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jeudi 6 août 2026

La guerre des drones et de la logistique des colis

 Dès le plan d'invasion de février 2022 de l'Ukraine par la Russie poutienne, la logistique a été une cible des forces armées russes : le dirigeant de la poste ukrainienne était sur la liste des personnalités à abattre, les véhicules et bureaux postaux publics et aussi un entrepôt postal privé délibérément ciblés,... Et l'Ukraine a répliqué en ciblant particulièrement le pont routier et ferroviaire de Kerch entre Crimée annexée et reste de la Russie, et de plus en plus souvent les raffineries et dépôts d'hydrocarbures : pas de carburant, pas de circulation.

En cet été 2026, le colis devient un des principaux nerfs de cette guerre.

Comme écrit sur ce blog, de nombreux professionnels, institutions publiques ou simples habitants d'Ukraine se sont tournés vers les plateformes de commerce en ligne pour exporter, et ainsi trouver chiffres d'affaires et revenus fiscaux à leur pays.


Pendant la seconde moitié de juillet dernier, les forces armées ukrainiennes ont bombardé une poignée des deux cents entrepôts de Wildberries, décrit par les journalistes comme le « Amazon russe », le fameux supermarché-bazar-place de marché états-unien. Créé en 2004, l'entreprise russe dessert une partie des anciennes républiques soviétiques, des pays d'exportations potentielles en Europe occidentale et aux Émirats arabes unis, et dernièrement, des pays d'Afrique.

L'effet a sidéré de nombreux petits entrepreneurs russes qui ont vu partir en flammes et fumées leurs stocks, représentant leur activité principale ou un revenu complémentaire permettant la survie. Le vingt-quatre juillet, Pjotr Sauer du Guardian rapporte les paroles de colère et de désespoir de deux entrepreneuses devant les entrepôts touchés... sous couvert d'anonymat des noms de famille. L'une a perdu les manteaux qu'elles comptaient vendre tout l'hiver ; l'autre ces deux stocks de cartes postales artisanales qu'elle crée.

Vers qui cette colère est-elle tournée ?

L'Ukraine... Hypocrites ou aveuglés les Russes ? La réponse du président ukrainien a été rapidement donné : ces entrepôts stockent et expédient des pièces détachées et des objets utiles à la guerre des drones et à l'équipement individuel des soldats. Pour l'Ukraine, cela en fait des cibles légitimes.

Leur propre président... Dangereux comme attitude, surtout qu'il n'a pas l'air de vouloir cesser cette guerre, multipliant les bombardements de lieux emplis de civils ukrainiens.

La fondatrice et dirigeante de Wildberries : onze jours avant la première attaque, les conditions contractuelles entre les commerces accueillis et le groupe ont été modifiées pour réduire les dédommagements en cas d'événement de force majeure... Un acte de guerre par exemple ?

Les témoins expliquent qu'elles n'auraient reçu que l'équivalent d'un pour cent de la valeur des productions détruites.


Attention, ce n'est pas la première fois que le secteur logistique est affecté à une échelle continentale (l'immensité russe), même si l'événement précédent a coûté bien peu, mais aurait pu avoir des conséquences catastrophiques.

En juillet 2024, trois colis piégés avait explosé en transit dans les bases logistiques des aéroports de Birmingham (Royaume-Uni), Leipzig (Allemagne) et Varsovie (Pologne) - incendie sans dommage ni blessé. L'enquête avait permis de découvrir au sein de l'appareil étatique russe un complot contre la logistique européenne et nord-américaine, qui aurait pu entraîner des explosions d'aéronefs en vol.

La Russie informée aux niveaux administratifs et ministériels semblait avoir fait cessé ces pratiques après mars 2025. Et, depuis, je trouve que les sites de suivi des colis sont moins loquaces sur la localisation précise des points de passage.


Apparemment, cela reprendrait du côté européen : hier mercredi cinq août 2026, deux drones typiques de la guerre Russie-Ukraine, dont un contenant un explosif de type militaire, ont été découverts dans la partie logistique ou en vol au-dessus de l'aéroport de Leipzig, trois jours après de nouveaux bombardements ukrainiens sur des entrepôts de Wildberries en Russie, dimanche.

Dan Sabbagh, spécialiste des questions défense et sécurité du Guardian, analyse les trouvailles de mercredi à Leipzig, ce jeudi cinq août, rapportées par la presse allemandes et en interrogeant des spécialistes britanniques.

Le premier drone, avec explosifs mais un détonateur défectueux, a été découvert au sol, en extérieur, dans la zone aéroportuaire, à proximité des avions gros porteurs ukrainiens, présent en Allemagne depuis la destruction de la base Hostomel en 2022. Ces derniers sont entretenus à Leipzig. Le second a heurté en vol un avion de DHL, sans dommage majeur.

L'origine russe et étatique est fort probable, même si les précédents de l'été 2024 et mars 2025 interrogent sur le niveau de décision : agents infiltrés autonomes, initiative d'un service ou d'un ministre, du sommet même ? Le plastic trouvé est employé par les armées et les groupes terroristes d'importance, et ni ce plastic, ni la quantité d'explosifs (huit cents grammes) ne sont à la portée de pilotes de drones amateurs russophiles.

Les cibles sont nombreuses. Certes, la destruction d'avions et de possibles entrepôts liés à l'Ukraine et ses forces armées seraient une réponse aux entrepôts de Wildberries... Mais avec quelle intensité puisqu'une telle attaque sur le sol allemand aurait des répercussions géopolitiques et militaires aussi graves qu'imprévisibles (en tout cas pour le simple citoyen que je suis) ?

Ou, avec le deuxième drone et l'avion DHL, est-ce un avertissement ferme aux pays européens et aux États membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Leipzig est par DHL un hub continental du transport logistique civil donc, mais aussi militaire pour l'OTAN et les armées allemandes.

Un des experts interrogés par Dan Sabbagh doute de l'hypothèse du seul avertissement ; pour lui, ainsi que le ministre fédéral de l'Intérieur, le drone trouvé au sol était fait pour exploser.

S'ajoutant aux missiles et drones endommagés tombant sur les territoires des membres de l'Union européenne, aux trajectoires de vol et de navigation provocatrices de l'armée de l'air et de la marine russe tout autour du continent européen.


Compléments du vendredi sept août 2026 :

Publié sur le site web mercredi cinq et présent dans la version imprimée ce vendredi, un article du Figaro, quotidien français, permet de compléter mon résumé, notamment sur le drone qui a heurté un avion-cargo DHL en vol. Quelques incises ont été ajoutées dans le texte ci-dessus.

Le vol DHL se trouvait à plusieurs centaines de mètres d'altitude au moment de la collision et alors que l'aéroport de Leipzig était interdit d'accès avec la découverte du drone explosif. Il a atterri à l'aéroport de Hanovre au nord-ouest.

Le lien entre les deux drones est en cours d'investigation.


mardi 4 novembre 2025

Se souvenir des morts, conserver la parole des survivants

En complément du #postboxsaturday du premier novembre 2025, j'apprend l'émission prochaine de deux timbres mémoriels en Allemagne.

Deux des quatre timbres du programme philatélique allemand, émis le quatre décembre 2025 (via BluSky). 


Dans le cadre de la mémoire de la Shoah, la poste allemande va émettre le quatre décembre prochain deux timbre de 95 centimes sur les morts et les survivants du génocide perpétré par les nazis et leurs complices.

Le projet Stolpersteine est justement l'objet du premier avec un de ces carreaux métalliques portant l'inscription : „Nie wieder ist jetzt“ (« Plus jamais, c'est maintenant ») et la légende „Ein Stein, Ein Name, Ein Mensch“ (« Une pierre, un nom, un être humain »).

Le second honore l'action de témoignage de la survivante Margot Friedländer, disparue le neuf mai 2025. Sa famille échoue à émigrer d'Allemagne en 1938 ; sa mère et son frère sont déportés et meurent en 1943. Cachée, les cheveux teints, opérée du nez, elle est livrée à la SS en 1944 par Greiffer, le surnom d'une Allemande juive qui a dénoncé des juifs en espérant (en vain) sauver sa famille.

