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vendredi 25 août 2017

Avancée et obstacle sur la démonétisation de la société indienne

Le mardi huit novembre 2016, à vingt heures locales, le Premier Ministre indien Narendra Modi annonçait la démonétisation surprise et massive des deux plus fortes valeurs faciales de billets, les cinq cents et mille roupies. Officiellement pour lutter contre les activités non déclarées/non taxée ou illicites. Avec promesse d'une prompte arrivée de nouveaux billets de deux mille et cinq cents roupies...

Les conséquences sur la vie quotidienne avaient duré de longues semaines pour les Indiens des villes comme ceux de la campagne, heurtant leurs habitudes depuis la gestion du foyer pour les épouses jusqu'au financement des mariages. Les files d'attente et les tourments des agriculteurs avaient alors incité les médias du pays et du monde à s'interroger sur la capacité d'une société à se passer de pièces et de billets.

J'avais arrêté de suivre les conséquences au jour le jour en décembre puisqu'il y avait deux issues possibles : soit le désaveu du Premier Ministre face à des acteurs économiques sociaux paralysés, soit le retour à une forme de normalité. C'est ce qui semble être advenu : le paiement par l'intermédiaire des téléphones portables, transformés en carte bancaire à puces d'une part, l'autorisation des billets démonétisés pour certains achats liés au transport et au paiement des impôts, l'adaptation des autorités aux habitudes abancaires des paysans ont permis le passage de l'obstacle.
Le nouveau billet de deux cents roupies émis fin août 2017 (Reserve Bank of India).
En cette deuxième moitié de mois d'août 2017, les nouveaux billets de cinquante roupies et de deux cents roupies ont été mis en circulation.

L'impression de plusieurs millions de ces billets a entraîné l'arrêt de l'impression des billets de deux mille roupies depuis février, ce qui a entraîné l'idée d'une nouvelle démonétisation visant les billets à forte valeur de la part de Dinesh Unnikrishnan pour le journal First Post, le vingt-six juillet.

D'après lui, pour lutter contre les revenus dissimulés sans gêner l'homme honnête, seuls les billets de faible valeur sont utiles pour les achats du quotidien. Le reste à payer par des moyens électroniques, donc traçables.

Justement, un des plans du gouvernement en novembre-décembre 2016 a été d'annoncer que chaque Indien aurait un compte bancaire, en passant s'il le fallait par l'identifiant unique : le Aadhaar, un numéro de douze chiffres, équivalent du numéro de sécurité sociale en France.

En effet, ce numéro unique permettrait d'être sûr de la personne qui crée un compte bancaire, permettant à la police et à la justice de savoir, en cas d'enquête, quels comptes possèdent cette personne, quels transferts entrants et sortants...

Et là, hier jeudi vingt-quatre août, la Cour suprême indienne a mis le hola : utiliser ce numéro pour permettre l'ensemble de ces échanges monétaires et financiers, est-ce un risque pour la vie privée ? Oui pour les juges qui ont affirmé que ce droit à la vie privée était essentiel quant l'avocat du gouvernement estimait que l'ordre public s'imposait.

À suivre...

mardi 13 décembre 2016

La démonétisation indienne : des billets ou une appli ?

Un peu plus d'un mois après la démonétisation abrupte des billets de cinq cents et mille roupies en Inde, le pays vit entre manque de numéraires et nécessité d'user de cartes bancaires et d'applications de paiement.

La banque centrale affirme imprimée les nouvelles petites coupures à toute vitesse sans pause tandis que le gouvernement multiplie les ristournes pour les paiements dématérialisés reçues par les entreprises publiques.

Toujours avec le suivi en direct de The Times of India (semaines 234 et 5 par les liens).

Lundi douze décembre : pas de banque ouverte, mais un Times of India qui furète.
Fête religieuse musulmane oblige, les banques indiennes sont fermées ce lundi, donc pas d'images de files d'attente pour tenter de retirer quelques billets.

Le Times of India a donc le temps - entre deux saisies de vieux et nouveaux stocks de billets par la police - d'aller vérifier la proportion de donations en espèces et anonymes ont reçu les principaux partis politiques présents au Parlement... C'est pas joli-joli. Plus de la moitié des dons reçus sont en espèces et anonymes, ce qui n'empêche pas certains partis de demander à bénéficier de l'exemption fiscale et de faire appel de toute sanction.

Mardi treize décembre : triste jour pour l'environnement.
En effet, début de la ristourne aux pompes à essence de la compagnie pétrolière publique à ceux qui paieront sans monnaie matérielle. 0,75% du prix payé leur sera reversé dans les trois jours. Heureusement les billets et les services ferroviaires réservés en ligne sont également concernés.

Après un long week-end, les journalistes indiens pètent la forme.

Inévitable pour des opérations d'échange d'une telle importance : le gouverneur de la Reserve Bank of India signale que le Bureau central d'investigation (CBI), les banques et la poste indienne ont déjà lancé des enquêtes sur des employés pour avoir procédé à des échanges de billets démonétisés bien au-delà des limites légales. Le gouverneur demande donc aux banques de conserver les enregistrements de vidéo-surveillance et comptables de leurs agences et de leur coffre.

Le dernier fait divers est l'aide de quatre cadres bancaires pour aider un propriétaire de casino dans le Karnataka, dans le sud-ouest du pays.

Dans les campagnes, l'emploi journalier a été en forte baisse d'octobre à novembre 2016 dans le cadre du droit au travail rural de la loi de 2005, malgré la saison des semences d'hiver. N'est resté aux travailleurs que des travaux temporaires et mal payés, qui se sont ajoutés aux problèmes d'accès aux billets de banque (file d'attente, refus des employeurs de payer de suite, etc.). La situation du fond baptisé Mahatma Gandhi paraît aussi dépendre des régions, selon les fonds délivrés par le gouvernement fédéral.

Côté bilan macro-économique, la démonétisation et le manque de liquidités qu'elle engendre soufflent le chaud et le froid. L'inflation est quelques dixièmes moins forte que prévues en novembre car les ménages ont réduit leur consommation par manque de billets, mais la banque centrale se méfie d'une forte reprise au printemps car les semences d'hiver ont subi le problème de plein fouet : des agriculteurs ne pouvant acheter semences et matériel nécessaires avec des billets ayant perdu toute valeur...

En conclusion, en un mardi où quasiment tous les partis d'opposition ont répété leurs arguments anti-Premier Ministre, chaque élection régionale va dépendre de l'importance des conséquences de la démonétisation.

Mercredi quatorze décembre : palmarès policier et fiscal.
Aujourd'hui, le direct du Times of India est rempli de saisies de bijoux, lingots d'or et anciens comme nouveaux billets en quantités suspectes, tellement suspectes qu'un ancien ministre des finances se demande si on ne s'est pas servi directement à l'imprimerie... Même les coffres dans les banques sont ouverts.

Ce palmarès n'efface pas le manque de billets dans les banques, exemples pris en Uttar Pradesh où la clientèle devient franchement hostile.

Depuis la démonétisation, les pharmaciens ont vendu plus de médicaments pour maladies chroniques en acceptant les anciens billets. Mais, comme ils peuvent difficilement se fournir en payant en espèces, ils craignent une pénurie de ces traitements dans quelques mois.

Offensif, Rahul Gandhi du Parti du Congrès clame qu'il a des informations sur la corruption personnelle du Premier Ministre Narendra Modi, rappelant que ce dernier refuse toujours de s'exprimer à l'assemblée nationale.

Jeudi quinze décembre : pendant que les opérations de police continuent...
Le secrétaire aux affaires économiques, Shaktikanta Das, a tenu un discours rassurant sur l'ensemble des opérations post-démonétisation, notamment que la Banque centrale d'Inde a diffusé l'équivalent de trois ans de billets de cent roupies ces cinq dernières semaines. La remonétisation est marche : cinquante pour cent des dépôts bancaires s'effectuent actuellement en nouveaux billets.

Néanmoins, le juge principal de la Cour suprême a interrogé le représentant du gouvernement sur comment certaines personnes parviennent à obtenir des nouveaux billets par centaine de milliers de roupies (voir saisies hier qu'une infographie du journal trouve fort importantes en valeur au Karnataka)... et pourquoi, à partir de minuit, ceux qui manquent d'espèces ne pourraient pas continuer à utiliser les billets démonétisés pour les achats essentiels.

Bref, la Cour suprême passera-t-elle un ordre intérimaire pour gérer elle-même le manque de liquidités ? Ou le gouvernement montrera-t-il sa capacité à remonétiser l'économie ?

En attendant, le directeur de la Reserve Bank of India n'est pas rentré par la grande porte de sa succursale de Calcutta où l'attendaient deux manifestations du Trinamool Congress, au pouvoir au Bengale-Occidental, et du Parti communiste d'Inde (marxiste).

Côté dématérialisation, le directeur du groupe de réflexion gouvernemental NITI Aayog a lancé deux concours encourageant à payer électroniquement. Les prix sont à remporter pendant les cent prochains jours : des prix de mille roupies aux heureux consommateurs et des prix allant jusqu'à cinquante mille roupies pour les commerçants.

Côté politiciens, un dirigeant du parti au pouvoir rappelle à Rahul Gandhi que le code de procédure pénale l'oblige à révéler tout délit et crime dont il aurait connaissance, après que le membre du Parti du Congrès a affirmé avoir connaissance de corruption personnelle du Premier Ministre.

À minuit cette nuit, les anciens billets de cinq cents roupies perdent donc toute valeur transactionnelle. Le gouvernement avait décidé, le deux décembre dernier, d'en étendre que les plus urgentes (achats de médicaments, de lait par exemple), ayant conclu que les tolérances servaient principalement à blanchir de l'argent d'origine douteuse.

