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vendredi 19 février 2021

Un feuillet tronqué en Azerbaïdjan

 Note : l'auteur de cet article, toujours inquiet des conflits dans le monde et des victimes qu'ils causent, exprime ici une opinion sur des images, mais aucunement sur la situation géopolitique complexe de la région évoquée.

Tout s'était bien déroulé jusqu'en décembre 2020. L'armée azérie avait obtenu entraînement, matériel et soutien de pays proches (Turquie, fournisseurs israéliens) tandis que les dirigeants arméniens ne semblaient pas se préparer à une attaque d'envergure dans la région disputée du Haut-Karabakh, où une guerre s'était conclue, en 1994, par l'indépendance auto-proclamée d'une république d'Artsakh et l'évacuation forcée des habitants des montagnes alentours.

Du vingt-sept septembre au dix novembre 2020, l'Azerbaïdjan est parvenu à reprendre les territoires au sud de l'Artsakh. La prise de Choucha, au centre de la république non reconnue, conduit le premier ministre arménien à accepter un cessez-le-feu sous l'égide de la Russie, à l'effroi des Arméniens non préparés par une médiatisation de propagande.

Timbre sur enveloppe premier jour du dix décembre 2020 : lever du drapeau sur le sud-ouest repris.

Depuis, en Azerbaïdjan, le gouvernement communique fréquemment sur des éléments de cette victoire : trophées de guerre exposés, accueil de l'allié turc avec émission philatélique de remerciement, et, donc, plusieurs émissions de timbres le dix décembre 2020.


Graphiquement, le travail de Vugar Eyyubov est excellent en termes de messages et de symboles. Ci-dessus, le retour du drapeau national sur la partie du pays occupée depuis 1994, imprimé en Belarus. Ci-dessous, imprimé par les PTT turques, le paysage de la région reprise recrée le drapeau national... tout en évoquant le drapeau de l'allié turc ?

Un message en anglais au monde, sur fond de paysages symboliques des montagnes du Karabakh. Le message en azéri apparaît sur la marge de la feuille de dix timbres.

Et puis advint l'annonce d'une émission pour remercier les soldats et personnels médicaux azéris pour une année 2020 de sacrifices, entre déminage des régions reprises et lutte contre le covid-19.

L'émission Azerbaïdjan 2020 telle qu'annoncée en décembre 2020 par la poste azérie.

Découverte au détour des quelques médias qui ont relayé la colère d'Arméniens et de membres de la diaspora arménienne, j'ai évoqué, mi-janvier 2021, cette image en haut du feuillet, comparant les Arméniens à une maladie à éliminer... et une mise en page des timbres graphiquement peu plaisantes, et pourtant, du même illustrateur.

La question était : la poste azérie allait-elle tenir compte de ces réactions ?

Je signale que les émissions de la victoire et celle du trente décembre 2020 furent mises en ligne sur la boutique de la poste de Bakou et sa boutique sur eBay dans la seconde moitié du mois de janvier, en deux étapes.

Je l'ai commandé en deux fois donc... avec des lettres recommandées arrivées le samedi treize et le jeudi dix-huit février (comptez actuellement deux semaines en recommandé entre Azerbaïdjan et France). Voici le feuillet tel qu'il est illustré sur les deux boutiques et envoyé aux acheteurs - note : on peut commander la paire seulement - :

Le feuillet tel que reçu après une commande à la poste de Bakou.

Pas d'illustration sommitale, pas de sommet du tout d'ailleurs. Seuls quatre diptyques sont envoyés. On remarquera que trois segments de perforations sont apparus à gauche du feuillet par rapport à la photographie initiale.

En attendant que des archives postales et gouvernementales azéries parviennent aux historiens et philatélistes, que s'est-il passé ?

Le feuillet complet a-t-il été mis en vente localement - avec le premier jour initial reprenant la même illustration, il apparaît dans deux journaux télévisés aézris repris par Azermarka sur son compte Twitter (ici et ) ? Distribué à des officiels ? La solution de détacher vaut-elle pour l'ensemble du tirage ?

Zoom sur les dents déchirés : le haut du feuillet semblait bien être du papier blanc.

Ce choix fut-il lié aux quelques réactions étrangères avant qu'elles ne fassent tâche d'huile dans des médias plus importants ? Y a-t-il eu une réaction interne au pouvoir exécutif azéri : ne pas ternir l'image du pays qui s'est décrit comme victime depuis 1994 et comme rétablissant la justice en 2020 ? Fut-elle aidée par une action diplomatique d'une puissance intéressée à éviter une relance du conflit ?

