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mardi 28 juillet 2026

La France face aux feux de forêts et au changement climatique : du rôle des timbres et du service philatélique

 De nouveau, après l'été 2022, les forêts des Landes de Gascogne connaissent un incendie catastrophique en termes environnementaux et humains depuis le vingt-deux juillet dernier. En 2022, c'était le sud du bassin d'Arcachon ; en 2026, c'est le nord.

Habitants, exploitants forestiers, pompiers, volontaires et militaires font face au refus politicien et médiatique de répondre aux questions : 

- face à des climats qui s'assèchent et se réchauffent en France hexagonale, qu'ont fait les dirigeants pour la prévention et l'équipement à court terme ?

- Face au changement climatique et ses effets sur une forêt artificielle et productive de pins hautement inflammables, qu'ont-ils prévu à long terme ?

« On ne politise pas les feux de forêts ! » est le slogan successif du Premier Ministre, du ministre de l'Intérieur et du président de la République. Comme il ne fallait pas politiser les souffrances et morts des vagues inédites de chaleur de mai et juin 2026 ! L'installation à peu de frais de climatiseurs était alors la solution à court terme, sans envisager qu'en deux mandats, le parti présidentiel n'a pas organisé comment construire l'immobilier neuf et rénover l'ancien pour faire face aux chaleurs estivales aggravées.

Pourtant, en juillet 2024, La Poste faisait son travail d'information du public, probablement sous l'effet de demande politique locale ou nationale d'émissions de timbres-poste du programme philatélique.

Le timbre sur le Canadair de la Sécurité civile, oblitéré premier jour à Paris et, ici, à Nîmes, où se trouve la base de Nîmes-Garons (scan du Document philatélique de Philaposte).

Le cinq juillet 2024, en premier jour, le Canadair était célébré comme outil emblématique de la lutte contre les feux de forêts en France, du nom de l'entreprise canadienne de construction aéronautique qui en a conçu les différentes itérations.

Cet engin capable de voler au ras d'un plan d'eau pour aller en escadrille déposer sa cargaison sur le front du feu pour le ralentir et permettre les interventions des pompiers au sol. Le bruit caractéristique de ses moteurs sont connus de nombreux départements littoraux, particulièrement méditerranéens.

Et, chaque été de grands feux destructeurs, chaque hiver de débat budgétaire au Parlement, son nom synthétise le débat sur l'équipement des pompiers et de la Sécurité civile face à ces incendies. En effet, la flotte des Canadair français est de douze vieillissants, d'une maintenance coûteuse depuis que le modèle n'est plus produit faute de commandes.

Certes, son successeur, une reprise par le canadien De Havilland, est en élaboration, mais pour des livraisons à la fin de la décennie... En attendant, le public tente de comprendre comment les Premiers Ministres, nombreux et successifs du président Macron, en sont arrivés à douze avions dispersés en cas d'été sec.

L'illustration par Mathieu Persan du document philatélique de Philaposte, dont il a aussi créé le timbre (scan).

Comme le climatiseur l'est depuis mai 2026, politiciens, soutenus par les médias économes, jurent que ce n'est pas de leur faute : Canadair a cessé la production, à céder ses plans à d'autres, que le budget de la France est difficile pour dépenser. Mais au pays d'Airbus et de l'industrie aéronautique militaire... ça passe mal, surtout quand les baisses d'impôts et niches fiscales se compte par milliards au bénéfice d'une minorité d'entreprises et leurs dirigeants, sans retour économique apparent pour la majorité des citoyens.

Plus pertinent paraît le discours des états-majors des pompiers et de la Sécurité civile que le Canadair est indispensable, mais pas le seul outil ni stratégie participant de la lutte contre ces feux forestiers. Mais indispensable.

L'illustration que Mathieu Persan a créée pour le document philatélique du timbre Le Canadair de la sécurité civile accompagne bien le propos de Julien Marion, directeur général de la Sécurité civile : d'autres avions, Tracker et Dash, et les hélicoptères Dragon peuvent eux aussi bombarder d'eau ou de produits retardant la végétation enflammée ou menacée par le front.

... Sans aller jusqu'à l'excès inverse des politiciens et des chaînes d'information continue en pamoison devant un avion de transport A400-M, prévu pour un usage militaire, converti en bombardier de retardant cet été. Au moment d'écrire cet article de blog, il a effectué un unique (utile) vol dans les Landes, le deuxième devant avoir lieu prochainement.

Scan du document philatélique de Philaposte pour le timbre sur le Canadair, premier jour de Nîmes du cinq juillet 2024, illustrations de Mathieu Persan et texte de Julien Marion.

Comme tout, la prévention et la lutte contre les feux de forêts sont un système de moyens, d'actions, prévus longtemps à l'avance et revus encore après.

Ce que nos politiciens et principaux médias ont du mal à concevoir, entre incompétence et malhonnêteté électoraliste.


La forêt est elle aussi un système.

Le timbre Forêt des Landes émis mi-juillet 2024, avec premier jour dans trois villes de Gironde et la préfecture des Landes.

Le même mois de juillet 2024, La Poste émettait un timbre sur la forêt des Landes, dont les textes des documents et notices philatéliques insistaient sur l'histoire, mais aussi la fragilité suite aux feux de 2022, en évoquant explicitement le changement climatique comme un des défis visant cette forêt au vingt-et-unième siècle.

L'illustration de Ségolène Derudder, gravée par Line Filhon, montre bien la domination du pin maritime dans les Landes, et même partiellement sur ces alignements à visée productiviste de leurs plantations depuis le grand chambardement écologique provoqué par l'empereur Napoléon III, dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.

