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jeudi 1 mai 2025

80 ans de la Victoire par la bravoure britannique

 Ce jeudi premier mai 2025[1], Royal Mail, l'opérateur postal et philatélique historique mais privatisé britannique, émet une série de timbres-poste pour les quatre-vingts ans de la Victoire contre l'Allemagne nazie, signée à Berlin le huit mai 1945.

Les dix timbres principaux de l'émission (boutique web de Royal Mail).

Cette année, le thème est "Valour and Victory" : Bravoure voire Vaillance et Victoire.

Sont honorés onze Britanniques et sujets de l'Empire colonial britannique ayant participé par une diversité d'activités, pour certaines et certains au-delà du militaire offensif ou défensif, à la résilience britannique isolée après l'armistice entre la France du Président du Conseil Pétain avec l'Allemagne hitlérienne, et l'isolationnisme traditionnel des États-Unis sur ce qui pouvait se passer en Europe - voire l'admiration de certains racistes pour le fascisme et le nazisme.

Les dix timbres principaux sont vendus soit en deux rangées de cinq, soit par feuille de vingt-cinq ou cinquante (cinq ou dix fois la bande concernée), mais les marges de ces feuilles ne sont pas illustrées comme la française Philaposte a pris l'habitude ces dernières années.

Sont présentés en portrait photographique avec en arrière-plan le cadre de leurs activités :

- George Arthur Roberts (1891-1970), natif de Trinitad, volontaire et vétéran de la Première Guerre mondiale, pompier londonien pendant le Blitz.

- Mary Morris (1921-1997), native d'Irlande, infirmière militaire, elle soigna notamment les soldats de l'évacuation de Dunkerque, puis d'un des hôpitaux mobiles du débarquement en Normandie. Elle suit les troupes en Belgique et jusqu'à l'invasion de l'Allemagne.

- Tommy Macpherson (1920-2014), natif d'Écosse, capturé en Libye pendant une reconnaissance pour l'opération Flipper en 1941, il ne cesse les tentatives d'évasion en Italie, en Autriche et même d'un stalag en Pologne d'où il rejoint la Suède puis l'Écosse en 1943. En juin 1944, il est parachuté à Aurillac au sein d'un commando avec deux autres hommes pour guérilla et sabotage en soutien à la Résistance française et au débarquement en Normandie. Avec succès, puisque son autorité convint même les officiers généraux allemands du sud de la France de se rendre à lui à la fin de l'été 1944. Ses dernières opérations ont lieu en Italie du Nord.

Le timbre Violette Szabó avec en arrière-plan sa fausse carte d'identité française, timbre fiscal inclus (boutique web de Royal Mail).

- Violette Szabó (1921-1945), Anglaise née en France, elle travaille comme vendeur textile d'un grand magasin de Brixton, mais est une experte du tir de chasse grâce à son père. En 1940, elle épouse Étienne Szabó, soldat de la Légion étrangère française d'origine hongroise. Volontaire pour la défense intérieure, elle passe d'opératrice téléphonique à artilleuse côtière, avant d'être recruté par le SOE (la Direction des opérations spéciales britannique).

Sa seconde mission en France débute dans les jours suivants le débarquement en Normandie, parachutée à Sussac, près de Limoges, afin d'entraîner et coordonner les maquis locaux. Son officier découvre des résistants peu préparés et envoie Violette Szabó vers la Corrèze et la Dordogne, où les maquis sont plus solides.

Mais, elle est capturée après une fusillade contre des SS de la Division Das Reich, qui avait commencé sa remontée vers le front normand. Interrogé par la Sicherheitsdienst à Limoges, puis la prison parisienne de Fresnes, elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück, en août 1944, puis au camp de Torgau où elle et d'autres agentes perturbent le travail de l'usine d'armement. À Ravensbrück, le commandant du camp la condamne à mort et elle est exécutée le 5 février 1945.

Le timbre la représentant, jeune et vive, a en arrière-plan une de ses fausses cartes d'identité françaises, comprenant un timbre fiscal et des tampons administratifs.

La Collector's Sheet pré-personnalisée : à chaque héros un objet ou une scène de son action. Pour Violette Szabó, une radio (boutique web de Royal Mail). 

- John Harrison, marin sur le HMS Belfast.

