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vendredi 15 mai 2026

Disparition de Michael Sefi, gardien de la Collection philatélique royale

 Ce mercredi treize mai 2026, le journal britannique The Telegraph rapporte la mort de Michael Sefi, le neuf mai.

Accompagné de son épouse, Michael Sefi reçoit des timbres personnalisés belges du président de la RPSL Patrick Maselis lors de sa retraite de la Collection philatélique royale, en septembre 2018 (communiqué de presse de la RPSL, via le blog de Delcampe, vingt septembre 2018).

Expert-comptable de profession, ce philatéliste est principalement connu comme Gardien de la Collection philatélique royale de 2003 à 2018, organisant et ouvrant au public cette accumulation du Royaume-Uni, de l'Empire britannique et d'une partie du Commonwealth au nom de la Reine Elisabeth II.

Par ailleurs, il a grandement animé et présidé à deux reprises la Great Britain Philatelic Society, et élu au conseil de la Société philatélique royale de Londres.

J'ai découvert Michael Sefi et la Collection philatélique royale des Windsor à la lecture de The Queen's Stamps de Nicholas Courtney, publié en 2004. L'ancien adjoint de Charles Goodwyn depuis 1996 accompagnait l'auteur dans la découverte des albums que ses prédécesseurs et lui ont progressivement créés, par règne depuis George V, et ce quelques années après leur déménagement du palais de Buckingham à celui de St James.

Le livre présentait aussi ses efforts constants, avec Goodwyn puis avec son propre adjoint Surésh Dhargalkar, de montrer la collection au plus grand nombre. Il a poursuivi la présentation inaugurale de la saison de la Société philatélique royale, chaque septembre, mais aussi œuvré à la logistique la menant à des expositions internationales comme Washington en 2004.

En 2013, il a été nommé lieutenant dans l'Ordre royal de Victoria par la reine, et ses pairs l'ont invité à signer le Roll of Distinguished Philatelists.


Depuis sa retraite en 2018, la Collection n'a plus de Keeper en titre tout en ayant été ramené à Buckingham l'année suivante.

Rod Vousden, adjoint de Sefi depuis 2003, sert d'intermédiaire entre la Couronne et le monde philatélique, notamment pour la consultation de cette collection de référence, et lors de la présentation de rentrée au siège de la Société philatélique royale de Londres.

Diplomatiquement, Michael Sefi indiquait que la reine appréciait feuilleter les albums, même si elle venait rarement... Qu'en est-il de Charles III ? [1]


En France, la disparition du journaliste philatélique Michel Melot, le huit mai dernier, a été annoncée par Yvert et Tellier.

De 1969 à 2026, il a rédigé pour Le Monde des philatélistes, puis avec Georges Bartoli (1926-2018) auquel succède Gauthier Toulemonde pour les publications de Timbropresse : TimbroscopieTimboloisirs et Timbres magazine. Il était le rédacteur-en-chef de ce dernier depuis l'été 2020.


Complément du dimanche vingt-quatre mai 2026 :

La Cour royale recherche actuellement le prochain Conservateur de la Collection philatélique royale. Date limite des candidatures : vingt-huit juin 2026, pour des entretiens le quatorze juillet suivant.

mercredi 13 mai 2026

De la fin du service universel postal au Danemark sur la philatélie organisée

 Cela avait secoué les médias européens lors de l'annonce par étapes entre 2023 et 2025, et lors de l'application le premier janvier 2026 : le service postal universel a été aboli par le gouvernement et le parlement du Danemark, sauf subventions pour les îles isolées et les cécogrammes.

Le distributeur privé de journaux et colis, DAO, a remporté le contrat de la poste aux lettres, sans boîtes aux lettres de rue, ni bureau de poste, et des étiquettes interdites d'être appelées timbres-poste (privilège légal désormais inutile de PostNord Danmark). DAO a passé un contrat avec la poste autrichienne pour le courrier international sortant et entrant.

Un article de ce blog du premier janvier dernier, avec deux compléments en février et mars, a résumé les premières conséquences pour les Danois, et surtout les philatélistes et négociants de timbres : la fédération philatélique danoise s'inquiétant de la lenteur du courrier international dans les échanges commerciaux ou amateurs de timbres et lettres historiques.


Dans le numéro daté mai 2026 de The London Philatelist, Chris King, spécialiste du Danemark classique, poursuit son suivi didactique de cette réforme après un premier article en mars 2024 - repris dans FEPA News de juillet 2024.

Après un rappel du choix des politiciens, de l'origine de l'entreprise centenaire Dansk Avis Omdeling, des tarifs et offres postales de celle-ci, King évoque les premières conséquences attendues avant même le jour de l'an : plaintes de retard, association nationale des personnes âgées inquiets de la lenteur des courriers médicaux.

Les Danois sont en attente de mesures statistiques du régulateur, mais le courrier international pose déjà problème : la poste autrichienne imprime ou colle bien ses étiquettes pour montrer son rôle, mais il n'y a aucune date dessus...


Ces délais internationaux sont renforcés par une deuxième alerte des négociants philatéliques et leurs clients pour laquelle King apporte les raisons dues à la réforme : tout courrier de plus de deux cent cinquante grammes doit être envoyé en colis pour DAO ; tout contenu commercial n'est pas une lettre, mais un colis pour DAO... et son concurrent PostNord !

Ainsi, King explique les témoignages de collectionneurs et négociants danois, féroïens et étrangers dont les lettres recommandées avec timbres, enveloppes d'histoire postale, magazines de moins de deux cent cinquante grammes ou petits objets de collection être refusées par les postes des Féroé et d'Autriche et revenir après plusieurs semaines à leur expéditeur.


Enfin, et là, il faudra que l'ensemble des partis politiques danois qui ont accepté cette réforme reprennent les inchangés de la principale loi postale : DAO ne peut transmettre en lettre recommandée intérieure que des lettres de faible valeur. Aucun objet de valeur ne peut être pris en charge en recommandé intérieur ou vers les Féroé par DAO.

Pire, DAO a interdiction de transmettre ou recevoir des lettres recommandées internationales qui restent le monopole de PostNord Danmark !!!

L'auteur signale ainsi que de grandes entreprises danoises envoient en recommandé leurs courriers importants depuis PostNord à Malmö, en Suède de l'autre côté du détroit de l'Öresund... Et, en retour, il conseille aux correspondants internationaux souhaitant assurer une prompte arrivée au Danemark d'envoyer en lettre recommandée les envois nécessitant de la confiance, ce qui fera aboutir directement à PostNord Danmark.


Mon point de vue conclusif : les dirigeants de l'opérateur historique ont donc touché le pactole. Ils n'ont plus la charge d'un réseau de poste aux lettres, concurrencent le prestataire du courrier national sur le colis, et ont encore les lettres recommandées internationales ; tout en forçant les Danois à envoyer tout objet commercial même imprimé au tarif libre des colis.

Et comme l'indique Chris King, l'argument libéral politicard de l'entrée de nouveaux acteurs sur la poste aux lettres a fait long feu : DAO est en monopole de droit puisque le seul à avoir répondu à l'appel d'offres du gouvernement.


Mais, il y a pire que pire pour les philatélistes lorsque King observe les conséquences fonctionnelles et financières du retrait de PostNord Danmark de la poste aux lettres et de l'émission de timbres-poste, pourtant encore inscrites dans la loi générale.

L'actuel musée des postes et télécommunications, ENIGMA, est l'héritier privé du musée historique. Le musée, mais aussi l'accès aux archives et à la bibliothèque, sont dépendants des subsides alloués par les deux compagnies historiques (la poste et les télécommunications), avec bien sûr les entrées et achats des visiteurs.

Aucune subvention publique.

Désormais, les demandes des chercheurs en histoire de ces administrations et entreprises reçoivent un courriel reproduit par King. Les consultations sur place et les recherches par les documentalistes sont drastiquement limitées et si vous ne recevez pas de réponse dans les trois mois... c'est qu'il n'y a pas les moyens financiers et humains de vous répondre ou recevoir.


De là, et les philatélistes du monde entier le savent bien, une poste même libéralisée, voire privatisée, est [trop ?] essentielle au financement de la philatélie organisée : émissions de timbres suscitant manifestations locales et souvenirs d'associations, participation financière et événementielle des expositions philatéliques, etc.

