcharges locales des timbres du Pakistan qui ont suivi la décimalisation du premier janvier 1961.

Certes, en 1947, le Pakistan avait abandonné la roupie indienne, mais avait conservé le système ternaire : une roupie = seize annas et un anna = quatre pice ou douze pies - un cachet d'aspirine et on comprend...

Comme lors de l'indépendance, la poste pakistanaise eut trop peu de temps pour se préparer à l'événement : environ six semaines pour rapatrier les stocks de timbres, les confier à l'imprimerie pour surcharges en une roupie = cent paise, et les réexpédier.

Mike Roberts explique donc que le catalogue de référence, Stanley Gibbons, se limite donc à lister l'émission officielle et à signaler que les surcharges locales sont en dehors du catalogue. Et l'historien postal de montrer de nombreux timbres aux surcharges de formes variées de différentes villes du Pakistan-Occidental et -Oriental (le Bangladesh actuel) et des courriers visiblement commerciaux...

... tout en argumentant sur les doutes légitimes sur les émissions de Lahore (toutes les valeurs faciales disponibles y passèrent), sur la présence d'un collectionneur à Dadu d'après son adresse sur une douzaine de courrier. Et l'existence de fausses surcharges, une tradition dans ce domaine.

Lors des remerciements par Patrick Maselis et une des questions du public, il est à remarquer que l'utilité de ces surcharges reste mystérieuse puisque la poste pakistanaise a accepté les timbres non surchargés sans souci...

Le résumé de la conférence - véritable article par Roberts sur les surcharges de l'indépendance, de la décimalisation, puis de la sécession du Bangladesh - est disponible pour tous sur le site de la RPSL ; écrire au secrétariat pour obtenir le lien vers la vidéo sur youTube.

mardi 15 novembre 2016

La démonétisation surprise indienne continue...

Parce que j'ai atteint depuis très longtemps la satiété avec les élections présidentielles états-uniennes, pour ne pas parler des primaires des différents partis français, je continue à l'intéresser aux conséquences immédiates de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies, déclenchée par surprise par le Premier Ministre Modi, mercredi dernier à minuit.

Le but est la lutte contre la corruption, l'argent criminel et les faux qui seraient diffusés par les ennemis de l'Inde. Depuis bientôt une semaine, les files d'attente devant les banques sont le lot quotidien ; et, parmi les secteurs économiques touchées, les paysans s'inquiètent fortement dans un pays peu bancaire où les transactions en espèces constituent 90% des transactions.

Une seule source faute de temps : le suivi en direct par The Times of India, de Delhi.

Mardi quinze novembre :
Les jours se suivent et se ressemblent : le gouvernement indien dicte/conseille aux banques ce qu'elles doivent faire pour gérer les échanges de billets. Aujourd'hui : embaucher leurs employés retraités ! Voire marquer le doigt des clients à l'encre électorale.

Ou embaucher les bijoutiers par exemple : depuis la descente du fisc, les bijouteries de Delhi restent fermées pour le cinquième jour consécutif.

Quant à encrer les doigts... ce fut la phrase du secrétaire du Ministère des Finances dont s'est saisie aujourd'hui l'opposition, après avoir épuisé celle du Premier Ministre (en gros : pendant la démonétisation, les pauvres dorment du sommeil du juste, pendant que les riches achètent des somnifères).

Le secrétaire du Ministère des Finances affirme que les stocks de nouveaux billets sont suffisants et que les files sont dues aux mêmes personnes qui reviennent plusieurs fois, probablement pour blanchir ainsi de l'argent frauduleux petit à petit. Rassurant a-t-il été sur le rappel que les stocks de sel sont suffisants, nulle inflation ne serait justifiée. Et, dans les lieux devant accepter les anciens billets, il enquêtera sur toute pharmacie ou hôpital publics qui refuseraient ces paiements.

À l'Assemblée nationale, session spéciale : des partis de l'opposition veulent rencontrer demain le Président de la République Pranab Mukherjee, voire faire appel à la Cour suprême sur la manière de procéder. Celle-ci a demandé au gouvernement quelles actions il allait prendre pour résoudre le problème de la longue attente aux banques.

Dans les faits divers affectant l'Indien honnête qui dort tranquille, paraît-il, une famille a été escroquée alors qu'elle cherchait à changer une masse de billets démonétisés pour procéder aux achats nécessaires à un mariage. Une église d'une modeste paroisse du Kerala laisse son tronc ouvert pour que ceux en mal d'espèces empruntent les petites coupures pour leurs dépenses immédiates.