Dans l'émission Le Cours de l'histoire du trente août 2022 (rediffusée dernièrement), l'historien Jacques Sargos et le géographe Paul Arnould racontent et expliquent comment, en 1852, un géomètre en chef du cadastre décrit, puis compare, les Landes des deux départements, constatant leur différence de développement économique... La légende a ajouté le voyage en train vers l'Espagne de l'empereur, désolé d'un tel paysage entraînant la misère.

Scan d'une notice philatélique au timbre de la forêt des Landes, avec texte du directeur de Philaposte, offert aux clients du service philatélique fin 2024.

Comme le remembrement des années 1940 à 1970 (ici, , en BD), l'enforestation des Landes a été un drame social, une opportunité économique pour les grands propriétaires, des industriels liés au bois et à la chimie, et ceux amenant les capitaux. Pas vraiment les bergers sur échasses.

Le pin maritime fut majoritaire en raison des sols et de sa croissance rapide, donc rentable et profitable pour les dits propriétaires fonciers et industriels.

Un siècle et demi plus tard, après une alerte en 1949, cette forêt de résineux d'exploitation suscite ses propres limites.

Un système que politiciens, grands médias et mauvais commentateurs résument à un seul point (juste, mais pas suffisant seul) : la surface à entretenir est énorme, le débroussaillage et la gestion des bois morts (en retirer par sécurité, en laisser par biodiversité) à répéter éternellement même pour de petits propriétaires fiers de leur héritage foncier mais sans assise financière pour les coûts d'exploitation avant coupe et vente. Donc, on accuse les politiciens et associations écologistes d'empêcher cette vidange de végétaux morts dans le but de protéger la biodiversité...

Encore une semaine de feu et d'évacuation et ils accuseront des baigneuses faisant du surf en burkini à Lacanau.


Même le président de la République, l'hypocrite créateur d'une Convention citoyenne pour le climat dont il n'a pas tenu compte (2019-2020), le bullshiteur - digne de Trump - avec son Make the planet great again (juin 2017), n'a pas évoqué le changement climatique lors de sa visite en Gironde hier. Par contre les pronoms l'incluant à la lutte alors que ce sont les habitants et les pompiers qui payent en sueur, larmes, souvenirs d'une vie, et sacrifice mortel.

Comme signalé avec la poste des États-Unis et les timbres qu'elle a émis pour les deux cent cinquante ans de l'Indépendance, la poste française semble tenir une certaine direction honnête et honorable dans son programme philatélique, qui est désormais de la seule signature et responsabilité du Président du Groupe La Poste.

L'actuelle et nouvelle présidente de ce groupe laissera-t-elle Philaposte et sa commission philatélique poursuivre ce travail d'équilibre entre timbre émis, liberté des textes imprimés sur les documents, etc. Ou fait-elle partie des nominations dignes de notre président : n'importe qui de ses alliés pouvant devenir préfet, recteur, etc. ?

jeudi 7 août 2025

La mémoire des vétérans des Nations unies au Mémorial de la Paix de Busan (2 sur 3)

 Aux côtés des souvenirs militaires, évoqués dimanche dernier, le courrier et les timbres-poste participent des vitrines de la galerie, au Mémorial de la paix à Busan, en République de Corée, en hommage aux troupes des pays ayant participé à l'expédition des Nations unies de soutien à la Corée du Sud, entre 1950 et 1953.

Ces objets sont variés tout autant qu'ils jouent des rôles divers dans la reconstitution de la vie quotidienne de ces soldats et du souvenir que les événements ont laissé en Corée et au-delà.

Note : oui, les objets ici décrits ont été photographiés au smartphone à travers une vitre et l'éclairage du musée... On peut faire mieux en prise de clichés et en trouvailles collectionneuses.

Un entier postal recommandé utilisé par un militaire australien en 1956 pour jouer à la loterie, un quasi -monopole de Tattersall's, fondé par George Adams (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024 - merci à Ian Billings pour l'identification de la destination du pli). 

Ainsi, plusieurs objets sont similaires à ceux employés pendant l'expédition en Corée, mais pas forcément utilisés aux bonnes dates. Telle cette enveloppe-entier recommandé australien, utilisé par un soldat de ce pays pour une correspondance vers l'État de Victoria, en 1956, et transmise par la poste militaire.

Il faudra consulter des ressources spécialisées pour savoir si des troupes et l'APO 215 (Army Post Office) étaient encore en Corée cette année-là, ou si ce bureau gérait une zone d'Asie de l'Est plus stable, telle l'occupation du Japon.

Les timbres d'Inde surchargées pour servir au Corps expéditionnaires en Corée (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Encore plus générique, la vitrine consacrée à l'Inde présente la série neuve de timbres-poste indien, surchargés pour servir à la poste militaire en Corée.

Trois enveloppes et trois lettres de courrier militaire grec de la guerre de Corée (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Plus marquantes sont donc ces trois enveloppes en franchise militaire et trois lettres manuscrites liées à des soldats grecs en Corée, en 1952 d'après les cachets oblitérants.

Les hellénistes liront les numéros des bureaux de poste militaire et déchiffreront le contenu de ces courriers, s'ils vont de la Corée vers la mère-patrie, à peine sortie de l'occupation nazie et de la guerre civile avec les communistes.

Affiche dans l'entrée du Mémorial appelant aux dons des souvenirs des vétérans de la guerre de Corée.

Ce manque d'objets postaux directement lié à des individus et leur petite histoire, ainsi que la disparition progressive des vétérans, est illustré par le lancement en 2023 d'un appel aux dons de leurs souvenirs par les vétérans de la guerre de Corée, ou leurs familles.

L'affiche dans l'entrée du Mémorial montre un ensemble de memorabilia qui rappellera aux Français la Grande Collecte du centenaire de la Première Guerre mondiale, juste avant 2014.


Ensuite la pure philatélie vient à la rescousse de la mémoire.

