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samedi 21 août 2021

Permanente malgré l'uchronie : la boîte aux lettres française

 Vingt ans après la libération des États-Unis de l'occupation nazie, la résistance parisienne en 1980 est l'objet du jeu vidéo Wolfenstein: Youngblood créé par deux studios (un suédois et un français) publié par une entreprise états-unienne en 2019.

Attention : jeu destiné aux adultes dans l'évaluation PEGI.

Wolfenstein est une série de jeux vidéo dans lequel, depuis 1981, le joueur doit violemment tuer des soldats nazis pour fuir un château-prison ou encourager la résistance à l'occupant totalitaire. Jeu de tir à la première personne (FPS), plusieurs de ses itérations récentes ont donc un scénario uchronique : grâce au développement d'une recherche militaire tournée vers les nouvelles technologies (laser, robotique, cybernétique, etc.), les studios imaginent que l'Allemagne nazie a conquis et occupé l'Europe et même l'Amérique du Nord pour plusieurs décennies.

Au milieu du décor du Paris mêlant immeubles haussmanniens et éléments français (barrières, vélo, voitures des années 1970, petits restaurants,...), une boîte aux lettres très années 2000 (copie d'écran).

Suite aux aventures du héros initial, ce sont ses deux filles qui prennent le relai dans Youngblood : leur père a disparu dans Paris martyrisé et le gouvernement des États-Unis paraît peu enclin à aller l'y secourir. Protégées par leur armure de combat et des armes allemandes récupérées sur les cadavres, elles vont parcourir la capitale française découpée en quartiers-bunkers, séparés les uns des autres par des murs fortifiés : les membres de la Gestapo peuvent ainsi profiter de la quiétude du Petit-Berlin à l'ouest, tandis que les Parisiens, suite à une insurrection, se retrouvent petit à petit concentrés dans des ghettos... vidés au moment où se déroule le jeu.

Par rapport au jeu The New Colossus de 2017, établi dans les années 1960, le courrier postal est moins mis en avant, des notes et des enregistrements laissés ici et là par des agents et soldats allemands apportent les pointes d'ironie ou de tragédie sur la vie quotidienne dans un régime totalitaire apparemment durablement installé.

Certes, une enveloppe timbrée en rouge fait partie de l'image de la partie Collections du menu, mais le joueur est plutôt invité à retrouver dans les décors des collectibles digne des années 1970-1980 : cassettes audio - avec parfois paroles de chansons allemandes, états-uniennes et françaises - et disquettes trois pouces et demi, ainsi que des lunettes 3D avec films plastiques bleu et rouge.

Boîte aux lettres dans les décors parisiens de Wolfenstein: Youngblood (copie d'écran).

Les décors parisiens montrent la difficulté des programmeurs à allier l'histoire ayant évolué différemment et le monde tel qu'il a été. Si on peut concevoir que Paris du 1980 uchronique est resté le Paris de 1940 (haussmannien, restaurants, croissants,...) complété des constructions sécuritaires nazies et de la conséquence de leur politique oppressive, la boîte aux lettres de rue fait vraiment tache.

Ce jaune fait que ces boîtes ressortent grandement d'un décor allant du pierre et rouge commercial des beaux quartiers aux pierre et gris des ghettos. Le modèle est reconnaissable : les boîtes que La Poste française emploie depuis les années 2000, avec le logo modifié. Si c'est l'oiseau postal, il a connu une évolution sacrément technologico-militariste : j'y vois un bombardier survolant une ville-cible dans le contexte du jeu.

Du côté des auteurs et de leur analyse d'un Paris sous occupation pendant quatre décennies, on retrouve une idée revenant dans plusieurs œuvres uchroniques : avec le Führer vieillissant ou mort, comment les différents organes du régime nazi se seraient-ils disputé le pouvoir ? Ici, face aux insurrections parisiennes, c'est la Gestapo qui a pris le contrôle de la ville avec son système de persécutions, de rafles et de tortures.

Le jeu est fait pour être joué en duo en ligne, mais peut se jouer seul en partenariat avec une intelligence artificielle pour le second personnage. Il a reçu des notes moyennes en comparaison des épisodes majeurs de 2014 et 2017, même si les testeurs constatent l'imagination de la mise en scène terrifiante d'un monde dominé par le nazisme.

Allant à toucher l'actualité de notre époque, le courrier d'un écrivain amateur évoque l'impossibilité pour un éditeur qu'un Trump puisse devenir le chef du Reich et que des catastrophes météorologiques à répétition en dehors du Reich semblent sous-entendre un nouveau problème dû aux activités humaines...

dimanche 5 avril 2020

Le cauchemar de Philip dans The Plot Against America

Apparemment, les auteurs de la mini-série uchronique The Plot Against America tiennent à la philatélie et à ce qu'elle identifie l'évolution de l'intrigue à travers le jeune Philip, le personnage du roman de Philip Roth qui inspire l'œuvre audio-visuelle.
Les Américains célèbres, série de 1940 (capture d'écran du troisième épisode de The Plot Against America).
Ainsi, les timbres sont au cœur de l'expression des angoisses du petit collectionner montrées en ouverture du troisième épisode cette semaine sur HBO aux États-Unis et OCS city en France.
Les « artistes » célèbres, série de 1940 détournée (capture d'écran du troisième épisode de The Plot Against America).
 Seul, mi-1941, dans une rue dépeuplée de son quartier, il feuillette son album de timbres des États-Unis. Il regarde la série des Américains célèbre de 1940...

... Et il tourne la page et tombe sur le portrait d'Adolf Hitler ayant remplacé tous les grands artistes américains.


... Et ça empire sur la page des grands pédagogues avec les oblitérations à la croix nazie qui, sur la dernière page filmée, débordent largement sur les pages de l'album.

Toute l'actualité des années 1930 et 1940, ressassées avec colère ou inquiétude par les adultes autour de lui, exprimait dans ce qu'il maîtrise le mieux à son âge.

dimanche 29 mars 2020

Des charnières dans The Plot Against America

Dans le deuxième épisode de la mini-série The Plot Against America, une uchronie sur l'isolationnisme états-unien en 1940, les deux enfants, Philip et Earl continuent leur parcours de collectionneurs de timbres pendant que les adultes se déchirent sur le danger que pourrait représenter l'élection présidentielle de Charles Lindbergh pour la démocratie en général, et les juifs en particulier.
Et voilà l'erreur ! Comment abîmer un timbre dans son album (capture d'écran du deuxième épisode de The Plot Against America, première diffusion actuellement sur HBO aux États-Unis et OCS city en France).
 Lors d'une séance chez Earl, le plus aisé et dégourdi d'entre eux (le fils de deux artistes de la musique), voici un cours sur comment coller une charnière sur un timbre, puis dans un album.

