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lundi 2 janvier 2023

Philatélie et réflexion sur la monarchie dans The Crown

 La série télévisée The Crown, proposée par le service Netflix, se proposait initialement de romancer le règne d'Elizabeth II à raison d'une saison par décennie environ, avec changement des acteurs toutes les deux saisons afin de montrer le temps qui passe.

Cependant, du côté des magazines à sensations, c'est le traitement de la relation entre le prince Charles et Lady Diana qui concentre leur attention depuis la deuxième moitié de la quatrième saison. Cet automne et la cinquième saison a relancé le débat sur réalité ou fiction... et, déjà, des scènes tournées de la sixième traumatisent les réseaux sociaux sans attendre qu'en salle de montage ait lieu une autre partie du travail de création audiovisuelle...

Pour cause de reconstitution historique, l'équipe de décorateurs a recréé de nombreux objets portant les portraits des personnes réelles pour les remplacer celles des acteurs : unes de journaux, apparition télévisuelle,... et courrier avec timbres-poste.

Cet article vise à montrer comment la philatélie est utilisée dans The Crown, ainsi que quelques réflexions personnelles sur le règne achevé d'Elizabeth II et celui débutant de Charles III.

Par commodité, les personnes réelles seront ici nommés avec leur titre tandis que les personnages de la série porteront seulement leur prénom.


Le timbre pour rendre réaliste la fiction.

L'actrice Olivia Colman étudiant le projet d'un nouveau timbre-poste à son effigie (à droite) dans le premier épisode de la troisième saison.

La première apparition de timbres-poste est immanquable : dans la première scène de la troisième saison, Elizabeth étudie deux grands formats de timbres-poste. À gauche, celui au portait de sa jeunesse incarnée par l'actrice Claire Foy ; à droite, celui de la femme aux enfants quasiment adultes... "an old bat", dit-elle sous les traits d'Olivia Colman. Littéralement, « d'une vielle folle ».

La scène permet d'introduire le nouveau casting des troisième et quatrième saison, en faisant le relais avec celui des deux premières.

Un type Machin aux traits d'Olivia Colman, montré dans une émission télévisée britannique (The Graham Norton Show du réveillon du Nouvel An, extrait promotionnel posté le 29 décembre 2022 via YouTube).

Et ses timbres peuvent resservir : de nombreux bureaux sont montrés dans la série. Souvent ceux des secrétaires personnels d'Elizabeth, vieux gardiens des traditions pour protéger la bien jeune souveraine les premières années, puis sas de tri entre elle et le reste du monde ensuite.

C'est ainsi qu'il a bien fallu créer des enveloppes aux bonnes adresses et avec timbres britanniques...

Pour le réveillon du trente-et-un décembre 2022, Olivia Colman a été invité à l'émission de la BBC One, The Graham Norton Show, et elle est venu avec un cadeau secret : une de ces enveloppes et l'anecdote de comment elle a pu la conserver. Une accessoiriste la lui a remise avec pour consigne de ne rien en dire à personne.


Le loisir des rois, le roi des couards ?

Il faut attendre la cinquième saison diffusée à partir de novembre 2022 pour que les timbres-poste reviennent, d'abord en invité étrange...

George au perroquet commentant les couleurs des timbres de son courrier en 1917 au début du sixième épisode de la cinquième saison.

En introduction du sixième épisode, l'intrigue démarre dans le Londres de la Grande Guerre. George V et son épouse déjeunent, le premier observant les timbres sur son courrier, commentant la nuance inattendue d'un d'entre eux, perroquet sur l'épaule.

Ça casse l'image du patron de « la Firme », du nom que le Roi George V a donné à la Famille royale...

Arrive rapidement une dépêche du Premier Ministre que George montre immédiatement à son épouse Mary. Flashforward à décembre 1991 et la dislocation de l'Union soviétique suivie à la télévision par Elizabeth. L'épisode va se consacrer à montrer comment elle va participer à faire que Boris Eltsine accepte l'effort de retrouver, identifier et enterrer dignement Nicolas II et sa famille tuée dans Maison Ipatiev.

Un épisode qui semble accuser la Famille royale de George le couard à Elizabeth l'ignorante, en passant par Mary sans cœur... et qui se conclut par une pique finale.

Les archives gouvernementales ont confirmé le souci de survie des Windsor en 1917 et qu'à ce moment-là, aider la famille impériale russe aurait été un moment difficile face à une opinion publique ayant subi quatre années de guerre...


