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mardi 14 juillet 2020

Postcrossing a 15 ans et 40 timbres

Lancé sur un petit serveur personnel, le quatorze juillet 2005, Postcrossing.com fête quinze ans d'échanges en aveugle de cartes postales, de correspondances et de timbres entre ses participants.

Les fondateurs Paulo Magalhães et Ana Campos ont raconté cette expérience et sa surprenante réussite dans ce monde du numérique tous azimuts dans un entretien avec le Postcardist, mis en ligne dimanche douze.
Timbre Postcrossing du Brésil, émis le quatorze juillet 2002 (via le blog de Postcrossing).

Plusieurs opérateurs postaux se sont souciés d'écouter la demande de timbres par leurs usagers postcrosseurs. Ainsi, aujourd'hui, la poste brésilienne émet le quarantième timbre de cette thématique.

Un beau timbre : deux jeunes gens lisant les cartes postales qu'ils s'échangent. Deux jeunes éloignés comme le pouvent les monuments dans deux coins, dont la tour Eiffel - avis aux thématistes !

Mon Postcrossing Stamp Catalogue a été mis à jour (en espérant qu'il est bien à jour).
Greetings from Belarus!, émis le quatorze juillet 2020 par Belarus Pochta (site web).

À noter que le timbre Postcrossing annoncé au Belarus ce même jour est devenu un Greetings from Belarus! La promotion de la culture et de la gastronomie nationale a pris le pas sur la promotion d'un site... et pourquoi pas.

En effet, au tarif N (carte postale surface international), le timbre dessiné par Marina Yurchik servira aux nombreux postcrosseurs de ce pays. Un des étonnements du Postcrosseur français est à quel point les habitants de certains pays sont curieux du monde : Belarus, Russie, Finlande, Allemagne pour citer ceux qui peuplent ma boîte aux lettres depuis plusieurs années.

samedi 14 décembre 2019

Une exposition à lire à Monacophil 2019

L'attrait de l'exposition Monacophil est la non-compétitivité de ses expositions : cela offre une grande liberté aux philatélistes et historiens postaux pour montrer de belles pièces, mais aussi expliquer l'objet de leur collection.

Cela fut vrai autant des collections sur l'Égypte qu'au sujet de l'histoire postale maritime évoquée ici.
Page d'introduction de la collection de Rolf-Dieter Wruck, exposée à Monacophil 2019.
Parmi les collections didactiques, celle de Rolf-Dieter Wruck développait l'histoire des relations postales maritimes entre le Portugal et l'Atlantique-Sud. Le pays européen et ses colonies servant soit de destinations, soit d'escales.

Grâce à mes lectures, notamment des articles de Laurent Véglio dans Timbres magazine depuis 2015, j'ai quelques notions des grandes routes et compagnies maritimes du dix-neuvième siècle. Mais, le domaine portugais m'était totalement inconnu jusqu'à cette édition de Monacophil.

 Exemple d'une page de la collection de Rolf-Dieter Wruck, exposée à Monacophil 2019.
 Là où des collections de compétition proposent deux enveloppes par feuille type A4, avec force détails rédigés de tarifs et de routes, une majorité des collections montrées à Monaco proposaient autant de textes historiques (au sens général comme au sens postal) que d'espace consacrée à une enveloppe et sa légende.

Ici, une page commune de la collection de M. Wruck : route dessinée sur carte, texte sur la compagnie et la route qu'elle desservait. Un détail approfondit ici le timbre, là une marque postale.

D'autres collectionneurs jouent sur la dimension de la page : une collection conservait les deux enveloppes par page, sur un format intermédiaire entre le A4 et le A3 pour y ajouter les cartes et textes. Dans d'autres, l'historien postal - photographie flou du panneau nominatif, désolé - préférait une seule enveloppe par page pour détailler l'évolution des tarifs internationaux maritimes entre les États-Unis et les États allemands au gré des conventions postales signées au long du dix-neuvième siècle jusqu'à l'établissement de l'Union postale universelle.