- Bhanbhagta Gurung (1921-2008), sujet népalais de l'Empire des Indes. Il sert dans les Gurkahs dans la campagne de Birmanie contre l'armée impériale japonaise.

Il reçoit la prestigieuse Victoria Cross des mains du Roi George VI au palais de Buckingham, pour la prise d'une colline birmane en mars 1945, protégée par un sniper qu'il abat debout, quatre trous dans lesquels il jette des grenades en courant de l'un à l'autre, tuant leurs occupants, et un bunker dont il tue les soldats au couteau ou avec une pierre. Dans la foulée, il commande deux soldats pour tenir la position face à une contre-offensive ennemie.

Gurung quitte l'armée en janvier 1946 pour s'occuper de sa mère et de sa jeune famille, dont ses trois fils et un petits-fils furent des militaires de carrière.

- Thomas Peirson Frank (1881--1951), ingénieur civil, il est l'Ingénieur-en-chef du Conseil du comté de Londres (la collectivité locale londonienne d'alors) depuis 1931 quand les bombardements du Blitz touche la ville. Sa rapidité d'organisation permet d'assurer les réparations ou déblaiements pour la continuité de la vie économique de la capitale, notamment la remise en état des digues de la Tamise et éviter l'inondation des quartiers bas avec leurs installations industrielles, militaires, navales et portuaires.

- Mahinder Singh Pujji (1918-2010), Sikh natif de Simla, la capitale d'été de l'Empire britannique des Indes que sert son père au département de la Santé et de l'Éducation. Pilote d'avion depuis 1936, il se porte volontaire en 1940 auprès de l'Armée indienne de l'air pour servir la Royal Air Force en Europe.

Qualifié en juin 1941, il escorte des bombardiers au-dessus de la France, mène des patrouilles par temps brumeux, etc. principalement à bord de Hurricanes. En septembre, il rejoint le théâtre de la Méditerranée et du Proche-Orient.

En 1942 et 1943, il rejoint la Royal Indian Air Force  où il atteint le grade tactique de commandant d’escadron. En 1944, il participe à la campagne de Birmanie, notamment dans le repérage de trois cents soldats états-uniens perdus dans la jungle, proche des lignes ennemies. En 1945, il est envoyé à l'École de commandement (Command and Staff College) de Quetta.

Bien que mis en retraite en 1946 à cause des conséquences d'une tuberculose, il ne perd pas son sens de l'aventure avec la moto et le planeur. Il fut le pilote de baptême de vol en planneur de Nehru, Edwina Mountbatten, du président Eisenhower. Il émigre plus tard en Angleterre comme contrôleur aérien.

- William Tutte (1917-2002), mathématicien canadien, il est connu pour son rôle de cryptanalyste, « casseur de codes », de la machine allemande Lorenz, utilisé par l'état-major de la Wehrmacht allemande, au sein des équipes de Bletchley Park.

Il est reconnu pour ses apports en théorie des graphes (même si sa terminologie est refusée par ses pairs) et des matroïdes. [2]

- Lilian Bader née Bailey (1918-2015), née à Liverpool d'un père marin originaire de la Barbade et d'une mère liverpuldienne d'origine irlandaise, elle dut vivre dans un couvent jusqu'à 20 ans après la mort de son père et la discrimination envers une métis pour trouver un emploi.

Malgré son volontariat, les Institutes des forces armées (visant à organiser les loisirs des soldats et vétérans après la Grande Guerre) la renvoie car son père n'est pas né au Royaume-Uni (À quoi cela sert-il d'avoir un Empire ?). Par contre, en 1941, la Royal Air Force est moins regardante pour ses auxiliaires féminines ; elle est formée à la réparation des instruments d'avion. Elle sert jusqu'à sa grossesse en février 1944, mariée à un artilleur, Ramsay Bader en 1943.

Dans les années 1960, en suivant des cours du soir, elle passe les diplômes du secondaire et universitaire pour devenir enseignante.

Le feuillet de quatre timbres différents sur le soutien au moral des troupes par la chanteuse Vera Lynn, ici dans son tirage spécial Europhilex 2025 (boutique web de Royal Mail).

Ces parcours héroïques, communs à des milliers et des milliers de soldats et civils de la Seconde Guerre mondiale et des conflits liés (Japon en Chine, Allemagne et ses annexions, etc.) permettent de montrer la globalité de la guerre quelque soit l'origine sociale, culturelle, nationale des individus.

