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lundi 24 mars 2025

Marcophilie aéroportuaire en Corée du Sud

 Lors de mon voyage en Corée du Sud, en juillet 2024, j'ai eu trois corrections de vols parmi les six à réaliser*. Au retour, Air France dut modifier l'aéronef utilisé pour le retour de l'aéroport Paris-Charles de Gaulle vers le Languedoc - une simple réimpression de ticket papier et mise à jour sur l'application de mon téléphone, une fois l'agent au comptoir consulté après que j'ai reçu en quelques trente secondes un mail, un sms et une alerte application !!!

Trace du tampon manuel validant une correction sur un ticket d'embarquement aérien à l'aéroport international Incheon de Séoul, en Corée du Sud.

En Corée, par contre, une mauvaise habitude française semble avoir posé souci : ne pas utiliser l'ensemble de ses prénoms s'ils ne sont pas d'usage ou leur longueur infinie.

Sur papier léger, la carte d'embarquement du vol Séoul-Gimpo vers l'île de Jeju, avec tampon validant une correction manuscrite.

Ainsi, arrivé le quinze juillet 2024 ("24-07-15"), avec la navette ferroviaire à l'ancien grand aéroport de Séoul, Gimpo, l'impression de la carte d'embarquement conduit l'employée à observer attentivement passeport et ticket en alphabet latin, de bien s'assurer auprès de moi de mon identité complète à deux prénoms.

Elle termine l'inscription des trois lettres manquantes, me demande de patienter et va vers le pupitre où se trouve deux autres employés de Korean Air en poste de gestion des files et de conseils des voyageurs. Un d'entre eux écoute, sort un tampon qu'il applique sur le ticket ci-dessus.

Gros plan sur le tampon de correction de l'aéroport de Gimpo, avec un pouce positif levé en l'air = ticket valable.

Il l'a posé sur la partie corrigée. Un système de lecture-relecture que j'aurai pensé non nécessaire avec la lecture optique des codes-barres et QR-code. Il est vrai qu'en Asie de l'Est, les identités sont assez courtes en nombre de caractères ou de sons prononcés. Trois groupes syllabiques hangeul en coréen par exemple.

Est-ce aussi que la politique générale sur le déplacement des étrangers est plus rigoureuse qu'en Union européenne ? Et que la compagnie aérienne et l'aéroport tenus responsables d'avoir laissé circuler un étranger sous fausse identité empêchant de le retrouver au terme de son visa de tourisme.

Étrangement pas de souci avec le vol intérieur Jeju-Busan quelques jours après...

Tampon de correction à l'aéroport d'Incheon sur ticket d'un voyage à correspondance Air France... compagnie qui connaît les habitudes patronymiques françaises ?

Mais bis repetita au retour au comptoir anglophone-coréonophone Air France de l'aéroport international de Séoul-Incheon pour déposer ma valise : l'agente appelle une des collègues qui gèrent les files et coupe-files, qui écoute et applique le tampon.

Il semble tout de même que les Coréens travaillant dans les aéroports internationaux ont l'habitude puisque la policière aux frontières qui vérifiait passeport et carte d'embarquement avant le passage de la sécurité des bagages et personnes, elle me demanda une seule question : "What's your name?

À laquelle j'ai spontanément répondu à la française : Prénom d'usage - Nom, ce qui a suffi.


Dernier piège : le voyageur peut ramener du kimchi coréen s'il l'achète en zone duty free (au prix de l'or donc). Tout autre forme de ces légumes fermentés sera confisqué à la vérification sécuritaire des bagages, même si c'est un emballage sous vide de supermarché.

Risque de l'odeur envahissante ?


* : premier voyage tout court depuis les Rencontres philatéliques de Gibraltar à l'automne 2019 - merci le covid, les risques de tests positifs au coronavirus juste avant le départ ou à l'arrivée, etc.

samedi 25 janvier 2025

20 ans de Postcrossing fêtés par la Belgique en juin 2025

Le lundi quatorze juillet 2025, le projet Postcrossing d'échanges de cartes postales en aveugle fêtera ses vingt ans.

Grâce au Portugais Paulo Magalhães, le mardi sept janvier 2025 a été reçu et enregistré la quatre-vingt millionième carte postale entre Rotterdam, aux Pays-Bas, et l'Allemagne. Les statistiques des échanges de 2024 ont été mis en ligne sur le blog du projet, le quatorze janvier suivant ; en une année, 5 014 287 cartes ont voyagé la distance qui sépare actuellement la sonde Voyager 1 et la Terre.

Le bloc-feuillet de cinq timbres imitant une carte postale, à émettre le seize juin 2025 par la poste belge (© bpost and artist Geert Wille à  via Postcrossing blog)

Ainsi, le lundi seize juin prochain, bpost, l'entreprise historique postale belge, émettra un magnifique bloc-feuillet en forme de carte postale internationale avec ses chevrons bleu-blanc-rouge, son étiquette bleu clair « A Prior[itaire] » de poste aérienne et la salutation bilingue : "Groeten de België" en néerlandais et « Bonjour de Belgique » en français.

Les cinq timbres dessinés par Geert Wille représente chacun une étape de la carte postale : rédaction avec un timbre à message cœur rouge, le périple postale avec boîte aux lettres rouge, facteur et vol autour du globe, avant d'être enfin reçu et lu par le destinataire.


La valeur d'usage indiqué permet de réviser (dans les deux sens du terme) le système postal belge.

Depuis le premier octobre 2007 avec le régime intérieur, et le deux janvier 2009 pour l'Europe et pour le Monde, chaque timbre belge porte un nombre de points avec, initialement, un indicateur graphique de destination : drapeau européen ou globe terrestre.

 Ainsi, les timbres Postcrossing à venir porte un « 1 EUROPE », avec le chiffre dans un rond rose concordant avec le bleu ciel de fond des illustrations. Déjà, depuis ma dernière plongée belge et sûrement par souci d'accessibilité et compréhension de tous ses usagers, la poste a décidé d'indiquer en toute lettre la destination possible avec le timbre tenu en main.


Deuxième habitude belge depuis le premier janvier 2010, l'achat à l'unité de timbre en bureau de poste coûte plus cher qu'un achat groupé ou par carnet et feuillet.

En 2010, le nombre permettant d'obtenir une ristourne était de dix. Les tarifs 2025 actuels indique une diminution à cinq timbres pour la ristourne pourvu que l'achat porte sur un timbre intérieur « PRIOR », ou « 1 » Europe ou Monde. Dix restent la barre pour les timbres « 1 » intérieur.

Cinq au lieu de dix presque... sauf que cela signifie qu'au tarif intérieur, bpost a réintroduit un tarif économique et un tarif prioritaire qu'elle avait abandonné dans les années 2000 car elle livrait quasiment tout le courrier interne le lendemain...

Les temps changent ou la lettre du service universel coûte cher et les colis sont certes un milieu concurrentiel, mais plus nombreux et leurs circuits de distribution plus rentables que la tournée des facteurs.


Maintenant, arithmétique, combien coûtera ce bloc-feuillet ?

Cinq fois 2,90 euro au tarif postal ou cinq fois 2,78 euro car il s'agit d'acheter cinq timbres « 1 EUROPE » d'un coup, respectant l'achat en nombre.

La consultation de la boutique web de bpost (la eshop... ça va hurler à l'Académie française et au Québec à force) permet de constater les précédentes émissions du programme philatélique sont, habitude belge du vingtième-et-un siècle, essentiellement des blocs-feuillets de formes variées et vendues cinq fois le tarif préférentiel.

