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dimanche 14 août 2016

Paris-Philex (8) : Guerres, conséquences et cartographie

Après colonisation et mondialisation, ce sont les Guerres mondiales et leurs conséquences qui ont intéressé les compétiteurs du championnat national à Paris-Philex, en mai 2016. Ici, je m'intéresserai principalement à deux collections sur les effets et conséquences de la Seconde Guerre mondiale, avant quelques commentaires de collections sur celle qui aurait dû être « la der des ders ».

Un cadre sur trois jours de l'histoire postale française en Allemagne occupée
Toujours dans les soucis monétaires de l'après-guerre, Alain Milone a trouvé un sujet qui ne peut tenir qu'en un cadre puisque l'épisode en question a duré trois jours, quatre avec l'exemple illustré en photographie ci-dessous.
Lettre du vingt-quatre juin 1948 : trop tard pour écouler le stock de timbres en « anciens pfennigs » (collection Alain Milone, Paris-Philex 2016).
Comme il est expliqué dans une longue introduction illustrée de pièces philatéliques et postales - car il faut bien justifier du cadre unique et... remplir ce cadre, les effets de la réforme monétaire allemande de 1948 en zone d'occupation française est un sujet qui débute le lundi vingt-et-un juin et se termine avec la dernière levée du mercredi vingt-trois !

Moins graves que le blocus de Berlin sur l'ordre de Staline qui s'oppose à l'unification monétaire des zones occidentales d'occupation, furent tout de même les aléas de la poste en Bade, Württemberg-Hohenzollern et Rhénanie-Palatinat (pas la Sarre, vieille envie d'annexion française, qui utilise le franc français).

Les timbres sont réémis le lundi pour correspondre à la nouvelle devise, le Mark. Mais, une tolérance est mise en place pendant trois journées : les anciens timbres peuvent être encore utilisés, seuls ou en complément des nouveaux timbres, à un dixième de leur valeur faciale.

D'où une collection plaisante et colorée de petits timbres de trois Länder avec calculs. Légende signalant une lettre commerciale pesante suraffranchie de timbres promis à la démonétisation le jeudi matin. Ou, comme ci-dessus, le postier isolant huit anciens timbres ce jeudi-là pour obliger l'expéditeur a acheté deux nouveaux timbres, les seuls désormais valables.

Grand argent et soixante-dix-huit points pour Alain Tirone, par ailleur le monsieur communication et informatique de la fédération depuis l'année dernière.

Comment traverser un océan en guerre ?
Suite à la mise en place des lignes aériennes d'Europe vers le reste du monde pendant l'entre-deux-guerres (relire l'article précédent), Patrice Trzeciak s'interroge sur la traversée de l'océan Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale : censures, routes à reconstituer au gré de l'évolution des événements militaires, notamment les déclarations de guerre qui s'étalent tout le long du conflit selon l'intérêt des États et des colonies. D'où le plan à la fois chronologique et par services.

Admirable est d'abord dans la présentation de M. Trzeciak est le respect des sources et du lecteur curieux : la première page comprendre une bibliographie. Mieux encore, la carte utilisée en page deux pour localiser les lignes évoquées voit son fond de carte correctement attribué.

En effet, dessiner une carte, en décalque à la main voire à l'ordinateur, est difficile, mais en trouver une dans un livre ou sur internet et ne pas en indiquer la provenance ! Cela donne, dans plusieurs collections écrites en français, des cartes en anglais, en allemand ou en polonais sans en expliquer la raison. Pour peu qu'un des jurés a été formé à la recherche, combien de petits points perdus en deux premières pages ?
De Curaçao pour le Royaume-Uni en remontant la FAM22 par les censeurs néerlandais locaux, britanniques à Trinidad et Tobago et états-uniens à New York (collection Patrice Trzeciak, Paris-Philex 2016).
J'ai gardé en mémoire les enveloppes des Caraïbes se cherchant un chemin vers l'Europe déchirée.

Évidemment en quelques mois, je regrette de ne pas avoir lu, photographié et pris abondance de notes sur cette collection : depuis mars, j'ai une curiosité pour l'Afrique de l'Ouest britannique, notamment les liaisons aériennes connectées à la FAM22 depuis Bathurst (l'actuelle Banjul, capitale de la Gambie). En effet, dès mes achats à Paris-Philex, sans le savoir, une lecture complète me serait grandement utilé aujourd'hui. La lecture de Cameo du West Africa Study Circle aidera sûrement.