Carte postale de l'arrivée des troupes belges en Corée, oblitérée lors d'une exposition philatélique, le quatorze avril 1951 (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Des soldats belges, tout juste débarqués en Corée, illustrent une carte postale utilisée comme souvenir lors d'une exposition philatélique à Woluwe (soit dans Bruxelles, soit en Brabant flamand).

L'item montre le lien entre les troupes et la population au pays si un collectionneur belge a des informations sur cette exposition.

Enveloppe premier jour de l'émission Volontaires de Corée du vingt-cinq septembre 1952 (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024). 

C'est par l'émission de 1952 que les soldats tucs volontaires sont, entre autres, honorés dans la vitrine de la Turquie : quatre timbres sur une enveloppe premier jour.

L'illustration de celle-ci est claire : autour d'une carte de la péninsule coréenne, des soldats mitraillent et mettent ainsi en fuite des soldats vers la République populaire de Chine, pendant que le drapeau turc est levé à la frontière entre la Corée et la Chine au nord.

Ceci était fort optimiste alors que le front s'était stabilisé depuis 1951 à la frontière actuelle.

Timbres de Colombie de 1954 célébrant les forces armées colombiennes... pour un coup d'État (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Cependant, tout ce qui brille n'étant pas d'or, il y a quelques surprises à utiliser les si commodes timbres-poste.

En Colombie d'abord, ces deux blocs de timbres colombiens, nation participant à la Force des Nations unies en Corée, honorent les Forces armées colombiennes pour l'anniversaire du treize juin 1953, un an après l'armistice de Panm...

...

Euh, l'anniversaire d'un coup d'État militaire à Bogota, un mois avant l'armistice inter-coréen.

J'imagine qu'un Coréen, un Chinois, un Cambodgien aurait aussi des choses à redire sur les expositions d'arts asiatiques en Europe.

Le drapeau de l'empire d'Éthiopie et les timbres coréens de 1951 remerciant les pays venus à son secours (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Deuxième surprise : l'Éthiopie, un peu comme le badge dans la vitrine de la Turquie ou de la Colombie, fait partie des pays où j'imagine que la vitrine a été difficile à créer : quelle mémoire des vétérans de la Corée dans ces pays depuis bousculés par les événements politiques, économiques et sociaux ?

D'où un effort pédagogique de rappeler déjà que c'est l'Empire d'Éthiopie qui a répondu à l'appel du Conseil de sécurité des Nations unies : rappel du drapeau de l'époque imprimé sur carton et avec les timbres de 1951 que la poste coréenne a émis pour chaque pays participant à l'expédition.

Timbre de Corée du Sud de 1968 : visite de l'empereur Haïlé Sélassié auprès du président Park Chung-hee (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).  

Un timbre-feuillet de 1968 rappelle ce lien entre Corée et Éthiopie : la visite de l'empereur Haïlé Sélassié en Corée du Sud, alors présidée par Park Chung-hee.

Le planisphère choisi est éloquent : centré sur l'océan Indien, il relit la péninsule coréenne à l'Éthiopie par une branche des lauriers de la paix, de couleur verte (ni bleu, ni rouge... en ces temps de guerre Froide).

Lors de cette visite, l'empereur est ainsi le huitième non coréen et le premier africain à recevoir le grand ordre de Mugunghwa, remis de 1949 à 2008 aux présidents sud-coréens en début d'exercice, qui peuvent en décorer les chefs d'État alliés du pays.


Grand ordre dont le premier étranger à le recevoir fut le président de la République fédérale d'Allemagne en 1964... 

Ah ? Pas Truman, ni Eisenhower, présidents des États-Unis d'Amérique pendant le conflit ?

L'Allemagne, l'ancien allié du Japon impérialiste ?

...

Pourquoi ? Réponse partielle au prochain épisode sur le Mémorial de la paix des Nations unies, à Busan.

dimanche 18 mai 2025

C'était l'Eurovision de la chanson 2025 à Bâle

 Le six mars 2025, La Poste Suisse a émis un timbre-poste pour marquer l'organisation du Concours Eurovision de la chanson 2025 à Bâle, la semaine du douze au dix-huit mai.

Le timbre autocollant suisse pour l'Eurovision Song Contest 2025.

La Radio-Télévision Suisse retrouve le concours grâce au chanteur Nemo, le briseur de code aux capacités de voix et d'équilibre qui ont impressionné jurys et public en mai 2024.

L'enveloppe premier jour de La Poste Suisse.

Balthasar Bosshard (Wonky Studio) interprète le rôle des sens et de la mise en scène du concours de ses origines au concours de Bâle : sur le premier jour, l'artiste est simplifiée à la bouche souriante, les yeux, et ses membres dansant. Elle sort d'un téléviseur en noir et blanc des années 1950 pour aller vers un écran plan en couleur.

Et en trois dimensions même sur le timbre comme l'immense scène créée pour les artistes à Bâle : un grand mur en arrière-plan, un portail au premier plan et une scène immense au sol sur laquelle peuvent également diffuser les films d'immersion des chansons.

Cela permet d'attirer les téléspectateurs puisque la performance sur scène peut dépasser la seule écoute, le clip habituel et même les costumes et constructions théâtrales peuvent être encore plus développés. Après, peut-être que les montagnes enflammées de Norvège ou le navigateur autrichien au milieu de la tempête auront laissé une chance à l'utilisation plus traditionnelle d'une scène de concert par Claude, chanteur trilingue des Pays-Bas, voire la modestie de la mise en scène suisse.

Le feuillet de dix timbres autocollants.

Le timbre, à l'unité comme en feuillet illustré de dix, est autocollant. La marge supérieure du feuillet reprend le logotype du concours avec le drapeau suisse et une partition aux yeux. Les lèvres chantant, à droite, entourent le trophée.

