Affichage des articles dont le libellé est Cameroun. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cameroun. Afficher tous les articles

mardi 31 août 2021

Pourquoi donc frapper des pièces pour les colonies françaises ?!

 C'est une formulation simple de l'étude proposée par Hugo Carlier dans son mémoire de master (« D.E.A. » pour les anciens) titré La Souveraineté monétaire dans l'Empire colonial français 1879-1939. Il a reçu le prix Ithaque-Marquet du master d'histoire économique, ce qui lui a permis d'être publié en juin 2021 (éditions Ithaka, ISBN 9782956629566).

Couverture de l'ouvrage (à commander chez votre libraire).

Le propos est en effet intéressant aux numismates souhaitant dépasser la simple cote d'achat-vente de telle ou telle pièce coloniale, même s'il faut accepter que l'exercice consiste autant à évoquer le sujet titré qu'à faire le point sur l'état de la recherche et de la connaissance avec forces notes et renvoi vers d'autres ouvrages de recherche. Certains découvriront quels sont les notions et concepts qu'abordent les chercheurs actuels autour du fait colonial ou des représentations symboliques de la République française.

D'ailleurs le titre originel de son mémoire de 2020 permet au lecteur éloigné de l'université d'en comprendre le contenu plus aisément : Négocier la souveraineté monétaire sous la Troisième République. La monnaie métallique dans l'empire colonial français (1879-1939) », préparé sous la direction d'Alain Chatriot, professeur des universités à Sciences Po.

Si je résume grossièrement, les colonies françaises n'ont aucune autonomie monétaire aux yeux du ministère des Finances à Paris...

... sauf que les collectionneurs listeront de tête, avant les années 1930, les bons de caisse des Antilles et de la Réunion, les piastres de commerce de la Banque d'Indo-Chine, les roupies des comptoirs des Indes, les monnaies tunisiennes, togolaises et camerounaises.

C'est qu'entre l'idée-clé que le franc français est la monnaie de l'Empire et le fait que les colons et colonisés utilisent des pièces métalliques de franc français, il y a le gouffre de la masse de métal dont la France dispose réellement. Les gouverneurs réclament fréquemment à Paris des pièces pour satisfaire les commerçants de leur colonie... au risque que de bonnes pièces françaises fuient vers les colonies et pays voisins... Leur attrait est d'être aux formats de l'Union latine.

Déjà pointent les premières exceptions : dans les minuscules comptoirs indiens, la monnaie doit permettre des échanges aisés avec la roupie des Indes Britanniques ; en Indochine, la sapèque et sa symbolique (sa forme troué en carré, ses formules frappées) est préférée par les « indigènes »...

Comme pour le protectorat tunisien et les mandats du Togo et du Cameroun, il va être tenu compte de ses exceptions car, face au manque de monétaire français, il y a la concurrence commode d'utiliser les monnaies métalliques d'autres puissances rivales, britannique, allemande et même le Thaler de Marie-Thérère que l'Autriche frappe encore avant la Première Guerre mondiale alors qu'elle est démonétisée localement.

On pourrait croire que c'est l'invasion de monnaies rivales qui animeraient les ministères et administrateurs français... À la lecture des recherches d'Hugo Carlier, il semble que, la plupart du temps, ce sont des considérations économiques et comptables, parfois diplomatiques, qui préoccupent les ministères parisiens plutôt que le rayonnement des valeurs de la République civilisatrice.

Il faut, en effet, découvrir dans les archives ministérielles et parlementaires le combat du ministère des Finances pour conserver les bénéfices de la frappe monétaire - le seigneuriage -, moins par souci d'expression de la puissance métropolitaine que par le fait que l'entité souveraineté conserve dans son budget le bénéfice de la transformation du métal en monnaie sonnante et trébuchante.

C'est ce principe que le Bey de Tunis et le gouverneur du Togo (sous surveillance de la Société des nations) comprennent très vite et savent rappeler à Paris par l'intermédiaire des ministères des Affaires étrangères et des Colonies : dans ces cas, la France n'est pas souveraine ; elle frappe la monnaie au nom d'un roi ou d'un peuple encadré...

... et voilà comment les pis-aller des Antilles et de la Réunion (bons de caisse, faute de monnaie métropolitaine aisément disponible) d'avant la Grande Guerre de 1914 deviennent un enjeu croissant chez les différents gouverneurs coloniaux pendant l'entre-deux-guerres. Ils voient dans l'émission de pièces de monnaie au nom de leur colonie un moyen d'équilibrer leur budget après les coûts de la guerre et les nécessités de construction d'infrastructures pour développer les pays.

