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jeudi 14 août 2025

Archives, recherches et rédaction dans The London Philatelist été 2025

 Dans le numéro juillet-août 2025 de The London Philatelist et ses compléments sponsorisés, les membres de la Société philatélique royale de Londres (RPSL), l'Association internationale des journalistes philatéliques (AIJP) et deux grandes maisons de commerce proposent abondance de conseils et de ressources passés et à venir sur le rôle des archives, de la recherche et de la rédaction en philatélie.


Ce qui a attiré d'abord mon regard a été le fascicule édité par l'AIJP et la maison aux enchères allemande Heinrich Köller pour annoncer un Sommet sur la littérature philatélique suivi de la vente de « La Bibliothèque "PARIS" », les treize et quatorze novembre 2015 pour le premier, le quinze pour la seconde ; le tout à Wiesbaden, en Hesse.

Le Suédois Tomas Bjäringer cède son immense bibliothèque philatélique aux enchères, dont une partie est photographiée au siège de la maison d'enchères, rangée comme au départ dans ses étagères d'origine.

Le catalogue est téléchargeable en pdf sur le site de vente, sous le nom donc The "PARIS" Library (sa seconde ville de résidence), et numéro 387, ISBN 978-3-911997-32-4.

Plus de mille deux cents ouvrages des origines de la timbromanie aux ouvrages récents de référence aux tirages limités ; présentés pour certains comme rares et/ou reliés luxueusement, de provenance à faire frémir les fans d'autographes ; ou, plus utile à mon avis, annotés par l'auteur, le marchand aux enchères, ou un de ses propriétaires.

Attention aux spécialistes de la Suède, la partie de la bibliothèque de Tomas Bjäringer sur son pays sera proposée le trente novembre par GÖTA Frimärken, à Göteborg, même si la liste des lots suédois est reproduite dans le même fichier pdf.

Le catalogue comprend plusieurs pages sur l'œuvre philatélique de Bjäringer, principalement ses réalisations en écriture philatélique, sa participation à l'organisation de grands moments bibliophiles tels une partie de sa collection lors de Stockholmia 2019 pour les cent cinquante ans de la RPSL ; ainsi qu'une sorte de « généalogie » philatélique, à la fois familiale et de ses mentors.

Avant la liste des lors, Bjäringer présente les dix livres qu'il emporterait sur une île déserte et une page présente celle à qui il confie la reliure de ses ouvrages depuis deux décennies : Annika Baudry de ateljé b, une Suédoise, diplômée et installée à Paris.

Vue l'inflation des tarifs postaux, notamment pour les colis express avec assurance, Henrich Köller offre deux pour cent de ristourne sur les frais du vendeur (buyer's premium) aux acquéreurs qui viendront retirer leurs lots le lendemain, dimanche quinze novembre.


Pour ces objets spécifiques que sont les livres philatéliques, à la fois fruits de la recherche, outils de travail des chercheurs suivants, et objets de collection, l'AIJP organise un sommet sur la littérature philatéliques, toujours à Wiesbaden, les deux jours précédents cette vente.

Certes, avec un hôtel partenaire, on pressent que cela aidera à attirer des acheteurs à de petites vacances philatéliques en Allemagne, mais le titre des exposés et discussions montre le développement des questionnements.

Venus d'Allemagne, du Royaume-Uni et de Suède principalement, et quelques autres pays européens, les animateurs s'interrogeront, entre autres le premier jour :

- la littérature philatélique se limite-t-elle aux timbres et donc à la période depuis le six mai 1840 (Chris King) ;

- Karl Louis, connu pour tenir des bases de données philatéliques, d'histoire postale et de littérature, présentera l'intérêt et les limites des catalogues de vente aux enchères comme fondements de « registres philatéliques ». Il sera suivi par James Podger sur comment collectionner lesdits catalogues ;

- L'après-midi du premier jour verra la question des collectionneurs renommés (provenance, valeur de placement, j'imagine) autant que celle de la conservation d'une bibliothèque privée.

Le deuxième jour sera celui des études de cas, entre autres :

- des grandes bibliothèques de référence allemandes : à Wuppertal, Hambourg et celle nommée en mémoire d'Heinrich Köller à Francfort-sur-le-Main ; et celle de la RPSL à Londres ;

- des éditeurs passées (Jean-Baptiste Moens, et un panorama sur la littérature suisse) et actuels avec The Stuart Rossiter Trust.

Pour clore, Claudio Manzati posera une question d'actualité : « Lancer un journal international d'histoire postale de nos jours : une idée folle ou un défi raisonnable ? »


Néanmoins, il faut bien que ses livres aient été rédigées, des recherches menées pour les emplir de connaissances aussi fiables que possible.

Et là, le numéro lui-même du London Philatelist présente le compte-rendu du Crawford Festival qui s'est tenu les vingt-quatre et vingt-cinq juin 2025, au siège de la RPSL, 15 Abchurch Lane, à Londres.

Les archives étaient le thème de ce colloque annuel sur la recherche philatélique, nommé d'après James Lindsay, comte de Crawford (1847-1913), grand bibliophile et sûrement un des premiers à acquérir et mettre en valeur les épreuves et essais qui participent de la genèse des timbres-poste.

La première présentation par le Français Maurice Hadida et le Gibraltarien Richard Garcia a montré comment leur ouvrage sur les postes locales et chérifiennes du Maroc a précisé, corrigé, voire découvert des connaissances en partant des archives diplomatiques de Gibraltar, Espagne, France, Royaume-Uni et Allemagne.

Un labeur de quelques décennies, dans des archives non postales a priori, mais qui contiennent des informations indispensables pour comprendre des services tenus par des étrangers, parfois sur des périodes très courtes... à peine le temps pour la presse philatélique de l'époque de les découvrir.

Cette réflexion est commune avec le troisième intervenant, Richard Scott Morel, conservateur des Collections philatéliques de la British Library, quand il présente des objets des collections nationales du Royaume-Uni : diplôme d'un grand scientifique portant un timbre fiscal de quarante shillings (cher !), une lettre supposée écrite par Jack l'éventreur,...

Des items parfaitement identifiés, catalogués pour leur importance historique, mais pas philatélique ou postale. Le conservateur d'insister sur l'importance des méta-données : cette formalisation des archivistes et documentalistes pour décrire et indexer au départ de la conservation... au risque sinon que les chercheurs suivants ne puissent redécouvrir faute de pouvoir rechercher dans le catalogue général, aussi informatisé soit-il.

Notamment pour des domaines spécialisés, que je dirais « de niche », pour lesquels la connaissance ou prise de consciences des professionnels peut manquer, vu l'immense champ des possibles face aux archivistes (et aux documentalistes dans les bibliothèques).


