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dimanche 6 octobre 2024

L'album du Territoire britannique de l'océan Indien (BIOT) bel et bien clos

 Ce jeudi trois octobre 2024, les Premiers Ministres du Royaume-Uni et de la République de Maurice ont annoncé que leurs pays allaient signer un traité remettant la souveraineté de l'archipel des atolls Chagos composant le Territoire britannique de l'océan Indien (B.I.O.T.) à la République de Maurice.

Créé en 1965, pendant la Guerre froide, afin de conserver cet emplacement stratégique au centre de l'océan Indien au sein duquel les États-Unis d'Amérique négociait la location de Diego Garcia, le Territoire fut contesté dès sa création par une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies puisque cette séparation de l'archipel et d'autres îlots des anciennes colonies des Seychelles et de Maurice contrevenait à un principe sur la décolonisation adopté par la même Assemblée en 1960.

Au terme des années 1960, l'ensemble des plantations privées était fermées et la population chagossienne chassée vers Maurice, les Seychelles, une partie émigrant jusqu'en Grande-Bretagne. Cela lança un mouvement bien faible, mais continu, réclamant le droit au retour.

Si des îles et leurs habitants furent rendus aux Seychelles, le reste anima des gestes symboliques entre le Royaume-Uni et Maurice : création d'un drapeau, gestion des droits de pêche de la Zone économique exclusive d'un côté ; débats fréquents dans plusieurs institutions des Nations unies, déclaration de zone naturelle protégée de l'autre.

Au milieu des années 2000, faisant face à ses propres juridictions suprêmes sur les expulsions des Chagossiens, le gouvernement britannique organisa une visite des lieux aux exilés, notamment pour entretenir les tombes.

Mais, les affaires internationales des années 2010 accéléra l'intérêt de Maurice de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice (gérant les conflits entre États) : délimitation des Zones économiques exclusives avec les Maldives, est-ce que la création d'une zone naturelle protégée britannique n'interdirait-elle pas une pêche traditionnelle en cas de retour, droits internationaux sur la pêche et la protection des ressources halieutiques, arrivée de réfugiés à Diego Garcia, etc.

En 2019, la Cour, puis l'Assemblée générale des Nations unies, reconnurent l'archipel des Chagos comme partie de l'État souverain de Maurice. Entre 2022 et 2024, les négociations ont abouti à l'annonce du trois octobre, avec un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans pour la base militaire états-unienne.

À la signature du traité, ce timbre de 2017 deviendra la carte maritime de Maurice... enfin sauf Tromelin.


Pour les collectionneurs de timbres, l'album du Territoire est définitivement clos, après déjà l'annonce que l'Union postale universelle et ses membres ne reconnaîtraient plus les timbres de ce territoire sur le courrier international en août 2021.

Pour les géopoliticiens, il faut voir laquelle ou lesquelles des grandes puissances mondiales pourraient profiter de l'ouverture de cet espace océanique : 

- les États-Unis avec une base confortée, 

- la République populaire de Chine étendant un supposé « collier de perles » de bases navales ou de ports commerciaux vers le sud et l'Afrique.

- Comment l'Inde, la France (et ses îles Éparses revendiquées par Maurice et Madagascar), et des puissances régionales vont-elles réagir à ce changement ?

Pour les Chagossiens, les articles de presse générale, dont ceux des médias africains, leur exclusion des négociations internationales fait craindre un nouvel épisode colonial sous le joug de Maurice cette fois. La République va-t-elle autoriser un droit au retour, apporter une aide à la réinstallation et au développement humain de l'archipel ? Va-t-elle accepter le retour des Chagossiens des Seychelles et du Royaume-Uni ?

Ou a-t-elle d'autres projets avec la rente de la base états-unienne et sa zone économique exclusive étendue ? Les flottes de pêche industrielle chinoises paient bien les droits et espionnent également...


À suivre sûrement des émissions de timbres, de blocs et d'enveloppes premier jour sur cet événement de la part de la poste de Maurice, comme les épisodes précédents.

mercredi 25 août 2021

Continuation d'anciennes nouvelles océaniques en août 2021

 En cette deuxième moitié d'été 2021, quelques sujets reviennent dans la lumière médiatique et montrent comment ils ont évolué sur plusieurs années.


En Atlantique-Nord.

Le philatéliste Jean-Jacques Tillard a été décoré de la médaille de l'ordre du Mérite, lundi vingt-trois août 2021 pour son rôle dans le rayonnement de la collectivité française de Saint-Pierre-et-Miquelon par le loisirs philatéliques lors des expositions inter-américaines et internationales.