Quand, enfin, le ministère des Finances cède, l'apparence de la monnaie est secondaire pour quasiment tout le monde, sauf exception d'un gouverneur soucieux de détail (le profil d'une Caraïbe en Guadeloupe) ou le cas d'un territoire où il faut s'assurer des apparences diplomatiques : l'équilibre France/Indochine voire l'absence de l'État-France en Tunisie. Le traité de protectorat pouvant imposer les mêmes droits à une puissance rivale, il ne faut pas donner de droit au royaume d'Italie de battre monnaie pour le Bey. Ailleurs, n'importe quel profil de Marianne fera l'affaire, surtout s'il est déjà gravé : il faut économiser pour protéger le seigneuriage.

Je pense que cet ouvrage sera utile à la culture des collectionneurs de monnaie. Quels débats ont conduit à la frappe ou à l'absence de frappe ? Pourquoi telle ou telle allégorie et tel texte ? Pourquoi des banques (d'Indo-Chine jusqu'en Polynésie) ont-elles exercé ce pouvoir au lieu de la puissance publique  ? Au risque de conflit dans le cas de la Banque d'Algérie pour les monnaies tunisiennes ?

Bref, la confirmation que cet empire, créé dans la violence militaire ou diplomatique, dans l'exploitation économique à sens unique, avec un peu de souci du développement des populations à partir de l'entre-deux-guerres, paraît géré au jour le jour et au meilleur coût possible pour les ministères de la Métropole.

L'avantage d'un mémoire universitaire sera que les curieux de tel sujet ou telle colonie bénéficieront d'une bibliographie permettant de prolonger leurs lectures et recherches au-delà, grâce aux notes, à une bibliographie et un index des personnages cités.

samedi 13 mai 2017

Des Français Libres de 40 au Cameroun actuel chez le Rossiter Fund

Le mois d'avril 2017 dernier, le Stuart Rossiter Trust, fondation britannique encourageant les chercheurs en histoire postale, a publié The Free French in London 1940-1945 de Peter A. Baker.

En soixante-quatre pages illustrées en couleurs, les courriers étudiés couvrent les marques et bandes adhésives des censures, les cachets et services postaux des Forces françaises libres et de l'institution politique établie par Charles de Gaulle : la France Libre, devenue le Comité français de Libération nationale à partir du trois juin 1943 (qui forme le Gouvernement provisoire de la République française du trois juin 1944 à Alger).

Le prix est de neuf livres sterling cinquante pence (soit onze euros et quelques plus les frais de change) avec un port de cinq livres trente-cinq pour l'Europe. Adresse mail pour les commandes sur le site du Stuart Rossiter Trust.

D'après la liste des ouvrages disponibles, ce n'est pas le premier ouvrage d'histoire postale militaire de France publié avec le soutien et par la fondation établie par la donation de l'ensemble de ses biens par Stuart Rossiter, après sa mort en 1982 à cinquante-neuf ans. Rossiter a été rédacteur en chef des Blue Guides touristiques de 1963 à 1973, du London Philatelist de 1975 à 1982 et de Postscript, le journal de la Society of Postal Historians.

En 2014, par exemple, Ashley Lawrence a proposé Besieged in Paris. An Englishman's Account of the Franco-German War, 1870-1871. La correspondance entre William Brown, dans Paris assiégé, avec son épouse outre-Manche par tous les moyens possibles.

Mais, si les historiens postaux militaires apprécieront la longue liste d'ouvrages, les plus classiques apprécieront The Postal History of the Type Sage Issue of France (1876-1900), édité par l'auteur Peter Kelly, avec le soutien du Trust.
La couverture des marques et histoire postales du Cameroun indépendant de 2014 (via le blog de l'American Philatelic Research Library).
Côté Afrique francophone post-coloniale - si difficile à connaître, le soutien a permis la publication nord-américaine en 2014 de The Postmarks and Postal History of Independent Cameroun, 1960 to date de Marty Bratzel, Michael Wright et Marc Parren, cinquante-neuf pages imprimées allongées de cinq cents soixante-dix sur un dvd-rom.

Au-delà, des Pays-Bas au seizième siècle à l'Irak de l'entre-deux-guerres, des agents transitaires britanniques d'avant la réforme postale à l'émission illustrée de 1898 en Nouvelle-Zélande, les recherches soutenues par le Stuart Rossiter Fund sont vastes.