Le bloc Postcrossing 2005-2025 devrait donc être vendu à 13,90 euro et non 14,50.


Retour à la philatélie et à l'événementiel du collectionneur.

Un des postcrosseurs belges a ajouté une information à l'annonce de l'émission sur le blog du site d'échanges. Une vente premier jour aura lieu le samedi quatorze juin avec bureau de poste à Kalken, commune de Laarne, dans la province flamande de Flandre-Orientale. Un village à une dizaine de kilomètres à l'est de Gand.

Pourquoi là ? Car le samedi quatorze et le dimanche quinze a lieu SKALAFILA 2025, une exposition compétitive régionale (avec la Flandre-Occidentale) de toutes classes, y compris les cartes postales illustrées. Elle est organisée par le club Themafila-Wetteren.

Le site du club permet d'apprendre que bpost y lancera également deux émissions : un carnet de dix peintures de Bruegel (tarif « 1 » donc vendu par dix) et un feuillet reproduisant cinq billets de banque parmi l'histoire du franc belge (tarif « 1 EUROPE »).


Le programme 2025 de Belgique est disponible en une agréable au format pdf sur la page philatélie du site principal de bpost.

dimanche 3 avril 2022

R.I.P. Frank Walton (1955-2022)

Le premier avril 2022, c'est avec tristesse que j'ai appris, par un mail de l'actuel Président de la Société philatélique royale de Londres, la disparition prématurée du philatéliste et historien postal britannique Frank Walton, la semaine passée.

Frank Walton, une personne toujours avec le sourire, en 2016-2017.

Walton était un des collectionneurs les plus spécialisées du Sierra Leone britannique, jusqu'à son exhaustive présentation de 2016 qui présentait chaque thème de collection possible sur un pays. Cette passion a également donné de nombreux articles et études dans Cameo, le journal du West Africa Study Circle.

Ensuite, il avait montré ses connaissances sur la poste aérienne de Chine avant 1949, lors d'une conférence à la RPSL et un ouvrage de 2017. Il avait été le premier membre de la RPSL à réaliser une présentation en ligne, pour cause de confinement en avril 2020, sur la série Wilding d'usage courant britannique, collectionnant également les débuts du règne d'Elisabeth II.

En termes d'archives, il dirigea l'analyse et la publication de la collection De La Rue, mettant à disposition du public les archives de l'imprimeur.

Participant actif de la philatélie organisée, il a présidé la Royal Philatelic Society London de 2015 à 2017, et venait de réussir, malgré les obstacles de la pandémie de covid-19, l'organisation de l'exposition internationale London 2020... devenue 2022... en février dernier.

À ma modeste échelle, c'est lui qui, lors de Monacophil 2011, m'avait présenté la Société philatélique de Londres, notamment son impressionnante bibliothèque de recherche.


Sur le site de la Fédération européenne de philatélie.

Complément du dimanche huit mai 2022 :

Voir nécrologie dans The London Philatelist de mai 2022 ; lecture à continuer par l'éditorial de Tony Bard sur la personnalité de Frank Walton, qui fut rédacteur en chef de cette revue de 2001 à 2014.

vendredi 22 novembre 2019

Un petit avion postal chez Lego en 2020

En ce mois de novembre, la compagnie danoise de briques d'assemblage Lego dévoile les images des modèles qu'elle va commercialiser au premier semestre 2020, dont un avion postal dans la thématique City.
La boîte du set n°60250 (via HotBricks.com)
Un avion doté de skis pour atterrir sur la neige et délivrer, quelque soit le temps, du courrier - une lettre moderne au timbre rouge et une scellée à la cire.
Le dos de la boîte 60100 de 2016 et son hélicoptère postal (boutique web de Lego).
Cette petite boîte reste dans la lignée d'un hélicoptère postal : la boîte n°60100 de 2016, qui faisait office de kit de démarrage d'un aéroport.

L'idée semble le jouet rapide à monter, rapide à mettre en action, même si l'action postale relève des régions isolées, tel l'Alaska où la poste états-unienne livre à peu près tout à tarif préférentiel.

Retrouver quelques évocations postales chez Lego, avec es liens vers des sites d'inventaires en consultant les articles précédents sur ce blog.

mardi 17 avril 2018

Quinze premiers jours d'avril en Philatélie

L'avantage d'un réseau social aux participants mi-professionnels, mi-amateurs comme Twitter est de continuer à suivre l'actualité ou de découvrir des connaissances nouvelles alors que je n'ai en ce moment peu de temps pour écrire sur ce blog.

Questionnement métaphysique autour de l'oblitération au feutre :
À force de recenser les annulations de timbres britanniques au stylo ou au feutre par les postiers et facteurs de Royal Mail, Ian Billings se demande le samedi trente-et-un mars si les timbres d'entraînement du Post Office vendus comme tels par les marchands, ne seraient pas de banales oblitérations au feutre - quoique réalisées d'une ligne bien droites verticalement ou horizontalement au milieu du timbre.



Film épistolaire à Guernsey :
À l'occasion de la sortie de l'adaptation cinématographique du roman de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows le vingt avril prochain outre-Manche, le service philatélique de Guernsey met en vente des souvenirs avec oblitération spéciale de sa série de timbres de 2011.


À travers un échange épistolaire entre deux amies, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society raconte comment un groupe d'Îliens parvient à berner l'occupant allemand sous couvert d'une société litéraire où ils partagent lectures et tarte d'épluchures de patates.

Pour un rappel des tragédies de l'occupation nazie des îles Anglo-Normandes, revoir la conférence de Ron Brown à la Royal Philatelic Society London en septembre 2016.

Histoire postale française de part le vaste monde :
Le mercredi quatre avril, l'Indien Mani Muthukrishnan signale une enveloppe, pièce pionnière des tout premiers vols de poste aérienne. En 1911, le pilote français Henri Péquet la transporte, avec quelques milliers d'autres, sur treize kilomètres en treize minutes entre Allahabad et la gare de Naini, dans le cadre de l'exposition universelle, avant qu'elle ne parte rejoindre Zürich par les moyens plus habituels de l'époque.



Nouvelle illustrée entre curiosité, inquiétude et Blair Witch Project :
On découvre aussi, hors philatélie, de petites pépites d'inventivité utilisant tous les atouts de l'outil twittant : le vendredi treize avril, Gawanmac raconte une courte randonnée dans une forêt grand-bretonne dans le but de découvrir quel lieu de culte se trouverait au milieu de la campagne.


Simple marche en forêt vers une chaleureuse petit église rurale ou errance au risque de croiser les sorcières d'Hamlet ? Labyrinthe sylvestre sans conséquence du dernier Legend of Zelda ou plonger dans l'effroi du Projet Blair Witch ?

Correspondre tu t'obligeras, une réponse viendra :
Plusieurs exemples de correspondances parviennent dans la presse ou les réseaux sociaux, à la surprise des destinataires et même des expéditeurs : écrire une lettre sur du vrai papier authentique à un magazine de jeux vidéos, remercier un auteur de bande dessinée pour les émotions qu'il offre et recevoir un dessin dédicacé (lire aussi dans Ouest France).

samedi 31 mars 2018

Roi George, tarifs et centenaire de la Royal Air Force

Ce dimanche premier avril 2018 marque le centenaire de l'établissement de la Royal Air Force et celui de l'entrée dans ces nouvelles forces aériennes britanniques du Prince Albert, futur Roi George VI.
Le Prince Albert Windsor, alors officier de la Royal Air Force, en 1919 (via la base documentaire Commons de Wikimedia).
Après une formation navale, le second fils de George V servit dans la Navy pendant le début de la Grande Guerre, participant comme officier de tourelle à la bataille du Jutland - même si son navire fut tenu à distance des zones principales de combat, ce qui le désespéra autant que ses graves problèmes gastriques.