La Danmarks Filatelist Forbund, qui connaissait les mêmes difficultés que d'autres fédérations nationales, voit l'année 2026 devenir une période de décisions graves aux yeux de l'auteur britannique.

Par la fin du courrier affranchi en timbres illustrés, PostNord Danmark cessent le financement direct ou indirect de la philatélie danoise, confrontant les collectionneurs fédérés ou non aux choix budgétaires de la Fédération et des représentants de ses associations membres.

Outre des décisions logiques en période difficile, la bibliothèque fédérale, trop peu utilisée, vient d'être fermée et dispersée entre ce qui a été rendu au musée ENIGMA, des éléments précis transmis à la Société d'histoire postale danoise pour numérisation et publication en ligne, et le reste vendu à la maison Göta Frimärken.

La Société philatélique royale de Londres, l'American Philatelic Society et une poignée d'autres bibliothèques en Allemagne, en Amérique du Nord, jusqu'aux associations locales, ont montré l'importance d'une bibliothèque de recherche adaptée aux intérêts de leurs membres.


King, qui a montré qu'il tient à une philatélie organisée solide et financièrement autonome, conclut que la situation danoise l'inquiète grandement et sert de preuve qu'il ne faut pas attendre pour aller vers le grand public, et apparemment pas certains opérateurs postaux actuels.

samedi 14 février 2026

Présentation d'une structure de base de données marcophile

 Dans le cadre de son programme de conférences en ligne, la Société philatélique royale de Londres a invité Ian Gibson-Smith à présenter, mardi dix février 2026, son modèle de base de données numériques qu'il a établie avec des membres de quelques sociétés spécialisées en philatélie classique, marcophilie et histoire postale.

Établir au sens de l'infrastructure informatique, des informations standardisées, et de leur remplissage en partant de listes et catalogues publiés sans réédition ni remise à jour, puis en encourageant les membres des associations à publier enveloppes et marques en leur possession, ou dont ils ont une preuve visuelle et notables d'existence.


En environ vingt minutes, il a présenté son parcours de collectionneurs le menant vers l'intérêt pour les marques postales et l'histoire postale - l'étude du parcours d'un courrier à partir de ces timbres, marques manuscrites, tamponnées, etc.

L'idée est de fournir un outil de création de base de données « libre », autant qu'un outil de connaissances collectif en lecture comme en écriture - avec l'association fournissant des administrateurs pour valider les ajouts et propositions de modifications faites par les membres de l'association eux-mêmes (à la Wikidata, la base de données commune aux sites de Wikimedia, avec une modération obligatoire).

L'outil calibré permet d'extraire ensuite à l'aide d'un moteur de recherche une liste des marques selon des éléments et des mots-clés intéressants un collectionneur.

« Libre » car les concepteurs de l'infrastructure laissent qui souhaite utiliser cette infrastructure, et avec capacité possible entre les associations adoptives de pouvoir communiquer et échanger leurs bases.


Une fois n'est pas coutume, la partie des questions des spectateurs dépasse en durée la présentation, déjà par la présence de Fellows et d'officiers de la RPSL, passés et actuels, puisque les questionnements ont beaucoup tourné autour de la publicité de ces connaissances face aux droits individuels des collectionneurs.

Premier point spontané de plusieurs membres de sociétés spécialisées des classiques de pays et colonies du Commonwealth : l'intérêt d'un de leurs membres ou de leur association qui ont établi ou sont en train d'établir des bases de données de marques postales. La réponse de M. Gibson-Smith est que l'outil développé est développé pour s'en servir sans avoir besoin de lui et ses équipiers pour le faire fonctionner.


Autre point sur le coût de fonctionnement paraît faire l'objet de multiples stratégies. Alliée à la fierté de partager des informations en leur nom, l'ajout d'une marque ou d'un objet lié se fait au nom du collectionneur-rédacteur. Gibson-Smith espère ainsi contourner le côté discret de nombreux collectionneurs face à la diffusion sur internet de leurs possessions... Mais un intervenant se demande s'il faut dater le début et la fin de la propriété d'une pièce par le rédacteur.

Les coûts actuels des serveurs de stockage ne semblent pas inquiéter le conférencier, même si le Bureau de la RPSL signale que, dans le cas récent de l'archivage des informations d'une collection complète ayant permis de nombreuses expositions médaillées, un étudiant reçoit dédommagement à passer ses journées de volontariat à scanner et inventorier correctement les items. Une véritable formation de documentaliste et conservateur de musée.

Il y aura donc sûrement rendre publiques et structurées les bases des sociétés spécialisées contre cotisations annuelles, appel aux grands collectionneurs à partager leurs bases de référence, volontariat bénévole de ceux qui ont preuve d'items (collection personnelle, lecture de catalogues de ventes, etc.), et ponctuellement indemnisation de quelques personnes en cas de numérisation de masse d'une collection de référence sans index numérique strandard.


Cependant, les anciens (donc sages) présents signalent des soucis récurrents, entre pratiques du monde philatélique et juridictions multiples dans le monde.

Ainsi, un intervenant insiste que la question de la propriété d'ensemble de la base n'est pas à négliger. Après tout, les maisons d'enchères par la publication de leurs catalogues et les marchands les compilant par eux-mêmes créent des bases de données propriétaires, et même privés au sens du secret permettant à leur entreprise d'être plus performante que la concurrence.

Une telle base de données pourrait-elle être vendue à une entreprise et devenir payante, et plus librement accessible à ceux qui l'ont établie, les ponctuels qui l'ont complétée, et même les membres de l'association anciennement propriétaire. D'où la présentation à la RPSL ? Proposer un chemin vers les grandes organisations philatéliques qui paraissent durables financièrement et techniquement ?

Sur le point de bases de données d'entreprises, en France avec la numérotation du catalogue Yvert et Tellier, comme dans le droit britannique sur la propriété de bases de données ayant coûté à un acteur, etc., cela peut poser un risque juridiques au propriétaire de la base selon l'origine d'ajouts massifs par un rédacteur employant sa collection de catalogues d'enchères par exemple.

Et ce, même si la quasi-totalité des enveloppes de collection sont dans le domaine public de fait : au-delà des décennies après le décès des créateurs des timbres (par ailleurs maculés d'encre), de l'écriture manuscrite des expéditeurs, ou avec des cachets stéréotypés.

Seulement, le fait de passer un temps à photographier, scanner, organiser, légender peut créer un droit sur la base de ces données, notamment au Royaume-Uni. Le collectionneur ayant organisé sa collection puis l'a vendu, la maison de vente ayant édité le catalogue, verront-ils tous avec plaisir ces bases de données se multiplier librement montrant leurs anciens biens ?

Cela se fait déjà, mais ponctuellement quand un article de marchand ou de presse philatélique veut illustrer l'évolution du marché d'un type de lettres ou l'historique des propriétaires d'une rareté postale.


Dernière crainte : avec de telles bases quasi-complètes et voulues aussi ouvertes à la consultation que possibles, n'y a-t-il pas à crainte leur utilisation par des faussaires ?

On peut se rassurer par deux points. Martin-Redman signale qu'une marque fausse peut être listée comme fausse et ainsi être connue par ceux qui auront le réflexe de consulter la base spécialisée avant un achat...

... ce qui renvoie à l'éducation des collectionneurs. On ne peut accuser les experts en philatélie passés et actuels, ni la RPSL d'ailleurs*, de diffuser les images imprimées sur papier ou mieux transparents (*Madame Joseph Revisited), ou numérisées de marques postales frauduleusement réemployés ou falsifiées.


Enfin, Simon Martin-Redman, actuel vice-président de la RPSL et président du site web Museum of Philately de sauvegarde des collections renommées, conclut les questions en reprenant une problématique connue au sein de la Société philatélique royale : trouver de jeunes philatélistes doués ou professionnels de l'informatique pour animer ces projets au sein des diverses sociétés spécialisées.