Margot survit au camp de Theresienstadt, et décide avec Adolf Friedländer d'émigrer rapidement vers les États-Unis, se mariant pendant la traversée atlantique. Ils vivent une vie « normale » et participant à des associations juives - comme lors de leur jeunesse berlinoise -, mais n'eurent pas d'enfant.

Après la mort de son époux en 1997, elle a 76 ans quand elle participe à un atelier d'écriture biographique. Elle va ainsi progressivement raconter sa vie, aboutissant à la publication de son autobiographie en 2008.

Dès les premières publications, au début des années 2000, les autorités politiques et universitaires de sa ville natale de Berlin, puis fédérales, l'invitent et reconnaissent l'importance de son témoignage, tardif comme beaucoup de survivants, mais essentiel pour lutter contre le négationnisme et la haine, ainsi que de rappeler la mémoire des Allemands persécutés ayant choisi l'émigration.

Sur le timbre, une citation de Margot Friedländer : 

„Schaut nicht auf das, was euch trennet.

Schaut auf das, was euch verbindet. 

Seid Menschen, seid vernünftig“

« Ne regardez pas ce qui vous divise. Concentrez-vous sur ce qui vous unit. Soyez humain, soyez raisonnable. » (avec l'assistance de Google Translate)


Complément du mercredi cinq novembre 2025 :

Le lien vers la présentation officielle des timbres de décembre sur le site du ministère fédéral des Finances, en charge du programme philatélique allemand.

jeudi 14 août 2025

Archives, recherches et rédaction dans The London Philatelist été 2025

 Dans le numéro juillet-août 2025 de The London Philatelist et ses compléments sponsorisés, les membres de la Société philatélique royale de Londres (RPSL), l'Association internationale des journalistes philatéliques (AIJP) et deux grandes maisons de commerce proposent abondance de conseils et de ressources passés et à venir sur le rôle des archives, de la recherche et de la rédaction en philatélie.


Ce qui a attiré d'abord mon regard a été le fascicule édité par l'AIJP et la maison aux enchères allemande Heinrich Köller pour annoncer un Sommet sur la littérature philatélique suivi de la vente de « La Bibliothèque "PARIS" », les treize et quatorze novembre 2015 pour le premier, le quinze pour la seconde ; le tout à Wiesbaden, en Hesse.

Le Suédois Tomas Bjäringer cède son immense bibliothèque philatélique aux enchères, dont une partie est photographiée au siège de la maison d'enchères, rangée comme au départ dans ses étagères d'origine.

Le catalogue est téléchargeable en pdf sur le site de vente, sous le nom donc The "PARIS" Library (sa seconde ville de résidence), et numéro 387, ISBN 978-3-911997-32-4.

Plus de mille deux cents ouvrages des origines de la timbromanie aux ouvrages récents de référence aux tirages limités ; présentés pour certains comme rares et/ou reliés luxueusement, de provenance à faire frémir les fans d'autographes ; ou, plus utile à mon avis, annotés par l'auteur, le marchand aux enchères, ou un de ses propriétaires.

Attention aux spécialistes de la Suède, la partie de la bibliothèque de Tomas Bjäringer sur son pays sera proposée le trente novembre par GÖTA Frimärken, à Göteborg, même si la liste des lots suédois est reproduite dans le même fichier pdf.

Le catalogue comprend plusieurs pages sur l'œuvre philatélique de Bjäringer, principalement ses réalisations en écriture philatélique, sa participation à l'organisation de grands moments bibliophiles tels une partie de sa collection lors de Stockholmia 2019 pour les cent cinquante ans de la RPSL ; ainsi qu'une sorte de « généalogie » philatélique, à la fois familiale et de ses mentors.

Avant la liste des lors, Bjäringer présente les dix livres qu'il emporterait sur une île déserte et une page présente celle à qui il confie la reliure de ses ouvrages depuis deux décennies : Annika Baudry de ateljé b, une Suédoise, diplômée et installée à Paris.

Vue l'inflation des tarifs postaux, notamment pour les colis express avec assurance, Henrich Köller offre deux pour cent de ristourne sur les frais du vendeur (buyer's premium) aux acquéreurs qui viendront retirer leurs lots le lendemain, dimanche quinze novembre.


Pour ces objets spécifiques que sont les livres philatéliques, à la fois fruits de la recherche, outils de travail des chercheurs suivants, et objets de collection, l'AIJP organise un sommet sur la littérature philatéliques, toujours à Wiesbaden, les deux jours précédents cette vente.

Certes, avec un hôtel partenaire, on pressent que cela aidera à attirer des acheteurs à de petites vacances philatéliques en Allemagne, mais le titre des exposés et discussions montre le développement des questionnements.

Venus d'Allemagne, du Royaume-Uni et de Suède principalement, et quelques autres pays européens, les animateurs s'interrogeront, entre autres le premier jour :

- la littérature philatélique se limite-t-elle aux timbres et donc à la période depuis le six mai 1840 (Chris King) ;

- Karl Louis, connu pour tenir des bases de données philatéliques, d'histoire postale et de littérature, présentera l'intérêt et les limites des catalogues de vente aux enchères comme fondements de « registres philatéliques ». Il sera suivi par James Podger sur comment collectionner lesdits catalogues ;

- L'après-midi du premier jour verra la question des collectionneurs renommés (provenance, valeur de placement, j'imagine) autant que celle de la conservation d'une bibliothèque privée.

Le deuxième jour sera celui des études de cas, entre autres :

- des grandes bibliothèques de référence allemandes : à Wuppertal, Hambourg et celle nommée en mémoire d'Heinrich Köller à Francfort-sur-le-Main ; et celle de la RPSL à Londres ;

- des éditeurs passées (Jean-Baptiste Moens, et un panorama sur la littérature suisse) et actuels avec The Stuart Rossiter Trust.

Pour clore, Claudio Manzati posera une question d'actualité : « Lancer un journal international d'histoire postale de nos jours : une idée folle ou un défi raisonnable ? »


Néanmoins, il faut bien que ses livres aient été rédigées, des recherches menées pour les emplir de connaissances aussi fiables que possible.

Et là, le numéro lui-même du London Philatelist présente le compte-rendu du Crawford Festival qui s'est tenu les vingt-quatre et vingt-cinq juin 2025, au siège de la RPSL, 15 Abchurch Lane, à Londres.

Les archives étaient le thème de ce colloque annuel sur la recherche philatélique, nommé d'après James Lindsay, comte de Crawford (1847-1913), grand bibliophile et sûrement un des premiers à acquérir et mettre en valeur les épreuves et essais qui participent de la genèse des timbres-poste.

La première présentation par le Français Maurice Hadida et le Gibraltarien Richard Garcia a montré comment leur ouvrage sur les postes locales et chérifiennes du Maroc a précisé, corrigé, voire découvert des connaissances en partant des archives diplomatiques de Gibraltar, Espagne, France, Royaume-Uni et Allemagne.

Un labeur de quelques décennies, dans des archives non postales a priori, mais qui contiennent des informations indispensables pour comprendre des services tenus par des étrangers, parfois sur des périodes très courtes... à peine le temps pour la presse philatélique de l'époque de les découvrir.

Cette réflexion est commune avec le troisième intervenant, Richard Scott Morel, conservateur des Collections philatéliques de la British Library, quand il présente des objets des collections nationales du Royaume-Uni : diplôme d'un grand scientifique portant un timbre fiscal de quarante shillings (cher !), une lettre supposée écrite par Jack l'éventreur,...

Des items parfaitement identifiés, catalogués pour leur importance historique, mais pas philatélique ou postale. Le conservateur d'insister sur l'importance des méta-données : cette formalisation des archivistes et documentalistes pour décrire et indexer au départ de la conservation... au risque sinon que les chercheurs suivants ne puissent redécouvrir faute de pouvoir rechercher dans le catalogue général, aussi informatisé soit-il.

Notamment pour des domaines spécialisés, que je dirais « de niche », pour lesquels la connaissance ou prise de consciences des professionnels peut manquer, vu l'immense champ des possibles face aux archivistes (et aux documentalistes dans les bibliothèques).