Justement, la numérisation d'archives a été l'objet de deux exposés, les deux pour mettre à disposition plus aisément au public potentiel, mais le but de la conservation n'est pas la même.

Éviter d'user les archives, pouvoir indexer leur contenu pour faciliter des recherches et la consultation immédiate chez soi sur un ordinateur, a été le but et les étapes du travail mené par la RPSL et des membres volontaires pour les archives de production de timbres-poste de l'imprimeur Perkins-Bacon en possession de la Société. Le processus de numérisation depuis la manutention des registres jusqu'à la livraison des fichiers a été expliqué par deux responsables de Max Communications, l'entreprise spécialisée au Royal Warrant, qui a réalisé cette tâche.

Cependant, David Beech, ancien président de la RPSL et prédécesseur de Morel à la British Library, rappelle comment Alan Druce et lui ont développé les connaissances sur cette imprimerie quant il s'est révélé que, difficiles à trouver et consulter, des archives se trouvaient également à la British Library et aux Archives nationales... alors que les chercheurs n'allaient que vers celles possédées par la RPSL, les seules dont le public avait le plus facilement connaissance grâce à l'achat et à la numérisation par l'association.

D'un autre point de vue, comment conserver les collections d'exposition compétitives qui sont, par nature, temporaires puisque le collectionneur crée un bilan de recherche philatélique, thématique, classe-ouvertiste sur un sujet donné à partir d'objets collectionnés... avant de les sortir de cet ensemble pour en revendre une partie, constituer une autre approche, remplacer par mieux, passer à tout autre chose, etc.

C'est pourquoi l'actuel président de The Museum of Philately, Simon Martin-Redman, a expliqué l'initiative de David Feldman, fondateur de la maison d'enchères éponyme, et Marcus Orsi de conserver sous forme numérisée les collections ayant obtenu une médaille Grand Or dans une exposition internationale. Devenue une entreprise non-profitable, le musée virtuel utilise ses bénéfices pour développer la philatélie dans le monde.

L'avantage du colloque-séminaire est que le public présent semble avoir répondu de manière critique au Museum of Philately. L'intérêt est vu immédiatement pour retrouver des connaissances et des objets à l'avenir ; assurer la provenance et l'histoire des propriétaires d'un objet ; la simplicité de consultation.

Néanmoins, la question de l'indexation est revenue, ce dont le président a conscience : actuellement, l'organisation vise la facilité d'accès, pas encore les méta-données de chaque item inclus dans les collections...

Personnellement, pour revenir au Sommet sur la littérature philatélique de novembre prochain, j'espère que les intervenants présents à Londres en juin s'interrogeront alors sur comment indexer les lots de chaque catalogue de vente aux enchères... Tout indexer, quels lots ? Et, questions posées au festival : la reconnaissance automatique de caractères et des logiciels d'indexation de mots sont-ils déjà efficaces ? Les deux participants de Max Communications n'écartent pas ces outils, mais signalent la constante nécessité d'une vérification humaine du travail réalisé par la machine. 


C'est ainsi que, lors de la quatrième et dernière demi-journée, Chris King seul, puis en discussion avec un panel, a insisté sur l'importance d'aller aux archives, aux sources primaires pour construire la connaissance philatélique et d'histoire postale.

Les auteurs reprenant pour argent comptant les écrits antérieurs sans vérification, mais King déplore également la difficulté à accéder aux archives principales, non numérisées ou nécessitant de trop coûteux voyages. En plus du problème de l'indexation et des méta-données.

Et là, je ne peux conseiller à ceux qui sont intéressés par ses questions à s'abonner à la revue de l'American Philatelic Research Library, qui est partie de l'American Philatelic Society, mais dont la cotisation-abonnement est dissociée : nul besoin de prendre les deux.

En effet, ce sont des enjeux permanents en archives et même en bibliothèque-documentation que le panel a évoque comme l'APRL : indexation ; durabilité des moyens de stockage numérique (autant matériels que logiciels) ; et puisqu'un représentant des archives postales britanniques était présent pour signaler ce qui pouvait intéresser les philatélistes, la nécessité d'identifier les acteurs-clés des archives sur un temps long : propriétaire [idée personnelle : le dépositaire le reste-t-il ?], conservateur, financeur [voir premiers crochets ; autres financements pérennes ?],...

Évidemment que les philatélistes, qui ont acheté des essais et tirages particuliers d'imprimeries philatéliques privées ayant liquidé leurs archives, sont heureux... Les chercheurs moins.


Pour illustrer tout cela, des articles de philatélie sociale sur les civils pendant la Seconde Guerre mondiale sont proposés dans ce numéro. Les auteurs ayant le souci de retrouver les correspondants et le contexte de leurs échanges.

Et un article de John Stimson sur l'achat grâce à deux mécènes (dont Patrick Maselis) et le dévoilement par la RPSL d'une des trois copies historiques du portrait de la Reine Victoria par Alfred Edward Chalon, dont l'original est passé de la Famille royale britannique à celle de Belgique, et est connue des philatélistes de l'Empire colonial britannique, de l'Océanie au Canada, en passant par les Indes occidentales.

L'avantage des archives et des recherches bien documentées permet ainsi à l'auteur d'expliquer comment le « Chalon portugais » est dit « portugais » et quel parcours l'a mené jusqu'à Londres.


Enfin, le deuxième cahier publicitaire est véritablement un périodique de connaissances en lui-même : le dixième numéro de The Corinphila Gazette daté août 2025, publié par la maison d'enchères allemande Corinphila.

Certes, un journal par une entreprise marchande est bien pour attirer des collectionneurs souhaitant vendre leurs biens les plus précieux, et signaler le contenu des prochaines ventes.

Néanmoins, l'activité d'édition de collections médaillées internationales en coopération avec Heinrich Köller, la série Édition d'Or ; les principales dates des cent années de la CORportation INternationale de PHIlatélie ; et les annonces de nouveaux livres spécialisés ; complètent la presse philatélique grand public.


Au final, comment conserver un linéaire de livres, catalogues, journaux, « presse publicitaire », timbres en albums et classeurs, dont plusieurs adaptés aux enveloppes, voire morceaux de colis,...

Sans parler du temps de loisir nécessaire...

Je comprend mieux pourquoi se spécialiser.


