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dimanche 20 septembre 2026

Hommage au philatéliste fondateur et au courrier papier dans la RF de Généalogie

 Le numéro 286 de La revue française de Généalogie (ou Généalogie rouge et vertical si vous cherchez l'étagère surchargée d'un marchand de presse) daté octobre-novembre 2026 évoque l'importance du courrier pour les généalogistes et de la philatélie dans la genèse de ce bimensuel fondé en avril 1979.

La page 3 du numéro 286 de La revue française de Généalogie (octobre-novembre 2026).

La troisième page est ouverte aux photographies de documents et d'archives des lecteurs de la publication. Ici, un ensemble d'enveloppes à en-tête de plusieurs mairies de France, affranchies par machine - souvent au tarif écopli et lettre verte.

Si les archives d'état civil, paroissiales puis communales, ont été photographiées et microfilmées grâce à un accord entre la République laïque et le mouvement religieux mormon, leur numérisation a accru encore davantage l'accessibilité de ces traces officielles des naissances, mariages, décès de nos ancêtres, parfois aussi en marges des divorces et reconnaissances de parentalité.

Cependant, les règlements sur le droit à la vie privée limitent ces consultations pour les personnes potentiellement en vie. Selon les sites web d'archives départementales et municipales, ces actes ne sont pas lisibles anonymement s'ils ont mois de quatre-vingts voire cent ans ; quelques Archives départementales acceptant un délai plus court en échange de la création d'un compte à identité prouvée.

Restent les actes bien trop récents pour lesquels il faut écrire à la mairie dépositaire encore des registres, prouver son droit à obtenir copie, remercier par avance les agents municipaux, et attendre l'arrivée de ces enveloppes distinctives.


Le choix de cette illustration postale, fort différente des habituelles archives anciennes ou au contenu inhabituel, est peut-être lié au décès du fondateur de la Revue française de Généalogie, évoqué dans son éditorial par le rédacteur en chef Charles Hervis.

Dans un récit fort généalogique, il évoque comment deux frères ont fondé après la Seconde Guerre mondiale un tout petit groupe de presse, Martin Média. L'aîné est correspondant pour la presse locale, le cadet René-Louis Martin (1936-2026) est instituteur et aide son frère par des photographies et des articles sur les églises rurales.

Philatéliste, il propose des articles à des magazines du loisir, avant de découvrir la numismatique et l'absence de revue aisément accessible au début des années 1970. L'entreprise démarre avec Numismatique et change en 1972 tout en poursuivant son métier d'instituteur.

La réussite de cette publication encourage à aller vers d'autres domaines et loisirs, dont la généalogie en 1979, avant de céder Martin Média qui continue magazines et sites web spécialisés, dont un lancé en 1989 lié au métier du fondateur : La Classe.

Le courrier réapparaît alors dans la mémoire de Charles Hervis : du patron alors retraité rapatriant du courrier de lecteurs arrivé chez lui vers le nouveau siège social.

Côté articles philatéliques, il faudra retrouver les index d'articles des revues existant alors.

dimanche 16 août 2026

Police recherche propriétaire d'une collection d'or quasi-neuve, peu servie

 Mardi onze août 2026, un jeune ouvrier et ses collègues, effectuant des travaux de terrassements en Belgique, ont découvert une immense collection de pièces et lingots en or, enterrée sur une frise industrielle rachetée et reconvertie en bureaux et logement par le Centre d'action sociale flamand (CAW).

Suite à une communication de la police locale, des autorités belges et aux témoignages de l'ouvrier, les médias belges et européens se sont emparés de l'histoire à partir de vendredi quatorze août, avec de magnifiques photographies des objets par ladite police de Termonde (Dendermonde en néerlandais), dans la province de Flandre-Orientale.

Le trésor rangé et exposé par la police de Termonde (photographie par la police, reprise par The Guardian, le quatorze août 2026).

Dans la commune de Saint-Gilles-lez-Termonde, section de Termonde, a existé une brasserie entre 1899 et 1970. Elle a été fondée par Theophilus Van Assche et est restée propriété gérée par ses descendants.

Le trésor a été découvert dans une cavité sous la villa de maître, construite peu après le bâtiment de production. Un représentant du CAW explique que les murs de celle-ci sont conservés, mais que tout le reste devait être rénové ; les ouvriers creusaient pour l'installation de tuyaux.

Les lingots d'or trouvés, apparemment photographiés sur le site du chantier (source : police de Termonde via The Guardian).

Face à l'immensité de la découverte, l'équipe a appelé la police et le propriétaire actuel, le CAW. L'estimation des services fédéraux belges est de neuf millions d'euro.

Les lingots sont marqués des marques et numéros de séries des fondeurs et des banques d'achat, dont la banque NM Rothschild & Sons, la branche britannique du groupe Rothschild & Co., le raffineur britannique Johnson Matthey.

Nul doute que l'identification de ces lingots auprès de leur fondeur et des banques pourra dater leur dernière vente connue dans les circuits officiels et déclarés.

Un seau en parti rempli de plusieurs centaines de pièces d'or (source : police de Termonde via The Guardian).

Les pièces d'or sont en excellent état, brillantes, comme passée de la frappe à la cave murée...

Apparemment, il n'y aurait que des Souverains frappés par la Monnaie royale britannique depuis Victoria (régnant de 1837 à 1901) jusqu'à la jeune Elizabeth II dans sa première effigie par Mary Gillick, La première apparaît sous deux effigies, suivie par son fils Edward VII et petit-fils George V.

Une grande partie des monnaies visibles sur la photographie portent Saint Georges terrassant le dragon des pièces britanniques.


Évidemment, ouvriers, policiers et médias se demandent à qui revient la propriété de cette trouvaille oubliée dans une propriété privée vendue.

Pour la police et sûrement le fisc belge, il s'agit de distinguer s'il s'agit d'un ancien trésor familial des Van Assche - une sécurité légalement acquise et déclarée, ou une fraude fiscale. Ou s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une cache de criminalité plus récente, datant d'après la fermeture de la brasserie.

Dans tous les cas, la loi belge impose aux découvreurs d'attendre cinq années avant de se voir accorder des droits. Cela va laisser le temps aux descendants des derniers propriétaires de la brasserie de se signaler et de justifier cette cache visiblement oubliée...

La presse fait état d'une complexe procédure judiciaire civile croisant les ouvriers découvreurs, leur employeur, l'institution propriétaire actuel, et les descendants potentiels.


Les frappes de Souverains britanniques ont lieu de manière intermittente jusqu'à l'époque de l'effigie Gillick, selon les besoins en pièces circulantes d'une livre sterling, puis comme valeurs de placement. Le Souverain Gillick est frappée pour la dernière fois en 1968 ; les Souverains suivant portent l'effigie Machin au diadème qu'il ne semble pas apparaître dans le seau - sauf à considérer l'autre face des pièces.

Il est fort probable que cette cache a fini d'être emplie dans les années 1950 ou 1960 par un membre de la famille. Était-il ou elle trop âgé, ou un décès accidentel, pour transmettre le secret à ses descendants - secret conservé pour éviter que les jeunes, le personnel, ou des malfrats, veuillent s'approprier le magot.