Très peu de salive sur le revers de la charnière. Qu'il faut laisser un peu sécher pour éviter de trop mouiller le timbre quand on l'applique dans l'album...

Suivi d'une démonstration à faire frémir les collectionneurs modernes (capture d'écran du deuxième épisode de The Plot Against America)
Une démonstration a lieu immédiatement...

Mais à quoi te sert d'utiliser une pince si c'est pour étaler le timbre au doigt !!!
Les Great Smocky Mountains, à cheval entre Caroline du Nord et Tennessee, sur le timbre de la série des Parcs nationaux qu'il manque à la collection de Philip (via Colnect.com).
Dans une autre scène, dans la chambre des frères Levin, Philip examine sa série incomplète des Parcs nationaux de 1934, oblitérés. Il explique à son frère dessinateur qu'il lui manque le dix cents.

L'obtiendra-t-il d'ici la fin ?

On remarquera que c'est le un cent Yosemite de la même série qui, détourné dans le sens de l'intrigue, sert sur la couverture d'une grande partie des éditions du roman de Philip Roth à l'origine de cette adaptation télévisée.
(amazon.co.uk - titre français : Le Complot contre l'Amérique)

dimanche 22 mars 2020

Un jeune philatéliste dans The Plot Against America

Hasard du calendrier de confinement, le premier épisode de la série télévisée The Plot Against America a été diffusé en France cette semaine sur la chaîne par abonnement OCS, que le fournisseur Orange a rendu gratuite à ses abonnés pour les aider à tenir bon.

Il s'agit d'une adaptation pour la chaîne à péage HBO du roman de Philip Roth, paru en 2004. Il y imagine la vie quotidienne d'une famille juive du New Jersey en 1940 alors que l'aviateur Charles Lindbergh se lance dans la campagne présidentielle sur un programme pacifiste, isolationniste, et progressivement... violemment antisémite. Le grand intérêt du roman est de mettre en avant le point de vue d'un enfant face à ses tourments d'adultes.
Le timbre Arbor Day de 1932, examiné à la loupe par les frères Levin dans le premier épisode de The Plot Against America.
Deux enfants, justement, sont au premier plan dans le premier épisode : Sandy, adolescent concentré sur le dessin, et son petit frère Philip qui lui se passionne pour les timbres-poste.

Ceux-ci apparaissent dans deux scènes de l'épisode. D'abord, sous la forme du Jour de l'arbre, un timbre des États-Unis de 1932 : Philip recherchant dans son album des modèles pour aider son frère dans ses dessins.

Ensuite, lors d'une visite de Philip chez son camarade de classes, fils d'un musicien et d'une chanteuse. Un musicien qui profite de ses tournées pour envoyer du courrier timbré à son fils. Un timbre sur un motif hawaiien permet d'évoquer les Missionnaires d'Hawaii dont le père a vu un des coûteux exemplaires chez un particulier de l'archipel.

La collection de timbres sera-t-elle une des parenthèses de calme pour Philip dans les prochains épisodes de cette série uchronique ?

samedi 9 mars 2019

Dernière saison, derniers billet et timbre pour "The Royals"

Il y a un an, la chaîne états-unienne E! diffusait la quatrième et dernière saison de la série The Royals, version déjantée de la monarchie britannique. Comme les précédentes, billets et timbres rappellent les changements de couronne.
Le nouveau billet de dix livres - en papier et non en polymère dans l'actuel Royaume-Uni - au cours du premier épisode de la quatrième saison de The Royals.
Et cette saison, grâce à l'intrigue, la correspondance postée et timbrée permet d'activer la résolution des intrigues de fin de la saison précédente dans l'épisode retour.
Même épisode, même saison, le nouveau roi avec couronne impériale sur timbre rouge... Visiblement, Arnold Machin n'a pas travaillé pour le Post Office dans cette version de l'histoire.
Même dans la monarchie des smartphones et des réseaux sociaux, il y a encore besoin de timbres : rouge avec un souverain bien trop couronné pour un timbre britannique du règne élisabéthain.

Et, au cours, du huitième épisode, l'amateur d'uchronie peut envisager comment cette Britannie a pu apparaître. J'imaginai qu'il s'agissait des descendants immédiats d'Edward VIII, voire l'Angleterre solo de l'après-Brexit...

Finalement, c'est Mathilde Ire qui régna à la place de la Reine Victoria, et inaugura la dynastie Henstridge de cette série.

La série a été diffusée en France dans la grille de la toute nouvelle chaîne thématique Elle Girl.

dimanche 17 juin 2018

Wolfenstein 2 : du courrier uchronique des vaincus et des vainqueurs

Week-end uchronie et cyberpunk avec le jeu vidéo de combat et de tir à la première personne Wolfenstein 2: The New Colossus du studio suédois MachineGames, publié par Bethesda en octobre 2017 pour ordinateurs et consoles actuelles - attention : jeu déconseillé aux moins de dix-huit ans (violence, vocabulaire brut et... la cruauté du nazisme dénoncé avec ironie).
L'affiche principale du jeu : l'objectif est limpide.
Malgré ses blessures à la fin du premier jeu, aidée d'une armure exosquelette, le héros Blazkowicz repart au combat, en 1961, contre une Allemagne nazie victorieuse de la Seconde Guerre mondiale en 1948 grâce à une avance technologique et ses souvenirs d'une Amérique profondément racistes. Avec son groupe de résistants, il traverse l'Atlantique pour provoquer une révolution aux États-Unis mêmes.

À l'aide de parodies télévisées (jeu ou série à la Lassie) et de scènes cocasses, la promotion du jeu avait secoué de nombreux joueurs et milieux d'extrême-droite aux États-Unis et en Europe en suggérant la collaboration des membres du Ku Klux Klan avec le conquérant nazi et l'alliance du héros, descendant de migrants polonais et juif par sa mère, avec ce qu'il reste du Black Power dans un New York apocalyptique (mais pas encore explorable avec la chair de poule comme dans Fallout).

