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lundi 7 avril 2025

L'orientalisme étudié grâce à une correspondance intacte

 Que cette couverture est magnifique : des timbres-poste français, italien, hongrois, oblitérés d'Algérie, de Budapest, de Rome, etc.

Heureux sont les historiens de l'École des hautes études en sciences sociales et de l'Institut national des langues et civilisations orientales que leur auteur, expéditeur et destinataire principal - ou un de ses héritiers - n'eût pas été philatéliste !

Couverture de l'ouvrage collectif L'orientalisme en train de se faire, aux éditions de l'EHESS, publié en mars 2024.

Le treize janvier 2025, l'émission audio Paroles d'histoire d'André Loez a permis aux trois chercheurs ayant dirigé l'épluchage de cette masse d'archives par leurs collègues et des étudiants sur plusieurs années universitaires.

Marie Bossaert, Augustin Jomier et Emmanuel Szurek ont ainsi pu étudier la vie et le travail d'un orientaliste français dans son quotidien à l'université d'Alger, alors colonie française ; ses correspondances avec d'autres spécialistes européens de l'Orient, et avec sa propre mère dont il récupéra après sa disparition les courriers qu'il lui avait envoyé. Un véritable archiviste pour qui la moindre pensée mise à l'écrit pouvait servir à l'avenir.

Ainsi, René Basset (1855-1924), ses deux fils André et Henri, spécialistes des langues et cultures arabes et berbères, et d'autres personnalités sont rendus « vivants » dans la manière d'appréhender les cultures et mœurs algéroises, arabes et berbères, des mots et concepts employés par la population, du débat s'il faut considérer ou pas une influence ottomane jusqu'au Maghreb, etc.

Toute sa correspondance et sa bibliothèque terminent à Gérardmer, dans le département des Vosges, dans une demeure qui sera sauvée de l'incendie vengeur de la ville par l'occupant allemand en fuite des seize au dix-huit novembre 1944... par l'intervention d'une femme de la famille ayant indiqué l'importance du contenu de la maison du patriarche. Elle, elle perdit la sienne.

Bien évidemment, nombre de philatélistes, de marcophiles et d'historiens postaux aimeraient mettre le nez dans ces archives données par les descendants en 2014 aux centres de recherche de l'État...

Heureusement que non. Les mauvaises habitudes de dispersion par découpage des timbres, expositions compétitives, ventes aux enchères ont eu une vie longue avant l'émergence de la philatélie sociale dont relève cet ouvrage de recherche universitaire...

... Bon, d'accord, il n'est pas sûr que les chercheurs et étudiants se soient préoccupés des détails philatéliques au-delà des points d'origine et de destination des courriers. Si jamais un jour, ces archives sont numérisées.

vendredi 11 juin 2021

La Grande Guerre de l'Afrique "neutre" à la nouvelle Pologne

 La Première Guerre mondiale et ses conséquences sont une mine de collections et d'études philatéliques et postales, en partant déjà de l'expérience vécue par les soldats des deux camps et discernable dans leur correspondance personnelle.

Côté géopolitique, les modifications de frontières inspirent les historiens postaux en quête des surcharges et création d'outils postaux de fortune des nouveaux États. Mais, n'oublions pas les guerres coloniales en Afrique et en Océanie pour prendre possession des territoires allemands.

Une note : un nouveau Libellé « Première Guerre mondiale » pour les articles évoquant causes, faits et conséquences de la Grande Guerre ; l'ajout sera progressif.


Le numéro de juin 2021 du London Philatelist propose ces deux aspects.

Par une introduction efficace avant la description d'éléments de leurs collections ville par ville (timbres, cartes et enveloppes), Julian Auleytner et Stefan Petriuk expliquent l'origine des émissions locales polonaises de l'armistice du onze novembre 1918 jusqu'au cours de l'année 1919.

L'établissement de la Pologne indépendante fut immédiate puisque les Empires allemands et austro-hongrois avaient posé les bases d'un royaume de Pologne sur les territoires pris à l'Empire russe. Mais, sur le terrain, la « polonisation » pour reprendre un terme de l'article du système postal dut faire avec les éléments immédiatement disponibles : timbres et tampons des trois anciennes puissances impériales.