Justement, la numérisation d'archives a été l'objet de deux exposés, les deux pour mettre à disposition plus aisément au public potentiel, mais le but de la conservation n'est pas la même.

Éviter d'user les archives, pouvoir indexer leur contenu pour faciliter des recherches et la consultation immédiate chez soi sur un ordinateur, a été le but et les étapes du travail mené par la RPSL et des membres volontaires pour les archives de production de timbres-poste de l'imprimeur Perkins-Bacon en possession de la Société. Le processus de numérisation depuis la manutention des registres jusqu'à la livraison des fichiers a été expliqué par deux responsables de Max Communications, l'entreprise spécialisée au Royal Warrant, qui a réalisé cette tâche.

Cependant, David Beech, ancien président de la RPSL et prédécesseur de Morel à la British Library, rappelle comment Alan Druce et lui ont développé les connaissances sur cette imprimerie quant il s'est révélé que, difficiles à trouver et consulter, des archives se trouvaient également à la British Library et aux Archives nationales... alors que les chercheurs n'allaient que vers celles possédées par la RPSL, les seules dont le public avait le plus facilement connaissance grâce à l'achat et à la numérisation par l'association.

D'un autre point de vue, comment conserver les collections d'exposition compétitives qui sont, par nature, temporaires puisque le collectionneur crée un bilan de recherche philatélique, thématique, classe-ouvertiste sur un sujet donné à partir d'objets collectionnés... avant de les sortir de cet ensemble pour en revendre une partie, constituer une autre approche, remplacer par mieux, passer à tout autre chose, etc.

C'est pourquoi l'actuel président de The Museum of Philately, Simon Martin-Redman, a expliqué l'initiative de David Feldman, fondateur de la maison d'enchères éponyme, et Marcus Orsi de conserver sous forme numérisée les collections ayant obtenu une médaille Grand Or dans une exposition internationale. Devenue une entreprise non-profitable, le musée virtuel utilise ses bénéfices pour développer la philatélie dans le monde.

L'avantage du colloque-séminaire est que le public présent semble avoir répondu de manière critique au Museum of Philately. L'intérêt est vu immédiatement pour retrouver des connaissances et des objets à l'avenir ; assurer la provenance et l'histoire des propriétaires d'un objet ; la simplicité de consultation.

Néanmoins, la question de l'indexation est revenue, ce dont le président a conscience : actuellement, l'organisation vise la facilité d'accès, pas encore les méta-données de chaque item inclus dans les collections...

Personnellement, pour revenir au Sommet sur la littérature philatélique de novembre prochain, j'espère que les intervenants présents à Londres en juin s'interrogeront alors sur comment indexer les lots de chaque catalogue de vente aux enchères... Tout indexer, quels lots ? Et, questions posées au festival : la reconnaissance automatique de caractères et des logiciels d'indexation de mots sont-ils déjà efficaces ? Les deux participants de Max Communications n'écartent pas ces outils, mais signalent la constante nécessité d'une vérification humaine du travail réalisé par la machine. 


C'est ainsi que, lors de la quatrième et dernière demi-journée, Chris King seul, puis en discussion avec un panel, a insisté sur l'importance d'aller aux archives, aux sources primaires pour construire la connaissance philatélique et d'histoire postale.

Les auteurs reprenant pour argent comptant les écrits antérieurs sans vérification, mais King déplore également la difficulté à accéder aux archives principales, non numérisées ou nécessitant de trop coûteux voyages. En plus du problème de l'indexation et des méta-données.

Et là, je ne peux conseiller à ceux qui sont intéressés par ses questions à s'abonner à la revue de l'American Philatelic Research Library, qui est partie de l'American Philatelic Society, mais dont la cotisation-abonnement est dissociée : nul besoin de prendre les deux.

En effet, ce sont des enjeux permanents en archives et même en bibliothèque-documentation que le panel a évoque comme l'APRL : indexation ; durabilité des moyens de stockage numérique (autant matériels que logiciels) ; et puisqu'un représentant des archives postales britanniques était présent pour signaler ce qui pouvait intéresser les philatélistes, la nécessité d'identifier les acteurs-clés des archives sur un temps long : propriétaire [idée personnelle : le dépositaire le reste-t-il ?], conservateur, financeur [voir premiers crochets ; autres financements pérennes ?],...

Évidemment que les philatélistes, qui ont acheté des essais et tirages particuliers d'imprimeries philatéliques privées ayant liquidé leurs archives, sont heureux... Les chercheurs moins.


Pour illustrer tout cela, des articles de philatélie sociale sur les civils pendant la Seconde Guerre mondiale sont proposés dans ce numéro. Les auteurs ayant le souci de retrouver les correspondants et le contexte de leurs échanges.

Et un article de John Stimson sur l'achat grâce à deux mécènes (dont Patrick Maselis) et le dévoilement par la RPSL d'une des trois copies historiques du portrait de la Reine Victoria par Alfred Edward Chalon, dont l'original est passé de la Famille royale britannique à celle de Belgique, et est connue des philatélistes de l'Empire colonial britannique, de l'Océanie au Canada, en passant par les Indes occidentales.

L'avantage des archives et des recherches bien documentées permet ainsi à l'auteur d'expliquer comment le « Chalon portugais » est dit « portugais » et quel parcours l'a mené jusqu'à Londres.


Enfin, le deuxième cahier publicitaire est véritablement un périodique de connaissances en lui-même : le dixième numéro de The Corinphila Gazette daté août 2025, publié par la maison d'enchères allemande Corinphila.

Certes, un journal par une entreprise marchande est bien pour attirer des collectionneurs souhaitant vendre leurs biens les plus précieux, et signaler le contenu des prochaines ventes.

Néanmoins, l'activité d'édition de collections médaillées internationales en coopération avec Heinrich Köller, la série Édition d'Or ; les principales dates des cent années de la CORportation INternationale de PHIlatélie ; et les annonces de nouveaux livres spécialisés ; complètent la presse philatélique grand public.


Au final, comment conserver un linéaire de livres, catalogues, journaux, « presse publicitaire », timbres en albums et classeurs, dont plusieurs adaptés aux enveloppes, voire morceaux de colis,...

Sans parler du temps de loisir nécessaire...

Je comprend mieux pourquoi se spécialiser.


Merci à toutes les personnes, institutions et entreprises mentionnées pour cette lecture estivale qui sert de piqûre de rappel à tous, même à moi (mes articles sur la Corée doivent être bourrés d'erreurs ou de manques de recherche ; que mes libellés ne doivent pas permettre de retrouver facilement des informations ; etc :(

lundi 4 août 2025

Solidarité avec Blatten en Suisse

 Par courriel, hier dimanche trois août 2025, La Poste Suisse annonce la mise en vente d'un bloc de dix timbres de bienfaisance pour l'aide aux habitants victimes de l'effondrement du glacier du Birch, en mai 2025.

Le feuillet de dix timbres gommés mis en vente le vendredi premier août 2025 (boutique web de La Poste Suisse).

Les glaciers, des Alpes comme ailleurs dans le monde comme en Antarctique, sont victimes du changement climatique global d'origine humaine des dernières décennies. Alors que leur poids leur fond râclés la roche sur laquelle ils s'écoulent lentement, leur fonte suscite des ruisseaux d'eau liquide, pouvant entraîner un glissement plus ou moins brusque d'une partie du glacier.

Ainsi, le vingt-huit mai dernier, la quasi-totalité du village de Blatten et le hameau de Ried, dans le canton du Valais, sont ensevelis sous des tonnes de glaces, de roches et de terres.

Comme pour le timbre pour la lutte contre le coranavirus covid-19, en avril 2020, La Poste Suisse offre le franc et vingt centimes de l'affranchissement postal permis par ces timbres et l'acheteur paie la donation à la Croix-Rouge suisse de cinq francs suisses par timbres, soit quarante francs le bloc (environ 42,80 euro, soit 5,35 par timbre).