Le site propose également, en haut du menu à gauche, des conseils d'écriture aux chercheurs, et comment entamer une recherche historienne pour les auteurs débutants.

samedi 31 décembre 2016

Bénin et Cameroun, deux philatélies franco-sino-anglophones actuelles

Comment découvrir la philatélie actuelle des postes de pays ayant d'autres préoccupations quotidiennes que de suivre les goûts et désirs des collectionneurs d'Europe ?

Les sociétés philatéliques spécialisées et leurs membres semblent constituer une bonne partie de la réponse, mais pas toute.
Le cinq cents francs CFA permettait d'envoyer une lettre pour l'Europe jusqu'à dix grammes (base Colnect dont les membres n'ont pas encore proposé les versions surchargées).
Après accumulation de toutes les informations accessibles et d'une bonne quantité de courrier, Nicholas Pertwee a pu étudier la série des sept timbres au type Zin Kaka du Bénin (nom local du singe à ventre rouge) depuis leur émission en 2003 à leurs surcharges pour nécessité de service et de tarifs postaux en 2008.

Une « affaire de singe » sur laquelle il a rédigé un dossier en deux parties paru dans le journal de la France & Colonies Philatelic Society (UK) en septembre 2015 et mars 2016. Comment Adéchola Abathan, ou un metteur en page, ou l'imprimerie Cartor choisirent les couleurs des cadres et la taille des polices entre nécessité postale et information du public sur cette espèce menacée.

Et, ensuite, passions philatéliques traditionnelles connues : l'analyse - autant qu'elle est possible à partir des courriers et timbres trouvés - des usages postaux et des types de surcharges par variation de la police. Pour les oblitérations, retrouver les numéros de novembre et décembre 2015 de Gibbons Stamp Monthly.

Heureuse initiative d'en voir une version française en cinq pages abondamment illustrées dans le numéro de janvier 2017 de Timbres magazine.

Par contre, je ne sais que dire de l'initiative évangélique de SOON, association à vocation religieuse et éducative (notamment des journaux en plusieurs langues africaines, des cours d'anglais), dont l'activité a suscité suffisamment de lettres du Bénin vers l'Angleterre... pour permettre l'étude de Pertwee.
Lettre oblitérée du vingt juin 2016 du Cameroun vers la France, affranchie avec timbres imprimés par Phil@poste Boulazac (collection Éric Contesse, Blog timbré de ma philatélie, dimanche vingt-quatre juillet 2016, reproduite avec autorisation - merci).
À défaut de disposer d'un destinataire de courrier en masse, être sur place peut aider à voir et, parfois, comprendre comment la poste se débrouille avec son budget pour émettre selon les besoins de service et de commémoration nationale, gérer ses stocks tout en essayant de toucher les collectionneurs.

Et pour Cameroon Postal Services (CamPost, établie en 2004), la première moitié de la décennie 2010 ne fut pas facile à lire les « observations » de Marc Parren sur les nouvelles émissions de 2009 à 2015, publiées dans le numéro 98 de Cameo, la revue du West Africa Study Circle (index au format Excel en bas à gauche de cette page-ci). Les titres et l'ironie sont de moi, Parren ayant suivi un plan chronologique par émission après une introduction générale.

Ne pas oublier de payer l'imprimeur.
Après le non-paiement de l'émission sur la visite papale de 2009, Cartor refusa d'imprimer celle du cinquantenaire de l'indépendance l'année suivante... qui fut confiée à un imprimeur thaïlandais, la Thai British, qui fournit aussi six timbres différents et deux formes de vente inhabituelles au Cameroun : un carnet courant et un carnet de prestige (CamPost a-t-elle dû composer avec un forfait ? Ou a essayé de toucher les collectionneurs étrangers et les marchands de nouveautés ?).

Faire payer le sujet de l'émission alors, puis par les collectionneurs.
Pour se réconcilier avec Cartor, l'émission du premier vol de la Camair-Co fut financée par la compagnie aérienne elle-même et fut remboursée sur le prix du feuillet en forme d'avion et des enveloppes premier jour avec cachets du premier vol, tous vendus bien au-dessus de la faciale.

Confier son projet à un ami.
L'émission sur l'amitié avec la République populaire de Chine est la dernière affaire : à lire Marc Parren, le projet de CamPost passa sous le contrôle unilatéral de l'ambassade du Cameroun à Pékin avant, semble-t-il de finir dans celui de Pékin. Que dire alors puis la cérémonie premier jour eut lieu quand il plut à l'ambassade de Chine à Yaoundé ! D'autant plus facilement que c'est elle qui avait reçu les timbres...