Vendredi seize décembre : dernier jour de la session parlementaire d'hiver.
Finalement, la Cour suprême laisse, pour le moment, le gouvernement continuer à gérer la situation post-démonétisation. À partir de demain, celui-ci accepte jusqu'au trente-et-un mars 2017 les déclarations de revenus dissimulés contre une taxe de cinquante pour cent, après vérification de l'origine de ces fonds. Les services fiscaux ont ouvert une adresse e-mail pour recevoir des informations sur l'argent sale.

Côté politiciens, l'opposition à la démonétisation s'est fissuré : à l'approche des élections en Uttar Pradesh, les dirigeants du Parti du Congrès, dont Rahul Gandhi, ont rencontré le Premier Ministre Modi au sujet d'une loi pour aider les fermiers débiteurs de l'État... L'article ne dit pas s'ils ont abordé les accusations récentes de M. Gandhi sur la probité de M. Modi, mais sur la réaction des partenaires d'opposition du Congrès.

Samedi dix-sept décembre : week-end = pause ? Non car...
La police et le fisc ne s'arrêtent jamais. Les annonces de perquisition avec force masses de billets, bijoux et lingots continuent dans la presse, et les poissons sont de plus en plus gros : cadre de la compagnie ferroviaire, financier du Gujarat, quatre changeurs de monnaies précieuses de Mumbai, etc. De plus, deux cadres régionaux de la banque centrale sont concernés pour échange illégal de billets.

Les politiciens ne peuvent s'empêcher de s'échanger les mêmes politesses depuis plus d'un mois (et je soupçonne depuis des années sur d'autres sujets) : Rahul Gandhi a discouru contre le Premier Ministre en accusant ce dernier d'être soumis aux cinquante plus riches familles d'Inde ; les soutiens de ce dernier ont reposé l'équation : opposants contre la démonétisation = soutiens de la corruption en insinuant un changement d'attitude de certaines personnalités de l'opposition, plus calmes voire soucieuses dernièrement.

Reste les petits problèmes occasionnés par la nécessité d'épurer l'économie, qui deviennent des tragédies : un fermier a tenté de se suicider devant sa banque qui n'avait pas crédité un chèque déposé il y a neuf jour. Le directeur de l'agence a expliqué qu'avec l'augmentation du nombre de chèques utilisés depuis la démonétisation, leur traitement prend deux à trois fois plus de temps que d'habitude.

Dimanche dix-huit décembre : Encore non car... ?
Les affaires deviennent de plus en plus abracadabrantesque : un fonctionnaire du département des taxes indirectes a été arrêté avec une petite fortune en nouveaux billets de deux mille roupies, le financier du Gujarat avait chez lui deux kilogrammes d'or et une quarantaine d'argent. D'autres affaires à venir en ciblant les métaux précieux ? Rien que l'Hyderabad a importé huit tonnes d'or entre la démonétisation et le trente novembre !

Effet de la démonétisation sur le marché indien ? Prix fort sur le marché mondial ? Réussite d'une politique d'employer du charbon indien ? En attendant, les importations de charbon ont baissé de seize pour cent en novembre.

Alors que l'ensemble des établissements de la ville connaissent une baisse équivalente du nombre de patients, trois hôpitaux privés de Calcutta acceptent ouvertement des paiements en devises étrangères de la part des patients bangladais : dollars des États-Unis bien sûr, mais aussi des takas... Bureau de change dans l'entrée, peut-être des publicités dans les journaux pour le faire savoir.

lundi 5 décembre 2016

L'Inde démonétisée d'ici le 30 décembre ?

Cinquième semaine de l'après-démonétisation en Inde au cours de laquelle les Indiens qui souhaitent encore (ou ne peuvent faire autrement) utiliser des billets de banque au quotidien y parviendront aisément, pour la première fois depuis l'annonce-surprise du mardi huit novembre dernier du Premier Ministre.

Depuis, son gouvernement et l'opposition multi-partite s'affrontent par discours et médias interposés, chacun des camps trouvant une excuse pour ne pas le faire au Parlement. La journée de mobilisation nationale de l'opposition paraît bien loin, sept jours pourtant.

Car, depuis, le gouvernement a lancé toutes ses cartouches dans la dématérialisation des paiements du quotidien, en parallèle de lutte policière contre l'argent sale.

Toujours avec le suivi en direct de The Times of India (semaines 23 et 4 par les liens).

Lundi cinq décembre : pas de nouvelle, bonne nouvelle ? Hélas non.
L'éducation par l'exemple : tous les paiements des départements du gouvernement de plus de cinq mille roupies à ses fournisseurs et bien plus, se feront par voie électronique désormais.

Les journalistes sont-ils blasés des files d'attente ? Lassé de suivre les discours ? La mort de Jayalalithaa, ministre-en-chef du Tamil Nadu après une carrière primée au cinéma dans les années 1960 et 1970, occupe les médias indiens.

Mardi six décembre : saura-t-on le devenir monétaire des campagnes ?
Non car le Times of India ne suit plus minute par minute les événements. Les anciennes nouvelles répétitives ne sont plus des nouvelles.

Vieille histoire : samedi dernier, un exercice militaire avait entraîné un vif échange entre la ministre-en-chef du Bengale-Occidental et le gouverneur de l'État, sur fond de démonétisation - la première étant foncièrement contre et les soldats ayant été le plus visible aux péages autoroutiers redevenus payants. L'armée a répondu en apportant la preuve qu'elle avait informé les autorités de l'État.

Révélée aujourd'hui, une lettre datée vendredi de l'ambassadeur de Russie à Delhi se plaignant du manque de billets de banque, empêchant ses diplomates de dîner en ville ; sérieusement qu'il ne peut donner presque rien à ses deux mille employés. En effet, les représentations russe, ukrainienne, kazakhe, éthiopienne et soudanaise trouvent insuffisantes le droit de retrait de cinquante mille roupies en billets par semaine pour les salaires et leur fonctionnement. Les employés de la Haute-Commission du Pakistan ont même refusé leur salaire face aux règles indiennes sur l'échange avec le dollar des États-Unis.

Nouvelle histoire répétitive : après l'annonce imminente des nouveaux billets de vingt et cinquante roupies, la Reserve Bank of India signale celle des nouveaux billets de cent, toujours sans démonétisation.

Mercredi sept décembre : peut-être des images des nouveaux petits billets ?
Non. À part une conférence de presse du gouverneur adjoint de la Reserve Bank of India, sans rien de bien nouveau : baisse d'un demi-point de la croissance prévue du produit intérieur brut, injection importante de billets chaque jour (donc arrêtez de thésauriser !), retour à la normale d'ici le trente décembre, et non, la décision de démonétiser a été mûrement réfléchie et pas improvisée.

Jeudi huit décembre : dématérialisation ! En avant toute !
Aujourd'hui, le ministre des Finances a annoncé onze mesures pour inciter les Indiand à utiliser des moyens de paiement sans pièce, ni billet :
Les entreprises publiques vont accorder des ristournes si paiement digital :
- 0,75% pour les carburants,
- 8 à 10% sur certaines polices d'assurances,
- 10% pour les abonnés des péages des autoroutes nationales,
- et les clients de ces entreprises ne paieront pas de frais supplémentaire sur ce type de paiement. Le gouvernement invite les États fédérés à faire de même dans leurs services publics.
- Les banques publiques doivent plafonner à cent roupies par mois le coût de la location d'un appareil de paiement digital pour convaincre les petits commerces de participer.

Le gouvernement délaisse certaines ressources fiscales.
- Pas de taxe de service pour les transactions dématérialisées de moins de deux mille roupies.

Du côté des transports ferrés.
- De même, une ristourne de 0,5% sera en place à partir du premier janvier prochain pour les abonnements mensuels et au-delà aux trains de banlieue pris en ligne. De plus, tous les tickets de train achetés en ligne seront couverts gratuitement par l'assurance-voyage ; et les voyageurs bénéficieront de 5% de réduction pour les services partenaires (hôtels, restaurants, etc.) achetés ainsi.

Et dans les campagnes ?
- Installation de terminaux de paiement dans des commerces et coopératives agricoles dans les villages pour permettre aux agriculteurs de payer sans espèces leurs fournitures.
- La Banque nationale de développement agricole et rural va fournir des cartes de paiement et retrait du système RuPay, alternative indienne à Mastercard et Visa, à des milliers de ruraux et adaptés à leurs besoins.

Sinon, pour la quatrième fois de la semaine, comme presque chaque jour depuis la démonétisation, les services fiscaux ont insisté qu'ils analysaient tous les dépôts en banque de grosses quantités d'anciens billets pour vérification des revenus déclarés.

Côté cirque politicien, les deux chambres du Parlement ont reçu un sermon du président de la république Pranab Mukherjee : « Faites votre travail », pendant son discours sur la défense du pays. Depuis le début de la session hivernale, le seize novembre, le gouvernement et les partis d'opposition jouent la provocation, les suspensions de séance autour de la question de la démonétisation. Ça n'a pas empêché un incident de séance quand le speaker de la Chambre du peuple a refusé d'accorder la parole à un député du parti du Congrès à ce sujet...

Vendredi neuf décembre :
Jour tranquille si l'on en croit le Times of India : les ministres en charge des finances ont expliqué comment leurs services et la Reserve Bank of India gèrent l'approvisionnement en billets des campagnes et que contient un rapport sur les difficultés rencontrés par les ambassades et les touristes étrangers depuis la démonétisation. Et leur collègue des technologies de l'information de publier les taux de croissane à trois voire quatre chiffres de l'utilisation des différents moyens et réseaux de paiement dématérialisé depuis le huit novembre.