Cela résonne avec l'hommage que Chris King a fait au défunt Frank Walton, dans son entretien avec Abhishek Bhuwalka, publié fin 2025 dans la Philatelic Literature Review. Walton et lui avait de nombreuses idées et maints projets ; le premier y apportant en plus ses compétences techniques en informatique.

Comme le montre les travaux de Ian Gibson-Smith, l'informatique comme outil de la philatélie et de l'histoire postale a toujours de l'avenir, mais combien d'ingénieurs et techniciens pour soutenir, entretenir et tenir à jjour tout cela au bénéfice des associations et de la collectivité ?

[Note : pas moi, je remercie Google de maintenir Blogger et ses outils pour naïfs.]


La présentation de Ian Gibson-Smith est visible sur la page YouTube de la Société philatélique royale de Londres. En libellés de cet article de blog, les trois pays pour lesquels le conférencier a établi des bases de données de marques postales par passion (Hong Kong), puis en lien avec ce projet spécifique.

vendredi 26 décembre 2025

La vie en philatélie organisée de Chris King

 Le numéro automne-hiver 2025 de la Philatelic Literature Review, journal de l'American Philatelic Research Library, et, en version longue sur le blog de l'auteur, l'historien de la philatélie Abhishek Bhuwalka propose un long entretien avec le Britannique Chris King, qui depuis un quart de siècle participe de l'évolution de la Société philatélique royale de Londres (RPSL) d'une part, et de la philatélie organisée d'autre part.

En-tête de l'article posté le sept novembre 2025 sur le blog The Philatelist, version longue de l'entretien.

Devenu semestrielle cette année et allégée des listes d'entrées d'ouvrages de la bibliothèque de l'American Philatelic Society, la Philatelic Literature Review vise à l'actualité des bibliothèques philatéliques, la recherche sur comment furent établies de grandes publications depuis origines des commerces ou études philatéliques et postales, ainsi la biographie de leurs auteurs.

Dans ce cadre, l'Indien Abhishek Bhuwalka (ici se présentant sur son site d'auteur et collectionneur) y transmet régulièrement des entretiens avec des bibliophiles, des libraires philatéliques.


À soixante-seize ans, et entré en philatélie exposée à cinquante, le cheminement de Chris King demande de nombreuses pages puisque son parcours personnel permet de voir apparaître le collectionneur spécialisé, mais aussi l'administrateur organisé et réfléchi dont la RPSL et la philosophie de la philatélie avaient besoin en ce début de vingt-et-unième siècle.

La lecture de cette autobiographie guidée permet de voir comment Chris King fut un collectionneur comme beaucoup (enfant ayant abandonné jeune adulte, mais repris avec plus de passion encore), et que sa vie professionnelle et politicienne l'a formé à des compétences indispensables aux sociétés philatéliques dans lesquelles il s'est, tardivement, investi.

Le rôle de son épouse, la Danoise Birthe Troelsen, rencontrée lors d'un stage professionnel à Venise, est déterminant, au point qu'ils ont créé le Double Geneva Club, en 2016, pour les couples philatélistes. Birthe a permis le déchiffrement et la traduction des courriers que Chris étudiait dans ses spécialités autour des duchés du Schleswig et de Holstein, puis des routes postales autour de la Scandinavie. À tel point que sa première exposition en classe ouverte au London Stamp Show 2000 est autant la sienne que celle de sa femme. Ensuite, celle-ci se prend de passion avec des collections sur la Seconde Guerre mondiale au Danemark et en lien avec le génocide perpétré par les nazis.


Je laisse la découverte des détails d'avant cette collection exposée, et surtout, de la suite. Mais quelques points m'ont intéressé.

Parmi les réponses aux questions d'Abhishek Bhuwalka, Chris King rappelle que la présidence de deux de la RPSL est en fait un parcours d'une décennie au sein de son Bureau, et dont la présidence est la partie centrale. L'étude de la modernisation du 41 Devonshire Place, siège historique de la RPSL, puis de sa vente et la gestion quotidienne et sur place du chantier du 15 Abchurch Lane, ont eu lieu après, sous le titre de Past President.

Cela permet à King de montrer qu'avant son adhésion en 2005, les membres du Bureau sont déjà en train de faire évoluer cette société d'apparence élitiste en une société explicitement ouverte à de nouveaux membres, mais surtout à offrir au plus grand nombre ses ressources de recherche.

Tragiquement, Frank Walton (1953-2022) fait partie de ce grand moment d'ouverture et de projets... avec leur fragilité. La genèse de la Global Philatelic Library, incluses les négociations avec le Smithonian en charge du Musée postal national de Washington, montre le bouillonnement d'idées entre King et Walton, mobilisant les cadres de la RPSL autour d'eux. Mais, également que depuis la mort prématurée de ce dernier, il manque une cheville ouvrière pour la Bibliothèque globale.

Car, au terme de la lecture qui montre un Chris King ayant déjà une année 2026 déjà bien remplie, son souci constant est : comment rendre l'ensemble des ouvrages, archives, collections de la Société philatélique royale de Londres, mais aussi du plus grand nombre de sociétés et associations philatéliques accessibles, au moins qu'un moteur de recherche permette d'en connaître l'existence ?

Le séminaire Crawford, en liaison avec le musée intégré à la RPSL, des présentations reprenant les définitions des disciplines et classes d'exposition philatéliques, et donc ouvrant les possibles ouvertures vers l'histoire sociale, les autres collections d'objets (monnaie, affiches, pamphlets, etc.).


À une autre échelle, enfin, Bhuwalka demande à King s'il pense que, depuis les confinements du covid-19, le développement rapide des conférences virtuelles, en parallèle des rencontres physiques, est une bonne chose pour la philatélie.

Là, il est pessimiste. Certes, le virtuel a permis de rapprocher les membres lointains de leurs sociétés, en particulier la très-londonienne RPSL. Cependant, cela a fortement ralenti l'adhésion de membres, leurs visites au 15 Abchurch Lane, la découverte des idées et compétences de chacun.


Je conseille vivement la lecture des entretiens réalisés par Abhishek Bhuwalka, et plus généralement la lecture de la Philatelic Literature Review. La philatélie a besoin d'une mémoire, d'un Who's Who qui ne soit pas qu'une parade des propriétaires de British Guyana, plus de la biographie de ce qu'ils ont apporté à leur échelle à la collection, à l'exposition, à la curiosité générale. Avec remise dans le contexte de l'époque car on est rarement seul comme Chris King le rappelle pour la période 2000-2015 concernant la Direction de la RPSL.

mardi 23 décembre 2025

Du numéro 1 du trimestriel So'Philatélie & Co

 Lors du Salon philatélique d'automne en novembre 2025 à Paris, Sophie Bastide-Bernardin a présenté So'Philatélie & Co, un nouveau magazine philatélique à parution trimestrielle, dont le premier numéro est envoyé aux abonnés depuis le vingt-six octobre.

La couverture londonienne signée Miles Hyman du premier numéro d'automne de So'Philatélie & Co.

Quelques mois après la disparition brutale de L'Écho de la timbrologie et la reprise de la rédaction-en-chef d'Atout timbres par le patron, il est agréable de voir Sophie Bastide-Bernardin de retour avec une publication philatélique aux objectifs et contenus proposant une alternative aux publications philatéliques habituelles.

So'Philatélie & Co souhaite proposer aux lecteurs des nouvelles et articles philatéliques ainsi que des ouvertures sur les à-côtés : philatélie organisée en prenant le temps, place du timbre et de la correspondance dans d'autres domaines, tels l'œuvre romanesque de Jane Austen et de ses adaptations audio-visuelles pour ce premier numéro.

Même si l'actrice interviewée est très loin du domaine, il permet tout de même une cohésion thématique londonienne-anglaise d'une partie du numéro : les lettres entre personnages de Jane Austen, couverture par Miles Hyman (artiste du timbre en 2020), visite riche en photographies de ce que la Royal Philatelic Society London et le Postal Museum peut offrir aux collectionneurs, dont l'exposition temporaire Voices of Resistance: Slavery and Post in the Caribbean jusqu'au cinq janvier 2026, et les créations d'Alistair Mavin à partir de collages de timbres d'usage courant.