Pour découvrir enfin que l'imprimeur officiel chinois au Henan a imprimé trois feuillets qui ne sont jamais parvenus au Cameroun...

Parren explique qu'aucun chiffre de tirage n'est connu car l'ambassade chinoise ne veut pas les fournir. Une histoire de « singes bienséants » donc.

Bref, faire simple.
Après ces péripéties, Cartor imprima trois émissions fort simples, une en 2011 sur la découverte du sida, deux en 2014 sur la modernisation des activités postales (projet E-Post de data center et le service express EMS).

Ce sont aussi les premières pour lesquelles CamPost n'a plus proposé d'enveloppes premier jour. Renoncement à atteindre le marché des collectionneurs internationaux, finalement bien coûteux à tout point de vue ?

Faire jouer la concurrence.
Comment le programme camerounais passa-t-il sous les presses de l'imprimerie de La Poste française, à Boulazac ?

En 2015, par le choix du nouveau directeur français de CamPost avec retirage immédiat du deux cents cinquante francs E-post, suivi de deux émissions - actuellement non déclarée sur le site du Système de numérotation de l'Association mondiale de promotion de la philatélie (WNS), pas connus des participants de Colnect.

La première, illustrée ci-dessus à partir de la lettre reçue par Éric Contesse qu'il a présentée en juillet 2016 sur son Blog timbré de ma philatélie, marque l'inauguration du monument des cinquantenaires (indépendance et réunification) à Buéa, dans l'ancien Cameroun du Sud sous mandat britannique... un an et demi après l'événement présidentiel du dix-huit février 2014. En effet, les deux timbres (un rectangulaire et un rond) sont disponibles depuis le douze novembre 2015.

La seconde est consacrée au port en eau profonde de Kribi, construit par une compagnie chinoise, et ne comprend qu'un seul timbre sur les deux prévus. Pour le nouveau directeur, inutile d'avoir deux timbres de même valeur faciale émis la même année.

Sur cette gestion au plus juste des émissions, de leurs tirages et des valeurs faciales, Parren rédige un paragraphe sur ce qu'il est possible de trouver dans les bureaux de poste depuis les deux métropoles de Douala et Yaoundé

Un risque politique ?
Un petit détail est à relever hors-philatélie depuis 2014, noté par les deux philatélistes : la disparition de la mention en anglais du nom du pays (Republic of Cameroon)... même pas sur l'émission consacrée à la réunification sur un événement et un monument qui concerne directement les Anglophones.

Un fait surprenant alors que, dans les années 2000, les entreprises publiques ont été nommées en anglais : Cameroon Postal Services (voir oblitération sur la lettre ci-dessus), Cameroon Airlines Corporation (Camair-Co)... L'article de la Wikipédia en anglais signale que les Camerounais anglophones sont à la fois fort représentés dans la vie politique nationale, et qu'il y a un mouvement sécessionniste dans les deux provinces de l'ancien Cameroun du Sud...
La couverture de Timbres en guerre, issu de la recherche universitaire (Presses universitaires de Rennes, 2016).
Entre les coulisses de l'émission sino-camerounaise et cette disparition anglophone, il y a de quoi motiver des recherches dans la presse en ligne camerounaise et chinoise, ainsi que les archives postales et gouvernementales...

... sur le modèle des historiens Alain Croix et Didier Guyvarc'h sur les timbres liés aux deux Guerres mondiales (Timbres en guerre commandé, reçu, introduction (pdf dans l'onglet « Documents ») et premier chapitre déjà lus : intellectuellement passionnants en philatélie et en histoire comme en φl@télie (organisée) et en Ͱistoriographie.

Complément du dimanche dix-neuf février 2017 :
Les relations unilatérales entre la République populaire de Chine et les diverses postes du monde sont confirmées par un article d'Arslan Slemane, paru dans El Watan le dix-neuf janvier dernier : trois timbres hors-programme imposés, un bloc spéculé, aucune contre-partie d'une émission conjointe...

jeudi 22 décembre 2016

Des actuels timbres fiscaux du Cameroun

Il n'y a pas qu'en France que les gouvernements successifs et à venir recherchent des revenus, celui du Cameroun a joué avec la fiscalité des formalités administratifs, donc sur la valeur des timbres fiscaux nécessaires. Après l'augmentation du timbre pour les passeports fin 2015...
L'actuel timbre communal (et bilingue) de deux cents francs CFA (Semac) (via Cameroon-Info.net).
Fin novembre, lors du débat sur la loi de finances 2017, une petite liste de création ou d'augmentation de taxes étaient encore en discussion : loueurs de logements meublés soumis aux impôts sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée, taxe de séjour touristique, sur les boissons vendus en emballage non recyclable (la vente d'alcool en sachets est ainsi interdite en Côte d'Ivoire).