En effet, la Russie est fortement impliquée dans les conséquences de l'accord du dix novembre, pour les cinq prochaines années : une force de paix pour garantir le cessez-le-feu sur la ligne de front autour de l'Artsakh non conquis, assurer la libre circulation entre Haut-Karabakh et Arménie (corridor de Latchin), ainsi que le contrôle douanier sur le corridor entre Azerbaïdjan et Nakhitchevan.

La troisième de mes enveloppes recommandées d'Azerbaïdjan depuis mi-janvier.

Dans tous les cas - imaginaires dans l'état des connaissances -, le scandale débutant a permis, en coupant l'image dérangeante, d'économiser l'usage de grandes enveloppes. En effet, le site de Bakou signale toujours le format du feuillet entier (18 x 20 cm) pour un usage apparemment constant d'enveloppes de 16,5 x 25 cm à chacune de mes trois commandes...


Si la philatélie est un revenu pour la poste azérie et le ministère de la Communication, on remarque qu'il y a donc plusieurs États qui se servent du timbre pour porter des messages à usage interne ou international.


Et la philatélie de l'Artsakh ? Le collectionneur peut se tourner vers le dernier numéro du mensuel français Atout timbres (n°268 du quinze février 2021, en kiosque) qui contient un article de trois pages sur la philatélie du Haut-Karabakh indépendant (1993-2020) ou la collection de courrier d'Éric Contesse sur Mon Blog timbré.

Il faudrait suivre l'actualité locale (à partir de médias artsakhiotes, arméniens et azéris) pour savoir où en sont les systèmes postaux au nord et au sud de l'Artsakh... même si les habitants doivent avoir bien d'autres soucis que d'envoyer du courrier.

dimanche 24 janvier 2021

Cartographie victorieuse à dangereuse en Azerbaïdjan

Note : l'auteur de cet article, toujours inquiet des conflits dans le monde et des victimes qu'ils causent, exprime ici une opinion sur une image, mais aucunement sur la situation géopolitique complexe de la région évoquée.

Depuis les dernières années de l'Union soviétique, la situation de la partie majoritairement peuplée d'Arméniens de la région du Haut-Karabagh est tendue, guerrière, et ce fait, sujet à une communication de propagande de la part des deux États reconnus par la communauté internationale, Arménie et Azerbaïdjan, et une république auto-proclamée d'Artsakh.

Oblast autonome au sein de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan de 1923 à 1991, la région est intégrée au système administratif azéri et, de là, proclame son indépendance et vivait sous protection de l'Arménie après une guerre de 1991 à 1994 qui a conduit à l'expulsion des autres habitants environnants dans le morceau sud-ouest de l'Azerbaïdjan.

La guerre de septembre-novembre 2020 a établi la situation que revendiquait l'Azerbaïdjan depuis les années 1990 et qu'un timbre inclus dans un feuillet a représenté le dix décembre 2020.

Timbre de la victoire, émis le dix décembre 2020 (site officiel de la poste azérie).

Dessiné par Vugar Eyyubov, ce timbre est une réussite de communication à destination de l'opinion publique nationale, et aussi, à destination des autres États : l'armée azérie (avec le soutien de la Turquie) a libéré le sud-ouest du pays, partie représentée par le drapeau flottant.

Le même dix décembre, si le message était incertain, il fut écrit en anglais sur un timbre : « Le Karabagh est l'Azerbaïdjan ».

Le message est clair (site officiel de la poste azérie).

Pour ceux qui doutaient que le timbre avait encore une valeur politique : ce n'est pas parce qu'en Europe de l'Ouest le collectionneur complétiste est une « vache à lait » d'une entreprise postales aux abois de la concurrence mal organisée, que d'autres gouvernements en ont oublié la valeur pédagogique à destination du pays et du monde : je rapprocherai ces deux timbres azéris aux premiers jours d'émission en présence du président iranien en pleine crise sanitaire en mars 2020, du premier ministre indien, etc., etc.

Cependant, depuis le trente décembre 2020, une nouvelle émission victorieuse de la poste azérie pose immensément plus problème pour la réputation du pays.

Alors, certes, la situation de la partie arménienne du Haut-Karabagh est loin d'être pacifiquement résolue : des troupes russes stationnent dans l'ancien oblast pour garantir le cessez-le-feu, l'Unesco s'inquiètent des destructions du patrimoine local par vengeance, etc.

Le feuillet complet de cinq fois deux timbres résumant l'année 2020 vécue par l'Azerbaïdjan (The Calvert Journal, douze janvier 2021 - image désormais introuvable sur le site de la poste azérie).

L'avant-dernier jour de 2020, furent émis deux timbres, repris cinq fois chacun sur un feuillet. Le mix de deux photographes : un soldat pour rappeler les risques pris dans la guerre et un personnel de nettoyage des espaces publics contre le covid-19. Le deuxième timbre illustrant cette double action par deux photographies de la désinfection et du déminage.

La comparaison guerre contre les Arméniens / guerre contre la maladie est... à débattre, mais non explicite.

Par contre, le choc chez des Arméniens et leurs soutien fut dans l'image-titre du bloc-feuillet : un personnel de désinfection évacuant la verte contamination du sud-ouest d'une carte du pays vers l'Arménie...

En histoire, devant un public comparer l'autre à la maladie à éradiquer n'a jamais été réalisé sans conséquence désastreuse. Et oui ! J'accepte mon point Godwin !

Voilà pourquoi - manque de réflexe de ma part - je reproduis le feuillet à partir de l'article du site d'information de l'ancien espace soviétique, The Calvert Journal, dont la rédaction se trouve au Royaume-Uni avec des correspondants dans les quinze républiques.

En effet, ces derniers jours, Azermarka, la poste azérie, a retiré de son site d'annonces des émissions toute référence à cette carte nettoyée : seuls les deux timbres sont visibles. Et son site de vente, gérée par la poste centrale de Bakou, ne propose actuellement aucun des timbres liés à la victoire au Karabagh. Seul, un timbre de 2019 célébrant la reprise des collines de Lalatapa, lors de combats en 2016, est proposé.

Est-ce le temps de mettre en ligne le stock ou de le réserver au public national ? Ou alors, en ne le proposant pas largement aux collectionneurs étrangers, la poste azérie préfère-t-elle éviter une plainte d'un État auprès de l'Union postale universelle ? Les collectionneurs français se souviennent de l'effet sur le gouvernement algérien du timbre français en hommage aux harkis, en 1989.

Depuis le centenaire de la Première Guerre mondiale, les collectionneurs peuvent découvrir comment la guerre et les nationalismes ont bouleversé violemment et pour quelques décennies la carte de l'Europe et du Proche-Orient... La dislocation des États multinationaux yougoslave et soviétique en apportent d'autres exemples tout aussi dramatiques.

mercredi 20 janvier 2021

L'affranchissement des envois services philatéliques

 En trois commandes d'automne, trois manières de contenter le client philatélique : à la fois par la sûreté de l'empaquetage de timbres, et par le souci d'offrir quelques timbres oblitérés.

Enveloppe du service philatélique de PostNL, sans date, dix-sept novembre 2020 d'après la facture (commande réalisée à partir du site marchand commun Wopa+).

Tout d'abord, le service philatélique néerlandais - que certains lecteurs français confronteront à celui français et ses cartons - est au plus rentable pour lui : entier de service, sans recommandation. Concernant le message en bas à gauche « Cet envoi est neutre en dioxyde de carbone », le destinataire ne peut juger que l'envoi, et non le parcours et le cheminement postal : enveloppe en papier, facture de même, à la rigueur il y aura le plastique-support de l'autocollant d'adressage imprimé sur la facture.

Par contre, cette neutralité peut signifier également la recyclabilité de ce qui permet de conserver une rigidité à l'envoi pour protéger les timbres commandés : une sorte d'enveloppe sans colle qui peut supporter quelques torsions, décorée du logo évidée orange de PostNL.

Avantage : tout est recyclable et le contenu protégé.

Inconvénient : même l'entier postal ne fait pas rêver...

Lettre recommandée des îles Falkland du quatorze octobre 2020, avec étiquette du relais postal urbain de Montpellier-Monoprix Jacques-Cœur.

Ah ! Un bon marchand : le service philatélique des îles Falkand, territoire britannique d'outre-mer au sud de l'Amérique et de l'Atlantique. En recommandé avec des fortes valeurs faciale au type Oiseaux, avec la deuxième étiquette de recommandation fine qui sert à sceller le rabat de l'enveloppe au dos, avec scotch par dessus - d'accord c'est moins recyclable le ruban adhésif...