Au final, beaucoup de ces collections pourraient être imprimées en fascicules d'initiation.

Le souci de la cartographie (collection de Rolf-Dieter Wruck, exposée à Monacophil 2019).
Avec l'un des deux thèmes sur l'histoire postale maritime, une certitude est apparue tout au long des collections : la cartographie est fort employée par les historiens postaux.

Cela permet de localiser bien entendu, mais aussi de se rappeler que la route du cap Horn était le plus commode pour relier l'Europe au Pérou, qu'une route maritime portugaise remontait l'Amazone jusqu'à Manaus.

Dans d'autres collections, cela permet de montrer le rôle essentiel joué par des « confettis d'empire » : Bermuda, Saint Thomas dans les îles Vierges danoises puis américaines.

Au-delà, une intéressante exposition au catalogue proposé au stand de l'Académie européenne de philatélie où chacun profitait de la liberté d'écriture pour développer soit les tarifs, soit les routes, soit l'histoire des compagnies et de leurs lignes, soit un point de passage... Un tour du monde en un musée.

dimanche 7 août 2016

Pour inspirer de nouveaux latino-américanistes

Le jeudi vingt-huit juillet 2016, toute l'après-midi au 41 Devonshire Place, seize membres de la Royal Philatelic Society London ont présenté aux membres et visiteurs dix-huit collections de philatélie et d'histoire postale d'Amérique latine, cinquante-deux cadres en tout.

L'introduction du Président Frank Walton et du Commissaire de l'exposition John Shaw rappelle qu'il manque une société spécialisée dans ce continent, au Royaume-Uni en tout cas. Quant à la date estivale, elle est un essai pour voir si les membres sont intéressés par un moment supplémentaire entre la fin d'une saison et le début de la suivante.

Des timbres, des timbres...
La plus colorée fut proposée par Janet Nelson avec les émissions de Correios, la poste brésilienne, émises pendant les années 2010, qui rafraîchissaient les yeux après cinquante panneaux dans les couleurs de base de la typographie et de la taille-douce.

Sinon, l'étude des premières émissions reste la figure imposée des philatélies par nation : Chili par Joseph Hackmey et John Shaw, Haïti avec Geoff Hanney et Brian Moorhouse, Équateur et Venezuela toutes deux par Guido Craveri, le Nicaragua et le Pérou avec Christopher Harman et l'Uruguay par Gregory Todd. Pour le Chili, l'intérêt d'avoir deux points de vue est immense pour le non-spécialiste : Hackmey présentant les premiers Colón chiliens quant Shaw creuse les réimpressions tardives (normalement surchargées) à l'initiative du philatéliste Hugo Hahn.

Le changement d'imprimeurs permet de rappeler un pan de l'histoire philatélique : Christopher Harman présentait les émissions de provenance états-unienne du Nicaragua : de l'American Bank Note Company* à l'entreprenant Nicholas Seebeck et son Hamilton Bank Note Engraving & Printing Company dans la décennie 1890.

Ce qui anime les études individuelles de timbres-poste en Amérique latine est l'existence d'émissions locales. Alan D. Anyon présentait les émissions provisoires de Colombie, nécessaires souvent, inventives, spéculatives parfois, voire frauduleuses.

Des lettres, preuves de déplacements... audacieux.
En histoire postale, les moyens de transport pouvaient constituer un fil directeur de fait.
Lettre transportée par un service de diligence (oblitération) de la ville de Mexico pour Guadalajara, sans date (collection Jay Walmsley, exposition RPSL du vingt-huit juillet 2016).
Au Mexique avec Jay Walmsley, les marques puis oblitérations des diligences permettaient de rappeler le retard des réseaux postaux an Amérique espagnole, un héritage des caisses vidées laissées par la métropole aux nouvelles républiques sécessionnistes. La collection continuait ensuite vers les ambulants ferroviaires de la seconde moitié du dix-neuvième siècle.