Dans les bonnes nouvelles, les marchands de machines de paiement par carte bancaire ne chôment pas : le paiement par carte est à la mode dans les grandes villes - ce qu'encourage le gouvernement depuis mercredi. À l'opposé, combien de camions à l'arrêt faute d'argent et combien de journaliers non payés immédiatement car leurs patrons veulent conserver le peu de billets en caisse ?
Le billet de cinq mille roupies du Pakistan (via Daily Pakistan).
Pendant ce temps, ça bouge chez les voisins. Le Premier Ministre du Népal, son ministre des Finances et la banque centrale ont contacté leurs homologues indiens pour mettre en place un système d'échange au Népal : de nombreux travailleurs frontaliers et ouvriers agricoles népalais possèdent des billets démonétisés. Au Pakistan, alors qu'un sénateur a proposé la démonétisation des billets de mille et cinq mille roupies dans les mêmes buts, le ministre des Finances assure qu'il ne prévoit pas de démonétiser les billets de cinq mille roupies.

Mercredi seize novembre :
Jouez en bourse avec la démonétisation surprise : après les groupes de gestion des automates bancaires et des appareils de paiements par carte, voici les fournisseurs d'encre : les banques vont marquer le doigt des clients déposant ou échangeant les billets démonétisés (certains ont commencé dès aujourd'hui). Le fournisseur électoral Mysore Paints est aux anges. Moins heureux est le secteur du cinéma en télougou : les salles sont vides et des sorties sont reportées.

Les services de renseignements pensent que la pénurie de billets va durer encore une semaine car les habitants thésaurisent les billets de cent roupies ; les nouveaux billets de cinq cents roupies n'arrivent pas assez vite, ni en quantités suffisantes dans les banques du pays. Concernant la sécurité du pays, les transferts par hawala vers les groupes terroristes ou séparatistes au Cachemire ont cessé brutalement, tandis que les maoïstes de l'Est ont du mal à échanger leurs ressources.

Dans les propositions d'urgence des États fédérés. Après le Kerala lundi, c'est le gouvernement du Tripura de demander à ce que les banques coopératives rurales puissent participer au processus d'échange. Le gouvernement du Karnataka suspend pour les banques le jour férié de demain jeudi afin qu'elles poursuivent l'effort. Plusieurs institutions fédérées ont commencé des actions pour vérifier les effets de la démonétisation sur leurs revenus fiscaux ou si la Banque centrale dessert bien leur État en nouveaux billets.

Côté politiciens, les soutiens et les opposants au Premier Ministre sont placés devant les caméras. Du côté des premiers, acteurs, Premier Ministre mauritien en visite à Gao. Les chefs de l'opposition ont mené une manifestation contre la démonétisation en se rendant à la résidence du Président de la République pour qu'il intervienne auprès du Premier Ministre afin de rétablir la normalité.

Concernant l'étranger, le Times of India explique aux citoyens indiens résidant à l'étranger (NRIs) leurs règles du jeu : ils vont devoir venir en Inde ou donner procuration en Inde pour pouvoir échanger ou déposer sur leurs comptes d'expatriés (NROs) leurs billets démonétisés d'ici fin décembre, ou les échanger à la Banque centrale en Inde d'ici le trente et un mars 2017.

Jeudi dix-sept novembre : c'est la crise...
Décidé aujourd'hui : à partir de demain, chaque Indien ne pourra changer que deux mille roupies en billets démonétisés et une seule fois jusqu'au trente décembre ! La population est donc vivement encouragée à déposer ces billets sur leur compte et à utiliser des moyens de paiement bancaires. La même somme pourra être retirée chaque jour dans vingt mille stations d'essence par paiement par carte.

La baisse de ce maximum d'échange en liquide a aggravé la colère des partis d'opposition, même si le bilan de la séance parlementaire du jour est confuse : le Premier Ministre refuse-t-il de répondre ou les opposants à la démonétisation ont-ils réalisé la fragilité de leur position ? En effet, ils acceptent les buts mais pas la manière dont elle a été réalisée si brutalement. Des questions sur la capacité d'impression de la Banque centrale surgissent : un opposant l'estime à sept mois pour remplacer la somme totale démonétisée.

Pendant que la Ministre-en-chef du Bengale-Occidental, Mamata Banerjee, n'a cessé, dans un discours à Delhi, de rappeler que les ruraux et les pauvres subissent de plein fouet cette démonétisation, éloignés qu'ils sont de « l'économie-plastique » de la carte bancaire.

Des facilités vont être accordés à certains pourvu que le client soit identifié par la banque. Aux agriculteurs pour les semences et les marchés, et un délai de quinze jours pour le paiement des assurances sur les récoltes. Pour les mariages à raison d'un seul retrait par famille de chacun des conjoints. Enfin, une partie des fonctionnaires fédéraux peuvent demander une avance sur salaire en espèces pour diminuer la pression sur les banques.