Cependant, les médias et les partis conservateurs et d'extrême-droite étant ce qu'ils sont, il faut un sujet grand public immédiatement connue pour attirer vers les timbres-poste les journaux et les émissions matinales.

Un bloc-feuillet de quatre timbres de photographies d'époque honore la chanteuse Vera Lynn (1917-2020), surnommée "Forces' Sweetheart", le cœur tendre des Forces (armées), pour ses chansons, ses concerts en Égypte, en Inde et en Birmanie, dans le cadre de l'Entertainments National Service Association des Forces armées britanniques.

Elle resta ouverte au soutien des vétérans, parmi d'autres causes caritatives, y compris par un de ses derniers singles : la reprise de la chanson "My Son, My Son", qu'elle avait chantée en 1954, cette fois pour marquer la fin de la guerre des Falklands.


La commande minimale du collectionneur peut être lourde au porte-monnaie, même s'il n'y a que des timbres du service intérieur première classe (1,70 GBP depuis le sept avril dernier).

Cela fait partie de la promesse de Royal Mail par un communiqué de fin février 2025 que les émissions spéciales ne comprendraient plus que des timbres de première et seconde classes intérieures, et plus de tarifs pour l'étranger, ni de valeur ronde (une ou deux livres sterling).

1,70 x 14... Même si cela permet d'honorer des parcours dans lesquels d'identifier en ces temps géopolitiquement difficiles.


Notes :

1 : Au Royaume-Uni, les jours fériés « laïcs » sont placés le lundi le plus proche par rapport à d'autres pays européens afin de créer, pour ce jour des travailleurs, un Early May bank holiday : un week-end de trois jours sans banque du samedi trois au lundi cinq mai.

2 : Pour les thématistes qui cherchaient des sujets intellectuellement stimulants.

Compléments du lundi cinq mai - férié au Royaume-Uni :

Visiblement qui sert aujourd'hui essentiellement aux célébrations avec le public de la Victoire et des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. À Londres de midi à quatorze heures, la cérémonie d'ouverture (discours de Churchill et permission des cadets de l'armée demandée un vétéran à démarrer un défilé) a été suivie par la marche de militaires britanniques, ukrainiens et d'alliés sous pavillon de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.

Ensuite, la tribune royale s'est vidée pour laisser le Mall au public, le salut du Roi Charles III et sa famille au défilé aérien, avant une réception de vétérans au palais de Buckingham. 

Compléments du jeudi huit mai 2025 :

Ce jour de fête et souvenir en Europe, Gary Younge propose un billet d'opinion dans The Guardian sur la capacité de la société britannique - et par ses exemples, les sociétés dont les États ont conquis et exploité des empires coloniaux - a « honoré tous ceux qui se sont battus » ?

Partant des manifestations indépendantistes en Algérie française ayant fini en massacre par les forces de l'ordre, il rappelle que des colonies britanniques d'Afrique ont connu de tels mouvements pour obtenir après tout seulement ce que les Métropoles prétendraient s'être battues pour elles-mêmes : libertés, démocraties, respect de l'autre, etc. Quitte en Indochine et en Indonésie à profiter du vide de pouvoir en septembre 1945 à la capitulation du Japon.

Pour la société britannique, il s'agit des combattants et civils volontaires de l'Empire des Indes et des  futures Malaisie et Singapour, des colonies africaines, et celles des Caraïbes. Le choix de Lilian Bader pour un des timbres montre pourquoi : le racisme de la bonne société anglaise et de ses élites accueillait volontiers l'effort de guerre au risque de leur vie  des colonisés, pourvu qu'ils retournent dans leurs pays... sauf que Lilian était née en Angleterre d'une mère britannique.

Et la question se pose encore outre-Manche : la Windrush Generation, profitant de nouveaux droits en 1948 et venue en Métropole travailler, a subi la discrimination anti-migrants à partir de 2012. Les fonctionnaires du Home Office - aidés par l'absence de carte nationale d'identité obligatoire et de la difficulté de ses retraités et leurs enfants de prouver par paperasse la légalité de leur arrivée - ne distinguant pas les migrants récents, des immigrants caribéens longuement installés de droit et devenus Britanniques.