Les généalogistes belges reconstitueront sûrement l'arbre familial et le confronteront à l'histoire immobilière du lieu : qui vivait là dans les années 1950 et 1960 ? Qui était encore présent lors de la fermeture de la brasserie, puis quand la famille quitta la villa ? Enfin les dates de cession des bâtiments et terrains jusqu'à l'achat par le CAW.


... oubliant en chemin des kilogrammes de métaux précieux dans une cave ...

jeudi 30 juillet 2026

Flamme postale de Cocumont et jeu-concours d'alors

 L'été et le ralentissement professionnel permettent l'allongement des plages de loisirs, telle la généalogie et, de là, la recherche d'images des lieux croisés pendant ces recherches familiales.

Flamme postale illustrée de Cocumont, dans le Lot-et-Garonne, mettant en valeur son église, oblitérée le premier février 1995.

Des quatre grandes branches dont je suis issu, une provient du Lot-et-Garonne, en particulier les villages ruraux de la rive gauche de la Garonne, au sud-ouest de la sous-préfecture Marmande.

Pendant plusieurs décennies, le village de Cocumont a fixé plusieurs ancêtres et collatéraux avant que les mouvements sociaux et économiques remettent en mouvement mes aïeuls directs à partir de la fin du dix-neuvième siècle, de village en village, et encore davantage au vingtième siècle industriel et urbain.

Les derniers grands aléas militaires du milieu du vingtième siècle explique comment un d'entre eux est parvenu à Montpellier, bien loin du foyer ancestral et y est finalement resté.


Pour sortir des archives, le logiciel de saisie et de création d'arbres propose de reporter des lieux précis sur un fond de carte libre de droits et complétables par ses utilisateurs (OpenStreetMap). Les articles de la Wikipédia francophone associés à l'observation des cartes proposées par Google Maps et le service cartographique national (cartes.gouv.fr qui prend le relais de GéoPortail) permettent de localiser des hameaux, des toponymes qui ont survécu dans les noms de fermes ou de routes.

Si la photographie tous azimuts des rues et routes du monde occidental par Google pour son service StreetView peut être pertinent si jamais les édifices anciens sont encore debout, il faut se tourner vers les cartes postales pour remonter le temps et avoir une idée des lieux quand les ancêtres y vivaient alors - ou à quelques décennies près.

La carte postale touristique avec vue de Baumes-les-Mimosas a servi à un habitant de Cocumont à participer à un jeu-concours d'un magazine de programmes télévisés en lien avec un film Disney.

Pour Cocumont, sur la plate-forme de ventes eBay, j'ai pu trouver quelques cartes photographiques en noir et blanc du village, réputé donc pour son église du douzième siècle. Les vignes sont davantage montrées sur les cartes photographiques en couleurs plus récentes.

Mais, ce vendeur sur eBay, comme quelques autres, a l'intelligence de décrire la carte ci-dessus par sa flamme postale de Cocumont, et non par la vue de Baumes-les-Mimosas, sur la lointaine Côte d'Azur.

Et en ces temps où messages surtaxés par smartphone ou reprise et like de posts publicitaires sur les réseaux sociaux servent à participer à des concours, cette carte rappelle que jusqu'à récemment c'est par cartes postales que les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs communiquaient avec les médias, notamment pour les jeux-concours, en raison des tarifs téléphoniques au-delà du voisinage.

Ici, le premier février 1995, la réponse à un jeu du magazine imprimé de programmes Télé 7 Jours est envoyée par un habitant de la route de l'Église, à Cocumont, avec la flamme du bureau.

Un thématiste des films Disney, en particulier Les Aristochats, pourrait même en tirer aussi profit... même si retrouver un tel magazine sur papier si fin et à usage court, relève du défi.

samedi 27 septembre 2025

D'une famille de postiers montpelliérains sont issus une dynastie d'artistes japonais

Des activités ayant bénéficié de la numérisation des documents et leur accessibilité par le vaste monde grâce à la toile internétique, la généalogie ou la recherche familiale au sens large est de celle qui a été des plus bouleversée dans le bon sens.

Ici, point de membres vieillissant en nombre décroissant. Les reproches sont généralement des réactualisations d'anciennes pratiques : s'approprier sans référence à un autre chercheur, copier des données d'archives ou de recherches d'autrui sans vérification critique.

Rien de grave : le chercheur suivant vérifiera bien, et, je rappelle que les auteurs, biographes et historiens des Grecs anciens au dix-neuvième siècle ont rédigé le passé ainsi : recopier dans forcément citer les passages qui leur semblaient les plus pertinents des auteurs passés.

L'entrée nord-ouest de la rue de l'Ancien Courrier, à Montpellier (capture d'écran de la première vidéo Legendre de Ketella Généalogie, publiée sur youTube le dix-huit juillet 2025).

Que l'on travaille sur ses ancêtres, cousins, ou d'autres familles, les découvertes inattendues et les connaissances thématiques à acquérir sont nombreuses.

Un exemple a été donné par le généalogiste Gab Ketella qui résume sa recherche des ascendants et descendants du sculpteur Jean-François Legendre-Héral (1796-1851) en trois vidéos publiées en juillet et août, et l'ayant encouragé un voyage au Japon et en Corée au printemps 2025.

Comment d'un postier montpelliérain en est-il à découvrir le kabuki, genre du théâtre japonais, et l'art lyrique féminin japonais ?

La famille étendue des Legendre en France entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle : des postiers héraultais... et deux artistes (capture d'écran de la première vidéo Legendre de Ketella Généalogie, publiée sur youTube le dix-huit juillet 2025).

Installé à Montpellier, Ketella échange en direct sur la plate-forme vidéo des moments de recherche-enquête sur Twitch, puis des petits tutoriaux et des résultats finaux sur Instagram et, surtout, youTube.

Récemment, il a exploré le passé de bouchers de la ville et de la création et l'évolution du quartier des Abattoirs, actuellement les Beaux-Arts, retrouver l'identité d'un soldat français à partir d'une photographie découvert en chinant, et là, la généalogie d'un sculpteur né à Montpellier : Legendre-Héral.

La première vidéo, publiée le dix-huit juillet dernier, démarre rue de l'Ancien Courrier, dans une partie restée médiévale du centre historique de Montpellier. C'est là qu'était installé, depuis le quatorzième siècle, un bureau de la poste aux lettres pour la remise aux destinataires. Un article du dix-sept mars 2023 de Midi libre rappelle les noms précédents et probants de la rue : rue des Messagers, rue du Courrier ou rue du Bureau des Lettres en 1760, puis de l'Ancien Courrier en 1852.

C'es probablement dans cette rue qu'Étienne Louis Legendre, le père du sculpteur, a travaillé quand il devient postier à Montpellier en 1792, où il se marie avec Jeanne Falque, fille d'un postier montpelliérain ; ils ont deux fils : Louis Étienne Jean qui sera postier, et le futur artiste Jean-François.

Aléa de la vie, il meurt jeune et sa veuve se remarie avec un peintre, Pierre Héral, qui semble avoir orienté la vocation de son beau-fils vers la sculpture qui l'oriente vers des études à Lyon dans la première décennie du dix-neuvième siècle.