La journaliste Géraldine Ivaha de Cameroon-Infos.net explique que le gouvernement veut consolider la régularité de ses revenus et profiter de la croissance à venir pour financer l'attractivité du pays, dans le contexte de l'entrée en vigueur de l'Accord de partenariat économique signé avec l'Union européenne - Tiens ! Un accord de libre-échange que l'UE parvient à conclure...

Par contre, Sandrine Gaigne pour Le Quotidien de l'économie, repris sur Camer.be, est allé interroger des Camerounais sur la conséquence du triplement du timbre fiscal pour les documents administratifs au format A4 (de deux cents à six cents francs) et le plus que doublement au-delà (de quatre cents à mille francs).

Pour les économistes et fiscalistes, même si ce budget philatélique représente bien peu, il permettra d'asseoir les budgets des communes en pleine décentralisation.

Pour les jeunes, c'est une plaie : le timbre est nécessaire pour les actes de naissance, les inscriptions aux examens scolaires et aux concours publics. Ainsi, un timbre pour l'inscription au concours, mais aussi pour l'acte de naissance, la preuve de ci, de ça...

Vu la différence entre le coût de l'administration et les revenus locaux, est-il étonnant qu'il existe des trafics récurrents de faux timbres fiscaux ? Derniers épisodes dans le Nord du pays en octobre et un stock en provenance du Brésil avec comme avertissement aux acheteurs de ces faux que les inscriptions aux concours administratifs seront rejetées si elles les portent.

jeudi 23 juin 2016

Paris-Philex (5) : de l'exotisme hors les murs

« Paris-Philex hors les murs ».

Je rassure tout de suite les collectionneurs et spéculateurs de nouveautés hors-programme : n'écrivez pas à Timbropresse, ni à la Fédération. Inutile que leurs chefs aillent envahir de nouveau le bureau de Gil@poste Livchitz, ni que Socrate et Gauthier Toulemonde nous répandent des pages entières sur leur rôle intermittent de défenseurs du collectionneur de nouveautés, comme dans le numéro de ce juin 2016 : c'est quoi ce trou d'actions de 2007 à 2015 pendant l'application délétère des états eslingériens de la φl@télie ?

Dans ce « hors les murs », aucune action secrète de Gil@poste pour émettre des timbres spéculatifs ou des entiers en douce en avertissant uniquement quelques happy fews franciliens.
La façade du palais de la porte Dorée par Alfred Janniot - 1929-1931 - en hommage à un empire exploité que nous fantasmions « libre » et en « paix », selon les grands principes entourant l'allégorie centrale (photographie sous licence Creative Commons cc by-nc-nd 3.0 fr - rappel : Janniot est mort en 1969).
« Paris-Philex hors les murs » est ma façon de profiter de trois jours parisiens - alléluia, une marée basse professionnelle, dommage qu'elle fut haute pour Monacophil 2015 - entre philatélie et découverte de Paris.

Car il suffisait de prendre le tramway devant le parc des expositions de la porte de Versailles, siège de l'exposition philatélique nationale pour rallier la porte Dorée et une scénographie colonialiste évoquant l'époque de naissance d'une grande partie des visiteurs de Paris-Philex et du volailler φl@postal.

Le monument ouvrant la zone honore les anciens combattants d'Indochine, fontaine-rivière minérale entouré de pelouse et de palmiers par l'architecte Louis Madeline, provenant d'une statue d'Athéna par Louis-Ernest Drivier. Il est suivi d'un bas-relief de l'expédition de 1898 du colonel Marchand du Congo à Djibouti, via un arrêt dangereusement imprévu à Fachoda, sur lequel tous les officiers français sont nommés et les tirailleurs sénégalais évoqués par leur nombre...

Face à cela, le palais-musée-aquarium de la porte Dorée et sa façade exploitons les richesses des colonies... Nous savons depuis 2005 qu'il n'est toujours pas possible de faire l'histoire de l'empire colonial français par les historiens, de montrer comment l'empire raciste bénévole de Jules Ferry est devenu un empire raciste et parasite, oublieux des valeurs de la République. Que dans les colonies le bon est mêlé au mal dans la manière dont la France, les colons et les métropolitains ont géré ces territoires et ces peuples.