Gary Younge, "On VE Day, remember the war – but can we resolve to honour all who fought in it?", 'The Guardian', 8 mai 2025.

mardi 15 novembre 2016

La démonétisation surprise indienne continue...

Parce que j'ai atteint depuis très longtemps la satiété avec les élections présidentielles états-uniennes, pour ne pas parler des primaires des différents partis français, je continue à l'intéresser aux conséquences immédiates de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies, déclenchée par surprise par le Premier Ministre Modi, mercredi dernier à minuit.

Le but est la lutte contre la corruption, l'argent criminel et les faux qui seraient diffusés par les ennemis de l'Inde. Depuis bientôt une semaine, les files d'attente devant les banques sont le lot quotidien ; et, parmi les secteurs économiques touchées, les paysans s'inquiètent fortement dans un pays peu bancaire où les transactions en espèces constituent 90% des transactions.

Une seule source faute de temps : le suivi en direct par The Times of India, de Delhi.

Mardi quinze novembre :
Les jours se suivent et se ressemblent : le gouvernement indien dicte/conseille aux banques ce qu'elles doivent faire pour gérer les échanges de billets. Aujourd'hui : embaucher leurs employés retraités ! Voire marquer le doigt des clients à l'encre électorale.

Ou embaucher les bijoutiers par exemple : depuis la descente du fisc, les bijouteries de Delhi restent fermées pour le cinquième jour consécutif.

Quant à encrer les doigts... ce fut la phrase du secrétaire du Ministère des Finances dont s'est saisie aujourd'hui l'opposition, après avoir épuisé celle du Premier Ministre (en gros : pendant la démonétisation, les pauvres dorment du sommeil du juste, pendant que les riches achètent des somnifères).

Le secrétaire du Ministère des Finances affirme que les stocks de nouveaux billets sont suffisants et que les files sont dues aux mêmes personnes qui reviennent plusieurs fois, probablement pour blanchir ainsi de l'argent frauduleux petit à petit. Rassurant a-t-il été sur le rappel que les stocks de sel sont suffisants, nulle inflation ne serait justifiée. Et, dans les lieux devant accepter les anciens billets, il enquêtera sur toute pharmacie ou hôpital publics qui refuseraient ces paiements.

À l'Assemblée nationale, session spéciale : des partis de l'opposition veulent rencontrer demain le Président de la République Pranab Mukherjee, voire faire appel à la Cour suprême sur la manière de procéder. Celle-ci a demandé au gouvernement quelles actions il allait prendre pour résoudre le problème de la longue attente aux banques.

Dans les faits divers affectant l'Indien honnête qui dort tranquille, paraît-il, une famille a été escroquée alors qu'elle cherchait à changer une masse de billets démonétisés pour procéder aux achats nécessaires à un mariage. Une église d'une modeste paroisse du Kerala laisse son tronc ouvert pour que ceux en mal d'espèces empruntent les petites coupures pour leurs dépenses immédiates.

Dans les bonnes nouvelles, les marchands de machines de paiement par carte bancaire ne chôment pas : le paiement par carte est à la mode dans les grandes villes - ce qu'encourage le gouvernement depuis mercredi. À l'opposé, combien de camions à l'arrêt faute d'argent et combien de journaliers non payés immédiatement car leurs patrons veulent conserver le peu de billets en caisse ?
Le billet de cinq mille roupies du Pakistan (via Daily Pakistan).
Pendant ce temps, ça bouge chez les voisins. Le Premier Ministre du Népal, son ministre des Finances et la banque centrale ont contacté leurs homologues indiens pour mettre en place un système d'échange au Népal : de nombreux travailleurs frontaliers et ouvriers agricoles népalais possèdent des billets démonétisés. Au Pakistan, alors qu'un sénateur a proposé la démonétisation des billets de mille et cinq mille roupies dans les mêmes buts, le ministre des Finances assure qu'il ne prévoit pas de démonétiser les billets de cinq mille roupies.

Mercredi seize novembre :
Jouez en bourse avec la démonétisation surprise : après les groupes de gestion des automates bancaires et des appareils de paiements par carte, voici les fournisseurs d'encre : les banques vont marquer le doigt des clients déposant ou échangeant les billets démonétisés (certains ont commencé dès aujourd'hui). Le fournisseur électoral Mysore Paints est aux anges. Moins heureux est le secteur du cinéma en télougou : les salles sont vides et des sorties sont reportées.