Faute d'être chez moi, le facteur avait déposé un avis de passage avec l'autocollant rouge du relais postal urbain installé dans un supermarché du quartier. Au sein de ce commerce, le personnel de caisse alterne, selon les besoins, l'assistance aux caisses autonomes et la gestion du comptoir postal (vente de timbres et d'entiers/colis pré-affranchis, dépôt et retrait des recommandés et des colis). Cela offre une amplitude horaire plus importante pour disposer d'un service postal (pas de pause méridienne, ouverture tardive), mais, attention, les colis acceptés pour la France ont une limite de poids et le bureau ne gère pas l'expédition des colis pour l'étranger : se reporter au bureau de Montpellier-Richter, quatre cents mètres plus loin.

Un code-barres de La Poste française est ajouté pour gérer, j'imagine, les mouvements de ce pli au retour au centre de distribution vers le bureau de retrait final.

Pour la solidité, nous avons à faire à une plus essentielle invention britannique pour la correspondance : l'enveloppe à fond cartonné !!! Avec le poli message "Please do not bend" - Ne pas plier, s'il vous plaît ?

Avantage : à part une bande de scotch, comme pour les Pays-Bas, mais avec des timbres !

Inconvénient : les mêmes trois timbres qu'en 2018. Pour une collection complète, il faudrait peut-être faire des échanges avec des clients d'autres continents ?

Du même niveau de service : l'Azerbaïdjan.

Lettre recommandée d'Azerbaïdjan du vingt-huit décembre 2020

En lien avec comment la poste publique de ce pays participe de la communication / propagande des événements récents (à réévoquer dans un prochain article de ce blog), j'ai découvert que c'est la poste centrale de Bakou qui fait office de service philatélique par correspondance. Ne soyez donc pas étonné que le site commercial soit à l'adresse https://bakupostoffice.com/ et non au nom d'Azermarka, l'opérateur postal qui ne fait que montrer les émissions sur son site.

Le site est bien organisé - même si les émissions récentes liées au conflit avec l'Arménie ne sont pas (encore ?) listées. Des pages informent les pays de livraison possible, les frais de port et l'expédition en recommandé vers les destinations où le suivi de l'envoi existe.

Le collectionneur apprécie de recevoir un entier postal bellement illustré d'un monument, complété de trois timbres : une paire d'oiseaux de 2019 et un complément d'affranchissement de 2020. Ce dernier fait partir d'une série de trois timbres d'usage courant sur le shabaka/shebeke, l'art du vitrail azéri.

La sécurisation de l'envoi : l'adresse au stylo est protégé de l'humidité par un adhésif transparent. À l'intérieur, un bricolage garantissait la rigidité nécessaire aux timbres : ceux-ci étaient enfermés dans une pochette plastique pour classeur entourant un morceau de carton, le tout bien fermé et fixé par du scotch.

Avantage : un envoi philatélique d'un pays peu fréquent, avec une chance qu'une autre commande n'aura pas la même combinaison de timbres ; et des timbres très bien protégés.

Inconvénients : du scotch et du plastique (la pochette plastique et le carton peuvent resservir pour un nouvel envoi fragile), mais on comprend qu'une poste s'assure que ses envois arrivent sans accroc. Une enveloppe perdue ou abîmée est un coût.


Voilà, si cela vous aiguille vers quel service philatélique vous orienter si vous voulez recevoir une enveloppe recommandée timbrée en échange de vos frais de commande et de port.

samedi 12 décembre 2020

Victoire militaire en timbres au Caucase

 Jeudi dix décembre 2020, a eu lieu un défilé de la victoire à Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan, pour marquer la fin de la guerre du Haut-Karabakh (27 septembre au 10 novembre). Avec les forces armées azéries, étaient présentes les forces turques qui ont aidé à la reconquête de l'ouest du pays, sous contrôle arménien et de l'Artsakh depuis un précédent conflit dans les années 1990.

Le bloc-feuillet présenté lors du journal télévisé d'ARB, reproduit par la poste azérie sur son compte Twitter le vendredi onze décembre 2020.

Hier, vendredi onze, la poste azérie a posté sur son fil Twitter deux extraits de journaux télévisés sur l'émission, jeudi, d'un feuillet de six timbres célébrant ce défilé binational.

Tout d'abord, un clip de l'Agence de presse d'État d'Azerbaïdjan (Azertac) montre la cérémonie premier jour au cours de laquelle les présidents des deux pays ont oblitéré et signé plusieurs enveloppes-souvenirs.