Cette introduction est à lire puisqu'elle conte ensuite comment cette collection a évolué entre pratique de collectionner des timbres isolés par décollage du courrier ou la vente de masse avec oblitération en 1921 quand l'État polonais recherchait des fonds, auxquelles s'ajoutent les destructions de bâtiments, et donc de collections, en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus les faussaires...


En Afrique, les collectionneurs de timbres connaissent les surcharges belges, françaises et britanniques au Togo, Cameroun, et Ruanda-Urundi.

Là, Philip E. Parker et Peter Vogenbeck raconte un épisode sidérant : comment une carte postale d'Angola pour l'Allemagne de novembre 1916 témoigne d'un conflit dès 1914 entre le Portugal neutre et l'Allemagne sur leur frontière entre dirigeants de l'Angola du premier et ceux du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie) du second.

L'épisode paraîtrait impossible... sauf après l'invasion de la Belgique et du Luxembourg neutres par l'Allemagne. Le gouverneur portugais à Luanda est donc inquiet, expulse les nationaux allemands et rapproche des troupes vers la frontière méridionale.

Pour éviter un front supplémentaire - les troupes allemandes combattent, dès août 1914, celles de l'Union sud-africaine, un commissaire de district allemand est envoyé au Fort Naulila, au sud de l'Angola, pour négocier des relations postales, commerciales, bref pacifiques, avec les Portugais.

Cependant, croisant une patrouille portugaise, lui et ses accompagnants sont tués le dix-neuf octobre 1914 ! En réchappe un supplétif indigène qui rejoint la colonie allemande, un traducteur danois et un soldat allemand faits prisonniers... par un pays qui n'entre en guerre officiellement qu'en mars 1916 du côté de l'Entente. Cela provoqua tout de même une bataille et victoire allemande, à Naulila, qui isola définitivement le Sud-Ouest africain de l'Angola neutre.

L'article se poursuit avec les vestiges de courrier témoignant de l'existence de ces prisonniers de guerre allemands détenus par le Portugal, avant comme après son entrée en guerre.


À noter que ces deux articles reposent et leurs auteurs insistent sur l'entraide directement avec des philatélistes germanophones, en plus de l'emploi de sources polonaises et portugaises.

Cela accompagne des nouveautés au sein de la Société philatélique royale de Londres et de son journal The London Philatelist afin que membres et lecteurs puissent communiquer leurs spécialités de collection, questionnements, recherches et préparation d'exposition en cours afin de communiquer entre eux et de s'entraider.

mercredi 7 février 2018

Nostalgie du centenaire ou uchronie de la Grande Guerre

La collision de nouvelles provoquent la nostalgie d'un vingtième siècle où les conflits n'auraient pas (tous) eu lieu grâce au meilleur comportement de quelques politiciens, notamment la Grande Guerre dont la dernière année du centenaire ne clora pas les centenaires des événements ayant continué à pousser l'Europe et son voisinage vers de nouveaux conflits à court et long termes.

Certes, l'historien Ian Kershaw a bien montré, avec Choix fatidiques (Fateful choices) pour la période 1940-1941, que l'Histoire est une avancée constante et inexorable des actions humaines conduisant les hommes à commettre la seule et catastrophique action qui leur paraît possible au moment donné, ayant annihilé toute autre possibilité acceptable au fur et à mesure.

Mais, pendant l'automne 2017, Fred Duval et Jean-Pierre Pécaud assistés de Fred Blanchard, les auteurs de l'anthologie dessinée uchronique Jour J ont osé réécrire l'histoire de la pacification et de la démocratisation sans guerre du Moyen-Orient de 2001 à nos jours. « Avril 2006 : Bagdad, première destination touristique du Proche-Orient », sous-titre provocateur du trente-et-unième tome de leur série.