Mais, à la Cour suprême, le représentant du gouvernement a chaud aux fesses malgré son annonce que 80% des billets démonétisés ont été récupérés : les juges veulent savoir s'il y a un plan de la démonétisation, avec prévision des billets à remplacer et de quelle manière, et se voir présenter une archive datant d'avant l'annonce télévisée du huit novembre au soir. Les juges paraissent estimer que le gouvernement a sous-estimé le nombre et la valeur des billets que les Indiens allaient échanger. Autre requête : que le gouvernement fixe le montant qu'un client de banque peut retirer en espèces, en le faisant correspondre avec ce que les banques peuvent vraiment fournir (en fonction de ce que la banque centrale leur remet) au lieu de forcer les banques à gérer la pénurie elle-même.

Samedi dix décembre : La presse reprend du poil de la bête...
... grâce à un week-end de trois jours en Inde - lundi, les musulmans sunnites fête la naissance du Prophète. Les files devant les banques de la capitale et les villes d'Uttar Pradesh existent toujours. Les agences ne reçoivent qu'un cinquième des billets nécessaires et les distributeurs automatiques se vident à grande vitesse. Trois jours sans banques ouvertes donc.

Quelques témoignages recueillis dans tout le pays montrent de petits commerçants, un chauffeur de taxis, et même un temple pour les dons, s'être convertis aux applications téléphoniques de paiement ou au paiement par carte bancaire. Certes, nécessité du client sans billets de petite valeur fait loi, mais ils témoignent d'un confort qu'ils auraient souhaité bien avant : petits paiements pris sans avoir à disposer de la monnaie pour les réparations du serrurier, pourboires pour la masseuse, rapidité du paiement pour le taxi,... Aux portes rurales de la ville, une banque coopérative a fait créer une application de paiement pour aider ses clients (presque tous les habitants du village).

Cela suffira-t-il pour convertir un milliard d'habitants et les grossistes de leurs commerçants ? Ou ceux qui espèrent continuer à cacher leurs revenus en billets de deux mille roupies désormais.

Autre moyen d'adapter son petit commerce : se faire payer en billets du pays des touristes ! Dans la ville sacrée de Varanasi (Bénarès), les canotiers acceptent bon gré, mal gré ce que les touristes ont. D'abord par politesse commerciale, ensuite car les touristes sont aussi limités en roupies que leurs hôtes. Par contre, ces travailleurs dépendent des propriétaires des bateaux qui vont changer les billets étrangers.

Le bras de fer continue donc : le gouvernement parviendra-t-il à injecter assez de billets et convertir suffisamment d'Indiens à la dématérialisation avant les premiers scrutins prévus dans quelques États fédérés début 2017 ?

Dimanche onze décembre :
Les anciens billets de cinq cents roupies ne sont plus acceptés pour payer les transports publics par bus, tramway, trains ou les billets d'avion. Néanmoins, ils peuvent payer un repas à bord des trains jusqu'au jeudi quinze décembre. Miam !

lundi 28 novembre 2016

Démonétisation en Inde : "et ça continue encore et encore"

Quatrième semaine de l'opération main propre du Premier Ministre Modi à l'échelle des échanges monétaires d'un État-continent entier.

Quelques rappels : brutalement, depuis le mercredi huit novembre dernier, minuit, les billets de cinq cents et mille roupies n'ont plus de valeur marchande, sauf pour quelques exceptions de service public, d'intérêt social ou pour faciliter la vie économique d'un pays privé de numéraires d'un coup.

La Reserve Bank of India peine à diffuser les nouveaux billets de cinq cents et ceux de deux mille posent des problèmes de rendu de monnaie. Les Indiens devront faire avec quelques semaines encore, surtout avec le durcissement des conditions de l'échange anciens/nouveaux billets, ou passer à la dématérialisation des paiements pour peu que certains gros acteurs économiques jouent le jeu.

Ce lundi vingt-huit, l'opposition furibarde sur la manière de faire et alarmée des problèmes des plus modestes et des agriculteurs appelait à une mobilisation nationale pour faire barrage à cette politique.

Toujours avec le suivi en direct de The Times of India (semaines 2 et 3 par les liens).

Lundi vingt-huit novembre: jour de colère.
Les compte-rendus de manifestations permettent aux journaux de reprendre les principaux arguments d'incompréhension des partis d'opposition : l'impréparation des autorités, la surprise subie par le peuple, la lutte contre l'argent sale et la corruption en introduisant une nouvelle coupure de valeur supérieure, pourquoi le Premier Ministre n'a-t-il pas présenté cette politique lors de l'ouverture de la session de l'Assemblée nationale quelques jours après...

Cependant, ces partis sont divisés : de ceux qui appellent à un Bharat bandh, une forme de grève générale, à ceux qui acceptent le moyen et le but de la démonétisation, mais pas la méthode : ainsi, des quartiers de commerces fermés alternent avec de grandes marches ou une vie urbaine toujours active. Les transports ferroviaires et aériens fonctionnent sans souci.

Néanmoins, cette journée permet à de nombreux chefs des gouvernements fédérés et des dirigeants politiques locaux de s'exprimer sur le sujet et de rappeler les groupes sociaux qui souffrent le plus depuis le début du mois. Certains ministres en chef mènent même des manifestations.

Les réponses des membres du Parti du peuple indien, au pouvoir, sont identiques depuis trois semaines : ceux qui s'opposent à la démonétisation sont ceux qui ont de l'argent sale à cacher.

En attendant, The Times of India a fait le tour des files devant les distributeurs automatiques de Delhi, de la banlieue vers le centre : l'approvisionnement laisse à désirer. Il vaut mieux attendre devant les appareils installés aux stations de métro.

Mardi vingt-neuf novembre : la fin du mois arrive... avec les fiches de paye.
Les protestations publiques ont continué dans une certaine mesure aujourd'hui. Les commerçants d'un village manquant de liquidités sont restés fermés. Et Mamata Banerjee tenait meeting à Lucknow, en Uttar Pradesh.

Le Premier Ministre a répondu tactiquement : ils demandent aux députés fédéraux et fédérés du Parti du peuple indien (BJP) de remettre les relevés de transactions de leurs comptes bancaires entre le huit novembre et le trente-et-un décembre au président du parti.

Plus pratique, le gouvernement a abaissé deux taxes sur les banques pour qu'elles installent un million de terminaux de paiement par carte dans les trois prochains mois. Et une coopérative agricole, l'Indian Farmers Fertiliser Cooperative, va former les agriculteurs à la banque dématérialisée.

D'après la Reserve Bank of India, soixante pour cent de la valeur des billets démonétisés ont été récupérés, l'essentiel par versement sur les comptes bancaires et trois pour cent par échange.

Dans les étranges effets de la démonétisation : de la nuit du mardi huit aux trois jours suivants, cent mille téléphones Apple ont été vendus en Inde, certains magasins les vendant même au-dessus du prix habituel. Plus sérieux, l'année 2016 est celle où le plus de combattants maoïstes se sont rendus aux autorités dans l'Est du pays : près de mille quatre cents dont plus de cinq cents en novembre.

Victimes de la démonétisation sont les touristes qui se sont retrouvés en cours de voyage avec l'essentiel de leur budget en billets sans valeur, atteignant le plafond de leurs cartes bancaires, subissant des frais prohibitifs des commerçants et restaurants pour faire accepter ces billets.

Enfin, mardi marque, jusqu'au dix décembre, de la période de paiement des salaires en Inde, avec les retraits de numéraires par les employeurs ou les salariés... Les banques ont de grandes craintes car, si les livraisons de billets de cinq cents roupies augmentent chaque jour, le nombre fourni ne suffira pas. Pour la logistique, les groupes bancaires mettront à disposition plus d'employés et de comptoirs, et continueront à proposer des comptes en banque et des solutions dématérialisées aux travailleurs des secteurs informels.

Mercredi trente novembre : journée légère, rien ne change.
L'article de mercredi matin de Times of India confirme le problème de la paye mensuelle : des agences bancaires dans des quartiers centraux des métropoles indiennes ont dû fermer plus tôt que prévu, faute de billets en quantités suffisantes.

La Reserve Bank of India confirme avoir doublé sa capacité d'impression de nouveaux billets de cinq cents roupies, ainsi qu'augmenter celle des billets de cent roupies. Cependant, les billets de deux mille restent ceux les plus disponibles dans les banques et les automates de retrait... et comme l'ensemble des acteurs économiques a tendance à thésauriser les billets de cent...

Se multiplient les faits divers qui atteignent les journaux : hier, à Ghaziabad, le directeur d'une banque et un de ses clients ont prété sur leurs fonds propres l'argent nécessaire pour une crémation. L'agence n'a reçu que deux jours de billets la semaine dernière et aucun billet cette semaine.

Problème de riche : la banque centrale devrait mettre un an pour vérifier et détruire quinze milliards de billets démonétisés, escomptant récupérer soixante-dix pour cent d'entre eux.

Jeudi premier décembre :
Les chefs des partis de l'opposition ont rencontré le président de la république pendant que la session d'hiver des deux chambres du Parlement continuent à être bloquées par la démonétisation. L'opposition accepte d'entendre le Premier Ministre s'il y a un vote, mais étant minoritaires pour une censure, ils multiplient les ajournements.

Le président a reçu un mémorandum en opposition à la nouvelle loi fiscale votée punissant les revenus non déclarés d'une amende de soixante pour cent du montant découvert.