Pour cette belle collection d'aérophilatélie, M. Trzeciak a reçu une médaille vermeil... Et là, je souhaiterai vraiment que se pose la question du commentaire sportif en philatélie compétitive.

Centenaire de la Grande Guerre : de multiples sources d'inspiration
Pour aller vite car les années 1930 à 1950 m'intéressent davantage que les pourtours ayant causé la Grande Guerre, il faut saluer l'inventivité et la créativité des collectionneurs de cette dernière.

Jean-Luc Flaccus et les postes des villes polonaises : les municipalités d'une Pologne dépecée entre ses voisins autrichiens, prussiens et russes ont été occupées par la puissance rivale ou isolées par les manœuvres des différents épisodes. Dix villes, des timbres et des cachets postaux parfois éphémères, souvent sommaires pour pallier à l'urgence, voire marquer une revendication future d'indépendance.

M. Flaccus est méritant de rendre intelligible le contexte à partir de sources en allemand et en polonais, même si la carte choisie aurait besoin d'une source et d'une légende, à défaut d'une version française : quelles sont les frontières internationales et intérieures allemandes, autrichiennes et russes si une légende ne présente pas les différentes lignes ?

Une médaille d'argent en philatélie traditionnelle sur un sujet où la recherche des courriers ne doit pas être facile.

Prix de la surprise pour moi et prix spécial du jury : Raymond Loëdec en histoire postale avec « La Guerre à l'Ouest 1914-1918. Les îles dans la tourmente » ou comment les îles du littoral atlantique, leurs garnisons et leurs habitants ont vécu la guerre.

Grand vermeil avec quatre-vingt-huit points, trois points de plus qu'au championnat de France de 2014, mais sept par rapport à 2015 et l'étrange score obtenu à l'exposition de Çannakale de mars 2015, lors du centenaire de la bataille des Dardanelles, en Turquie.

Un peu de fiscal et de hors les murs : l'Alsace
En conclusion, pourquoi les guerres mobilisent-elles autant les collectionneurs ?

Car les opérations même provoquent des actes postaux entre les militaires et de leurs familles (voir la collection d'Emmanuel Le Becque et la poste d'étapes allemandes dans le Valenciennois). Les occupations et annexions pendant et après le conflit crééent de nouveaux pays ou régions philatéliques, des changements politiques autant que monétaires et administratifs que les timbres et les courriers portent sur eux.

Et que dire si on commence à lire les courriers ou à rechercher qui étaient les expéditeurs et les destinataires...

En France, une région a vécu ces effets délétères des guerres : les départements d'Alsace-Lorraine.
Lors de l'exposition Frontières, deux affiches de propagande se répondent, la flèche de la cathédrale de Strasbourg en arrière-plan (affiches allemande de 1940 et française de 1945, collections du Musée de l'Armée Invalides, exposition temporaire au Palais de la Porte dorée, novembre 2015-juillet 2016).
Une des sous-parties de l'exposition Frontières au Palais de la Porte dorée, déjà évoquée en marge de ma visite de Paris-Philex, était consacrée à la frontière franco-allemande de 1870 à 1945, dont faisaient partie les deux affiches rassemblées sur le montage ci-dessus.

L'affiche initiale a servi à la propagande anti-française des autorités nazies, de retour en Alsace. Son auteur a raconté sa version des faits par écrit pour les différents dépôts d'archives alsaciens et finalement, au quotidien L'Alsace le sept mars 2015. Ou comment un devoir artistique devient la catastrophe d'une vie pour une famille. La réponse française est placardée en 1945.

À la porte de Versailles, c'est Edmond Andrau, spécialiste des colis postaux, qui illustre, en philatélie fiscale, l'un des changements de souveraineté en Alsace avec les « bulletins d'expéditions de colis postaux d'Alsace-Lorraine dans le régime intérieur » du quinze décembre 1918 au dix-neuf juin 1940, et comment le changement s'opèrent aussi rapidement que possible.

Une première présentation grand vermeil à qui je souhaite d'obtenir un or européen comme la précédente.

Post scriptum:
Question actuelle mais non urgente : toutes les guerres ont-elles droit à autant de postérité et de mémoire en philatélie ? Les révoltes des colonisés ? Les guerres civiles des pays où l'écrit postal est peu employé ? Les conflits actuels au temps d'internet ?