De là, sans se perdre dans des pages infinies des nouveautés de France (il y a tellement de ressources répétées pour les retrouver), la philatélie se développe à côté du thème principal : initiation aux timbres perforés de France [il y aurait à découvrir plus tard ceux à usage sociaux-fiscaux britanniques pour payer les factures de commodités énergétiques], une thématique des déserts étendue aux multiples sens.

De petits cadres précisent des définitions philatéliques qui pourraient intéresser le public non ou peu collectionneur aussi visé par la publication.

Affranchissement de l'envoi du premier numéro de So'Philatélie & Co début décembre 2025.

Étant au commencement de l'aventure éditoriale par abonnement, l'affranchissement est en timbres récents et quelques anciens pour arrondir les centimes d'euro.


L'abonnement à So'Philatélie & Co est possible sur le site du magazine.

jeudi 14 août 2025

Archives, recherches et rédaction dans The London Philatelist été 2025

 Dans le numéro juillet-août 2025 de The London Philatelist et ses compléments sponsorisés, les membres de la Société philatélique royale de Londres (RPSL), l'Association internationale des journalistes philatéliques (AIJP) et deux grandes maisons de commerce proposent abondance de conseils et de ressources passés et à venir sur le rôle des archives, de la recherche et de la rédaction en philatélie.


Ce qui a attiré d'abord mon regard a été le fascicule édité par l'AIJP et la maison aux enchères allemande Heinrich Köller pour annoncer un Sommet sur la littérature philatélique suivi de la vente de « La Bibliothèque "PARIS" », les treize et quatorze novembre 2015 pour le premier, le quinze pour la seconde ; le tout à Wiesbaden, en Hesse.

Le Suédois Tomas Bjäringer cède son immense bibliothèque philatélique aux enchères, dont une partie est photographiée au siège de la maison d'enchères, rangée comme au départ dans ses étagères d'origine.

Le catalogue est téléchargeable en pdf sur le site de vente, sous le nom donc The "PARIS" Library (sa seconde ville de résidence), et numéro 387, ISBN 978-3-911997-32-4.

Plus de mille deux cents ouvrages des origines de la timbromanie aux ouvrages récents de référence aux tirages limités ; présentés pour certains comme rares et/ou reliés luxueusement, de provenance à faire frémir les fans d'autographes ; ou, plus utile à mon avis, annotés par l'auteur, le marchand aux enchères, ou un de ses propriétaires.

Attention aux spécialistes de la Suède, la partie de la bibliothèque de Tomas Bjäringer sur son pays sera proposée le trente novembre par GÖTA Frimärken, à Göteborg, même si la liste des lots suédois est reproduite dans le même fichier pdf.

Le catalogue comprend plusieurs pages sur l'œuvre philatélique de Bjäringer, principalement ses réalisations en écriture philatélique, sa participation à l'organisation de grands moments bibliophiles tels une partie de sa collection lors de Stockholmia 2019 pour les cent cinquante ans de la RPSL ; ainsi qu'une sorte de « généalogie » philatélique, à la fois familiale et de ses mentors.

Avant la liste des lors, Bjäringer présente les dix livres qu'il emporterait sur une île déserte et une page présente celle à qui il confie la reliure de ses ouvrages depuis deux décennies : Annika Baudry de ateljé b, une Suédoise, diplômée et installée à Paris.

Vue l'inflation des tarifs postaux, notamment pour les colis express avec assurance, Henrich Köller offre deux pour cent de ristourne sur les frais du vendeur (buyer's premium) aux acquéreurs qui viendront retirer leurs lots le lendemain, dimanche quinze novembre.


Pour ces objets spécifiques que sont les livres philatéliques, à la fois fruits de la recherche, outils de travail des chercheurs suivants, et objets de collection, l'AIJP organise un sommet sur la littérature philatéliques, toujours à Wiesbaden, les deux jours précédents cette vente.

Certes, avec un hôtel partenaire, on pressent que cela aidera à attirer des acheteurs à de petites vacances philatéliques en Allemagne, mais le titre des exposés et discussions montre le développement des questionnements.

Venus d'Allemagne, du Royaume-Uni et de Suède principalement, et quelques autres pays européens, les animateurs s'interrogeront, entre autres le premier jour :

- la littérature philatélique se limite-t-elle aux timbres et donc à la période depuis le six mai 1840 (Chris King) ;

- Karl Louis, connu pour tenir des bases de données philatéliques, d'histoire postale et de littérature, présentera l'intérêt et les limites des catalogues de vente aux enchères comme fondements de « registres philatéliques ». Il sera suivi par James Podger sur comment collectionner lesdits catalogues ;

- L'après-midi du premier jour verra la question des collectionneurs renommés (provenance, valeur de placement, j'imagine) autant que celle de la conservation d'une bibliothèque privée.

Le deuxième jour sera celui des études de cas, entre autres :

- des grandes bibliothèques de référence allemandes : à Wuppertal, Hambourg et celle nommée en mémoire d'Heinrich Köller à Francfort-sur-le-Main ; et celle de la RPSL à Londres ;

- des éditeurs passées (Jean-Baptiste Moens, et un panorama sur la littérature suisse) et actuels avec The Stuart Rossiter Trust.

Pour clore, Claudio Manzati posera une question d'actualité : « Lancer un journal international d'histoire postale de nos jours : une idée folle ou un défi raisonnable ? »


Néanmoins, il faut bien que ses livres aient été rédigées, des recherches menées pour les emplir de connaissances aussi fiables que possible.

Et là, le numéro lui-même du London Philatelist présente le compte-rendu du Crawford Festival qui s'est tenu les vingt-quatre et vingt-cinq juin 2025, au siège de la RPSL, 15 Abchurch Lane, à Londres.

Les archives étaient le thème de ce colloque annuel sur la recherche philatélique, nommé d'après James Lindsay, comte de Crawford (1847-1913), grand bibliophile et sûrement un des premiers à acquérir et mettre en valeur les épreuves et essais qui participent de la genèse des timbres-poste.

La première présentation par le Français Maurice Hadida et le Gibraltarien Richard Garcia a montré comment leur ouvrage sur les postes locales et chérifiennes du Maroc a précisé, corrigé, voire découvert des connaissances en partant des archives diplomatiques de Gibraltar, Espagne, France, Royaume-Uni et Allemagne.

Un labeur de quelques décennies, dans des archives non postales a priori, mais qui contiennent des informations indispensables pour comprendre des services tenus par des étrangers, parfois sur des périodes très courtes... à peine le temps pour la presse philatélique de l'époque de les découvrir.

Cette réflexion est commune avec le troisième intervenant, Richard Scott Morel, conservateur des Collections philatéliques de la British Library, quand il présente des objets des collections nationales du Royaume-Uni : diplôme d'un grand scientifique portant un timbre fiscal de quarante shillings (cher !), une lettre supposée écrite par Jack l'éventreur,...

Des items parfaitement identifiés, catalogués pour leur importance historique, mais pas philatélique ou postale. Le conservateur d'insister sur l'importance des méta-données : cette formalisation des archivistes et documentalistes pour décrire et indexer au départ de la conservation... au risque sinon que les chercheurs suivants ne puissent redécouvrir faute de pouvoir rechercher dans le catalogue général, aussi informatisé soit-il.

Notamment pour des domaines spécialisés, que je dirais « de niche », pour lesquels la connaissance ou prise de consciences des professionnels peut manquer, vu l'immense champ des possibles face aux archivistes (et aux documentalistes dans les bibliothèques).


Justement, la numérisation d'archives a été l'objet de deux exposés, les deux pour mettre à disposition plus aisément au public potentiel, mais le but de la conservation n'est pas la même.

Éviter d'user les archives, pouvoir indexer leur contenu pour faciliter des recherches et la consultation immédiate chez soi sur un ordinateur, a été le but et les étapes du travail mené par la RPSL et des membres volontaires pour les archives de production de timbres-poste de l'imprimeur Perkins-Bacon en possession de la Société. Le processus de numérisation depuis la manutention des registres jusqu'à la livraison des fichiers a été expliqué par deux responsables de Max Communications, l'entreprise spécialisée au Royal Warrant, qui a réalisé cette tâche.