Les services de renseignements pensent que la pénurie de billets va durer encore une semaine car les habitants thésaurisent les billets de cent roupies ; les nouveaux billets de cinq cents roupies n'arrivent pas assez vite, ni en quantités suffisantes dans les banques du pays. Concernant la sécurité du pays, les transferts par hawala vers les groupes terroristes ou séparatistes au Cachemire ont cessé brutalement, tandis que les maoïstes de l'Est ont du mal à échanger leurs ressources.

Dans les propositions d'urgence des États fédérés. Après le Kerala lundi, c'est le gouvernement du Tripura de demander à ce que les banques coopératives rurales puissent participer au processus d'échange. Le gouvernement du Karnataka suspend pour les banques le jour férié de demain jeudi afin qu'elles poursuivent l'effort. Plusieurs institutions fédérées ont commencé des actions pour vérifier les effets de la démonétisation sur leurs revenus fiscaux ou si la Banque centrale dessert bien leur État en nouveaux billets.

Côté politiciens, les soutiens et les opposants au Premier Ministre sont placés devant les caméras. Du côté des premiers, acteurs, Premier Ministre mauritien en visite à Gao. Les chefs de l'opposition ont mené une manifestation contre la démonétisation en se rendant à la résidence du Président de la République pour qu'il intervienne auprès du Premier Ministre afin de rétablir la normalité.

Concernant l'étranger, le Times of India explique aux citoyens indiens résidant à l'étranger (NRIs) leurs règles du jeu : ils vont devoir venir en Inde ou donner procuration en Inde pour pouvoir échanger ou déposer sur leurs comptes d'expatriés (NROs) leurs billets démonétisés d'ici fin décembre, ou les échanger à la Banque centrale en Inde d'ici le trente et un mars 2017.

Jeudi dix-sept novembre : c'est la crise...
Décidé aujourd'hui : à partir de demain, chaque Indien ne pourra changer que deux mille roupies en billets démonétisés et une seule fois jusqu'au trente décembre ! La population est donc vivement encouragée à déposer ces billets sur leur compte et à utiliser des moyens de paiement bancaires. La même somme pourra être retirée chaque jour dans vingt mille stations d'essence par paiement par carte.

La baisse de ce maximum d'échange en liquide a aggravé la colère des partis d'opposition, même si le bilan de la séance parlementaire du jour est confuse : le Premier Ministre refuse-t-il de répondre ou les opposants à la démonétisation ont-ils réalisé la fragilité de leur position ? En effet, ils acceptent les buts mais pas la manière dont elle a été réalisée si brutalement. Des questions sur la capacité d'impression de la Banque centrale surgissent : un opposant l'estime à sept mois pour remplacer la somme totale démonétisée.

Pendant que la Ministre-en-chef du Bengale-Occidental, Mamata Banerjee, n'a cessé, dans un discours à Delhi, de rappeler que les ruraux et les pauvres subissent de plein fouet cette démonétisation, éloignés qu'ils sont de « l'économie-plastique » de la carte bancaire.

Des facilités vont être accordés à certains pourvu que le client soit identifié par la banque. Aux agriculteurs pour les semences et les marchés, et un délai de quinze jours pour le paiement des assurances sur les récoltes. Pour les mariages à raison d'un seul retrait par famille de chacun des conjoints. Enfin, une partie des fonctionnaires fédéraux peuvent demander une avance sur salaire en espèces pour diminuer la pression sur les banques.

Cependant, des petites usines se plaignent du manque de liquidités qu'elles obtiennent quotidiennement, ne leur permettant plus de payer les travailleurs journaliers et leurs fournisseurs. Les touristes peuvent profiter de vols en promotion : que ce soit en intérieurs ou à l'international, les compagnies aériennes connaissent une baisse du nombre de passagers.

Dans les États fédérés, les transports collectifs du Gujarat accorde une ristourne de cinq pour cents aux achats en ligne. La gratuité des péages autoroutiers est prolongé jusqu'au vingt-quatre novembre.

Vendredi dix-huit novembre : ...ou juste quelques contre-temps.
La mise en place du marquage à l'encre d'un doigt des clients échangeant leurs billets démonétisés a réduit les files d'attente de quarante pour cent d'après le directeur l'Indian Bank Association. Il a précisé que les banques seront ouvertes demain samedi uniquement pour les autres opérations de leurs propres clients et pour échanger les billets des seuls clients âgés.