Le gouvernement a continué à communiquer sur la dématérialisation des paiements - à marche forcée - en indiquant qu'une hypothèse de travail était l'emploi du numéro personnel de recensement de chaque Indien (l'Aadhaar) couplé à l'iris ou une empreinte digitale pour valider une transaction à travers une application téléphonique.

Et il a annoncé que les anciens billets de cinq cents roupies ne seront plus valables pour le paiement aux stations d'essence et pour l'achat de billets d'avion après demain vendredi, au lieu du quinze décembre initialement.

Tout ça pour faire oublier l'aggravation du problème de liquidités ? Au troisième jour de la période du versement des payes et des pensions, les agences bancaires de tout le pays ne parviennent pas à disposer de suffisamment de billets pour faire face aux demandes de retraits. Entre distributeurs automatiques vides et refus de servir les non-clients de l'agence, le rationnement est de mise.

Cependant, des scènes de colère sont rapportées dans la presse un peu partout, notamment quand les agences ne peuvent délivrer que des billets de deux mille roupies alors que les commerces ne parviennent plus à rendre la monnaie...

Vendredi deux décembre : India Ratings et les pieds dans le plat.
Les ministres des finances et de l'intérieur tentent d'appeler à la patience face au manque de billets : d'ici le trente décembre, la situation sera revenue à la normale. Pendant que les services fiscaux garantissent suivre toutes les pistes de dépôts et d'échanges suspects pour retrouver les fraudeurs à la déclaration des revenus.

L'agence India Ratings & Research estime que seulement douze pour cent de l'argent sale va être supprimé par la démonétisation, celui sous forme d'activités illégales payées en liquide et le trafic de fausse monnaie. Elle estime également que les conséquences positives seront limitées : elle évalue à une diminution d'un point de la croissance du produit intérieur brut pour l'année fiscale 2016-2017, avec une baisse des rentrées fiscales ensuite à cause du ralentissement de l'activité économique.

Côté rural, la Cour suprême a interrogé le représentant du gouvernement sur la raison d'avoir exclu les banques coopératives rurales de la démonétisation, entraînant des difficultés monétaires dans les campagnes. Réponse : leur inexpertise à détecter les faux billets.

Suspendu depuis le onze novembre face au manque d'agent liquide - notamment pour les conducteurs de camions, les péages sont rétablis sur les autoroutes et routes fédérales. Les anciens billets de cinq cents roupies peuvent y être utilisés jusqu'au jeudi quinze.

Bonne nouvelle pour le gouvernement dans la dématérialisation de l'économie : dans la ville de Gurugram, en Haryana, la police routière sera équipée, la semaine prochaine, de lecteurs de cartes pour le paiement électronique des amendes et comprenant un lecteur de puces des cartes sans contact.

Mauvaises nouvelles : les chauffeurs de taxi (pour l'achat d'essence, affirment-ils) et le personnel de maison veulent se faire payer en billets de banque... Pour les seconds aux patrons de faire la queue devant les banques ou d'économiser leurs rares billets.

Samedi trois décembre : étrangement calme, les journalistes font la queue pour trouver des billets ?
Tiens ! Aucune information sur le suivi en direct des effets de la démonétisation sur le site du Times of India. Les événements et les aléas pour la population seraient-ils devenus si répétitifs ?

Non, la ministre-en-chef du Bengale-Occidental et anti-démonétisation Mamata Banerjee et le gouverneur de l'État Keshari Nath Tripathi, membre du parti du Premier Ministre Modi, et leurs soutiens ont échangé par médias interposés sur pourquoi l'armée surveillait les péages routiers - redevenus payants. L'une, dirigeante élue, s'inquiétant d'une tentative de coup d'État, l'autre, incarnation de l'État, refusant de laisser quiconque s'en prendre à l'armée... Entre rôle de l'armée dans la démonétisation et respect du gouvernement élu par le préfet nommé.

Le ministre fédéral du travail a annoncé que les travailleurs devront recevoir leurs salaires par virement bancaire ou par chèque. Il devrait signer une ordonnance prochainement avant de demander au Parlement d'amender la loi sur le paiement des salaires.

Lentement, le Premier Ministre va-t-il réussir ce pari insensé de mettre fin à toutes les files d'attente et à l'impunité de l'argent sale, pour reprendre les deux thèmes de son discours du jour à Moradabad.

Dimanche quatre décembre : aussi calme médiatiquement que le samedi ?
C'est bientôt Noël. Un cabinet de réflexion gouvernemental, l'Institut national pour transformer l'Inde, offre une prime de dix roupies aux hauts-fonctionnaires de districts par citoyen qui effectuera deux transactions dématérialisées. Ils sont encouragés à user des fonctionnaires déjà formés aux nouvelles technologies pour remporter un prix du district le plus transformé.

Efficacité de la police : à Sambalpur, en Odisha, un vendeur d'alcool et racketteur a été arrêté avec ses fils et des complices, dont un employé de banque, en possession d'une grosse somme en anciens billets démonétisés, mais surtout avec une somme encore plus importante en nouveaux billets de deux mille.

Inefficacité des banques ? La principale agence de cybersécurité du pays avertit que l'encryptage des données bancaire par les systèmes bricolés de retrait d'espèces doit être garantis. Les systèmes sont le micro-ATM et le POS. Le premier est un employé mobile de banque faisant office de distributeur de billets en extérieur et dont l'équipement communique à distance avec les serveurs de l'institution. Le second est simplement l'utilisation des terminaux de paiement pour faire office de vérification de l'identité du client. L'agence rappelle que les informations du client doivent être chiffrées dès que possible et toujours l'être pour la communication entre l'appareil et les serveurs de la banque.

Bande-annonce : la banque centrale a annoncé l'arrivée prochaine des nouveaux billets de vingt et cinquante roupies sans démonétisation des anciens billets.

Clap de fin ? Cible des partis d'opposition, Urjit Patel, le gouverneur de la banque centrale indienne depuis septembre, sera peut-être laissé tranquille sur son train de vie. Son établissement a divulgué ses salaires et avantages, ainsi que ceux de son prédécesseur. Monsieur Patel consomme moins de voitures avec chauffeur (deux) et, s'il loge dans la résidence officielle de Mumbai, la banque ne lui paye pas d'employés.

À suivre dans un nouvel article.

lundi 21 novembre 2016

Troisième semaine des conséquences de la démonétisation en Inde

Depuis l'annonce de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies, mercredi huit novembre à minuit, le gouvernement de Narendra Modi continue à gérer la récupération des anciennes coupures de cinq cents et mille roupies et l'arrivée des nouvelles de cinq cents et deux mille par les banques, tout en encourageant l'usage des moyens numériques de paiement.

Avec une dose d'improvisation, les files se sont un peu réduites devant les banques et les distributeurs de billets (dont le radicale marquage de l'index à l'encre indélébile pour limiter à un seul échange d'ici le trente décembre). Avec l'aide des compagnies pétrolières et des banques, quelques milliers de stations-service vont permettre de retirer de l'argent.

Cependant, la Banque centrale a du mal à imprimer ces masses incroyables de nouveaux billets. Les agriculteurs sont déboussolés alors qu'il faut acheter les semences. Les dirigeants des États fédérés ruraux se sentent ignorés par l'État central. Les partis d'opposition et, désormais, les juges de la Cour suprême critiquent la manière brutale à leurs yeux de faire du gouvernement.

Enfin, pour terminer cette introduction, cette semaine devrait prendre fin, jeudi, la possibilité d'utiliser les billets démonétisés pour payer les factures d'énergie, recharger les cartes de transports en commun et régler les soins hospitaliers.

Une seule source faute de temps : le suivi en direct par The Times of India, de Delhi.

Lundi vingt-et-un novembre : on adapte, on s'adapte.
Ce matin, The Times of India a pu interroger des sources gouvernementales : tous les moyens de transport sont employés, y compris les avions et hélicoptères militaires, pour amener les nouveaux billets à peine imprimés dans tout le pays. Cette semaine, la distribution ciblera davantage les régions rurales. En termes macroéconomiques, deux espoirs : que le retour des billets soient conséquents pour améliorer la comptabilité de la Banque centrale et que l'approvisionnement inédit des comptes bancaires des particuliers et des entreprises permettra aux banques de prêter plus facilement.

Sinon, pendant que Rahul Gandhi du Congrès et Mamata Banerjee du Bengale-Occidental restent sur le pied de guerre jour après jour - en une tournée du pays pour la seconde et insistant sur l'improvisation quotidienne du gouvernement -, le gouvernement et la Banque centrale continuent à adapter la démonétisation le temps que se diffuse les nouveaux billets et l'usage des autres moyens de paiement.

Enfin !, souffleront les gouvernements fédérés : des commissions de hauts fonctionnaires vont accomplir un tour des États et Territoires, à raison de deux jours chacun, pour vérifier le déroulement des opérations. Justement, les agriculteurs pourront acheter des semences avec d'anciens billets de cinq cents roupies à des points de vente du gouvernement central ou de l'État fédéré.

La Banque centrale a - enfin - donné les règles de retrait de deux cents cinquante mille roupies pour l'organisation d'un mariage et elles sont strictes : mariage avant le trente décembre et selon ce qui était sur le compte bancaire au huit novembre...