En présence d'officiels et de la presse, les chefs d'État azéri et turc achevant la confection d'enveloppes premier jour pour le défilé de la victoire, copie d'écran (Azertac, dix décembre 2020, via le fil Twitter d'Azermarka).

Ensuite, un extrait du journal de la chaîne privée ARB expliquant l'émission philatélique et son contexte.

Pour certains pays, le timbre-poste reste donc un moyen de communication politique nationale et internationale, en temps de guerre comme de crise nécessitant l'unité nationale.

jeudi 22 octobre 2020

Tensions philatéliques et réseaux sociaux autour de l'Arménie

Les réseaux sociaux internétiques permettent de rassembler une communauté de pensée et de diffuser rapidement les informations nouvelles. Cela est un outil très intéressant pour suivre l'actualité d'un domaine...

...ou, pour un État ou un mouvement structuré, s'assurer que ses soutiens sachent se mobiliser contre un ennemi commun.

Deux exemples récents sont liés à la reprise des combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, avec la Turquie en soutien de la seconde. Et, outre la reprise de la propagande de chacun des États par des particuliers et les échanges de politesse entre lesdits particuliers, la philatélie peut servir de théâtre d'opérations à ce conflit.

Ainsi, un record de trente-huit mille personnes (+53%) ont participé au vote du plus beau timbre Europa de 2020. Le podium est : 1. Turquie, 2. Arménie, 3. Azerbaïdjan... suivis par le Belarus et la Pologne.

...

Les marchands philatéliques occidentaux devraient se tourner vers le sud-est de l'Europe ! Quelle passion pour le timbre-poste et la correspondance écrite !

Ou quelles mobilisations nationalistes de peuples connectés aux réseaux sociaux ?

Cela signifierait que les pays en conflit depuis fin septembre mobilisent constamment leurs opinions publiques autour de réussites communes, y compris un concours de beauté philatélique.

...

Ou pire, et toujours avec des timbres.

Un marchand californien spécialisé dans les timbres récents d'Arménie, Stamps of Armenia, publie régulièrement un timbre ou une série sur Twitter avec un lien vers son site de vente. Pratique assez commune chez les vendeurs disposant de comptes sur les réseaux sociaux.

Depuis le début des combats de septembre, ses publications sont désormais centrées sur les timbres évoquant la défense du pays et le génocide arménien, ordonné par le gouvernement des « Jeunes Turcs » et commis de 1915 à 1923.

Un rappel peu apprécié par une entité administrative turque, le deux octobre dernier quand Stamps of Armenia a reproduit le feuillet commémorant les participants de l'opération Nemesis, émis en 2015. Au sortir de la Grande Guerre, des Arméniens décident d'exécuter eux-mêmes les condamnations à mort par contumace prononcées par les cours martiales ottomanes en 1919-1920, avec les massacres des Arméniens et des Grecs entre autres chefs d'accusations.

Un terrain moralement équivoque donc... surtout quand les autorités républicaines turques refusent de reconnaître ce génocide en tant qu'action volontaire et délibéré.

Le deux octobre 2020 sur le compte Twitter @KKTC_Posta.

La personne responsable du compte Twitter de ce qui ressemble à la poste de République turque de Chypre du Nord (qui possède le plus utilisé @KKTCPosta, le lien vers la page philatélique de la poste,...) n'y est pas allé par quatre chemins, quitte à oublier la notion de neutralité d'un compte d'entreprise* : « Un pays qui est fier de son histoire de terreur et d'assassins ! »

Onze assassinats illégaux d'un côté, dont huit « justifiés » par la décision des cours martiales ottomanes mis en face du plus d'un million de victimes du génocide arménien à venger...

Le même qui en appelle directement aux comptes des postes turque et azérie (qui n'ont pas répondu - l'avantage ou l'inconvénient de représenter un État reconnu ?) : souhait d'un soutien ou appel à émettre un timbre célébrant le génocide ?

Toujours le deux octobre 2020.

... En vérifiant : le twitt de colère contre le timbre sur l'opération Nemesis a été néanmoins apprécié par le compte de la poste azérie... À la guerre comme à la guerre : la poste participe à la nécessaire propagande contre l'ennemi.

Mais, de là à interpeller un simple collectionneur... Et oui ! L'entreprise chypriote septentrional est allé interpeller un simple collectionneur : comment peut-on aimer ce genre de timbres sur des terroristes et des assassins ! Et de la limite des notions de reprise (ici retwit) et d'appréciation (like).