Et oui, la bouche d'où sort un œil rappelle le décor du numéro de la Maltaise Miriane Conte.

jeudi 8 mai 2025

Les Farmerettes de l'Ontario : la Victoire par la discrète insouciance

 Autre pays qui honore ses habitants pour l'effort de guerre et à la victoire contre le nazisme et l'impérialisme japonais entre 1939 et 1945, le Canada a rappelé le rôle des agriculteurs lors de Première Guerre mondiale et de jeunes femmes volontaires pendant la Seconde.

L'enveloppe premier jour éditée par Postes Canada pour le timbre Farmerettes de 2024.

En Ontario, à partir de 1941 et encore plusieurs années après-guerre, une organisation provinciale a encouragé les jeunes femmes de plus de seize ans a se porter volontaire dans les fermes de fruits et légumes du sud-ouest et de la région du Niagara, manquant de main d'œuvre masculine partie soutenir les autres membres du Commonwealth.

Les Farmerettes, souriantes en tenue sportive sous le soleil sur la photographie choisie pour le timbre émis le vingt-huit octobre 1914, sont une redécouverte régulière depuis les années 1990 pour les journaux et médias locaux de l'Ontario, grâce au souhait d'une ancienne Farmerette devenue journaliste, Shirleyan English.

En 1995, elle a écrit un article sur ses souvenirs de cette jeunesse insouciante, plus heureuse de sécher les évaluations du lycée que consciente des enjeux du conflit global, qui lui ramena trois cents courriers d'anciennes volontaires.

Désormais, ce ne sera plus une découverte puisque Shirlevan English a contacté Bonnie Sitter dans les années 2010. Cette dernière, écrivaine, rangeait les souvenirs de son défunt mari quand elle retrouva la photographie de jeunes femmes assises sur le marche-pied d'un véhicule, dans la ferme familiale, près de London et du lac Huron.

Sitter écrivit à un journal du secteur pour savoir qui étaient ces « Farmerettes 1946 » et c'est English qui lui répondit.

En 2019, elles ont publié Onion Skins and Peach Fuzz: Memories of Ontario Farmerettes (« Pelures d'oignons et velours d'abricot: Mémoires des Farmerettes de l'Ontario », images de la peau de ces jeunes femmes et des conséquences des coups de soleil).

La photographie de 1946 retrouvée par Bonnie Sitter (capture de We Lend A Hand, 2025) : photographies aussi anciennes... admissible en classe ouverte ?

En 2024, lorsque l'article de CBC News est publié le onze novembre 2023, une pièce de théâtre par Alison Lawrence était en préparation sur cette expérience pour être jouée à l'été 2024, ainsi qu'un documentaire présenté au Festival du film documentaire Junction North, en Ontario, début avril 2025 : We Lend a Hand (« Nous avons donné un coup de main »). Dans celui-ci, le réalisateur Colin Field a interroger vingt anciennes Farmerettes, désormais âgées de plus de quatre-vingt-dix ans.

Le livre semble pouvoir être commandé auprès de Bonnie Sitter par ici. Le documentaire est proposé en festival et, sur demande, des projections sont organisables en Ontario.

vendredi 28 mars 2025

"Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" célébré sur timbre en Lettonie

 Un phénomène à fantasme de comptable hollywoodien : 3,5 millions d'euros de budget, plus de 33 millions de revenus en vente de tickets en Europe, toutes les Amériques et jusqu'en Inde et au Vietnam !!! 

L'énième épisode des Marvel Studios qui pense vendre de l'audio-visuel comme on vend des comics multi univers ? Non. Un film comique français avec des gags répétitifs qui ne font plus rire que ceux qui n'ont pas évolué depuis leur adolescence délinquante et machiste des années 1960 ? Pitié.

Le timbre oblitéré premier jour le vingt-sept février 2025 à Riga, en Lettonie.

Non, il s'agit de Flow, Straume en letton.

Un film d'animation, sans personnage ni parole humaine, aux personnages animaux non authropomorphiques, subissant une crue aussi destructrice que mystérieuse pour eux que pour le spectateur, au milieu de constructions vidées d'une civilisation humaine (?).

Une partie d'entre eux se retrouvent sur une arche - un banal voilier - à l'équipage éclectique : un capybara en mode optimal d'économie d'énergie, le chat-héros perdu et méfiant, un maki-catta cleptomane et égocentré, un labrador un peu con... un chien quoi.

Et un oiseau : un messager sagittaire blessé... qui paraît en savoir plus que ses compagnons de mésaventure, vouloir les aider, mais hautain dans les deux sens du terme.

L'enveloppe premier jour créée par la poste lettonne, avec quatre des compagnons de voyage du chat noir.

Aidé par le financement de producteurs belges, français et lettons, l'animateur et scénariste Gints Zilbalodis atteint la célébrité avec ce film indépendant en tout : l'intrigue, les personnages, le ou les sens de l'histoire... Tout peut être compris comme il le souhaite par le spectateur.

Indépendant : Zilbalodis et son équipe ont utilisé un logiciel libre d'animation, Blender ; libre au sens d'une grande liberté de droit d'utilisation du programme et de ses possibilités. Certes, des aplats de couleurs peu habituels en 2024, mais un film neuf.

Face aux grosses productions Disney-Marvel, devenues répétitives et répétées pour les classiques de Walt, la lente émergence de Flow parmi le public depuis une des sélections du Festival de Cannes en mai 2024, des prix des professionnels et du public en festivals d'animation, une sortie en cinémas français d'auteurs Utopia pendant l'été, puis à partir de fin août les successions de sorties nationales en Lettonie, France,...

La poste lettone, Latvijas Pasts, émet sur timbre de 2,54 euro un des visuels promotionnels du film sur timbre : le chat noir sur fond des paysages de cette mystérieuse forêt et de ces ruines culminant en pointe vers le ciel.

La date n'est pas par hasard : le vingt-sept février 2025 ouvre la période de cinq cérémonies de récompenses connues internationalement et pour lequel le film est sélectionné comme meilleur film d'animation et meilleur film étranger !!!