Pour faire souffler les emprunteurs manquant de liquidités ayant cours légal, le remboursement des emprunts dus entre le premier novembre et le trente-et-un décembre est possible jusqu'à soixante jours de retard sans pénalité. Les emprunts doivent concerner des achats de moyens de production, d'un logement ou d'une voiture.
Les chiffres en devenagari se trouvent à gauche de l'effigie de Gandhi, et en haut à droite de la sonde d'exploration spatiale sur l'autre face (Reserve Bank of India via la Wikipedia en anglais).
Côté justice (ou farce), à Madurai au Madras, la Haute Cour locale demande son argumentation au ministre fédéral des Finances dans une plainte qui accuse le nouveau billet de deux mille roupies d'être anticonstitutionnel ! En effet, le nombre est inscrit en devanagari, format que la Constitution actuelle interdit.

Mardi vingt-deux novembre : « le nouveau normal » en place ?
Les partis d'opposition dans les deux chambres du Parlement indien réclament que le Premier Ministre viennent répondre à leurs questions sur la démonétisation - Rahul Gandhi remarquant qu'il parle bien pendant un concert pop -, tandis que la Cour suprême a suspendu ses audiences sur le sujet jusqu'au jeudi huit décembre.

Ambiance politicienne tendue donc. Le Ministre-en-chef Adjoint du Territoire-Capitale Manish Sisodia a été interpellé par la police lors d'une manifestation dans le quartier du parlement.

L'intéressé, Narendra Modi, lance une application qui permet aux Indiens de lui donner directement leur opinion sur la démonétisation et le sujet lié de la lutte contre « l'argent noir ». Un sondage professionnel de C-Voter signale un large soutien de l'ensemble de la population (autour de quatre-vingts pour cent) à la démonétisation, même si les ruraux sont les moins convaincus par la manière de procéder depuis deux semaines.

Quarante pour cents des distributeurs automatiques de billets ont été recalibrés pour les deux nouvelles coupures, avec la Banque centrale insistant que l'opération est réalisée de manière équitable entre les États, et sans négliger les campagnes, régions désormais l'objet de toute l'attention gouvernementale.

Dans les facilités temporaires face au manque de liquide des particuliers, la gratuité des parkings d'aéroport est relancé jusqu'au vingt-huit. De demain mercredi jusqu'au trente-et-un décembre, le gouvernement suspend une taxe sur les billets de train réservés en ligne et payés par carte.

Mercredi vingt-trois novembre : de nouveaux projets, même si...
Le gouvernement a fait plusieurs annonces sur l'après-démonétisation : la numérisation de la banque et des paiements en Inde. Ainsi, le ministère des transports demande aux constructeurs d'implanter une puce d'identification sur les nouveaux véhicules pour permettre le paiement à distance des péages autoroutiers. Les transactions financières effectuées depuis un téléphone (par sms ?) et l'usage d'une carte de débit sont rendus gratuites jusqu'au trente-et-un décembre.

Sur un plan macro-économique, l'une des principales banques du pays, la State Bank of India, a annoncé une baisse des taux de rémunération des grands comptes à partir de jeudi : l'objectif est que les masses monétaires désormais déposées dans les banques soient prétées pour animer l'activité, avait annoncé le Premier Ministre dans un discours dimanche.

Côté micro-économique et bricolages, le ministère des finances rappelle que les billets démonétisés ne peuvent être déposés sur les comptes de petite épargne, sauf le compte d'épargne postal. En-fin, les banques coopératives des États vont disposer de nouveaux billets en quantités pour fournir les populations rurales.

Dernière bonne nouvelle : quarante-sept municipalités ont engrangé des revenus fiscaux incroyables en ce mois de novembre, de presque quatre fois les revenus de novembre 2015 pour Mumbai à vingt-six fois pour Hyderabad !!! Apparemment, les contribuables se sont pressés d'acquitter l'ensemble de leurs dûs avec les billets démonétisés.

Cependant, malgré un plébiscite d'un demi-million de participants sur son application-sondage, quelques nuages perdurent sur l'action du Premier Ministre, outre les files d'attente moins longues, il est vrai, et l'agitation régionale des partis d'opposition. En Uttar Pradesh, des ouvriers payés à la journée perdent leur travail dans les secteurs manufacturiers (chaussures, verre, etc.), leurs employeurs ne disposant pas d'accès de liquidités pour les payer. Ceci se doublant d'une baisse de la demande nationale depuis la démonétisation.

Côté légalité, Manish Tiwari du Parti du Congrès affirme que l'émission du billet de deux mille roupies aurait dû être précédée d'une modification de la loi sur la Banque centrale. Et la Cour suprême a réitéré sa décision du dix-huit de laisser les Hautes Cours régionales recevoir les plaintes contre les conséquences de la démonétisation bien que le gouvernement a signalé une amélioration de la situation.

Les partis d'opposition appelle à une mobilisation nationale contre la démonétisation à partir du lundi vingt-huit novembre.

Jeudi vingt-quatre novembre : La deuxième démonétisation de la démonétisation ?
Le gouvernement indien a annoncé des mesures renforçant l'obsolescence des billets de cinq cents et mille roupies et donnant mission aux banques d'encourager le passage aux moyens de paiement dématérialisés.

La principale mesure débute cette nuit à minuit : les anciens billets ne pourront plus être échangés aux comptoirs des banques, mais uniquement déposés sur des comptes en banque. Deux motivations : la fin constatée des files d'attente (droit à un seul échange d'ici le trente décembre aussi...) et encourager les Indiens à utiliser leurs comptes ou à en ouvrir s'ils n'en ont pas. Par contre, les guichets de la banque centrale continueront à échanger les anciens billets.

Les possibilités d'utiliser les anciens billets sont étendues jusqu'au quinze décembre (elles se terminaient aujourd'hui), mais drastiquement limitées : les factures domestiques d'eau et d'électricité, une partie des frais des écoles et universités publiques, recharges de téléphone mobile, achats dans une coopérative de consommation et péages routiers peuvent désormais être payées avec les seuls billets de cinq cents.

Enfin, les citoyens étrangers obtiennent le droit de changer leurs devises jusqu'à cinq mille roupies par semaine - avec une mention de l'échange dans leur passeport.

Les grandes banques commerciales sont inventives : après les stations-service samedi dernier, State Bank of India a implémenté la possibilité de retirer des espèces depuis les terminaux de paiement des hypermarchés Big Bazaar.

Les célébrités avaient tendance à soutenir la manœuvre dans la ligne de la lutte contre l'argent sale. Mais, aujourd'hui, Ratan Tata, directeur du groupe Tata, a publié un communiqué appelant le gouvernement à mettre en place des mesures d'urgence pour s'assurer que les plus modestes puissent continuer à accéder aux soins et aux moyens de subsistance tant que les billets manqueront.

Le Parti du Congrès va faire campagne contre la démonétisation pour les élections législatives de l'Uttar Pradesh qui devraient avoir lieu début 2017.

Du côté des voisins, la Nepal Rastra Bank, la banque centrale népalaise, a interdit l'usage des nouveaux billets des cinq cents et deux mille roupies car l'Inde n'a pas communiqué leur émission selon la loi indienne de 1999 sur les changes avec l'étranger. Néanmoins, les banques centrales des deux États et celle du Bhoutan sont en contact sur comment récupérer les billets démonétisés en possession des habitants deux pays himalayens.

Vendredi vingt-cinq novembre : les fins de mois approchent, les problèmes futurs aussi.
Les points où retirer des billets en Inde se multiplient avec désormais les magasins V-Mart Retail qui permet à ses clients de retirer deux mille roupies par carte bancaire. Le ministre des Finances a garanti que chaque village bénéficie du système de retrait mobile : un personnel bancaire et un terminal de paiement bancaire permet de retirer des billets.

Néanmoins, les urbains regrettent le plafond hebdomadaire de retrait et le manque de billets de cinq cents (qui arrivent très lentement). En fin de mois, de nombreuses familles payent leur personnel et règlent leurs achats alimentaires mensuels...

Sans parler des travailleurs payés chaque jour et plus payés ou plus employés, faute de numéraires et de billets suffisants dans les mains de leurs employeurs. La dématérialisation des salaires et des paiements n'est pas pour demain samedi malgré l'envie du ministre des Finances.

Et encore moins des campagnes : au Madhya Pradesh, de nombreuses banques et coopératives bancaires en zone rurale manquent de billets depuis deux jours ! Les journalistes de The Times of India ont enfin fini de couvrir la démonétisation en ville et se tournent vers les campagnes. À se demander si les agriculteurs ont pu acheter leurs semences et payer l'assurance publique sur les récoltes... Réponse dans un an ?

Bref, les banques admettent qu'elles ne délivrent chaque jour aux particuliers et aux entreprises que moins d'un quart de leurs besoins quotidiens dans les métropoles, et bien moins en dehors.
Comparaison entre la version normale (en haut) et le tirage défectueux (en bas) par la chaîne d'information continue Times Now.
Un problème billetophile : il y a deux versions du nouveau billet de cinq cents roupies, toutes deux légales si le billet comprend tous les signes de sécurité, annonce la banque centrale. Que vont en penser collectionneurs et spéculateurs ? Le tirage erroné montre un décalage vers la gauche d'une partie de l'impression. Et cela risque de faire réussir de prochains faux billets ou de faire échec à l'usage du nouveau billet, car le public aura toujours un doute sur les versions possibles du billet.

Dans le débat politique, des questions sans réponse avant quelques mois : la croissance du produit intérieur brut va-t-il souffrir de la démonétisation ? Oui d'après la Deutsche Bank. Le Premier Ministre et son parti vont-ils perdre en popularité à cause des difficultés créées au quotidien, notamment lors des élections législatives fédérées et de la présidentielle fédérale prévues en 2017 ?