De la poste aérienne**.
De l'audace privée brésilienne... des trous aériens !?
Entre philatélie et histoire postale - c'est une exposition non compétitive, soyons audacieux, Nick Nelson faisait découvrir les timbres des compagnies privées brésiliennes, autorisées d'exercer par un décret de 1927. Trois compagnies (Condor, ETA et Varig) et un vol de Zeppelin sont à découvrir par ses timbres privés.

Les plus chanceux trouveront chez Varif des timbres troués ! Dans les années 1930, Varig surchargea certains timbres et, pour éviter la spéculation (quels naïfs) trouèrent à grand trou les exemplaires dont la surcharge présentait des erreurs... Vous imaginez aisément la suite.

Encore de l'audace entre Colombie et Allemagne... via New York !
La Société colombo-allemande de transports aériens (SCADTA) passionne visiblement.

Eddie Speicer la considère à partir de la prise de contrôle par Pan American Airways en 1930 qui consolide des liaisons entre Colombie et États-Unis sous le marque « Mancomun », puis « Transoceanico » avec les liaisons vers l'Europe à partir de New York en 1939. À rechercher jusqu'aux années 1950.
Enveloppe aérienne entre banques d'Allemagne vers la Colombie avec timbres des deux pays (collection Robin Pizer, exposition RPSL du vingt-huit juillet 2016).
Mais, à mes yeux d'amateurs ignorants non avertis, c'est Robin Pizer qui a choisi la meilleure période de la SCADTA quand elle permettait des liaisons aériennes entre Allemagne et Colombie avec des enveloppes comprenant simultanément des timbres-postes des deux pays. Ceux de Colombie étant même  surchargés « A » et « R » pour le service aérien et la recommandation. Merci au membre allemand qui m'a aidé à comprendre cet ensemble, puis celui de John Lea.

Et toujours de l'audace (Danton était-il britannique ?)
La palme de l'audace reviendra finalement à John Lea pour une approche synthétique, mais pleine de surprises.

Avec le titre général « Postal History in Latin America », il présentait, enveloppe après enveloppe, de nombreuses spécialités de l'histoire postale depuis les marques d'entrée londoniennes dans les années 1930 jusqu'aux courriers récupérés après des accidents aériens.

Et dès les entrées, il isole une enveloppe banale : adresse et oblitération londonienne, mais si on prend le temps de lire la lettre à l'intérieur : c'est un courrier d'octobre 1861 entré au Royaume-Uni dans une caisse de courrier par une grande compagnie marchande, puis (illégalement ?) affranchie et postée à prix intérieur en novembre.
L'enveloppe toute londonienne dissimulant une lettre brésilienne de Bahia de 1861 (collection John Lea, exposition RPSL du vingt-huit juillet 2016).
Lea s'amuse même à trouver des éléments rares. Telle une toute aussi anodine lettre postée d'Argentine et destinée à l'Air Transport Auxiliary en Angleterre. Les expéditeurs, les Holland, une famille anglaise expatriée, écrivaient à leur fille pilote et mécanicienne, volontaire pour l'effort de guerre britannique. L'ATA recrutant parmi les pilotes refusés par la Royal Air Force dont les femmes.

S'il n'a pas lu cette explication de Lea dans le livret, le philatéliste britannophile se sera arrêté seulement à de rares usages de très fortes valeurs faciales britanniques sur courrier aérien vers l'Amérique du Sud transportées par des compagnies européennes des années 1930 à la fin des années 1940. Dans le livret est illustrée une lettre recommandée d'une banque anglaise à destination de l'Argentine affranchie du coûteux commémoratif pour le Congrès de l'Union postale de 1929 ; l'exposition allait jusqu'à une enveloppe de 1942 entre le siège londonien de Pirelli à celui de São Paulo avec trois George VI de dix shillings et marque de douane!

Du livret d'une exposition détendue
Le livret de l'exposition est disponible à tous au format pdf à partir de la liste des événements récents sur le site de la Société.