Grâce aux nombreux objets à collecter par le joueur, les auteurs imagine comment communiquerait-on dans les États-Unis d'avant la capitulation et dans l'armée nazie du début des années 1960 ?

Les premiers e-mails existent pour des messages rapides... et triviaux... sur bandes magnétiques : où est passé ce sous-officier chargé de ramener des milk shakes ?

Les ordres impérieux du commandement parviennent sur des feuillets à bande rouge.
Enveloppe uchronique allemande dans le jeu Wolfenstein 2: The New Colossus (photographie d'écran).
Mais, le courrier postal maintient l'essentiel du lien entre les soldats et leurs familles. Par contre, comme ces courriers sont un élément de contexte uchronique et, rarement, un élément indispensable à l'action fusillante et explosive du jeu, c'est la même enveloppe standard que le joueur voit à chaque découverte de courrier.

Digne du courrier censuré : timbre-étiquette à lettre et numéro codé, oblitérations à symboles du régime (aigle et croix gammée).
L'enveloppe standard du courrier états-unien d'avant l'invasion-cauchemar de 1961 (photographie d'écran).
Côté états-unien, l'enveloppe est plus civile : timbre sans valeur faciale, mais rappelant les timbres de poste aérienne bleu, blanc et rouge. L'oblitération est sans nom de ville toujours puisqu'unique pour toutes les lettres trouvées et rédigées avant l'attaque nucléaire sur New York de 1948.

Si les messages militaires nazis sont une forme d'humour cynique, les lettres des civils allemands et états-uniens dérangent davantage le joueur, en rappelant l'humanité des expéditeurs et des destinataires : inquiétude face au fils parti « libérer » les Blancs d'Amérique, petit mafieux new-yorkais davantage préoccupé de ses trafics portuaires que de la défaite qui s'annonce, etc.

Même si le but du jeu est de proposer un défouloir au joueur, un défi de survivre à un puzzle fait de vagues ennemis de difficulté croissante et de bonus de points de vie, d'armures et de munitions en quantité limitée, son intrigue uchronique parvient à approfondir le présent comme d'autres romans classiques du genre : combien de minutes avant la fin de nos réels États de droit ?

mercredi 7 février 2018

Nostalgie du centenaire ou uchronie de la Grande Guerre

La collision de nouvelles provoquent la nostalgie d'un vingtième siècle où les conflits n'auraient pas (tous) eu lieu grâce au meilleur comportement de quelques politiciens, notamment la Grande Guerre dont la dernière année du centenaire ne clora pas les centenaires des événements ayant continué à pousser l'Europe et son voisinage vers de nouveaux conflits à court et long termes.

Certes, l'historien Ian Kershaw a bien montré, avec Choix fatidiques (Fateful choices) pour la période 1940-1941, que l'Histoire est une avancée constante et inexorable des actions humaines conduisant les hommes à commettre la seule et catastrophique action qui leur paraît possible au moment donné, ayant annihilé toute autre possibilité acceptable au fur et à mesure.

Mais, pendant l'automne 2017, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud assistés de Fred Blanchard, les auteurs de l'anthologie dessinée uchronique Jour J ont osé réécrire l'histoire de la pacification et de la démocratisation sans guerre du Moyen-Orient de 2001 à nos jours. « Avril 2006 : Bagdad, première destination touristique du Proche-Orient », sous-titre provocateur du trente-et-unième tome de leur série.

Dans la trilogie du Prince des ténèbres, le surnom du personnage-clé, l'agent du FBI John O'Neill parvient à convaincre le gouvernement états-unien du danger d'Oussama Ben Laden et de son groupe... et d'éviter l'attentat du 11-Septembre dans lequel il est mort au premier jour de son nouvel emploi de chef de la sécurité du World Trade Center, à New York.
Le timbre du centenaire de la mort de l'empereur François-Joseph (merci Irene et Postcrossing).
Dans cet état d'esprit, recevoir une carte postale d'Autriche affranchie du timbre que la République autrichienne a consacré à l'empereur François-Joseph en 2016 suscite de doux et naïfs rêves d'une histoire moins sanglante...

... avec la voix de Frédéric Mitterrand dans son documentaire de 1997, Les Aigles foudroyés, dans lequel il contait comment le conflit initial austro-serbe emporta trois familles impériales sur fond des premiers films de familles.

Le vieil empereur - et sa cour - aurait-il écouté davantage François-Ferdinand son héritier marié en-dessous de son rang, l'Empire austro-hongrois aurait-il pu se transformer suffisamment pour survivre aux nationalismes, voire éviter l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine ? Eûsse-t-il disparu plus tôt, François-Ferdinand ou son neveu Charles aurait-il pu réconcilier Autriche et Russie avant l'inévitable, voire négocier des paix séparées avec quelques-uns des belligérants ?

Vains questionnements intellectuels pour s'occuper l'esprit ou redécouvrir la complexité des belligérants à l'été 1914.

Car c'est un autre historien qui anime la réflexion - et dissipe les nuages du rêve : les douze leçons sur les crises d'Orient de 1914 et leurs conséquences d'Henry Laurens au Collège de France viennent d'être diffusées sur France Culture du vingt-deux janvier au six février.

Rien que la première inquiète sur la situation de 1914 avant même les coups de feu de Sarajevo : la mémoire nationale française fixée sur le front allemand est secouée par le rappel que les futurs fronts étaient partout à vif et prêts à engloutir empires, soldats et civils, également au sud-est du continent. Royaume-Uni tentant de rallier l'Empire ottoman, pourtant hostile à l'Empire russe, affaibli par les indépendances balkaniques et dont la nouvelle génération de gouvernants rêve de grandeur turque...

Je frémis de ce que les onze émissions suivantes vont me révéler sur les multiples grands et petits faits entre Europe et Asie qui ont conduit aux bains de sang, génocides, tensions, frontières disputées, attentats,... depuis.

jeudi 2 mars 2017

Philatélie uchronique avec SS-GB sur BBC One

Début des années 1940 obligent, SS-GB, le feuilleton uchronique en cinq parties de la BBC, montre des enveloppes pendant les fouilles menées par le héros et dans son service de police.
Un timbre d'occupation, très mal perforé, à peine collé sur une enveloppe au cours du premier épisode du feuilleton (BBC One, dimanche dix-neuf février 2017).
Il s'agit de l'adaptation du roman d'espionnage de Len Deighton, publié en 1978 : et si l'invasion de l'Angleterre par les forces armées de l'Allemagne nazie en 1941 avait eu lieu et réussi, l'un des meilleurs détectives de la police londonienne, Douglas Archer, essaierait de poursuivre son travail et sa vie de famille, en Britannique espérant reprendre le cours des choses à l'avenir, tout en étant chapeauté par la SS qui, depuis Scotland Yard, a commencé le recensement des juifs.