Plus concrètement, le gouvernement propose une taxation de soixante pour cent pour ceux qui déclareront volontairement leurs fonds non déclarés constitués de billets démonétisés (33.9% est le taux de taxation des revenus les plus élevés), dont une partie pour un fond du Premier Ministre de lutte contre la pauvreté.

Quant à la mobilisation du lundi vingt-huit novembre : dix-huit partis de gauche et alliés appellent à une grève de douze heures.

Samedi vingt-six novembre : 
Cirque politique autour de la Reserve Bank of India. D'un côté, le ministre de la justice et des technologies de l'information rappelle que c'est la RBI qui a conseillé la démonétisation des deux coupures, après une année de préparation : fin de la double exemption fiscale avec Chypre et Maurice, puis encouragement à dénoncer l'argent illégal. De l'autre, le porte-parole du Parti du Congrès qui accuse le gouverneur de la banque soit d'avoir menti en disant être prêt pour la démonétisation, soit d'avoir abandonné son autonomie au gouvernement.

Deux articles du Times of India sur l'État du Meghalaya, dans l'Est et au nord-est de la frontière avec le Bangladesh. Les forces de l'ordre constate un grand calme chez les groupes criminels ou paramilitaires depuis le début du mois : plus d'enlèvements ou de racket des commerçants ou des agriculteurs. Les criminels sont trop préoccupés par tenter de blanchir leur stock de vieux billets et les prisons se remplissent de « mules » et de sympathisants. Et aucune saisie de faux billets n'a été réalisée depuis le neuf novembre, en provenance du Bangladesh.

Question personnelle : si le parti au pouvoir affirme que ce programme d'action (démonétiser, surveiller les dépôts, etc) est un nettoyage inédit de l'économie indienne en soixante-dix ans, combien de temps un pays, ses fonctionnaires et son économie tiendront-ils ce flicage et cette modernisation à marche forcée vers la situation actuelle des clients des banques occidentales ? Ou le pli sera-t-il durablement pris ?

Dimanche vingt-sept novembre : discours et contre-discours.
Une journée politicienne en Inde où les réponses ont succédé aux discours à la veille d'actions des partis d'opposition demain lundi. Et le gouverneur de la Reserve Bank of India, en charge d'appliquer le retrait et l'émission des billets de banque, s'est enfin exprimé à la presse.

Le Premier Ministre Modi appelle à une société sans cash, à paiements dématérialisés, tandis qu'un des chefs de son parti a clamé que la démonétisation donne des « nuits sans sommeil » aux chefs de l'opposition, formule pleine de sous-entendus. Et fréquente depuis le huit novembre.

Et Goa sera l'exemple du souhait de Modi à partir du trente-et-un décembre : le gouvernement fédéré va s'entendre avec les principales banques du petit État pour permettre les petits paiements par sms.

mardi 15 novembre 2016

La démonétisation surprise indienne continue...

Parce que j'ai atteint depuis très longtemps la satiété avec les élections présidentielles états-uniennes, pour ne pas parler des primaires des différents partis français, je continue à l'intéresser aux conséquences immédiates de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies, déclenchée par surprise par le Premier Ministre Modi, mercredi dernier à minuit.

Le but est la lutte contre la corruption, l'argent criminel et les faux qui seraient diffusés par les ennemis de l'Inde. Depuis bientôt une semaine, les files d'attente devant les banques sont le lot quotidien ; et, parmi les secteurs économiques touchées, les paysans s'inquiètent fortement dans un pays peu bancaire où les transactions en espèces constituent 90% des transactions.

Une seule source faute de temps : le suivi en direct par The Times of India, de Delhi.

Mardi quinze novembre :
Les jours se suivent et se ressemblent : le gouvernement indien dicte/conseille aux banques ce qu'elles doivent faire pour gérer les échanges de billets. Aujourd'hui : embaucher leurs employés retraités ! Voire marquer le doigt des clients à l'encre électorale.

Ou embaucher les bijoutiers par exemple : depuis la descente du fisc, les bijouteries de Delhi restent fermées pour le cinquième jour consécutif.

Quant à encrer les doigts... ce fut la phrase du secrétaire du Ministère des Finances dont s'est saisie aujourd'hui l'opposition, après avoir épuisé celle du Premier Ministre (en gros : pendant la démonétisation, les pauvres dorment du sommeil du juste, pendant que les riches achètent des somnifères).

Le secrétaire du Ministère des Finances affirme que les stocks de nouveaux billets sont suffisants et que les files sont dues aux mêmes personnes qui reviennent plusieurs fois, probablement pour blanchir ainsi de l'argent frauduleux petit à petit. Rassurant a-t-il été sur le rappel que les stocks de sel sont suffisants, nulle inflation ne serait justifiée. Et, dans les lieux devant accepter les anciens billets, il enquêtera sur toute pharmacie ou hôpital publics qui refuseraient ces paiements.

À l'Assemblée nationale, session spéciale : des partis de l'opposition veulent rencontrer demain le Président de la République Pranab Mukherjee, voire faire appel à la Cour suprême sur la manière de procéder. Celle-ci a demandé au gouvernement quelles actions il allait prendre pour résoudre le problème de la longue attente aux banques.

Dans les faits divers affectant l'Indien honnête qui dort tranquille, paraît-il, une famille a été escroquée alors qu'elle cherchait à changer une masse de billets démonétisés pour procéder aux achats nécessaires à un mariage. Une église d'une modeste paroisse du Kerala laisse son tronc ouvert pour que ceux en mal d'espèces empruntent les petites coupures pour leurs dépenses immédiates.

Dans les bonnes nouvelles, les marchands de machines de paiement par carte bancaire ne chôment pas : le paiement par carte est à la mode dans les grandes villes - ce qu'encourage le gouvernement depuis mercredi. À l'opposé, combien de camions à l'arrêt faute d'argent et combien de journaliers non payés immédiatement car leurs patrons veulent conserver le peu de billets en caisse ?
Le billet de cinq mille roupies du Pakistan (via Daily Pakistan).
Pendant ce temps, ça bouge chez les voisins. Le Premier Ministre du Népal, son ministre des Finances et la banque centrale ont contacté leurs homologues indiens pour mettre en place un système d'échange au Népal : de nombreux travailleurs frontaliers et ouvriers agricoles népalais possèdent des billets démonétisés. Au Pakistan, alors qu'un sénateur a proposé la démonétisation des billets de mille et cinq mille roupies dans les mêmes buts, le ministre des Finances assure qu'il ne prévoit pas de démonétiser les billets de cinq mille roupies.

Mercredi seize novembre :
Jouez en bourse avec la démonétisation surprise : après les groupes de gestion des automates bancaires et des appareils de paiements par carte, voici les fournisseurs d'encre : les banques vont marquer le doigt des clients déposant ou échangeant les billets démonétisés (certains ont commencé dès aujourd'hui). Le fournisseur électoral Mysore Paints est aux anges. Moins heureux est le secteur du cinéma en télougou : les salles sont vides et des sorties sont reportées.

Les services de renseignements pensent que la pénurie de billets va durer encore une semaine car les habitants thésaurisent les billets de cent roupies ; les nouveaux billets de cinq cents roupies n'arrivent pas assez vite, ni en quantités suffisantes dans les banques du pays. Concernant la sécurité du pays, les transferts par hawala vers les groupes terroristes ou séparatistes au Cachemire ont cessé brutalement, tandis que les maoïstes de l'Est ont du mal à échanger leurs ressources.

Dans les propositions d'urgence des États fédérés. Après le Kerala lundi, c'est le gouvernement du Tripura de demander à ce que les banques coopératives rurales puissent participer au processus d'échange. Le gouvernement du Karnataka suspend pour les banques le jour férié de demain jeudi afin qu'elles poursuivent l'effort. Plusieurs institutions fédérées ont commencé des actions pour vérifier les effets de la démonétisation sur leurs revenus fiscaux ou si la Banque centrale dessert bien leur État en nouveaux billets.

Côté politiciens, les soutiens et les opposants au Premier Ministre sont placés devant les caméras. Du côté des premiers, acteurs, Premier Ministre mauritien en visite à Gao. Les chefs de l'opposition ont mené une manifestation contre la démonétisation en se rendant à la résidence du Président de la République pour qu'il intervienne auprès du Premier Ministre afin de rétablir la normalité.

Concernant l'étranger, le Times of India explique aux citoyens indiens résidant à l'étranger (NRIs) leurs règles du jeu : ils vont devoir venir en Inde ou donner procuration en Inde pour pouvoir échanger ou déposer sur leurs comptes d'expatriés (NROs) leurs billets démonétisés d'ici fin décembre, ou les échanger à la Banque centrale en Inde d'ici le trente et un mars 2017.

Jeudi dix-sept novembre : c'est la crise...
Décidé aujourd'hui : à partir de demain, chaque Indien ne pourra changer que deux mille roupies en billets démonétisés et une seule fois jusqu'au trente décembre ! La population est donc vivement encouragée à déposer ces billets sur leur compte et à utiliser des moyens de paiement bancaires. La même somme pourra être retirée chaque jour dans vingt mille stations d'essence par paiement par carte.

La baisse de ce maximum d'échange en liquide a aggravé la colère des partis d'opposition, même si le bilan de la séance parlementaire du jour est confuse : le Premier Ministre refuse-t-il de répondre ou les opposants à la démonétisation ont-ils réalisé la fragilité de leur position ? En effet, ils acceptent les buts mais pas la manière dont elle a été réalisée si brutalement. Des questions sur la capacité d'impression de la Banque centrale surgissent : un opposant l'estime à sept mois pour remplacer la somme totale démonétisée.