Les cinq prix sont obtenus en animation depuis le César en France jusqu'à l'Oscar aux États-Unis.

Avec l'ensemble des nominations et des prix obtenus en festival spécialisé et récompense nationale, la Wikipédia en anglais a pu en détacher une liste de l'article sur le film.

Timbre allemand de 2017 pour les cinq cents ans de la Réforme, lancée par Martin Luther.

Les critiques de cinéma, les éditorialistes des différents journaux ont donné les idées principales qu'offriraient le film aux spectateurs...

Après l'avoir vu et [pas de divulgâchage] m'être interrogé sur certains aspects précis, j'ai eu une interprétation personnelle en découvrant que l'auteur était letton, donc d'un pays de tradition luthérienne.

Au début du seizième siècle, en opposition du message de l'Église catholique que les actions personnelles permettent sur constat des clercs le pardon des fautes (notamment en monnaie sonnante et trébuchante offerte directement à l'Église de la Renaissance riche de peintures et d'architecture monumentale dans les palais de Rome), Luther repart du texte biblique : seul Dieu décidera des bons et des mauvais au Jugement dernier.

Les différents courants issus de la Réforme étant plus ou moins optimiste sur la volonté de Dieu, le rôle des actions, quand la décision de Dieu est prise, etc.

De là, certaines actions des animaux du film prendraient une tournure religieuse : la foi, la cruauté de ceux qui pensent être supérieurs par ... , la nécessité de la confiance en ... pour ceux qui n'ont que cette foi de l'action pour espérer sauver les autres et se sauver soi-même, etc. Les points de suspension sont à compléter selon les réflexions de chacun.

Ceux qui ont vu une dernière et pitoyable scène du film comprendront que le personnage le plus fidèle... Et on revient alors à la scène d'une des rares espèces encore en groupe... Et ce chat noir qui se croyait satisfait isolé et ... dans ce groupe bigarré...

...

Revoir Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau.


Compléments du mardi vingt-deux avril 2025 :

Les récompenses printanières nord-américaines et européennes du film ont rendu un peu fou les entreprises qui se promeuvent avec Flow / Straume : sculpture du chat sur un mur en plein centre touristique de Riga, ballon gonflable géant chez un pays voisin, etc.

Un point de retrait-dépose colis automatique à Riga, vu le réseau social X.

En mars 2025, Latvijas Pasts, la poste lettone, a même décoré un de ces grands blocs automatisés de retrait de colis mi-noir, mi-affiche du film.

Annonce de la diffusion gratuite et massive du film sur Zócalo, à Mexico, le trente avril 2025 (capture d'écran d'un message temporaire du créateur du film sur Instagram).

L'engouement est tel que le mercredi trente avril prochain, jusqu'à deux cent mille personnes pourront voir le film projeté sur la place de la Constitution ou Zócalo, au centre de Mexico.

Apparemment, le créateur du film imagine son héros aussi haut que le mat portant le drapeau mexicain et les tours de la cathédrale métropolitaine.

mercredi 26 mars 2025

La libération électrique des États baltes

 Le samedi huit février 2025, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont déconnecté leurs systèmes électriques de celui de la Fédération de Russie. Après vingt-quatre heures en autarcie, le réseau balte a été connecté au réseau de ses voisins de l'Union européenne et partenaires.

Le titre officiel de l'émission est géopolitiquement le plus positif : la Synchronisation du système énergétique baltique avec l'Europe.

Le timbre de Lettonie sur l'enveloppe premier jour du sept mars 2025.

Un mois après la réussite de l'opération, la poste lettone (Latvijas Pasts) a émis un timbre de 2,54 euro, le tarif de la lettre simple vers l'Europe - et vingt-quatre centimes au-dessus de la lettre basique intérieure.

L'illustrateur Māris Upenieks a représenté des moyens de production : hydroélectricité, solaire ; un réseau de connexion par des segments et un pylône ; et enfin les usage à travers une bouilloire électrique - thématique électro-ménager et préparation de boissons chaudes !

L'enveloppe premier jour au collage du timbre particulièrement précis...

Outre l'importance géopolitique de l'événement - se détacher de la Russie agressant l'Ukraine et intégrer davantage l'Union européenne -, la réalisation de l'enveloppe premier jour montre un souci du détail : les flèches coupées en milieu des bords latéraux du timbre sont reconstituées sur l'enveloppe aussi précisément que sur le feuillet de dix timbres.

Le timbre est gommé... Bravo si c'est un travail manuel sur quelques centaines d'enveloppes.

La boutique philatélique lettone est accessible en anglais à cette adresse. Elle est aussi membre de la place de marché philatélique et numismatique WOPA+.

lundi 17 mars 2025

Comprendre le désespoir des Chagossiens grâce à Florian Grosset

 En 2021, l'autrice et illustratrice Florian Grosset a publié The Chagos Betrayal aux éditions Myriad, sous-titré « Comment la Grande-Bretagne a volé une île et fait disparaître son peuple ».

Couverture du roman graphique avec le logotype du prix Bread and Roses 2022 de l'Alliance des libraires radicaux (site web de l'éditeur Myriad).

Native de l'île Maurice et résidant dans le Kent, elle fait le récit de l'éviction des habitants des îles Chagos par les autorités britanniques dans les années 1960 et 1970, et leur tombée dans l'oubli et la misère au sein des sociétés des Seychelles, de Maurice et du Royaume-Uni, jusqu'à ce que des Chagossiens fassent appel à la plus haute juridiction britannique pour casser la séparation de leur archipel de la colonie de Maurice sous la forme du Territoire britannique de l'océan Indien (B.I.O.T. en anglais) et obtenir le droit de retourner y vivre.

Timbre de 2017 représentant les revendications de Maurice sur les îles et zones économiques exclusives du sud-ouest de l'océan Indien, dont l'archipel Chagos.

