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lundi 7 août 2017

Faut-il altérer le timbre pour lui donner de la valeur ?

Voilà un possible sujet de l'épreuve de philosophie du baccalauréat français dès que la philatélie aura été ajoutée au programme scolaire de terminale.

Faut-il altérer le timbre pour lui donner de la valeur ?


L'introduction interrogera les définitions des termes altérer et valeur, et de là, retrouver des exemples probants des diverses situations trouvées.

À un extrême qui est le point de départ du sujet, conserver la feuille de timbres neuves, gomme d'origine, sans aucune trace de charnière possède une forte valeur sentimentale, esthétique et patrimoniale à son propriétaire - sauf si c'est un marchand pour lequel cette feuille pèse financièrement dans son stock, jusqu'à ce que d'autres collectionneurs signalent qu'ils souhaitent reconnaître les deux premières, mais pour acheter la dite feuille considérerons une plus modeste valeur chiffrée...
La couverture du livre de James Barron sur le One Cent magenta (via amazon.fr).
À l'autre extrême, il y a le cas légendaire de l'industriel états-unien Arthur Hind qui aurait brûlé un second exemplaire du One Cent magenta du Guyana britannique afin de posséder un exemplaire unique et dont inestimable - comprendre un chiffre fois dix puissance incroyable de dollars à chaque vente aux enchères. La source du brûlement est rappelée par James Barron dans son livre The Once-Cent Magenta, récemment publié - et cité dans le numéro daté août 2017 de Stamp Magazine : le récit du seul autre acteur de la scène, devenu depuis quelques instants l'ancien propriétaire de l'exemplaire brûlé, et qu'il envoya à une publication philatélique de Virginie en 1938.

Entre les deux, le débat commun est les intérêts de collectionner les timbres neufs ou oblitérés, de l'aspect de cette oblitération : du killer cancel au cachet à date bien rond. De là, oblitéré certes, mais décollé ou sur pli ? Sur pièce de correspondance : quelle valeur accorder à l'histoire de l'expéditeur et du destinataire ? À celle des entreprises et pays traversés pendant le cheminement postal ?

Et arrive, en dernière partie, les aléas des service postal et philatélique. Service postal : quelle valeur accordée au choix de l'expéditeur belge de laisser ou de détacher la vignette « Ne pas livrer le dimanche » sous le timbre-poste ? Un bon catholique ? Un courrier suffisamment urgent pour détacher la vignette ? Cela nuit à sa valeur quand le service philatélique plie ou découpe les marges des feuillets commémoratifs pour les faire rentrer dans leur matériel d'expédition.

Que le commerce philatélique démultiplie sous prétexte de prouesses de design ou d'imprimerie - et souci de valoriser les revenus philatéliques au sein du budget de groupes postaux en manque de courrier à délivrer.

Quelle valeur - autre que le revenu du service philatélique - ces timbres en matières variées ont ? Promotion d'un artisanat, d'une filière nationale. Promotion des timbres du pays dans la presse philatélique. Promotion du pays entier si les journaux internationaux sont attirés.

Revenons à l'échelle individuelle des acheteurs de ces timbres. Souvenez-vous des timbres néerlandais de 2007 sur lesquels avaient été emprisonnés des graines de fleurs : faut-il les conserver, stériles, dans un album ? Ou les planter pour réaliser un de leurs buts non postaux ? Ou, conservés par le collectionneur, celui-ci a-t-il eu l'idée de se procurer d'autres graines et les planter, ayant eu une prise de conscience par cette émission ?
Le premier timbre-origami du monde d'après la poste espagnole.
Revenons au pliage : quelles quantités d'encre a coulé sur les timbres ayant subi de malheureuses pliures... Le lundi dix-sept juillet 2017, Correos, la poste espagnole, a émis un feuillet d'un timbre de quatre euros trente-cinq centimes, avec comme légende un plan d'origami pour transformer le timbre en cocotte.

Nouveau dilemme du collectionneur : combien d'exemplaires conserver ? Deux : un tel quel, un plié. Trois ou quatre : avec plié et oblitéré sur demande, et plié et oblitéré sur pli... Au centre de tri et dans les catalogues de cotation : combien d'illustrations a ce timbre ? Une seule ou deux avec la version pliée ? Et le destinataire du feuillet collé oblitéré : appréciera-t-il l'oblitération sur sa cocotte ?

Est-ce du service postal ? Un encouragement aux activités créatives ? Aux débats philosophiques sur l'intérêt du timbre-poste au début du vingt-et-unième siècle ? Y aura-t-il une conclusion heureuse ?

samedi 15 novembre 2008

La Poste en campagne, automne 2008

La Poste entame une nouvelle campagne publicitaire dans les magazines grand public, avec pour slogan « La confiance donne de l'avance ». Soyez en avance, pensez que dans quelques années, le marché du courrier de moins de cinquante grammes s'ouvre à la concurrence. Bref, restez chez nous.

Voici le visuel qui parle le plus au client/usager quotidien, celui qui attend ses lettres intimes, ses factures et ses publicités spammiques et qui y a droit grâce au service postal universel. Ici, Lucie qui attendait avec impatience en ce 10 octobre des nouvelles de son petit ami ou copain de vacances, parti/reparti à Paris.

Facile de raconter le scénario puisque tout est sur l'enveloppe que tient la jeune femme... l'enveloppe qui sert à constituer l'oiseau postal en origami.

Elle a reçu la lettre le 10 octobre, car, triplement chanceuse, elle profite d'abord d'un service postal efficace : « 95 millions de plis livrés toutes les 24h[eures] » et le timbre à date indique la levée de 19 heures le 9 octobre au bureau de Paris-Bienvenüe (à vue de nez, celui du siège de La Poste). Sur combien ? jusqu'à quel poids ? Vraiment aussi pour les colis ?

Elle a droit, en plus, à une oblitération lisible : elle sait que son petit ami est bien à Paris. Avec les oblitérations codées, elle pourrait imaginer des choses et s'inquiéter : est-il vraiment à Paris ? Que fait-il dans ce département, innocente non philatéliste qu'elle est peut-être, ne sachant pas que le nouveau code n'est pas postal.

Surtout, son ami a renouvelé la légende de Rowland Hill : avant même qu'elle n'ouvre l'enveloppe, elle saura de qui vient le message (comme si une enveloppe grand format rose avec adresse au feutre rouge ne suffisaient pas, et je n'ose renifler le papier). Il a investi dans une feuille de Montimbramoi à son effigie. Mais qui dit à Lucie que le jeune homme n'utilise pas le même stratagème avec toutes ses conquêtes de par le vaste pays ? Voire même, doté d'une profonde poche à monnaie, de plusieurs feuilles avec une photographie différente selon la dulcinée destinatrice ?

Va-t-elle devoir errer sur eBay et Delcampe pour voir si le père ou le petit frère philatéliste d'une de ses concurrentes ne vend pas cette preuve d'amour philatélique aux enchères ?