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vendredi 6 février 2026

Le regard de Dieu sur le philatéliste vaticaniste

 La Commercializzazione Filatelica e Numismatica, en charge de vendre les timbres-poste et monnaie du Vatican, a rénové son site de vente d'une manière assez étonnante.

Tout d'abord, les pages d'information du site indiquent que le site marchand est désormais le seul moyen de se procurer ces émissions de la Cité du Vatican. Désolé les touristes, pas désolé les spéculateurs et prête-noms de Rome ?

Ensuite, les commandes sont acceptées quasi-immédiatement si l'acheteur réside dans l'Union européenne, le Royaume-Uni, la Suisse, le Canada et les États-Unis d'Amérique. Désolé les Norvégiens, pas désolé quasiment l'essentiel de l'humanité qui doivent écrire à l'avance à CFN pour savoir si l'entreprise a confiance dans le service postal ou express vers le pays du destinataire...

L'Union postale universelle en position latérale de sécurité.

Enfin, il nous reste la foi à tuer... enfin la relation de confiance entre acheteur occidental et vendeur vatican. En effet, déclarer votre identité, votre adresse postale, votre numéro de téléphone portable, celui de votre carte bancaire, avec votre banque qui va vous demander d'autoriser le paiement, la réception prouvée (recommandé, contre signature j'imagine), et sûrement les cookies pour fliquer votre navigation sur internet... ne suffisent plus.

Anciens clients comme nouveaux doivent désormais laisser une application sur leur téléphone-appareil photographique capturer leur visage voisinant avec les deux faces de leur pièce officielle d'identité nationale.

...

Un certificat de baptême pour proposer une réduction ou un programme de fidélité, je comprendrai. Accepter de recevoir un prospectus promouvant le catéchisme avec la commande, pourquoi pas.

Mais là, si la justification est les taxes douanières ou sur la valeur ajoutée, toutes les informations habituelles suffisent pour que le site marchand ajoute ces taxes au paiement selon le pays de résidence du client.

Le nouveau pape états-unien veut-il montrer qu'il est aussi fasciste totalitaire que son compatriote orangé à lister les bons catholiques clients du Vatican, dénoncer ceux qui stockeraient des monnaies d'or et d'argent à l'écart du fisc, signaler des victimes aux dictatures anti-chrétiennes ?

Bien étrange. Les voies du capitalisme sont bien impénétrables.


Compléments du dimanche trois mai 2026 :

Dans le supplément numismatique du magazine britannique Stamp Collector daté juin 2026, Sebastian Wieschowski, auteur du site Coinosseur, raconte son expérience vaticane pour tenter d'acheter une pièce de deux Siège vacant, de la période sans pape entre la mort de Paul et l'élection de Léon XIV.

Ce n'est pas prestigieux pour le CFN : outre la prise de photographies portrait - pièce d'identité, il faut au préalable télécharger les faces de cette pièce en pdf. Pas de scanner, comment transformer une photographie prise au téléphone en pdf ?

Pire, il semble qu'il a manqué une image, donc un courriel demande à tout recommencer...

Et, à la date d'envoi de son article à Coin Collector, pas de réponse s'il est devenu un client du CFN. Employés de ce service qui ne peuvent l'aider puisque c'est une autre instance de l'État vatican qui gère cela.

Conclusion du numismate : mais que fait le Vatican de toutes ses informations et images ?

samedi 27 mai 2023

Quand le Vatican soutient l'autoritarisme colonialiste

Mi-mai 2023, le service numismatique et philatélique du Vatican a dû renoncer à émettre le timbre pour les Journées mondiale de la jeunesse 2023, qui auront lieu à Lisbonne, au Portugal, du premier au six août prochain.

Le timbre non-émis du Vatican pour les Journées mondiales de la jeunesse à Lisbonne (via le journaliste Filipe d'Avillez).

Sur Twitter et dans la presse, ce sont principalement des médias et journalistes portugais qui ont été stupéfaits par l'illustration puis ont rapporté l'annulation. Même le haut-clergé portugais est intervenu.

Depuis 1984 sous le pontificat de Jean-Paul II, ces Journées permettent la rencontre du pape, de l'Église et des jeunes catholiques du monde entier.

Ici, l'illustrateur a choisi de reprendre la base architecturale d'un monument touristique de Bélem, une paroisse civile de Lisbonne, le Monument aux découvertes, qui évoque les explorateurs, navigateurs et premiers conquistadores portugais des quinzième et seizième siècles. Les statues de ceux-ci sont remplacées par le pape François menant une file d'enfants.

Sauf que...

Au Portugal, le problème est la genèse du monument : il fut construit pour l'Exposition du Monde portugais de 1940 pour valoriser le pays en paix et son empire colonial alors que le monde sombrait durablement dans une nouvelle Guerre mondiale. Le monument choisi a donc le style et les messages de l'Estado Novo du dictateur Salazar... et, en remplaçant les personnages historiques par des enfants, le conforte puisque la propagande à destination de la jeunesse participait de l'Estado Novo.

