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mardi 19 décembre 2017

Courrier errinophile dans The Crown de Netflix

Depuis le vendredi huit décembre 2017, le réseau de vidéo par abonnement mensuel Netflix propose la deuxième saison de The Crown, une biographie romancée de la Reine Elizabeth II avec l'espoir d'une saison par décennie de règne, créée par Peter Morgan.
Une lettre des colonies, ressort attendu des premiers épisodes de la seconde saison de The Crown (deuxième épisode, diffusé sur Netflix depuis le huit décembre 2017).
De septembre 1956 à octobre 1963, l'héroïne incarnée par Claire Foy tente à la fois de tenir son rôle de monarque constitutionnel, traditionnel et neutre alors que ses vieillisants Premiers Ministres Eden et Macmillan accumulent les faux pas - de la crise de Suez à l'affaire Profumo -  d'une part, et de sauvegarder son mariage alors que Philippe tend vers de mystérieuses tangentes de liberté, loin du cadre formel de Buckingham : croisière maritime sans fin, fêtes secrètes et tragédies de son adolescence.

C'est ainsi qu'une lettre en provenance des colonies visitées par le duc, son secrétaire particulier Michael Parker et l'équipage du Britannia captive l'imagination du spectateur et résoud dramatiquement la fuite navale du duc... de Papouasie à l'Antarctique.

Trois paires de timbres évoquant les styles philatéliques coloniaux britanniques (valeur faciale à fraction), tout comme français d'ailleurs avec l'absence de l'effigie du souverain. Nul nom de pays à part les mentions répétées "Postage"... Seule l'oblitération localise le point de départ des îles Tonga.

Et pour cause, la lettre du secrétaire particulier au club de gentlemen du duc, contenue dans cette enveloppe, sous-entend des activités extra-conjugales sous les tropiques et, depuis la diffusion de cette saison, d'autres objets semblent suggérer que le duc aurait eu des écarts.

Une autre lettre aux timbres imitant l'effigie du Roi Baudouin et oblitérés de Bruxelles va accélérer l'intrigue de la Princesse Margaret.

Ah, ces séries historiques dans lesquelles le téléphone portable n'est pas l'accessoire omni-présent, et où l'intrigue avance à la vitesse de la locomotive.

samedi 9 janvier 2016

Des surcharges du Laos actuels ou de l'importance des forums philatéliques

Comment savoir ce qu'il se passe dans le monde philatélique en dehors des nouvelles émissions des postes disposant d'un site internet de vente ? Comment savoir ce qui existe et où le trouver quand on n'a pas d'idée ?

Demander ou proposer sur un forum où plusieurs philatélistes auront la réponse ou son usage, tout le moins des pistes de recherche.

Deux exemples récents finement reliés par le hasard.

Pas d'image repris de ces forums, ni de demande d'autorisation de les reprendre : allez lire.

Des surcharges provisoires à l'exploration du monde
Depuis août 2014, les participants du forum anglophone aux fondateurs australiens StampBoard.com entretiennent un fil de discussion parti d'une question pour vérifier une impression : les surcharges pour modifier la valeur faciale des timbres est une chose du passé...

En quelques heures, la liste des pays ayant connu de telles surcharges depuis 2000 et les causes possibles se succèdent - changement des tarifs, nouvelle devise monétaire, stocks immobilisant du capital, coût de nouvelles émissions - jusqu'à l'exemple probant du Laos en mars 2014.

Un des participants raconte comment la poste du Laos a dû organiser en mars 2014 une application manuelle à l'unité de surcharge sur des stocks vieux de trente ans - très art communiste exalté - afin de permettre d'appliquer de nouveaux tarifs l'été suivant sans avoir à passer une coûteuse commande pressée de nouveaux timbres. Avec cérémonie officielle de brûlement des tampons.

Avantage des forums est qu'avec la fonction recherche, ce passé se retrouve et se complète : un autre participant en voyage récemment au Laos signale qu'une nouvelle session de surcharge a eu lieu en mars 2015 d'après une carte postale envoyée cet hiver.

Cette lecture permet de comprendre que les pays sans émission de timbres ont une actualité philatélique qui suppose cependant d'être dans le pays ou d'y avoir des correspondants : donc de voyager ou d'écrire... Certes, les sites d'enchères ont des offres, mais comment évaluer si le prix est convenable sans savoir nombre, disponibilité, etc.

Ce partage peut aller jusqu'à publier sa collection sur internet, comme les surcharges de Tonga de 2002-2004 par Stephen Zirinsky. Il publie énormément de choses sur son site concernant des pays aux noms qui feraient soupirer les « collectionneurs sérieux »... mais à partir des usages réels dans les bureaux de poste où ces surcharges et autres timbres et marques postales sont des nécessités pour assurer un service efficace aux expéditeurs tout en coûtant le moins cher possible à l'entreprise.