Merci à toutes les personnes, institutions et entreprises mentionnées pour cette lecture estivale qui sert de piqûre de rappel à tous, même à moi (mes articles sur la Corée doivent être bourrés d'erreurs ou de manques de recherche ; que mes libellés ne doivent pas permettre de retrouver facilement des informations ; etc :(

dimanche 1 décembre 2024

"With Gaza" : émission commune des postes arabes

 Découverte sur le réseau social X (moribond Twitter), plusieurs postes de pays arabes ont émis les vingt-huit et vingt-neuf novembre 2024, un timbre à l'illustration commune en soutien aux civils de Gaza, subissant depuis octobre 2023 une offensive anti-terroriste de l'armée israélienne devenue depuis une vengeance divine ? Un crime de masse ? Un nettoyage ethnique ? Un génocide ?

L'annonce de l'émission With Gaza par la poste de Jordanie.

Avec pessimisme de ma part : un nouvel épisode de la cruauté humaine accompagnée d'un nouveau moment d'aveuglement d'autrui. Les Occidentaux menacent sans action, ni effet de ne plus autoriser les exportations d'armes vers Israël ; l'Iran titille Israël par l'intermédiaire de ses groupes alliés paramilitaires à Gaza et au Liban, et son allié le dictateur syrien ; et les pays arabes alentours en sont à accueillir des discussions confidentielles et à émettre un timbre-poste.

L'annonce de l'émission With Gaza par la poste d'Algérie.

D'après la mention marginale en alphabet latin du timbre marocain, l'illustration commune est créée par Maran H. Al-Mazahreh.


L'annonce du timbre With Gaza par la poste du Maroc.

Une enfant, portant un keffieh blanc et noir, regarde, à travers un trou dans un mur d'immeuble bombardé, flotter le drapeau palestinien dans un ciel bleu, accompagné de trois colombes blanches.

Chaque élément est un symbole d'après le communiqué du Ministère de la poste et des télécommunications d'Algérie : de la souffrance vers la justice et l'histoire millénaire de la population de la Palestine.

L'annonce du timbre With Gaza par la poste du Qatar.

Le sujet étant diplomatiquement difficile, j'ai remarqué que le compte X de la poste du Qatar place le timbre à l'unité et en bloc en minuscule sur l'image d'illustration. De plus, contrairement aux autres émissions philatéliques, pas de photographies d'officiels en cérémonie premier jour pour ce timbre - diplomatie ou respect du deuil.

L'annonce du timbre With Gaza par la poste de la Tunisie.

Le vingt-neuf novembre est, depuis 1978 suite à un vote de l'Assemblée générale des Nations unies, la Journée internationale de la solidarité avec le peuple palestinien.

À l'écriture de cet article, le dimanche premier décembre vers dix-neuf heures de Paris, voici les pays que j'ai trouvés par moi-même (détails techniques via les vendeurs eBay ; * : différence avec la source suivante) :

- Algérie (communiqué de presse en anglais du Ministère de la poste et des télécommunications),

- Jordanie,

- Maroc,

- Qatar,

- Tunisie* (non citée par Richard Zimmermann ; feuille de vingt timbres).

Le blog Joint Stamp Issues de Richard Zimmermann, à la page des nouvelles de novembre 2024, signale une liste des pays (en anglais ; *différences entre les deux listes) :

- Algeria, 

- Egypt*, 

- Iraq* (dont la majorité gouvernementale est chiite actuellement), 

- Jordan, 

- Libya* (où le conflit civil se refroidit lentement, mais avec toujours deux entités face à face), 

- Morocco, 

Le feuillet With Gaza de la poste d'Oman.

- Oman (feuille de huit timbres et un bloc-feuillet), 

- Palestine* (ou ce que l'Autorité palestinienne parvient à tenir en Cisjordanie face aux colons israéliens),

- Qatar

- Syria* (voir ci-dessous).


Illustration du timbre With Gaza émis le sept octobre 2024 par la poste de la Syrie.

Ainsi que la poste de Syrie a émis deux timbre dès le sept octobre 2024... le jour anniversaire des massacres par le Hamas dans le sud-ouest d'Israël, provoquant la guerre qui s'ensuit depuis.

Avec la prise d'Alep ces derniers jours par les groupes rebelles et la fuite du président syrien à Moscou... il semble y avoir un retour de karma pour un des alliés du Hamas gazaoui.[1]

Sur eBay, le timbre ici illustré est vendu soixante dollars des États-Unis, plus cent les deux timbres sur enveloppe premier jour.


Note du huit décembre 2024 :

Karma tel que le président Bachar el-Assad a fui le pays et que son Premier Ministre organisait avec l'armée rebelle le transfert de pouvoir ce week-end des sept et huit décembre 2024.

dimanche 17 novembre 2019

Gibraltar PE (6) : L'histoire des postes locales et chérifiennes (1891-1913)

À Gibraltar, en ouverture des rencontres philatéliques, lundi vingt-et-un octobre 2019, un nouvel ouvrage a été présenté, bientôt publié par la cent cinquantenaire Société philatélique royale de Londres.

L'hôte gibraltarien Richard Garcia et le Français Maurice Hadida ont joint leurs connaissances et leurs recherches pour raconter Maroc : L'histoire des postes locales et chérifiennes (1891-1913) dans une version bilingue anglais-français, dont le premier exemplaire à peine sorti de l'imprimeur était présenté aux auteurs par le représentant du Bureau de la RPSL.

La présentation a insisté sur la démarche des auteurs et ce qu'ils estiment avoir apporté au sujet.

En sourçant convenablement, ils ont exploité les archives nationales, principalement en France et à Gibraltar, où l'ensemble des communications furent conservées. Certes, les documents liés au fonctionnement postal (dont certains furent présentés par les Archives le mercredi), mais aussi les nombreux rapports consulaires qui racontent la vie au Maroc, notamment celles des entrepreneurs qui ouvrent des lignes locales.

Entre leurs collections et celles offertes à la vue de tous par plusieurs collectionneurs, Garcia et Hadida ont, par exemple, découvert une nouvelle ligne locale ! Évoquée dans un de ces rapports justement, ils n'eurent confirmation de son existence que lorsqu'un collectionneur anonyme leur a présenté la seule lettre connue à ce jour de ce service.

Plus accessible à tous, ils développent l'étude des Maghzen en démontrant que ce sont des timbres-poste à part entière, et non des cachets. Concernant leurs couleurs variant, si la source est, tout simplement, l'encre disponible du moment, ils ont établi des niveaux de rareté pour les amateurs de ce qui est rare (croyant que ça vaudra cher ?).