Prochain et dernier épisode : bilan de Paris-Philex.

vendredi 3 mai 2013

En quelques instants, Google et les Antilles néerlandaises

Pour compléter la note du 30 avril 2013 sur l'outre-mer néerlandais actuel, voici ce qu'il est possible de trouver rapidement avec Google sur les systèmes postaux et la philatélie des îles antillaises du Royaume des Pays-Bas depuis 2010.


Commençons par le plus ancien autonome, dès 1986, et son entreprise Post Aruba, dont le site propose un historique. Responsable des postes le premier janvier 1986, membre à part entière de l'Union postale des Amériques, de l'Espagne et du Portugal (UPAEP) en 1993 et privatisée en 2005. Cinq bureaux sont listés, dont un seul est ouvert le samedi.

Côté philatélie : timbre personnalisé disponible, une adresse Facebook pour suivre les émissions et deux adresses mail (une pour les commandes locales, une pour les commandes internationales) sont proposées. Les valeurs faciales sont en centimes de florin d'Aruba (code AWG ; à parité fixe 1,79 AWG = 1 dollar des États-Unis).


Pour Curaçao, devenue autonome au sein du Royaume des Pays-Bas en 2010, il existe un Bureau Telecommunication and Post en charge d'organiser et de veiller au respect des règlements du territoire. Sur le site du BT&P, une phrase intéressante permet de comprendre pas mal de choses (surtout pour les commandes de timbres) : "Les services postaux sur les îles BES et Curaçao ont été délégués à Nieuwe Post N.V." Nieuwe Post Nederlandse Antillen bénéficie d'un monopole sur tous les courriers de moins de deux kilogrammes, même si les autres opérateurs peuvent proposer un tel service s'il est plus rapide.

Même si la phrase n'est pas datée, elle lie Curaçao avec les îles Bonaire, Sint Estatius et Saba (BES) qui sont devenus en 2010 trois communes d'outre-mer des Pays-Bas métropolitains. La page d'histoire de l'opérateur confirme que, malgré 2010, le système postal de feues les Antilles néerlandaises perdurent dans quatre îles : PNA, détenu par l'État, a remplacé l'administration postale en 1997 avant de devenir, en mai 2003, NPNA et possédée par CPIL [qui s'est ? Mystère à éclaircir].

Sur le site de NPNA, on trouve les horaires d'ouverture des cinq bureaux de Curaçao, des trois des BES (un chacune) et de celui de Sint Maarten... Néanmoins, pour ce dernier, les services financiers sont limités à Curaçao et BES.

Pour compliquer le tout : les devises utilisées dans les anciennes Antilles néerlandaises sont en cours de réformes depuis 2010. Les îles BES, aussi dénommées Pays-Bas caribéens (Caribisch Nederland) ont adopté le dollar des États-Unis, avec application le premier janvier 2011. De leur côté, Curaçao et Sint Maarten continue à utiliser le florin des Antilles néerlandaises (ANG, localement gulden), mais préparent une nouvelle unité monétaire. Ce florin caribéen pourrait être mis en circulation en 2013... après plusieurs retards. Ces deux florins sont à la même parité fixe avec le dollar que le florin d'Aruba.


Quant aux timbres de Curaçao, dans la section Personal, tout en bas, un menu philatélique. Là encore, les timbres personnalisés sont bien mis en avant avec leurs quatre arrière-plans : générique, pour enfants, pour touristes et pour les entreprises. Les programmes philatéliques de Caraçao depuis 2006 et de Caribish Nederland depuis 2010 sont proposés avec, juste après, un bulletin d'abonnement. Par contre, celui-ci et le bon de commande des séries encore disponibles ne précisent pas l'entité émettrice (Antilles néerlandaises, Curaçao ou Pays-Bas caribéen) ; les collectionneurs ont un mail pour demander.


Il reste donc Sint Maarten, la jumelle de la collectivité d'outre-mer français de Saint-Martin, et très proche de Sint Eustatius et Saba. Après quelques jongleries avec Google, le décret ministériel créant Postal Services St. Maarten en octobre 2010 est trouvé, lui octroyant, pour vingt ans, l'opération postale dans la demi-île. Comme à Curaçao, il existe un régulateur, le Bureau Telecommunications & Post Sint Maarten.