De ce second mariage, les généalogistes postaux aperçoivent sur la capture ci-dessus trois postiers de plus : Jeanne, la fille du couple Héral-Falque, sera postière jusqu'à être directrice et finir sa carrière à la tête du bureau de poste de Clermont-l'Hérault, au centre du département dont Montpellier est la préfecture. Elle épouse un cousin, Jean Georges Dusiquet, fils de la sœur de sa mère et d'un postier né dans le département de la Manche.

Il faudra que je me penche comment consulter en ligne les dossiers des personnels des postes aussi anciens et pendant la période de l'Administration des Postes pour justement une descendant de frères et sœurs d'un aïeul devenue postière partie du Gard vers le département de la Seine.

La descendance états-uniano-japonaise (?!!) du scupteur Legendre-Héral du dix-neuvième siècle à la première moitié du vingtième siècle : un général imprévu et plein d'artistes (capture d'écran de la deuxième vidéo Legendre de Ketella Généalogie, publiée sur youTube le dix août 2025).

J'irai plus vite sur les deux vidéos suivantes qui suivent un des fils de Jean-François Legendre-Héral : Charles Legendre (1830-1899), mais elle est à regarder pour ceux qui se demandent s'ils peuvent se découvrir un « oncle d'Amérique » ou un cousin au Japon. Oui, c'est possible grâce aux hasards de la vie, et qui se demandent comment lire des journaux et livres anciens, numérisés par des archives et bibliothèques privées ou publiques dans plusieurs pays (The New York Times pour le cas de Charles Legendre).

Un oncle et de nombreux demi-cousins postiers, néanmoins Charles est excellent élève, notamment en langue anglaise, mais dépensier... Après la mort de son père sculpteur désargenté (par les dettes de son fils prodigue), Charles se réfugie à Bruxelles où il fait la rencontre d'une jeune états-unienne et sa mère en voyage...

Le mariage est conclu, un premier enfant naït. Mais le père meurt accidentellement outre-Atlantique et Charles émigre à New York et s'y ennuie.

Il s'engage dans l'armée de l'Union contre les sécessionnistes entre 1860 et 1865. Il est promu sur le champ de bataille, gravement blessé deux fois au point que, soigné par des paysans, l'armée et sa famille l'a cru mort. Il termine général de brigade en 1865.

Dès l'année suivante, le gouvernement fédéral le nomme consul en charge des intérêts dans les Ports ouverts chinois. Non étudié par Ketella : le voyage intéressera les historiens postaux habitués à éplucher les calendriers maritimes. Legendre part de New York pour le port central du monde d'alors : Liverpool... et traverse les continents européens et asiatiques jusqu'à Xiamen.

En poste, il devient populaire lorsque les autorités chinoises de Formose l'autorisent à négocier avec les indigènes taïwanais en conflit sur le devenir de l'équipage d'un bateau états-unien échoué, sans effusion de sang malgré une petite armée privée qu'il a extorquée à son supérieur. Cette action et une étape au Japon lors d'un voyage aux États-Unis conduisent à une désertion : l'empire du Japon l'engage comme conseiller, notamment pour leurs relations avec les autorités chinoises et les habitants (pas faciles) de Formose. Néanmoins, il échoue à accomplir le même succès pour un équipe japonais en 1874.

Enfin, de 1890 à 1899, il rejoint le service de l'empereur Gojong de Corée.

C'est là que les recherches dans les archives du New York Times sont intéressantes pour retracer les grandes actions de Legendre sur les champs de bataille de la guerre de Sécession, ses principaux accomplissements en Asie de l'Est, et surtout découvrir que tous les souvenirs de sa vie française, new-yorkaise et asiatique ont sûrement tous disparus dans l'incendie de la maison coloniale.

Le témoignage de son fils parle de sculptures de son père, de lettres originales de présidents des États-Unis, d'œuvres littéraires, artistiques et artisanales des trois pays d'Asie où il a vécu, etc.

La descendance artistique japonais du général unioniste Legendre du dix-neuvième siècle à nos jours : patronymie kabuki et cantatrices japonaises (capture d'écran de la troisième vidéo Legendre de Ketella Généalogie, publiée sur youTube le vingt-sept août 2025).

D'un postier de 1792, ayant certainement obtenu sa place par l'entregent de son père, aboutir à un des généraux de l'Union en 1865, c'est peu habituel. Personnellement, de paysans du Languedoc, j'atteins des ouvriers textiles nîmois, des plâtriers montpelliérains et manutentionnaires du chemin de fer descendus avec l'exode rural ; et un Guyennais montpelliérain d'adoption suite sûrement à son service militaire. Un dossier d'un cousin très lointain trouverait peut-être un anobli médiéval lointain dans le temps et l'espace... dont il faut que je retrace par les sources.

Cependant, le parcours n'est pas terminé et Ketella a dû étudier les arts du spectacle japonais, ce qui a motivé un nouveau voyage au Japon, avec une étape à Séoul où Charles Legendre est enterré (à partir de la minute 14 de la deuxième vidéo).

Car le diplomate-conseiller privé épouse une Japonaise... loin de son épouse new-yorkaise. La fille illégitime d'un descendant de shogun... Les généalogistes qui recherchent des ancêtres dignes de Charlemagne et d'Huguet Capet frétillent.

Ichimura Uzaemon XV (1874-1945), le premier garçon est adopté, très jeune, par un acteur kabuki dont il va être l'héritier et l'élève. Bien que cet homme a été l'amant de nombreuses femmes, Ketella parvient à distinguer des enfants issus d'une longue liaison, plusieurs devenant des acteurs kabuki ou des chanteuses, certains et certaines très connues du public et donc documentées des journaux japonais des années 1930... jusqu'à la visite de Ketella au printemps 2025.

Comment réaliser cette généalogie quand on ne maîtrise pas les outils archivistiques japonais ?, admet notre généalogiste-vidéaste.

En comprenant que les artistes kabuki reprennent le nom de leur « père », qu'il soit biologique ou adoptif tant qu'il est le maître-formateur, et un surnom lié à leur rôle dans le kabuki, avec numéro pour distinguer les homo(sur)nymes.

Un surnom qui peut évoluer jusqu'à l'apogée de leur carrière. Le suivi des noms de famille adoptés et la numérotation de ces surnoms de maître en disciple, la recherche de programmes anciens et de critiques de pièces, le ramassage de publicités pendant son voyage permettent au généalogiste de dresser l'arbre ci-dessus jusqu'en 2025, comprenant les descendants et conjoints issus d'Ichimura et sa concubine, et, au milieu sur la gauche, trois de ses élèves portant son nom de famille car ils ont été ses élèves.

Ainsi, quand Gab Ketella filme la façade d'un théâtre kabuki, il explique que le descendant le plus récent d'Ichimura Uzaemon XV y joue à ce moment-là... et en retravaillant son arbre et le programme, qu'il y joue avec un de ses cousins.