L'approche est à la fois philatélique, histoire-postalique et historique. Chacun trouvera quelque chose à son goût : du récit pour le dernier, des lettres et des routes et cheminements postaux pour le second, et des études traditionnelles pour le premier. Les timbres des services postaux étrangers sont ainsi étudiés pour eux-mêmes, mais aussi pour montrer quels services ils offrent, dans le besoin de commercer en reliant les régions littorales à l'arrière-pays, et en racontant le travail des postiers-marcheurs de ces postes.

Garcia et Hadida espèrent inciter les collectionneurs à regarder leurs collections de timbres et lettres du Maroc sous un œil nouveau. Un travail déjà avancé par les articles qu'ils ont publié, ces dernières années, outre-Manche entre The London Philatelist et Gibbons Stamp Monthly (quelques résumés traînent sur ce blog dans les libellés Gibraltar et Maroc), par des présentations (telle celle de Hadida au Collectors Club de New York en 2015).

Une publication à surveiller sur le site de la RPSL et sa boutique.

samedi 26 octobre 2019

Gibraltar PE (1) : Du Gibraltar Philatelic Event de 2019

Premier article lié à mon séjour dans le territoire britannique de Gibraltar, lié au Philatelic Event, qui s'est tenu du lundi vingt-et-un au mercredi vingt-trois octobre, avec une introduction le week-end en amont et une conclusion au Maroc les deux jours suivants.

Il a été organisé par Richard Garcia, ancien haut fonctionnaire du territoire, philatéliste, historien postal et historien spécialisé dans tous les aspects de la vie de Gibraltar et des territoires voisins, tels les postes marocaines, les bureaux étrangers dans le royaume chérifien, etc.

Mes articles rassembleront mes souvenirs et impressions personnels sur ces rencontres, tant côté philatéliques qu'en dehors : le regroupement de tant de collectionneurs gibraltariens, britanniques, de quelques espagnols et marocains, et de deux Allemands et deux Français permettant de découvrir de manière approfondie l'histoire de Gibraltar et de son environnement.

Voici ici résumé le programme du Philatelic Event pour montrer que la proposition permettait d'associer autant de personnes que possibles, quelques furent leurs disponibilités, spécialisations, souhait de visiter le Rocher,...

Le samedi dix-neuf et le dimanche vingt, après-midi, Richard Garcia a proposé de servir de guide à deux endroits de Gibraltar : Europa Point le samedi, le centre historique le dimanche.

Le lundi était officiellement une rencontre régionale des membres de la Société philatélique royale de Londres, mais ouverte à tous. Son premier moment fut la présentation d'un livre qui intéressera les collectionneurs classiques du Maroc, qu'ils soient anglophones ou francophones.

Mardi, les membres du Gibraltar Study Circle proposaient leurs collections aux regards, suivis par ceux de la Great Britain Overprints Society, spécialisés dans la philatélie et l'histoire postale des timbres surchargés - le Maroc fut donc à l'honneur, mais pas que.

Au bout de cinq jours de vacances, je suis rentré dans le sud de la France ; de leur côté, une partie des participants ont pu découvrir Ceuta et Tétouan lors d'une excursion le jeudi ; et une poignée ont visité Tanger, cœur d'une riche histoire postale, le vendredi.

En remerciant Richard Garcia et les collectionneurs ayant exposé, je vous invite à lire ces articles rangés sous le libellé Gibraltar Philatelic Event.


lundi 5 février 2018

Échos français depuis le 41 Devonshire Place

Dans son numéro daté février 2018, Sophie Bastide-Bernardin, rédactrice en chef de L'Écho de la timbrologie, consacre une belle pagination au récit épique de l'après-midi qu'elle a passé, le jeudi onze janvier dernier, au siège de la Société philatélique royale de Londres, profitant de l'exposition d'histoire postale du Maroc de 1852 à 1925 proposée par Maurice Hadida.
La couverture British de L'Écho de la timrbologie de février 2018 (boutique web du magazine).
Récemment élu Fellow de la Société presque cent-cinquantenaire, Maurice Hadida ponctuait ainsi avec cinq cents quatre-vingt-huit pages de collection trois articles écrits avec le Gibraltarien Richard Garcia et publiés en 2017 par The London Philatelist, une collaboration qui pourrait donner un livre-somme sur le Maroc postal.

Son partenaire poursuit ce même mois dans Gibbons Stamp Monthly son récit des aventures du Rocher d'en face : en 1891, comment la maîtresse des postes Margaret Susan Creswell dut faire face à une pénurie de timbres à Gibraltar et dans ses filiales marocaines.

Pour en revenir à l'article de Madame Bastide-Bernardin, ceux qui n'ont jamais visité le 41 Devonshire Place découvriront l'endroit, sa bibliothèque, son moment thé et son histoire, accrochée à tous les pans de murs... mais vont devoir se presser à Londres pour découvrir l'adresse avant l'emménagement d'ici 2019 de la RPSL dans la Cité de Londres... à une adresse encore mystérieuse et confidentielle, dont la quête est détaillée dans un entretien avec Chris King, ancien Président et directeur du Comité de développement de la Société, publié dans le numéro du mois du London Philatelist.

Du transitoire au durable, résumait la Française en éditorial : le dernier adjectif pour la société londonienne et ses traditions, à peine perturbées par le chocolat et la bière de son nouveau Président belge Patrick Maselis (interviewé dans le même Écho) ; le premier pour un des aspects insistants de la Société et de la classe ouverte en France : l'intérêt pour les petits objets paraphilatéliques des médailles aux programmes d'expositions, etc.

Pourvu qu'elle propose cet éditorial à la lecture du service informatique de sa maison-mère pour une durable mise à jour du transitoire kiosque numérique de son mensuel. En effet, celui-ci dépend du logiciel Silverlight de Microsoft - évitant fort justement les risques de diffusion gratuite et illicite de fichiers pdf par d'ingrats lecteurs, mais que la compagnie états-unienne ne maintient plus à jour pour les navigateurs web depuis quelques années...

En espérant que mes vains trois euros quatre-vingt-dix centimes pour ce numéro virtuel - quelle idée d'avoir un ordinateur à jour ! - servent à financer un passage à un logiciel plus efficace... Et merci à l'abonnement collectif d'une association philatélique locale.

Dans ce domaine, L'Écho de la timbrologie peut se tourner vers Geoff Eibl-Kaye qui a réalisé un magnifique travail avec les archives numériques du London Philatelist depuis 2005, ou en raison de sa retraite du projet, vers son successeur Julian Jones.

jeudi 17 août 2017

Le programme des jeudis de la RPSL pour 2017-2018

Le programme des conférences et des expositions des jeudis de 2017-2018 a été récemment publié sur le site de la Royal Philatelic Society London.