Pendant que la Ministre-en-chef du Bengale-Occidental, Mamata Banerjee, n'a cessé, dans un discours à Delhi, de rappeler que les ruraux et les pauvres subissent de plein fouet cette démonétisation, éloignés qu'ils sont de « l'économie-plastique » de la carte bancaire.

Des facilités vont être accordés à certains pourvu que le client soit identifié par la banque. Aux agriculteurs pour les semences et les marchés, et un délai de quinze jours pour le paiement des assurances sur les récoltes. Pour les mariages à raison d'un seul retrait par famille de chacun des conjoints. Enfin, une partie des fonctionnaires fédéraux peuvent demander une avance sur salaire en espèces pour diminuer la pression sur les banques.

Cependant, des petites usines se plaignent du manque de liquidités qu'elles obtiennent quotidiennement, ne leur permettant plus de payer les travailleurs journaliers et leurs fournisseurs. Les touristes peuvent profiter de vols en promotion : que ce soit en intérieurs ou à l'international, les compagnies aériennes connaissent une baisse du nombre de passagers.

Dans les États fédérés, les transports collectifs du Gujarat accorde une ristourne de cinq pour cents aux achats en ligne. La gratuité des péages autoroutiers est prolongé jusqu'au vingt-quatre novembre.

Vendredi dix-huit novembre : ...ou juste quelques contre-temps.
La mise en place du marquage à l'encre d'un doigt des clients échangeant leurs billets démonétisés a réduit les files d'attente de quarante pour cent d'après le directeur l'Indian Bank Association. Il a précisé que les banques seront ouvertes demain samedi uniquement pour les autres opérations de leurs propres clients et pour échanger les billets des seuls clients âgés.

Et pour alléger le fardeau des banques, le gouvernement a menacé ceux qui utilisent des comptes d'autrui pour déposer leurs billets, et aussi ceux dont le compte sert ainsi. Moins menaçant, début des retraits de billets dans des stations-services par carte bancaire : deux mille cinq cents aujourd'hui, vingt mille d'ici lundi, une proposition des principaux groupes pétroliers indiens.

Les paiements par carte bancaire ont doublé depuis le huit et Bill Gates soutient le processus, notamment car il va accélérer la numérisation de l'économie indienne. Des faits auxquels s'opposent les opposants rappelant les problèmes des agriculteurs et le ministre-en-chef du Kerala, Pinarayi Vijayan, et ses ministres ont mené une grève de la faim d'une journée devant le bureau régional de la Banque centrale pour protester contre la démonétisation.

Cependant, les opportunistes sont alertes : en Uttar Pradesh, des agents immobiliers proposent des logements dont une partie du prix peut être payé en billets démonétisés. Certains réseaux de promoteurs disposeraient de nombreux petits comptes en banque pour déposer ces billets ensuite en banque.

Sur le front étranger, le ministre de l'Intérieur affirme que les entrées de fausse monnaie ont cessé aux frontières avec le Bangladesh, le Népal et le Pakistan, ainsi que par l'intermédiaire des hawalas.

L'opposition exagère-t-elle ? Une impression d'improvisation gouvernementale perdure : un comité inter-ministériel est formé pour explorer les réponses à apporter aux consulats en Inde (percevoir les frais consulaires en billets démonétisés), aux touristes devant arriver, aux Indiens expatriés et aux bureaux de change étrangers.

Confirmé par le résumé de l'échange entre l'Avocat Senior et l'Avocat général du Gouvernement devant la Cour suprême. Les juges s'interrogent sur les risques d'émeutes avec ces longues files, sur l'impact économique dans les campagnes, la pénurie de billets qu'indiqueraient la baisse du plafond d'échange. Ils ont aussi confirmé le droit des cours du pays de recevoir les pétitions citoyennes concernant la démonétisation, quant l'Avocat général souhaitait une procédure unique auprès de la Cour suprême.

Enfin, pour revenir à l'encre indélébile du début, la Commission électorale s'inquiète pour les élections fédérées de novembre... Comment distinguer citoyens clients de banque de ceux ayant voté, demande-t-elle au ministère des Finances ?

Samedi dix-neuf novembre : dans le plus grand secret.
Ce matin, The Times of India publie le témoignage du patron de la State Bank of India. Ses concurrents et lui ont appris la démonétisation, dont ils sont un acteur essentiel, en même temps que la population. Le mardi huit, la Banque centrale les a convoqués à son siège de Mumbai pour une réunion sans ordre du jour à dix-neuf heures.

À Surate, au Gujarat, les fermiers producteurs de lait ont manifesté pour se plaindre de l'impossibilité de déposer ou d'échanger leurs billets démonétisés dans leurs banques coopératives rurales. Ils menacent de cesser de livrer leur coopérative laitière.

Le département fiscal en charge de l'impôt sur le revenu a lancé des centaines de demandes d'information auprès de contribuables, entreprises et associations qui ont déposé plus de deux cents cinquante mille roupies sur leurs comptes bancaires depuis la démonétisation. Les deux premiers groupes doivent prouver l'origine des fonds, les dernières présenter leurs comptes au trente-et-un mars 2016.

Une pause le soir pour le Premier Ministre qui a ouvert le concert du groupe britannique Coldplay à Mumbai. Avec humour, il a promis de rembourser les jeunes spectateurs en billets de cent roupies s'il se mettait à chanter. Plus sérieux, il a demandé à la jeunesse d'être l'avenir, de montrer la nouvelle voie aux anciens.

Dimanche vingt novembre : enfin du calme (au moins dans les villes) ?
Peut-être pas du côté des politiciens : des militants ouvriers du Parti du Congrès ont été repoussé au canon à eau par la police à Chandihargh alors qu'ils manifestaient à proximité d'un meeting du président du Parti du peuple indien au pouvoir.

Voire des solutions annoncées cette semaine passée (soupirs) : un article du Times of India explique pourquoi les banques ne suivent pas. Pour l'avance de liquidités pour les mariages, elles attendent le décret du ministère des finances pour avoir des règles précises... Quant au retrait en station-service par l'intermédiaire du paiement par carte des pompes à essence, seules trois mille stations liées à la State Bank of India le permettent (logiciel, sécurisation et identification de la transaction) depuis hier, mais les trois autres grands groupes doivent mettre à jour le logiciel utilisé... Cela rappelle la reconfiguration des compartiments des distributeurs automatiques de billets, toujours en cours.

Certains ont compris la leçon tout de même : le marché de pêcheurs de Kolkata passe au porte-monnaie électronique - vingt pour cent des revenus de la semaine. Cependant, les grossistes veulent toujours du cash... et les marchands doivent faire la queue devant les banques.

La démonétisation rappellent également des réalités domestiques : l'épargne des femmes mariées est bousculée par le Premier Ministre. Ayant peu d'autonomie financière face à leurs époux, les femmes au foyer gèrent au mieux leur maison afin de mettre de côté des milliers de roupies en cas de divorce, au cas où il faudrait aider et soigner leurs propres parents ou faciliter les études de leurs filles. La démonétisation les force à révéler tout cela, le déposer sur le compte-joint du couple...


Lundi, ouverture d'un nouvel article pour suivre les conséquences de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies en Inde.

mercredi 9 novembre 2016

Massive démonétisation surprise en Inde

Et la surprise vint, non de l'élection présidentielle états-unienne - après le référendum britannique de juin... -, mais de l'Inde : en un message à vingt heures locales hier mardi, le Premier Ministre Narendra Modi a annoncé la démonétisation des vingt-quatre milliards de billets de cinq cents et de mille roupies, mercredi neuf novembre 2016 minuit, quelques heures après.
Spécimen du billet de mille roupies de 2000, démonétisé aujourd'hui (Reserve Bank of India via la Wikipedia en anglais).
Le but affirmé est la lutte contre la corruption, les revenus issus d'activités illégales et l'épuration des faux billets.

En pratique, les multiples communiqués de la Reserve Bank of India, la banque centrale, confirment cela et permettent de déduire d'autres objectifs dans cette économie émergente.

Aujourd'hui, aucune banque n'était ouverte dans le pays afin de préparer la récupération des anciens billets et la diffusion des nouvelles coupures de cinq cents et deux milles roupies à partir de demain jeudi. Les bureaux de poste participeront également à cette tâche.

Les banques sont invitées à ouvrir samedi et dimanche pour continuer ce travail et rassurer des Indiens et des touristes inquiets de manquer de liquidités - quatre-vingt-dix pour cent des transactions -, d'après les dépêches d'agence résumées par Le Figaro.
Finie la Marche du sel avec la disparition du billet de cinq cents roupies de 2000, grand moment de l'épopée anticoloniale de Gandhi de 1930 (Reserve Bank of India via la Wikipedia en anglais).
Les conditions de reprise indiquent un plafond actuel de quatre mille roupies échangeables contre de nouveaux billets et présentation d'une pièce d'identité, jusqu'au vingt-quatre novembre. Par contre, la limite de dix mille roupies par jour et vingt mille par semaine est temporaire pour les dépôts de ces billets sur un compte bancaire, qui pourront être réalisés jusqu'au trente décembre.

Repérer les gros dépositaires, s'interroger sur leurs sources de revenus et préparer des enquêtes sûrement. Et au-delà rendre visible et formelle une partie de la masse monétaire des entreprises et particuliers indiens, et donc mesurable, taxable et valorisable par des produits d'épargne ou des investissements que les banques pourront proposer ?
Le nouveau billet de deux mille roupies, mis en circulation à partir de demain jeudi dix (Reserve Bank of India).
Les deux nouvelles dénominations reprennent le portrait de Gandhi sur l'avers, placé désormais au centre et tourné vers la droite. De l'autre côté, le billet de cinq cents est historique avec le Fort rouge de Delhi, palais des empereurs moghols du dix-septième au milieu du dix-neuvième siècle.