Après une opération chirurgicale en 1917, il intègre la formation du Service aérien de la Marine royale début 1918 à Cranwell, dans le Lincolnshire. Baigné dans l'ordre et la discipline depuis tout jeune à la Cour puis dans la Marine, le Prince se retrouve à gérer le quotidien d'un navire terrestre de cinq cents jeunes marins qu'il fallut former à la discipline militaire, aux besoins des forces aériennes... dans la pagaille de la fusion annoncée des forces aériennes de la Marine et de l'Armée, prévue pour le premier avril suivant.

La base et ses hommes sont organisés comme un navire avec ses quarts et ses tribords... mais aussi des grades de l'Armée portés par des marins ayant conservé leur uniforme et des officiers de l'Armée toujours dans leur uniforme d'origine... Le capitaine de la RAF "Albert, Prince" est, dès lors, réputé trop strict par les remuantes jeunes recrues. Même si son second - un civil ! - témoigne de la justesse et de la pertinence de ses décisions, autant les sanctions que les permissions.

Lassé des querelles de protocoles et du désordre ambiant, il est transféré début août au quartier-général de la RAF à St Leonards-on-Sea, dans le sud-est de l'Angleterre, où il commande une escadrille de cadets.
Classe ouverte : une médaille de long service et bonne conduite de la Royal Air Force de 1948 (via la base documentaire Commons de Wikimedia).
Bien que pilote qualifié, sa qualité de prince et donc d'héritier potentiel de la Couronne le maintient éloigné des combats. Il obtint néanmoins de servir enfin sur le continent sous la direction du Général Trenchard, à Autigny, de fin octobre 1918 à janvier 1919. Il y arrive par avion le vingt-trois octobre à bord d'un bombardier Handley Page.

Le pilote, Louis Greig, est initialement un médecin naval, mais sa rencontre avec le Prince en 1909 alors que celui-ci est encore un cadet, a changé sa vie. Réunis en 1916, les deux hommes sont inséparables pendant six ans : Greig suit donc Albert dans les Forces aériennes, lui apprenant à Cranwell à conduire une voiture (avec l'autorisation du Roi) et l'entraînant au tennis avec un succès qui permet au Prince de participer au tournoi de Winbledon en 1926.
L'émission du centenaire de la Royal Air Force du vingt mars dernier (boutique web de Royal Mail).
Fin de ma gorgeoquintophilie - merci Sarah Bradford - pour un retour à l'histoire postale contemporaine : par la grâce des choix du service philatélique de Royal Mail, l'émission du mardi vingt mars peut intéresser les amateurs de tarifs postaux.

Signalé par Ian Billings, les tarifs internationaux de poste aérienne portés par six timbres de l'émission (deux des trois diptyques et deux des quatres timbre du mini-feuillet sur les Red Arrows, la patrouille accrobatique de la RAF) sont devenus obsolètes le jour même !

Ainsi, il faut ajouter un Machin de cinq pence pour que les timbres d'une livre quarante puissent porter le pli de moins de vingt grammes au-delà de l'Europe (£ 1,25 pour l'Europe, ou le monde jusqu'à dix grammes).

Mais, les £ 1,57 ne peuvent être complétés puisque le tarif jusqu'à cent grammes pour l'Europe baisse de deux pence... Conclusion du marchand de Norvic Philatelics : encore une preuve que les timbres actuels ne sont pas créés pour servir sur le courrier ?

Voire, un moyen de traire de quatre pence les collectionneurs qui oseraient utiliser postalement ces timbres ?

Souci final pour les puristes : une lettre de moins de cent grammes pour l'Europe affranchie d'un de ces £ 1,57 sera forcément sur-affranchie (comme celle-ci magnifiquement oblitérée sans stylo), donc indigne d'une collection ?

lundi 18 septembre 2017

Du timbre ou du récit : premières liaisons aériennes régulières britanniques et australiennes

À partir des archives de la poste britannique, Richard West a proposé aux lecteurs du numéro daté août 2017 de Stamp Magazine de découvrir à quoi auraient pu ressemblé les timbres de poste aérienne du Royaume-Uni.

En novembre 1921, le magazine du Royal Aero Club regrettant le manque de promotion affirmée du service aérien postal suggérait l'idée d'un timbre spécifique.
Les projets britanniques de 1922 (via Stamp Magazine).
Finalement, l'imprimerie Bradbury, Wilkinson and Co. proposa sept maquettes légendés "British Air Mail" : certaines cadrant un pilote dans le cockpit grand ouvert des premiers avions, d'autres un avion au-dessus des falaises de la Manche ou de paysages survolés. Les visiteurs de l'Exposition philatélique britannique de 1984 purent voir les deux illustrés ci-dessus sur un souvenir.

Néanmoins, les premiers arguments du Greater Post Office perdurèrent, principalement : le coût de fournir tous les bureaux de ces timbres, l'impossibilité d'empêcher leur usage sur courrier terrestre et l'usage des autres timbres sur courrier aérien.

Dans les années 1930, les ministres des postes et de l'air allèrent jusqu'à accuser les postes étrangères émettant des timbres de poste aérienne d'avoir trouvé une nouvelle occasion d'émettre quelque chose pour le vendre aux collectionneurs...

Resteront quelques timbres de transporteurs aériens privés.

Il faut donc se rendre dans les colonies et dominions pour retrouver des timbres de service aérien, comme l'illustrent deux enveloppes d'un long article-récit de Raymond Todd et Brian Pope sur l'établissement de la route aérienne entre Perth et Adelaide, publié dans le numéro d'octobre 2016 du London Philatelist.

Un récit prenant et détaillé , inspiré d'une recherche dans les archives du gouvernement australien et de la presse de l'époque, raconte comment les obstacles administratifs (besoin d'accord entre ministères différents) et techniques furent surmontés en 1927 et 1928, mais comment les météorologiques ont gêné lors du premier aller-retour début juin 1929.

L'idée rappelle la course du courrier britannique à travers l'Europe en diligence, puis en train de Londres pour rattraper les navires pour les Indes et gagner quelques jours de décision, rédaction et expédition.

Ici, le but était que le courrier européen parvienne aux métropoles australiennes de la côté orientale bien avant le paquebot faisant escale à Perth en Australie-Occidentale. Ou l'y rejoigne lors de cette dernière escale avant la grande traversée.

Pour les collectionneurs et les historiens postaux, savant calculateur de tarifs postaux, l'étape aérienne australienne optionnelle s'ajoute au tarif pour l'Australie, avant qu'un tarif simplifié soit établi en 1935.

Le trois septembre 2016, Jérome Castanet a présenté à l'Académie de philatélie une carte postale française pour Sydney demandant un passage par les Indes néerlandaises et la voie Perth-Adelaide. Une collection illustre cette étape du développement du transport aérien du courrier du point de vue néo-zélandais sur le site New Zealand Stamp Images.

Complément du lundi vingt-six mars 2017 :
Les étapes pionnières de l'aviation ne sont visiblement pas terminées : le week-end dernier, la compagnie australienne Quantas a rallié Perth, en Australie-Occidentale, à Londres, au Royaume-Uni, sans escale en dix-sept heures et quelques minutes pour presque quinze mille kilomètres. Le vol QF9 a rejoint l'Europe dimanche matin et l'avion est reparti, vol QF10, vers l'Océanie.