Cependant, ces événements géologiques - parfois accompagnés par une météorologie extrême, ici les températures et précipitations alpines - ne s'arrêteront pas avec ces dons et de beaux discours politiciens : en 2021, les fortes pluies ont provoqué un glissement de terrains plats, en Allemagne, d'une ampleur telle que je me demande si les médias d'information pensent encore à financer des reportages de suivi des lieux et des habitants.

Comment terraformer l'éboulement de Erftstadt et repérer d'autres régions menacées ?

Car une des caractéristiques du changement climatique en cours n'est pas s'il va faire chaud ou frais pendant nos congés, mais le passage d'un extrême à l'autre quelque soit le lieu, le temps et les habitants concernés.

Un timbre ne suffira sûrement pas à changer nos comportements.

mardi 6 mai 2025

Des colis piégés de juillet 2024... et mars 2025

 En exclusivité, ce lundi cinq mai 2025, Pjotr Sauer et Shaun Walker, deux journalistes du quotidien britannique The Guardian rapportent les faits et l'enquête menée par les services de renseignements européens contre une opération de placement de colis explosifs dans les flux aériens de l'Union européenne pendant l'été 2024.

Si le titre de l'article attirera des sourires gras, la réalité des complots ourdis côté russe de la guerre froide Europe - Russie semble avoir pris un tour dangereux pendant l'été 2024, avant que divers représentants des États concernés et des États-Unis contactent leurs homologues à Moscou.

Il y a neuf mois, en juillet 2024, trois colis déclenchés par leur explosion des incendies, relativement limités, dans des entrepôts logistiques aériens de DHL à Birmingham en Angleterre, Leipzig en Allemagne et Varsovie en Pologne ; tous avec point de départ la Lituanie.

Si les médias européens en ont fait l'écho, aucun n'a trop insisté ensuite.

Peut-être parce que les services de renseignements des pays d'Europe se lançaient dans la recherche des auteurs et des commanditaires, même si la Russie paraissait le coupable idéal.

La publicité en ce printemps 2025 provient de l'arrestation en cascade d'août à novembre 2024 d'un tout petit groupe de Russes et Ukrainiens, vivant réfugiés en Pologne, principalement là où ils vivaient et le dernier par les agents du renseignement de Bosnie-Herzégovine alors qu'il venait d'entrer illégalement  et se cachait dans une cabane, préférant rejoindre la Russie et une sanction pénale pour ses activités délinquantes à Rostov-sur-le-Don que, savait-il désormais, pour un complot terroriste.

Si ce groupe-ci n'est peut-être pas à l'origine des colis explosés, leur récit aux enquêteurs polonais semble poser le mode de fonctionnement du complot.

Par une chaîne de petits jobs proposés aux réfugiés ukrainiens russophones en Pologne sur le réseau social Telegram, ce petit groupe d'hommes remarque un compte proposant une tâche simple de confection de paquets, mais, payant grassement quelques centaines de dollars des États-Unis, pour l'achat de jouets sexuels, matelas de massage, et produits cosmétiques, puis l'envoi en plusieurs colis de Lituanie vers des destinations en Europe.

D'après les enquêteurs, cela a permis aux comploteurs cachés derrière ce compte Telegram de repérer, minuter et localiser les déplacements des colis dans le réseau logistique - ah, le suivi de colis ouvert à tous, pour peu qu'on est le numéro de suivi.

La salve de mi-juillet comprenait un cosmétique piégé : un gel explosif, un produit instable et le détonateur à compte à rebours dérivé d'un de ces gadgets géolocalisant les objets personnels. Cela fut découvert grâce à un quatrième colis qui n'a pas explosé dans un dépôt à Varsovie.

L'erreur fut quand le commanditaire ordonna à un membre de ce groupe d'acheter des vêtements de sport de marque états-unienne et d'envoyer le colis toujours en express vers une adresse aux États-Unis. Là, le premier août, les logiciels des douanes ont dû sonner l'alerte rouge : pourquoi expédier chèrement des vêtements de marque vers un pays où on les trouve déjà, pour ne pas dire aussi voire moins cher qu'en Europe ?

De là, un premier citoyen polonais est arrêté et les membres de ce petit groupe de connaissances (ou de complices : à la justice de trancher) d'être arrêtés un à un chez eux ou à proximité.

Sauf un qui l'apprenant, fuit vers la Slovaquie se cachant plusieurs semaines de village en village, pour rejoindre les forêts entre Croatie et Bosnie-Herzégovine, et espérer prendre un vol Serbie - Russie, où la police et des affaires non terminées l'attendent pourtant.

Et là, est peut-être d'après les journalistes, une preuve de l'orchestration à un certain échelon par les services de renseignements russes. La découverte du colis posté le premier août provoque l'information du gouvernement des États-Unis, le choc qu'un avion de marchandises voire un avion de passagers avec une soute louée par un groupe logistique explose en vol... avec les conséquences humaines et géopolitiques...

D'où les appels vers les homologues russes... Et, apparemment, la fin des incendies de colis aux origines criminelles en Europe. D'après les journalistes, les organisateurs du complot en Russie ont lâché « les petites mains », voire ont livré suffisamment d'informations pour les pister : le dernier arrêté en Bosnie a appelé son épouse en Russie peu avant. Il semble une habitude des services russes de se servir de délinquants et petits criminels pour ce genre de choses, il y a toujours moyen si nécessaire de les arrêter et les mettre en prison grâce à leur passé.


Le dernier paragraphe est de moi :

Ceci explique sûrement pourquoi certains sites de suivi des postes et logisticiens européens sont moins loquaces sur les dates et lieux, par rapport aux années précédentes.

Cela justifie peut-être aussi la politique trumpienne sur la capacité du public à envoyer ou recevoir autant de colis au risque de noyer des pièges dans ce flux stunamien, entre son bras de fer commercial avec la Chine et un compte-rendu de sécurité qu'il écoute visiblement mieux que sous son premier mandat.


Compléments inquiétants du vendredi seize mai 2025 :

Mercredi quatorze mai, la presse allemande (puis The Guardian) signale une enquête policière ayant abouti à l'arrestation de trois nationaux ukrainiens en Allemagne et en Suisse pour les mêmes motifs que décrits en Pologne.

Sauf que la dernière opération d'envoi de colis daterait de mars 2025...

Sur l'ordre d'un premier suspect, le second a envoyé deux colis express de Cologne vers l'Ukraine, contenant un traceur GPS inclus dans la confection par le troisième homme. Apparemment, sur consigne donnée à distance par des agents soupçonnés d'être liés à la Russie.

L'article précise pour les colis de juillet 2024 que c'est un retard des avions qui a empêché l'explosion et l'incendie en vol. Les opérations divulguées cette semaine viseraient-elles à poursuivre le complot sur des vols logistiques, en évitant de placer ces colis piégés sur des vols de passagers (seulement l'équipage ce qui est déjà trop).

vendredi 28 mars 2025

"Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" célébré sur timbre en Lettonie

 Un phénomène à fantasme de comptable hollywoodien : 3,5 millions d'euros de budget, plus de 33 millions de revenus en vente de tickets en Europe, toutes les Amériques et jusqu'en Inde et au Vietnam !!! 

L'énième épisode des Marvel Studios qui pense vendre de l'audio-visuel comme on vend des comics multi univers ? Non. Un film comique français avec des gags répétitifs qui ne font plus rire que ceux qui n'ont pas évolué depuis leur adolescence délinquante et machiste des années 1960 ? Pitié.

Le timbre oblitéré premier jour le vingt-sept février 2025 à Riga, en Lettonie.

Non, il s'agit de Flow, Straume en letton.

Un film d'animation, sans personnage ni parole humaine, aux personnages animaux non authropomorphiques, subissant une crue aussi destructrice que mystérieuse pour eux que pour le spectateur, au milieu de constructions vidées d'une civilisation humaine (?).

Une partie d'entre eux se retrouvent sur une arche - un banal voilier - à l'équipage éclectique : un capybara en mode optimal d'économie d'énergie, le chat-héros perdu et méfiant, un maki-catta cleptomane et égocentré, un labrador un peu con... un chien quoi.