Cependant, David Beech, ancien président de la RPSL et prédécesseur de Morel à la British Library, rappelle comment Alan Druce et lui ont développé les connaissances sur cette imprimerie quant il s'est révélé que, difficiles à trouver et consulter, des archives se trouvaient également à la British Library et aux Archives nationales... alors que les chercheurs n'allaient que vers celles possédées par la RPSL, les seules dont le public avait le plus facilement connaissance grâce à l'achat et à la numérisation par l'association.

D'un autre point de vue, comment conserver les collections d'exposition compétitives qui sont, par nature, temporaires puisque le collectionneur crée un bilan de recherche philatélique, thématique, classe-ouvertiste sur un sujet donné à partir d'objets collectionnés... avant de les sortir de cet ensemble pour en revendre une partie, constituer une autre approche, remplacer par mieux, passer à tout autre chose, etc.

C'est pourquoi l'actuel président de The Museum of Philately, Simon Martin-Redman, a expliqué l'initiative de David Feldman, fondateur de la maison d'enchères éponyme, et Marcus Orsi de conserver sous forme numérisée les collections ayant obtenu une médaille Grand Or dans une exposition internationale. Devenue une entreprise non-profitable, le musée virtuel utilise ses bénéfices pour développer la philatélie dans le monde.

L'avantage du colloque-séminaire est que le public présent semble avoir répondu de manière critique au Museum of Philately. L'intérêt est vu immédiatement pour retrouver des connaissances et des objets à l'avenir ; assurer la provenance et l'histoire des propriétaires d'un objet ; la simplicité de consultation.

Néanmoins, la question de l'indexation est revenue, ce dont le président a conscience : actuellement, l'organisation vise la facilité d'accès, pas encore les méta-données de chaque item inclus dans les collections...

Personnellement, pour revenir au Sommet sur la littérature philatélique de novembre prochain, j'espère que les intervenants présents à Londres en juin s'interrogeront alors sur comment indexer les lots de chaque catalogue de vente aux enchères... Tout indexer, quels lots ? Et, questions posées au festival : la reconnaissance automatique de caractères et des logiciels d'indexation de mots sont-ils déjà efficaces ? Les deux participants de Max Communications n'écartent pas ces outils, mais signalent la constante nécessité d'une vérification humaine du travail réalisé par la machine. 


C'est ainsi que, lors de la quatrième et dernière demi-journée, Chris King seul, puis en discussion avec un panel, a insisté sur l'importance d'aller aux archives, aux sources primaires pour construire la connaissance philatélique et d'histoire postale.

Les auteurs reprenant pour argent comptant les écrits antérieurs sans vérification, mais King déplore également la difficulté à accéder aux archives principales, non numérisées ou nécessitant de trop coûteux voyages. En plus du problème de l'indexation et des méta-données.

Et là, je ne peux conseiller à ceux qui sont intéressés par ses questions à s'abonner à la revue de l'American Philatelic Research Library, qui est partie de l'American Philatelic Society, mais dont la cotisation-abonnement est dissociée : nul besoin de prendre les deux.

En effet, ce sont des enjeux permanents en archives et même en bibliothèque-documentation que le panel a évoque comme l'APRL : indexation ; durabilité des moyens de stockage numérique (autant matériels que logiciels) ; et puisqu'un représentant des archives postales britanniques était présent pour signaler ce qui pouvait intéresser les philatélistes, la nécessité d'identifier les acteurs-clés des archives sur un temps long : propriétaire [idée personnelle : le dépositaire le reste-t-il ?], conservateur, financeur [voir premiers crochets ; autres financements pérennes ?],...

Évidemment que les philatélistes, qui ont acheté des essais et tirages particuliers d'imprimeries philatéliques privées ayant liquidé leurs archives, sont heureux... Les chercheurs moins.


Pour illustrer tout cela, des articles de philatélie sociale sur les civils pendant la Seconde Guerre mondiale sont proposés dans ce numéro. Les auteurs ayant le souci de retrouver les correspondants et le contexte de leurs échanges.

Et un article de John Stimson sur l'achat grâce à deux mécènes (dont Patrick Maselis) et le dévoilement par la RPSL d'une des trois copies historiques du portrait de la Reine Victoria par Alfred Edward Chalon, dont l'original est passé de la Famille royale britannique à celle de Belgique, et est connue des philatélistes de l'Empire colonial britannique, de l'Océanie au Canada, en passant par les Indes occidentales.

L'avantage des archives et des recherches bien documentées permet ainsi à l'auteur d'expliquer comment le « Chalon portugais » est dit « portugais » et quel parcours l'a mené jusqu'à Londres.


Enfin, le deuxième cahier publicitaire est véritablement un périodique de connaissances en lui-même : le dixième numéro de The Corinphila Gazette daté août 2025, publié par la maison d'enchères allemande Corinphila.

Certes, un journal par une entreprise marchande est bien pour attirer des collectionneurs souhaitant vendre leurs biens les plus précieux, et signaler le contenu des prochaines ventes.

Néanmoins, l'activité d'édition de collections médaillées internationales en coopération avec Heinrich Köller, la série Édition d'Or ; les principales dates des cent années de la CORportation INternationale de PHIlatélie ; et les annonces de nouveaux livres spécialisés ; complètent la presse philatélique grand public.


Au final, comment conserver un linéaire de livres, catalogues, journaux, « presse publicitaire », timbres en albums et classeurs, dont plusieurs adaptés aux enveloppes, voire morceaux de colis,...

Sans parler du temps de loisir nécessaire...

Je comprend mieux pourquoi se spécialiser.


Merci à toutes les personnes, institutions et entreprises mentionnées pour cette lecture estivale qui sert de piqûre de rappel à tous, même à moi (mes articles sur la Corée doivent être bourrés d'erreurs ou de manques de recherche ; que mes libellés ne doivent pas permettre de retrouver facilement des informations ; etc :(

mercredi 5 mars 2025

Le 50 centimes Jeanne d'Arc de 1929 présenté à la RPSL

 Hier, mardi quatre mars 2025, la Royal Philatelic Society London a organisé une présentation en visio-conférence sur un timbre de France, grandement apprécié pour les marges de ses carnets publicitaires : le cinquante centimes Jeanne d'Arc, émis le onze mars 1929 pour les cinq cents ans de la fin du siège de la ville d'Orléans, un des épisodes principaux de la guerre de Cent Ans entre les dynasties royales françaises et anglaises pour la descendance de la couronne de France.

Le plan de la présentation par Michael Bister (copie d'écran, compte youTube de la RPSL).

Michael Bister a présenté la genèse, l'impression, les carnets publicitaires et les usages postaux d'un de ces premiers timbres commémoratifs de France.

Le projet retenu de Gabriel Barlangue, repris et colorisé par un journal confessionnel, Le Pèlerin (copie d'écran, compte youTube de la RPSL).
 
Dans la première partie, les projets soumis au concours d'artistes et les tirages en couleurs sont montrés et expliqué dans leur contexte de la Troisième République, certes victorieuse de la Première Guerre mondiale, mais où la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 est encore en mémoire.

On peut compléter que la République a fixé, en 1920 dans les semaines qui ont suivi sa canonisation par l'Église catholique, une fête nationale en son honneur au second dimanche du mois de mai. Le trente mai étant sa fête religieuse, jour de son martyre sur le bûcher.

C'est le dessin de Gabriel Barlangue qui fut retenu et gravé par Abel Mignon, gravure qui élimina la seule fleur de lys capétienne complète du drapeau. L'impression fut typographique.

Par la suite, l'artiste Barlangue dessina trente-et-un timbres de France, vingt-sept pour les colonies et des postes étrangères. Multi-support, Mignon a commencé à graver des timbres pour les P.T.T. en 1910, et pour la poste tchécoslovaque en 1927.

Une complète explication des différents type de carnets publicitaires ou de commande de privée, dont voici un exemple de pages par Michael Bister (copie d'écran, compte youTube de la RPSL).

Les collectionneurs traditionnels apprécieront l'abondance des illustrations et explications sur l'origine des couvertures et des marges publicitaires ou à messages, dont a bénéficié cette émission sous forme de carnet de vingt timbres.