Il dépasse ainsi le record précédent de Qatar Airways pour un Doha-Auckland en février 2017.

L'aérophilatélie (ou simplement les opérateurs postaux et leurs services philatéliques) a-t-elle, ou va-t-elle, profité de ces avancées ?

samedi 17 juin 2017

Royal juin tout autour du monde

Trouver une destination de voyage peut être une motivation à consulter les activités de la Société philatélique royale de Londres.


Croisières ou road trip ?
Un an après, les boîtes postales de Gibraltar reviennent dans The London Philatelist de ce juin. Non sous la plume du local Richard Garcia, mais par Geoff Chivers qui, heureux hasard, a pu photographier les travaux d'installation de la boîte aux lettres au monogramme du Roi Edward VIII qui justifiait l'article de juin 2016 et l'émission gibraltarienne du dix octobre suivant.

Des récents numéros de Gibbons Stamp Monthly au London Philatelist, Richard Garcia développe les liens entre la colonie britannique et son voisin d'outre-détroit - une idée de croisière ? Dans les numéros d'avril et de juin, il s'associe ainsi avec le spécialiste français Maurice Hadida pour développer l'histoire des postes marocaines fin dix-neuvième début vingtième siècle, qui ne furent jamais partie de l'Union postale universelle.

En avril, la première partie étudiait les postes locales après une introduction sur les bureaux postaux des puissances européennes, concentrés principalement à Tanger ; d'où le besoin de systèmes locaux. Parmi les postes les plus prospères - définies comme ayant fonctionné plus de sept années, celle établie de 1891 à 1900 entre Mazagan et Marrakech par Isaac Brudo (1860-1945), fils d'un marchand marseillais installé dans la première depuis 1857. Avec celle entre Fès et Mequinez (Meknès), elle fut une des deux seules à émettre un timbre-taxe en plus de ses timbres-poste.

Le second exemple est la poste des frères Marx & Co entre Mogador et Marrakech de 1893 à 1911, pour suppléer l'échec de Mayer Maïmaran en 1892. Disposant de timbres à partir de 1895, il faut auparavant rechercher un cachet triangulaire « W / M & Co ».

Ce premier article se conclut par un tableau des seize postes locales marocaines et une note sur comment déchiffrer l'écriture manuscrite en hébreu. Il faut, entre autres, deviner la langue employée par l'expéditeur, donc la prononciation arabe ou espagnole transcrite en alphabet hébreu.

En ce juin, la seconde partie est parue avec la continuation de ces postes locales par ordre décroissant de durée. Comme pour les deux premières (présences française et allemande), les liens avec des marchands ou des autorités des puissances européennes sont soulignées. Ainsi, pour la poste de Messod Bensimon, entre Fès et Mequinez, se retrouve l'agent postal britannique à Fès, James MacIvor MacLeod. Celui-ci s'était vu refusé d'exploiter une telle route par le Post Office de Gibraltar en 1893, mais il put communiquer sur le service proposé par Bensimon en 1897.

Pour aller plus loin, Maurice Hadida a donné une conférence sur l'histoire postale du Maroc de 1852 à 1925 au Collectors Club de New York, le trois septembre 2014, visible sur le site de partage vidéo Vimeo.


Longue croisière sur les océans des archives
Carte néerlandaise de 1630 - Atlas van der Hagen - sans la coquille (Bibliothèque royale des Pays-Basvia Wikimedia Commons qui dispose de reproduction en meilleure résolution).
Avant de quitter le London Philatelist de juin, Roger Baxter y propose une étude des cartes anciennes de Bermudes - si vous préférez une croisière transatlantique. Son objectif est de deviner la cause de l'erreur des timbres de trois pence et un shilling trois pence, émis en 1953 par le territoire britannique d'outre-mer. Une des paroisses fut typographiées « Sandy's Ph. » au lieu de « Sandys Ph. ».


Ou alors, un grand pays, mais par avion
C'est dans la même ligne de recherche historique et de diffusion au public qui paraît inspiré Frank Walton lors de sa présentation des courriers internationaux aériens de Chine jusqu'en 1949 - sa seconde grande passion après le Sierra Leone présenté l'année dernière. Le résumé en pdf est accessible à tous ; le livre en ligne de l'exposition et la conférence filmée le jeudi huit juin doivent pouvoir l'être sur demande au secrétariat (or join and enjoy learning).


L'introduction est sérieuse, non sans humour, pour un historien - ou un élève français de terminale passant son épreuve d'histoire-géographie hier - ce qu'on m'a dit qu'un exposant ait censé faire sur le synopsis de sa collection remis au jury : définir le sujet, son cadre spatial et temporel, maîtriser quelques idéogrammes chinois.

Pour ce dernier point, le désormais Président-Passé de la Société se limitera aux dix chiffres de base pour les dates... une fois qu'il est bien compris que les cachets d'oblitération sont en « -ème année de règne ». De quel règne ?, sera la question en observant une enveloppe-énigme.

Tout courrier aérien - ou ayant connu une étape aérienne pendant son trajet - émanant de la Chine jusqu'en 1949 - le premier octobre fut proclamé la République populaire de Chine, mais les combats avec la République nationaliste ont duré jusqu'en 1950.
Un plan chronologique d'apparence simple... sauf quand il est expliqué à haute voix : quand débute et finit la Seconde Guerre mondiale ? (conférence à la Royal Philatelic Society London, huit juin 2017, via youTube).
Cela paraît simple, mais des courriers ont pu prendre l'avion sur une partie du parcours avant 1931, année où la poste chinoise prend en charge du courrier aérien. Voire, et les bacheliers français le savent bien : quel découpage chronologique cohérent entre les précurseurs et les tardifs ?

Donc, d'abord avant la Seconde Guerre mondiale, pendant celle-ci et après celle-ci. Easy!

Non : outre les différentes routes aériennes de la première partie que je ne résumerai pas ici - il me faudrait un été pour les comprendre et j'ai déjà celles d'Afrique de l'Ouest qui désespèrent... enfin, si je me sors d'une promesse sur la philatélie au temps de la Reine Elizabeth II, et Geralt qui m'attend... - , il faut se rappeler que la guerre sino-japonaise débutant en 1937, voire l'invasion de la Mandchourie en 1931, amorce les hostilités bien avant l'énième guerre civile européenne de 1939-1945, et que la capitulation japonaise a lieu après celle de l'Allemagne.

Un courrier partant de Chine entre 1937 et 1939 pour l'étranger par avion se placera-t-il la première ou la seconde partie ? Tout dépendra de son étude par l'historien postal, de ce que ce courrier permet de montrer et démontrer, et des trous d'illustration à combler dans l'exposition elle-même.

Même si je m'intrigue à comprendre comment fonctionnèrent les systèmes monétaires métalliques au temps jadis et comment ils ont évolué et disparu pour donner les ancêtres de nos systèmes actuels au cours du vingtième - Pourquoi ce besoin de dormir huit heures par jour ? , j'ose à peine réécouter la troisième partie de cette présentation quand son auteur annonce qu'il faut distinguer les courriers par système monétaire au sein d'une Chine en ébullition de 1945 à 1949...

Comme le Sierra Leone l'année dernière, des heures de réétude sont proposées par Frank Walton en un jeudi après-midi.