Et un oiseau : un messager sagittaire blessé... qui paraît en savoir plus que ses compagnons de mésaventure, vouloir les aider, mais hautain dans les deux sens du terme.

L'enveloppe premier jour créée par la poste lettonne, avec quatre des compagnons de voyage du chat noir.

Aidé par le financement de producteurs belges, français et lettons, l'animateur et scénariste Gints Zilbalodis atteint la célébrité avec ce film indépendant en tout : l'intrigue, les personnages, le ou les sens de l'histoire... Tout peut être compris comme il le souhaite par le spectateur.

Indépendant : Zilbalodis et son équipe ont utilisé un logiciel libre d'animation, Blender ; libre au sens d'une grande liberté de droit d'utilisation du programme et de ses possibilités. Certes, des aplats de couleurs peu habituels en 2024, mais un film neuf.

Face aux grosses productions Disney-Marvel, devenues répétitives et répétées pour les classiques de Walt, la lente émergence de Flow parmi le public depuis une des sélections du Festival de Cannes en mai 2024, des prix des professionnels et du public en festivals d'animation, une sortie en cinémas français d'auteurs Utopia pendant l'été, puis à partir de fin août les successions de sorties nationales en Lettonie, France,...

La poste lettone, Latvijas Pasts, émet sur timbre de 2,54 euro un des visuels promotionnels du film sur timbre : le chat noir sur fond des paysages de cette mystérieuse forêt et de ces ruines culminant en pointe vers le ciel.

La date n'est pas par hasard : le vingt-sept février 2025 ouvre la période de cinq cérémonies de récompenses connues internationalement et pour lequel le film est sélectionné comme meilleur film d'animation et meilleur film étranger !!!

Les cinq prix sont obtenus en animation depuis le César en France jusqu'à l'Oscar aux États-Unis.

Avec l'ensemble des nominations et des prix obtenus en festival spécialisé et récompense nationale, la Wikipédia en anglais a pu en détacher une liste de l'article sur le film.

Timbre allemand de 2017 pour les cinq cents ans de la Réforme, lancée par Martin Luther.

Les critiques de cinéma, les éditorialistes des différents journaux ont donné les idées principales qu'offriraient le film aux spectateurs...

Après l'avoir vu et [pas de divulgâchage] m'être interrogé sur certains aspects précis, j'ai eu une interprétation personnelle en découvrant que l'auteur était letton, donc d'un pays de tradition luthérienne.

Au début du seizième siècle, en opposition du message de l'Église catholique que les actions personnelles permettent sur constat des clercs le pardon des fautes (notamment en monnaie sonnante et trébuchante offerte directement à l'Église de la Renaissance riche de peintures et d'architecture monumentale dans les palais de Rome), Luther repart du texte biblique : seul Dieu décidera des bons et des mauvais au Jugement dernier.

Les différents courants issus de la Réforme étant plus ou moins optimiste sur la volonté de Dieu, le rôle des actions, quand la décision de Dieu est prise, etc.

De là, certaines actions des animaux du film prendraient une tournure religieuse : la foi, la cruauté de ceux qui pensent être supérieurs par ... , la nécessité de la confiance en ... pour ceux qui n'ont que cette foi de l'action pour espérer sauver les autres et se sauver soi-même, etc. Les points de suspension sont à compléter selon les réflexions de chacun.

Ceux qui ont vu une dernière et pitoyable scène du film comprendront que le personnage le plus fidèle... Et on revient alors à la scène d'une des rares espèces encore en groupe... Et ce chat noir qui se croyait satisfait isolé et ... dans ce groupe bigarré...

...

Revoir Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau.


Compléments du mardi vingt-deux avril 2025 :

Les récompenses printanières nord-américaines et européennes du film ont rendu un peu fou les entreprises qui se promeuvent avec Flow / Straume : sculpture du chat sur un mur en plein centre touristique de Riga, ballon gonflable géant chez un pays voisin, etc.

Un point de retrait-dépose colis automatique à Riga, vu le réseau social X.

En mars 2025, Latvijas Pasts, la poste lettone, a même décoré un de ces grands blocs automatisés de retrait de colis mi-noir, mi-affiche du film.

Annonce de la diffusion gratuite et massive du film sur Zócalo, à Mexico, le trente avril 2025 (capture d'écran d'un message temporaire du créateur du film sur Instagram).

L'engouement est tel que le mercredi trente avril prochain, jusqu'à deux cent mille personnes pourront voir le film projeté sur la place de la Constitution ou Zócalo, au centre de Mexico.

Apparemment, le créateur du film imagine son héros aussi haut que le mat portant le drapeau mexicain et les tours de la cathédrale métropolitaine.

vendredi 21 mars 2025

L'hyperinflation yougoslave de 1989-1994 dans The London Philatelist

 Des philatélistes et historiens postaux ont une passion pour les périodes d'hyperinflation, des augmentations dramatiques des prix, dont la répétition d'émissions de timbres à multiples zéros, puis les surcharges d'anciennes valeurs, puis des trouvailles diverses pour éviter de tapisser une enveloppe... et donc les enveloppes d'époque ou à destination de l'étranger.

En articles de presse philatélique française ou en expositions, j'ai principalement vu l'hyperinflation allemande de 1921-1924 et celle en Hongrie en 1945-1946, grâce à la masse de timbres neufs à valeur devenus infimes inondant le marché philatélique. Ainsi que les photographies marquantes de l'époque : aller faire ses courses avec une brouette de billets, les prix des patates revues chaque heure, l'homme tapissant son appartement de billets sans valeur effective, etc.

Pour les autres épisodes, il faut trouver un collectionneur spécialisé du pays, ou qui a pu vivre l'époque en garder trace ou savoir où trouver des courriers témoins.

L'introduction de l'article de Vladimir Milić dans The London Philatelist de mars 2025.

Dans le numéro de mars 2025 de The London Philatelist, le journal de la Royal Philatelic Society LondonVladimir Milić propose une présentation de l'hyperinflation en Yougoslavie de 1989 à 1994, de l'évolution des six devises monétaires aux conséquences pratiques sur la poste du pays en division passant de la République fédérale socialiste à six républiques à la République fédérale de Yougoslavie (Serbie et Monténégro).

L'auteur de l'article reste sur les plans purement monétaires, postaux et philatéliques. Ne sont pas l'objet les causes initiales dues à une politique économique de rigueur afin d'obtenir une aide des États-Unis en 1989 - rappelons le statut de non-aligné du pays -, puis l'aggravation de la situation générale avec la partition de la fédération, les guerres qui s'ensuivirent, et les sanctions internationales contre l'État yougoslave restant.

Tout pour causer une hyperinflation et des pénuries. Mais les enveloppes montrées par l'auteur montrent qu'il y avait tout de même nécessité à envoyer du courrier vers l'étranger proche - un destinataire identique à deux exemples pourrait interroger sur la biographie de l'expéditeur.

Les tableaux statistiques proposés sont clairs et permettent de suivre en nombre brut, en puissance de dix, en pourcentage comment les six dinars successifs ont perdu de plus en plus de valeur, et les tarifs postaux de base (lettre intérieure, lettre internationale) ont atteint des dizaines de milliers et des millions de chaque nouveau dinar jusqu'à ce qu'un ultime plan de stabilisation parvienne à une déflation au premier semestre 1994.


Ces tableaux seront absolument indispensables et une référence pour ceux qui rechercheront les traces philatéliques et postales de cet épisode.

Au terme du tableau du tarif postal de la lettre intérieure : 300 dinars le trois mars 1989, 156 x 10^24 du même dinar le seize juin 1994... ou 0,12 dinar (celui créé le vingt-quatre janvier précédent).


Ensuite, pour illustrer avec quelques pièces les formes d'affranchissements connus ou possibles, Vladimir Milić travaille par devise monétaire : 

- collage superposé de timbres-poste que les PTT émettent de moins en moins jusqu'à l'introduction de tarifs de type lettre alphabétique « A » (lettre intérieure) et « R » (recommandation intérieure) quitte à utiliser ce dernier en multiples à sa valeur postale pour tenter de faire face...