À l'international, on comprend que le Portugal est gêné que son passé de métropole coloniale soit choisi pour faire venir des jeunes des Amériques, d'Afrique et d'Asie, continents ayant subi la rencontre avec les explorateurs-rapaces européens et leurs successeurs colons.

Pire, dans le contexte politique vatican : le trente mars 2023, deux organismes de la Curie vaticane, le dicastère pour la Culture et l'Éducation et le dicastère pour le service du développement humain intégral, ont publié une condamnation de la Doctrine de la découverte qui a justifié la conquête des Amériques, et affirmaient explicitement qu'elle ne faisait pas partie des enseignements de l'Église catholique. Ils rappellent également que dès la bulle Sublimis Deus de 1537, le pape Paul II affirmait la liberté et le droit à la propriété des indigènes, ainsi que l'impossibilité de les asservir.

Que s'est-il passé ?

Après les réactions du clergé portugais, les journalistes portugais ont enquêté : les organisateurs locaux des Journées n'ont pas été consultés sur l'illustration. Il reste possible que l'illustrateur ait travaillé de bonne foi sur une belle image, mais sans que ni lui, ni ses commanditaires - des membres du gouvernement de l'Église tout de même ! - n'accomplissent un travail de recherche documentaire sur le sens que pouvait avoir l'image.

Alors, je propose deux hypothèses :
- soit nous avons un nouveau cas d'illustrateur obligé de travailler en vitesse au profit d'un service philatélique,
- soit, au Vatican, le cœur politique de l'Église catholique est d'un conservatisme qui continue d'apprécier les dictatures et les partis de l'Ordre.

Dernière chose tant que les médias philatéliques n'ont pas publié sur cette affaire : le timbre a été en ligne sur la boutique philatélique vaticane avant son retrait. Il n'y a pas d'information si des exemplaires ont réussi à être acheté directement au bureau de poste, à Rome.*

Sources :


Pour en savoir plus sur l'Exposition du Monde portugais et sa philatélie, lire l'article de François Chauvin, « Lisbonne 1940 : Exposition du Monde portugais », paru dans Timbres magazine, mai 2021, pages 72-76.

Complément du lundi vingt-et-un août 2023 :
* : Le mail d'annonce du prochain Timbres magazine daté septembre 2023 est arrivé. Son rédacteur-en-chef, Michel Melot, fait le récit de cette émission suspendue en éditorial, en précisant que la courte durée d'émission a permis la vente de mille cinq cents à deux mille timbres et que la spéculation est à mille euros quand il écrivait ses lignes.

vendredi 4 novembre 2022

Slovaquie : enfin un service philatélique qui a du timbre

 Après plusieurs commandes de timbres-poste cette année, voici le premier service philatélique qui transforme les frais de port en timbres sur l'enveloppe !

Enveloppe plastique oblitérée à Bratislava, le dix octobre 2020, en valeur déclarée pour la France.

Slovenská pošta rejoint ainsi les îles Falklands (en 2021) et la Nouvelle-Calédonie (en 2009, continue-t-il ?).

Les timbres, un peu froissés par le système de fermeture de l'enveloppe de sécurité, proposent la visite du pape François en Slovaquie en 2021 et le banquier Michal Bosák en 2019.

Surtout que cet affranchissement de sept euros et quare-vingt-dix centimes permet de justifier des valeurs faciales hautes et de faire découvrir des personnalités nationales à la clientèle étrangère, et vice-versa.

Michal Bosák (1869-1937) émigra aux États-Unis où il réussit comme grand banquier, et d'où il finança l'indépendantisme slovaque pendant la Grande Guerre. En 1920, il est actionnaire principal d'une nouvelle banque slovaque qui fit faillite en 1931 pendant la Grande Dépression.

Merci à la poste slovaque.

dimanche 14 mars 2021

Turbulences diplomatiques autour du pape au Kurdistan irakien

Placer un profil cartographique sur un timbre ou n'importe quelle production graphique publique crée une opportunité de tensions géopolitiques, accidentelles si l'illustrateur se trompe, volontaires dans les conflits territoriaux entre États.

Cette semaine, mercredi dix mars 2021, la Turquie, puis l'Iran, ont réagi vivement contre un « timbre » de la région autonome du Kurdistan irakien, « émis » pour marquer la visite du pape François à Erbil, le dimanche sept mars précédent, une des quatre villes irakiennes prévues durant ce voyage.
Un des six projets de timbre du Kurdistan irakien pour la visite pontificale du sept mars 2021, objet du mécontentement des États turc et iranien (via le fil Twitter de Israel Stamp Review).

