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mercredi 8 mars 2023

Une prudente carte de l'Afrique à Djibouti

Chaque année, les participants du forum anglophone StampBoards alimentent une liste des administrations postales n'ayant pas émis de timbres-poste en signalant le premier timbre aperçu de l'année. Par ici, la liste en cours pour 2023.

C'est ainsi que j'ai découvert un timbre de Djibouti pour marquer le Championnat d'Afrique des nations de football, réémis avec le podium final surchargé en rouge, vendu par un commerçant philatélique sur Delcampe, imprimé par l'agent philatélique Stamperija.

Je laisse de côté le débat : ces timbres de deux mille cinq cents francs djiboutiens sont-ils vendus dans les bureaux et utilisés sur le courrier du pays ?

Même si l'intérêt de ce Championnat des années paires est assez intéressant face à la Coupe (la CAN) des années impaires : la compétition d'équipes nationales composées de joueurs des clubs du pays.

Le Championnat d'Afrique des nations 2022 a été organisé en Algérie en janvier-février 2023, un décalage dû à l'effet domino des décalages précédents liés au covid-19.

Plus intéressant est l'attention que l'illustrateur a consacré aux détails géopolitiques du timbre-poste : aucun territoire, ni frontière problématiques ne sont visibles malgré la représentation des frontières internationales !

Le bras droit du joueur dissimule la frontière entre l'Égypte et le Soudan, avec le triangle de Halaïb égyptien revendiqué par le Soudan, et le Bir Tawil qu'aucun des deux ne revendique...

La jambe gauche en extension est fabuleuse, surtout la cuisse : cela a évité de représenter, donc de prendre partie dans les problèmes entre :
- la Somalie et la province sécessionniste depuis 1991 du Somaliland,
- la frontière entre le Soudan et l'État sécessionniste du Soudan du Sud en tensions sur des portions du tracé, mais surtout sans se prendre les pieds sur l'Abiyé réclamé par les sudistes.

Le ballon cache l'épine géopolitique de l'Union africaine : il cache la frontière internationalement reconnue entre le Maroc et le Sahara occidental annexé en partie par le premier depuis 1975 - sujet de discorde entre Maroc et Algérie, problématique de la participation du Maroc et de la République arabe démocratique sahraouie aux institutions panafricaines, etc.

Enfin, les pays-archipels ou insulaires... 

sur une partie réduite d'un petit bout de papier dentelé gommé...

Guinée équatoriale représentée, mais Cap Vert au large du Sénégal, ni les Comores ou Maurice.

Avantage des deux derniers États absents, le short dissimule les îles françaises de La Réunion, de Mayotte - cette dernière revendiquée par Comores -, sans parler des îles Éparses dont la souveraineté est disputée avec Madagascar et Maurice.


Sur StampBoards, on s'interroge sur où en est le contrat entre la poste de Djibouti et l'agent Stamperija, le rôle joué par l'exclusivité du marchand présent sur Delcampe...

Dans tous les cas, la personne qui a commandé et validé le timbre-poste a des connaissances fines des problèmes géopolitique de l'Afrique. Par cette mise en scène graphique, il permet d'éviter au gouvernement djiboutien des soucis avec plusieurs États du continent.

samedi 11 mars 2017

Défis de collection dans les colonies françaises

Dans la presse britannique récente, deux études sur des colonies françaises avec une impression de défi.

Cinq bureaux pour un territoire
Dans le numéro daté janvier 2017 de Gibbons Stamp Monthly, Michael Round s'intéresse aux dix années du Territoire français des Afars et des Issas de 1967 à son indépendance en 1977 sous le nom de Djibouti.

Un rappel historique signale les tensions entre le gouvernement français et les indépendantistes à partir de la fin des années 1950, évoquant les rumeurs d'expulsion de Djiboutiens somalis afin de favoriser les membres de la tribu Afar, plus enclin à respecter l'autorité de la Métropole. Le tout dans le contexte de l'unification entre Somalie italienne et britannique avec revendication du nouvel État sur Djibouti... Un changement de nom opportun en 1967 ?

L'étude des timbres et de leurs variétés connues se terminent sur un défi d'histoire postale : une fois considéré les nombreuses enveloppes premier jour et autres courriers commémoratifs, rechercher des courriers oblitérés dans les cinq bureaux de poste du territoire, y compris les flammes ondulées et illustrées du bureau de Djibouti.

Si cela vous paraît trop accessible, se tourner vers le numéro de mars de London Philatelist.

Trois lettres suédoises pour Tahiti
Retrouver et étudier les courriers suédois vers Tahiti et les îles de la Société à l'époque classique.
Le HMS Vanadis par Jacob Hägg, peinture des années 1900 (via la base Commons de Wikimedia).
Staffan Ferdén raconte la route suivie par le HMS Vanadis pendant son tour du monde du cinq décembre 1883 au neuf mai 1885. Parmi les escales, celle de Papeete en mai 1884 est, avec Port Said au canal de Suez, la seule où le courrier du navire ne put être confié à un consul suédois.

Ainsi, l'auteur s'intéresse aux routes postales existant alors en direction de Tahiti afin de déduire lesquelles auraient pu suivre trois lettres postées à Stockholm et adressées au lieutenant Fredrik Peyron*.

Une remarque peut rappeler la lente colonisation de la Polynésie par la France dans cet océan Pacifique où se croisent les influences occidentales : malgré la confiscation en 1880 de son royaume à Pōmare V - visité par le prince Oscar Bernadotte, présent à bord du Vanadis-, seuls trois des cent trente-et-un vaisseaux passés à Tahiti en 1884 battaient pavillon français...

L'historien postal suédois est connu pour ses études des routes postales suédoises dans le monde. Elles ont donné trois collections médaillées d'or en exposition internationale, et un prix spécial à Singapore 2015 pour les Routes du courrier suédois pour l'Australie 1866-1900.

Un diaporama-résumé de ses recherches est consultable en suédois sur le site de l'exposition Stockholmia 2019 : il a présenté les grands traits lors d'une rencontre des membres suédois de la Royal Philatelic Society London (cliquer sur Read more de l'article du dix-sept décembre 2016), en décembre dernier. Il en proposera un livre lors de l'exposition de 2019.

Prise de conscience du lendemain :
Fredrik Peyron... Peyron... comme Loïck Peyron, le champion de course à la voile français ? Un défi généalogique : remonter deux arbres généalogiques pour savoir s'il y a un ancêtre commun entre ces deux navigateurs.

mardi 10 janvier 2017

La victoire italienne en Éthiopie par Serge Magallon

Dimanche huit janvier matin, devant les membres de l'Association philatélique montpelliéraine, le Biterrois Serge Magallon est venu présenter une collection d'un cadre titré Fin d'un empire millénaire et début d'un nouveau, éphémère (clic pour le pdf) : quelles traces postales de mai 1936 restent-ils du passage de la poste éthiopienne à la poste coloniale italienne, après une guerre de sept mois ?

Le philatéliste a découvert le pays dans sa jeunesse pour une mission du service national civil, et présente régulièrement, en compétition ou le simple plaisir, de nombreuses études sur l'histoire du pays, de ses habitants africains comme européens (tels le courrier et les cartes postales des missionnaires).

Le propos historique était précédé d'une petite thématique des mots ayant rendu l'Éthiopie mythique : Abyssinie en synonyme grec antique, la reine de Saba (fût-elle d'une rive ou de l'autre du détroit) et sa rencontre avec Salomon, Negus le titre de ses rois, Lucy où le squelette fut découvert, et le rastafarisme.

Après le rappel que l'écriture est syllabaire, un peu d'histoire rappelle le rôle des rois Téwodoros et Ménélik dans l'établissement de l'Éthiopie qui va faire face aux puissances coloniales européennes. Voici l'entrée des Italiens dans Addis Abeba le mardi cinq mai 1936.
La poste centrale d'Addis Abeba après l'entrée des forces italiennes en mai 1936 (Collection Serge Magallon, Montpellier, huit janvier 2017).
Le même bureau dans les années 1930 avec son fronton en amharique et français ; photographie utilisée dans Les Collections de L'Histoire n°74, trimestriel paru début janvier 2017 (ajout du lundi treize février 2017).
L'étude postale présente les derniers jours de la poste éthiopienne dans les principales villes du pays en possession de Serge Magallon. Pour Addis Abeba, ce sera le trois mai avant que la poste principale ne soit saccagée et brûlée dans les combats, archives comprises hélas.

Deux cartes photographiques illustrent ce triste fait et la nouvelle poste italienne au parvis décoré des canons que les Italiens avaient perdus à Adoua quarante ans auparavant. Revanche ?

Hors de la capitale, les plis premier jour ne manquent pas avec timbres et oblitérations éthiopiennes du jour de la prise de la ville : des soldats italiens philatélistes ou spéculateurs se seraient-ils pris pour des postiers ?

Les cartes postales de franchise militaire du moment de la victoire valent pour leur date symbolique d'oblitération, mais également pour le texte accompagnant la cartographie de 1935 qui avait déjà annexé l'Éthiopie à l'Érythrée et à la Somalie italiennes. Un soldat colorie en rouge l'ensemble, tous clament leur fierté fasciste d'avoir étendu la patrie, un dernier saluant sa famille depuis « la capitale de l'empire colonial italien » !
Un des exemples de cartes militaires présentées : coloriage et message enthousiastes fascistes... datée de la XIVe année du règne mussolinien (collection Serge Magallon, Montpellier, huit janvier 2017).
L'historien se demandant si c'est la légitime joie du soldat obéissant, la preuve du « bourrage de crâne » totalitaire ou faire plaisir au censeur pour donner plus rapidement signe de vie à la famille... Magallon a croisé étonnamment peu de marque de censure sur les courriers italiens de guerre dans la région.

Quelques cachets militaires permettent de suivre les deux armées, leurs timbres et cachets : de l'Érythrée au nord, de la Somalie à l'est.

Avec quelques surprises jusqu'à ce que la poste civile italienne fonctionne fin mai-début juin : le tarif postal éthiopien est maintenu pour les Côtes des Somalis (Djibouti donc), pourtant situé bien en dehors de l'empire italien. Débouché de la seule voie ferrée du pays, le courrier vers la colonie française est affranchi au régime intérieur par la poste éthiopienne (cinquante centimes de lire en mai 1936). Le tarif pour l'étranger d'une lire un quart commence à apparaître quelques semaines après...

Deuxième surprise pour cette lettre pour Djibouti au départ d'Addis Abeba : les marques postales montrent un passage par Rome ! Douze mille kilomètres aller-retour d'erreur. La victoire rend bien généreux.

Les questions du public évoquent, entre autres, les contraintes de la compétition philatéliques : les cartes postales utilisées permettent d'exposer l'état d'esprit de l'expéditeur... Il faudrait plus d'enveloppes, plus anonymes en regard des événements.

Complément du samedi quatorze janvier 2017 :
Pour une spécialisation éthiopienne, voir l'Ethiopian Philatelic Society et son Menelik's Journal.

Coïncidence du mercredi dix-huit janvier 2017 :
vu chez le marchand de journaux, le mensuel L'Histoire publie un numéro spécial sur l'histoire de l'Éthiopie.
En vente actuellement (L'Histoire. Les collections n°74).
Menu de ce magazine pour l'histoire postale (lundi treize février 2017) :
La poste éthiopienne est évoquée à deux reprises dans cet intéressant numéro des Collections de L'Histoire.

Tout d'abord, dans l'article sur le règne de Ménélik II par Estelle Sohier de l'Université de Genève. La photographie de l'entrée d'un bureau de poste illustre la modernisation à partir des années 1890 en suivant le modèle occidental, aux côtés d'une carte de 1913 en français du « Chemin de fer franco-éthiopien de Djibouti à Addis-Abeba » et d'un encart sur la monnaie mise en circulation en 1894. Celle-ci est de même poids et composition que le thaler Marie-Thérèse, dessinée par Jean Lagrange, graveur général à la Monnaie de Paris. Le thaler autrichien étant l'unité monétaire métallique des puissances coloniales dans cette partie de l'Afrique.

Le choix de l'alliance française par Ménélik est explicité dans le contexte colonial d'occupation des côtes de la mer Rouge et du golfe d'Aden pour contrôler la route des Indes par Suez. Un choix finalement aléatoire sur la durée.

La seconde est la photographie de la poste centrale dans les années 1930 (voir ci-dessus) dans un autre article de Mme Sohier sur Hailé Sélassié, « le dernier roi des rois ». Elle permet d'évoquer la rénovation urbaine qui eut lieu pour son sacre et les transformations à venir sous l'occupation italienne.