Tant de débats historiens et de réflexions invisibles quand sont évoqués les timbres créés pour les colonies.
Carte postale utilisée en 1907 : des bûcherons immigrés belges et leur... hutte... (collection Musée de l'histoire de l'immigration, Paris).
Quelle ironie d'y avoir installé le Musée de l'histoire de l'immigration depuis 2007, avec dans les premières pièces une carte postale du début du vingtième siècle, dans une mise en scène digne d'un timbre colonial de l'indigène exploitant l'hévéa grâce au Français civilisateur : une équipe de bûcherons belges œuvrant dans la forêt de Marchenoir, en Loir-et-Cher où la carte fut postée avec une Semeuse en 1907.

Le détail qui montre que le point de vue français est autant un problème que les migrants : « et leur hutte »... Habitat temporaire pour une taille d'accord, mais rudesse du confort : une cause du refus des bons Français de réaliser ce travail ?
Cartes postales (!) françaises sur l'expulsion de « romanichels » par les gendarmes, vers 1900 (collection Musée de l'histoire de l'immigration, Paris).
Une exposition temporaires sur les frontières sur deux siècles, « sur les limites et leurs limites », se tient juqu'au dimanche trois juillet prochain.

Pour le sens des frontières françaises au début du vingtième siècle, un lot de cinq cartes postales est présenté : des photographies prises, clairement mises en scène, imprimées, vendues, utilisées sur un sujet qui provoquerait un scandale médiatique aujourd'hui, quoique vu le débat britannique sur les frontières (exemple par UKIP)...

... des photographies d'opérations de gendarmerie expulsant des « Romanichels » du territoire, voire sur une autre carte « Nos campagnes. Voyageurs indésirables »... Pfiou.

Illustrées ci-dessous, deux affranchies sur l'image.

À gauche, une carte française mais avec une légende sommairement traduite en allemand. Sur la route entre Arracourt (Meurthe-et-Moselle) et Vic-sur-Seille (Moselle), au poste-frontière, une ligne bien rangée de gendarmes soldats allemands - et d'habitants endimanchés - posent barrant le chemin à des « romanichels serbes » qui posent avec leurs ours, après leur expulsion par les gendarmes français. Le montreur d'ours pyrénéen contre la loi de séparation des Églises et de l'État a été plus populaire...

La carte est utilisée côté allemand à « Vic (Seille) » le vingt-cinq mars 1916. L'oblitération sur timbre allemand m'étonne car elle conserve le nom français de la commune, allemande depuis l'annexion de l'Alsace-Lorraine, régions qui appraît beaucoup dans le premier tiers de l'exposition Frontières.

La carte de droite est encore plus révoltante. Les gendarmes posent avec les riverains lors d'une expulsion de « Bohêmiens », enfants bien placés dont le bébé voit sa joue pincer affectueusement par l'officier...
Barthélémy Toguo ( exposition temporaire FrontièreMusée de l'histoire de l'immigration, Paris).
Coincés entre les postes-frontières est le message que je retiens de nombreux documents et œuvres d'art de cette exposition. L'artiste camerounais Barthélémy Toguo résume cette situation humaine en 2010 : des sculptures en bois représentent des êtres humains tandis que le dessous est gravé comme des tampons douaniers, dont un porte un prénom.

Envie de jouer le douanier comme sur ces cartes postales : testez ce jeu vidéo.
Philatélie fiscale : un visa temporaire de réfugié célèbre (France) en haut et un passeport soviétique de1935 en bas ( collection Musée de l'histoire de l'immigration, Paris).
À entrer ainsi dans les vies individuelles, l'exposition temporaire, comme l'exposition permanente, oblige le visiteur à se souvenir que les migrants sont des êtres humains au-delà des timbres fiscaux, visas et passeports présentés.

Si la collection de photographies de « voitures-cathédrales » des travailleurs immigrés retournant en vacances au Maghreb avec des achats pour toute la famille étendue provoquera à coup sûr des blagues racistes - et peut-être un gentil rappel à la sécurité routière, le retour sur terre a lieu peu après avec la carte temporaire de séjour de janvier 1962 avec timbre fiscal de cinq francs - photographie retirée - au nom du réfugié soviétique :
Conférence de presse aux Champs-Élysées six jours après sa demande d'asile à la France (SIPA / initialement Paris-Jour).

« Saleté de réfugiés, refoulons-les », « S'ils restaient pour combattre, ils sauveraient leur pays », etc., etc. Entre un président fils d'exilé hongrois et un premier ministre né espagnol d'un couple espagnol et italien...
Document de voyage visé à l'ambassade britannique de Paris en 1949.
Bref, ce musée est une œuvre de salut public pour éclairer bien des débats avec le recul de l'histoire, tout en œillades à destination des philatélistes postaux autant que fiscaux. Quelques dernières pièces que vous pouvez découvrir dans leur contexte individuel au musée de la porte Dorée.