- démultiplication des marques de machines à affranchir au nombre de chiffres insuffisants pour atteindre les milliers et millions de dinars nécessaires ;

- étiquette de bureau de poste, quitte à considérer qu'elle sous-entend une puissance de dix non indiquée - d'où l'absolue nécessité de disposer de cet article pour l'étude d'un courrier yougoslave en vue d'une exposition compétitive ;

- et enfin, « port payé  » en français de l'Union postale universelle quand le postier est définitivement dépassé.


La bibliographie indique deux publications imprimées, la collection médaille d'or en cinq panneaux de Vladimir Milić, ainsi qu'une présentation filmée pour youTube qu'il a présentée à l'Union des philatélistes de Serbie.

Non, je ne donne pas les liens des deux derniers : la compétence moteurs de recherche général ou par site précis, et sans intelligence artificielle, est à travailler. Ou adhérer à la RPSL pour profiter de dix numéros annuels de son riche journal.

dimanche 26 janvier 2025

Monsieur Faust, votre colis a été déposé au point-relais

 Un peu d'humour allemand grâce à Tim & struppig, un membre du réseau social BluSky, qui a découvert que, chers opérateurs postaux, « le diable se cache dans les détails ».

Photographie du casier à colis DHL numéro 666, à Berlin (par Tim & struppig, vingt-trois janvier 2025 sur BluSky).

À Berlin, « si tu veux vendre ton âme au diable, mais que tu n'es pas là », DHL vous propose de communiquer avec celui-ci par colis auprès du casier numéro 666.

DHL ou le Groupe Deutsche Post : la poste allemande a depuis longtemps signé des pactes avec les démons capitalistes, compagnons du diable. Pour l'instant, un ange semble contrebalancé le démon auprès des oreilles des dirigeants de La Poste française. Certes, le démon du productivisme affecte l'âme du directeur en charge des tournées de facteurs, courrier comme colis.

Comment exorciser un dirigeant postal ? Peut-être dois-je suivre la messe sur France 2 juste après l'écriture de cet articulet.

Sur ce thème de l'inventivité du diable, je vous conseille L'École du diable dans les premières pièces du dramaturge Éric-Emmanuel Schmitt, jouée en 1996 pour une soirée en faveur d'Amnesty International.


Compléments du dimanche deux février 2025 :

Il n'y a pas que Tim et moi à tirer le diable par la queue, les producteurs de L'Entretien archéologique aussi mais avec les Gallo-Romains, ce vendredi trente-et-un décembre 2025 : « Tablettes de malédiction gallo-romaines : vous avez un ancien message ».

Lors de fouilles sur le site de l'ancien Hôpital général d'Orléans depuis 2022, une nécropole des premier au troisième siècle a révélé des particularités assez particulières, dont vingt-deux tablettes repliées de malédiction en plomb ! À suivre.

jeudi 15 août 2024

Reconstitution d'un bureau de poste de 1982 dans "Ouija" sur France 3

 Ce jeudi quinze août 2024 en visionnage à la demande, et ce jeudi puis jeudi vingt-trois août sur la chaîne de télévision France 3, est diffusée la mini-série Ouija, un été meurtrier, une coproduction franco-allemande avec comme créateurs Thomas Bourguignon connu pour Baron Noir et Joerg Winger pour Deutschland 83.

Reprenant des thèmes de ces séries - le socle d'une carrière politique, l'impact de l'action des anciens sur le présent des générations suivantes -, la mini-série raconte apparemment la venue d'un groupe de lycéens allemands et de deux enseignants spécialisés dans le théâtre dans un village forestier des Alpes-Maritimes en août de la Coupe de monde de football 1982 .

Le but est qu'ils montent avec leurs correspondants une pièce qu'ils joueront devant le village sur le chemin d'une réconciliation initiée par un des anciens du village...

La scène où le bureau de poste et la boîte aux lettres se voient le mieux dans le dernier épisode (capture d'écran sur le site de France 3).

... Philippe, octogénaire à l'alcool facile, qui n'assiste pas à leur arrivée puisqu'il disparaît encore une fois... avant que lors d'une de leurs premières excursions les adolescents retrouvent son cadavre.

Entre les adolescents qui se jaugent avec les activités d'été de leur village et de leurs familles respectives (bergerie, restaurant, un futur candidat à la mairie, l'intégration par le verlan), leurs parents qui vaquent à leurs occupations professionnelles dont une mère parmi les premières gendarmes de l'époque, ils semblent que ce soient ceux qui ont connu l'Occupation et la Résistance, dont le maire qui en a tiré le pouvoir local depuis, qui ont du mal avec l'énergie innocente du petit groupe.

Groupe qui découvre des lieux secrets au fil des épisodes à partir d'une séance nocturne de Ouija, au cours de laquelle un esprit les menace d'une malédiction, esprit auquel Frank, le jeune allemand aveugle, semble particulièrement sensible. Plus ou moins convaincus, ils partent à la recherche du premier indice.

La présentation par Caroline Constant dans L'Humanité, publiée le treize août, est très encourageante sur la mêlée intrigante des enjeux mémoriels de l'Occupation et de la Libération, mais aussi du mélange des genres policiers, de la vie quotidienne d'un village en été où tout se saurait, de la réactualisation des menaces des années 1930 à notre époque récente (tous les préjugés dont les Français sont capables, même contre un père harki) et d'une pincée de genre fantastique.

Les plus de quarante ans (aïe, ça commence à faire mal, mais tant que ce sont pas les années 90, ça ira pour moi) apprécieront un retour sur certains aspects des années 1980, même si des sous-intrigues rappellent que tout n'était pas rose. Les plus jeunes retrouveront de quoi inspirer leurs soirées musicales.

Les philatélistes et historiens postaux apprécieront la reconstitution de la façade du bureau de poste villageois avec l'oiseau postal de Guy Georget de 1960-1978 - pas encore mis à jour -et une petite boîte aux lettres jaune sur pied, particulièrement visible dans le dernier des six épisodes quand le groupe promeut sa pièce dans les petites rues.

jeudi 27 juillet 2023

Une semaine en Philatélie : découverte, partage et entraide en juillet 2023

 Si périodiques imprimés et associations sont utiles aux échelles géographiques de leur public respectif, le partage sur les réseaux sociaux permet des échanges philatéliques internationaux. Découvertes, partages de documents et entraide à travers quelques exemples vus sur Twitter pendant la seconde moitié du mois de juillet 2023.

Timbres gravés thématique oiseaux sur le fil Twitter de @EngravedStamps.

Amoureux des timbres gravés et imprimés en taille-douce ? Besoin d'une image quotidienne pour votre plaisir ?

Abonnez-vous au fil Engraved Beauties de @EngravedStamps qui publie un timbre gravé par jour, avec un petit suivi par thème ou pays ou artiste sur quelques jours.

D'ailleurs, éditeurs de catalogues ayant consciencieusement notés dans leur base de données la méthode de création et d'impression de chaque timbre, à quand la publication d'un catalogue mondial des timbres gravés (suivi d'une impression taille-douce ou d'une plate impression) ou la possibilité de commander un catalogue personnalisé à partir de ce motif ?

Annonce de publication d'un article sur son blog par Rajnish Joshi sur Twitter.

Présent sur Facebook et Twitter, Rajnish Joshi de Bhopal collectionne les timbres de la thématique santé et publie un blog titré Health and Medicine in Postal Stamps.

Il a entamé une série d'articles sur l'histoire de la Croix-Rouge par les timbres. Le deuxième porte sur « La philatélie de la Croix-Rouge et les deux Guerres mondiales », hier vingt-six juillet 2023.

Les timbres présentés sont liés aux activités de l'organisation de secours, à leur financement par des surtaxes sur les timbres-poste en temps de guerre, puis en temps de paix... jusqu'aux années 1960 à partir desquelles les programmes philatéliques connaissent une inflation, incluant la thématique de la Croix-Rouge.

Un exemple des multiples publications didactiques de la Korea Stamp Society sur Twitter.

La Korea Stamp Society propose sur Twitter de nombreux exemples de timbres-poste, fiscaux, sociaux de la Corée, de l'occupation japonaise, de la libération par les États-Unis et l'Union soviétique, des deux États coréens depuis.