Dans la trilogie du Prince des ténèbres, le surnom du personnage-clé, l'agent du FBI John O'Neill parvient à convaincre le gouvernement états-unien du danger d'Oussama Ben Laden et de son groupe... et d'éviter l'attentat du 11-Septembre dans lequel il est mort au premier jour de son nouvel emploi de chef de la sécurité du World Trade Center, à New York.
Le timbre du centenaire de la mort de l'empereur François-Joseph (merci Irene et Postcrossing).
Dans cet état d'esprit, recevoir une carte postale d'Autriche affranchie du timbre que la République autrichienne a consacré à l'empereur François-Joseph en 2016 suscite de doux et naïfs rêves d'une histoire moins sanglante...

... avec la voix de Frédéric Mitterrand dans son documentaire de 1997, Les Aigles foudroyés, dans lequel il contait comment le conflit initial austro-serbe emporta trois familles impériales sur fond des premiers films de familles.

Le vieil empereur - et sa cour - aurait-il écouté davantage François-Ferdinand son héritier marié en-dessous de son rang, l'Empire austro-hongrois aurait-il pu se transformer suffisamment pour survivre aux nationalismes, voire éviter l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine ? Eûsse-t-il disparu plus tôt, François-Ferdinand ou son neveu Charles aurait-il pu réconcilier Autriche et Russie avant l'inévitable, voire négocier des paix séparées avec quelques-uns des belligérants ?

Vains questionnements intellectuels pour s'occuper l'esprit ou redécouvrir la complexité des belligérants à l'été 1914.

Car c'est un autre historien qui anime la réflexion - et dissipe les nuages du rêve : les douze leçons sur les crises d'Orient de 1914 et leurs conséquences d'Henry Laurens au Collège de France viennent d'être diffusées sur France Culture du vingt-deux janvier au six février.

Rien que la première inquiète sur la situation de 1914 avant même les coups de feu de Sarajevo : la mémoire nationale française fixée sur le front allemand est secouée par le rappel que les futurs fronts étaient partout à vif et prêts à engloutir empires, soldats et civils, également au sud-est du continent. Royaume-Uni tentant de rallier l'Empire ottoman, pourtant hostile à l'Empire russe, affaibli par les indépendances balkaniques et dont la nouvelle génération de gouvernants rêve de grandeur turque...

Je frémis de ce que les onze émissions suivantes vont me révéler sur les multiples grands et petits faits entre Europe et Asie qui ont conduit aux bains de sang, génocides, tensions, frontières disputées, attentats,... depuis.

jeudi 27 juillet 2017

Du courrier international avant l'UPU avec James Van der Linden

Continuant lentement à découvrir l'histoire postale avant l'Union générale des postes (actuelle Union postale universelle), j'ai mis la main, chez Vaccari, sur Four Important Exchange Offices - Quatre bureaux d'échange importants, le livre-collection du James Van der Linden, publié par La Marque postale en 2016.
Servant d'illustration de couverture au livre de Van der Linden, le planisphère impérial britannique de 1886 présente les principales routes maritimes et terrestres d'alors (Boston Public Library via la base documentaire de Wikimedia).
L'historien postal belge propose d'étudier comment les bureaux de Panama, Alexandrie en Égypte, Aix-la-Chapelle au nord-ouest de l'Allemagne et Trieste, alors ville libre impériale autrichienne et siège de la compagnie maritime Lloyd autrichienne.

Les collectionneurs préphilatéliques, marcophiles et historiens postaux trouvent ainsi quelques dizaines de lettres illustrant les multiples routes internationales du dix-neuvième siècle, le long desquelles ces quatre bureaux jouent un rôle essentiel de transmission, mais aussi de vérification des ports dus et de leurs marques.
Agrandissement du planisphère précédent : de Londres à Suez via Trieste... mais pas tellement Aix-la-Chapelle. Un raccourci continental par le cartographe ? (Boston Public Library via la base documentaire de Wikimedia).
Le curieux dispose de quelques textes explicatifs et de reproductions d'affiches lui contant les évolutions qui ont permis la collaboration des postes concernées. Loin des guerres napoléoniennes et de la guerre civile européenne du vingtième siècle, la collaboration entre les différentes puissances permet l'accélération du transport du courrier jusqu'aux confins des empires coloniaux et du Nouveau Monde.