Les timbres, thermomètre de l'avenir de la monarchie ?

Mais, les timbres jouent un rôle plus essentiel dans les dernières scènes du dernier épisode de la cinquième saison, en participant à l'avancée de principaux des fils rouges d'une série, particulièrement celles des couples.

Au terme de cette saison, j'ai vraiment l'impression que cette série est moins l'histoire du règne de la Reine Elizabeth II que celles des couples qui l'ont vécu. Et en premier lieu, celui entre Elizabeth et Philip.

Même si, comme avec l'épisode Ipatiev House, la survie de la monarchie britannique est un fil rouge récurrent.

Charles échappe à un rappel de ses problèmes de couple en montrant qu'il se préoccupe de l'avenir de la monarchie, dans le dernier épisode de la cinquième saison.

C'est ainsi que je lis la scène entre Elizabeth en colère et Charles entre deux femmes.

Le premier juillet 1997, Charles Prince de Galles est envoyé à bord du yacht royal Britannia pour la cérémonie de rétrocession de Hong Kong à la République populaire de Chine, sous un déluge de pluie.

Hélas pour sa mère Elizabeth, dans la série en tout cas, il profite de la croisière retour avec des amis, notamment sa maîtresse Camilla, enfonçant encore le désarroi d'Elizabeth qui ne cesse d'espérer pour le couple princier.

Charles est ainsi convoqué pour une raison liée à la partie suivante, mais il échappe au courroux maternel par une répartie sur l'avenir de la monarchie (voir images ci-dessus). Il a pu voir à Hong Kong comment en quelques jours la monarchie britannique, les nom et monogramme de sa mère avaient disparu des institutions, des boîtes aux lettres,... son portrait des timbres-poste !

Deux instants du début du règne du Roi Charles III montrent peut-être cette différence d'avec sa mère, tellement neutre et peut-être trop âgée alors pour participer au débat politique. 

Si The Crown était allé jusqu'en 2022, la série aurait-elle montré comment le nouveau roi a reçu l'éphémère Premier Ministre Liz Truss, gênée par le protocole, s'entendant dire : "Back again? Dear, oh dear"... Humour maladroit ou opinion personnelle sur le programme économique à venir ?

Et, son premier discours de Noël - un monument annuel pour la télévision familiale britannique et le seul discours royal qui ne reçoit pas l'aval du gouvernement : entre réflexion chrétienne et appel à la solidarité, des remerciements à tous les agents publics britanniques (maltraités par des décennies de gouvernements inspirés de Thatcher et Blair...) et des images d'actions caritatives dans le monde entier (en reflet de Brexit, Calais, envoyer des réfugiés demandant l'asile au Rwanda ?).


La personne Elizabeth.

Au côté du poids de la Couronne qui donne son titre à la série, le fil rouge principal reste la relation entre Elizabeth et son mari Philip au fil des saisons et des aléas familiaux ou politiques.

Cette cinquième saison frappe le couple durement - pas de divulgâchage - dès le premier épisode où il faudrait une action politique pour la seule fois où Elizabeth demande au gouvernement quelque chose pour elle-même... et qui explique son mécontentement envers Charles dans le dernier épisode.

Si le curieux et ingénieux Philip trouve dans une nouvelle activité un dérivatif à l'inéluctable, Elizabeth dans sa zone de confort a du mal...

Elizabeth, incarnée par l'actrice Imelda Staunton, se console en observant son passé à travers les timbres-poste de son règne dans une des dernières scènes de la cinquième saison.

Mais, il faut bien faire le deuil du passé. À ce moment de la série, elle n'est plus la jeune reine de toutes les promesses de l'après-Seconde Guerre mondiale ; elle est, aux yeux des tabloids, la belle-mère de Diana... et la mère d'un prince héritier impatient.

Avant-dernière scène de ce dernier épisode, Elizabeth se réfugie dans les albums de la Collection philatélique royale et retrouve ce passé à la fois royal et matrimonial à travers les timbres émis par les territoires britanniques, les pays nouvellement indépendants, à l'occasion des visites...

Puis, dans une dernière scène émouvante, elle va tirer un trait sur l'incarnation de ce passé.