Qu'on se rassure : cette guerre philatélique s'est limitée à ces tirs de semonce sans conséquence humaine. Au contraire des tirs de canons dans l'ouest de l'Azerbaïdjan, des attentats et violences policières dans plusieurs pays de la région.


* Tiens, il y a eu une mise à jour à Chypre...
Cet article de blog était en tête depuis début octobre et je pense que les échanges rapportés ont peut-être eu un effet entre l'internaute qui tient ce compte Twitter et la poste de Chypre Nord puisqu'est apparue cette phrase dans la présentation du compte :
Copie d'écran du vingt-deux octobre 2020.

Je serai la KKTC Posta Daiseri - la Direction des Postes de la RTCN, je demanderais à cet internaute de revoir beaucoup de choses, surtout le nom du compte : KKTC Posta est hautement trompeur...

* Tiens, il y a une évolution du compte Twitter chypriote septentrional :
En voyant passer l'annonce de l'émission de Chypre du Nord pour les Jeux olympiques et paralympiques, ce dimanche cinq septembre 2021, le compte Twitter @KKTC_Posta, évoqué ci-dessus, présente désormais des atours plus officiels.
En septembre 2021. On remarquera la nécessité pour le courrier international d'indiquer un code postal de Turquie pour joindre la boîte aux lettres du service philatélique demi-insulaire.

Il annonce uniquement les émissions de timbres et animations philatéliques de la poste de la République turque de Chypre Nord. Le message anti-Arménie d'octobre 2020 n'est plus accessible.

Transfert du compte d'un particulier à la poste du pays ? Choix d'un webmestre davantage conscient des enjeux d'une vitrine du pays ?

lundi 19 octobre 2020

L'Azerbaïdjan a-t-il commémoré un résistant français fictif ?

 Quelques articles vont suivre ces prochains jours sur comment la philatélie participe des conflits et guerres entre Arménie, Azerbaïdjan et Turquie dans le contexte de la reprise des combats au Haut-Karabagh, depuis le vingt-sept septembre 2020.

Ainsi, le vingt-deux septembre dernier, la poste azérie a émis un timbre qui peut plaire à la France et aux Français : le centenaire de la naissance de Ahmadiyya Jabrayilov (1920-1994), Azéri capturé par les troupes allemandes sur le front de l'Est et emprisonné en France où, évadé, il participa à la résistance contre l'occupant nazi avant de rejoindre l'Union soviétique.

L'annonce de l'émission sur le fil Twitter du ministère du Transport, des Communications et des Hautes Technologies de la République d'Azerbaïdjan, le vingt-deux septembre 2020.

C'est mérité pour quelqu'un qui a risqué sa vie contre les nazis, comme le signale la page de la Wikipédia en azéri qui signale une maison-musée, des décorations,... ses rencontres avec de Gaulle et Thorez qui lui offre son pistolet...

... si cet homme a existé ! Ou en tout cas a vraiment vécu en France ?!! ...

Car l'article de la Wikipédia en anglais dépasse la biographie pour signaler les débats qui ont conduit à la suppression de la biographie sur les Wikipédias en français et en russe faute de sources historiennes, et même faute de son nom et pseudonyme dans les principales archives des mouvements de la Résistance autour de Montauban où cet homme aurait combattu.

...

Mon hypothèse à partir des éléments évoquées par les participants des Wikipédias :
- une création de propagande par les autorités soviétiques,
- prise au premier degré par un Wikipédien de l'ancienne zone soviétique,
- sans respecter un des principes de l'encyclopédie en ligne à laquelle tout le monde peut participer : les articles font la synthèse des connaissances établies par des professionnels des différentes disciplines.

Avec le ministère et la poste azéris qui poursuivent l'œuvre de propagande avec un timbre commémoratif sur une tromperie, aggravé d'une tour Eiffel... Bien loin d'un paysage du sud-ouest de la France.

Les présidents Nikol Pachinian et Emmanuel Macron participent à une cérémonie premier jour du timbre Charles Aznavour, lors du Sommet de la francophonie à Erevan, en octobre 2018 (télévision arménienne, via Nouvelles d'Arménie Magazine, douze octobre 2018).

Au moins quand les présidents arménien et français marquent l'émission d'un timbre sur un Français de descendance arménienne en 2018, le chanteur a bien existé, lui !