Seulement, une enquête sur une mort par balles le force à travailler pour un officier du renseignement militaire dépêché en urgence de Berlin et à découvrir que la résistance s'intéresse également à l'affaire. Quelle est l'importance du défunt ? Archer pourra-t-il maintenir un semblant de normalité dans la police civile face aux enjeux de l'occupation ?

Après deux épisodes diffusés, le dimanche soir, le seul timbre clairement visible est très germanique avec un "2 OM" vert au-dessus d'une effigie d'Hitler. Il est collé avec soin par un policier en uniforme parmi les préparations pour la réception de dignitaires soviétiques invités à célébrer la victoire allemande à Londres. Comment l'opération Barbarossa sera-t-elle modifiée dans cette histoire alternative ?

"2 OM" comme "two occupation marks"? En tout cas, une émission préparée à la va-vite vue la dentelure. Après tout, le Roi George VI est emprisonné dans la Tour de Londres ; son épouse et ses filles ont fui vers l'Océanie... L'Armée et la SS se disputant les biens de la Couronne... à commencer par les chevaux dans une scène dévoilant la concurrence des deux clans.
La couverture du roman de Deighton (amazon.co.uk).
Ce n'est pas le premier timbre inspiré par le roman : sa couverture originale montre un timbre aux mentions britanniques avec une autre des effigies philatéliques du Führer, sous une oblitération du quatorze novembre 1941.

dimanche 8 mai 2016

Uchronie ? Non histoire contrefactuelle !

Passionné d'uchronie et de quelles Histoires auraient pu avoir lieu SI notre Histoire n'avait pas suivi le cours que nous lui connaissons, mon regard tomba récemment sur la couverture d'une édition récente du livre de l'historien britannique Niall Ferguson.
Copie d'écran de la couverture du livre électronique dans son édition de 2011 (amazon.co.uk).
Le sujet a été évoqué pendant une semaine sur la chaîne publique française France Culture, début février dernier : des historiens anglo-saxons, et désormais quelques-uns français, pratiquent l'histoire contre-factuelle.

L'idée est à partir du déroulement réel, d'essayer pour l'historien de montrer dans quelle mesure et pour quels facteurs les autres chemins possibles n'ont pas existé - voire chez Ian Kershaw, en 2007, à démontrer comment les gouvernements de l'Axe se sont retrouvés face à des « choix fatidiques » (version poche française) quand ils ont déclaré la guerre à telle ou telle puissance, apparemment contre toute prudence.

Dès 1997, Niall Ferguson s'essayait à une « Virtual History » à travers une poignée d'études de cas professionnellement analysées à travers les alternatives, et suite à une introduction méthodologique sur l'intérêt intellectuel de cette approche.

Pour l'éditeur Penguin, il faut vendre... Comme souvent avec les choix d'intrigue des auteurs d'uchronie et pour les couvertures d'historiens contre-factuels, le portrait d'Hitler attire le regard. De temps en temps, un graphiste se voit demander de modifier un timbre plus facilement dans le domaine public (entre les soixante-dix ans de la disparition de l'artiste ou le Crown Copyright britannique).

Après un roman de 1978 montré ici, voilà le un penny rouge du Congrès postal universel de Londres, émis sous George V en 1929, repris pour un imaginaire nouveau congrès londonien en 1949 sous l'égide du Führer.

jeudi 18 février 2016

Des boîtes aux lettres après la guerre nucléaire

Quand un joueur se plonge dans un jeu vidéo de rôle en monde ouvert, il peut rejouer de nombreuses fois au même jeu en changeant les caractéristiques physiques et de caractères de son avatar.

Le monde ouvert suppose d'explorer un vaste espace inconnu pour résoudre l'intrigue principale, mais également explorer les localités et contrées d'une zone où le joueur ramassera de nombreux objets plus ou moins utiles en apparence.
La première boîte aux lettres que le joueur rencontre dans Fallout 3 frappé du sceau du Post Office Department (un anonyme post sur la plate-forme Tumbr retrouvée grâce à Google Images).
Dans Fallout 3 et Fallout New Vegas, deux jeux de Bethesda Softworks, une limite de poids est imposée au joueur selon la caractéristique Force de son personnage : il ne peut porter qu'un certain nombre de kilogrammes d'armures, armes et objets divers et plus que variées sur lui. À la rigueur, la consommation d'alcool permet d'obtenir temporairement un point de force tout en perdant un point d'intelligence.

Où stocker son surplus de fourbi le temps d'en trouver une utilité (réparation ou création d'objets) dès qu'on en aura la capacité, le reste du matériel et la possibilité, dans l'univers de Fallout, dont l'intrigue s'inscrit dans une uchronie et un futur post-apocalyptique ?

Dans une boîte de collecte des lettres !

Ainsi, comme signalé par un joueur à travers un texte sur une capture du jeu, la toute première devant laquelle le joueur passe devant dans les premières minutes du jeu peut tout contenir sans jamais être vidée par le jeu, contrairement aux nombreux autres contenants de cet univers.

Ce qui peut étonner est qu'en 2077, date de la guerre nucléaire qui marque l'intrigue des cinq épisodes du jeu sur ordinateur et consoles, les boîtes bleues portent le sceau de l'United States Post Office Department, l'administration postale des États-Unis de 1792 à 1971...

Un siècle de survie : vive l'uchronie !

L'uchronie semble démarrée après la Seconde Guerre mondiale quand, dans l'univers de Fallout, la technologie nucléaire a été miniaturisée et dispersée dans tous les domaines industriels, mais sans empêcher une lutte pour les dernières ressources pétrolières entre les puissances mondiales, notamment les États-Unis, lieu des jeux, et la République populaire de Chine, son principal ennemi dans cette lutte à travers l'invasion de l'Alaska, à combattre lors d'une mission de Fallout 3.