Trop tard pour se rendre compte qu'elle aurait pu être une autre reine, en famille comme face aux gouvernements ?

mercredi 28 décembre 2022

De QE2 à KC3 : passage de relais philatélique

 Après quelques jours de deuil respectueux, médias et collectionneurs se sont interrogés sur l'arrivée du Roi Charles III sur les timbres-poste du Royaume-Uni, les territoires britanniques d'outre-mer et des royaumes du Commonwealth.


Quelle sera la dernière émission britannique au caméo élisabéthain ?

Du côté de Royal Mail au Royaume-Uni, la réponse fut rapide : le roi ne souhaitait aucun gaspillage. L'effigie de la Reine Elizabeth II, morte le huit septembre dernier, apparaîtra sur les timbres déjà imprimés.

Cela soulève un souci : quelle sera la dernière émission spéciale à porter son caméo ?

Memento mori façon 2023 ?

Craint par beaucoup vu l'aspect commercial du programme philatélique britannique, les couvertures d'album du groupe de rock Iron Maiden... porteront le profil d'Elizabeth II, le douze janvier 2023.

Sur le timbre choisi ci-dessus au soldat britannique squelettique, il y aurait beaucoup à écrire sur cette couverture d'album : l'histoire militaire, coloniale britannique, ce lourd héritage face au monde, ces rappels utiles en temps de Brexit...

Mais, l'objet d'un timbre avec l'effigie d'une souveraine disparue ? Un rappel que nous sommes tous mortels, y compris les empires ?


Au Royaume-Uni, Charles attendra.

Ainsi, s'il faut vider les stocks de timbres au type Machin, il faudra attendre pour voir apparaître son successeur, en dehors d'une émission du couronnement.

Cela pourrait cependant aller vite puisque la Royal Mail est en pleine opération d'échanger des anciens timbres d'usage courant avec de nouveaux Machin à code data matrix.

Le monogramme du Roi Charles III avec la couronne Tudor (communiqué de presse du palais de Buckingham, repris par The Guardian, vingt-sept septembre 2022).

Le grand remplacement des symboles est donc modestement lancé le vingt-six septembre 2022 au terme de la période de deuil lorsque le monogramme royal est publié : C III R - Carolus III Rex en latin. En deux modèles selon la couronne portée afin de respecter l'identité écossaise.

Le monogramme est le choix du roi parmi dix projets proposés par Tim Noad du College of Arms de Londres, l'autorité héraldique du Royaume-Uni.

L'une des premières enveloppes timbrées au nouveau monogramme, le vingt-sept septembre 2022 (capture d'une vidéo diffusée par les médias britanniques, ici le Daily Mail).

Ainsi put apparaître la seule exception précipitée britannique. EIIR disparut des timbres humides produits par la machine à affranchir du palais de Buckingham, qui sert à l'ensemble du courrier de la Cour et des membres de la famille royale qui bénéficient de la franchise postale.

C'est ainsi que ceux qui ont pu écrire leurs condoléances à divers membres de la famille royale ont pu recevoir le nouveau monogramme sur courrier contenant des cartes de remerciement.


Les territoires à la course aux imprimeurs.

Par contre, ou que l'impression ne fut pas lancée, ou qu'ils voulurent être parmi les premiers à..., plusieurs territoires britanniques semblent s'être précipités à arborer le monogramme royal.

Le mensuel Stamp Magazine daté janvier 2023 (en kiosque début décembre 2022) a sorti la photo-finish pour départager deux services philatéliques bien pressés.

Deux exemples des quatorze timbres de Noël de Guernesey et Aurigny, émis le seize novembre 2022.

Ainsi, le service de Guernesey et Aurigny a annoncé son émission de Noël avec monogramme carolin dès mi-octobre avec pré-commande ouverte le deux novembre et émission le seize novembre. Le thème est le pantonime, une forme populaire de théâtre apprécié lors des fêtes de fin d'année dans les pays anglo-saxons : La Belle aux bois dormants pour les sept timbres de Guernesey, Robin des bois pour ceux d'Aurigny.

Las !  À Gibraltar, on annonçait peu, mais on imprimait vite.

Le feuillet des septième au douzième jour de Noël, émis par Gibraltar le deux novembre 2022.

Dès le deux novembre 2022, douze timbres sont émis pour illustrer le chant traditionnel Les Douze Jours de Noël, du nom de la période entre Noël et l'Épiphanie.

Je trouve dommage cet empressement : la foi d'Elizabeth paraissait sincère et une dernière émission à son monogramme célébrant Noël aurait été un bel hommage avant de fermer le dernier album de son règne.