Le problème est donc le profil cartographique à l'arrière-plan du profil du pape : l'ensemble des territoires que les mouvements autonomistes et indépendantistes kurdes revendiquent, et pas seulement la région irakienne reconnue par la Constitution du pays.

La réponse du gouvernement kurde irakien fut que le timbre en cause était un projet philatélique refusé début mars. Il indique également que le timbre qui sera finalement émis respectera la constitution et la loi (sous-entendant les frontières internes et externes de l'Irak ?).
Les six projets pour le timbre kurde irakien (via Church Militant, un média catholique du Michigan).

Avec un peu de recul, temporel, géographique et spécialisé, le média philatélique de l'éditeur italien Vaccari publie, vendredi douze, un article synthétique du déroulement. À Erbil, la poste locale kurde irakienne a montré au pape six maquettes envisagées d'artistes et de styles très différents, dont le cinq cents dinars. Présentation jugée officielle par les autorités des États riverains.

Note : la poste kurde irakienne est une poste locale, non reconnue par l'Union postale universelle. Ses timbres servent-ils sur le courrier régional ? Atteint-il le marché international des collectionneurs ?

dimanche 12 novembre 2017

Faute de nouveaux merles, j'engraisse des grives d'origines variées...

... ou faute de temps libre, je complète les articles précédents.

De la menthe au thé au petit-déjeuner continental.
En décembre 2016, j'évoquais Gibraltar avec l'historien postal Richard Garcia et le récit de l'historien global Christian Grataloup sur comment, au Maroc, l'infusion de menthe devint le thé à la menthe en conséquence de l'addiction britannique à la boisson et l'impossibilité d'en exporter les feuilles jusqu'à la Russie importatrice à cause de la guerre de Crimée.
Couverture du livre à partir d'une publicité du Cacao Poulain de Leonetto Cappiello de 1911 (site de l'éditeur Armand Colin).
Depuis ce printemps, cette anecdote historique fait partie de l'épisode d'un livre de vulgarisation du même Grataloup sur l'histoire de l'apparition du petit-déjeuner en Europe autour du trio revisité de boissons tropicales : café, chocolat et thé.

Une bonne lecture sucrée pour les passionnés d'histoire du quotidien, du temps long et les thématistes en quête d'idées.

Le Monde dans nos tasses. Trois siècles de petit déjeuner par Christian Grataloup, publié par Armand Colin en mai 2017.

Séparatisme et courrier international : retour au Donbass.
Il est encore temps de trouver chez les marchands de journaux le numéro daté novembre de Timbres magazine où lecteurs et clubs réagissent à l'éditorial du numéro de septembre sur l'émission de timbres par la Poste du Donbass, gérant le courrier local et international via la Russie des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.

Le magazine fournit l'adresse mail de la représentation diplomatique de ces républiques en France dans le courrier des lecteurs et un article complet sur ce courrier est annoncé dans PhilApl daté septembre 2017 de l'Association philatélique du Loiret.

Disparus, ils enrichissent encore la Philatélie.
Par les activités de la Société philatélique royale de Londres, deux historiens postaux britanniques morts cette année sont honorés et honorent encore la Philatélie.

Jeudi neuf, en introduction de sa conférence sur l'histoire postale préphilatélique du Salvador (et de l'Amérique espagnole), Guillermo Gallegos a rendu hommage à Brian Moorhouse, spécialiste de l'Amérique latine et des Caraïbes.

Lundi six novembre, la Royale a annoncé (pdf) avoir reçu en donation les droits sur les ouvrages et la conservation des archives de Ted Proud, couvrant de larges pans de l'histoire postale des colonies britanniques. Si le site de l'International Postal Museum qu'il créa avec feu John West pour diffuser leurs ouvrages imprimés et numériques est désormais fermé, la RPSL en assurera la diffusion désormais et ouvrira les archives à la recherche.

La Poste vaticane battra-t-elle la Poste irlandaise : Luther contre le Che ?
Alors que le timbre irlandais sur le centenaire des apparitions mariales à Fatima passe inaperçu..., des articles signalent, ici et là, l'émission, jeudi vingt-trois novembre,par la poste du siège de l'Église catholique romaine d'un timbre pour les cinq cents ans de la Réforme protestante... !
Luther et Melanchton au pied de la Croix, Wittemberg en arrière-plan (via La Croix).
Va-t-on atteindre l'engouement de la vente à succès du timbre irlandais du Che qui se monnaye actuellement à fort prix à l'unité, en enveloppe premier jour et en feuille entière ?

Au cas où la figure romantique du révolutionnaire implacable vaincrait, les parieurs impénitents se reporteront sur deviner le duel des ventes entre ce timbre radical et son jumeau contre-réformé émis le même jour à l'effigie de saint François de Sales, issu de la noblesse savoyarde.