Une partie renvoie vers des articles plus approfondis sur son site web, réservé aux membres, mais pour lesquels l'adhésion est gratuite pour la première année, avec ensuite des années offertes si vous proposez des articles. La société vivant des dons et de la vente de publications imprimées.

Hier, mercredi vingt-six juillet 2023, est ainsi proposé ce qui pourrait apparaître comme une empreinte de machine à affranchir noire à valeur de 450 wons, oblitérée en rouge en février 1985.

Que nenni ! Il s'agit d'un billet pour magasin militaire : voir l'emblème au centre supérieur, et dont la marque rouge signale la période d'utilisation possible.

Bande de journal de l'État libre d'Orange vers l'Allemagne de 1882... RRRare ?

Plus pointues sont certaines pièces commentées et les échanges qu'elles suscitent entre collectionneurs spécialistes. Le vingt-et-un juillet dernier, Yannis Lazarides a partagé une bande du journal Friend of the Free State, publié à Bloemfontein au dix-neuvième siècle. Elle est affranchie d'un bloc de quatre timbres de l'État libre d'Orange, probablement oblitérés en 1882. Destination : la Bavière, membre de l'Empire allemand.

Une accumulation de chances pour l'historien postal : une bande de journal qui a survécu à la poubelle ou au décollage des timbres, d'un pays postal qui allait disparaître avec l'unification sud-africaine suite aux guerres des Boers. Et vers un pays lointain, certes voisins et rival de l'Empire britannique qui allait annexer cet État libre.

Dans son fil de trois messages, Yannis Lazarides montre un autre exemplaire pour le même journal, avec timbre surchargé par les forces britanniques, et comment il faut remonter la provenance et retrouver les sources bibliographiques pour composer un récit d'histoire postale ou socio-postale pour intéresser un lecteur ou le public d'une exposition.

...

La seconde pièce de Lazarides approfondie par l'historien social-postal Peter @stampden.

Et de là, partage social aidant, un autre philatéliste rebondit avec sa spécialité et sur son blog The Philatelist as Social Historian. Peter @stampden pratique de manière très approfondie l'histoire sociale-postale : étudier la société, des personnalités, des faits à partir d'objets postaux, en s'appuyant sur les archives de plus en plus numérisées.

Sur son fil Twitter et son blog, il montre comment cela peut aller de manière assez simple à partir de la correspondance. Ici, la biographie et la généalogie du destinataire de la seconde bande montrée par Lazarides : Charles Wyndham (1871-1953), le correspondant du Daily Mail auprès du général Gatacre pendant la première Guerre des Boers. Le journal lui est d'ailleurs envoyé où se trouve le général à ce moment-là.

Et ce Charles eut pour fils Leonard Athol Wyndham (1899-1947), un philatéliste et historien postal sud-africain notamment de la poste aérienne de son pays. D'où le grand nombre d'artefacts postaux intacts liés aux activités de son père, journaliste de guerre puis fonctionnaire et élu au parlement du Cap, et aux siennes au même parlement.

L'article permet de retrouver le parcours de plusieurs familles de migrants britanniques circulant au sein de l'empire, et si une enveloppe ou une carte postale le permet d'affiner ce parcours.

Je vous conseille d'éplucher les twitts de Peter @stampden sur une thématique oviparité ultra-précisée autour de l'oologie, (#oology sur Twitter) la partie de la zoologie spécialisée sur les comportements des oiseaux autour de l'œuf, du nid, de cette stratégie de reproduction sous coquille.

Ce n'est pas qu'une collection d'œufs ou de nids sur timbres, ce sont aussi de nombreuses enveloppes et correspondances de zoologues et d'ornithologues, de musées et laboratoires, avec biographie professionnelle voire reconstitution des voyages de recherche des scientifiques expéditeurs ou destinataires de ces courriers.

Initiation à la philatélie ou à la recherche ? Identifier un timbre-poste correctement.

Plus simple... ou en première étape de toutes les recherches partagées, on peut débuter par identifier correctement un timbre postal.

C'est ce que la Scouts on Stamps Society International (SOSSI, présente sur Facebook et Twitter) a proposé au Jamboree national états-unien, qui a lieu en Virginie-Occidentale cet été.

Pour obtenir un badge d'identification philatélique, les scouts sont invités à apprendre à identifier des timbres-poste : observation des indices, recherche en catalogue depuis l'index jusqu'au numéro du timbre grâce à sa valeur faciale, sa couleur, etc.

On peut imaginer, comme nombre de collectionneurs l'ont fait au fil de leur accumulation ou dans le cadre de la collection un timbre / un pays (définir pays postal ?), des niveaux de badges selon les difficultés linguistiques, les abréviations, les pièges des faux-amis les vignettes, et quel changement provoque cette surcharge, etc.

En plus, une activité-jeu qui peut animer une manifestation philatélique avec pédagogie et mérite pour les visiteurs venant découvrir le loisir lors d'une journée du timbre. Mais beaucoup ont dû y penser avant moi : la preuve avec Donald Duck, collectionneur de timbres dès 1952, spécialiste en monnaies rares puis en timbre avec avion à l'envers en 1990.

lundi 3 juillet 2023

Deux tristes nouvelles germaniques

 L'entreprise privée organisatrice de la bourse philatélique internationale de Essen, en Allemagne, a annoncé qu'elle arrête cette organisation avec la trente-troisième édition de mai 2023.

Briefmarkenmesse Essen n'avait pu avoir lieu en 2020, 2021 et 2022 à cause des restrictions de confinement, puis les contraintes pesant sur les voyages internationaux, liés à l'épidémie du covid-19. Et si les visiteurs avaient trouvé une bonne ambiance, qu'il y avait du monde et que les stands marchands fonctionnaient bien, et bien, ce n'était que la moitié environ du nombre de visiteurs de 2019.

Et, pour l'organisateur, ce nombre de visiteurs est aussi dû à la présence de l'exposition philatélique IBRA, organisé par la Fédération allemande des philatélistes qui a pris acte de la cessation de la bourse, sur son site Facebook, fin juin.

Moins de visiteurs, dépendance d'une exposition fédérale, inflation de la location d'une halle de parc des expositions... Le Bund Deutscher Philatelisten part donc à la recherche d'une solution pour IBRA.


En Autriche, la poste nationale, connue pour ses beaux et innovants timbres-poste, a annoncé un nouveau et très étrange règlement pour le courrier à compter du premier septembre prochain, qui a été interprété sur le forum anglophone StampBoards.com.

À partir du premier septembre 2023, les timbres-poste autrichiens ne pourront servir que pour la lettre intérieure économique et la lettre internationale économique. Pour ce faire, un nouveau tarif international de moins de vingt grammes est créé alors que, précédemment, le courrier international économique pouvait débuter au-delà de cette masse.

Tarifs de la lettre internationale de la poste autrichienne à partir du premier septembre 2023 (via StampBoards.com). Le nouveau tarif est le Brief S.

Pour le courrier prioritaire, l'ajout de service type recommandation, les expéditeurs devront se tourner vers les entiers postaux, les étiquettes d'affranchissements d'automates, des guichets postaux et de machines à affranchir pour les entreprises.

Comparaison des tarifs de la lettre intérieure : la flèche bleue est de l'opérateur postal.

Pour les germanistes et les traducteurs-automatiques, l'annonce officielle est sur le site de la poste autrichienne, avec le pdf des tarifs.

Comme en France le premier janvier 2023 avec l'abolition des tarifs intérieurs prioritaires et écopli,  il est insisté, sur la page des tarifs intérieurs, que la lettre économique augmentée reste cinq centimes d'euro moins chère que l'ancienne lettre prioritaire.


Pour les collectionneurs de nouveautés, sachez donc que les timbres d'Autriche aux tarifs prioritaires, de la recommandation, etc. seront désormais émis par complaisance au profit des actionnaires de Post AG, privatisée depuis 2006 : l'État autrichien pour 52,8 % des parts, le reste au flottant.