Dans mon parcours de seize mois à comprendre à quoi sert une exposition philatélique, avec l'étude un peu approfondie de Paris-Philex (oui les derniers épisodes arrivent, patience !), cette exposition de visu (et non à feuilleter un résumé ou un livre numérique sur le site de la RPSL) permet de voir comment le collectionneur peut présenter un thème de manière très approfondie avec une grande simplicité de présentation, dès que les contraintes de la compétition sont retirées.

Suppression ou allègement des filets d'encre encadrant les feuilles, légendes synthétiques des pièces tout en restant riches d'informations, introductions parfois plus longues qu'autorisées mais éclairant toute la collection : comme celle sur l'importance des diligences privées mexicaines dans les décennies après l'indépendance.

Notes :
* : American Bank Note Company dont la Société possède une histoire auto-éditée en 1959 très richement illustrée d'exemples des gravures réalisées par thèmes : portraits, animaux, activités humaines, transports, etc.
** : Avez-vous remarqué la série d'articles sur l'Aéropostale publiée cette semaine passée par le quotidien français Le Figaro - en version payante sur leur site ? Voici le lien vers le premier article.

lundi 5 octobre 2015

Longs et courts moments de lecture britanniques d'octobre

Des revues britanniques reçues en septembre et datées octobre 2015, The London Philatelist édité par la Royal Philatelic Society London emporte le pourcentage de la qualité, mais Stamp Magazine et Gibbons Stamp Monthly restent des lectures tout en variété et qui réalise un combo concurrentiel tel qu'elles placent une loupe sur une zone de la Première Guerre mondiale.

Ainsi, ceux qui saturent du nécessaire centenaire de la Première Guerre mondiale, médiatiquement trop axé sur le front occidental dans nos contrées, ont raté l'excellente exposition sur l'armée d'Orient au Musée d'histoire de Marseille, de novembre 2014 à mai 2015, dont il reste le dossier de presse en pdf et les fiches pour les scolaires. Armée dont les opérations balkaniques sont, aux yeux de certains historiens, la cause immédiate de la victoire de 1918 par l'effondrement de l'Autriche-Hongrie.

...

Tiens, aucun timbre de France sur ce corps expéditionnaire en cent années de programme philatélique ?!! Pourtant la lettre grecque aurait, pour le coup, un semblant de fausse pertinence.


Sinon, ils se tourneront vers les numéros datés octobre des deux magazines grand public britanniques : chez Gibbons, Christer Brunström fait découvrir les postes locales créées en Pologne pendant le premier conflit mondial, alors non existante suite à son dépeçage au dix-huitième siècle. La situation militaire complexe força les municipalités à organiser des services de remplacement, les autorités civiles et militaires allemandes, autrichiennes et russes ne s'occupant plus que du courrier entre villes principales.

De l'autre côté, dans Stamp, Wendy Buckle raconte la réalité des découpages d'après-guerre et leurs conséquences philatéliques dans la République de Lituanie centrale où se situe Vilnius. Une zone disputée entre Lituanie et Pologne, nouveaux États indépendants, jusqu'à ce que le Pacte germano-soviétique règle la situation.


À la Société philatélique royale, ce sont trois petits articles surprenants et un long article didactique qui m'ont occupé une longue soirée de la semaine dernière après visionnage d'une conférence de la même qualité.

En une vingtaine de pages abondamment illustrées, Kjell Nilson explique les champs d'étude des courriers suédois pour l'étranger pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux dernières difficultés postales en 1948 : courrier renvoyé pour cause de guerre, repérage des routes alternatives via les autres pays neutres, censure des lettres et aussi des oblitérations militaires, contrôle des valeurs envoyées à l'étranger par voie postale, courrier pour les prisonniers de guerre,... Il y a de quoi trouver son prochain domaine de recherche en Suède ou ailleurs.

Néanmoins, la brièveté des trois autres articles n'est pas un handicap puisque leurs auteurs, tous Fellow de la Société, y décrivent des pièces et des réflexions intrigantes pour le curieux.

