samedi 14 février 2026

Présentation d'une structure de base donnée marcophile

 Dans le cadre de son programme de conférences en ligne, la Société philatélique royale de Londres a invité Ian Gibson-Smith à présenter, mardi dix février 2026, son modèle de base de données numériques qu'il a établie avec des membres de quelques sociétés spécialisées en philatélie classique, marcophilie et histoire postale.

Établir au sens de l'infrastructure informatique, des informations standardisées, et de leur remplissage en partant de listes et catalogues publiés sans réédition ni remise à jour, puis en encourageant les membres des associations à publier enveloppes et marques en leur possession, ou dont ils ont une preuve visuelle et notables d'existence.


En environ vingt minutes, il a présenté son parcours de collectionneurs le menant vers l'intérêt pour les marques postales et l'histoire postale - l'étude du parcours d'un courrier à partir de ces timbres, marques manuscrites, tamponnées, etc.

L'idée est de fournir un outil de création de base de données « libre », autant qu'un outil de connaissances collectif en lecture comme en écriture - avec l'association fournissant des administrateurs pour valider les ajouts et propositions de modifications faites par les membres de l'association eux-mêmes (à la Wikidata, la base de données commune aux sites de Wikimedia, avec une modération obligatoire).

L'outil calibré permet d'extraire ensuite à l'aide d'un moteur de recherche une liste des marques selon des éléments et des mots-clés intéressants un collectionneur.

« Libre » car les concepteurs de l'infrastructure laissent qui souhaite utiliser cette infrastructure, et avec capacité possible entre les associations adoptives de pouvoir communiquer et échanger leurs bases.


Une fois n'est pas coutume, la partie des questions des spectateurs dépasse en durée la présentation, déjà par la présence de Fellows et d'officiers de la RPSL, passés et actuels, puisque les questionnements ont beaucoup tourné autour de la publicité de ces connaissances face aux droits individuels des collectionneurs.

Premier point spontané de plusieurs membres de sociétés spécialisées des classiques de pays et colonies du Commonwealth : l'intérêt d'un de leurs membres ou de leur association qui ont établi ou sont en train d'établir des bases de données de marques postales. La réponse de M. Gibson-Smith est que l'outil développé est développé pour s'en servir sans avoir besoin de lui et ses équipiers pour le faire fonctionner.


Autre point sur le coût de fonctionnement paraît faire l'objet de multiples stratégies. Alliée à la fierté de partager des informations en leur nom, l'ajout d'une marque ou d'un objet lié se fait au nom du collectionneur-rédacteur. Gibson-Smith espère ainsi contourner le côté discret de nombreux collectionneurs face à la diffusion sur internet de leurs possessions... Mais un intervenant se demande s'il faut dater le début et la fin de la propriété d'une pièce par le rédacteur.

Les coûts actuels des serveurs de stockage ne semblent pas inquiéter le conférencier, même si le Bureau de la RPSL signale que, dans le cas récent de l'archivage des informations d'une collection complète ayant permis de nombreuses expositions médaillées, un étudiant reçoit dédommagement à passer ses journées de volontariat à scanner et inventorier correctement les items. Une véritable formation de documentaliste et conservateur de musée.

Il y aura donc sûrement rendre publiques et structurées les bases des sociétés spécialisées contre cotisations annuelles, appel aux grands collectionneurs à partager leurs bases de référence, volontariat bénévole de ceux qui ont preuve d'items (collection personnelle, lecture de catalogues de ventes, etc.), et ponctuellement indemnisation de quelques personnes en cas de numérisation de masse d'une collection de référence sans index numérique strandard.


Cependant, les anciens (donc sages) présents signalent des soucis récurrents, entre pratiques du monde philatélique et juridictions multiples dans le monde.

Ainsi, un intervenant insiste que la question de la propriété d'ensemble de la base n'est pas à négliger. Après tout, les maisons d'enchères par la publication de leurs catalogues et les marchands les compilant par eux-mêmes créent des bases de données propriétaires, et même privés au sens du secret permettant à leur entreprise d'être plus performante que la concurrence.

Une telle base de données pourrait-elle être vendue à une entreprise et devenir payante, et plus librement accessible à ceux qui l'ont établie, les ponctuels qui l'ont complétée, et même les membres de l'association anciennement propriétaire. D'où la présentation à la RPSL ? Proposer un chemin vers les grandes organisations philatéliques qui paraissent durables financièrement et techniquement ?

Sur le point de bases de données d'entreprises, en France avec la numérotation du catalogue Yvert et Tellier, comme dans le droit britannique sur la propriété de bases de données ayant coûté à un acteur, etc., cela peut poser un risque juridiques au propriétaire de la base selon l'origine d'ajouts massifs par un rédacteur employant sa collection de catalogues d'enchères par exemple.

Et ce, même si la quasi-totalité des enveloppes de collection sont dans le domaine public de fait : au-delà des décennies après le décès des créateurs des timbres (par ailleurs maculés d'encre), de l'écriture manuscrite des expéditeurs, ou avec des cachets stéréotypés.

Seulement, le fait de passer un temps à photographier, scanner, organiser, légender peut créer un droit sur la base de ces données, notamment au Royaume-Uni. Le collectionneur ayant organisé sa collection puis l'a vendu, la maison de vente ayant édité le catalogue, verront-ils tous avec plaisir ces bases de données se multiplier librement montrant leurs anciens biens ?

Cela se fait déjà, mais ponctuellement quand un article de marchand ou de presse philatélique veut illustrer l'évolution du marché d'un type de lettres ou l'historique des propriétaires d'une rareté postale.


Dernière crainte : avec de telles bases quasi-complètes et voulues aussi ouvertes à la consultation que possibles, n'y a-t-il pas à crainte leur utilisation par des faussaires ?

On peut se rassurer par deux points. Martin-Redman signale qu'une marque fausse peut être listée comme fausse et ainsi être connue par ceux qui auront le réflexe de consulter la base spécialisée avant un achat...

... ce qui renvoie à l'éducation des collectionneurs. On ne peut accuser les experts en philatélie passés et actuels, ni la RPSL d'ailleurs*, de diffuser les images imprimées sur papier ou mieux transparents (*Madame Joseph Revisited), ou numérisées de marques postales frauduleusement réemployés ou falsifiées.


Enfin, Simon Martin-Redman, actuel vice-président de la RPSL et président du site web Museum of Philately de sauvegarde des collections renommées, conclut les questions en reprenant une problématique connue au sein de la Société philatélique royale : trouver de jeunes philatélistes doués ou professionnels de l'informatique pour animer ces projets au sein des diverses sociétés spécialisées.

Cela résonne avec l'hommage que Chris King a fait au défunt Frank Walton, dans son entretien avec Abhishek Bhuwalka, publié fin 2025 dans la Philatelic Literature Review. Walton et lui avait de nombreuses idées et maints projets ; le premier y apportant en plus ses compétences techniques en informatique.

Comme le montre les travaux de Ian Gibson-Smith, l'informatique comme outil de la philatélie et de l'histoire postale a toujours de l'avenir, mais combien d'ingénieurs et techniciens pour soutenir, entretenir et tenir à jjour tout cela au bénéfice des associations et de la collectivité ?

[Note : pas moi, je remercie Google de maintenir Blogger et ses outils pour naïfs.]


La présentation de Ian Gibson-Smith est visible sur la page YouTube de la Société philatélique royale de Londres. En libellés de cet article de blog, les trois pays pour lesquels le conférencier a établi des bases de données de marques postales par passion (Hong Kong), puis en lien avec ce projet spécifique.

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