Visa portant trois timbres fiscaux consulaires britanniques à l'effigie du Roi George VI pour seize shillings, déjà une belle dépense en septembre 1949, oblitérés à l'ambassade du Royaume-Uni à Paris.
Timbre fiscal belge sur un coin d'une affiche de cinéma de l'exposition temporaire Frontières (Musée de l'histoire de l'immigration, Paris, 2016).
Une partie de l'exposition temporaire est également consacrée au travail des douaniers, notamment leur matériel au fil des décennies - ce qui me rappelle l'exposition sur les douanes britanniques (Seized - Saisi) au Musée maritime du Merseyside de Liverpool : un grand musée qui rassemble de nombreux aspects du voyage maritime depuis le Titanic à la traite atlantique, en passant par la marine marchande, les peintures marines et l'exploitation humaine de nos jours.

Aspect culturel de ce métier avec l'affiche du film franco-italien La loi c'est la loi de Christian-Jacque avec les comédiens Fernandel et Totò, de 1958 - en pleine genèse du Marché commun européen.

Dans le coin inférieur droit, le philatéliste remarque un timbre fiscal belge oblitéré le vingt-cinq mai 1961... Une taxe sur l'affichage public ?
Facture italienne pour un accordéon commandé en France (Collection Musée de l'histoire de l'immigration, Paris).
Dans la collection générale, une galerie rappelle tout ce que les immigrés ont apporté à la culture française depuis Offenbach... Un immigré célèbre encore.

Une facture y est présentée pour la commande d'un accordéon (ou un harmonica, mes souvenirs musicaux sont vagues comparés à la philatélie) avec dans le coin un timbre fiscal italien d'une lire oblitéré le huit mars 1932, et donc conservé par la famille pour finir au musée. La fenêtre d'exposition évoquant la vie des immigrés arrivant en France avec quelques talents musicaux.

Un samedi matin enrichissant culturellement, politiquement et... philatéliquement.


Notes de l'après-midi :
Il suffit d'un tour en ville après avoir écrit pour enrichir un article déjà rassasiant.

Ainsi, actuellement dans les salles, l'histoire d'un jeune médecin zaïrois, seul volontaire pour s'installer avec sa famille à Marly-Gomont, dans l'Aisne, dans les années soixante-dix. D'après la jeunesse de l'humoriste Kamini qu'il avait évoquée dans un rap.

Bande-annonce de Bienvenue à Marly-Gomont (youTube).

Années soixante-dix oblige, le bureau des PTT et le courrier jouent de petits rôles secondaires dans l'intrigue.

À la librairie, dans ce thème, on peut toujours encourager à lire les essais de Gaston Kelman, né Camerounais, mais qui n'aime pas le manioc, comme le rappelle le titre d'un ouvrage de 2003 où il démonte les idées reçues sur les personnes noires. Pour les plus jeunes, Niourk, le roman de Stefan Wul ou sa récente adaptation en bande dessinée par Olivier Vatine.

Bande-annonce de l'exposition Déluge (Ville de Montpellier via youTube).
Une fois n'est absolument pas coutume, j'ai parlé d'art contemporain avec Barthélémy Toguo. Une exposition de l'artiste a lieu à Montpellier depuis hier ! D'hier mercredi vingt-deux juin au six novembre prochain, Toguo a créé une exposition inédite sur le thème du Déluge, au Carré Sainte-Anne, au cœur du centre historique (et gratuite).

Mon vendredi après-midi est prêt.

lundi 7 mars 2016

Les Nigerians montrent comment Nicolas Sarkozy pourrait aider la philatélie

En remontant les articles de ce blog, certains se souviendront que je souhaite que le personnage en fasse le moins possible justement : Marianne à la robe de bure des temps de crise, états généreux de la philatélie... généreux pour les conviv... participants et accouchant d'étranges lettres grecques sur les timbres de la Nâââtion... Alors que tous, en France comme dans les pays anglo-saxons, espéraient beaucoup d'un président-philatéliste, le Napoléon III de notre temps.

Je termine ce hors-sujet avec sa plus belle insulte. Non, ce ne fut pas « Casse-toi, pôv'con! », mais, à Dakar, le vingt-six juillet 2007 devant élus, universitaires et étudiants en clamant, phrase entourée de points de vue réducteurs :
L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire.