Cela n'écarte pas une émulation entre elles - mais loin des fureurs de la guerre. Pour prendre un seul exemple de ces textes ou de ces preuves d'émulation, page vingt-neuf, comment le Lieutenant Thomas Fletcher Waghorn, qui avait déjà établi une route postale terrestre entre Alexandrie et Suez en 1835, bouscula en 1845 la ligne express entre Londres et Marseille, donc l'honneur français.

De Bombay en Inde le premier octobre, le courrier qu'il avait pris en charge parvint à Londres à l'aube du trente-et-un, battant le courrier passé par Marseille et la France arrivé le deux novembre... Son initiative : débarqué près de Trieste et foncé grâce aux voies ferrées à travers l'Autriche, les États allemands et la Belgique. Touchée, la voie française fut très rapide avec le courrier de Bombay de décembre.

Le livre paraît court au premier regard - soixante-douze pages, mais le mélange textes clairs/pièces précisément expliqué avec suffisamment de cartes et de documents d'archives pour se repérer, rend sa lecture passionnante.

James Van der Linden a obtenu une médaille vermeil à Finlandia 2017 pour son ouvrage.

mardi 25 avril 2017

Un philatéliste à Matignon

Maintenant que les électeurs français ont réduit de onze à deux les prétendants à la Présidence de la République, qui pourrait être le prochain Premier Ministre, installé dans l'Hôtel Matignon, à Paris ?
L'hôtel Matignon sur la carte Turgot de Paris, publié dans les années 1730 (image de l'exemplaire de l'Université de Kyoto, repris sur la base de documents libres Commons de Wikimedia).


Aucune idée.



C'est l'avantage de disposer d'une petite poignée de partis et mouvements en concurrence. Même si le remuement au siège d'un parti de droite semble indiquer des positionnements pour l'avenir... ?

Mais, dans le numéro daté mai 2017 de Stamp Magazine, Jeremy Havardi nous rappelle en un récit prenant qu'un insatiable collectionneur de timbres est né le onze janvier 1850 et a vécu dans ce lieu acquis par son père au duc de Montpensier, alors en difficulté financière après la chute de son père, le Roi Louis-Philippe en 1848 :

Timbre de 1968 du Liechtenstein (Colnect.com)

dont le centenaire de la mort aura lieu le vingt mai prochain.

Fils de l'homme d'affaires Raffaele de Ferrari, prince de Lucedio, duc de Galliera, il refusa à la fois d'hériter de la fortune paternelle, mais aussi de ses titres de noblesse. Sa mère, Maria Brignole Sale, lui laissa une petite fortune, avant de consacrer le reste à acquérir nombre d'œuvres d'art pour les placer dans l'hôtel Matignon dans l'idée d'une donation à la France.

Dans le cas de la mère comme du fils, la géopolitique française bouleversa leur plan. Fâchée que la République chasse son hôte, le comte de Paris, en 1886, elle donna ses collections à la Ville de Gênes et l'hôtel Matignon à l'Autriche qui en fit son ambassade.

Son fils, toujours résident d'une aile de l'hôtel, accumula les timbres rares... voire faux, préférant, d'après une citation acheter mille faux plutôt que de rater une variété qu'il ne retrouverait jamais. Les philatélistes le savent : les plus rarissimes timbres furent en sa possession... Sinon lire l'article de Harvardi.

Si sa famille douta de ce coûteux passe-temps, Philippe contenta sa mère en la conservant précieusement dans l'hôtel, ne la montrant pas, ne l'exposant jamais.

Adopté par un Autrichien du nom de La Renotière von Kriegsfeld, il reprit son premier patronyme sous le titre de comte et la nationalité autrichienne. Enfin, il souhaita que sa collection finit au musée postal de Berlin... La Grande Guerre brisa ce vœu : il se réfugia en Autriche, habitué depuis 1890 du village de Steinbach am Attersee. Après sa mort, la France saisit et vendit aux enchères son accumulation fabuleuse comme réparations de guerre de l'Allemagne.