Cependant, des petites usines se plaignent du manque de liquidités qu'elles obtiennent quotidiennement, ne leur permettant plus de payer les travailleurs journaliers et leurs fournisseurs. Les touristes peuvent profiter de vols en promotion : que ce soit en intérieurs ou à l'international, les compagnies aériennes connaissent une baisse du nombre de passagers.

Dans les États fédérés, les transports collectifs du Gujarat accorde une ristourne de cinq pour cents aux achats en ligne. La gratuité des péages autoroutiers est prolongé jusqu'au vingt-quatre novembre.

Vendredi dix-huit novembre : ...ou juste quelques contre-temps.
La mise en place du marquage à l'encre d'un doigt des clients échangeant leurs billets démonétisés a réduit les files d'attente de quarante pour cent d'après le directeur l'Indian Bank Association. Il a précisé que les banques seront ouvertes demain samedi uniquement pour les autres opérations de leurs propres clients et pour échanger les billets des seuls clients âgés.

Et pour alléger le fardeau des banques, le gouvernement a menacé ceux qui utilisent des comptes d'autrui pour déposer leurs billets, et aussi ceux dont le compte sert ainsi. Moins menaçant, début des retraits de billets dans des stations-services par carte bancaire : deux mille cinq cents aujourd'hui, vingt mille d'ici lundi, une proposition des principaux groupes pétroliers indiens.

Les paiements par carte bancaire ont doublé depuis le huit et Bill Gates soutient le processus, notamment car il va accélérer la numérisation de l'économie indienne. Des faits auxquels s'opposent les opposants rappelant les problèmes des agriculteurs et le ministre-en-chef du Kerala, Pinarayi Vijayan, et ses ministres ont mené une grève de la faim d'une journée devant le bureau régional de la Banque centrale pour protester contre la démonétisation.

Cependant, les opportunistes sont alertes : en Uttar Pradesh, des agents immobiliers proposent des logements dont une partie du prix peut être payé en billets démonétisés. Certains réseaux de promoteurs disposeraient de nombreux petits comptes en banque pour déposer ces billets ensuite en banque.

Sur le front étranger, le ministre de l'Intérieur affirme que les entrées de fausse monnaie ont cessé aux frontières avec le Bangladesh, le Népal et le Pakistan, ainsi que par l'intermédiaire des hawalas.

L'opposition exagère-t-elle ? Une impression d'improvisation gouvernementale perdure : un comité inter-ministériel est formé pour explorer les réponses à apporter aux consulats en Inde (percevoir les frais consulaires en billets démonétisés), aux touristes devant arriver, aux Indiens expatriés et aux bureaux de change étrangers.

Confirmé par le résumé de l'échange entre l'Avocat Senior et l'Avocat général du Gouvernement devant la Cour suprême. Les juges s'interrogent sur les risques d'émeutes avec ces longues files, sur l'impact économique dans les campagnes, la pénurie de billets qu'indiqueraient la baisse du plafond d'échange. Ils ont aussi confirmé le droit des cours du pays de recevoir les pétitions citoyennes concernant la démonétisation, quant l'Avocat général souhaitait une procédure unique auprès de la Cour suprême.

Enfin, pour revenir à l'encre indélébile du début, la Commission électorale s'inquiète pour les élections fédérées de novembre... Comment distinguer citoyens clients de banque de ceux ayant voté, demande-t-elle au ministère des Finances ?

Samedi dix-neuf novembre : dans le plus grand secret.
Ce matin, The Times of India publie le témoignage du patron de la State Bank of India. Ses concurrents et lui ont appris la démonétisation, dont ils sont un acteur essentiel, en même temps que la population. Le mardi huit, la Banque centrale les a convoqués à son siège de Mumbai pour une réunion sans ordre du jour à dix-neuf heures.

À Surate, au Gujarat, les fermiers producteurs de lait ont manifesté pour se plaindre de l'impossibilité de déposer ou d'échanger leurs billets démonétisés dans leurs banques coopératives rurales. Ils menacent de cesser de livrer leur coopérative laitière.

Le département fiscal en charge de l'impôt sur le revenu a lancé des centaines de demandes d'information auprès de contribuables, entreprises et associations qui ont déposé plus de deux cents cinquante mille roupies sur leurs comptes bancaires depuis la démonétisation. Les deux premiers groupes doivent prouver l'origine des fonds, les dernières présenter leurs comptes au trente-et-un mars 2016.