Un second aspect de l'uchronie est que les années 1950 sont restées à la mode jusqu'en 2077 à travers les comics dont un exemplaire se retrouve dans une des premières boîtes aux lettres devant un reste de maison, la musique des radios survivalistes, la carrosserie des automobiles et des trains, jusqu'aux insultes anti-communistes des robots de combat programmés deux cents ans plus tôt.

Pour les curieux, avec la mode actuelle, nul besoin d'acheter un PC haut de gamme, une Xbox ou une PS3, les joueurs postent sur youTube leur progression dans le jeu en la commentant (par exemple) et un site wiki accumule les détails sur les jeux (le Wikia de Fallout en anglais et en français).

Le début de l'intrigue principale du n°3 : jeune habitant d'un abri anti-atomique, vous devez fuir ce lieu reclus pour retrouver votre père, scientifique, qui a peut-être découvert un moyen de ramener la vie dans la région de l'ancienne capitale Washington... peuplée des descendants des survivants de la guerre nucléaire : humains divisés, mutants racistes et goules se partagent désormais les ressources disponibles et la viande radioactive de charmantes bestioles.

lundi 1 février 2016

Semaine uchronique sur Radio France

Appréciant l'uchronie comme vous l'avez remarqué, je vous invite à explorer cette recherche de l'histoire comme elle aurait pu être à partir des émissions de Radio France du dimanche trente-et-un janvier au jeudi quatre février 2016.

Hier dimanche, Stéphanie Duncan recevait Éric B. Henriet et l'auteur de bandes dessinées Jean-Pierre Pécau dans Autant en emporte l'histoire sur France Inter. Ce dernier a proposé le scénario du Bel été de Monsieur Katz, sa première fiction radiophonique jouée en cours d'émission sur le monde de 1941 si un événement inconnu avait perturbé notre Histoire, inconnu car pourquoi aurait-il été remarqué faute de conséquence ?


L'uchronie a parfois mauvaise presse : est-ce utile de vouloir savoir l'histoire qui n'existera jamais ? Bien réalisée, elle permet de mieux comprendre les acteurs et les faits réels, à saisir l'histoire.

C'est ainsi que la semaine de La Fabrique de l'histoire de France Culture a démarré ce lundi, en deuxième partie, avec les historiens Pierre Singaravélou et Quentin Deluermoz pour leur livre Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus du passé, paru au Seuil. Leur questionnement est : en quoi la réflexion sur les chemins non empruntés permet une meilleure connaissance de notre passé bien advenu.

Un exemple de lecture personnelle et fort sérieuse : en 2007, Ian Kershaw a écrit Choix fatidiques. Dix décisions qui ont changé le monde 1940-1941. Au cours de longs chapitres, il reprend les principaux événements qui ont conduit au développement progressif de la Seconde Guerre mondiale depuis l'invasion japonaise de la Chine jusqu'à la décision de la « Solution finale ». Après avoir exploré les autres scénarios possibles, il reprend les événements et motivations des acteurs dans les différents régimes politiques pour expliquer pourquoi ils sont contraints par leurs décisions passées ou leur impulsivité, leur concurrence pour le pouvoir, et, souvent, par l'impossibilité d'accepter une solution moins belliqueuse entraînant un recul de la puissance de leur pays.


Demain mardi, la deuxième émission est un documentaire d'Anaïs Kien sur une expérience universitaire : un appel à créer des textes sur l'idée « le jour où le mur de Berlin n'est pas tombé et tous ceux qui suivirent », finalement publiés en 2014. Comment chaque auteur a imaginé l'évolution du monde sans cet événement et ses conséquences brutales.

Je complète avec l'académicien Jean Dutourd qui imagine, en 1996, comment la France et l'Europe aurait pu se réformer en évitant la violence révolutionnaire, dans Le Feld-Maréchal von Bonaparte. Comment l'uchronie permet un propos politique : si les changements nécessaires avaient moins brusques, le monde ne s'en serait-il pas mieux porté ?


Mercredi, plongée dans l'historicité d'un roman uchronique essentiel : Le Maître du Haut-Château de Philip K. Dick, relu par deux historiens, Nicolas Patin et Mickaël Lucken.

Écrit en 1962, il décrit autant les États-Unis tels qu'ils auraient été occupés et influencés par l'Allemagne nazie et l'Empire japonais, que les États-Unis des années 60, une décennie après le maccarthysme et en pleine lutte pour les droits civiques. Éléments rappelés par des internautes sur de nombreux blogs et forums de discussion pour critiquer la relation entre l'adaptation télévisée d'Amazon avec le roman.


Jeudi, enfin, la contrefactualité sera évoquée à partir d'un traité international de 1967, le traité de l'espace, qui définit notamment la non-propriété de la Lune par les nations du monde... alors même qu'aucun Humain ne l'a encore atteinte et que l'espèce humaine est loin d'explorer réellement l'espace. À qui appartient la Lune ? Ou comment les États gèrent-ils des possibilités ?

Au terme de cette semaine, à défaut de savoir combien de timbres de la Royal Mail il faudra à un enfant passionné pour envoyer une carte de Noël sur Mars, nous saurons peut-être si Mars connaîtra de suite un monopole postal ou aura un marché ouvert à la concurrence ?

mercredi 25 novembre 2015

La première saison de The Man in the High Castle continue sur Amazon

Nous le savons depuis quelques semaines : même Amazon peut être postier... Désormais, même Amazon peut devenir producteur de séries télévisées avec la diffusion de la première saison d'une série-feuilleton inspirée du roman uchronique de Philip K. Dick, Le Maître du Haut-Château dans sa traduction française.


Le roman, dont la couverture de la nouvelle traduction française a fait l'objet d'un article ici en 2012, est un chef d'œuvre de l'histoire alternative - l'expression anglophone pour l'uchronie - et de la mise en abyme.

Dans les années 1960, le lecteur suit à San Francisco, occupée par l'Empire du Japon un dignitaire japonais, des Américains et des agents nazis en concurrence dans une énigme entre crainte de l'avenir d'un vainqueur, crise identitaire des occupés, et jeu de trônes entre fanatiques.

Au cours du récit, l'héroïne, ancienne conjointe d'un des Californiens, se lance dans la quête d'un auteur séditieux qui raconte l'histoire si elle avait été remportée par les Alliés, dans une version différente de notre propre Histoire.