L'hôtel eut un traitement plus respectueux... La vengeance de la République française ne s'étant pas étendue à la nouvelle république autrichienne : il fut acheté en 1922 pour servir de résidence officielle du chef du gouvernement français.

Mais peut-on déjà entendre crisser sur le parquet les dents de son prochain locataire ?

vendredi 29 avril 2016

Correspondances balkaniques dans les magazines de mai

Après avoir écumé les confins des empires russes et austro-hongrois du dix-neuvième siècle des nationalités à la fin de la Première Guerre mondiale dans les numéros de février 2016, voilà que deux de mes magazines français et britanniques s'attaquent aux Balkans dans les numéros datés de mai : de Belgrade à Constanza aux marges d'un Empire ottoman déclinant en Europe, avec escales grecques.
La couverture rangée au cordeau du Stamp Magazine daté mai 2016.
Toujours à compulser leur calendrier universel des anniversaires, Stamp Magazine place en couverture l'article des cent cinquante ans du premier timbre-poste de Serbie.

John Winchester raconte la tumultueuse histoire de l'autonomie de la principauté de Serbie des insurrections de 1804 et 1817, à l'établissement d'un royaume indépendant d'Istanbul après deux guerres en 1876, et conclut l'article avec l'établissement de la Yougoslavie, le royaume des Slaves du Sud.

Tout en décrivant les timbres émis, leur genèse dans les grands ateliers de gravure d'Europe (Louis-Eugène Mouchon en guest star aux côtés de Wincenz Katzler de la Monnaie de Vienne, Carl von Radnitzky à Vienne, des Français C. Dumont et G. Tasset) de Vienne à Paris, en passant même par Berlin en 1890.

Surtout, le passage d'un souverain à un autre, d'une timbre à un autre, montre le conflit de deux familles pendant ce première siècle serbe : les Obrenovic d'un côté, les Karadjordjevic d'un autre. Quatre révolutions entre ces deux dynasties, en plus des deux soulèvements du début et les multiples conflits contre l'Empire ottoman, puis les voisins, eux aussi prenant leur indépendance, afin de définir des frontières nationales dans un espace multinational.

Un bon moyen de se rendre compte que venir au secours de la Serbie en 1914 était peut-être protéger un petit pays contre un gigantesque voisin - et régler des comptes entre six puissances mondiales, mais aussi une petite folie face à un État si remuant dans un environnement tendu et qui le restera longtemps. En 1934, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie est assassiné à Marseille par un terroriste bulgare dont l'organisation visait à ce que les Bulgare contrôle la Macédoine et la Thrace - organisation que l'armée bulgare était en train de détruire après le coup d'État du printemps précédent.


Côté français, ce sont les deux dernières publications de Timbres magazine qui présentent l'histoire et la complexité géopolitique de cette région d'Europe à des moments et par des spécialités philatéliques qui la montre calme et suffisamment pacifiques pour permettre au courrier international de circuler l'Europe occidentale et centrale vers l'Empire ottoman.
La couverture du Timbres magazine de mai 2016 et ses (seulement) huit titres à la une (version bien verticale via www.trouverlapresse.com).
Côté magazine mensuel daté mai 2016, Laurent Veglio présente les options maritimes et terrestres qui se présentent à un expéditeur français du Second Empire pour sa lettre à destination de Constantinople.

À la fin des années 1850, une compagnie britannique propose au sultan la construction d'une voie ferrée entre le Danube et la mer Noire, au port de Constanza (Constanța en roumain et écrit à la française à partir du turc Kustendje). L'objectif postal est d'économiser de précieuses demi-journées de transport fluvial à travers la Dobroudja par le coude menant au delta du Danube, tout en s'éloignant géopolitiquement d'un Empire russe alors honni par une les puissances françaises et britanniques : voir la guerre de Crimée de 1853 à 1856.