La suite est médiatiquement et juridiquement connue : à partir des années 2000 à l'approche de la renégociation de la location  par le Royaume-Uni de l'île Chagos Garcia comme base militaire aux États-Unis d'Amérique, l'État mauricien se lance dans une campagne internationale de revendication de l'archipel : la métropole coloniale n'avait pas le droit de dépecer le futur pays indépendant d'une de ses parties.

À partir de 2010, la campagne s'intensifie : le Royaume-Uni veut faire de l'archipel une aire marine protégée... ce qui, si Maurice récupérait la zone, ne permettrait pas de l'aménager et l'employer aisément à la pression de mouvement écologiste. Ici, pour une fois, Maurice se souvient de ses citoyens chagossiens.

Enveloppe premier jour mauricienne célébrant la décision de la Cour internationale de justice sur la souveraineté des Chagos, en août 2019.

Depuis que les institutions judiciaires inter-gouvernementales ont donné raison à Maurice, cette dernière et le Royaume-Uni négocient ce retour et les dédommagements, avec les États-Unis en locataire à long terme de Diego Garcia, en donnant cependant l'impression aux Chagossiens que leur droit au retour n'est pas au cœur des objectifs des gouvernants mauriciens.

Pourtant, le traumatisme est profond et voilà pourquoi la lecture du livre de Florian Grosset me paraît indispensable aux personnes intéressées et aux philatélistes souciant exposer cette histoire par une collection : une colonisation commerciale privée de l'archipel, son dépeuplement inhumain en pleine Guerre froide au détriment d'habitants absolument pas préparée à tout ce qu'ils leur sont arrivés économiquement bien sûr, mais aussi culturellement, socialement, juridiquement.

Sur ce dernier point, le mépris des « dédommagements » jurisprudentiels entre l'ancienne métropole et les deux États d'accueil contraint, ou pire, le dédommagement direct d'un Chagossien ont permis aux dirigeants britanniques de s'en laver les mains.

Sauf que le dessin de Florian Grosset montre le malheur de comment des populations descendants d'esclaves africains et de coolies de l'Empire des Indes sont déclarées non habitants de leurs îles avec la fermeture de la plantation de coco... Malgré les générations, ils ne sont pas considérés par le colonisateur comme résidents permanents, mais comme ouvriers temporaires d'une entreprise privée qui contrôle une bonne partie de l'approvisionnement de l'île, et donc du peu de monnaie privée en circulation.

En supprimant les salaires en nourriture, en fermant le magasin de la plantation, les habitants étaient condamnés à mourir de faim ou à monter sur un des bateaux... pour un voyage évoquant les conditions - durée, chaleur, promiscuité, etc. - des navires de traite humaine. Des familles furent séparées, un membre pouvant se trouver en séjour familial ou médical à Maurice, sans moyen de communiquer ce qu'il se passait aux Chagos, que l'autre se retrouvait aux Seychelles au gré du navire partant.


Un autre horrible moment - si « horrible » a encore du sens dans tout ce qui a été vécu - : lorsque des gros bras (militaires ?) du nouveau Territoire britannique de l'océan Indien attrapent tous les chiens des îles et, devant hommes, femmes et enfants, les brûlent vifs dans le calorifère qui servait à sécher le coprah...

Officiellement, tous ces agissements sont déclarés du fait du dirigeant et du personnel de la plantation... L'Administrateur du B.I.O.T. et ses subordonnés n'avaient visiblement aucune morale, ne protégeant pas des personnes devenues des nationaux britanniques de fait.

Il reste à espérer que les Chagossiens puissent se réinstaller ou aller et venir vers l'archipel s'il le souhaite dans un avenir proche. En petit nombre, il devrait moins polluer que la base militaire de la première puissance mondiale.


Dans le contexte actuel aux États-Unis, j'évite désormais Aw@z0n pour mes livres anglophones. J'ai testé Waterstones puisque le livre est britannique ; envoi contre signature, frais de port donc supérieur à..., mais la morale n'a pas de prix dans les années trent... actuelles.

Si un lecteur anglophone connaît des librairies plus indépendantes : qu'il n'hésite pas.

lundi 10 mars 2025

"Brûle, esclavagiste, brûle" : Marie Joseph Angélique (~1710-1734)

 Si les grands ports français et les planteurs des colonies ont profité de la traite d'esclaves africains, Postes Canada a rappelé par un timbre-poste, émis le trente-et-un janvier 2025, l'existence de quelques milliers d'esclaves noirs et amérindiens en Nouvelle-France, pendant l'époque moderne.

La couverture du carnet de l'émission Marie Joseph Angélique, émis par Postes Canada, pour le Mois de l'histoire des Noirs 2025. 

Chaque mois de février, aux États-Unis en 1976 et au Canada depuis 1995, la place et le rôle de la diaspora africaine dans les sociétés nord-américaines fait l'objet d'un « Mois de l'histoire des Noirs » (Black History Month).

Le trente-et-un janvier dernier, Postes Canada choisit ce qui aurait pu rester un fait divers pour l'époque : une esclave de maître français condamnée à mort pour sa rébellion et son projet de fuite vers la Nouvelle-Angleterre... sauf que ce fait a eu lieu lors de l'important incendie détruisant l'Hôtel-Dieu (à peine reconstruit) et une quarantaine de bâtiments de Montréal, en 1734.

L'illustration côté face de l'enveloppe premier jour localise les effets de l'incendie dans le Montréal du début du dix-huitième siècle.

L'esclave se nomme Marie Joseph Angélique, née à Madère vers 1710, achetée par un important marchand d'esclaves new-yorkais. Achetée par un couple de Français, elle est baptisée à Montréal en 1730 ; elle a eu avec un autre esclave trois enfants tous morts en bas âge .