En suivant le blog Commonwealth Stamps Opinion, décembre et janvier voit plus tranquillement les premières émissions du règne graphique de Charles III : 

Un des quatre timbres de l'émission du centenaire de l'administration civile d'Ascension, émis le dix-neuf décembre 2022 (via Commonwealth Stamps Opinion).

- le dix-neuf décembre pour Ascension, cela marque le centenaire de l'administration civile de l'île atlantique sous l'autorité de la Eastern Telegraph Company et comme dépendance de Sainte-Hélène ;

Un des timbres montrant le RRS Sir David Attenborough, émis le vingt-et-un décembre 2022 (boutique web de Falkland Stamps). 

- le vingt-et-un décembre pour le Territoire britannique antarctique, avec quatre timbres pour le voyage inaugural du RRS Sir David Attenborough, un navire de recherche qui est arrivé en Antarctique fin 2021 et affronta ses premières glaces à l'été austral 2022, non sans difficulté d'après l'article de la Wikipedia anglophone.

Les premiers timbres de l'île de Man au monogramme de Charles III (service philatélique mannois).

Enfin, pour cet article de blog, le cinq janvier 2023, l'île de Man émettra quatre timbres sur le Triskelion au nouveau monogramme, quatre illustrations déjà vues sur timbres de distributeur en 2017.


La représentation des Îles Vierges britanniques à Londres, sur un timbre à venir.

Preuve, néanmoins, de la difficulté de réadapter une émission philatélique, Pobjoy Mint annonce que leur client, les Îles Vierges britanniques, vont émettre un timbre pour les vingt ans de leur bureau londonien à une date indéterminée... [Finalement annoncé pour le dix janvier 2023]

Autre date de décembre indéterminée pour les anniversaires de visites royales à Sainte-Hélène en six timbres et un feuillet de trois.


Une nouvelle thématique ?

Dernière curiosité philatélique de cette transition monarchique : le six février 2023, jour anniversaire de son avènement, Guernesey émettra quatre timbres en hommage à la reine défunte, à travers quatre visites qu'elle réalisa sur ce domaine de la Couronne.

Visite royale de 1978 de la reine à Guernesey avec monogramme de Charles III, à émettre le six février 2023.

Seront-ils les premiers timbres-poste représentant Elisabeth II au monogramme du nouveau roi ?



Complément du mardi vingt-huit février 2023 :

L'émission du centenaire de la locomotive Flying Scotman comprend huit timbres et un feuillet de quatre. Ce sont les derniers timbres britanniques à porter le caméo de feue la Reine Elisabeth II d'après les articles de presse du jour (exemple : la BBC).

mercredi 30 novembre 2016

Des origines du scoutisme aux îles éparses de l'Atlantique

Deux expositions temporaires au siège de la Royal Philatelic Society London pour explorer un thème et une région.

Le jeudi vingt-sept octobre, Hallvard Slettebö a proposé six expositions en une sur le scoutisme, thématique qu'il développe abondamment sur son site web.

Sa collection grand or sur le succès du scoutisme depuis le siège de Mafeking au cours duquel les éclaireurs de Robert Baden-Powell s'illustrèrent comme facteurs, jusqu'à la diffusion du mouvement dans le monde avant la Seconde Guerre mondiale. Elle se conclut sur une carte postale oblitéré - grâce à une pomme de terre gravée - le premier jour du service postal organisé par les scouts polonais, cinq jours après le début de l'insurrection de Varsovie, en août 1944.

La deuxième partie poursuit sur ce rôle postal des scouts dans les camps de personnes déplacées au sortir de la Seconde Guerre mondiale en Europe, avant d'explorer l'histoire postale du scoutisme au Royaume-Uni, en Norvège et dans les autres pays d'Europe et du monde jusqu'en 1957, centenaire de la naissance de Baden-Powell et le cinquantenaire de la fondation du scoutisme.

Qu'il est agréable de lire une collection thématique sans « papier-peint » d'agence.

Le jeudi dix novembre, ce sont les spécialistes des îles britanniques de l'Atlantique au sein du West Africa Study Circle qui ont proposé de découvrir la philatélie et l'histoire postale de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha.

Courrier précurseur (1677 pour Sainte-Hélène), études classiques des timbres, histoire postale. Qu'est-ce qui m'a marqué ?