Royaume-Uni, Empire et Commonwealth bien entendu, mais avec de nombreuses escapades outre-mer, ponctuées de quelques promenades maselisiennes.

Nouveau président belge de la Société, Patrick Maselis proposera, le huit février, une exposition sur l'ensemble de la « fin du catalogue » des timbres de Belgique : fiscaux, aériens, carnets, taxe, roulettes, timbres des postes locales et ferroviaires. Son rôle de président du Club de Monte-Carlo, réunissant des collectionneurs importants et des institutions - et organisateur de Monacophil, se verra avec une sélection des collections du Prince Albert II de Monaco, le dix-sept mai.

Les expositions de groupes seront nombreuses, invitant successivement la Deutscher Altbriefsammlung-Verein le douze octobre, le Belgian Congo Study Circle le vingt-six octobre, l'Académie russe de philatélie le vingt-cinq janvier, l'East Africa Study Circle le quinze février, les membres du Sud-Ouest anglais le dix-neuf avril.

L'Afrique ne sera donc pas contournée ; d'autant plus que, le onze janvier, le Français Maurice Haddida exposera l'histoire postale du Maroc de 1852 à 1925, faisant suite à ses articles conjoints avec le Gibraltarien Richard Garcia dans les récents numéros du London Philatelist.

L'Europe continentale sera complétée par un tour extérieur des Alpes avec une conférence le vingt-huit septembre de Jean Voruz sur le système postal du canton de Genève, une autre le vingt-deux février de Harald Lang sur l'émission d'Autriche-Hongrie de 1867, issu du compromis austro-hongrois, et une exposition le vingt-deux mars de Vittorio Morani sur l'histoire postale de Toscane.

L'Amérique centrale et caraïbe sera évoquée par l'histoire pré-philatélique du Salvador, une allocution de Guillermo Gallegos le neuf novembre, et une chronologie complète des îles Cayman par James Podger le trois mai.
La couverture de l'ouvrage de Bryan Kearsley (site de la Great Britain Philatelic Society).
Côté Royaume-Uni, deux grandes traditions seront étudiées : les entiers gaufrés de 1841 à 1973 exposées par Alan Huggins le vingt-trois novembre et les Seahorses, les fortes valeurs faciales de George V, par une conférence de Bryan Kearsley le cinq avril - douze ans après son livre Discovering Seahorses publié par la Great Britain Philatelic Society.

Que reste-t-il encore du programme ?

Avec les beaux jours, l'ensemble des membres va apparemment être invité à présenter sur le thème de la philatélie polaire le trente-et-un mai, puis pour une compétition « un cadre » estivale le douze juillet.

Et, apparaissent deux titres peu communs de conférences.

Pour la dernière de l'année 2017, Dane Garrod titre son discours du sept décembre de la célèbre citation, devenue expression courante : "Your Very Loving Madeline" (guillemets compris). Une thématique sur Proust ? Sur les souvenirs philatéliques de jeunesse ? Sur les desserts ?
Marcel Proust sur timbre de France de 1966 (via Phil-Ouest.com).
Pour la dernière du programme, Tim O'Connor propose « Le Docteur Franklin s'adressera aux Lords sur l'état de la Poste de Sa Majesté ». Une étude des activités à Londres du Maître des postes colonial nord-américain Benjamin Franklin ?

Les fascicules de présentation des expositions et des conférences sont publiés sur le site de la Royal Philatelic Society London (page Recent displays) ; les vidéos des conférences, diffusées en direct puis à la demande sur youTube, sont accessibles aux membres (à demander au secrétariat pour les non-membres).

samedi 17 juin 2017

Royal juin tout autour du monde

Trouver une destination de voyage peut être une motivation à consulter les activités de la Société philatélique royale de Londres.


Croisières ou road trip ?
Un an après, les boîtes postales de Gibraltar reviennent dans The London Philatelist de ce juin. Non sous la plume du local Richard Garcia, mais par Geoff Chivers qui, heureux hasard, a pu photographier les travaux d'installation de la boîte aux lettres au monogramme du Roi Edward VIII qui justifiait l'article de juin 2016 et l'émission gibraltarienne du dix octobre suivant.

Des récents numéros de Gibbons Stamp Monthly au London Philatelist, Richard Garcia développe les liens entre la colonie britannique et son voisin d'outre-détroit - une idée de croisière ? Dans les numéros d'avril et de juin, il s'associe ainsi avec le spécialiste français Maurice Hadida pour développer l'histoire des postes marocaines fin dix-neuvième début vingtième siècle, qui ne furent jamais partie de l'Union postale universelle.

En avril, la première partie étudiait les postes locales après une introduction sur les bureaux postaux des puissances européennes, concentrés principalement à Tanger ; d'où le besoin de systèmes locaux. Parmi les postes les plus prospères - définies comme ayant fonctionné plus de sept années, celle établie de 1891 à 1900 entre Mazagan et Marrakech par Isaac Brudo (1860-1945), fils d'un marchand marseillais installé dans la première depuis 1857. Avec celle entre Fès et Mequinez (Meknès), elle fut une des deux seules à émettre un timbre-taxe en plus de ses timbres-poste.

Le second exemple est la poste des frères Marx & Co entre Mogador et Marrakech de 1893 à 1911, pour suppléer l'échec de Mayer Maïmaran en 1892. Disposant de timbres à partir de 1895, il faut auparavant rechercher un cachet triangulaire « W / M & Co ».

Ce premier article se conclut par un tableau des seize postes locales marocaines et une note sur comment déchiffrer l'écriture manuscrite en hébreu. Il faut, entre autres, deviner la langue employée par l'expéditeur, donc la prononciation arabe ou espagnole transcrite en alphabet hébreu.

En ce juin, la seconde partie est parue avec la continuation de ces postes locales par ordre décroissant de durée. Comme pour les deux premières (présences française et allemande), les liens avec des marchands ou des autorités des puissances européennes sont soulignées. Ainsi, pour la poste de Messod Bensimon, entre Fès et Mequinez, se retrouve l'agent postal britannique à Fès, James MacIvor MacLeod. Celui-ci s'était vu refusé d'exploiter une telle route par le Post Office de Gibraltar en 1893, mais il put communiquer sur le service proposé par Bensimon en 1897.

Pour aller plus loin, Maurice Hadida a donné une conférence sur l'histoire postale du Maroc de 1852 à 1925 au Collectors Club de New York, le trois septembre 2014, visible sur le site de partage vidéo Vimeo.