En 1734, l'esclave apparemment assez libre de ton demande à sa maîtresse, veuve de François Poulin de Francheville, exploitant du minerai de fer et créateur des premières forges de la région, de pouvoir quitter son service pour la Nouvelle-Angleterre anglaise avec son amoureux Claude Thibault.

Face au refus de sa maîtresse et la crainte d'être vendue, le procès aboutit à la conclusion que Marie Joseph Angélique aurait mis le feu à la maison, qui, sous l'effet d'un fort vent et des construction en bois, a conduit à la destruction du quartier et de ses commerces. La rumeur faisant le reste, les Montréalais réclament la punition la plus meurtrière de l'esclave.

La défense de Marie Joseph Angélique reproduite à l'intérieur du carnet de six timbres.

Malgré sa défense : « Madame, quoyque je sois mechante, je ne suis pas assez malheureuse pour faire une action comme cella. », que le seul témoin oculaire soit un enfant de quatre ans, qu'elle a sauvé des biens de sa maîtresse et n'a pas tenté de fuir Montréal, son cas est submergé par des accusations par ouï-dire.

Les archives judiciaires montrent la cruauté des procès de l'Ancien Régime, qui rappelleront ce que subit Jean Callas en 1762 : multiples séances de torture, menées par le bourreau, un esclave de Martinique condamné à mort pour ses tentatives de fuites et qui y échappa à la condition de servir le gouverneur de Nouvelle-France dans cette tâche que les bons colons français ne voulaient pas réaliser...

Marie Joseph Angélique est finalement pendue, son corps brûlé, les cendres dispersées.

Connue auparavant en raison de l'impact de ce procès au début de l'époque des Lumières en Métropole, c'est depuis la publication d'un ouvrage de recherches en 2006 par l'historienne Afua Cooper, docteure en histoire des Afro-Canadiens, que le cas de Marie Joseph Angélique incarne au Québec et au Canada la cruauté de l'esclavage aux Amériques, montre l'existence des actes de résistance - vains mais existants -, et leur mémoire.


Les collectionneurs de timbres regretteront que Postes Canada force à dépenser six timbres pour le carnet ou une enveloppe premier jour... ou de se tourner vers d'autres collectionneurs ou vendeurs de timbres pour disposer d'un seul timbre neuf.

Le timbre "P" vaut 1,24 dollar canadien en carnet ; 1,44 dollar à l'unité. Il permet l'envoi d'une lettre standardisée ou d'une carte postale intérieure de moins de trente grammes.

Néanmoins, je juge immense la qualité du choix des illustrations du premier jour, de la couverture et de l'arrière-plan de l'intérieur du carnet.

Les participants à la création sont indiqués en bas du bloc de timbres autocollants du carnet :

- la comédienne et mannequin Penande Estime prête ses traits à l'héroïne de l'émission (et qui présente la séance photo sur son compte Instagram, le vingt-quatre février dernier) ;

- traits fixés par le réalisateur, scénariste et photographe Jorge Camarotti ;

- l'illustratrice Alexis Eke a conçu l'image du timbre, placée dans un design sous la direction de Nathalie Cusson de Scooter Design ;

- et produit par l'imprimeur de sécurité Colour Innovations.

mercredi 19 février 2025

L'aérodrome rénové : le lieu du miracle d'Agaléga

 Situées à mille kilomètres au nord de Maurice, les deux îles d'Agaléga ont subi le passage du cyclone Chido dans la nuit du dix au onze décembre 2024 avant de dévaster Mayotte le quatorze sans qu'aucun bilan humain réel n'a encore été publié en France.

Enveloppe premier jour officielle de la poste mauricienne de l'émission sur deux nouveaux équipements d'Agaléga, du vingt-neuf février 2024. 

L'essentiel du bâti des deux îles, vingt-cinq kilomètres carrés au milieu de l'océan et reliées par une passe peu profonde a été balayé par le cyclone ; sûrement des dommages sur les plantations de cocotiers.

La chance des trois cents habitants a été la rénovation de l'aérodrome dont la piste datait de 1984-1985. En dégradation depuis la fin des années 1990, elle ne permettait plus l'arrivée et le départ des avions commerciaux, seulement des vols médicaux d'urgence.

Côté accès maritime, une jetée permet à de petites embarcations de débarquer passagers et marchandises... Beaucoup moins pratiques qu'un avion de fret. Ce mauvais mouillage et des finances britanniques post-impériales catastrophiques expliquent qu'Agaléga ne fut pas détaché de la colonie de Maurice pour la création du Territoire britannique de l'Océan Indien... qui hante encore la diplomatie londonienne (voir les actualité des Chagos et de Diego Garcia).

En 2015, Maurice s'est tournée vers l'Inde, puissance émergente, pour financer la rénovation de ces infrastructures excentrées, mais pouvant être utiles militairement à l'Inde - malgré une hostilité des habitants - population créole mêlant les descendants d'esclaves d'Afrique, de Madagascar et de Madras, d'affranchis du commerce comorien, etc... Comme les exilés chagossiens se méfiant autant du Royaume-Uni que des gouvernants de Maurice pour le respect de leur droit au retour.

Avec ce contrat indien, la piste fut allongée à trois kilomètres de long en béton avec tour de contrôle, aérogare et hangar pour avions. La jetée Saint James est allongée et modernisée pour le ravitaillement des navires.

Une aide au développement indienne a aussi permis la construction de nouveaux bâtiments collectifs, dont une bibliothèque publique et une salle mutli-usages... Ont-ils tenu face au cyclone ?

Je suppose que c'est l'aérogare à gauche (voire le hangar fermé) qui a sauvé la vie des habitants dont la quasi-totalité du bâti a été détruit par le cyclone Chido.


En tout cas, les habitants ont survécu, réfugiés dans la nouvelle aérogare, inaugurée le vingt-neuf février 2024 par les Premiers Ministres des deux pays.

