jeudi 1 janvier 2026

Abolie, la poste aux lettres danoise existe encore...

 Depuis le six mars 2025, les médias et sûrement de nombreux opérateurs postaux historiques observent le Danemark. Ce jour-là, la partie danoise du groupe dano-suédois PostNord, dont la mission fêtait tout juste quatre cents, annonçait abandonner la distribution de la lettre nationale comme internationale !

L'année philatélique danoise 2025 était complexe. Gouvernement et parlement danois ont mis fin au service postal universel en 2023, ce qui imposait la levée de la taxe sur la valeur ajoutée. D'un coup, l'ensemble des timbres danois était démonétisée et les expéditeurs devaient acheter des timbres mentionnant explicitant le service intérieur (donc la perception de la TVA) ou le service international.

Avec l'annonce de mars, PostNord Danmark se débarrasse de l'ensemble des contraintes : émettre des timbres, s'assurer de leur bon usage, reverser la nouvelle TVA, assurer les tournées aux bureaux et aux boîtes de rue, puis leur transmission et distribution à domicile, équilibrer les coûts de l'ensemble avec la décroissance du courrier physique au profit des échanges numériques, etc.

Plus que du colis.

Courrier ayant circulé à l'intérieur du Danemark en 2025 avec l'opérateur privé DAO, proposé par un vendeur sur eBay (qui propose également des objets liés aux hôtels).

Sauf qu'il restait tout de même cent dix millions de lettres postées et ayant circulé par la poste danoise en 2024 et un contexte géopolitique de « guerre hybride » avec une grande puissance de l'est du continent européen, notamment des attaques sur les réseaux de télécommunication.

En théorie, le service universel postal était maintenu pour les îles les plus isolées, aux électeurs peu nombreux mais sûrement facilement médiatisables. En plus des usagers ayant besoin du courrier papier pour rester informés et sûrs d'eux face aux services administratifs et médicaux.

Évolution du nombre de lettres gérées par PostNord au Danemark entre 2000 et 2024, graphique de l'entreprise remis en pour un article de la BBC britannique, le six mars 2025.

Donc, dans une logique libérale capitaliste assez étrange, les autorités politiques danoises ont pris acte de la décision de PostNord et voté une subvention exceptionnelle à DAO pour qu'il devienne le nouveau transporteur de lettres de référence au Danemark à partir de ce premier janvier 2026 !

...

DAO, pour Dansk Avis Omdeling ou Distributeur de journaux danois, a été créé en 1921 par trois grandes entreprises de presse du pays pour assurer la distribution de leurs publications quotidiennes.

Avec la libéralisation du marché du colis en 2010, DAO était devenu une des nouvelles postes privées du pays. Un de ses arguments auprès des clients était la possibilité de livrer les paquets avant le lever du soleil, chaque jour de l'année, grâce au réseau de buralistes et à la remise quotidienne de la presse aux abonnés.

En cette année 2025, l'entreprise a dopée son offre courrier en prenant en charge trente millions de lettres et en prévoyant quatre-vingt millions en 2026.

Faute de boîtes aux lettres, toutes démontées par PostNord, les Danois ont deux solutions d'affranchissement : acheter des « timbres » autocollants (je reviendrai sur les guillemets) ou se connecter au site DAO, remplir sa demande, et recopier un code sur l'enveloppe.

Deux solutions pour poster sa lettre : la déposer affranchie dans un des commerces partenaires (DAO shop) ou demander, pour dix couronnes danoises, qu'elle soit récupérer par un livreur lors de sa tournée - ce qui se pratiquait déjà pour les colis à expédier.

Le vendeur eBay cité ci-dessus montre et explique ce qui arrive ensuite : une étiquette est ajoutée portant le logotype de DAO dans une dentelure illustrative, voisinant avec un long code chiffrée et un code-barres en deux dimensions. Désormais fort classique pour le courrier mondial, voir dernièrement au Laos.

Les tarifs Lettre de DAO en 2025 (copie d'écran du premier janvier 2026).

Le service courrier de DAO est complet, même si philatéliquement ultra-simplifiée :

- deux tranches de poids : jusqu'à cent grammes ou deux cents cinquante ; au-delà, ce sera un colis.
- deux zones géographiques : Danemark, Monde.

Et pour le Danemark, trois services, avec la recommandation apparue en décembre 2025 :
- courrier normal livré en deux à cinq jours ;
- service PLUS en un à deux jours pour treize couronnes de plus ;
- le courrier recommandé en deux à cinq jours pour 210 ou 233 DKK selon la masse.

Pour l'international, un seul mode d'expédition classique au prix double du national.

Actuellement, 10 DKK valent environ 1,34 euro. 3,10 € la lettre nationale, 6,20 la lettre pour l'étranger... Vingt et quelques le recommandé ! Tousse...


Les limites au-delà des tarifs.

Une est « amusante ». Les « timbres », blanc et rouge pour le service intérieur, blanc et bleu pour le service global, et vendus par dix ou cinquante, ne sont officiellement pas des « timbres-poste »...

Un participant du forum StampBoards.com a lu un article de presse danois indiquant que l'actuelle loi postale du pays limite le droit d'émission de timbres-poste à PostNord Danmark, qui ne veut plus ni des lettres, ni donc des timbres qui vont avec.

Voilà pourquoi DAO a dû se passer de dentelure même simulée, d'illustration autre que fonctionnelle. Les amateurs de design pur sont donc ravis.


L'autre limite est plus sérieuse : se promener sur la carte des commerces proposant les services DAO, dont les boîtes aux lettres, sont nombreux à Copenhague, mais fort inégalement répartis dans de nombreuses régions. Des zones rurales ou péri-urbaines dépendent d'un ou deux commerces dans le bourg d'à-côté ; des îles ont un ou deux points d'accès maximum.

Les dix couronnes de frais de retrait dans sa boîte personnelle seront-elles acceptées ?


Les postes historiques ne veulent plus de la poste aux lettres, voire du service universel, même subventionnées, mais les gouvernements ont besoin de rassurer leurs électeurs avec celle-ci, quitte à la relancer par l'intermédiaire d'un concurrent privé.

Nul doute qu'en France, où les tarifs postaux pour la presse viennent d'augmenter brusquement ce jour de l'an, La Poste et les entreprises de presse observent d'un œil la situation danoise, en se léchant les babines ou en tremblant de crainte, tout en se regardant de l'autre en chiens de faïence.

L'échec de Presstalis montre que les grands quotidiens parisiens n'auront aucune envie de créer un DAO à la française et de se coltiner les livraisons de courrier en zone rurale - oui, je provoque les journaux de droite libérale anti-service public (exemple d'hypocrisie par ici - oui, l'article est payant).

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