Vincent West retrouve le quotidien d'un universitaire de Cambridge avec une seule lettre timbrés de la poste du Saint John's College, devinant comment avancer en 1885 ses recherches sur l'histoire de l'établissement. Un premier pas vers les postes privées des colleges de Cambridge et Oxford.

Ensuite, direction 1861 dans la colonie d'Australie du Sud avec un article posthume de A. Ronald Butler - connu pour avoir rassemblé les biographies éparses des signataires du Roll of Distinguished Philatelists en 1990 - avec la collaboration de Donald et Brian Pearce. Le maître général des postes d'alors, James William Lewis, est si tatillon qu'il force le postier distrait qui a oublié trois cents lettres dans un coin avant le départ du bateau vers l'Europe, à écrire quelques lignes d'explication que Lewis signa. Combien de ces enveloppes existent encore ?


Enfin, Everaldo Santos interroge la croyance - erronée selon lui - que les Œils de bœuf, premiers timbres du Brésil, ont eu un usage fiscal et judiciaire que le principal catalogue brésilien a perpétué jusqu'aux années 2000.

Repartant de la procédure judiciaire de 1842 et d'une plongée dans les archives judiciaires, il démontre que les bandes et blocs de ces timbres collées dans les premières pages des dossiers d'enquête avaient un usage postal : ils couvraient le transport des dossiers d'un tribunal à un autre.

Il approfondit plusieurs interrogations : l'absence d'annulation peut s'expliquer par le transport par porteur, plus rapide et discret pour certains trajets ; l'existence de tels blocs décollés par l'envie des marchands et des collectionneurs de timbres de posséder des timbres postaux oblitérés, et non des timbres fiscaux. À méditer avant de décoller.


Cette interrogation du décollement des timbres de leur support apparaît également pour un exemple au cours la conférence du jeudi premier octobre de John Horsley, lors d'un des deux jeudis mensuels au siège de la Royal Philatelic Society aux portes ouvertes aux visiteurs qui s'annoncent.

Aussi didactique que Nilson, il explique comment étudier logiquement un cinq livres orange de l'époque victorienne pour être sûr de son type, de la couleur de son papier, voire comment prouver avec son scanner et un logiciel de travail d'image, à la maison, s'il s'agit d'un faux ou d'un réutilisé et pester contre la perte d'information essentielle quand un exemplaire a été décollé entre deux ventes aux enchères pour faire joli.

Les non membres ont accès à un complet pdf de Horsley sur le site de la société, les membres au lien menant à la vidéo de la conférence sur youTube - dont l'humour et la vivacité compense la brièveté.


D'ici une semaine environ - impatience, les numéros datés novembre vont commencer à arriver.

lundi 9 juin 2014

Facteurs cariocas

Comme tous les deux ans, médias maronniers et voisins embièrés ont commencé à vivre coupe du monde de la FIFA (non pas le φ qui vomit pour plusieurs centaines d'euros de timbres prochainement... la F.I. qui engloutit plusieurs milliards de dollars en laissant les risques et déficits aux pays organisateurs pas toujours démocratiques) ou de sa succursale européenne.

Les petits bobos de gamins millionnaires deviennent des feuilletons à épisode et la vie du Brésil est décortiquée depuis déjà une bonne semaine par les médias - même arte avec L'Assiette brésilienne, une série documentaire sur la gastronomie région par région.

Depuis un an, j'étais en indigestion de la Grande Guerre, maintenant c'est le Brésil.

Apportons donc ma pierre à l'édifice monomaniaque.

Première image du générique déroulé de la série Cidade dos homens (Rede Globo, 2002).
De 2002 à 2005, le réseau de télévision Globo a poursuivi l'aventure du film Cidade de Deus (La Cité de Dieu) de 2002, aventure vécue par des habitants de deux favelas de Rio de Janeiro comme acteurs amateurs, et dans la série comme apprenants dans l'équipe technique. Le film adaptait l'histoire de l'émergence de ces quartiers depuis la fin des années 1960 au début des années 1980 contée par le romancier Paulo Lins.