Pendant six ans, à Vienne, la voie de terre permet soit de passer par Belgrade, alors à la frontière danubienne de l'Empire ottoman, puis d'employer les postes ottomanes, ou de continuer à descendre le Danube sur un bateau autrichien entre rive ottomane et rive vallache au nord (Valachie tout juste devenue l'embryon futur de la Roumanie par fusion avec la principauté de Moldavie... oïe, nous revoilà aux confins de l'Ukraine et du futur Empire soviétique) pour atteindre le nouveau barreau ferroviaire.

Un tableau de Laurent Veglio, à partir du calcul des temps de parcours et des jours de départ, démontre la pertinence de l'entreprise si la lettre pour la capitale ottomane ne rate pas le départ : de trois à quatre jours d'économiser par rapport à la voie balkanique et même les deux voies maritimes étudiées : par les Messageries impériales au départ de Marseille ou la Lloyd Austriaco par Trieste - au nord-est d'une Italie remuée par l'unification piémontaise.

À tel point, que la voie de Kustendje est concurrencée dès 1866 - merci « la bulle ferroviaire » de l'époque,par un barreau en Dobroudja méridionale, dans la future Bulgarie, entre Roussé (Routchouk en turc, presque au droit de Bucarest) et Varna, cent cinquante kilomètres environ au sud de Constanza.

Cet article prenant à lire est complété de notes infrapaginales et de ses sources, deux moyens pour que les lecteurs aillent d'eux-mêmes plus loin. Encore trop rarement présents dans les pages de Timbres magazine.
Couverture du second Dessous des timbres que Gauthier Toulemonde consacre à la présence française dans le monde.
Car c'est avec un dictionnaire historique ou les articles opportuns des Wikipédias (selon les sources de leur contenu, leur illustration, parfois liés à la langue des contributeurs) qu'il faut lire la longue liste des bureaux de poste français en Grèce de 1852 à 1914 dans le deuxième numéro hors-série Les Dessous des timbres en cours de commercialisation depuis mi-avril...

... pour expliciter les quelques remarques dispersées sur le pays où se trouvait la ville concernée au fil des conflits entre indépendantistes grecs ou bulgares et l'Empire ottoman.

Certes, l'article avait d'autres buts premiers, demandant déjà de la rédaction et des illustrations. Il constitue une étude de cas pour l'ensemble des bureaux français d'Europe et du Proche-Orient, comme le sont également les articles sur Fort Bayard en Chine du Sud et Yokohama au Japon : rappeler quels timbres de France furent imprimés ou surchargés pour ces bureaux lointains, quelles oblitérations gros chiffres recherchés avant ces timbres spécifiques. Et, enfin, quelle est la chronologie typique qui justifia l'ouverture de ces bureaux entre nécessité postale maritime et expression de la puissance dans des zones à influencer ou coloniser.

Un catalogue de cotations suffit pour débuter après la lecture de cet article.

En grattant internet, avant de se jeter sur une bibliothèque d'association ou organisation philatélique, on tombe assez rapidement sur le site de Robert Désert sur les « bureaux français de l'Empire ottoman (oblitérations sur timbres français, 1854-1902) », dernière mise à jour en 2004 et premier (et depuis le seul remis) Prix internet 2002 de l'Académie de philatélie. On y apprend qu'un bureau français fut ouvert de 1869 à 1879 à Kustendje, combien peu de timbres et d'enveloppes en sont restés.
Timbre émis par la Danube and Black Sea Railway pour le courrier transporté sur sa ligne (base d'images Commons de Wikimedia).
Parvenu au web anglophone, c'est un contributeur roumain du forum StampCommunity.org qui proposait en juin 2013 quelques éléments de l'histoire philatélique et postale de Kustensje : un timbre local est issu d'un accord entre la compagnie Danube and Black Sea Railway et une compagnie du port de Constanza. Il fut employé seul pour les correspondances entre les villes de la ligne ou en complément de timbres autrichiens (Levant ou Lombardie-Vénétie).