La conclusion du récit plonge l'amateur d'histoire du vingtième siècle dans un abîme de perplexité que la lecture de Choix fatidiques de Ian Kershaw confirme : comment les puissances et les mentalités du début du siècle étaient lancées sur de tels cheminements dans l'esprit de tels acteurs que parvenu entre 1940 et 1941, tout semble irréversible même dans l'uchronie.


La série développe cet univers pour permettre plusieurs saisons en cas de succès, transformant, non sans mystère, le roman sédicieux en films uchroniques : comment le Maître du Haut-Château a-t-il pu tourner ces films montrant la victoire des Alliés, le défilé triomphal dans New York,... alors que la guerre a pris fin avec l'explosion d'une bombe atomique allemande à Washington.

Et voilà, 1962, des héros proches de ceux du roman, auxquels s'ajoutent des dignitaires nazis à New Berlin, qui errent dans un San Francisco mal nipponisés (mais je ne retrouve plus le blog évoquant cette limite de la série) et une zone neutre devenu à la fois un refuge et un Far West ; où résistants désespérés et agents doubles jouent une Guerre froide qui n'ose dire son nom.


Côté numismatique, l'épisode pilote, l'an dernier, donnait déjà dans le mark allemand au détour d'une rélique. Un billet à l'effigie d'Hitler apparaît au cours du deuxième épisode dans un échange entre une serveuse et un client de café... Mais les yens américains et le service postal ne semblent pas encore inspirés les créatifs de la série.
Une des rames dans un angle collector avec affiche publicitaire, mais dans l'axe de la rame, l'impression totalitaire est plus gênante (Spencer Platt, repris par The Guardian).
Par contre, les commerciaux d'Amazon sont allés un peu trop loin en imposant la recréation uchronique dans notre réalité, en l'occurence la décoration des sièges d'une courte ligne du métro de New York aux couleurs des drapeaux uchroniques. Bien que la croix gammée a été remplacée par une croix de fer, l'effet fut radical et a atteint le maire de New York : la publicité a duré un jour, mais, au moins, tout le monde sait qu'Amazon fait dans l'uchronie.

mardi 6 octobre 2015

Germania surchargée en Amérique

Au gré des recherches sur le web, des perles inattendues apparaissent parfois dans les filets du curieux. Ainsi de cette création du webmestre d'un blog consacré à Wilhelm II, empereur allemand de 1888 à 1918.
Germania surchargée pour servir en Amérique occupée, création de Patrick Simon pour un article uchronique de son blog historique (avec l'autorisation de l'auteur).
La création s'inspire d'un ouvrage considérée comme une uchronie aujourd'hui, mais qui était un roman d'anticipation visant à réveiller l'opinion publique isolationniste états-unienne en 1915.

Dans America Fallen! The Sequel of the European War, le Britannique naturalisé États-Unien John Bernard Walker (1858-1928 et dont la vie britannique justifie la lecture de l'article source) imagine la victoire rapide de la Triple Entente et alliés grâce à l'entrée en guerre des Pays-Bas, ce qui crée un nouveau front particulièrement mortel pour l'Allemagne puisqu'il ouvre la route vers la Ruhr.

Suite aux traités de paix - dont les partages territoriaux de Walker rappelle ceux de la réalité... signe que les puissances européennes ne cachaient pas leur haine et leurs revendications, l'empereur Wilhelm II soumet un plan à son gouvernement pour trouver les fonds pour régler les réparations de guerre : faire chanter les États-Unis d'Amérique, pays neutre qui a fourni l'Entente en matériel.

Par rumeur et dénégation, il provoque l'achat de l'île de Saint-Thomas au Danemark - une des Indes occidentales danoises achetées par les États-Unis en 1917 - provoquant des réactions immédiates du président Wilson... mais vaine car ses tractations cachaient l'envoi en Amérique du Nord de la flotte impériale, de paquebots allemands, tous chargés de soldats allemands.

Et là, fort logiquement, de la Floride à New York, l'armée allemande aurait eu bien besoin de timbres-poste en cents. Il faudra lire le roman pour savoir comment son auteur envisage l'absence de réaction européenne : traumatisme du nombre de tués, confiance de la France ayant annexé la Rhénanie prussienne et récupérant les réparations plus vite qu'espéré, voire perfides Britannia et Marianne contentes de l'effondrement d'une puissance émergente ?

Le livre a connu une rapide traduction française à fin de propagande antiteutonne sous le titre La Vengeance du Kaiser. New York bombardée, republiée en 2009 par les Éditions des régionalismes.

lundi 21 septembre 2015

De la poste aérienne dans une France fasciste

Un saut dans l'uchronie - ou histoire alternative pour les Anglo-Saxons, avec les prolifiques auteurs français de bandes dessinées Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et l'assistance de Fred Blanchard.
Et si... la Troisième République avait été renversée le six février 1934 ? Le gouvernement narguerait l'Angleterre avec une monumentale Jeanne d'Arc par Arno Brecker face à Portsmouth (couverture du tome 14, dessinée par Manchu et Fred Blanchard).
Avec la série Jour J chez l'éditeur Delcourt, ils mènent tambour battant une anthologie de récits en modifiant l'Histoire telle que nous la connaissons, enrichi presque chaque trimestre dans lequel le lecteur peut piocher selon ses goûts historiques et son imagination.

Ce mois-ci, avec le vingt-et-unième tome, les auteurs closent une trilogie entamée en 2013 sur la France où les manifestations du six février 1934 ont entraîné la chute de République et l'arrivée au pouvoir d'une coalition des chefs des différentes ligues et mouvements antiparlementaristes... changeant profondément la géopolitique de l'Europe, mais pas ses principes.

Le changement est tel qu'en 1942, au début du tome Oméga, la France fasciste est alliée avec la plupart des États d'Europe centrale et orientale face au danger stalinien, mais aussi en froid avec le Royaume-Uni et des États-Unis prudemment isolationnistes.

Retour à l'histoire postale : ces trois tomes sont sûrement de ceux qui permettent aux auteurs de multiplier l'emploi d'un grand nombre de personnages historiques connus du lecteur, parfois à contre-emploi (de Gaulle en nouveau Rommel), à la logique poussée à l'extrême par l'accident historique (Jean-Paul Sartre en tribun communiste) ou perdus par une évolution trop précoce (Simone de Beauvoir en méchante opportuniste).
La quatrième planche du tome 14 clôt le prologue saint-exupérien pour plonger dans les prémisses de la Seconde Guerre mondiale, façon Jour J (photographie de l'album paru chez Delcourt).
Et, parmi le panthéon des années trente et quarante, les pionniers de l'Aéropostale permettent l'introduction du héros fictif, aviateur aux principes d'amitié fortement ancrés. Tous sont tirés de leurs aventures sahariennes et andines dès 1936 par la violente remise en place de l'Allemagne lorsque la France fasciste repousse la remilitarisation de la Rhénanie, entraînant la chute du régime hitlérien.