La trilogie vidéo illustre une certaine homogamie dans les milieux des arts de la scène au Japon, comme finalement d'autres milieux sociaux en France : ici, les postiers, entre fréquentation de lieux communs et envie de mutation commune.

Le tout est de trouver les bonnes archives et de bien les interpréter.


Pour aider Ketella : sa cagnotte est par ici ; son sponsor est le logiciel Généatique ; et tentez de ne pas zapper les publicités youTube (c'est dur...).

Pour ma part, j'utilise depuis 1994 (quand on faisait encore tourner les bobines de films des Mormons aux Archives départementales) le logiciel Heredis de l'entreprise coopérative montpelliéraine BSD Concept (pas un sponsor) ; et un abonnement au site Geneanet pour m'aider dans mes recherches à travers les archives publiques ou professionnelles, et débloquer des sauts géographiques de certains ancêtres : avec trente-six mille communes et les aléas de leur vie passée, je remercie les autres généalogistes qui photographient les tombes, indexent des recensements ou des fiches militaires et de professions.

dimanche 25 février 2024

Vignette dentelée pour manger au Resto U dans les années 1960

 Sur le stand d'un brocanteur expert en meubles, vaisselle et cristal sur un des marchés dédiés à Montpellier, il y avait, ce jeudi vingt-huit décembre 2023, une trentaine de revues d'actualités des années 1930 et deux boîtes de vieux papier portant des timbres et vignettes (cartes postales, factures,...).

Les identités et adresses permettaient de juger l'accumulation de toute une vie par une petite poignée de familles héraultaises dont le brocanteur a débarrassé quand il a fallu réduire le volume du dernier déménagement ou du dernier voyage.

D'où le fait que plusieurs pièces à venir seront anonymisées. 

Carte d'admission au bénéfice des œuvres universitaires d'un étudiant francilien en 1961-1962 (anonymisée).

Lors de l'année scolaire 1961-1962, Serge étudie l'éducation physique (et sportive) dans la région parisienne. Il obtient cette carte d'identification avec photographie du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous*), l'institution permettant aux étudiants l'accès à prix réduit à des logements, repas et activités culturelles et sportives pendant leurs études.

Au dos, sont décomptés le nombre de carnets de bons de repas, onze entre octobre 1961 et janvier 1962, valable au restaurant universitaire Mazet comme le prouve tampon sous la photographie et une vignette dentelé orange surchargé au nom du site et de l'année universitaire. Le Resto U* Mazet existe toujours au cinq rue André Mazet dans le sixième arrondissement de Paris.

Dommage qu'il n'y eut pas de jeune généalogiste dans sa famille pour retranscrire une vie voire toute l'histoire d'une famille qui vivait alors dans un pavillon de Clamart, au sud-ouest de la ville de Paris.

Je dis ça, mais suis-je allé jusqu'à garder cartes d'étudiant et carnets de correspondance du collège ?


*: Note to non-French readers, the French people, its government and administrations love their numerous acronyms, especially when they can be pronounced like words: "Crous" and not C.R.O.U.S., RestoU, etc. Whole acronym dictionaries could be created per domain of governance.

mardi 22 août 2023

Timbre fiscal mobile sur papier spécial d'état civil français

 Petit sursaut pendant une recherche généalogique, samedi dernier le dix-neuf août 2023, en passant en revue les clichés des pages d'un registre d'état civil de 1926 sur le site des Archives départementales de l'Hérault.

Timbre fiscal mobile de 1926 dans le registre d'état civil de l'année 1926 de la commune de Fabrègues (capture d'écran d'un document conservé par les Archives départementales de l'Hérault).

Recherche des individus dans les registres français de naissance, de mariage et de décès, c'est prendre rapidement l'habitude de voir l'allégorie de la République, de la Monarchie ou de l'Empire régulièrement. Le papier coûte cher, le papier à longue vie et sur lequel doit s'écrire prudemment les informations essentielles pour reconnaître une personne encore plus...

... et, ce fut difficile dans cette commune : j'ai pu lire sur quelques décennies des recopies de jugement de tribunaux qui corrigeaient les dates de naissance d'enfants de migrants agricoles espagnols installés dans le commune...

Si j'en crois le catalogue des timbres fiscaux et socio-postaux de la Société française de philatélie fiscale (Yvert et Tellier, 2004), une augmentation eut lieu en 1924, nécessitant d'apposer un timbre Dimension de deux francs au type Médaillon de Tasset de 1922 surchargé deux dixièmes en sus.

Des années d'après la Grande Guerre bien coûteuses, alors qu'on encourageait la nuptialité et la natalité.

jeudi 27 juillet 2023

Une semaine en Philatélie : découverte, partage et entraide en juillet 2023

 Si périodiques imprimés et associations sont utiles aux échelles géographiques de leur public respectif, le partage sur les réseaux sociaux permet des échanges philatéliques internationaux. Découvertes, partages de documents et entraide à travers quelques exemples vus sur Twitter pendant la seconde moitié du mois de juillet 2023.

Timbres gravés thématique oiseaux sur le fil Twitter de @EngravedStamps.

Amoureux des timbres gravés et imprimés en taille-douce ? Besoin d'une image quotidienne pour votre plaisir ?

Abonnez-vous au fil Engraved Beauties de @EngravedStamps qui publie un timbre gravé par jour, avec un petit suivi par thème ou pays ou artiste sur quelques jours.

D'ailleurs, éditeurs de catalogues ayant consciencieusement notés dans leur base de données la méthode de création et d'impression de chaque timbre, à quand la publication d'un catalogue mondial des timbres gravés (suivi d'une impression taille-douce ou d'une plate impression) ou la possibilité de commander un catalogue personnalisé à partir de ce motif ?

Annonce de publication d'un article sur son blog par Rajnish Joshi sur Twitter.

Présent sur Facebook et Twitter, Rajnish Joshi de Bhopal collectionne les timbres de la thématique santé et publie un blog titré Health and Medicine in Postal Stamps.

Il a entamé une série d'articles sur l'histoire de la Croix-Rouge par les timbres. Le deuxième porte sur « La philatélie de la Croix-Rouge et les deux Guerres mondiales », hier vingt-six juillet 2023.

Les timbres présentés sont liés aux activités de l'organisation de secours, à leur financement par des surtaxes sur les timbres-poste en temps de guerre, puis en temps de paix... jusqu'aux années 1960 à partir desquelles les programmes philatéliques connaissent une inflation, incluant la thématique de la Croix-Rouge.

Un exemple des multiples publications didactiques de la Korea Stamp Society sur Twitter.

La Korea Stamp Society propose sur Twitter de nombreux exemples de timbres-poste, fiscaux, sociaux de la Corée, de l'occupation japonaise, de la libération par les États-Unis et l'Union soviétique, des deux États coréens depuis.

Une partie renvoie vers des articles plus approfondis sur son site web, réservé aux membres, mais pour lesquels l'adhésion est gratuite pour la première année, avec ensuite des années offertes si vous proposez des articles. La société vivant des dons et de la vente de publications imprimées.

Hier, mercredi vingt-six juillet 2023, est ainsi proposé ce qui pourrait apparaître comme une empreinte de machine à affranchir noire à valeur de 450 wons, oblitérée en rouge en février 1985.