À cette occasion, il a répondu aux questions de la chaîne de radio publique La 1ère, le lendemain, permettant de mettre à jour son palmarès : cent trente médailles désormais (cent en mai 2016) et en quête du titre de Champion des champions avec sa collection des surchargés du territoire au dix-neuvième siècle, lors de l'exposition européenne Notos 2021, en novembre en Grèce.

Par ailleurs, le dix-huit juin, la maison de vente David Feldman a annoncé que Tillard est devenu un de ses représentants internationaux.


Au milieu de l'océan Indien.

Autre océan, archipels aussi difficiles d'accès : les îles Chagos sont de retour dans la diplomatie onusienne. Aujourd'hui, mercredi vingt-cinq août, BBC News Africa rapporte la décision des membres de l'Union postale universelle de n'accepter le courrier en provenance et à destination de cet archipel qu'affranchi de timbres de Maurice.

Un des timbres du onze décembre 2017 par lesquels Maurice rappelait les zones économiques exclusives que cet État revendique autour d'une île française et des îles britanniques Chagos.

Depuis la scission des îles Chagos de la colonie mauritienne en 1965, l'éviction des Chagossiens de Diego Garcia loué aux forces armées des États-Unis et l'indépendance de Maurice en 1968, le statut du territoire britannique d'outre-mer des îles de l'océan Indien (B.I.O.T. en anglais) est contesté régulièrement par Maurice.

Petit à petit, les institutions multilatérales des Nations unies reconnaissent que la scission avant indépendance aggravé par le déplacement forcé des Chagossiens est illégale. : votes de l'Assemblée générale (non contraignant), mais avis de la Cour internationale de justice en 2019, et maintenant l'Union postale universelle.

Les philatélistes seront mitigés : du courrier britannique des Chagos, ça doit être rare... On peut imaginer que les militaires états-uniens utilisent la poste militaire. Et vu le niveau des services postaux (oblitération au stylo-bille, timbre démonétisé non taxé, etc.), combien de postes iront vérifier le courrier international pour trouver ce pays-là et en vérifier les timbres ?... Maurice à coup sûr.

Rappelons qu'il faut surveiller les îles Éparses de l'océan Indien, un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises : Tromelin est revendiqué par Maurice. De plus, Madagascar revendique ces îles selon la même logique que Maurice : selon le principe de la décolonisation, la France n'aurait pas dû séparer ces îles de sa colonie malgache.

Côté puissances européennes, l'époque est à la négociation. Le Royaume-Uni a promis de donner la souveraineté du BIOT à Maurice dès qu'il n'aura plus d'intérêt pour la Défense... à une époque où les puissances mondiales s'installent dans l'océan Indien (États-Unis, Chine et son « collier de perles », ce qui braque l'Inde qui s'entraîne avec la France, etc.). Les derniers présidents français tentent de convaincre Maurice et Madagascar d'une part, les parlementaires soudainement patriotes d'autre part, d'une co-souveraineté permettant protection de l'environnement et exploitation raisonnée des ressources potentielles.

À suivre.


Outre-Manche et Outre-Indien.

Pour ceux qui trouvent qu'il y a trop d'émissions sur des sujets superflus (c'est acceptable... si vous ne les achetez pas donc), le marchand britannique derrière Norvic Philatelics raconte, dans un article du vingt-quatre août, qu'au Royaume-Uni, le tournant ciné-télé-chanteurs états-uniens sur timbres date de 2015 et que l'embauche de Matt Parkes par Royal Mail participe de ce mouvement de toucher un public de fans non philatélistes.

Un article intéressant car il rappelle que Parkes est une personne fort aimable, et qui permet de garder trace de comment évolue un service philatélique et son travail programmatique... Ce que l'entreprise en question tente généralement de ne pas évoquer.

Dans le même ordre d'idée, mais plus en phase avec ce que les collectionneurs souhaitent d'un programme philatélique national, l'American Philatelic Society évoque, le même jour, l'illustrateur srilankais Isuru Pothpitiya et ses réalisations pour les timbres de son pays, dernièrement des émissions sur la flore et les milieux humides de l'île de l'océan Indien.


Au-delà du sérieux : l'humour philatélique d'antan.

Et si tout ceci vous paraît bien trop sérieux, Peter (@stampden sur Twitter ou son blog) a rassemblé des blagues et caricatures d'inspiration philatélique qu'il a retrouvées dans les archives de la presse anglophone au fil de ses recherches en philatélie sociale.

Son dernier exemple tiré d'un journal australien au moment de la grippe dite espagnole, arrivé début 1919 en Océanie, autour de masques et de comment éviter de lécher soi-même les timbres touchés par le postier avec ses doigts...