Au calme et au frais
Pour me reposer, je me tournerai tout l'été vers le Roi George VI, à l'occasion des quatre-vingts ans de son couronnement, en mai 1937. D'ailleurs, l'exposition de ce mois, proposée par Hugh Osborne au siège de la Royale, 41 Devonshire Place (ou sur le site), porte sur les timbres de ce règne aux îles Falklands - il nous manquait une zone climatique fraîche dans cet article écrit par 32°C à l'ombre.

Merci à tous ces auteurs et collectionneurs pour ces voyages.


Note du lundi quatorze août 2017 :
Concernant le Maroc, il y a une troisième partie à l'étude de Maurice Hadida et Richard Garcia : les postes chérifiennes, gérées directement par le Royaume à partir de 1892, sont évoquées dans le numéro de juillet-août de London Philatelist. Complété de témoignages français sur les rekkas, les postiers d'alors, marchant, marchant sans discontinuer.

mercredi 24 août 2016

Paris-Philex (10) : le livret-programme

Et oui, le dixième article échappait à ma mémoire immédiate à chaque fois que j'envisageai quel sujet pour l'épisode suivant, alors que ce livret distribué à l'entrée du salon a été mon compagnon permanent pendant l'écriture, aussi essentiel que mes notes et mes photographies prises sur place, fin mai 2016.

Malgré un contenu très convenu, mais n'est-ce pas son rôle officiel ?

Les premières pages sont consacrées aux huiles (essentielles ?) avant de se consacrer aux volontaires du comité d'organisation, puis au jury, mais pas avant d'avoir listé tout le « parcours philatélique complet » vendu par le grand financier du salon.

Instrument essentiel du blogueur sans mémoire : la liste des participants du championnat par classe... Étrangement, la liste des donateurs des récompenses est séparée du jury et des participants par le long catalogue des stands ? Et la liste des concurrents par ordre alphabétique repousée à la fin avant les publicités ??

À la quarantième page, enfin, de l'étude philatélique avec Jean-François Gibot et la genèse du mille francs Vue aérienne de Paris. Cela permet d'amener la liste des cadres proposés par les académiciens sur leur stand... et, subrepticement, de placer le bonus des Trésors de la φl@télie 2016.

Dans les pages finales, évacuons l'intrus : Super Victor, mascotte de l'Euro, et ses collectors à gogo déjà imprimés en onzième page. Restent les annonces des événements fédéraux à venir : Timbres Passion à Toul (jeunesse, thématique et polaire) en octobre prochain et enfin l'association volontaire pour accueillir le championnat du vingt-huit au premier mai 2017 : Cholet et sa localisation  sur une carte de France. Et en dernier, la Fête du timbre les huit et neuf octobre.

Pourquoi le conserver ?

La mémoire des participants déjà : compétiteurs, académiciens et autres invités exposants de collections. Iconographie de la promotion des manifestations philatéliques ? Les trois discours inauguraux... Utile pour les historiens de la philatélie organisée pour détecter les évolutions dans les discours officiels et comprendre la transformation des salons φr@nçais en grandes messes biennales et leur échec.

En attendant, merci à Martine Divay pour avoir présidé à son édition. Et hop, aux archives jusqu'au jour où la mémoire aura besoin de se rafraîchir.

dimanche 14 août 2016

Paris-Philex (8) : Guerres, conséquences et cartographie

Après colonisation et mondialisation, ce sont les Guerres mondiales et leurs conséquences qui ont intéressé les compétiteurs du championnat national à Paris-Philex, en mai 2016. Ici, je m'intéresserai principalement à deux collections sur les effets et conséquences de la Seconde Guerre mondiale, avant quelques commentaires de collections sur celle qui aurait dû être « la der des ders ».

Un cadre sur trois jours de l'histoire postale française en Allemagne occupée
Toujours dans les soucis monétaires de l'après-guerre, Alain Milone a trouvé un sujet qui ne peut tenir qu'en un cadre puisque l'épisode en question a duré trois jours, quatre avec l'exemple illustré en photographie ci-dessous.
Lettre du vingt-quatre juin 1948 : trop tard pour écouler le stock de timbres en « anciens pfennigs » (collection Alain Milone, Paris-Philex 2016).
Comme il est expliqué dans une longue introduction illustrée de pièces philatéliques et postales - car il faut bien justifier du cadre unique et... remplir ce cadre, les effets de la réforme monétaire allemande de 1948 en zone d'occupation française est un sujet qui débute le lundi vingt-et-un juin et se termine avec la dernière levée du mercredi vingt-trois !

Moins graves que le blocus de Berlin sur l'ordre de Staline qui s'oppose à l'unification monétaire des zones occidentales d'occupation, furent tout de même les aléas de la poste en Bade, Württemberg-Hohenzollern et Rhénanie-Palatinat (pas la Sarre, vieille envie d'annexion française, qui utilise le franc français).

Les timbres sont réémis le lundi pour correspondre à la nouvelle devise, le Mark. Mais, une tolérance est mise en place pendant trois journées : les anciens timbres peuvent être encore utilisés, seuls ou en complément des nouveaux timbres, à un dixième de leur valeur faciale.

D'où une collection plaisante et colorée de petits timbres de trois Länder avec calculs. Légende signalant une lettre commerciale pesante suraffranchie de timbres promis à la démonétisation le jeudi matin. Ou, comme ci-dessus, le postier isolant huit anciens timbres ce jeudi-là pour obliger l'expéditeur a acheté deux nouveaux timbres, les seuls désormais valables.

Grand argent et soixante-dix-huit points pour Alain Tirone, par ailleur le monsieur communication et informatique de la fédération depuis l'année dernière.

Comment traverser un océan en guerre ?
Suite à la mise en place des lignes aériennes d'Europe vers le reste du monde pendant l'entre-deux-guerres (relire l'article précédent), Patrice Trzeciak s'interroge sur la traversée de l'océan Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale : censures, routes à reconstituer au gré de l'évolution des événements militaires, notamment les déclarations de guerre qui s'étalent tout le long du conflit selon l'intérêt des États et des colonies. D'où le plan à la fois chronologique et par services.

Admirable est d'abord dans la présentation de M. Trzeciak est le respect des sources et du lecteur curieux : la première page comprendre une bibliographie. Mieux encore, la carte utilisée en page deux pour localiser les lignes évoquées voit son fond de carte correctement attribué.

En effet, dessiner une carte, en décalque à la main voire à l'ordinateur, est difficile, mais en trouver une dans un livre ou sur internet et ne pas en indiquer la provenance ! Cela donne, dans plusieurs collections écrites en français, des cartes en anglais, en allemand ou en polonais sans en expliquer la raison. Pour peu qu'un des jurés a été formé à la recherche, combien de petits points perdus en deux premières pages ?
De Curaçao pour le Royaume-Uni en remontant la FAM22 par les censeurs néerlandais locaux, britanniques à Trinidad et Tobago et états-uniens à New York (collection Patrice Trzeciak, Paris-Philex 2016).
J'ai gardé en mémoire les enveloppes des Caraïbes se cherchant un chemin vers l'Europe déchirée.

Évidemment en quelques mois, je regrette de ne pas avoir lu, photographié et pris abondance de notes sur cette collection : depuis mars, j'ai une curiosité pour l'Afrique de l'Ouest britannique, notamment les liaisons aériennes connectées à la FAM22 depuis Bathurst (l'actuelle Banjul, capitale de la Gambie). En effet, dès mes achats à Paris-Philex, sans le savoir, une lecture complète me serait grandement utilé aujourd'hui. La lecture de Cameo du West Africa Study Circle aidera sûrement.