Les deux acteurs principaux, Darlan Cunha et Douglas Silva, jouent quasiment les rôles de leur vie quotidienne : quatre saisons, quatre âges de l'adolescence divisée entre des choix difficiles : école ou travail clandestin, durable pauvreté laborieuse ou courte réussite mafieuse ?

Ainsi, à treize ans au cours du premier épisode de la première saison, ils ont réussi à trouver l'argent pour participer à une sortie scolaire au musée impérial de Petròpolis, résidence d'été de l'empereur Pierre II. Épisode mémorable pour le monologue d'Acerola (joué par Silva) pour expliquer les conséquences pour le Portugal et le Brésil des guerres napoléoniennes à partir de son vécu des guerres de gangs. Dans le second, Acerola est à la bonne avec les chefs du gang contrôlant la favela, au risque de son amitié avec Aranjinha et de sa sécurité. Le quatrième apporte un regard critique : le téléspectateur suit en parallèle la difficile et affamée journée d'Aranjinha dont la mère est absente pour servir de bonne à tout faire en ville et celle difficile de Joãn Victor, blanc et habitant un immeuble, mais dont la mère diplomée peine à tenir le budget.

Automne 2013, le facteur de La Rocinhas enfin au travail grâce à des avancées visibles dans le troisième épisode de Cidade dos homens (AFP via Géopolis de FranceTVinfo, le service information de France Télévisions).

Correio, le courrier en portugais et le nom raccourci de l'opérateur postal public au Brésil, est le troisième épisode. Cris et colère dans les ruelles basses de la favela : le jeune et malheureux facteur doit faire face aux habitants dont le courrier se perd, est volé, livrets d'épargne perdus, chèques de salaires envolés...

Comme raconté par ce reportage de l'Agence France-Presse diffusé en octobre 2013 (mais bien d'autres sont trouvables grâce à Google), l'employé ne peut délivrer le courrier qu'à ceux dont l'adresse est connu de Correios... Au début des années 2000, aucune rue, ruelle, traverse, place des favelas n'a d'existence officielle : le quartier n'est pas censé exister !!! D'où une scène où les deux gamins découvrent qu'il n'y a que du vert, des forêts là où devraient être leur quartier.

Un facteur de Carteiro Amigo, entreprise qui, contre abonnement, délivre le courrier aux habitants des favelas sans adresse reconnue par Correios (AFP via Géopolis).
Soucieux que les habitants restent calmes et satisfaits pour pouvoir mener ses divers trafics, le chef du gang local ordonne à Acerola, entrepreneur-en-devenir, d'assurer la distribution quotidienne du courrier. Seulement, une lettre finit bien par rester non délivrée... ce qui entraîne Acerola à creuser encore plus sa tombe... enfin sa carrière postale : il obtient l'idée d'établir un plan complet de la favela et, contre paiement, un travail d'odonymie. Je vous laisse retrouver les dvd pour connaître les maintes péripéties de tous ces plans.

La pacification policière et les efforts d'association ont modifié le travail postal dans les favelas de Rio. Dans le reportage de Nolwenn Guyon, alors correspondante AFP à Rio, la poste brésilienne a commencé à identifier certaines rues principales et à développer l'annuaire d'adresses dans La Rocinhas, ainsi que l'ouverture de bureaux.

Cependant, les ruelles, les parties coupe-gorges et les hauteurs restent encore non desservies. Là, c'est l'entreprise Carteiro Amigo, l'ami postier en portugais, qui profite du vide : contre un abonnement de cinq euros en octobre 2013, environ quinze reais brésiliens, elle propose d'amener le courrier de ses bureaux où Correios les a délivrés jusqu'aux abonnés... pas tous satisfaits de devoir payer en plus un service public auquel tous les Brésiliens ont droit.

Bref, des solutions dans l'air du temps depuis longtemps quand on regarde la série. Peut-être à venir en France si La Poste impose les blocs de boîtes aux lettres à l'entrée des lotissements pour gagner en temps et en coût.