Après la découverte de ceux des guerres anglo-françaises de 1744 à 1815 avec Jacques Renollaud, l'étude du courrier des prisonniers de guerre fait halte à Sainte-Hélène - île-prison - pendant la deuxième guerre Anglo-Boer (1899-1902). Barry Burns et Kevin Darcy précisent que des camps de prisonniers boers furent également ouverts à Bermudes, Ceylan et en Inde, en plus de ceux en Afrique du Sud.

Les collectionneurs des colonies et protectorats français iront voir dans le pot-pourri où Burns présente des fiches cartonnées sur lesquels sont collés des timbres de Sainte-Hélène surchargés par les postes de Madagascar, de Mauritanie et de Tunisie, des spécimens envoyés conformément aux règlements de l'Union postale universelle. Une pratique que Burns et Bernard Mabbett ont pu confirmer jusqu'aux années 2000 lorsqu'ils ont catalogué et rangé les archives de la poste de Saint-Hélène en 2013 : deux cartons contenant des émissions neuves de nombreux pays du monde des années 1990 et 2000 ont été retrouvées.

Graham Mytton présente des enveloppes fort intéressantes : envoyées depuis Ascension de 1991 à nos jours, elles l'ont toutes été pour des motifs nécessaires. Courrier des auditeurs insulaires au BBC World Service, puis courrier entre le siège social et les employés sur place de l'entreprise entretenant les équipements de la BBC sur Ascension.

Le fascicule-résumé se conclut par une bibliographie. Celui-ci avec celui de Hallvard Slettebö sont consultables au format pdf sur le site de la RPSL par ici.

dimanche 7 décembre 2014

Des territoires impénétrables ou presque sur France Culture

Quand il n'y a pas assez de temps pour philatélier autrement qu'en lisant les abonnements mensuels britanniques, on se cultive les oreilles pendant les divers trajets qui parsèment la vie de homo urbanicus : en allant travailler, faire les courses, etc.
Image-totem de l'émission CulturesMonde (site de France Culture).

Magie de la modernité : nul besoin d'être disponible pour écouter une émission de radio lors de sa première diffusion. Podcast propriétaire ou capture à travers de multiples logiciels externes ou internes au navigateur internet.

Ainsi, cette semaine de trajets professionnels nocturnes (vivement que le solstice soit dépassé), écoute des quatre émissions sur les « territoire impénétrable » de CulturesMonde, diffusé à onze heures du dix au treize novembre 2014 par France Culture.

Et les philatélistes apprécieront certains thèmes et témoins.

Le lundi : les « royaumes ermites » avec les exemples des dictatures fermées de Corée du Nord et de l'Érythrée. Et dont pourtant, au moins pour la première, les timbres-poste se diffusent en masse.

Mardi : « Quand les frontières s'entrouvent » en Birmanie et en Iran, l'une en cours de démocratisation, l'autre une démocratie qui dépayse l'occidental sécularisé. Du courrier en perspective ou les nouvelles technologies sont-elles déjà trop présentes ?

Mercredi : « Terres saintes, entrée interdite » avec la gestion des flux humains à La Mecque et Jérusalem, mais aussi le territoire religieux, machiste et émetteurs de timbre-poste qu'est le mont Athos en (dehors de la) Grèce.

Enfin jeudi, deux témoins de territoires très difficiles d'accès, autant par les moyens et distances que par les autorisations nécessaires : l'océanographe Paul Tréguer évoque la conquête de l'Antarctique depuis la course au pôle Sud jusqu'à l'invasion des touristes... Mise en perspective des articles du reporter Pierre Jullien sur sa croisière des Terres australes françaises en seize épisodes répartis entre novembre et décembre 2014... et du débat d'il y a un an sur le tourisme antarctique quand un navire russe en perdition avait retardé plusieurs missions scientifiques.

Doublement mise en perspective par le témoignage de Clarence Boulay qui a passé une année entière à Tristan da Cunha, territoire d'un outre-mer très isolé du Royaume-Uni. Aventure scientifique et sociale, où la vente de timbres-poste n'a pas encore détroné la pêche et est concurrencée par les escales de paquebots pendant l'été austral.

L'émission se termine à la base Concordia où la glaciologue Albane Barbero a passé l'année 2013 et dont elle a nourri un blog.

mercredi 31 juillet 2013

Élection, reconnaissance, récompense... ou pas

Suite des bilans pré-estivaux au Royaume philatélique-Uni à l'aide des pages d'actualités du numéro daté août 2013 de Gibbons Stamp Monthly [tiens, les magazines philatéliques britanniques paraissent deux fois l'été...]