Pour cette belle collection d'aérophilatélie, M. Trzeciak a reçu une médaille vermeil... Et là, je souhaiterai vraiment que se pose la question du commentaire sportif en philatélie compétitive.

Centenaire de la Grande Guerre : de multiples sources d'inspiration
Pour aller vite car les années 1930 à 1950 m'intéressent davantage que les pourtours ayant causé la Grande Guerre, il faut saluer l'inventivité et la créativité des collectionneurs de cette dernière.

Jean-Luc Flaccus et les postes des villes polonaises : les municipalités d'une Pologne dépecée entre ses voisins autrichiens, prussiens et russes ont été occupées par la puissance rivale ou isolées par les manœuvres des différents épisodes. Dix villes, des timbres et des cachets postaux parfois éphémères, souvent sommaires pour pallier à l'urgence, voire marquer une revendication future d'indépendance.

M. Flaccus est méritant de rendre intelligible le contexte à partir de sources en allemand et en polonais, même si la carte choisie aurait besoin d'une source et d'une légende, à défaut d'une version française : quelles sont les frontières internationales et intérieures allemandes, autrichiennes et russes si une légende ne présente pas les différentes lignes ?

Une médaille d'argent en philatélie traditionnelle sur un sujet où la recherche des courriers ne doit pas être facile.

Prix de la surprise pour moi et prix spécial du jury : Raymond Loëdec en histoire postale avec « La Guerre à l'Ouest 1914-1918. Les îles dans la tourmente » ou comment les îles du littoral atlantique, leurs garnisons et leurs habitants ont vécu la guerre.

Grand vermeil avec quatre-vingt-huit points, trois points de plus qu'au championnat de France de 2014, mais sept par rapport à 2015 et l'étrange score obtenu à l'exposition de Çannakale de mars 2015, lors du centenaire de la bataille des Dardanelles, en Turquie.

Un peu de fiscal et de hors les murs : l'Alsace
En conclusion, pourquoi les guerres mobilisent-elles autant les collectionneurs ?

Car les opérations même provoquent des actes postaux entre les militaires et de leurs familles (voir la collection d'Emmanuel Le Becque et la poste d'étapes allemandes dans le Valenciennois). Les occupations et annexions pendant et après le conflit crééent de nouveaux pays ou régions philatéliques, des changements politiques autant que monétaires et administratifs que les timbres et les courriers portent sur eux.

Et que dire si on commence à lire les courriers ou à rechercher qui étaient les expéditeurs et les destinataires...

En France, une région a vécu ces effets délétères des guerres : les départements d'Alsace-Lorraine.
Lors de l'exposition Frontières, deux affiches de propagande se répondent, la flèche de la cathédrale de Strasbourg en arrière-plan (affiches allemande de 1940 et française de 1945, collections du Musée de l'Armée Invalides, exposition temporaire au Palais de la Porte dorée, novembre 2015-juillet 2016).
Une des sous-parties de l'exposition Frontières au Palais de la Porte dorée, déjà évoquée en marge de ma visite de Paris-Philex, était consacrée à la frontière franco-allemande de 1870 à 1945, dont faisaient partie les deux affiches rassemblées sur le montage ci-dessus.

L'affiche initiale a servi à la propagande anti-française des autorités nazies, de retour en Alsace. Son auteur a raconté sa version des faits par écrit pour les différents dépôts d'archives alsaciens et finalement, au quotidien L'Alsace le sept mars 2015. Ou comment un devoir artistique devient la catastrophe d'une vie pour une famille. La réponse française est placardée en 1945.

À la porte de Versailles, c'est Edmond Andrau, spécialiste des colis postaux, qui illustre, en philatélie fiscale, l'un des changements de souveraineté en Alsace avec les « bulletins d'expéditions de colis postaux d'Alsace-Lorraine dans le régime intérieur » du quinze décembre 1918 au dix-neuf juin 1940, et comment le changement s'opèrent aussi rapidement que possible.

Une première présentation grand vermeil à qui je souhaite d'obtenir un or européen comme la précédente.

Post scriptum:
Question actuelle mais non urgente : toutes les guerres ont-elles droit à autant de postérité et de mémoire en philatélie ? Les révoltes des colonisés ? Les guerres civiles des pays où l'écrit postal est peu employé ? Les conflits actuels au temps d'internet ?

Prochain et dernier épisode : bilan de Paris-Philex.

dimanche 7 août 2016

Pour inspirer de nouveaux latino-américanistes

Le jeudi vingt-huit juillet 2016, toute l'après-midi au 41 Devonshire Place, seize membres de la Royal Philatelic Society London ont présenté aux membres et visiteurs dix-huit collections de philatélie et d'histoire postale d'Amérique latine, cinquante-deux cadres en tout.

L'introduction du Président Frank Walton et du Commissaire de l'exposition John Shaw rappelle qu'il manque une société spécialisée dans ce continent, au Royaume-Uni en tout cas. Quant à la date estivale, elle est un essai pour voir si les membres sont intéressés par un moment supplémentaire entre la fin d'une saison et le début de la suivante.

Des timbres, des timbres...
La plus colorée fut proposée par Janet Nelson avec les émissions de Correios, la poste brésilienne, émises pendant les années 2010, qui rafraîchissaient les yeux après cinquante panneaux dans les couleurs de base de la typographie et de la taille-douce.

Sinon, l'étude des premières émissions reste la figure imposée des philatélies par nation : Chili par Joseph Hackmey et John Shaw, Haïti avec Geoff Hanney et Brian Moorhouse, Équateur et Venezuela toutes deux par Guido Craveri, le Nicaragua et le Pérou avec Christopher Harman et l'Uruguay par Gregory Todd. Pour le Chili, l'intérêt d'avoir deux points de vue est immense pour le non-spécialiste : Hackmey présentant les premiers Colón chiliens quant Shaw creuse les réimpressions tardives (normalement surchargées) à l'initiative du philatéliste Hugo Hahn.

Le changement d'imprimeurs permet de rappeler un pan de l'histoire philatélique : Christopher Harman présentait les émissions de provenance états-unienne du Nicaragua : de l'American Bank Note Company* à l'entreprenant Nicholas Seebeck et son Hamilton Bank Note Engraving & Printing Company dans la décennie 1890.

Ce qui anime les études individuelles de timbres-poste en Amérique latine est l'existence d'émissions locales. Alan D. Anyon présentait les émissions provisoires de Colombie, nécessaires souvent, inventives, spéculatives parfois, voire frauduleuses.

Des lettres, preuves de déplacements... audacieux.
En histoire postale, les moyens de transport pouvaient constituer un fil directeur de fait.
Lettre transportée par un service de diligence (oblitération) de la ville de Mexico pour Guadalajara, sans date (collection Jay Walmsley, exposition RPSL du vingt-huit juillet 2016).
Au Mexique avec Jay Walmsley, les marques puis oblitérations des diligences permettaient de rappeler le retard des réseaux postaux an Amérique espagnole, un héritage des caisses vidées laissées par la métropole aux nouvelles républiques sécessionnistes. La collection continuait ensuite vers les ambulants ferroviaires de la seconde moitié du dix-neuvième siècle.

De la poste aérienne**.
De l'audace privée brésilienne... des trous aériens !?
Entre philatélie et histoire postale - c'est une exposition non compétitive, soyons audacieux, Nick Nelson faisait découvrir les timbres des compagnies privées brésiliennes, autorisées d'exercer par un décret de 1927. Trois compagnies (Condor, ETA et Varig) et un vol de Zeppelin sont à découvrir par ses timbres privés.