Les historiens postaux profiteront des usages dans la quatrième partie. La valeur faciale de cinquante centimes permettait d'envoyer une lettre de moins de vingt grammes en France  (merci au site Phil-Ouest.com de se praticité) et en multiples pour l'étranger.

Particularité de sa carrière, les postes françaises firent la promotion de la poste aérienne régulière à ce moment-là, mais à un tarif supérieur. Des lettres aériennes sous-affranchies existent donc sans taxation au destinataire : avec un cachet sur les lettres intérieures, les P.T.T. faisaient connaître le cheminement exceptionnel comme forme de réclame.Sur les courriers vers l'Europe, le service aérien repostait le courrier, ce qui peut aussi donner des courriers avec affranchissement complémentaire en timbre de destination ; Bister propose un exemple suisse.

Autre aventure précurseure pour le Jeanne d'Arc fut les essais de faire passer les sacs postaux d'un paquebot à un avion au large des côtes des États-Unis. Plus les pneumatiques parisiens. Une quatrième partie non négligeable.

L'orateur termine sa présentation par un film des dernières fêtes johanniques, proposé sur le site de la Ville d'Orléans, et organisée une dizaine de jours et se concluant le huit mai, jour-anniversaire de la délivrance face aux Anglais.

mercredi 18 septembre 2024

Blessure

 Bonjour.

Certes, travailler pour pouvoir manger le mois suivant justifie les irrégularités habituelles des mini-articles du blog, surtout si certaines périodes de labeur limitent la réflexion consciente et inconsciente de ce que je souhaite écrire.

Pour les prochaines semaines, un gonflement subit de ma cheville avec fragilisation des terminaisons nerveuses et veineuses du bas de ma jambe à la surface de mon pied, avec de charmants bleus tout autour du talon...

Bref, une magnifique entorse digne d'un cours à la faculté de médecine me force à rester allongé la plupart du temps, le pied en l'air... à siester et bouquiner tout ce qu'il y a de sérieux en attente : de l'histoire amérindienne au néo-marxisme, et si je trouve un support deux beaux ouvrages sur l'histoire philatélique et postale des Rhodésie - 1 et 2.

Un des deux ouvrages sur les Rhodésie (et le Nyassaland) édités par la Royal Philatelic society London en attente sur mes étagères (boutique web de la RPSL).

Assis au bureau, même avec des cousins durs au sol pour orienter le talon correctement, n'est pas assez soignant pour tous mes objets anatomiques qui ont subi de belles translations non naturelles, ni assez confortable pour l'esprit au clavier plusieurs dizaines de minutes.

Les scans des timbres, enveloppes et publications du voyage en Corée sont donc en attente ; seules les photographies bien cadrées et rapidement mises en forme peuvent encore devenir un article rapide de temps en temps.

D'où le prochain article sur « MANGER SUCRÉ !!! »

(oui, je reste marqué par Yumi's Cells).

mercredi 21 août 2024

Présentation sur le 50 centimes Jeanne d'Arc à la RPSL le 4 mars 2025

 Dans le calendrier 2024-2025 des présentations et collections exposées par les membres de la Royal Philatelic Society London, les spécialistes des timbres de France apprécieront celle en visioconférence du quatre mars 2025 par Mick Bister sur le cinquante centimes 500 Ans de la délivrance d'Orléans, émis et en vente entre le onze mars et le seize octobre 1929.

Le timbre via Phil-Ouest.com.

Ce timbre sur un épisode de la Guerre de Cent Ans pour la succession au trône de France, entre prétendants patrilinéaire français et matrilinéaire anglais, met en avant Jeanne d'Arc, héroïne nationale autant pour les cléricaux - une sainte à qui un ange a parlé et qu'elle a écouté - que les laïcards - elle a « bouté les Anglais hors de France » comme le dit l'expression... comme près d'un million et demi de soldats de la Première Guerre mondiale face aux Allemands pour l'Alsace et la Lorraine lors du contexte de l'émission de ce timbre.

Philatéliquement, ce timbre commémoratif est aussi d'un usage courant par une de ses formes de vente en carnets de vingt exemplaires avec publicités sur les marges supérieures et inférieures : Exposition philatélique du Havre 1929, Réglisse Florent, Phosphatines Fallières pour les convalescents, dentifrice Bénédictins de Soulac. Avec plusieurs marques dans le même carnet.

Ainsi que le fromage La Vache qui rit, ce qui fut moins bien vu, notamment la version « pour la cuisine »... pour une héroïne nationale condamné à mourir sur le bûcher.

Un site spécialisé en français à l'adresse j257.fr existe.

Enveloppe de France pour les États-Unis avec trois 50 c. Jeanne d'Arc de carnet publicitaire (illustration introduisant la visio-conférence de la RPSL).

Du côté de la Société philatélique royale de Londres, la présentation sera faite par Mick Bister, philatéliste spécialisé dans les timbres de France.

Pour découvrir ce collectionneur, sa présentation du timbre 1,50 franc Pétain et sa carrière postale est visible sur YouTube (compte de Chris Hitchen en date du quinze septembre 2021 pour la France & Colonies Philatelic Society UK).

Pour plus d'informations sur les événements du calendrier 2024-2025 de la Royal Philatelic Society London, se reporter à son site web, sa revue ou contacter son secrétariat.

mercredi 3 janvier 2024

Tristes 400 ans de la poste danoise

 Le vingt-quatre décembre 1624, Christian IV, roi du Danemark, établit des maîtres de poste dont un devait passer deux heures par jour à la bourse de Copenhague pour relever les courriers. Comme les autres postes européennes, ce fut le début d'une longue évolution : création de routes postales, réforme postale avec le timbre-poste, code postal, industrialisation et... arrivée de l'informatique.

Première émission commémorative de 2024 : les quatre cents de la poste au Danemark pour l'exposition Hafnia (émission du deux janvier 2024, via la boutique web de PostNord).

Celle-ci a, à la fois, accéléré le traitement du courrier et des colis, mais aussi provoqué un important déclin de la correspondance imprimée (les factures, les bulletins scolaire - hélas, pas la publicité non demandée) et écrite entre particuliers.

Au sein du Marché unique de l'Union européenne, l'ouverture à la concurrence de la petite logistique a néanmoins été accompagné du droit des États à protéger les consommateurs par un service postal universel... sans empêcher le capitalisme des anciens monopoles historiques : les États danois et suédois ont fusionné leur poste en un groupe PostNord en 2009.

Ce lundi premier janvier 2024, le service universel intérieur a quasiment disparu au Danemark suite à une loi votée en 2023, comme l'expliquent le mode d'emploi des timbres-poste de PostNord danois et un article de Post & Parcel du premier décembre dernier.

Entre les lignes, le gouvernement danois a eu en avoir assez de compenser le déficit de la poste aux lettres depuis 2020, à hauteur d'environ cent cinquante millions de couronnes danoises en 2023, soit environ un peu plus de vingt millions d'euros.

Aux expéditeurs désormais d'assumer le coût avec deux changements au premier janvier 2024 : une augmentation traditionnelle des tarifs et la taxe sur la valeur ajoutée frappe désormais le courrier intérieur qui doit l'indiquer !

Les deux nouvelles valeurs courantes à faciale et d'usage, le timbre rouge étant affecté d'une TVA à reverser à l'État danois (communiqué de presse de PostNord).

En 2023, une lettre intérieure coûtait 12 DKK jusqu'à cinquante grammes et 24 DKK jusqu'à cent grammes, TVA incluse. Depuis lundi, elle coûte 25 DKK TVA incluse avec obligation d'utiliser un timbre portant la mention "INDLAND" (intérieur) donc que sa vente produira une taxe retournant au Trésor danois. Environ 3,35 euro donc.

En 2023, une lettre internationale coûtait 36 DKK jusqu'à cent grammes, désormais c'est 50 DKK toujours sans TVA et doit être affranchie avec un timbre mentionnant "UDLAND" (étranger). Environ 7,70 euros.

Le prix proportionnel est de vigueur : deux timbres affranchissent de cent à deux cents cinquante grammes, trois timbres de deux cents cinquante à deux kilogrammes en respectant des limites standardisées d'enveloppes ou de colis très plats.