Pendant ce temps en Afrique justement, un ancien président philatélise...
Le directeur du Conseil de promotion de la philatélie décrit une des émissions britanniques pour le Nigeria qui ont servi sur le territoire sous mandat des Camerouns britanniques en cours de rattachement au Cameroun, insistant sur les multiples identités du timbre colonial (NTA News, trois mars 2016).
À Abuja, capitale fédérale du Nigeria, un congrès philatélique a eu lieu, a rapporté la chaîne nationale NTA le jeudi trois mars sur le thème des atouts de la philatélie pour l'économie de ce pays émergent malgré de nombreux problèmes de développement, de politique interne et du danger djihadiste avec Boko Haram.

Entre discours, initiation à l'histoire du timbre (avec peinture de Rowland Hill) et exposition de collections classiques, l'ancien chef d'État Olesegun Obasanjo est venu soutenir la passion des collectionneurs, l'importance du timbre pour enseigner l'histoire du pays et le travail du Conseil national de promotion philatélique depuis sa création en 1992.
Le président du Conseil de promotion (à gauche) écoutant avec attention le président Obasanjo évoquant le rôle des timbres (NTA News, trois mars 2016).
Et, avec le discours improvisé du non amateur, M. Obasanjo réalise ce que l'on attend d'un dirigeant, sans politique, ni arrière-pensée :
"Stamps tell story.
Every stamp has something unique about it.
It has story to tell.
And when you put them together, you get history.
And when you look at your collection of stamps,
you get history out of them."

Terminant en serrant l'épaule du philatéliste : quel autre encouragement attendre d'un ancien chef de l'État !
Un des timbres qui correspondent à la description par Ahmadu Ali : timbre du Nigeria de 1953 surchargé en 1960 pour les Camerouns britanniques en cours d'auto-détermination (scan disponible sur commons.wikimedia.org).
Et le couplet présidentiel d'être illustré immédiatement par le montage du journaliste : le directeur du Conseil de promotion, Ahmadu Ali - célébrant ses quatre-vingts ans, qui explique le graphisme et les mentions d'un des timbres coloniaux surchargés U.K.T.T., littéralement territoire sous mandat britannique qui servit aux Camerouns britanniques entre l'indépendance du Cameroun français en 1960 et le rattachement de ces régions du Nord-Est en 1961.

Et de conclure, l'œil pétillant du philatéliste, sur ce timbre du Cameroun, inscrit Nigeria, et surchargé par le Royaume-Uni.


En grattant un peu Google, c'est discrètement mais sûrement que Nigerian Postal Service (NIPOST) et des institutions de promotion essaient de créer un pôle philatélique national et de faire connaître la philatélie nigeriane actuelle dans le monde.

En 2011, le Service philatélique du Nigeria, qui a son prope site weba demandé un rapport sur la politique qu'elle devait mener, comment gérer les émissions de timbres ou l'établissement des règles du programme philatélique par exemple. Je pense que ce document doit pouvoir être lié à des efforts de l'Association mondiale de promotion de la philatélie (WADP) au sein de l'Union postale universelle.

Et le Conseil national de promotion de la philatélie fait office de membre de la Fédération internationale de philatélie depuis 2004.
Le journaliste expliquant le rôle de la réforme de Rowland Hill sur l'économie (NTA News, trois mars 2016).
Dans ces documents, l'accent est discrètement, mais sûrement mis sur la valeur économique du timbre-poste, dans son usage bien sûr - et une économie émergente où l'expédition de colis croît -, de sa collection et de son étude, comme dans cet article de deux février 2009 de Nigeria Communication Week, sûrement inspiré des efforts de communication du Conseil de promotion, mais que le journaliste Emeka Okafor a bien traduit pour son lectorat : il existe un commerce philatélique ancien au Nigeria comme le confirme un témoin, tout comme la production de timbres-poste mobilise une agence nationale, donc des fournisseurs.

Toute communication, tout commerce, et pour la classe moyenne tout patrimoine, ne dépend pas uniquement des nouvelles technologies.

C'est ce que raconte le journaliste devant le portrait de Rowland Hill quand il rappelle l'impact économique de la réforme postale de 1840 : contrairement aux impressions en Occident, la poste et le timbre n'ont pas encore dit leurs derniers mots dans les pays émergents.


Après Joëlle Amalfitano en octobre, Gauthier Toulemonde en janvier-février, à quand l'ancien président-philatéliste de la République dans les médias nationaux pour promouvoir la philatélie ? Ça compensera un peu les états généreux de la philatélie et s'il rencontre M. Ali, un peu son discours de Dakar.