Et pour alléger le fardeau des banques, le gouvernement a menacé ceux qui utilisent des comptes d'autrui pour déposer leurs billets, et aussi ceux dont le compte sert ainsi. Moins menaçant, début des retraits de billets dans des stations-services par carte bancaire : deux mille cinq cents aujourd'hui, vingt mille d'ici lundi, une proposition des principaux groupes pétroliers indiens.

Les paiements par carte bancaire ont doublé depuis le huit et Bill Gates soutient le processus, notamment car il va accélérer la numérisation de l'économie indienne. Des faits auxquels s'opposent les opposants rappelant les problèmes des agriculteurs et le ministre-en-chef du Kerala, Pinarayi Vijayan, et ses ministres ont mené une grève de la faim d'une journée devant le bureau régional de la Banque centrale pour protester contre la démonétisation.

Cependant, les opportunistes sont alertes : en Uttar Pradesh, des agents immobiliers proposent des logements dont une partie du prix peut être payé en billets démonétisés. Certains réseaux de promoteurs disposeraient de nombreux petits comptes en banque pour déposer ces billets ensuite en banque.

Sur le front étranger, le ministre de l'Intérieur affirme que les entrées de fausse monnaie ont cessé aux frontières avec le Bangladesh, le Népal et le Pakistan, ainsi que par l'intermédiaire des hawalas.

L'opposition exagère-t-elle ? Une impression d'improvisation gouvernementale perdure : un comité inter-ministériel est formé pour explorer les réponses à apporter aux consulats en Inde (percevoir les frais consulaires en billets démonétisés), aux touristes devant arriver, aux Indiens expatriés et aux bureaux de change étrangers.

Confirmé par le résumé de l'échange entre l'Avocat Senior et l'Avocat général du Gouvernement devant la Cour suprême. Les juges s'interrogent sur les risques d'émeutes avec ces longues files, sur l'impact économique dans les campagnes, la pénurie de billets qu'indiqueraient la baisse du plafond d'échange. Ils ont aussi confirmé le droit des cours du pays de recevoir les pétitions citoyennes concernant la démonétisation, quant l'Avocat général souhaitait une procédure unique auprès de la Cour suprême.

Enfin, pour revenir à l'encre indélébile du début, la Commission électorale s'inquiète pour les élections fédérées de novembre... Comment distinguer citoyens clients de banque de ceux ayant voté, demande-t-elle au ministère des Finances ?

Samedi dix-neuf novembre : dans le plus grand secret.
Ce matin, The Times of India publie le témoignage du patron de la State Bank of India. Ses concurrents et lui ont appris la démonétisation, dont ils sont un acteur essentiel, en même temps que la population. Le mardi huit, la Banque centrale les a convoqués à son siège de Mumbai pour une réunion sans ordre du jour à dix-neuf heures.

À Surate, au Gujarat, les fermiers producteurs de lait ont manifesté pour se plaindre de l'impossibilité de déposer ou d'échanger leurs billets démonétisés dans leurs banques coopératives rurales. Ils menacent de cesser de livrer leur coopérative laitière.

Le département fiscal en charge de l'impôt sur le revenu a lancé des centaines de demandes d'information auprès de contribuables, entreprises et associations qui ont déposé plus de deux cents cinquante mille roupies sur leurs comptes bancaires depuis la démonétisation. Les deux premiers groupes doivent prouver l'origine des fonds, les dernières présenter leurs comptes au trente-et-un mars 2016.

Une pause le soir pour le Premier Ministre qui a ouvert le concert du groupe britannique Coldplay à Mumbai. Avec humour, il a promis de rembourser les jeunes spectateurs en billets de cent roupies s'il se mettait à chanter. Plus sérieux, il a demandé à la jeunesse d'être l'avenir, de montrer la nouvelle voie aux anciens.

Dimanche vingt novembre : enfin du calme (au moins dans les villes) ?
Peut-être pas du côté des politiciens : des militants ouvriers du Parti du Congrès ont été repoussé au canon à eau par la police à Chandihargh alors qu'ils manifestaient à proximité d'un meeting du président du Parti du peuple indien au pouvoir.