Plus moderne, le deux mille roupies célèbre l'aventure spatiale indienne avec la sonde Mangalayan, permettant au pays, en 2014, de devenir la quatrième puissance à atteindre la planète Mars.

Les membres de StampBoards.com évoquent des épisodes précédents dans ce même but anti-criminalité : le Sri Lanka en 1974, l'Inde elle-même en 1978, la brutale réforme monétaire de Valentin Pavlov en Union soviétique en janvier 1991 pour tenter de juguler l'inflation (Pavlov accusait, à raison semble-t-il, des entrées de billets depuis l'étranger) et accompagner une légère libéralisation des prix.

Sur le site du Times of India jeudi dix novembre :
Dans le suivi en direct de la « crise », tous les moyens sont bons pour se débarrasser des billets démonétisés, pour ceux qui ont plus que ce que les banques peuvent accepter ou s'ils n'ont pu affronter les longues files d'attente d'aujourd'hui. Le Métro de Delhi constate une augmentation du nombre de recharges en espèces avec les deux coupures des cartes électroniques de son réseau, tandis que les distributeurs d'énergie vont accepter les paiements ainsi jusqu'à demain.

La Direction générale de l'aviation civile indienne a demandé aux compagnies aériennes de ne vendre que des tickets non remboursables en cas de paiement avec des billets de banque démonétisés mercredi (réserver puis annuler serait la stratégie malgré la pénalité d'annulation).

Sur le plan policier, des bijoutiers et des hawalas (sorte de banquiers/agents de change informels) céderaient leurs billets démonétisés à perte. Des milliers de policiers et d'agents des forces para-militaires vont assurer la sécurité des banques pendant les opérations de récupération des anciens billets. Et le fisc indien aurait lancé des opérations de contrôle dans plusieurs grandes villes.

Les partis d'opposition accusent le gouvernement du Parti du peuple indien (BJP) de plonger le pays dans le chaos, de mettre en difficulté les petites gens qui n'auraient pas assez de monnaie pour tenir jusqu'à accéder aux banques prises d'assaut. L'un demande le report de la mesure de quelques jours, un autre fait appel à la Cour suprême.

Sinon, les Indiens célèbrent leurs premiers billets de deux mille roupies par des selfies.

Et le jour d'après vendredi onze :
Finalement, les Indiens pourront utiliser les deux coupures démonétisées jusqu'à lundi quatorze pour payer les factures essentielles et leurs impôts et taxes, ainsi que les dépenses médicales et de transport (depuis les abonnements jusqu'au péage routier).

Un premier bilan des perquisitions des services fiscaux est donné par le Times of India, notamment des stocks colossaux d'or non déclarés chez les bijoutiers et les hawalas dans vingt-cinq villes. Les différentes méthodes employées par certains s'épuisent face au renoncement des commerçants et des entreprises, notamment les organisateurs de mariage, face à la peur du zèle fiscal : la demande d'amnistie avec amende pourrait devenir une idée plaisante.

Néanmoins, la situation reste tendue pour la majorité des Indiens avec des files interminables et des premiers décès : deux personnes âgées exténuées par l'attente.

Et samedi douze :
Remplis de coupures plus petites et devant contenter des demandes nombreuses, les distributeurs de billets indiens se vident rapidement et exaspèrent des foules de plus en plus impatientes. La banque centrale annonce qu'elle disposait de stocks préalables suffisants et dispersés dans le pays et que ses presses tournent à plein régime.

Le gouvernement et elle conseillent les paiements par carte bancaire et continuent à adapter ses mesures initiales : les gros dépôts des femmes au foyer et des paysans ne seront finalement pas signalés au fisc, les retraités pourront retirer une somme plus importante au comptoir des banques.

À Delhi ce soir, cependant, le Times of India signale que la police a reçu quelques milliers d'appels pour des violences autour des banques et des distributeurs. La foule perd patience alors que les banques ouvraient exceptionnellement ce week-end : en manque de billets de cent roupies et faute de mille roupies démonétisés, certaines ne distribuent aux clients que la nouvelle grosse division de deux mille... Dont la dimension allongée va demander plusieurs semaines pour recalibrer tous les automates du pays.

Côté politiciens, ça s'agite aussi. Ceux comme Mamata Banerjee qui accusent le gouvernement de déranger les classes modestes et moyennes, ainsi que les petits commerçants, alors que les revenus clandestins massifs sont l'objet d'autres groupes et les sommes les plus importantes passeraient plutôt par les canaux électroniques (et seraient à l'étranger). Ceux qui s'interrogent sur l'honnêteté du Premier Ministre et de ses amis : Arvind Kejriwal accuse le gouvernement d'avoir diffusé la nouvelle en avance à quelques initiés qui ont pu déposer en banque leur stock de billets.

Point positif de tout cela : la vente d'alcool a baisé au Kerala d'après les taxe acquittées par les débitants de boissons.

Dimanche treize, deuxième jour d'ouverture exceptionelle des banques :
Côté gouvernement, le discours s'est voulu offensif contre la corruption, la lutte contre les activités illégales, et, à mots couverts, contre les ennemis de l'Inde qui imprimeraient plus de faux billets indiens que de billets de leur propre devise.

Et rassurant sur le fait que la majorité des Indiens est certes brusquée par la mesure dans son quotidien, mais que tout cela n'aura aucune incidence financière pour elle : le Premier Ministre a promis que les fermiers forcés de déposer leurs économies sur un compte en banque ne seront pas taxés.

Sur la question des ruraux, l'État de l'Arunachal Pradesh assiste les banques pour l'ouverture de comptes d'une population qui n'en avait jusqu'ici par usage. Mais, lundi, The Times of India rappelle que ces problèmes de liquidités surviennent en pleine période des semences : les acheter avec quels billets ?

Suite à une réunion d'urgence dimanche soir, les paiements spécifiques en billets démonétisées (factures d'énergie, transports en commun,...) sont prolongés de dix jours tout de même.

Selon les villes et régions, des commerces ont du mal à fonctionner, faute de liquidités des grossistes, tels les marchands de fruits et légumes à Delhi. Comme les jours précédents, les journalistes et les réseaux sociaux présentent des files d'attente devant banques et distributeurs (dès trois heures du matin ce lundi à Delhi) et des personnes désespérées vendant à perte leurs billets démonétisées sur les marchés de vieilles monnaies.

Lundi quatorze : le Premier Ministre a demandé la confiance du peuple jusqu'au premier janvier... et les nouveaux billets de cinq cents roupies arrivent enfin dans les banques.
Enfin celles ouvertes puisqu'une partie d'entre elles sont fermées aujourd'hui lundi.

Les professions directement liées à cette transition s'expriment : chauffeurs des camions sécurisés sans repos depuis quatre jours, forces de l'ordre de même tandis que les fonctionnaires du fisc sont dubitatifs face à l'annonce d'une sanction de 200% faite par un ministre si les dépôts bancaires actuels dépassaient la déclaration de revenus du contribuables... alors qu'il pourra toujours déclarer un revenu exceptionnel volontairement l'année prochaine...

Les ajustements calendaires dépassent l'échange de billets : les retraités pensionnés ont finalement jusqu'au quinze janvier pour déposer leur certificat prouvant qu'ils sont encore en vie. Des files spéciales pour les personnes âgées ont été demandées par le gouvernement aux banques, qui a ajouté une doléance : les frais sur les retraits aux distributeurs seront gratuits du dix passé jusqu'au trente décembre.

Voire des adjustement stratégiques : face au manque de billets acceptés dans les stations services et les péages du pays, ces derniers sont levés jusqu'au vendredi dix-huit minuit, même si les routiers restent encore en difficulté. De même, les parkings des aéroports seront gratuits jusqu'au lundi vingt-et-un. Cela n'arrangera pas les livreurs et les applications mobiles qui leur trouvent les clients. Payés lors de la livraison : quant les clients manquent de billets de banque, ils commandent moins...

Néanmoins, côté lutte contre la corruption, enfin une seconde touche (après les potentiels stocks d'or clandestins des bijoutiers) : des politiciens et potentats locaux essaient de forcer leurs banquiers d'accepter leurs masses de billets démonétisées en dehors du circuit normal, via le Jan Dhan par exemple. Créé par le Premier Ministre Modi en 2014, c'est un système permettant le développement des activités bancaires de la majorité des Indiens éloignés jusque là de la question.

Voire d'autres si la police retrouve les donateurs de plus de quatre millions de roupies en anciens billets au temple du Tamil Nadu et de plusieurs sacs de billets dans un égoût dans l'Assam... De mauvaises consciences ? Ou la panique d'une population ne comprenant pas la situation (lire l'article des Échos de ce matin) ou n'ayant pas les moyens en temps et en moyens bancaires pour l'affronter ?

Côté « ennemis du pays », la police du Jharkhand a arrêté un entrepreneur qui transportait, jeudi, une grosse somme en billets démonétisés. Il a avoué qu'elle lui a été confiée par un groupe maoïste interdit. Ce groupe se finance en extorquant les commerçants locaux. Au Cachemire, les jets de pierre contre les soldats ont cessé depuis mardi soir, affirme le ministre de la Défense...

Dans les solutions proposées - au milieu des attaques contre le Premier Ministre, le gouvernement du Kerala a demandé au ministre fédéral des Finances que le Trésor public de l'État fédéré et les coopératives reçoivent temporairement le statut de banque pour aider à l'échange des billets.

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