Un dernier exemple amusant, que j'ai connu au bureau de Pai dans le nord de la Thaïlande : le postier déjà prêt. À Pai, village dont les besoins sont courrier des résidents permanents, cartes touristiques et colis d'artisanat local, ce fut une postière capable de contenter cinq clients par minute grâce à formulaires, classeurs de timbres et autres fournitures classés au cordeau et, pour les timbres, déjà découpés.

Dans ce même fil sur les surcharges actuelles, un participant raconte le récit d'un voyage en 2013 dans une localité du Nigeria où, pour gagner du temps, le postier avait collé des timbres de dix pesewas sur des timbres de quatre-vingt-dix pesewas de 2008 pour constituer le nouveau tarif de un cedi.

Et aussi Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée,...

Des surcharges provisoires du dix-neuvième siècle au voyage dans le temps
Alors que je jonglais avec ces récits philatéliques, voilà qu'un philatéliste, Michel, qui mérite largement récompenses et distinctions académiques pour son œuvre de compilation de toutes publications philatéliques existantes ou ayant existé, a mis en ligne le résumé bibliographique du sommaire de La Gazette timbrologique pour ses numéros du premier trimestre 1893.

L'émulation du forum fr.rec.philatelie (par ici) permet de remercier le compilateur et de proposer d'approfondir sur le site de la Bibliothèque nationale de France qui propose à la lecture publique l'intégralité de cette revue de 1891 à 1896, depuis l'été 2015 semble-t-il.

Et le feuilletage permet de retrouver des problématiques permanentes des années 1890 à nos jours : comment savoir ce qui est émis de par le monde, comment se le procurer, des experts auto-proclamés refusant la diffusion des moyens de découvrir les faux, jusqu'à savoir si les surcharges provisoires des timbres des colonies sont des émissions justifiées ou des pièges à collectionneurs... dans une revue qui propose une prime de dix pour cent sur le remboursement des frais (achat des timbres et port nécessaire) des correspondants à l'étranger qui signaleraient une émission provisoire.

Les classements créés par Michel multiplient les angles d'attaque pouvant convenir à nombre de chercheurs, et le travail d'indexation est suffisamment complet pour rendre son moteur de recherches indispensable à ceux qui veulent savoir ce qui peut exister en un gros siècle et demi de publications.

La bibliothèque par-delà l'espace et le temps
Ensuite, il faudra trouver la bibliothèque au livre désiré.

Physiquement, celle d'une association locale, celle du musée de La Poste à Paris, celles de Londres (RPSL, National Library) voire plus loin avec le projet Global Philatelic Library.

Numériquement, si l'auteur a disparu depuis plus de soixante-dix ans, les sites de bibliothèques nationales et archive.org peuvent aider à trouver sa version livre électronique que des applications permettent de lire dans un navigateur internet ou sur une tablette/smartphone actuels. Sauf à être déjà abonné et lié à des systèmes propriétaires (Apple, Amazon), préférez les fichiers epub si le texte est prépondérant ; pdf et autres formats de publications sont commodes en cas de mise en page et d'illustration particulières.

Même si cela suppose que ceux qui ont des ouvrages non recensés, rares ou oubliés de proposer leurs connaissances à Michel l'auteur de Revues et documents philatéliques et marcophiles (docs.philateliques.free.fr) ou des notices aux bibliothèques philatéliques.


Bref, lire et faire savoir.
Il est possible de bien lire sans acheter de timbres ; plus rarement de bien acheter sans avoir lu.
Ce qui relance une question débattue sur Stamp Boards : le marchand de timbres collectionne-t-il ? Et l'expert ?

lundi 16 novembre 2015

Variétés diverses et guerre postale dans le Commonwealth

Une fois passé deux lecteurs et la chronique L'avocat du diable de John Crace sur l'intérêt de l'émission Star Wars de Royal Mail du vingt octobre dernier avec toutes les interrogations sur la Force de l'argent, le numéro daté décembre 2015 de Stamp Magazine permet au lecteur de partir en voyage dans tous les coins de l'ancien Empire britannique et de s'interroger sur la modernité du Royaume-Uni.


De la visibilité de la mixité au Royaume-Uni
Pour cette dernière, Jeff Dugdale a recherché la mixité raciale sur les timbres du Royaume-Uni depuis les années 1960 : depuis la diversité des enfants anonymes des timbres sur le scoutisme jusqu'aux militants des droits civiques, acteurs de théâtre et sportifs.
Portrait de Mary Seacole par Albert Charles Challen vers 1869, conservé à la National Portrait Gallaery (domaine public, fichier disponible sur commons.wikimedia.org).
Certains crieront à la mode, au communautarisme, aux minorités envahissantes jusqu'à remarquer un des timbres du cent cinquantenaire de la National Portrait Gallery de Londres, émise en 2006 : Mary Seacole, infirmière née en Jamaïque, portant ses décorations pour avoir établi - en dehors de l'institution militaire qui avait refusé ses services - un hôpital pour les soldats blessés lors de la guerre de Crimée... au milieu des années 1850 et sur la presqu'île de Crimée !