Voire des solutions annoncées cette semaine passée (soupirs) : un article du Times of India explique pourquoi les banques ne suivent pas. Pour l'avance de liquidités pour les mariages, elles attendent le décret du ministère des finances pour avoir des règles précises... Quant au retrait en station-service par l'intermédiaire du paiement par carte des pompes à essence, seules trois mille stations liées à la State Bank of India le permettent (logiciel, sécurisation et identification de la transaction) depuis hier, mais les trois autres grands groupes doivent mettre à jour le logiciel utilisé... Cela rappelle la reconfiguration des compartiments des distributeurs automatiques de billets, toujours en cours.

Certains ont compris la leçon tout de même : le marché de pêcheurs de Kolkata passe au porte-monnaie électronique - vingt pour cent des revenus de la semaine. Cependant, les grossistes veulent toujours du cash... et les marchands doivent faire la queue devant les banques.

La démonétisation rappellent également des réalités domestiques : l'épargne des femmes mariées est bousculée par le Premier Ministre. Ayant peu d'autonomie financière face à leurs époux, les femmes au foyer gèrent au mieux leur maison afin de mettre de côté des milliers de roupies en cas de divorce, au cas où il faudrait aider et soigner leurs propres parents ou faciliter les études de leurs filles. La démonétisation les force à révéler tout cela, le déposer sur le compte-joint du couple...


Lundi, ouverture d'un nouvel article pour suivre les conséquences de la démonétisation des billets de cinq cents et mille roupies en Inde.

lundi 4 janvier 2016

Cinquantenaire alpiniste sur carte monarchiste népalaise

Il y a désormais la version contemporaine de l'amoncellement des timbres dans des albums et d'enveloppes et cartes postales dans des boîtes à chaussures : l'accumulation de scans dans des dossiers dans les disques durs.
Timbre du jubilé d'or de la première ascension du mont Dhaulagiri collé à côté d'un astucieuse mention de poste aérienne par l'imprimeur de la carte postale.
Ainsi, je suis quasiment plus sûr de retrouver les deux scans de cette carte postale de vacances d'été 2012 au Népal d'un ami que de retrouver ladite carte dans le carton philatélique qui traîne sous la bibliothèque philatélique.

Le timbre de vingt-cinq roupies (vingt-deux eurocents actuels) commémore l'ascension en 1960 du mont Dhaulagiri, huit mille cent soixante et quelques mètres, par une équipe autrichienne et suisse menée par Max Eiselin, accompagné de deux sherpas. Une vue assez saisissante pour un Montpelliérain habitué des collines basses et pour qui le pic Saint-Loup, six cent cinquante-huit mètres, est une anomalie dans le paysage.

Retrouver la carte, étudier l'oblitération à la loupe voire en triturant l'image obtenue par scan ou photographie permettra un jour de savoir si le tampon a jamais connu une couronne de localisation et des éléments de datation...
Drapeau, carte du pays, symboles floraux et animaux et collection des billets de banque.
La carte fut choisie avec le destinataire - moi - en tête : symboles nationaux, cartographie (villes et montagnes mises en valeur) et anciens billets de banque. En effet, au moment où la carte est utilisée, l'effigie royale a été retirée de la nouvelle série de billets au profit de l'Everest, point culminant du pays et des terres émergées de la planète, mise en circulation en 2007, avant ajout d'une légende en anglais en 2012.

Je ne garantis pas la répartition des deux rois possibles en raison de la qualité du scan d'une carte postale imprimée, mais Birendra et Gyanendra doivent se voisiner, toutes les valeurs n'ayant pas été émises pour les deux souverains.

La carte rappelle au touriste l'histoire difficile de la fin de la monarchie entre le massacre et suicide commis par le prince héritier en 2001 - tuant le roi Birendra - dans le contexte d'une guerre civile entretenue par un mouvement maoïste depuis 1996. La résolution de ce conflit a lieu fin 2005-début 2006 avec à un cessez-le-feu et le retour à la vie démocratique, puis le choix de l'Assemblée nationale d'instaurer un État laïc, puis une république dans les deux années suivantes.

Au gré des coalitions au sein de deux assemblées constituantes, il faut attendre septembre 2015 pour qu'une constitution définitive entre en vigueur et fasse du pays une fédération. Le vingt-cinq avril et douze mai précédents, deux séismes de forte magnitude entraînaient morts et destruction, ainsi qu'isolement de nombreuses régions du pays.