Note de curiosité : la "Quickbreve" ou lettre prioritaire intérieure existe toujours pour dix couronnes de plus au premier échelon intérieur, mais ne peut être reçue que dans un bureau de poste (si Google Traduction est de confiance).

Une seule valeur de complément : les anciens usage courant restent valables un an.

Le souci est donc que, depuis le premier janvier, tous les timbre-poste précédant perdent subitement leur pouvoir d'affranchir le courrier intérieur ! Sur-le-champ !

Malgré un dialogue entre l'opérateur postal, le ministère du Transport et l'Autorité de régulation, ces derniers sont restés inflexibles : désormais, tout affranchissement intérieur doit prouver qu'il a payé la taxe sur la valeur ajoutée, donc à l'achat de l'affranchissement : "INDLAND" ! Et tout envoi international ne doit pas être grevé d'une TVA, tout son affranchissement doit appartenir à l'opérateur postal pour son travail...

Apparemment, les autorités danoises n'ont pas voulu ou pu considérer une alternative existant dans les pays ayant imposé la TVA sur le courrier et les colis : tout timbre émis avant la taxation explicite doit être complété de la taxe en déposant l'objet en bureau de poste (Australie et Suède sont citées sur un fil du forum StampBoards).

Libéralisation du marché postal et comptabilité nationale (« Téma la taille du rat ! »).


Les timbres émis avant le trente-et-un décembre 2023 ne peuvent servir que sur le courrier pour l'étranger et seulement jusqu'au trente-et-un décembre 2024, rapporte l'éditeur philatélique allemand PhilaPress, le treize décembre dernier.

PhilaPress précise également que la libéralisation quasi-totale de la loi de 2023 entraîne la limitation de nombreux service par PostNord Danmark pour faire face à la concurrence et limiter les coûts sur ce service en déficit : démontage de nombreuses boîtes aux lettres de rues, diminution du nombre de boîtes postales, mise en concurrence totale de la distribution des abonnements de journaux et magazines, etc.

Une révolution : le type héraldique de 1946 disparaîtra donc dans un an (boutique web de PostNord Danmark).

Philatéliquement, la dernière révolution est la suspension de la continuité du type Petites armoiries nationales en usage depuis 1946. Ses valeurs en carnet de dix allant de deux à cinquante couronnes aideront les Danois à faire l'appoint des affranchissements pour l'étranger en 2024.

Le nouveau type de 2024 reprend les vagues et les cœurs, éléments traditionnels du type Ligne ondulée de 1905, et qui lui aussi a servi sans discontinué.

Enfin, l'exposition européenne Hafnia 2024 aura lieu du dix-sept au vingt octobre 2024 à Copenhague. Les timbres de son bloc ont une valeur faciale de vingt-cinq couronnes et la mention "INDLAND".


Note : la Suède, co-actionnaire de PostNord, n'est pas concernée puisqu'il s'agit d'une loi danoise. Les postes des îles Féroé et du Groenland sont indépendantes, même si une partie des coûts à venir pour leurs clients proviendront du passage par le système postal danois.


Compléments du vendredi huit mars 2024 : premier pas vers la post-philatélie ?

Une fois n'est pas coutume, The London Philatelist daté mars 2024 publie un article approfondi sur de la philatélie actuelle liée aux conséquences de la fin du service universel postal intérieur au Danemark.

Chirs King, ancien président de la Société philatélique royale de Londres et spécialiste classique du Schleswig, propose un article jumelé avec le numéro de janvier 2024 de The Posthorn du Scandinavian Collectors Club.


Parmi les nombreux informations et détails en plus de mon mini-article amateur, King signale qu'à cause de la taxe sur la valeur ajoutée frappant désormais le courrier intérieur font que les timbres Indland ne sont plus légalement des timbres-poste (Frimærker), mais des étiquettes postales (Postmærker) !

En effet, le droit fiscal danois exempte les timbres-poste de la TVA. Et d'illustrer le fait par un humoriste danois : le nouveau timbre rouge légendé en français dans le texte « Ceci n'est pas un timbre ».


Pour montrer que les expéditeurs danois - et les guichets postaux ! - pouvaient déjà ignorer les timbres-poste, il rappelle l'existence d'affranchissement numérisé : des codes alphanumériques imprimables ou recopiables dont il montre un exemple de décembre 2023. Sous le carré de quatre signes sur quatre manuscrits, une marque en danois indique « Porto kontrolleret »...

... lettre que la Royal Mail britannique a taxé comme non affranchie : cinq livres sterling pour le destinataire !

Le timbre international par sms ou code obtenu sur internet a encore du chemin à faire.


Finalement, les fameuses grandes étiquettes de colis en recommandé comprenant expéditeur, destinataire, déclaration douanière semblent le moyen le plus fiable de l'envoi vers l'étranger... au détriment de l'environnement (papier, adhésif).

Et de conclure si la politique danoise de fin du service universel du courrier au Danemark n'ouvre pas la porte à tous les opérateurs postaux et la fin de la philatélie postalement utilisée.


Et cette conclusion philatélique est immédiatement bouleversante. Un important marchand de timbres danois (Fyns Frimærker Service) détient deux cent mille couronnes danoises de timbres uniquement pour les envois à ses clients ! À date de l'article de King, vers le onze janvier, le syndicat des marchands philatéliques danois est entré en négociation avec Post Danmark sur ce problème.

On n'est loin de la perte de valeur au catalogue des collections de passionnés.

Mais, l'occasion faisant le larron : l'entreprise Bladkompagniet S/A distribue des milliers de journaux et magazines chaque nuit dans tout le pays. Pour vingt couronnes, elle proposerait la délivrance de lettres intérieures en une nuit, sept jours sur sept, contre vingt-cinq pour la poste qui, elle, a perdu ses subventions et dont le modèle est de plus en plus centré sur les colis.

lundi 21 août 2023

Accéder aux archives, un essentiel de la recherche

 À travers deux exemples tirés du numéro juillet-août 2023 du London Philatelist, est rappelé que l'accès à des archives étudiées de manière critique permet de réaliser une recherche en philatélie, comme pour d'autres sciences humaines.

Couverture du London Philatelist de l'été 2023.

En ouverture, le nouveau président de la Royal Philatelic Society London se présente aux lecteurs du journal de la société. Pour ce qui m'intéresse aujourd'hui, Mike J. Y. Roberts a vécu à Liverpool deux périodes de cinq années au début de sa vie active.

Le Royal Liver Building, une des trois grâces de l'époque où Liverpool fut un immense port (timbre de la poste privée Universal Mail).

Il indique que cette période, loin de ses racines certes, a néanmoins permis la découverte de l'histoire postale grâce à l'accès au Musée maritime du Merseyside situé à proximité de son travail. Roberts a ainsi développer ses premières collections vers l'histoire postale maritime, spécialement celle de la Pacific Steam Navigation Company dont le siège comme plusieurs autres étaient alors à Liverpool - comme la White Star, ses ancêtres et ses successeures dans le bâtiment historique de James Street, toujours dans le même quartier portuaire.

Son livre sur la Pacific Steam Navigation Company et son histoire postale a été permis par la connaissance des lieux d'archives à Liverpool.


Le second exemple est proposé par Malcolm Givans et son essai de retrouver des connaissances sur les gravures commandés à Daniel J. Pound (1820-1894) par l'imprimerie De La Rue pour les timbres britanniques et de coloniaux.

Retrouver car l'usine et les archives de De La Rue furent détruites lors des bombardements allemands de décembre 1940. L'auteur rappelle que l'histoire de plusieurs timbres-poste, de leur genèse à leurs tirages, est inconnue ou partiellement reconstituée avec les archives survivantes et, surtout, grâce à l'études des timbres, blocs et feuilles, mais aussi de diverses traces actuellement dans des collections privées : brouillon et essai d'artistes ou d'imprimeurs.

Et, dans le cas de David J. Pound, Givans explique en introduction que la biographie permet d'identifier le graveur archivistiquement inconnu de plusieurs effigies philatéliques de la Reine Victoria, par le suivi de sa sociabilité dans le monde de l'édition londonienne, ses relations avec Warren De la Rue et en observant avec attention les très nombreux portraits réalisés par Pound avec ceux effectués au fil des contrats de De La Rue avec les administrations postale et coloniale.