Mais, aucun site officiel en vue... Dans la presse locale, on trouve quelques nouvelles émissions et, surtout, l'information que, depuis le premier février 2012, les timbres des Antilles néerlandaises ne sont plus acceptés sur le courrier posté auprès de l'opérateur Postal Services St. Maarten. Les commentaires des lecteurs sont incendiaires : pas question que les Pays-Bas mettent leur nez dans l'île, mais que le monopole de PSS est sévèrement critiqué. Outre le choc de la perte des valeurs fiduciaires que sont les timbres, un lecteur signale que le bureau n'a pas trois jours de stocks de timbres... [Pas même une machine à affranchir ?]


Pour résumer : quatre pays philatéliques au lieu de deux depuis 2010, mais seulement trois opérateurs postaux aux caractères visiblement très différents. Indépendant à Aruba, coopératif à Curaçao+BES et pressé d'être indépendant à Sint Maarten.

mardi 30 avril 2013

Lang leve de Koning! d'Amsterdam à Bonaire

Aujourd'hui, mardi 30 avril 2013, le royaume des Pays-Bas a changé de souverain d'une manière que nombre monarchies (et républiques) ignore ou font exprès d'ignorer : la reine Beatrix a estimé qu'il était temps qu'elle délaisse sa charge à un souverain plus jeune, son fils Willem-Alexander.

Émis le premier mai 2013, la version 1 de la série d'usage courant
(la version deuxième classe est bleu et verte, page 5 de Er is post!).

PostNL présente les premiers timbres-poste du nouveau règne dans son magazine Er is post!, consultable en ligne (et en néerlandais).

Dès le 25 mars, un timbre rouge honorait le règne de Beatrix, suivi le 21 mai par un bleu pour Willem-Alexander (programme philatélique 2013).

Illustré ci-dessus, deux timbres d'usage courant à valeur d'usage (1 et 2) au monogramme du nouveau roi : rouge et bleu pour le 1, bleu et vert pour le 2. Comme d'habitude pour l'audacieuse production philatélique néerlandaise, les deux timbres peuvent se placer côte à côte et se continuer (on se souviendra comme les vaches hollandaises coupées en timbres avait rempli les colonnes philatéliques).

Le magazine propose également un petit panorama philatélique du règne de Beatrix, avant d'aborder les services de PostNL et les mots croisés (entraînement à la langue locale :).


Note :
comme un lecteur le réclame dans le courrier de Timbres magazine de mai 2013, les Wikipedias en toute langue explique l'évolution institutionnelle récente des Pays-Bas et de ses communes et territoires d'outre-mer.

Pour simplifier :
- en 2010, les Pays-Bas européens (que tout le monde connaît depuis 1581) ont été admistrativement rejoints par trois communes antillaises : Bonaire, Sint Eustatius et Saba (= les Pays-Bas caribéens). Cependant, contrairement au système ultra-marins français (les quatre DOM de 1947), elle constitue une entité philatélique depuis 2010 avec ses propres timbres (source de la Wikipédia en anglais : par ici), ne serait-ce que parce que la monnaie locale est le dollar des États-Unis et non l'euro.
- Avant 2010, ces trois îles, Curaçao et Sint Maarten (ainsi qu'Aruba jusqu'en 1986) formaient les Antilles néerlandaises ayant leurs propres timbres à partir de 1950, année suivant l'introduction du nouveau nom.
- Avant 1950, les timbres de Curaçao servaient dans toutes les Antilles néerlandaises.

Depuis la dissolution des Antilles néerlandaises en 2010 : Aruba (dès 1986), Curaçao et Sint Maarten disposent chacune de leurs propres timbres.

Vous attendrez l'article promis par Timbres magazine pour vérifier les informations institutionnelles et philatéliques des Wikipédias, et savoir comment connaître les émissions actuelles de ces quatre pays philatéliques depuis 2010. Notamment, quels timbres ont-ils émis pour le changement de chef d'État aujourd'hui ?

Le Postzegelblog néerlandais vous aide un peu pour Sint Maarten.


Note du 3 mai 2013 :
Adrian Keppel, spécialiste des timbres européens d'usage courant, propose une revue des timbres de couronnement des cinq dernières et dernier souverains néerlandais sur le blog de Stamp Magazine.