vendredi 10 avril 2026

Le Magasin de lettres de Séoul, roman de Baek Seungyeon

 Publié en Corée en 2024, le roman Le Magasin de lettres de Baek Seungyeon a fait l'objet d'une traduction française par Irène Thirouin-Jung et parue en août 2025 aux éditions Nami.

Le titre original, 편지가 글월, se traduirait par « La lettre est écrite », une action essentielle au sein de la papèterie, lieu principal de l'intrigue.

Couverture de l'édition française : le chat est une liberté de l'illustrateur.

Au début du roman, cela fait une semaine que Hyoyeong travaille dans un magasin spécialisé dans le matériel de la correspondance écrite, ouvert à l'étage d'un immeuble par un camarade de ses études de cinéma. Un an avant, elle a dû interrompre à celles-ci suite à un drame qui a endetté sa sœur et ses parents.

Toujours déçu et marqué par cela, elle découvre progressivement ce lieu, que le titre allemand décrit comme « le magasin de lettres dans lequel le temps est suspendu », aux rituels apaisants : ranger les papiers et enveloppes décorés, préparer manuellement une partie au comptoir, comprendre le but de la correspondance des clients, rédiger à la main les reçus... tout en regardant le paysage des collines boisées de la banlieue.

Tout a été fait pour inciter à l'écriture aux autres, y compris le parfum d'ambiance, et une grande table d'écriture. Les clients peuvent même, contre le prix de l'affranchissement postal, laisser leur missive qui sera amené au bureau de poste du quartier, dont la jeune employée se prend de curiosité pour ce magasin.

Particularité du lieu, qui en une petite année va lier encore davantage l'héroïne, le lieu et ses clients réguliers : le Service de correspondance et son meuble composé de niches dans lesquelles reposent parfois des enveloppes illustrées par un correspondant.

Contre une somme modique, celui-ci a pu coucher sur le papier ses émotions ou pensées du moment, à destination d'un autre client inconnu du service. Car on ne peut lire une de ses lettres que si on en a rédigé et déposé une. Seuls, les employés ont l'identité des correspondants, conservée dans un registre afin de les prévenir que leur lettre a été retirée ou s'ils ont eu une réponse.

Ainsi, au fil du roman, les clients sont des personnages à part entière de l'intrigue, souvent curieux et enthousiasmés de ces échanges.

Seule, Hyoyeong semblent ne pas vouloir participer elle-même à l'écriture... face au passé et à sa sœur.

Un message glissé dans le roman par l'éditeur Nami pour la publication.

Dans l'ouvrage se trouve un message sur un beau papier de la maison d'édition française : un échange de lettres entre lectrices, imitant le service de correspondance du roman.

Le mode d'emploi de l'échange de correspondance.

Je ne sais si c'est spécifique à l'éditeur français ou créé par l'autrice et son éditeur coréen, mais ce petit jeu rappelle qu'il y a bien deux magasins de lettres, à Séoul, qui ont inspiré ceux du roman.

De plus, les lettres des clients de fiction sont largement inspirées de celles que des clients de ces magasins ont accepté de rédiger pour accompagner l'œuvre de Baek Seungyeong.

Pour les curieux de la société sud-coréenne ou de l'Asie de l'Est, le roman croise en arrière-plan plusieurs des problématiques locales : la réussite scolaire et professionnelle, la vision négative au premier regard de certains métiers (dont employé de magasin ou créateur de webtoons), la vie quotidienne des écoliers jusqu'aux retraités dans les quartiers périphériques des grandes villes, etc.


Pour ceux qui ont accès au centre de Paris, la librairie Le Phenix, 72 boulevard de Sébastopol, dans le troisième arrondissement, est un lieu indispensable pour trouver des publications originales ou des traductions de l'Asie orientale jusqu'aux cultures tibétaines et de l'Inde.

Aucun commentaire: