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mercredi 26 mars 2025

La libération électrique des États baltes

 Le samedi huit février 2025, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont déconnecté leurs systèmes électriques de celui de la Fédération de Russie. Après vingt-quatre heures en autarcie, le réseau balte a été connecté au réseau de ses voisins de l'Union européenne et partenaires.

Le titre officiel de l'émission est géopolitiquement le plus positif : la Synchronisation du système énergétique baltique avec l'Europe.

Le timbre de Lettonie sur l'enveloppe premier jour du sept mars 2025.

Un mois après la réussite de l'opération, la poste lettone (Latvijas Pasts) a émis un timbre de 2,54 euro, le tarif de la lettre simple vers l'Europe - et vingt-quatre centimes au-dessus de la lettre basique intérieure.

L'illustrateur Māris Upenieks a représenté des moyens de production : hydroélectricité, solaire ; un réseau de connexion par des segments et un pylône ; et enfin les usage à travers une bouilloire électrique - thématique électro-ménager et préparation de boissons chaudes !

L'enveloppe premier jour au collage du timbre particulièrement précis...

Outre l'importance géopolitique de l'événement - se détacher de la Russie agressant l'Ukraine et intégrer davantage l'Union européenne -, la réalisation de l'enveloppe premier jour montre un souci du détail : les flèches coupées en milieu des bords latéraux du timbre sont reconstituées sur l'enveloppe aussi précisément que sur le feuillet de dix timbres.

Le timbre est gommé... Bravo si c'est un travail manuel sur quelques centaines d'enveloppes.

La boutique philatélique lettone est accessible en anglais à cette adresse. Elle est aussi membre de la place de marché philatélique et numismatique WOPA+.

mercredi 6 avril 2022

Francophonie postale dans les pays baltes

 Suite à mes commandes des timbres de soutien à l'Ukraine, voici ce que reçoivent les clients des services postaux de Lettonie et d'Estonie ; un détour final passera par la Lituanie grâce à Gibbons Stamp Monthly.

Entier de service postal envoyé de Lettonie en recommandé vers la France en mars 2022.

Point de timbre-poste, mais un entier de service en français de l'Union postale universelle dans le coin supérieur gauche : « service des postes » traduit en anglais par « pour le service postal », et « recommandé ».

L'étiquette portant l'adresse du destinataire fait office d'étiquette de recommandation avec le code international. Le site de la Latvijas Pasts indiquant un départ de Riga le quatorze mars 2022, une première tentative de délivrance par le facteur le samedi dix-neuf (code-barres collé en biais), puis la délivrance le mardi vingt-deux mars. L'étiquette rouge Monoprix indiquant que celle-ci eut lieu au Relais urbain postal du quartier Port Marianne, à Montpellier.

Entier de service postal envoyé d'Estonie en recommandé vers la France entre mars et avril 2022.

Pour l'Estonie, même logique d'entier postal « service des postes », mais un peu plus de couleurs pour l'étiquette de recommandation noire et rouge. Un coup de tampon permet d'avoir l'adresse du service philatélique de la poste estonienne... qui est plus que le nom du groupe Omniva.

Omniva depuis 2014 est l'entité postale de l'Estonie, qui vise le marché balte. La tradition marketing des noms d'entreprise en latin n'a pas totalement disparu.

Cependant, pour l'aspect postal et la date, c'est plus clair : une oblitération de Tallinn du trente mars 2022 donne le départ, avec arrivée en centre de tri le lendemain, selon le site de suivi.

La délivrance a eu lieu ce mercredi six avril, toujours au même relais postal urbain, même autocollant rouge.


Dans les deux cas, le contenu est solidement emballé : difficile de plier la lettre en cours de route. Deux cartons fins pour la Lettonie, un seul cartonnet mais une enveloppe de protection scotchée dessus pour l'Estonie.

J'ai passé ma commande sur le site Wopa+ par commodité du mode de paiement (on en reparlera quand la commande polonaise arrivera).


Pour la Lituanie, c'est par surprise courant mars avec le numéro paru en février et daté mars 2022 de Gibbons Stamp Monthly qu'elle arrive.

Étiquette lituanienne d'affranchissement économique d'un magazine britannique en février ou mars 2022.

Le mensuel britannique semble être passé de la poste des Pays-Bas à la poste lituanienne, avec une période allemande, pour l'expédition d'une partie de ses numéros vers l'étranger.

Ici, par contre, c'est l'anglais international qui prime.

Libéralisation du courrier, coût économique et coût environnemental du kilométrage parcouru...

samedi 19 septembre 2020

Cartographie monétaire dans Carto

 Pendant l'été, le magazine bimestriel Carto proposait un article de J.-P. Gury au sujet des cartes sur pièces de monnaie, analysant leur rôle dans la communication des États-émetteurs.

Démarrant avec les frontières de l'Union européenne et leur disparition sur les pièces en euro, jusqu'à la revendication des Malouines sur pièce d'Argentine.

En passant par la comparaison des symboliques des pièces de la République populaire de Chine face à celle de la République de Chine à Taïwan.

Le dernier exemple aborde la carte de l'Estonie sur la face nationale des pièces en euro frappée dans ce pays, acceptant la situation née pendant la période soviétique, alors que le respect du traité de Tartu de 1920 est encore demandé côté estonien.

dimanche 16 juin 2019

Stockholmia (2) : 1918, année complexe en Estonie

Pendant une exposition, le visiteur chanceux peut rencontrer le collectionneur qui décrit les enjeux de son sujet et les pièces principales. Mieux, à Stockholmia, fin mai-début juin 2019, le visiteur pouvait voir et entendre la même chose, confortablement assis dans une salle équipée d'un vidéo-projecteur.

Ainsi, les cinq journées de l'exposition des cent cinquante ans de la Royal Philatelic Society London ont permis de loger de nombreuses rencontres dans les salles de réunion du centre de congrès.
Le panneau de titre de la collection de Jaan Roots, 92 points, médaille d'or.
Jeudi trente mai, après-midi, Jaan Roots, Norvégien d'origine estonienne, a présenté sa collection Estonia 1918 d'abord en salle, puis a proposé de montrer comment son propos général permettait de relire la collection exposée.

Le centenaire de la Grande Guerre et la complexité des découpages territoriaux qui en sont issus entre 1917 et 1923 ouvrent aux philatélistes et aux historiens postaux de vastes espaces de règles militaires et d'exceptions postales. Les États baltes ne font pas exception, même si la recréation de la Pologne et l'établissement d'une Ukraine, pour ne citer que ces exemples, sont de gros morceaux déjà évoqués dans la presse philatélique récente.

Le sujet estonien est intéressant car il illustre le problème de la création à partir de peu de choses d'États en Europe centrale et orientale avec la disparition successive des empires russes, austro-hongrois, ottoman et allemand. Peu de choses : sentiment anti-impérial, identité nationale culturelle mise en avant. Mais, pas de frontière administrative existante, ni même d'indépendance effective sur le terrain.

Jaan Roots introduit son propos avec ces problèmes de 1918 dans l'étude postale d'un pays aux frontières depuis établies. Il n'expliqua pas comment deux gouvernorats russes concernés (Estonie et nord de celui de Livonie) ont pu donner l'État estonien... et celui de Lettonie.

Néanmoins, pour les besoins de l'étude, les événements-clés menant à l'indépendance de 1918 sont précis et leurs effets apparaissent progressivement sur les courriers de soldats et de civils :
- 12 avril 1917 : le nouveau gouvernement russe (révolution de Février) accorde une autonomie aux Estoniens ;
- début 1918 : le gouvernement bolchevique (révolution d'Octobre) autorise la constitution d'unités militaires par les minorités nationales ;
- 1er février 1918 : passage de l'Estonie au calendrier grégorien, donc directement au 14 février 1918 ;
- 18 février : reprise de l'offensive allemande contre la Russie ;
- 24 février: déclaration d'indépendance ;
- 3 mars: le traité de Brest-Litovsk impose l'occupation allemande de la Livonie et l'Estonie, au-delà de l'Ober-Ost ;
- du printemps au 29 novembre: ouverture de la poste allemande aux civils, avec censure centralisée dans quelques villes ;
- après le 11 novembre, le 19 : indépendance effective de l'Estonie ;
- semaine suivante : ouverture de la poste estonienne avec premiers timbres le 24 novembre ;
- 28 novembre : attaque de la Russie bolchevique, puis intervention d'une flotte britannique en mer Baltique.

Une année tumultueuse géopolitiquement pour des Estoniens coincés entre deux puissances négociant leur sortie de conflits afin de libérer des troupes pour le front occidental côté allemand, consolider la Révolution pour la Russie de Lénine.

Le collectionneur parvient à illustrer les trois périodes de l'Estonie grâce aux cheminements suivis et aléas subis par cartes postales et enveloppes, principalement des courriers de soldats estoniens des régiments estoniens ou se trouvant dans l'armée russe, ou encore de soldats allemands. Les obstacles furent nombreux (moins pour le courrier proche des civils).

1. La période de la République soviétique de Russie jusqu'à l'offensive allemande de fin février : poste militaire russe, mais aussi oblitérations des régiments estoniens nouvellement créés. Les différentes armes se retrouvent.

2. L'occupation allemande avec sa poste militaire usant des timbres de l'Ober-Ost, la partie conquise frontalière de la Prusse orientale, puis accessible aux civils avec ces mêmes timbres-poste, mais sans distribution à domicile.

Là, ce sont les marques de censure, donc le parcours des lettres, qui mobilisent la sagacité de l'historien postal : lettre(s) initiale dans un cercle pour la censure. Au début de la période, la censure s'effectue uniquement à Riga, en Lettonie, puis dans quatre autres bureaux à partir de juin : Dorpat, Reval (Re), Wenden. Ce qui, pour une grande partie du courrier intra-estonien, requiert beaucoup de kilomètres pour vérification, alors que le destinataire peut être tout proche.

C'est côté russe que tout se complique davantage : quand ce courrier-ci en provenance ou à destination de la Russie a-t-il circulé ? En effet, du douze juin jusqu'à fin novembre, les échanges postaux avec la Russie sont autorisés, mais pas en recommandé...

3. L'indépendance, dans la vingtaine de novembre, simplifie à peine l'étude.

D'abord, le départ de l'administration allemande (au vingt-neuf novembre dernier délai) et son relais estonien sont très progressifs selon les lieux, et très inventifs dans plusieurs bureaux : réutilisation de cachets d'oblitération en cyrillique, timbres locaux à Rakvere, marques de paiement en espèces.

Ensuite, parce que la menace de la Russie soviétique dès le vingt-huit complique les relations postales avec les villes aux extrémités du lac Peïpouss, les premières coupées du reste de l'Estonie. Et donc, de courriers revenant à l'expéditeur.

Grande Guerre finie, l'Estonie et sa voisine lettone deviennent stratégiques pour l'Entente, ce qui donne un dernier exemple de courrier qui mit des mois à relier l'Estonie à un pays d'Europe occidentale...

À partir de décembre 1918 et jusqu'à mi-février 1919, une flotte britannique établit un blocus des côtes baltes pour empêcher la fuite de navires russes vers le pays des Soviets. C'est ainsi que ces tensions navales coupent la liaison postale entre Tallinn, la capitale estonienne, et Helsinki en Finlande, alors l'un des rares moyens fiables de faire sortir du courrier du pays.

Pour Roots, l'Estonie de 1918 peut servir de cas pour aller découvrir d'autres régions et pays de l'Empire russe entre les révolutions de 1917 et la guerre civile.


Le décentrement de l'exposition-anniversaire vers l'Europe du Nord a permis ainsi à des collectionneurs de faire découvrir aux visiteurs lointains les philatélies et les histoires postales scandinave et baltes.

Outre Estonia 1918, la difficile histoire de l'Estonie était également évoquée par la collection thématique Estonians outside Estonia 1944-1991 par le Suédois Mats Söderberg : comment maintenir l'identité nationale vivante pendant l'occupation soviétique ? Les activités d'associations d'Estoniens, en Europe et en Amérique du Nord, ont fait l'objet de courriers, de vignettes, d'expositions, etc.

Une histoire qu'a vécu le premier collectionneur, Jaan Roots. Aux questions du public sur pourquoi collectionner ce pays-là, il a répondu que ses parents ont fui l'Estonie du début de la Guerre froide après l'emprisonnement d'un membre de la famille, qui fut trop actif au temps de l'Estonie de la Seconde Guerre mondiale.

Merci à Jaan Roots d'avoir accordé une bonne heure de son temps au public.