Que nenni ! Il s'agit d'un billet pour magasin militaire : voir l'emblème au centre supérieur, et dont la marque rouge signale la période d'utilisation possible.

Bande de journal de l'État libre d'Orange vers l'Allemagne de 1882... RRRare ?

Plus pointues sont certaines pièces commentées et les échanges qu'elles suscitent entre collectionneurs spécialistes. Le vingt-et-un juillet dernier, Yannis Lazarides a partagé une bande du journal Friend of the Free State, publié à Bloemfontein au dix-neuvième siècle. Elle est affranchie d'un bloc de quatre timbres de l'État libre d'Orange, probablement oblitérés en 1882. Destination : la Bavière, membre de l'Empire allemand.

Une accumulation de chances pour l'historien postal : une bande de journal qui a survécu à la poubelle ou au décollage des timbres, d'un pays postal qui allait disparaître avec l'unification sud-africaine suite aux guerres des Boers. Et vers un pays lointain, certes voisins et rival de l'Empire britannique qui allait annexer cet État libre.

Dans son fil de trois messages, Yannis Lazarides montre un autre exemplaire pour le même journal, avec timbre surchargé par les forces britanniques, et comment il faut remonter la provenance et retrouver les sources bibliographiques pour composer un récit d'histoire postale ou socio-postale pour intéresser un lecteur ou le public d'une exposition.

...

La seconde pièce de Lazarides approfondie par l'historien social-postal Peter @stampden.

Et de là, partage social aidant, un autre philatéliste rebondit avec sa spécialité et sur son blog The Philatelist as Social Historian. Peter @stampden pratique de manière très approfondie l'histoire sociale-postale : étudier la société, des personnalités, des faits à partir d'objets postaux, en s'appuyant sur les archives de plus en plus numérisées.

Sur son fil Twitter et son blog, il montre comment cela peut aller de manière assez simple à partir de la correspondance. Ici, la biographie et la généalogie du destinataire de la seconde bande montrée par Lazarides : Charles Wyndham (1871-1953), le correspondant du Daily Mail auprès du général Gatacre pendant la première Guerre des Boers. Le journal lui est d'ailleurs envoyé où se trouve le général à ce moment-là.

Et ce Charles eut pour fils Leonard Athol Wyndham (1899-1947), un philatéliste et historien postal sud-africain notamment de la poste aérienne de son pays. D'où le grand nombre d'artefacts postaux intacts liés aux activités de son père, journaliste de guerre puis fonctionnaire et élu au parlement du Cap, et aux siennes au même parlement.

L'article permet de retrouver le parcours de plusieurs familles de migrants britanniques circulant au sein de l'empire, et si une enveloppe ou une carte postale le permet d'affiner ce parcours.

Je vous conseille d'éplucher les twitts de Peter @stampden sur une thématique oviparité ultra-précisée autour de l'oologie, (#oology sur Twitter) la partie de la zoologie spécialisée sur les comportements des oiseaux autour de l'œuf, du nid, de cette stratégie de reproduction sous coquille.

Ce n'est pas qu'une collection d'œufs ou de nids sur timbres, ce sont aussi de nombreuses enveloppes et correspondances de zoologues et d'ornithologues, de musées et laboratoires, avec biographie professionnelle voire reconstitution des voyages de recherche des scientifiques expéditeurs ou destinataires de ces courriers.

Initiation à la philatélie ou à la recherche ? Identifier un timbre-poste correctement.

Plus simple... ou en première étape de toutes les recherches partagées, on peut débuter par identifier correctement un timbre postal.

C'est ce que la Scouts on Stamps Society International (SOSSI, présente sur Facebook et Twitter) a proposé au Jamboree national états-unien, qui a lieu en Virginie-Occidentale cet été.

Pour obtenir un badge d'identification philatélique, les scouts sont invités à apprendre à identifier des timbres-poste : observation des indices, recherche en catalogue depuis l'index jusqu'au numéro du timbre grâce à sa valeur faciale, sa couleur, etc.

On peut imaginer, comme nombre de collectionneurs l'ont fait au fil de leur accumulation ou dans le cadre de la collection un timbre / un pays (définir pays postal ?), des niveaux de badges selon les difficultés linguistiques, les abréviations, les pièges des faux-amis les vignettes, et quel changement provoque cette surcharge, etc.

En plus, une activité-jeu qui peut animer une manifestation philatélique avec pédagogie et mérite pour les visiteurs venant découvrir le loisir lors d'une journée du timbre. Mais beaucoup ont dû y penser avant moi : la preuve avec Donald Duck, collectionneur de timbres dès 1952, spécialiste en monnaies rares puis en timbre avec avion à l'envers en 1990.

dimanche 2 octobre 2022

La Carte postale d'Anne Berest

Attention : divulgâchage possible dans cet article.

 Paru en août 2021, Prix Renaudot des Lycéens 2021, le roman d'Anne Berest, La Carte postale, est paru en livre de poche un an après.

Présentation du roman dans Madame Figaro en août 2021.

L'ouvrage est la version rédigée de deux enquêtes et, finalement, de plusieurs quêtes liées à l'identité juive des Européens persécutés tout au long des dix-neuvième et vingtième siècles... jusqu'au traumatisme du génocide commis par les nazis.

Reproduite en couverture, la carte postale au timbre à l'envers arrive chez la mère de l'autrice en janvier 2003, postée un samedi de tempête de neige au bureau de la rue du Louvre, à Paris. Pour seule correspondance, les quatre prénoms des grands-parents, oncle et tante de la destinataire, tous assassinés après leur déportation avec l'aide de l'État français.

Une mauvaise blague ? Une menace antisémite ? Une révélation sur les disparus ? La culpabilité tardive d'un témoin de l'époque ?

Tout est rangé dans un tiroir... comme beaucoup d'autres souvenirs qui vont se révéler au fil du récit.

Quelques années plus tard, l'autrice est enceinte et, se reposant chez sa mère, se rappelle cette carte et lui demande de lui parler de cette partie de leur généalogie : les Rabinovitch. C'est la première enquête issue du besoin de la mère de retrouver ce que Myriam, la fille survivante, n'a jamais voulu raconter.

Les Rabinovitch, une famille russe qui s'est dispersée en 1919 sur le conseil du patriarche. Ephraim et son épouse d'origine polonaise Emma, et leurs trois enfants iront de la Lettonie à la Palestine, de Paris à la campagne normande, espérant à chaque fois s'intégrer à un nouveau foyer.

La seconde enquête est celle de l'autrice qui se rend compte que d'événement en événement, les femmes de sa famille jusqu'à sa propre fille revive le même antisémitisme de cour d'école, de la part de la société,... Anne se lance dans une recherche qui paraît impossible : retrouver qui a posté cette carte anonyme et comprendre son intention car, même plusieurs décennies après, certains ont bien des choses à cacher sur des actions des années 1940.