Les Balkans au temps des indépendances et des conflits nationaux, une région à creuser autant que l'Europe orientale dans l'après-Grande Guerre.

samedi 30 janvier 2016

Correspondance ukrainienne entre Timbres Magazine et Gibbons Stamp Monthly

De mémoire, il me semble que le centenaire de la Première Guerre mondiale a donné très peu d'articles d'histoire postale dans la presse philatélique britannique et française... Même si les nombreuses émissions commémoratives ont permis de noircir du papier.

Cependant, côté britannique, il y a un intérêt pour la philatélie et l'histoire postale de l'Europe centrale et orientale dont la géopolitique a été bouleversée par l'implosion de l'empire d'Autriche et royaume de Hongrie, le renversement de l'Empire russe et la révolution bolchevique, et enfin, la défaite de l'Empire allemand.

Les causes sont multiples, mais ce ne sont que des hypothèses. L'attrait des premiers timbres-poste de nouveaux pays attire autant que l'histoire postale d'États et de régimes éphémères : les connaître n'est pas facile à cause de leur disparition rapide, mais les recherches autant encycoplédiques que philatéliques sont finies par cette durée.

Restait pour m'inspirer un article une coïncidence : deux articles qui se répondent l'un l'autre sur ce thème dans deux magazines d'origine différente.


Dans le numéro de février 2016 de Timbres magazine, le champion de la thématique « Les classiques de France et ses colonies », Laurent Veglio quitte le domaine des timbres du Second Empire français sur route maritime britannique pour enfiler le costume du spécialiste de l'Autriche.

Il conte avec abondance documentaire - dont de fort pertinentes cartes - l'ouverture du « premier service postal aérien international » entre Vienne et Kiev en mars 1918, marquée par la surcharge Flugpost de timbres autrichiens. La poste impériale tirait profit de la paix de Brest-Litovsk sur le front oriental et de la reconnaissance d'une Ukraine indépendante, fournisseur de matières premières tandis que la guerre s'éternise à l'Ouest et se développe toujours au Sud, dans les Balkans.

Alors qu'une seconde ligne vers Odessa via Budapest et Bucarest démarre à peine en juillet 1918 qu'elle s'interrompt suite à deux accidents aériens, la ligne vers Kiev est stoppée en octobre avec les premiers signes de l'implosion de l'empire multinational. Entre autres, les Polonais ont été braqués par une clause du traité avec l'Ukraine : en effet, les empires centraux avaient créé, en 1916, un royaume de Pologne sur les territoires polonais pris à la Russie. Mais voilà que Vienne offrait la région de Chelm à l'Ukraine... Nul problème donc pour la Pologne de lancer une guerre contre l'Ukraine occidentale, à peuplement multinational, dès novembre 1918.

Une Ukraine tout aussi complexe alors que les entrailles de l'empire d'Autriche-Hongrie comme le résume sportivement Laurent Veglio dans une note infra-paginale en se contentant de ce qu'il se passe à Kiev : indépendantistes divisés entre rejoindre l'Alliance ou l'Entente, communistes pro-Russes ou en faveur d'une Ukraine isolée.


C'est là que le numéro du même mois de Gibbons Stamp Monthly arrive juste à temps pour approfondir cette division grâce à Edward Klempka.

Il passe donc en revue les Ukraines philatéliques de 1918 à 1921, avec force timbres, enveloppes et même un mandat postal, à commencer avec l'Ukraine occidentale, partie de l'Empire d'Autriche, où une République populaire déclare son indépendance le premier novembre 1918 et se retrouve donc en guerre contre la Pologne.

Dans le reste de l'Ukraine d'alors, partie du défunt Empire russe et encore sous occupation allemande, deux régimes s'affrontent : la République populaire à Kiev et une république des Soviets à Kharkiv. Là, le philatéliste reprend la main sur la complexité : les aléas économiques et politiques en Russie, notamment une inflation importante, entraînèrent un afflux de timbres de l'Empire vers l'Ukraine où les autorités firent surchargés leurs stocks du trident, symbole national, pour protéger les revenus des postes. Un régal de spécialiste avec six villes présentées par Klempka et l'évocation de toutes les initiatives locales...