La solution sera-t-elle celle choisie par Royal Mail depuis janvier 2023 : des timbres commémoratifs à valeur d'usage (première et deuxième classe) et des valeurs arrondies pour le reste (une ou deux livres sterling actuellement, nécessitant de disposer de timbres de vingt pence).

mardi 7 mars 2023

Les enjeux de la création artistique dans les camps nazis

En novembre 2022, la Direction de la mémoire, de la culture et des archives du Ministère français des Armées a publié un numéro hors-série de sa revue Les Chemins de la mémoire titré « Les lettres, les arts et la guerre. Représentation(s). »

Parmi les nombreux articles consacré aux représentations des guerres européennes puis dans le monde de l'après-1870 à nos jours, les équipes mémoire et citoyenneté de l'Office national des combattants et des victimes de guerre (ONAC-VG) en consacrent un sur « les enjeux de la création artistiques » à l'intérieur de l'univers concentrationnaire nazi.

Quelle est la fonction, le rôle, le besoin de s'exprimer par l'art pour les déportés et prisonniers ?

Dessin de Gaston Morisse, réalisé au camp de Buchenwald (entre 1943 et 1945).


Parmi les œuvres évoqués dans le texte et les quatre illustrées, une imitation de timbre de la République française dessinée par un terrassier parisien et militant communiste Gaston Morisse (1900-1952). Déjà repéré par la police pour ses activités contre l'intervention française dans le Rif marocain et sa solidarité avec la République espagnole (tracts), il accepte pendant l'Occupation de distribuer des tracts clandestins.

Dénoncé en août 1942, il est condamné en novembre par un tribunal français à un an de prison. En septembre 1943, l'Occupant le déplace au Frontstalag 122 à Compiègne, avant de le déporté au camp de Buchenwald, dans lequel il participe aux activités résistantes du camp pour protéger certains prisonniers.

Il en est libéré avec l'arrivée de l'armée états-unienne du Général Patton, le 11 avril 1945.


L'article s'ouvre sur la vision critique actuelle de l'historiographie des arts réalisés par les prisonniers au profit de leurs tortionnaires. Néanmoins, l'activité artistique a pu aider à lutter contre le processus de déshumanisation des camps : penser pour créer, créer des objets et non choséifier, exister et transmettre malgré la menace permanente de la mort.

À travers les lieux dont il a la charge, les équipes de l'ONAC-VG évoquent les graffitis des résistants fusillés aux murs de leur cellule, la dernière lettre à leur famille,...

Le timbre et un dessin de Germain Tillion à Ravensbrück permet de maintenir l'humanité des captifs malgré les discours des gardes SS.

Enfin, cette première partie de l'article évoque la broderie de Abel Plisson (1921-1944), récupérant les armes parachutés au sein d'un réseau lié au Special Operations Executive britannique (SOE). Dans la prison de Fresnes, gardé par les Allemands, il réalise une œuvre plaçant les noms des membres de sa famille, des cœurs en attendant d'être fusillé.

Les deux autres parties sont consacrées aux œuvres comme témoignages de l'immédiat vécu dans les camps de concentration, puis à l'affirmation de ses convictions, et, enfin, comment les institutions et associations utilisent ces œuvres de nos jours pour transmettre la mémoire de ces crimes.

dimanche 6 mars 2022

Une guerre si grave qu'elle affecte la philatélie

 Le titre est dérisoire face à ce que vit la population ukrainienne depuis 2014, et désormais, une invasion militaire russe depuis jeudi vingt-quatre février 2022... et disons-le aussi beaucoup d'autres peuples à travers le monde même si les médias et les gouvernements occidentaux sont moins réactifs.

Les géopoliticiens et les historiens diront, dans plusieurs années et décennies, comment les États-Unis, l'Union européenne et la Russie ont créé suffisamment de précédents géopolitiques entre 1991 et 2022 pour qu'en une décennie deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies envahissent un autre État souverain en mentant et refusant la voie diplomatique.

Néanmoins, si le sport offre des précédents de boycott d'États pour raison de droit de l'homme (l'Afrique du Sud) ou de guerre (le restant de la Yougoslavie), rarissimes paraissent les occurrences qui ont amené le loisirs de la collection de timbres à être en partie paralysé par une guerre.

Le message du Conseil de la Fédération européenne des associations philatéliques, en date du trois mars 2022 (site de la F.E.P.A.).

Lors de la réunion de son Conseil, le mardi deux mars, la Fédération européenne recommande de ne pas recevoir la Russie et la Biélorussie lors d'événements philatéliques dans un futur proche, sous-entendant donc, au sein de ces deux fédérations, les représentants de leurs associations, des collectionneurs exposants, des jurés, etc. La nouvelle est publié le trois mars sur le site de la F.E.P.A. et repris par la presse en ligne, notamment Vaccari News.

Quelques heures ensuite, d'Australie toujours le trois mars, le président de la Fédération internationale de philatélie a soumis les mêmes conseils concernant les expositions organisées sous le patronage de son organisation.

En attendant de voir comment les premiers comités d'exposition concernés vont gérer cela, sûrement aidés par les interdictions mutuelles de vols des compagnies aériennes nationales, une première exposition est victime de l'invasion russe en Ukraine : OSTROPA devait réunir à Berlin sous l'égide de la Fédération allemande et d'une de ses fédérations régionales, les collectionneurs d'Europe centrale et orientale depuis 2020... reportée deux fois à cause de l'épidémie de covid-19... et finalement annulée pour cause de guerre.

Pour les organisateurs, le message de l'exposition n'est plus audible face aux événements qui ont actuellement lieu.


Certes, je suis jeune, au sens que j'ai vécu très jeune l'espoir des adultes de la fin de la Guerre froide, du fonctionnement du système des Nations unies pour sauver le Koweït...

Mais, en reprenant l'histoire des cent quatre-vingt-deux années de timbres-poste et de leur collection, je ne vois que la Grande Guerre de 1914-1918 qui a autant marqué la philatélie européenne : le refus des créateurs du Roll of Distinguished Philatelists d'inclure des « Pères de la philatélie » allemands ou autrichiens parmi les défunts qui ne pouvaient le signer. Il a fallu attendre un siècle pour y admettre l'Allemand Otto Moschkau et l'Autrichien Victor Suppantschitsch.

D'autres actions ont pu exister, gênant l'activité des collectionneurs lors de « conflits gelés », comme la difficulté toujours actuelle pour un citoyen des États-Unis d'acheter directement ou de vendre des timbres de Cuba ou d'Iran.

Mais, l'exclusion de fait de participants aux expositions compétitives...


Post scriptum : pour le suivi de l'actualité postale et philatélique, je conseille vivement la version actualités du marchand, éditeur et libraire italien Vaccari  sur son site dédié ou sur son fil Twitter. Beaucoup sur l'Italie, mais un certain éclectisme dans les sujets abordés. 


Complément du mardi huit mars 2022 : Delcampe.

Le site de vente spécialisée entre internautes collectionneurs Delcampe a diffusé par mail à ses inscrits qu'il suspendait les ventes et achats réalisés depuis la Russie et la Biélorussie.

Complément du samedi douze mars 2022 : Postcrossing.

Dès l'invasion russe, plusieurs discussions ont eu lieu sur les forums du site d'échange de cartes postales Postcrossing. Des utilisateurs demandaient la suspension des envois vers des adresses et inscrits biélorusses et russes ; tandis que des Postcrosseurs russes insistaient sur la différence entre les actes de leur gouvernement et leurs opinions personnelles.

Finalement, le fondateur du projet a posté un message sur le blog officiel, mercredi neuf mars. Le but du site est de relier des individus autour de leurs passions. Les adresses russes et biélorusses restent proposées ; ceux qui ne souhaitent pas envoyer de cartes vers ces deux pays sont invités à ne pas participer à Postcrossing pour le moment.

Par contre, comme pour les aléas du courrier international pendant la crise du covid-19, Postcrossing pourra suspendre l'envoi entre certains pays si le trafic postal était suspendu. Là, les sanctions mutuelles entre la Russie et les pays opposés à l'invasion pourraient venir dissocier les membres de ces pays si seules des compagnies interdites de vol transportaient du courrier.