Une pause le soir pour le Premier Ministre qui a ouvert le concert du groupe britannique Coldplay à Mumbai. Avec humour, il a promis de rembourser les jeunes spectateurs en billets de cent roupies s'il se mettait à chanter. Plus sérieux, il a demandé à la jeunesse d'être l'avenir, de montrer la nouvelle voie aux anciens.

Dimanche vingt novembre : enfin du calme (au moins dans les villes) ?
Peut-être pas du côté des politiciens : des militants ouvriers du Parti du Congrès ont été repoussé au canon à eau par la police à Chandihargh alors qu'ils manifestaient à proximité d'un meeting du président du Parti du peuple indien au pouvoir.

Voire des solutions annoncées cette semaine passée (soupirs) : un article du Times of India explique pourquoi les banques ne suivent pas. Pour l'avance de liquidités pour les mariages, elles attendent le décret du ministère des finances pour avoir des règles précises... Quant au retrait en station-service par l'intermédiaire du paiement par carte des pompes à essence, seules trois mille stations liées à la State Bank of India le permettent (logiciel, sécurisation et identification de la transaction) depuis hier, mais les trois autres grands groupes doivent mettre à jour le logiciel utilisé... Cela rappelle la reconfiguration des compartiments des distributeurs automatiques de billets, toujours en cours.

Certains ont compris la leçon tout de même : le marché de pêcheurs de Kolkata passe au porte-monnaie électronique - vingt pour cent des revenus de la semaine. Cependant, les grossistes veulent toujours du cash... et les marchands doivent faire la queue devant les banques.

La démonétisation rappellent également des réalités domestiques : l'épargne des femmes mariées est bousculée par le Premier Ministre. Ayant peu d'autonomie financière face à leurs époux, les femmes au foyer gèrent au mieux leur maison afin de mettre de côté des milliers de roupies en cas de divorce, au cas où il faudrait aider et soigner leurs propres parents ou faciliter les études de leurs filles. La démonétisation les force à révéler tout cela, le déposer sur le compte-joint du couple...


Lundi, ouverture d'un nouvel article pour suivre les conséquences de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies en Inde.

vendredi 17 août 2012

Arabesque, festival musico-philatélique

En mai 2012, a eu lieu les septièmes Rencontres des arts du monde arabe. Nommé Festival Arabesques, il est organisé par une association, Uni'Sons, et le département de l'Hérault qui fournit le domaine comprenant parc et théâtres du Château d'O, à Montpellier.

Un livret de quarante-quatre pages de quinze centimètres de côté accompagnait, comme d'habitude, la promotion de la manifestation de concerts, expositions, projections, etc.

Couverture du livret-programme d'Arabesques 2012.

À l'intérieur, les six premières double-pages consacrées aux concerts-phares de chaque jour, à vingt-deux heures, sont abondamment illustrées de photographies retouchées des artistes et de documents... philatéliques.
Exemple : le concert des « trois magnifiques » du vendredi 25 mai.

Autour des photographies, des visas portant timbres de service papier ou frappés à l'encre rouge ou violette sont nombreux sur un arrière-plan de carte de l'Asie du Sud et de l'Espagne. 

Au milieu en haut, un visa de l'ambassade d'Iraq à Londres. En bas à gauche, un timbre-poste du Pakistan oblitéré à l'encre rouge est mordu, par accumulation graphique, de frappes violettes douanières : un texte en anglais de consignes figurant sur un visa d'entrée au Pakistan et un cachet rectangulaire de la police de Barcelone. Sur la page de droite, un ou deux timbres-postes oblitérés : un 50 paisa du Pakistan et un timbre de service vert et floral de quatre annas (As 4).

À chaque fois, ces signes rappellent les origines et les migrations des artistes concernés, ici : l'Iraquien Naseer Shamma, le Pakistanais Ashraf Sharif Khan et l'Espagnol Niño Josele.

Le lendemain, samedi 26, c'est le cachet premier jour algérien de Tlemcen pour le cinquantième anniversaire de la Journée de l'émigration (pour l'émission d'un timbre non reproduit ici) qui illustre une soirée consacrée à la musique de cabaret des artistes ayant immigré en France.

L'émir Abd el-Kader, le personnage historique à l'honneur de l'édition 2012 (expositions et table ronde).

Si les autres manifestations des Arabesques reprennent des mises en page plus sobres et traditionnelles, celle annonçant les expositions et la table ronde sur Abd el-Kader reprend un des timbres-poste d'Algérie (la reproduction monocolore empêche de savoir si c'est pour le retour des cendres ou pour l'anniversaire de la naissance.

Même si les postes pleurent la chute des correspondances postées, les collectionneurs le manquent de timbres sur leur courrier, les outils postaux continuent de rappeler les origines, les voyages,...