Les plus chanceux trouveront chez Varif des timbres troués ! Dans les années 1930, Varig surchargea certains timbres et, pour éviter la spéculation (quels naïfs) trouèrent à grand trou les exemplaires dont la surcharge présentait des erreurs... Vous imaginez aisément la suite.

Encore de l'audace entre Colombie et Allemagne... via New York !
La Société colombo-allemande de transports aériens (SCADTA) passionne visiblement.

Eddie Speicer la considère à partir de la prise de contrôle par Pan American Airways en 1930 qui consolide des liaisons entre Colombie et États-Unis sous le marque « Mancomun », puis « Transoceanico » avec les liaisons vers l'Europe à partir de New York en 1939. À rechercher jusqu'aux années 1950.
Enveloppe aérienne entre banques d'Allemagne vers la Colombie avec timbres des deux pays (collection Robin Pizer, exposition RPSL du vingt-huit juillet 2016).
Mais, à mes yeux d'amateurs ignorants non avertis, c'est Robin Pizer qui a choisi la meilleure période de la SCADTA quand elle permettait des liaisons aériennes entre Allemagne et Colombie avec des enveloppes comprenant simultanément des timbres-postes des deux pays. Ceux de Colombie étant même  surchargés « A » et « R » pour le service aérien et la recommandation. Merci au membre allemand qui m'a aidé à comprendre cet ensemble, puis celui de John Lea.

Et toujours de l'audace (Danton était-il britannique ?)
La palme de l'audace reviendra finalement à John Lea pour une approche synthétique, mais pleine de surprises.

Avec le titre général « Postal History in Latin America », il présentait, enveloppe après enveloppe, de nombreuses spécialités de l'histoire postale depuis les marques d'entrée londoniennes dans les années 1930 jusqu'aux courriers récupérés après des accidents aériens.

Et dès les entrées, il isole une enveloppe banale : adresse et oblitération londonienne, mais si on prend le temps de lire la lettre à l'intérieur : c'est un courrier d'octobre 1861 entré au Royaume-Uni dans une caisse de courrier par une grande compagnie marchande, puis (illégalement ?) affranchie et postée à prix intérieur en novembre.
L'enveloppe toute londonienne dissimulant une lettre brésilienne de Bahia de 1861 (collection John Lea, exposition RPSL du vingt-huit juillet 2016).
Lea s'amuse même à trouver des éléments rares. Telle une toute aussi anodine lettre postée d'Argentine et destinée à l'Air Transport Auxiliary en Angleterre. Les expéditeurs, les Holland, une famille anglaise expatriée, écrivaient à leur fille pilote et mécanicienne, volontaire pour l'effort de guerre britannique. L'ATA recrutant parmi les pilotes refusés par la Royal Air Force dont les femmes.

S'il n'a pas lu cette explication de Lea dans le livret, le philatéliste britannophile se sera arrêté seulement à de rares usages de très fortes valeurs faciales britanniques sur courrier aérien vers l'Amérique du Sud transportées par des compagnies européennes des années 1930 à la fin des années 1940. Dans le livret est illustrée une lettre recommandée d'une banque anglaise à destination de l'Argentine affranchie du coûteux commémoratif pour le Congrès de l'Union postale de 1929 ; l'exposition allait jusqu'à une enveloppe de 1942 entre le siège londonien de Pirelli à celui de São Paulo avec trois George VI de dix shillings et marque de douane!

Du livret d'une exposition détendue
Le livret de l'exposition est disponible à tous au format pdf à partir de la liste des événements récents sur le site de la Société.

Dans mon parcours de seize mois à comprendre à quoi sert une exposition philatélique, avec l'étude un peu approfondie de Paris-Philex (oui les derniers épisodes arrivent, patience !), cette exposition de visu (et non à feuilleter un résumé ou un livre numérique sur le site de la RPSL) permet de voir comment le collectionneur peut présenter un thème de manière très approfondie avec une grande simplicité de présentation, dès que les contraintes de la compétition sont retirées.

Suppression ou allègement des filets d'encre encadrant les feuilles, légendes synthétiques des pièces tout en restant riches d'informations, introductions parfois plus longues qu'autorisées mais éclairant toute la collection : comme celle sur l'importance des diligences privées mexicaines dans les décennies après l'indépendance.

Notes :
* : American Bank Note Company dont la Société possède une histoire auto-éditée en 1959 très richement illustrée d'exemples des gravures réalisées par thèmes : portraits, animaux, activités humaines, transports, etc.
** : Avez-vous remarqué la série d'articles sur l'Aéropostale publiée cette semaine passée par le quotidien français Le Figaro - en version payante sur leur site ? Voici le lien vers le premier article.

jeudi 14 juillet 2016

Paris-Philex (7) : la philatélie, une histoire des empires et de la mondialisation ?

Les deux, mon commandant !

Une passion issue du dix-neuvième siècle européen.
Le collectionneur, le philatéliste, l'historien postal ou le curieux du contexte de tout cela lira avec attention le numéro d'été du mensuel français L'Histoire - dont le site web a changé d'adresse, intitulé XIXe siècle. Le monde est à nous ! La mondialisation à l'européenne.
Couverture du numéro été 2016 de L'Histoire en vente en kiosque jusque fin août (site de L'Histoire).
Le lecteur notera toutes les images d'Européens inventifs et ingénieux, pionniers même, et d'indigènes de tous les autres continents travaillant au profit exclusif des entreprises et des États européens et des colonies de peuplement établis par l'une des plus grandes dispersions de migrants de l'histoire humaine. Plus de cinquante millions vers les Amériques... Ça relativise bien des circulations récentes.

Le philatéliste fiscal notera un timbre fiscal états-unien sur une action de 1864 de la Keystone Zinc Company de Philadelphie, page cent quatorze dans un article sur « Comment la City [londonienne] a propulsé New York »... Les débuts de la mondialisation financière.

Pour ceux qui aiment remettre en cause leurs préjugés sur les personnages historiques ou les grands actes humains, ce même numéro interroge Louis XIV et sa puissance : son règne fut-il celui où le roi absolu contrôla la noblesse ? Ou obligé de veiller constamment sur les finances du royaume et sur une noblesse frondeuse à Versailles, par les arts et les (nombreuses) guerres, fut-ce celle-ci qui contrôla le devenir de la France, le roi ne faisant que suivre ?

Le numéro des Collections de L'Histoire de l'été est aussi décapant : la famille depuis les mythes bibliques jusqu'à nos jours, de la gestation pour autrui à Rome à l'hypothèse que la filiation constitue davantage les familles que le mariage.

Quel rapport entre cette lecture impériale et mondialisée du monde et Paris-Philex ?

L'histoire postale de la conquête européenne du monde : le cas aérien de l'Afrique.
Arrivé à ce septième article sur le championnat de France de philatélie de 2016, il reste encore à aborder l'aérophilatélie et plusieurs collections montrant les liaisons postales internationales tous azimuts au cours de la première moitié du vingtième siècle, quant les puissances coloniales croyaient en leur apogée durable.