Après un prologue de sauvetage dans le désert marocain, le passage de 1927 à 1942 s'effectue par la comparaison de deux avions et deux enveloppes transportées par l'Aéropostale, dont l'oblitération diffère : la lettre grecque oméga étant devenu le symbole total du nouveau régime.

Pas sûre que la première enveloppe ressemble à celles de la réalité, mais le dessinateur pourra toujours motiver son choix par l'emplacement du point de divergence.

Toute ressemblance avec un futur ressemblant serait purement accidentelle.

dimanche 8 février 2015

Une trilogie de numismatie uchronique

Jeudi dernier, le cinq février 2015, la sortie en librairie d'une traduction française poursuit la mode - ancienne pour les initiés - de l'uchronie, ce genre littéraire et parfois audio-visuel du « Et si... » réimaginant la continuité historique en le mariant avec un des nombreux autres genres : policier, fantastique, etc.

Quel roman est donc paru jeudi ? Le Cercle de Farthing de Jo Walton chez Denoël, après la traduction de Morwenna l'année dernière. L'auteure galloise, installée au Canada, a écrit une trilogie uchronique publiée de 2006 à 2008... Juste huit ans et quelques mois de retard, vive la version originale !
Un farthing de 1951 avec son troglodyte (Scan de Retroplum pour Wikimedia, licence CC-by-sa-3.0).

Cette trilogie est surnommée Small Change, petite monnaie, de celle que l'on vous rend dans les commerces en petites pièces jaunes et cuivrées. De Farthing en 2006 à Half a Crown en 2008 en passant par Ha'Penny, les trois romans portent le nom d'une pièce de monnaie britannique d'avant la décimalisation correspondant à une expression locale que le lecteur découvre au cours de l'intrigue.

Le quart de penny, ou farthing, sert de titre au premier roman au cours duquel l'uchronie est explicitée : en 1941, dans un Royaume-Uni esseulé face à l'Allemagne nazie, abandonné par les États-Unis de Lindbergh, des partisans de la paix parviennent à leur fin et leur coterie prend le nom de cette petite pièce de monnaie au petit oiseau, alors en bronze, qui est également le nom du manoir de l'un d'entre eux.

Au fil des trois romans, un chapitre sur deux est raconté du point de vue de l'inspecteur Carmichael de Scotlan Yard, et l'autre d'un personnage féminin placé au cœur de l'intrigue, sans toujours en avoir conscience, depuis la fille d'un des chefs farthistes qui a osé épousé un juif jusqu'à l'actrice d'un théâtre où les places les moins confortables sont à un demi-penny.

L'inspecteur est confronté à la fois à l'enquête, mais aussi à la situation politique de 1949 aux années 1960 de son pays qui dévale progressivement la pente de l'antisémitisme, du fasciste, puis du totalitarisme... et où sa place est toujours précaire quoiqu'immensément essentielle au regard des événements du premier tome.

Quant au farthing, quart de pence, il fut inventé au treizième siècle en Angleterre et dura jusqu'en 1960 et l'inflation qui le rendit inutile. Gibbons Stamp Monthly de décembre 2007 et Stamp Magazine de janvier 2008 ont évoqué les timbres britanniques, coloniaux et commonwealthiens libellés dans cette unité fractionnaire et ses dérivés.

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Pour ceux qui s'intéressent à cette veine britannique du Et si le Royaume-Uni avait..., et qui sont des passionnés des modes littéraires des années trente et quarante, The Windsor Faction de D.J. Taylor (Vintage Books, 2014) est exigeant, mais prenant.

Et si, suite à la mort accidentelle de Wallis début décembre 1936, Edward VIII avait régné aussi professionnellement que possible... Comment les partisans de la paix auraient-ils tenté de l'utiliser pendant la Drôle de guerre ?

Les chapitres alternent plusieurs styles et points de vue selon le personnage, beaucoup ayant existé - comme pour ceux ayant inspiré Jo Walton - et tous mêlés au milieu littéraire londonien qui essaient de survivre aux pénuries et à l'effort de guerre entre septembre 1939 et mai 1940.

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Enfin, si vous voulez entendre un cafetier des Rocheuses demander deux marks pour un café dans les années 1960, il faut aller voir l'épisode pilote qu'Amazon.com, l'épicier universel par correspondance, a produit à partir du roman de Philip K. Dick, The Man in the High Castle, de 1963.

En ce début d'année 2015, afin de se lancer dans la télévision à la demande, Amazon a produit cinq pilotes de séries : à ses clients et abonnés de choisir celui qui deviendra série.
Afin de marquer le générique et de représenter le parcours des deux personnages principaux, une carte des États-Unis pendant Le Maître du Haut-Château a été reconstitué : yen dans les États du Pacifique, mark et euthanasie des handicapés à l'est des Rocheuses... Une série terrifiante.
Les critiques, dont allocine.fr, penchent en faveur de l'uchronie. Réinterprétation réaliste d'États-Unis divisés en trois par la défaite, doublée de fantastique par le fait que le roman qui fait douter les personnages du roman est devenu films d'actualité racontant la victoire alliée.

Et, tel Fatherland de Robert Harris, le tout est terrifiant : quand le totalitarisme devient la normalité quotidienne...

Le projet est d'une mini-série de cinq épisodes.

mercredi 30 avril 2014

Mao président des États-Unis, il y a un an

Il y a un an, avec l'édition du 30 avril 2013 en vente dès le 29 midi dans les grandes villes, le supplément économique et entreprises du journal français Le Monde devenait quotidien - et dispose d'une partie dédiée sur le site -, comme Le Figaro sans la couleur saumon.

Scan extrait d'une pleine page de publicité parue dans l'édition datée du 30 avril 2013.
Pour le faire savoir, l'agence Publicis Conseil a créé un billet nostradamusien ou uchronique selon comment le lecteur considère l'évolution du système économique mondial, de plus en plus soumis à de grands coups de barres des places financières : le camarade Máo Zédōng (prononciation) sur un billet de un dollar en lieu et place du premier président des États-Unis, George Washington.