Et ce, jusqu'à plusieurs détails : comment Pound est sûrement le graveur du premier portrait gravé spécialement pour les timbres d'Inde de l'East India Company en 1857 suite à l'interdiction de Londres qu'elle continue à utiliser l'effigie du timbre de 1840. Givans a reconstitué les possibilités de quel graveur : Russell de De La Rue était très occupé notamment par les ouvrages d'astronomie de Warren ; ce dernier voulait peut-être tester un nouveau graveur, que son nom apparaît sur un essai de portrait qui a survécu au Blitz et qui est identique à un essai de timbre et à un timbre-télégraphe.

Avec la prudence d'une interprétation des documents accessibles - ce qu'il écrit explicitement permettant de replacer les publications précédentes en perspective -, il estime que c'est Pound - avec pour consigne à Bigola de l'imiter ensuite - a aussi gravé le portrait de timbres britanniques de la seconde moitié des années 1860. Tout en travaillant sur les profils des années 1880, Pound aurait aussi formé un imprimeur de De La Rue, David Turner, qui put ainsi devenir graveur en chef en 1890.

Une très intéressante approche historique et sociologique de la société victorienne, notamment les loisirs une fois la vie quotidienne assurée par le travail.

Enfin, cet article vaut - au sens « a de la valeur » - par sa liste de références, de sources et de notes complémentaires permettant d'aller vérifier par esprit critique et d'en apprendre encore davantage.

dimanche 22 janvier 2023

Un hommage gravé à la Reine Elisabeth II par la RPSL

 Avec son mille cinq cent-et-unième numéro de sa revue The London Philatelist, la Société philatélique royale de Londres a offert à ses membres un portrait gravé de la Reine Élisabeth II, patronne de la Société, réalisé par Martin Mörck à l'initiative de plusieurs membres.

L'arrivée du London Philatelist de décembre 2023.

L'éditorial de Tony Bard et un article de Armağan Özdinç explique la genèse et la réalisation artistique du projet, débuté comme un hommage pour son jubilé de platine, et achevé comme une commémoration après sa disparition, le huit septembre 2022.

Tony Bard souhaita ouvrir l'année éditoriale 2022 par une photographie de la Reine ; l'ancien président de la RPSL Frank Walton lui procura une signée aux initiales par Dorothy Wilding qui inspira la première série d'usage courant du règne élisabéthain. Elle est reproduite dans le numéro 1492 daté janvier-février 2022.

Lors de l'exposition internationale London 2022, en février, Bard rencontra Armağan Özdinç, membre états-unien de la Société, grand connaisseur de l'œuvre de Martin Mörck, et l'artiste lui-même - il avait déjà réalisé une vignette érinnophile pour Stockholmia 2019, l'exposition des cent-cinquante ans de la RPSL, et y avait assisté pour l'émission d'un timbre gravé de l'Administration postale des Nations unies à l'effigie de Kofi Annan. Il proposa à Walton, qui accepta immédiatement, de créer un souvenir du jubilé offert aux plus de deux mille deux cents membres.

Le Bureau de la RPSL, Özdinç et Mörck, et les mécènes Karl Louis et Dieter Michelson du groupe Global Philatelic Network ont réalisé les étapes de ce projet.

Début octobre, le bas-relief d'Arnold Machin ornait la couverture du numéro de deuil ; en bas à droite, un petit logotype a marqué chaque numéro de 2022 pour les cent trente années de publication de la revue.

Les amateurs de Martin Mörck connaissent ses timbres, les souvenirs proposés autour par les services philatéliques, et sûrement, le livre-entretien By Mörck de 2016, apprécieront l'article "Martin Mörck: Master Portrait Illustrator and Engraver" de Armağan Özdinç.

Dans celui-ci, l'auteur détaille les différents styles utilisés par Mörck au cours de sa carrière portraitiste - en reprenant les mots anglais : Free, Dot, European Classic, American Banknote - avec des exemples de timbres respectivement des États-Unis (Mary Breckinridge de 1998), de Monaco (Gandhi de 2019), du Danemark (Reine Margrethe II de 2010) et France (Jean-Baptiste Charcot de 2007), et enfin de Jersey (Churchill de 2015).

Deux timbres utilisant deux de ses techniques sont également montrés : Naomi Uemura sur timbre du Groenland de 2011 et la Reine consort de Suède de 2005.

Ensuite, Özdinç détaille les deux projets que Mörck vient de réaliser pour la Royal Philatelic Society London. Lors de Stockholmia 2019, le président Patrick Maselis proposa la réalisation du portrait des quatre-quatre anciens présidents de la Société. L'artiste explique comment il a dû travailler pour maintenir un style commun, surtout pour que le regard considère des portraits gravés alors qu'ils n'ont pas été imprimés en taille-douce ou en céroplastie (? traduction de wax relief printing ?).

L'auteur, avec photographie de l'artiste au travail, approfondit le travail sur le portrait de la Reine Élisabeth II à partir de la photographie de Dorothy Wilding, expliquant les différences entre les deux portraits, l'importance de l'angle des lignes de traits et de points dans l'appréciation du portrait.

Le six septembre 2022, les premiers essais ont été imprimés, deux jours avant l'annonce du décès de la Reine. Deux mille cinq cents portraits ont été imprimés en wax relief et chacun signé au crayon par Martin Mörck, puis glissé dans une enveloppe portant les armoiries du Royaume-Uni au recto et le logotype du mécène au verso.

Au milieu du numéro 1501 du même London Philatelist de décembre 2022, le portrait et les deux faces de l'enveloppe sont reproduites page 563, et un texte des mécènes explique leur démarche, avec leur photographie lors d'une rencontre avec le Roi de Suède lors de Stockholmia 2019 sur la page 532.


Les thématiques élisabéthaine et mörckienne, ainsi que celles liées à la gravure, sont grandement enrichies par de telles réalisations.


The London Philatelist est édité à raison de dix numéros par an à destination des membres de la Société philatélique royale de Londres, qu'ils reçoivent à domicile et dont ils peuvent rechercher et télécharger les anciens numéros et articles à partir du moteur de recherche du site de la Société.

L'American Philatelic Society a interrogé Armağan Özdinç sur sa passion pour l'œuvre de Martin Mörck en juillet 2021.

dimanche 3 avril 2022

R.I.P. Frank Walton (1955-2022)

Le premier avril 2022, c'est avec tristesse que j'ai appris, par un mail de l'actuel Président de la Société philatélique royale de Londres, la disparition prématurée du philatéliste et historien postal britannique Frank Walton, la semaine passée.

Frank Walton, une personne toujours avec le sourire, en 2016-2017.

Walton était un des collectionneurs les plus spécialisées du Sierra Leone britannique, jusqu'à son exhaustive présentation de 2016 qui présentait chaque thème de collection possible sur un pays. Cette passion a également donné de nombreux articles et études dans Cameo, le journal du West Africa Study Circle.

Ensuite, il avait montré ses connaissances sur la poste aérienne de Chine avant 1949, lors d'une conférence à la RPSL et un ouvrage de 2017. Il avait été le premier membre de la RPSL à réaliser une présentation en ligne, pour cause de confinement en avril 2020, sur la série Wilding d'usage courant britannique, collectionnant également les débuts du règne d'Elisabeth II.

En termes d'archives, il dirigea l'analyse et la publication de la collection De La Rue, mettant à disposition du public les archives de l'imprimeur.

Participant actif de la philatélie organisée, il a présidé la Royal Philatelic Society London de 2015 à 2017, et venait de réussir, malgré les obstacles de la pandémie de covid-19, l'organisation de l'exposition internationale London 2020... devenue 2022... en février dernier.

À ma modeste échelle, c'est lui qui, lors de Monacophil 2011, m'avait présenté la Société philatélique de Londres, notamment son impressionnante bibliothèque de recherche.


Sur le site de la Fédération européenne de philatélie.

Complément du dimanche huit mai 2022 :

Voir nécrologie dans The London Philatelist de mai 2022 ; lecture à continuer par l'éditorial de Tony Bard sur la personnalité de Frank Walton, qui fut rédacteur en chef de cette revue de 2001 à 2014.