Deux compétiteurs illustrent magnifiquement cela à travers l'établissement des compagnies aériennes à travers le continent africain : René Maréchal avec l'Imperial Airways vers l'Afrique du Sud (1925-1937) et Daniel Blanquerin avec Air Afrique vers Madagascar (1925-1939).
Les premières pages des collections de M. Maréchal (gauche) et de M. Blanquerin (droite) à Paris-Philex 2016.
La confrontation de leur première page respective permet de constater la diversité des approches et des présentations... La carte de M. Blanquerin permet de constater que le continent africain est maillé par les liaisons aériennes mises en place pendant l'entre-deux-guerres, mais aussi la concurrence entre les compagnies.

L'Imperial Airways, britannique, oblique fortement vers le sud-est de l'Europe pour connecter toutes les colonies britanniques depuis l'Égypte sous influence jusqu'au Dominion sud-africain. Air Afrique ou Transafricaine en 1928, après fusion de plusieurs lignes, établit un pont entre les colonies françaises d'Afrique et Madagascar.

Deux textes d'introduction et un plan qui suit une logique d'établissement progressif des lignes, chronologiquement plus marqué chez Blanquerin, plus géographique pour Maréchal. Bonus pour le premier : une bibliographie [présenter une bibliographie par contre...].

Au bilan des juges : quel empire bénéficiait des meilleures liaisons aériennes impériales ? Aucune idée. Grand vermeil pour la collection Air Afrique et deux points devant et prenant quatre points en quatre ans, médaille d'or et meilleure collection d'aérphilatélie pour Imperial Airways.

Pourquoi pas de photographies d'enveloppes ? J'en ai pas... Un peu fatigué en fin de parcours. Pourquoi placer l'aérophilatélie si loin dans l'exposition, après polaire et ouverte, et pas aux côtés de l'histoire postale ?

Une conquête créant des connections mondialisées alors surprenantes.
Pour l'histoire postale, économique et sociale, l'impérialisme des puissances européennes, le profitisme des grandes compagnies occidentales selon la grille de lecture ou la dispersion de migrants européens connectent des territoires aussi inattendus que les exemples que je vais piocher dans quelques collections.
Enveloppe oblitérée à Jérusalem, mandat britannique de Palestine, le vingt-neuf juillet 1940 pour Hanoï en Indochine française (collection Christian Abravanel, Paris-Philex 2016).
Un courrier entre une banque de France métropole et la Banque de l'Indochine à Hanoï, logique. Sûrement moins fréquent mais envisageable avec une banque d'une autre colonie française.

Mais, entre une banque de Jérusalem et celle de l'Indochine ?! Cette enveloppe est présentée par Christian Abravanel, webmestre du site du Cercle français philatélique d'Israël, dans Les échanges postaux entre civils en provenance et à destination de la Palestine entre 1938 et 1945, sur laquelle je reviendrai dans le prochain article sur Paris-Philex.

Sous l'enveloppe, il propose un planisphère des principales voies aériennes et maritimes intercontinentales encore disponibles à ce moment de la guerre où le Royaume-Uni est seul face à l'Axe.
Lettre de Kerguelen vers Le Havre, acheminée à Point Natal par un navire ravitailleur norvégien en mars 1912 (collection Alexis Cottineau, Paris-Philex 2016).
Changement de climat et d'époque : dans une collection d'« oblitérations maritimes sur Semeuse (1903-1941) », Alexis Cottineau de l'Amicale philatélique Nostradamus de Salon-en-Provence atteint les recoins du monde de 1912 avec cette enveloppe partie de Kerguelen, acheminée par un navire ravitailleur d'un compagnie baleinière (colonisation, mondialisation et environnement) vers l'Afrique du Sud pour une remise dans les circuits postaux maritimes. En trois semaines, elle est arrivée à destination au Havre.

Mais un « monde européen » éphémère voire pas conformes aux préjugés coloniaux.
En se plaçant dans l'entre-deux-guerres, la majorité des collections se situe déjà à la fin de ces empires coloniaux : à entendre clamer qu'ils sont envahis pour être « civilisés », des indigènes qui ont suivi le chemin de la « civilisation » réclament les droits qui vont avec les nombreux devoirs qu'ils leur ont été imposés, non sans violence.
Lettre portant une Marianne de Decaris illégalement surchargée « Algérie française 23 avril 1961 » (collection Égon Habé, Paris-Philex 2016).
Bien évidemment, la collection grand vermeil de l'Alsacien Égon Habé illustre ce thème de la fin des empires avec, en philatélie moderne, « la Marianne de Decaris surchargée EA » par les autorités algériennes indépendantes entre juillet 1962 et janvier 1963.

En amont, il présente des surcharges des partisans de l'« Algérie française » (mais était-il pour l'application de toutes les valeurs de la République à toute la population ?) dans le contexte du Putsch des généraux d'avril 1961 ou des actions de l'Organisation de l'armée secrète à destination des élus de métropole.

Comment les empires coloniaux ont-ils pu finir si mal ? Exploitation contre « civilisation », racisme contre valeurs, etc. Sûrement aussi préjugés et complexe de supériorité face aux cultures indigènes jugées si pittoresques... Soupir.
Lettre de Rhodes italienne pour Téhéran en mai 1933 (collection René Maréchal, Paris-Philex 2016).
Merci à René Maréchal de fournir un formidable document de la diversité humaine, dans la seconde collection qu'il présentait, « La poste aérienne en mer Égée (1929-1947) ». Pourquoi cette zone si précise ? Elle est une escale possible sur la route entre l'Europe et le Proche-Orient - un autre courrier montre les liaisons aériennes entre pays baltes et Pologne d'une part, et la Palestine d'autre part via la mer Égée.

Ensuite, car Rhodes et les autres îles du Dodécanèse sont sous contrôle italien, alors que Mussolini veut faire de l'Italie une grande puissance, ce qui passe par l'aviation sur le modèle impérial britannique et français (voir plus haut).

Maintenant, suivons grâce à M. Maréchal cette enveloppe dont le verso timbré était présenté au visiteur de Paris-Philex et le scan du recto en-dessous. Elle est expédiée de Rhodes par un dénommé Albert Israel le onze mai 1933. Elle est déposée le lendemain à Athènes (oblitération à gauche des timbres) par Aero Espresso Italiana. Quatre jours après, Imperial Airways l'emporte d'escale en escale jusqu'à Bagdad (oblitération à droite des timbres). Là, c'est une compagnie allemande, Junkers Luftverkehr Persien, l'amène à Téhéran le vingt-et-un.

Adresse transcrite en farsi et lettre parvenue à David Israël à l'École Alliance israélite universelle, institution internationale créée en France en 1860 - fondation commémorée en France par un timbre en 2010. Le courrier passe donc, d'entreprises concurrentes en entreprises, et dont les pays d'origine sont difficilement amis selon les paires constituées ; pour permettre la correspondance entre deux personnes de confession juive, dont une vivait dans un pays à majorité chiite qui, même devenu République islamique en 1979, assure une représentation politique minimale même si avec suspicion.

L'article de Wikipédia signale comment l'Alliance israélite universelle ouvrit des écoles avec le soutien des autorités perses au tournant du vingtième siècle et qui connurent une certaine popularité auprès des élites musulmanes... Peut-être car elles furent davantage françaises au départ qu'israélites et persanes par la suite ?

Une diversité postale pour une histoire de rencontres humaines variées, au-delà des intérêts géopolitiques ou commerciaux. Très beau souvenir qu'est cette enveloppe dans une collection grand vermeil et prix spécial du jury qui rejoint le long palmarès aérophilatélique de M. Maréchal depuis 1995.

À suivre...
Encore un article sur les collections de Paris-Philex : comment la Seconde Guerre mondiale inspire les collectionneurs.