(domaine public : création du Gouvernement des États-Unis)
La publicité aime à heurter ce que nous savons et vivons avec ce que nous ne savons pas ou refusons de voir des situations de notre monde actuel : une hyperpuissance capitaliste dépendant financièrement d'une puissance émergente dictatoriale, mais non seulement la première peut toujours dissoudre sa dette d'un claquement de doigt, et la seconde dépend petit à petit du comportement de ses classes sociales émergentes au risque du conflit social envers les rouages de l'État-parti aux revendications syndicales en passant au risque de surchauffe de la croissance et des prix quand un milliard de Chinois consommeront ce qu'ils exportaient précédemment...

Mais entre prédiction ou histoire alternative, il faudra patienter tout en agissant et donc changer l'avenir.

C'est toujours plus optimiste qu'un billet de cent dollars à l'effigie du Führer... et que le devenir d'autres rubriques et suppléments du même journal qui ont disparu depuis un an : chroniqueur environnement écarté (?), supplément géopolitique baladé du dimanche qui me convenait au jeudi avant d'être enterré.

vendredi 24 février 2012

Numismatique uchronique pour The Man in the High Castle

Après un article sur les timbres-poste des couvertures de romans uchroniques, voici un billet de banque.

La nouvelle traduction française de The Man in the High Castle de Philip K. Dick (1962) est publiée, ce mois de février 2012, par l'éditeur J'ai lu et la traductrice Michelle Charrier. D'après quelques critiques, la traduction suit mieux le style originel de l'auteur états-unien

Adolf Hitler est représenté, regard vers l'avenir, sur un billet de cent dollars des États pacifiques d'Amérique. Les forces de l'Axe ont vaincu l'URSS et les États-Unis et se sont partagés le pays. Les EPA étant le satellite de l'Empire japonais. Les États des Rocheuses, un État à la merci des deux puissances. À l'Est, seulement évoqué par des rumeurs, les nazis y imposent leur régime et l'extermination des juifs.

Le lecteur suit plusieurs personnages des deux premiers États. À San Francisco, un agent allemand, se présentant comme un commerçant suédois, est reçu par un collègue japonais qui lui présente un antiquaire qui essaye de survivre en vendant des souvenirs de la grandeur des États-Unis. Dans les Rocheuses, une femme croise la route d'un vétéran devenu camionneur. Tous ont en commun l'utilisation du Yi Jing pour déterminer leurs actions à venir et la lecture d'un captivant roman qui raconte comment les Alliés ont gagné la guerre, écrit par l'homme qui vit dans le haut château...

Dans les conséquences imaginées de la Seconde Guerre mondiale, advenue et imaginée, l'idée que le vainqueur impose son système scientifique : Dick développe la fusée comme le moyen de transport intercontinental, et non, l'avion.

dimanche 3 mai 2009

Timbres-poste uchroniques

L'uchronie est un genre littéraire rattaché à la science-fiction qui récrit l'histoire. L'action se déroule dans un cours des événements modifiés par rapport à l'histoire que nous connaissons. Le fameux « Et si... » Le terme français serait forgé par Charles Renouvier au XIXe siècle dans son livre Uchronie, l'utopie dans l'histoire (hélas, pas encore disponible sur le web).

Entre autres thèmes, le monde tel qu'il aurait pu être si la Seconde Guerre mondiale avait tourné différemment. Et pas seulement la victoire de l'Allemagne hitlérienne, sujet d'apparence facile et sordide : le Reich millénaire, les plans de Speer, il y a de la documentation. Mais, la division interne de chacun des camps est largement montrée et utilisée par les auteurs, comme dans The Man in the High Castle de Philip K. Dick, dans lequel l'Allemagne et le Japon divergent sur la façon d'occuper l'Amérique du Nord, de voir le monde... dans une alliance fraternelle de façade.

Sur le marché de la science-fiction qui produit beaucoup depuis longtemps (comprendre : avant que les éditeurs « adultes » et « sérieux » n'en ont vu l'intérêt culturel et financier), la couverture est une arme pour attirer le lecteur au milieu des piles de nouveautés et des tranches anonymes juxtaposées sur des murs entiers.

Choquer pour attirer l'œil. Le timbre-poste peut aider.
(amazon.co.uk - titre français : Le Complot contre l'Amérique)

En 2004, le 1 cent vert de la série des Parcs nationaux de 1934 est utilisé oblitéré d'une croix gammée sur la couverture du roman de Philip Roth, The Plot Against America. Le roman utilise l'anecdote qu'un sénateur républicain aurait proposé à l'aviateur Charles Lindbergh d'entrer dans la course à la présidence en 1940, pendant la période isolationniste des États-Unis.

Le timbre utilisé mérite une collection spécialisée à lui seul : valeur de complément, tirage en bloc pour l'exposition philatélique Trans-Mississippi de 1934, et quels autres secrets encore ? Et, avec cette couverture, dans une utilisation imaginaire avec fancy cancel.


(Amazon.co.uk)

En 1978, le premier éditeur de SS-GB de Len Deighton n'y va pas par quatre chemins pour faire entrer le lecteur dans cette uchronie : Hitler sur un timbre d'allure britannique (« POSTAGE REVENUE », valeur en pence, oblitération de Londres).

Le Royaume-Uni a perdu la bataille d'Angleterre de 1940. Fin 1941, un inspecteur dévoué de Scotland Yard, mais évidemment en doute face au nouveau pouvoir, va lever des secrets à partir d'une banale enquête criminelle. Intrigue qui peut rappeler celle du Fatherland de Robert Harris de 1992 et dont la première couverture est également choc, quoique moins philatélique.

Ajout du mercredi quinze février 2017 :
La chaîne BBC One va diffuser une adaptation de SS-GB en une mini-série de cinq épisodes à partir du dimanche dix-neuf février. Bande-annonce par ici.
L'idée d'invasion et d'occupation est bien montrée par cette image de Buckingham Palace au début de la bande-annonce de SS-GB publiée le six février 2017 (BBC One via youTube).
Note : nouveau libellé de rangement avec cet article. « Cendrillon » pour l'anglais Cinderella ou collection des timbres fictifs et autres étiquettes d'apparence philatélique et postale.