L'événement est marqué par l'émission de deux timbres-poste, un par infrastructure, imprimés par Cartor, en deux panneaux de vingt-cinq.

L'enveloppe premier jour est également un outil diplomatique autant que ces deux timbres de l'amitié indo-mauricienne : la carte d'arrière-plan en bleus nomme en noir tous les territoires revendiqués par la République de Maurice, dont les îles Chagos (en cours de négociation avec Londres)... et, comme d'habitude, Tromelin, une île Éparse française.

Le Premier Ministre Seewoosagur Ramgoolam sur timbre de 2010.

D'après les tarifs postaux du premier juillet 2021 sur le site de Mauritius Post, le timbre de 16 MUR permet d'affranchir la lettre intérieure de moins de vingt grammes, la lettre de moins de vingt grammes de première classe vers Rodrigues (territoire mauricien mais avec tarifs spécifiques), ou un périodique mauricien de cent à deux cents cinquante grammes vers l'étranger en surface.

Étrangement, selon le pdf de 2021, le 25 MUR sert seulement à la recommandation intérieure, ou à l'avis de retour intérieur ou international. Il faut le compléter avec un à trois roupies pour atteindre des tarifs internationaux, notamment la lettre de première ou seconde classe pour l'Inde

(MUR = roupie de Maurice)

Mon correspondant a dû être large de quelques roupies avec ce timbre de cent, en hommage au Père de la Nation, Seewoosagur Ramgoolam (1900-1985), Chief Minister puis Premier Ministre de Maurice indépendante de 1961 à 1982. L'effigie est imprimée à l'or 22 carats.

L'enveloppe à bulles format A5 est envoyée par avion et oblitérée à l'aéroport international de Saint Louis. Au plus proche, il y a le tarif pour la zone 2 : vingt-huit roupies les cinq premiers grammes en première classe, avec 21 par dix grammes en sus.

Oblitérée le jeudi six février 2025, elle est arrivée dans ma boîte le jeudi suivant, sans recommandation, ni express.


Sur la philatélie et l'histoire postale d'Agaléga, relire l'article sur le blog Commonwealth Stamp Opinion du trente-et-un mai 2020.

samedi 21 décembre 2024

Timbre Marianne solidarité avec Mayotte le 2 janvier 2025

 Le jeudi dix-neuf décembre, les comptes officiels sur le réseau social X[1] du Groupe La Poste, de Phil@poste (@tousurletimbre) et des cadres liés ont annoncé l'émission le jeudi deux janvier 2025 d'un timbre Marianne lettre verte en solidarité avec Mayotte, département français d'outre-mer très gravement dévasté par un cyclone.

Le timbre à partir d'un des comptes officiels de La Poste sur X, repris par phil-ouest.com et la presse (dix-neuf décembre 2024).

Un don est ajouté au prix du service postal du timbre, selon un principe graphique développant le timbre Marianne en cours, hélas désormais habituel,  pour les grandes catastrophes exceptionnelles à laquelle la Croix-Rouge française vient en aide d'urgence aux populations : tsunami en Asie en 2005, séismes en Haïti en 2010, agression contre l'Ukraine en 2022.

Cela permet aux collectionneurs de timbres-poste et aux correspondants de courrier de participer à l'effort collectif. Ici, chaque timbre sera vendu avec un euro en plus de la valeur d'usage pour des actions de la Croix-Rouge française dans le département d'outre-mer, en lien avec les besoins urgents causés par les destructions causés par le cyclone Chido.

La feuille de vingt-cinq avec le profil cartographique de l'archipel dans les marges (mêmes sources).

De ce que j'ai compris des précisions scientifiques, la trajectoire du cyclone est à la fois un phénomène connu même si rare : probabilité dite centenaire de passer largement au nord de Madagascar. Le passage au-dessus d'une terre ferme affaiblit, refroidit et ralentit le phénomène.

Par ailleurs, des météorologues et climatologues font tourner des modèles des millions de fois pour estimer si la force d'un des premiers phénomènes cycloniques de cette saison 2024-2025 dans ce secteur de l'océan Indien a pu être aggravée par l'augmentation des températures de surface des mers et océans de notre planète... en lien avec le changement climatique global.

Ici, le cyclone a heurté de plein fouet l'archipel de Mayotte et son urbanisation spontanée et fragile. Si le ministre démissionnaire de l'Intérieur puis le président de la République n'ont pas osé trop parler du bilan hors-hôpital, le préfet a, dès les premières heures, annoncé la réalité de possibles milliers de personnes tuées.

 

Le cachet premier jour de Paris daté deux janvier 2025 (mêmes sources). 

L'article de la Wikipédia en français permet de dépasser l'échelle nationale française : l'île mauricienne d'Agaléga est dévastée et les quelques trois cents habitants n'ont dû leur survie qu'au nouvel aéroport qui est un des rares bâtiments encore debout. Des secours de Maurice et de l'Inde y arrivent.

Des dégâts mineurs sont relevés dans les trois îles des Comores, sans décès, au contraire des deuils au Mozambique et jusqu'à provoquer des inondations mortelles au sud du Malawi pourtant à plus de sept cents kilomètres du littoral !

Le timbre des revendications maritimes de Maurice, émis en 2017, pour situer Agaléga. Le phénomène cyclonique a démarré près de Diego Garcia à l'ouest. Mayotte se situe hors-champ à l'ouest du milieu du timbre.


Notes :

[1] : en l'état politique de la propriété du réseau social X (ex-Twitter) et du monde occidental, sauf cas de philatélistes importants, je ne relierai plus ce blog directement à X.

Merci donc aux philatélistes blogueurs qui rapportent les nouveautés en dehors des réseaux sociaux : phil-ouest.com pour la France, Commonwealth Stamps Opinion pour les pays issus de l'Empire britannique, etc.