À sa lecture, on comprendra pourquoi les lycéens du Prix Renaudot ont désigné le roman : l'ensemble des problématiques et des acteurs des années 1920 à 1940 qui ont mené au génocide, puis l'oubli et le retour partiel de la mémoire depuis, sont tous passés en revue par ces enquêtes.

mardi 20 avril 2021

Affranchissements de Muriel Pic : de la biographie d'un collectionneur de timbres à un essai sur la libération

Je suis telle la poule devant le couteau face à l'art contemporain, mais aussi face à la littérature française contemporaine, surtout dès que cette dernière dépasse mes passions habituelles. C'est donc en profitant de bons d'achat que j'ai pris le risque d'Affranchissements de Muriel Pic, publié aux éditions Seuil en septembre 2020.

La couverture d'Affranchissements avec le bandeau rouge de la mention spéciale remise par le jury du Prix Wepler 2020, associant une brasserie et une librairie de Montmartre, à Paris, et la Fondation du Groupe La Poste.

Pourquoi cet ouvrage-là ? À cause d'une critique paru dans Libération daté du vingt novembre 2020 (numéro acheté spécialement pour soutenir leur enquête sur un lapin en sauce) qui résumait le point de départ du travail d'écriture et de recherche mi-artistique mi-documentaire de Muriel Pic - et qui ne pouvait que susciter la curiosité d'un philatéliste.

L'écrivaine, enseignante à Berne et chercheuse en nouvelles formes littéraires, avait un oncle britannique, Jim, né en 1923 et disparu en 2001. Le livre... l'essai... ou le « récit » de sa vie permet de découvrir de nombreux aspects de la vie personnelle d'une personne rendue bossue jeune par une forme de tuberculose, ayant vécu dans un grand hôtel de la Côte d'Azur possédé par ses parents, puis, en Angleterre, avait consacré sa vie à deux passions : les fleurs et la collection de timbres.

Chaque partie biographique est complétée par l'autrice de documents d'époque. À la manière d'un généalogiste recherchant le contexte de vie d'un ancêtre concernant l'hôtel Bellevue de Menton et des solariums et centres de soin pour enfants tuberculeux pendant l'entre-deux-guerres. À celle d'un essayiste sur d'autres formes d'affranchissements quand il est question des formes de contrôle de nos sociétés contemporaines, notamment l'argent et la consommation à outrance... face auxquelles le mode de vie de Jim s'opposait : logement simple dans Londres, cahiers d'étude de fleurs et de planification horticole essayée sur une parcelle d'une université anglaise,...

Au milieu de ce foisonnement qui interrogera souvent le lecteur, les timbres servent de fil rouge comme ils servirent de liens réguliers entre Jim et Muriel, entre chacune des visites de cette dernière en Angleterre. Elle les a collectionnés à partir de huit ans, les a délaissés, mais Jim continuait à lui en envoyer régulièrement... Après sa mort, ce sont les dernières lettres contenant les émissions britanniques du Millénaire qui semblent avoir lancé la réflexion de la chercheure sur la vie de son oncle et son sens autour de cette liberté prise malgré l'emprisonnement du handicap laissé par la maladie vécue à l'enfance.

Un timbre ouvrent donc chaque grande partie, mais des poèmes ponctuent aussi l'essai, tentant par ce genre littéraire de chanter la vie et les passions de Jim : certains évoquent les fleurs et les saisons, d'autres la philatélie... et, par là, l'amour possible du collectionneur pour la postière qui lui prépare la nouvelle émission de timbres qu'il vient chercher régulièrement.

Je précise que mon résumé est très partiel : il y a aussi des parties sur la langue anglaise et comment un célèbre auteur français s'est affranchi de son apprentissage académique, et bien d'autres réflexions sur des sommités du vingtième siècle dont les recherches ou les actions permettent de saisir quelle put être la vie de Jim enfant, jeune adulte et chercheur reclus mais lié à sa famille.

Un ouvrage à lire, notamment pour ceux qui seraient inspiré à faire de la littérature avec leurs passions ou collectionneuse de timbres ou de recherche généalogique. Les historiens postaux y trouveront des pistes sur la présence états-unienne sur la Côte d'Azur : soldats en convalescence et marins en visite de la dernière partie de la Première Guerre mondiale à l'entre-deux-guerres.


Aller plus loin :

- la biographie de Muriel Pic sur la page consacrée à l'émission La Grande Table Culture du vingt-trois novembre 2020 (France Culture) ;

- pour rechercher le livre : ISBN 978-2-02-144777-4 (19 euros).

samedi 27 février 2021

Une semaine en Philatélie : 19 au 27 février 2021

 Quelques publications de toutes natures, dimensions, origines ayant la philatélie et la chose postale en commun.


Alors que le logiciel Horizon a détruit de nombreuses vies de Britanniques accueillant un relais postal dans leur commerce, et malgré un procès en 2020 où l'entreprise publique Post Office Ltd. a été contrainte de reconnaître sa responsabilité, Computer Weekly a publié un article, vendredi dix-neuf février, affirmant que Fujitsu savait parfaitement que le logiciel Horizon n'était pas en état d'être utilisé : bien trop de bugs. À cause de ce logiciel commettant des erreurs comptables, des commerçants furent accusés de fraude par Post Office, durent rembourser des sommes présumées détournées, perdirent leur licence postale ; certains se suicidèrent.

Sur ce scandale, un site spécialisé existe.


Samedi vingt, le blog Collection passion : les timbres fiscaux a publié un article sur le timbre à huit cents francs, puis à huit francs des duplicatas des livrets de famille. Les curieux de philatélie fiscale ont donc peut-être dans les archives familiales un timbre peu fréquent sur document, surtout si le livret reproduit a été conservé par le généalogiste de la famille.


Mardi vingt-trois, Stamp Market Index, la base de relevé d'enchères philatélie réalisées sur eBay, tenue par le marchand états-unien NobleSpirit, a proposé comme exemple les plus de six mille dollars réalisés par deux timbres oblitérés de timbres de Chine populaire datés 1952, marquant les trente-cinq ans de la Révolution d'Octobre 1917 en Russie. La description du vendeur indique le timbre Staline rouge comme un non émis, ce que confirme mon Yvert et Tellier tome 3 Outre-Mer de 1961 : brun-jaune. Que se passait-il dans l'administration postale chinoise à l'époque ?


Le même jour, les médias canadiens ont signalé que Postes Canada va offrir un entier postal par habitant pour encourager la correspondance en cette période alternant confinement et distance pour éviter la propagation du covid-19, comme le firent les postes irlandaise et thaïlandaise au printemps 2020.


Mercredi vingt-quatre, Peter (@stampden sur Twitter) a, pour une fois, délaissé l'histoire postale pour analyser un timbre du Japon de 1958 : le centenaire de l'ouverture des ports japonais aux Occidentaux. Évocation de l'histoire, genèse du timbre et analyse de ses éléments.

Peter Congreve, Australien installé au Japon, publie sur Twitter puis un blog - The Philatelist as Social Historian - ses analyses et recherches à partir de courrier.


Jeudi vingt-cinq, coup de griffes de DefenDerium sur Twitter aux collectionneurs qui écrivent sur les courriers qu'ils collectionnent pour se souvenir de leur intérêt en histoire postale... voire colle des flèches rouges pour repérer les raretés !!!