Longue croisière sur les océans des archives
Carte néerlandaise de 1630 - Atlas van der Hagen - sans la coquille (Bibliothèque royale des Pays-Basvia Wikimedia Commons qui dispose de reproduction en meilleure résolution).
Avant de quitter le London Philatelist de juin, Roger Baxter y propose une étude des cartes anciennes de Bermudes - si vous préférez une croisière transatlantique. Son objectif est de deviner la cause de l'erreur des timbres de trois pence et un shilling trois pence, émis en 1953 par le territoire britannique d'outre-mer. Une des paroisses fut typographiées « Sandy's Ph. » au lieu de « Sandys Ph. ».


Ou alors, un grand pays, mais par avion
C'est dans la même ligne de recherche historique et de diffusion au public qui paraît inspiré Frank Walton lors de sa présentation des courriers internationaux aériens de Chine jusqu'en 1949 - sa seconde grande passion après le Sierra Leone présenté l'année dernière. Le résumé en pdf est accessible à tous ; le livre en ligne de l'exposition et la conférence filmée le jeudi huit juin doivent pouvoir l'être sur demande au secrétariat (or join and enjoy learning).


L'introduction est sérieuse, non sans humour, pour un historien - ou un élève français de terminale passant son épreuve d'histoire-géographie hier - ce qu'on m'a dit qu'un exposant ait censé faire sur le synopsis de sa collection remis au jury : définir le sujet, son cadre spatial et temporel, maîtriser quelques idéogrammes chinois.

Pour ce dernier point, le désormais Président-Passé de la Société se limitera aux dix chiffres de base pour les dates... une fois qu'il est bien compris que les cachets d'oblitération sont en « -ème année de règne ». De quel règne ?, sera la question en observant une enveloppe-énigme.

Tout courrier aérien - ou ayant connu une étape aérienne pendant son trajet - émanant de la Chine jusqu'en 1949 - le premier octobre fut proclamé la République populaire de Chine, mais les combats avec la République nationaliste ont duré jusqu'en 1950.
Un plan chronologique d'apparence simple... sauf quand il est expliqué à haute voix : quand débute et finit la Seconde Guerre mondiale ? (conférence à la Royal Philatelic Society London, huit juin 2017, via youTube).
Cela paraît simple, mais des courriers ont pu prendre l'avion sur une partie du parcours avant 1931, année où la poste chinoise prend en charge du courrier aérien. Voire, et les bacheliers français le savent bien : quel découpage chronologique cohérent entre les précurseurs et les tardifs ?

Donc, d'abord avant la Seconde Guerre mondiale, pendant celle-ci et après celle-ci. Easy!

Non : outre les différentes routes aériennes de la première partie que je ne résumerai pas ici - il me faudrait un été pour les comprendre et j'ai déjà celles d'Afrique de l'Ouest qui désespèrent... enfin, si je me sors d'une promesse sur la philatélie au temps de la Reine Elizabeth II, et Geralt qui m'attend... - , il faut se rappeler que la guerre sino-japonaise débutant en 1937, voire l'invasion de la Mandchourie en 1931, amorce les hostilités bien avant l'énième guerre civile européenne de 1939-1945, et que la capitulation japonaise a lieu après celle de l'Allemagne.

Un courrier partant de Chine entre 1937 et 1939 pour l'étranger par avion se placera-t-il la première ou la seconde partie ? Tout dépendra de son étude par l'historien postal, de ce que ce courrier permet de montrer et démontrer, et des trous d'illustration à combler dans l'exposition elle-même.

Même si je m'intrigue à comprendre comment fonctionnèrent les systèmes monétaires métalliques au temps jadis et comment ils ont évolué et disparu pour donner les ancêtres de nos systèmes actuels au cours du vingtième - Pourquoi ce besoin de dormir huit heures par jour ? , j'ose à peine réécouter la troisième partie de cette présentation quand son auteur annonce qu'il faut distinguer les courriers par système monétaire au sein d'une Chine en ébullition de 1945 à 1949...

Comme le Sierra Leone l'année dernière, des heures de réétude sont proposées par Frank Walton en un jeudi après-midi.


Au calme et au frais
Pour me reposer, je me tournerai tout l'été vers le Roi George VI, à l'occasion des quatre-vingts ans de son couronnement, en mai 1937. D'ailleurs, l'exposition de ce mois, proposée par Hugh Osborne au siège de la Royale, 41 Devonshire Place (ou sur le site), porte sur les timbres de ce règne aux îles Falklands - il nous manquait une zone climatique fraîche dans cet article écrit par 32°C à l'ombre.

Merci à tous ces auteurs et collectionneurs pour ces voyages.


Note du lundi quatorze août 2017 :
Concernant le Maroc, il y a une troisième partie à l'étude de Maurice Hadida et Richard Garcia : les postes chérifiennes, gérées directement par le Royaume à partir de 1892, sont évoquées dans le numéro de juillet-août de London Philatelist. Complété de témoignages français sur les rekkas, les postiers d'alors, marchant, marchant sans discontinuer.

vendredi 23 décembre 2016

Infusion de menthe au thé ou timbres de Gibraltar au Maroc

Collision entre l'historien global Christian Grataloup dans le bimestriel français Carto n°38 de novembre-décembre et le deuxième article de Richard Garcia sur les timbres classique de Gibraltar dans le mensuel britannique Gibbons Stamp Monthly daté novembre 2016.
Veüe du d'Estroit de Gibraltar, et des Environs, avec les tranchées du Siège mis en 1704 (conservé par la Bibliothèque nationale de France et disponible sur Gallica).
Le premier, un géographe, appartient à ce groupe d'historiens et de géographes qui relit l'histoire du monde en revoyant les points de vue disponibles, notamment en relativisant l'européen et l'occidental pour rappeler qu'il existe d'autres peuples et cultures, même si l'impérialisme colonial a rendu leur étude difficile et discrète en librairie.

Grataloup s'est ainsi interrogé sur l'invention du découpage continental hautement culturel et plein de préjugés ; on peut renvoyer à Serge Gruzinski qui a conté les grandes explorations espagnoles des quinzième et seizième siècles à partir des points de vue des peuples rencontrés, Mexicains et Chinois dans L'Aigle et le Dragon, mais aussi l'adaptation des colonisés dans les premières décennies de cet empire espagnol global dans Les Quatre Parties du monde.

D'excellents cadeaux de Noël pour l'instruction et la réflexion sur le monde.

Dans « la chronique du géohistorien » qui commente un document cartographique historique (Carto propose régulièrement des analyses de batailles pour les amateurs), Grataloup explique comment le thé à la menthe est devenu la boisson immémoriale des Marocains... depuis un siècle et demi.