Quand Tonga eut sa première reine (et les premiers timbres autocollants)
Couronnée dans un contexte dynastique difficile, la Reine Salote Tupou III accompagna Tonga et une relative modernisation de 1917 à sa mort en 1965. John Winchester conte sa jeunesse dans l'espoir de son père remarié d'avoir un fils et son seul voyage en Europe pour le couronnement de la Reine Elizabeth II en 1953.

Postalement, elle est connue pour avoir forcé Walter Quensell à employer la pirogue pour le courrier en boîte de conserve, la Tin Can Mail de l'île Niuafo'ou, après la mort d'un nageur-postier lors d'une attaque de requin en 1931.

Philatéliquement, elle vécut les révolutionnaires émissions autocollantes et métalliques de 1963 et 1964, dorées, avant que le pays ne poursuive sur papier avec l'imprimeur britannique Walsall. Moquées, mais aujourd'hui, pour qui continue-t-on d'émettre des timbres gommés ?

Sur des exemplaires de ces autocollants dorés sur lettres, voir Rodney A. Perry sur The Philatelic Database le douze juin 2008.


Les Britanniques face à une république rebelle (encore !)
Moins joyeux, mais intense en histoire postale, Alastair Gunn tente de rassembler les émissions philatéliques et les usages sur courrier des timbres des quatorze ans de la république rebelle de Rhodésie de 1965 à 1979.
Un exemplaire personnel du timbre émis un mois après la déclaration unilatérale d'indépendance que Gunn signale comme ayant fait l'objet de faux nombreux malgré une cote faible. Si vrai imprimé par Mardon à Salisbury.
L'histoire est un drame des indépendances de l'Afrique australe britannique : sur le modèle de l'Afrique du Sud de l'Apartheid, les Blancs de Rhodésie du Sud refusèrent l'établissement d'une démocratie qui aurait donné un pouvoir politique au reste de la population, contrairement à la Zambie et au Malawi qui prirent leur indépendance et nouveau nom en 1963.

Le onze novembre 1965, le gouvernement blanc déclara unilatéralement l'indépendance de la colonie, avant de se proclamer république... puis, après une guerre civile, de se replacer sous un statut colonial pendant trois mois en 1979, le temps de conclure un accord qui établit enfin le Zimbabwe.

Les aléas politiques entrainent des courriers qui ont été affranchis avec les timbres coloniaux de Rhodésie du Sud et ceux de la nouvelle Rhodésie-tout-court. Mais, pour les courriers expédiés vers le Royaume-Uni, le Post Office fut intraitable avec les timbres de la république rebelle :
- Rhodésie, effigie royale de Dorothy Wilding, monnaie en livre/schilling/penny = ok ;
- mention d'indépendance, pas d'effigie, ou devise décimale dollar/cent = timbres non acceptées = taxe pour le destinataire.

Cela donne des plis ou des timbres oblitérés dans des situations peu habituelles : taxation malgré des timbres émis officiellement, timbres libellés en deux devises en 1967-1968, et, quand, à l'approche du dénouement approche le trente-et-un mai 1979, retrait du nom du pays rebelle de la couronne extérieure des cachets d'oblitération.


D'une guerre postale rhodésienne aux catalogues des guerres postales
Cet article sur cette période de l'histoire philatélique et postale du Zimbabwe fait écho à un échange de long terme entre membres de la Royal Philatelic Society London sur le thème des guerres postales : quand la poste d'un État refuse d'admettre certaines timbres-poste émis par un autre État.

Dans The London Philatelist daté novembre 2015, Jan Heijs évoque justement cette délicatesse entre la poste britannique et les timbres rhodésiens, ainsi que quelques exemples de timbres ouest-allemands évoquant des villes historiquement allemandes, mais situées en Pologne depuis 1945.

Heijs propose les quelques références qu'il a trouvées dans les textes de l'Union postale universelle et qui servent de justification par les États blessés. Ils proposent deux ouvrages-catalogues de ces conflits philatéliques : qu'il a écrit avec Burhop, Catalogue of postal war 1870-2008 alors dans sa septième édition en allemand et en anglais, et celui sur la période classique de Elsner Wolfgang, The 'Classical' Postal Wars - before 1848 bilingue également.


Aérophilatélie autour des Rhodésies
Pour ceux qui souhaitent mêler histoire postale, poste aérienne et enquête policière, toujours dans ce numéro du London Philatelist, Neil Donen et Keith Harrop s'interrogent sur le nombre véritable d'enveloppes ayant voyagé sur le tout premier vol de la ligne aérienne Londres-Lusaka, alors en Rhodésie du Nord, en 1935.

Quinze annoncent les ventes aux enchères et les catalogues spécialisés... Presque mais à cinq unités près, tantôt en moins, tantôt en plus, a écrit un expert aérophilatélique entre deux lettres distantes de trois décennies... en distinguant celles relevant des archives officielles et celles accessibles au marché public : les fameuses environ quinze.

Huit pages d'enquête et d'une recherche historique établissent une vérité et surtout une leçon aux acheteurs : bien connaître le domaine concerné pour estimer la réelle rareté de la pièce.