Élection philatélique.

Le 20 juin 2013, l'Assemblée générale de la Royal Philatelic Society London a poursuivi la politique contemporaine du partage de l'énergie et des tâches. Au terme d'un mandat de deux années, Brian Totter a laissé la mission présidentielle à Chris King.

Mister King qui s'active déjà à la tête du British Philatelic Trust, véritable fondation de promotion de la philatélie en tant que recherche et enseignement, tout en étant l'actuel gardien du Roll of Distinguished Philatelists sur lequel les philatélistes les plus méritants sont invités à apposer leur signature lors du Congrès philatélique de Grande-Bretagne.

Heureusement, pour l'aider dans sa tâche, outre un efficace - français et francophone - secrétariat, la Société compte d'autres grands animateurs pour gérer la bibliothèque, les pièces du musée, les archives d'imprimeurs, le tout rendu accessible au plus grand nombre au siège londonien et à distance sous forme imprimée ou en dvd par les spécialistes des techniques de l'informatique.

Dernière action permise par la Société royale signalée, le tri et le sauvetage des archives postales de Saint Helena, l'île principale du territoire britannique d'outre-mer regroupant également Ascension et Tristan Da Cunha, dans le centre de l'océan Atlantique. Après avoir découvert, en 2009, la forme de leur conservation dans la cave du bureau de Jamestown (714 habitants, un habitant sur six de l'île), Barry Burns et Bernard Mabbett ont pu retourner dans l'île ce printemps 2013 et établir durablement les archives, à l'aide d'une bourse du Julian Chapman Memorial, accordée par la Société.

Le travail de Burns et Mabbett est relayé par l'association des Amis de Saint Helena et un média mondialement local The Sentinel (page 8 de son édition du 28 mars 2013).


Reconnaissance francophile.

Lors du prochain Stampex du 18 au 21 septembre 2013, à Islington (Londres), organisé par la société des marchands philatéliques britanniques, The Philatelic Traders Society, les collections exposées seront proposées par The French and Colonies Philatelic Society.

Créée en 1949, les quatre cents actuels membres se concentrent sur l'histoire philatélique et postale de la France et de ses colonies. Ils proposeront aux visiteurs du Business Design Center, situé après une petite promenade près de la gare de Saint Pancras, terminus de l'Eurostar, une large panoplie d'études d'usage courant napoléonien, Semeuse et autres Mariannes, visitant l'ensemble des possessions françaises dans l'espace et le temps : des provinces illyriennes au courrier maritime de La Réunion, des militaires tchécoslovaques en France aux bureaux parisiens. Et une conférence le samedi à 15 heures locales.

Une occasion de faire connaître des publications fort utiles, dernièrement sur trois thèmes : l'ensemble des tarifs postaux français, la Semeuse et les tarifs coloniaux aériens sur lettres.


Récompense... ou pas.

Le reine Elizabeth II n'est pas en reste ou, en tout cas, le gouvernement dont elle suit traditionnellement les conseils.

Ainsi, Michael Sefi, ci-devant gardien de la Collection philatélique royale depuis 2003, a été promu lieutenant dans le Victorian Royal Order. Il rejoint à ce grade son assistant Surésh Dhargalkar qui l'avait reçu, en 1992, pour les services architecturaux et d'aménagements intérieurs qu'il a rendu aux résidences royales. Notamment, en 1975, il redessine la salle de travail de la Collection lorsqu'elle se trouvait encore au palais de Buckingham.

Loin de ce faste se retrouve l'Indien Badar Azim, arrivé au Royaume-Uni pour un visa d'études de trois ans et qui a justement travaillé au palais cette dernière année. N'ayant pu obtenir une prolongation, il est rentré à Calcutta où sa famille vit bien moins spacieusement.

Depuis le 22 juillet 2013, il est pourtant médiatiquement plus célèbre que Sefi, pour avoir aidé la secrétaire de la Reine à installer le traditionnel chevalet présentant l'annonce officielle de la naissance d'un héritier royal, le prince George de Cambridge.

Le gouvernement a cependant dû juger que, désormais formé, il sera une chance pour l'Inde, et que ses actions ont moins d'ampleur à long terme que Michael Sefi qui permet de retrouver toute l'histoire philatélique du Royaume-Uni et du Commonwealth, au palais St Jame's.