Ou plutôt comment l'infusion de menthe sucrée à la canne s'est retrouvée parfumée au thé anglais au milieu du dix-neuvième siècle, autre moment de la globalisation : nous sommes en 1853, que faire des cargaisons de thé au moment où l'abondante clientèle russe est rendue inaccessible par la guerre de Crimée ?

Gibraltar, les dirigeants britanniques début dix-huitième siècle, pouvaient-ils imaginer toutes les conséquences politiques, économiques et culturelles de la prise définitive de cette presqu'île ?
La presqu'île de tous les possibles ? Grossissement du dessin aquarellé précédent, permis par l'outil Gallica de la Bibliothèque nationale de France (utilisation non commerciale).
Ainsi, la guerre de Crimée accéléra brutalement la consommation de thé dans la menthe au Maroc, généralisation d'une habitude prise à la cour royale grâce aux cadeaux européens depuis un siècle.

Et ce n'est pas la seule chose que la localisation de la colonie britannique permit d'envoyer au Maroc.

Dans Gibbons Stamp Monthly, Richard Garcia raconte comment les bureaux de poste britanniques dans le royaume chérifien employèrent les timbres de Gibraltar de l'ouverture de huit nouveaux bureaux en 1886 - au moment où la poste coloniale devint autonome - jusqu'à l'introduction des timbres surchargés du Royaume-Uni à partir de 1907.

Cependant, la surcharge des timbres de Gibraltar ne commence qu'en 1898, quatre années après la première demande de la maîtresse des postes, Margaret Creswell, qui voulait établir les comptes du service postal avec le Maroc.
Moins goûtu que le thé dans de la menthe, un timbre de Gibraltar réservé aux agences postales au Maroc (scan de Stan Shebs, mis à disposition sur Commons, la base documentaire de Wikimedia).
Elle obtint gain de cause quand l'inflation en Espagne obligea d'imposer la livre sterling à Gibraltar le premier octobre 1898. Les timbres pour le Maroc restèrent libellés en divisions monétaires espagnoles, plus aisément disponibles que le sterling. mais surchargés pour ne servir que de l'autre côté du détroit et éviter la délocalisation des envois par les Gibraltariens.

Garcia continue avec le scandale du filigrane sous Edward VII en 1905 : l'imprimeur prépara des feuilles de timbres pour le Maroc avec du papier de filigranes différents. Quand cela fut découvert, les marchands de timbres britanniques ordonnèrent d'être fournis par le bureau de Gibraltar, ce qu'interdit le ministère des Colonies : le maître des postes devait mélanger les feuilles reçues et répondre aux commandes sans se soucier de ce détail.

Belle époque où le fonctionnement des bureaux passait avant les nécessités du négoce de timbres neufs.

Pendant que les Marocains commençaient à croire que le thé à la menthe avait toujours été leur boisson chaude, le premier janvier 1907, le bureau de poste de Gibraltar rendit la responsabilité des bureaux au Maroc au Great Post Office de Londres.

Comme pour la surprenante histoire du thé par Grataloup, Richard Garcia signale son admiration pour Miss Margaret Creswell dont l'efficacité permit à un petit bureau colonial de gérer la vitrine postale britannique au Maroc malgré la concurrence de l'Espagne, de la France, puis de l'Allemagne.

Une postière à connaître.

...

God! Déjà dix heures, l'heure de mon thé matinal au miel !


Compléments d'histoire globale du samedi vingt-huit octobre 2017 :
Couverture du livre à partir d'une publicité du Cacao Poulain de Leonetto Cappiello de 1911 (site de l'éditeur Armand Colin).
L'histoire de la menthe au thé est, en fait, un avant-goût du nouveau livre de vulgarisation de l'histoire globale : Le Monde dans nos tasses. Trois siècles de petit déjeuner par Christian Grataloup, publié par Armand Colin en mai 2017. Une version allégée sans la carte du douzième épisode/chapitre.

vendredi 28 octobre 2016

Ça bouge en Afrique : le hub philatélique africain annoncé par Poste Maroc

Les pays et leurs postes membres de l'Union postale universelle ont tenu congrès à Istanbul, en Turquie, du mardi vingt septembre au vendredi sept octobre dernier. L'occasion de faire le point sur les réalisations accomplies dans la stratégie établies au congrès de Doha en 2012 et d'établir la nouvelle à suivre jusqu'en 2020 pour assurer la participation des opérateurs postaux historiques aux besoins actuels des populations et à la mondialisation des échanges.

En cours de route, le mercredi cinq, Poste Maroc (Barid Al Maghrib en arabe) et ses partenaires ont annoncé le lancement d'un site commun de vente philatélique : le Hub philatélique africain ou Africa Philately Shop en anglais qui donne son adresse au site web marchand, disponible dans ces deux langues : http://www.africaphilatelyshop.post .
Le timbre marocain annonçant l'ouverture du Hub philatélique africain, imprimé par Phil@poste Boulazac (Poste Maroc).
Hébergeur du site, Poste Maroc a aussi émis un timbre-poste de neuf dirhams annonçant la nouvelle. Une illustration dentelée simple et efficace, autant je pense que le site quand il est consulté à partir d'un téléphone portable - une certaine manière de rafraîchir certaines cases sans cliquer rappelle l'écran tactile des modèles de l'objet qui a permis - dans sa version pour messager et téléphoner - de développer des services bancaires et marchands inespérés à l'époque du téléphone filaire.

Les pays qui ont entré des références sont au nombre de six : le Burkina Faso (2), la Côte d'Ivoire (7), le Mali (1, le quatre cents francs Serval - l'animal et l'hommage à l'opération militaire française), la Mauritanie (10), le Sénégal (12) et la poste hébergeur (2 timbres, 1 bloc-feuillet, 3 enveloppes commémoratives).

Une partie n'est pas encore commandable, une autre sélectionnable pour le panier d'achat, mais je ne suis pas allé jusqu'à l'inscription et validation d'une commande : il manque quelques pages propres à rassurer le consommateur.

Cela semble prometteur. La liste pourrait s'allonger avec la Centrafrique, la République démocratique du Congo, participants du site selon Poste Maroc. Et ceux qui pourront le rallier à terme puisque l'inauguration a été observée par les dirigeants de l'Union postale universelle et ceux de la Conférences des postes des États de l'Afrique de l'Ouest (CPEAO), qui a remplacé en 2012 la Conférence des postes de l'Afrique de l'Ouest, créée en 2001.

La logique - la conférence choisie pour l'annonce et le projet annoncé dans le communiqué - est que ce commerce philatélique restent sous le contrôle des postes participantes du continent, et « ouvre la perspective de la mise en place d'une plate-forme africaine pour l'e-commerce ».