Les deux républiques populaires s'unirent formellement le vingt-deux janvier 1919, mais d'origines administratives différentes et occupées par ces nombreux conflits (contre la Pologne d'un côté, les Bolcheviques et soviets ukrainiens de l'autre), elles restèrent finalement séparées.


Tout ceci prit fin difficilement en deux grandes phases - pour simplifier très sportivement : la victoire de la Russie soviétique en Ukraine d'abord, ce qui établit définitivement la République socialiste soviétique d'Ukraine. Fin de l'indépendance ukrainienne dans la partie impériale russe jusqu'en 1991.

Ensuite, la paix de Riga du dix-huit mars 1921 mit fin au conflit entre la Pologne d'une part, et les Républiques désormais soviétiques d'Ukraine et de Biélorussie, protégées par la Russie, d'autre part. Cela établit la carte de l'Europe en 1920, fort connue des anciens collégiens et lycéens de France sur laquelle l'Ukraine occidentale peuplée de Polonais et d'Ukrainiens se retrouvaient dans le sud-est de la République polonaise.

Pfiou... Ça relativise les motivations françaises et allemandes de 1914.

dimanche 15 novembre 2015

Autour de l'Espagne, de Gibraltar à Cuba via la Grande Guerre, en novembre à la RPSL

Les à-côtés de l'Espagne font de ce pays un discret invité fil rouge de la Royal Philatelic Society London en ce mois de novembre 2015... dans mon raisonnement en tout cas.


Dans London Philatelist, Stephen Viñales et Richard Garcia propose la genèse administrative et artistique de l'émission d'usage courant de 1953. Réalisée à partir des photographies de Norman Cunning, employé du gouvernement colonial, la série aurait dû compter deux timbres à part : le £1 bicolore aux armes de Gibraltar et un 1/2d annulé.

Ce demi-pence était illustré d'une carte replaçant Gibraltar dans la baie que le territoire britannique partage avec la ville espagnole d'Algésiras ; le portrait d'Elizabeth II par Dorothy Wilding imprimé en Espagne... Abandonné pour éviter un incident diplomatique.


Au-delà de l'océan, Yamil Kouri, natif de Cuba et résidant aux États-Unis, a présenté une conférence du jeudi 5pm, ce douze novembre, consacrée aux premiers timbres-poste des Antilles espagnoles de 1855 à 1865. Un type colonial à l'effigie de la Reine Isabelle II et sans le nom des deux colonies d'usage : Cuba et Puerto Rico.

Trois valeurs, mais plusieurs filigranes, et des usages connus seulement pour une île et pas l'autre, plus les usages depuis l'étranger (?!). Un long fichier pdf attend le visiteur de la Société, l'adresse de la vidéo pour les membres au cours de laquelle Kouri évoque abondamment les surcharges Y1/4 de Cuba, celle de 1855 puis celle provisoire de fin 1859-début 1860.

Une conférence exigeante, mais enrichissante.


Par-delà le temps, l'Espagne fut une partie de l'immense empire de Charles Quint, puis des rois de la famille Habsburg. Dans la salle de conférence et d'exposition au 41 Devonshire Place, siège de la RPSL, la collection exposée ce mois-ci est offerte à la curiosité des visiteurs par Lubor Kunc.

Cent-huit panneaux sur la poste militaire de l'Empire d'Autriche-Hongrie au cours des opérations de la Grande Guerre, de 1914 à 1918. Internet et l'informatique permettent de consulter aisément la collection sous forme d'un livre en ligne (non téléchargeable).


Sur le site de la Royal Philatelic Society London, les collections exposées depuis 2011 sont consultables par ici ; les conférences des douze derniers mois par là ; et les numéros de l'année de The London Philatelist achetables en pdf vers là. Les membres disposent des liens vers les vidéos des conférences et un accès plus étendu aux ressources du catalogue.