Se souvenir que d'autres collectionneront ces enveloppes, l'idée que le collectionneur doit conserver comme aux archives ou dans les musées et... p... de b... de m..., ça coûte quoi d'écrire sur une feuille les connaissances liées à cette enveloppe et de laisser feuille et enveloppe sous pochette plastique ensemble !!! Non seulement, on peut imprimer le scan de la lettre pour flécher dessus et relier aux légendes, mais, en outre, ça aidera les héritiers non philatélistes quand ils présenteront la collection à une association ou un marchand pour avis.


Ce samedi vingt-sept, un passionné d'histoire de l'art a constaté l'état déplorable de la fontaine Charlemagne, à Paris. Posée en 1840, elle n'est plus en eau depuis longtemps, et, visiblement, a dernièrement servi aux artistes de rue entre peinturage de la statue et collage de trois affiches para-philatéliques.

Il semble qu'un artiste, signant C+S, prépare des illustrations mêlant modèles féminins en sous-vêtements sur fond de timbres français d'usage courant, et les colle en région parisienne, depuis au moins trois ans d'après sa page sur urbacolors.com.

lundi 22 février 2021

Une collection virtuelle fiscale au gré de la généalogie

 Dans le numéro daté février 2021 de The American Philatelist, le journal mensuel de l'American Philatelic Society (adhésion individuelle possible), Peter Congreve montre comment l'historien postal gagne à utiliser les archives de la presse d'antan (et son rôle de carnet mondain) et les outils de la généalogie (de plus en plus accessible en ligne).

L'enveloppe-cas choisi : Pourquoi un J.A. Bayne de Niagara Falls, aux États-Unis, participait-il à une loterie australienne par correspondance en 1948 ? Et, pas seulement : pourquoi la marque de machine à affranchir fut-elle complétée de deux timbres oblitérés "H.F.A." ?

Les recherches de Peter Congreve se retrouve en forme de fils de quelques tweets consécutifs à l'adresse @stampden et sur un blog.

Côté français, la plongée dans les archives de l'état civil permet de retrouver le besoin de tout taxer, autre héritage de la monarchie absolue avec la Présidence jupitérienne. Tout en comblant les lacunes des sources et des branches d'arbres à travers tout le sud-sud-est de la France, mes copies d'écran d'acte conservent quelques timbres humides sur papier timbré.

Timbre royal d'1F,25c à Espalion, en Aveyron, en 1837.

Alternance des allégories républicaines, monarchiques et impériales (ces dernières pas encore repérées).

Une justice très romaine pour une Troisième République qui s'affirme de plus en plus, avec quelques variations de tarif, de 1872 à 1907.

Des allégories qui unissent des lieux variées, ci-dessus : 1872 à Nîmes, 1877 au Vibal (Aveyron), 1897 et 1907 à Montpellier... Oui, l'industrialisation a incité des familles de cultivateurs aveyronnais ou d'artisans textiles gardois à suivre le chemin de fer vers les emplois nourrissant ou fournissant en énergie une ville en début d'expansion.

Avec des décimes en sus pour payer l'indemnité de la guerre de 1870-1871.

À Montpellier en décembre 1944, au type datant de 1920, sans le tarif.

L'exploitation des nécessités de la vie (naître, se marier, mourir) sous prétexte qu'on ne pouvait faire confiance dans une copie d'acte prit-elle fin en 1986 avec le papier timbré ? Ou coûte-t-elle encore aux communes de France ?

À suivre...


jeudi 7 mai 2020

Collectionner des passeports : retrouver l'histoire

Philatélie fiscale aujourd'hui.

Depuis quelques mois, je suis les publications d'un collectionneur de passeports et de documents officiels de voyage : Neil, alias "Our Passeports" @ourpussports sur Twitter et qui a aussi un site web.

Une collection difficile de mon point de vue puisque ces documents sont rendus à l'administration d'origine et détruits en cas de renouvellement, et qu'advient-il de ceux des personnes décédées ? Conservés tant qu'un descendant y attache une valeur sentimentale ?

Neil est spécialisé dans les documents et passeports liés à la Seconde Guerre mondiale, notamment émis par les pays de l'Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste, Japon impérialiste), leurs alliés ou les territoires occupés.
Aristides de Sous Mendes, sujet d'un timbre Europa en 1995 au Portugal ;
la thématique des Justes parmi les nations permet de retrouver ces héros de l'administration.
Cela comprend les documents de circulation obtenus par des personnes juives soit pour fuir l'Europe, notamment les visas délivrés par de courageux consuls à contre-courant des consignes de leur gouverment, tels le portugais Aristides de Sousa Mendes à Bordeaux, le japonais Chiune Sugihara en Lituanie.

Mais, aussi des autorisations pour que ces juifs puissent débarquer dans un pays d'Amérique ou en Palestine sous mandat britannique. Cela permet de retrouver des parcours individuels pendant les années trente ou la guerre.

Les dates extrêmes des représentations diplomatiques de l'Axe à l'étranger apparaissent régulièrement : derniers documents nazis émis au Japon en avril-mai 1945 ou peu avant la « libération » d'un pays d'Europe de l'Est par l'Armée rouge.

Au détour des pages, des timbres fiscaux pour payer ces visas. À mes yeux, de beaux fiscaux à l'effigie de George VI sur les passeports de voyageurs à destination de la Palestine, mais tous les pays et leurs timbres finissent par se dévoiler au lecteur, y compris les traditions administratives asiatiques aux tampons fort différents.

Pourquoi en parler aujourd'hui ? Parce que Neil présente une couverture de passeport qui rejoint ce que savent les collectionneurs de timbres de l'entre-deux-guerres.
Couverture d'un passeport de la Ville libre de Danzig (années 1920-1939), collection @Ourpussports.

La Ville libre de Dantzig fut une entité politique indépendante de l'Allemagne et de la Pologne, entre les deux guerres mondiales, le temps pour la Société des nations de définir le souhait de sa population.

Entité autonome signifie qu'elle a émis ses propres passeports et ses propres timbres de 1920 à 1939 (les habitants pouvaient aussi utiliser des timbres polonais surchargés s'ils passaient par le bureau de poste polonais).

Par extension, cette collection peut se diriger vers une collection de documents d'origine administrative, tel celui-ci illustrant une réquisition de pommes de terres auprès d'un fermier polonais en 1942.

La version initiale de cet article est parue sur le site de l'Association philatélique montpelliéraine, le mercredi six mai 2020.



dimanche 10 novembre 2019

Stockholmia (10) : De la philatélie sociale

Retour à l'exposition des cent cinquante ans de la Société philatélique royale de Londres, qui a eu lieu fin mai - début juin 2019 à Stockholm.

Avec le second moment où j'ai croisé la problématique de la « philatélie sociale », qu'un historien décrirait comme : En quoi les objets de la philatélie et de l'histoire postale sont-ils des documents à part entière de l'étude historique ?

Le vendredi trente-et-un mai, en fin d'après-midi, alors que l'essentiel des participants se trouvaient de l'autre côté du port de Stockholm pour la signature de quatre nouveaux « philatélistes distingués », trois négociants philatéliques présentaient "Current Trends in Social Philately", titre qui avait suscité ma curiosité historienne.

Qu'est-ce donc d'abord ?

La proposition de Andre Schneider était de faire d'abord un point sur cette façon de collectionner et d'exposer. À leurs yeux, elle doit permettre d'intéresser un nouveau public vers la philatélie et l'histoire postale, en abordant notamment le contenu et l'histoire des correspondants, plus motivants à étudier que les types de timbres, de marques ou les tarifs postaux.

Une chronologie montrait comment la philatélie sociale se plaçait dans l'évolution de la collection : collection des timbres dans les années 1860, philatélie traditionnelle dans les années 1910, décollage de l'histoire postale dans les années 1960... Et, à partir de l'Océanie dans les années 1980, apparition de la philatélie sociale qui touche le Royaume-Uni dans les années 2000.

Même si quelques exemples montrent que la tendance est toujours proche du collectionneur : quel courrier méritait donc les risques pris par les pilotes des ballons montés du siège de Paris en 1870 ? Qui osait encore envoyer du courrier en Allemagne pendant l'hyper-inflation de 1923 ? Ou la recherche particulière des courriers ayant survécu, avec traces, aux accidents aériens.

Cela permet donc de connecter cette façon de collectionner à un public large : contexte autant politique qu'économique ; à l'échelle d'une ville, d'une entreprise comme de la vie quotidienne d'un individu ; ouvert à beaucoup de souvenirs : courrier, coupures de journaux, tickets de voyage, prospectus, photographies privées, etc.

Quelques exemples approfondis.

Pourquoi trois marchands philatéliques pour cette présentation ?

Tout d'abord, parce qu'ils peuvent être collectionneurs eux-même comme Karl Louis de Corinphila, qui exposait à Stockholm. Il proposait ce vendredi-là une collection sur les opposants aux Corn Laws britanniques.

À partir de lettres qu'un historien postal trouverait des plus banales, il parvient à un exposé riche d'un quart d'heure sur certains meneurs, des associations et des lieux de cette lutte anti-protectionniste du dix-neuvième siècle.

Contenu du courrier, notamment prospectus de propagande, gravure des lieux de manifestations, etc. Une véritable recherche historienne.


Andre Schneider proposa une étude similaire sur « l'année sans un été » : 1816 connut des famines en Europe alors que les guerres napoléoniennes avaient enfin pris fin.

En partant d'articles scientifiques sur comment, dans les années 1920, on comprit l'origine lointaine (les conséquences d'une éruption volcanique en Indonésie en 1815) de la situation européenne, le philatéliste social relit les correspondances de 1816 dans sa collection pour retrouver les traces de ces manques et privations en France et en Saxe par exemple.

Croisant ainsi deux passions.


Premier intervenant chronologiquement, Charles Epting est venu présenté la fameuse enveloppe au Blue Boy d'Alexandria, dont son employeur organisait alors la vente aux enchères.

La question que se posa Epting quand il fallut préparer le catalogue de ventes pour attirer les acquéreurs - autant les historiens postaux qu'un public plus large en quête de belles choses de valeur à la revente - fut : parmi toutes les raretés que constituent les timbres des maîtres de postes des États-Unis des années 1845-1847, pourquoi ce Blue Boy attire-t-il autant les collectionneurs ?

Retrouvez le catalogue de cette récente vente : l'histoire des deux correspondants et d'un Burn as usual non appliqué expliquent pourquoi d'après le vendeur.


Car, finalement, pourquoi rechercher de nouvelles informations et connaissances par le biais de la philatélie sociale ? Pour donner une valeur intellectuelle, affective, et peut-être monétaire à nos collections.


Et la compétition dans tout ça ?

La force de l'habitude est qu'en philatélie, quelque chose se collectionne car soit ça a de la valeur monétairement parlant, soit car ça permet d'illustrer une collection à médaille d'or.

Je me satisfait grandement de la réponse de Karl Louis : je me fais plaisir, je me fiche des règles.

Plus réglementairement, il y a problème...

Les classes d'exposition philatélique portent sur l'étude des objets philatéliques et postaux, notamment ce qui montre le fonctionnement de l'acheminement postal... alors que la philatélie sociale s'intéresse également au contenu de l'objet postal... ce que, au-delà de l'adresse du destinataire et de l'expéditeur, les postes ne considèrent pas dans l'acheminement.

La classe ouverte ? Il faut tout de même que la moitié des pièces soient philatéliques. Ce qui est tout de même mieux qu'en philatélie thématique où le non-philatélique n'est pas permis - même pas le destinataire.

Le Britannique Chris King fut cité pour illustrer ces deux (im-)possibilités - le résumé qui suit est le mien, donc une source très indirecte de Mr. King : en bons historiens, retournez lire ou écouter la source. Si une exposition est une histoire racontée au lecteur, alors :

- dans les classes philatéliques, la philatélie sociale et ses objets viennent soutenir, confirmer l'histoire écrite par l'exposant. Elle sert donc à s'assurer de la validité du discours, mais ne peut l'illustrer.

- En classe ouverte, par contre, elle peut faire partie de l'histoire racontée.

Questions du public.

Parmi les questions de la douzaine de personnes présentes, il fut remarqué que dans les clubs allemands, la philatélie sociale concerne autant des personnalités importantes ou des célébrités que l'histoire d'un individu anonyme, tel un soldat. Aux États-Unis, le parcours d'un soldat plongé dans la Guerre de Sécession. J'ajouterai que cela correspond aux recherches sur le vécu des déportés et des morts dans les camps de concentration et d'extermination nazis, évoqué par d'autres conférences.

Les liens avec la généalogie sont claires et combien d'« historiens des familles » auraient besoin d'apprendre comment fonctionnait la correspondance et son transport aux siècles passés ?

Une dernière statistique confirme qu'il y a une tendance vers la philatélie sociale : d'après Andre Schneider, un quart des articles d'American Philatelist, la revue de l'American Philatelic Society étudient le contenu du courrier autant que la philatélie ou l'histoire postale traditionnellement définies.



Cet article pensé en juin, rédigé en novembre, l'auteur s'excuse auprès des personnes citées s'il résume très mal leurs propos ; il les remercie pour leurs histoires passionnantes suscitées par des courriers.



Complément du jeudi six août 2026 :

Accidentellement, je découvre que l'exposition ORAPEX 2027 (premier et deux mai) aura pour thème la philatélie sociale, en particulier l'idée de la faire découvrir aux visiteurs, en particulier les philatélistes de la région d'Ottawa, en Ontario, et de l'Outaouis, au Québec.

Et, surprise, parmi les huit liens guidant vers des ressources de définitions ou d'exemples de philatélie sociale, cet article de blog.

Merci aux organisateurs d'ORAPEX d'avoir lu et jugé pertinent mon résumé des travaux de Andre Schneider, Karl Louis et Charles Epting, complétant leurs activités philatéliques professionnelles. Cela permet aussi la présence d'une source francophone, toujours pertinente au Québec et en Ontario.

Cela m'a permis de corriger quelques coquilles qui avaient survécu à plusieurs relectures en 2019.