Cela rappelle le site multi-marchand tenu par la poste mauritienne ou la plate-forme de la World Online Philatelic Agency (WOPA) hébergée par la poste de Gibraltar, disponibles en six langues et paiement possible en vingt devises - certaines au-delà des pays représentés - et qu'utilisent trente-neuf opérateurs postaux et services philatéliques d'une grosse vingtaine d'États européens (beaucoup de territoires d'outre-mer, mais de plus en plus de bureaux de pays aussi « normaux » que l'Autriche, la Croatie, le Royaume-Uni et, récemment, la France).

Une fois le site du Hub philatélique africain finalisé et bien en place, il y aura une source supplémentaire d'informations sur les émissions et les timbres réellement (Ah... les agences philatéliques ?) disponibles dans les pays concernés.

Complément du jeudi vingt-deux décembre 2016 :
En consultant ce jour le Hub, deux postes ont émis un timbre sur le même type que celui de Poste Maroc pour l'ouverture du site : le Burkina Faso avec un six cent quatre-vingt-dix francs CFA jaune et le Sénégal avec un deux cents francs bleu. Tous deux semblent non commandables néanmoins.
Enveloppe premier jour de la poste sénégalaise, proposée sur le Hub philatélique africain.

Apparemment en stock, une enveloppe premier jour sénégalaise est proposée également, oblitérée du quatre octobre 2016 au bureau de Dakar Philatélie.

À suivre.

jeudi 3 décembre 2015

Francophonies dans la presse british de décembre 2015

Pendant que le douzième Doctor incarné par Peter Capaldi affronte un mystérieux ennemi dans un mystérieux château - et sûrement un mystérieux temps - pour clore sa seconde saison dans ce rôle, tout en n'ayant toujours pas été timbrifié par Royal Mail, la presse philatélique britannique reçue fin novembre et datée décembre 2015 est partie à l'exploration des espaces francophones.


Dans The London Philatelist, James R. Taylor étudie les surcharges diagonales « ST - PIERRE  M - on » apposées sur les émissions générales des colonies en 1891. À Saint-Pierre-et-Miquelon, furent concernées le type Alphée Dubois et le stock restant des timbres non dentelés au type Paix et Commerce de Jules Auguste Sage.

Cette action initiée dans l'ensemble de l'empire colonial français pour lutter contre la spéculation monétaire entre colonies, est étudiée depuis leur étude dans les catalogues de cotation au long de l'histoire philatélique jusqu'aux falsifications et variétés.


Changement de continent vers des pays moins visités dans la presse philatélique français, mais que les auteurs de Gibbons Stamp Monthly étudient attentivement : les émissions effectivement émises en Afrique occidentale, leurs surcharges et, en décembre 2015, les oblitérations qu'elles reçoivent.

Nicholas Pertwee décrit et liste les cachets d'oblitération en cercle unique utilisés ces deux dernières décennies et demi au Bénin. De quoi relancer l'intérêt pour des pays négligés, soit par des émissions pléthoriques d'agences philatéliques privées, soit par un modeste programme trop discret pour les collectionneurs occidentaux.

L'article complète une première partie publiée dans le numéro datée de novembre sur les marques d'oblitération à double cercle des années 1970 à la fin des années 1990 environ.


Enfin, toujours dans le mensuel Gibbons, David Horry démarre une nouvelle chronique de détournement humoristique. Après avoir publié des parodies de timbres non émis du règne de George VI (intégrale en vente chez l'éditeur Murray Payne, le spécialiste KG6), il s'attaque aux projets non émis du Political Warfare Executive.

Cette section du ministère des Affaires étrangères eut pour mission à partir d'août 1941 des opérations de propagande afin de décourager les populations et forces ennemies.

La première création de Horry concerne un des timbres du protectorat français au Maroc surchargé « Deutsche Reichspost in Marokko », que, d'après la légende, le PWE créa en mai 1942 et fit passer par l'ambassade des États-Unis qui les présenta au ministre vichyste Pierre Laval que l'Allemagne voulait contrôler le Maroc... afin d'éloigner l'État français du Reich.

David Horry ne manquant pas d'humour : il vous avertit de vous méfier des falsifications des falsifications de son PWE en montrant un autre timbre du Maroc surchargé à l'imprimante contemporaine :)

samedi 14 novembre 2009

Difficulté d'un postier marocain et de son timbre à date

Voulant satisfaire une touriste française expédiant une carte postale dans une enveloppe pour le fils philatéliste d'une amie (toute référence à ma situation est purement fortuite :p), un postier du bureau de Meknès-Medina, au Maroc, a connu quelques problèmes d'encrage avec son timbre à date.

Quatre essais sur la partie gauche de l'enveloppe au format A5. Même le dernier, en bas à droite, montre un début d'usure du cachet : le N de Meknès a une barre oblique assez basse et courte.

Merci postier pour le service rendu.

dimanche 4 mars 2007

Timbre rond au Maroc

Aujourd'hui, un timbre rond du Maroc trouvé dans un carton de timbres sur fragment chez un marchand du passage des Panoramas, à Paris.
Le site du WNS (index de l'UPU et de l'AMDP, enrichi par les administrations postales elles-mêmes) nous
apprend qu'il est émis le 31 octobre 2003 pour la Semaine de la solidarité, et avec son moteur de recherche permet de savoir que cette illustration sert chaque année sur timbre rond et sur des timbres montrant le roi Mohammed VI en action de solidarité. Le site de la poste marocaine nous apprend que c'est la Fondation Mohammed V pour la solidarité qui œuvre ainsi auprès des pauvres gens.

La forme circulaire et cette dentelure sont connus des collectionneurs français car elle est une création de l'ITVF, l'imprimerie des timbres-poste et valeurs fiduciaires, dont le sigle apparaît sur le bord de ce timbre. En 1998, l'ITVF réalise avec un matériel de perforation adapté son premier timbre rond pour la Coupe du monde de football en France, avec ses quatre premiers trous de chaque côté du cercle pour faciliter le détachement. Depuis 1998, l'ITVF devenue Phil@poste Boulazac (et donc signant ses timbres Phil@poste depuis 2006) propose aux administrations postales ce type de format. Le Maroc l'a visiblement bien adopté.

L'imprimeur public français a diversifié les formes de timbres depuis : cœur pour la Saint-Valentin depuis 1999, ovale pour la coupe du monde de rugby à XV en 1999.

Pensez à regarder s'il y a une mention d'imprimeur sur les timbres, ça permet parfois de comprendre comment les postes se fournissent en timbres.