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samedi 3 janvier 2026

De la fin profitable mais à l'avenir inquiétant des "one cent" aux États-Unis

 Suite à quelques recherches, la date de la révélation des pièces de monnaie des deux cent cinquante ans de l'indépendance des États-Unis fait partie de grandes journées numismatiques pour l'United States Mint et les collectionneurs (riches) : la veille, mardi onze décembre 2025, la Monnaie confiait l'ensemble des derniers pennies à l'effigie d'Abraham Lincoln à la maison d'enchères californienne Stack’s Bowers Galleries.

Cependant, à côté de ces festivités profitables, des pénuries de pièces et l'absence de gestion de l'avenir monétaire rendent difficiles le quotidien des commerçants.

Couverture du catalogue de la vente des derniers cents Lincoln marqués de la lettre grecque omega, publié par Stack's Bowers Galleries (via la bibliothèque de leurs catalogues).

Le douze novembre précédent, dans ses ateliers de Philadelphie et de Denver (marque D), l'U.S. Mint a appliqué la décision du Secrétaire au Trésor de ne plus commander de pièces de one cent de circulation, en raison du coût des métaux et de la fabrication, du manque de réutilisation des pièces par les habitants qui les récupèrent principalement en retour de monnaie.

Les pièces au millésime 2025 seront donc les dernières de circulation ; à partir de 2026, seules des médailles de collection seront frappées pour les collectionneurs.

Les dernières frappes étaient prévues pour être mises aux enchères le mois suivant en deux cent trente-deux trios : deux en zinc plaqué de cuivre - une pour chaque atelier, accompagné d'une pièce de six grammes en or 24 carats.

Ces pièces portent la marque Ω : la lettre grecque de l'expression biblique qu'utilise Dieu pour se décrire comme « l'alpha et l'oméga », la Création et sa Fin.

Le dernier lot, 232, comprenait les coins annulés de ces frappes oméga (catalogue de la vente).


Indiquée dans le catalogue, la qualité de chaque pièce a été évaluée (grade, qui, avec la mise sous capsule hermétique, est une habitude états-unienne), les collectionneurs connaissaient donc dans quels lots étaient les meilleurs frappes et les moins bonnes. L'ordre du lot dans les frappes et la vente est indiqué sur la légende accompagnant l'emballage de chaque pièce.

Le site d'information numismatique CoinWeek a ainsi pu résumer les résultats de la vente d'après ces évaluations.

Le lot n°1 a eu un effet bonifié par qualité des premières frappes validées par les employés de l'U.S. Mint et le numéro d'ordre : adjugé deux cent mille dollars.

Selon CoinWeek, le moins lot (n°64) est parti à seulement quarante-huit mille dollars. La majorité des lots se situe entre cinquante et quatre-vingt-sept mille.

Le haut du panier des évaluations, huit lots, ont dépassé les cent mille juqu'à cent soixante mille dollars pour le lot 69, suivi du 231 à cent cinquante.

Trois lots seulement comprenaient des pièces évaluées à MS-67, frappées à Denver. C'est pour cela que le lot 157 a atteint cent trente mille dollars, en troisième position avant le dernier lot.

Le lot final a atteint huit cent mille dollars, comprenant les six coins ayant servi à ces frappes, mutilés d'une croix pour ne plus resservir.


Au final, la vente au nom de l'U.S. Mint atteint 16,76 millions de dollars pour une valeur de deux cent dix mille dollars d'or contenu dans les pièces les plus précieuses. Joli profit pour l'United States Mint et pour la maison d'enchères.


Parmi les réactions du public connaisseur, sur le site de CoinWeek, de nombreuses déceptions. Un rappelle que ce ne sont pas les derniers cents puisque des exemplaires de collection seront encore frappés pour les sets annuels à venir.

D'autres regrettent ce choix de viser les collectionneurs les plus riches avec cette rareté tout en faisant la promotion de la fin d'une histoire populaire de la monnaie états-unienne, créée en 1793. Intéressante la question d'un intervenant : à ce prix-là, les pièces en zinc saucé de cuivre auraient pu être en cuivre.


Côté grand public, je ne peux que constater, avec nombre de numismates, de curieux, de contribuables précautionneux et la journaliste Caity Weaver, que le président Trump et son ancien meilleur conseiller Elon ont eu raison de contraindre le Secrétariat au Trésor de trouver une solution légale pour suspendre la fort coûteuse frappe de pennies inutiles : trois fois leur valeur faciale en coût, des milliards de ces pièces dans la nature, des citoyens qui ne les utilisent pas alors que les commerces doivent leur rendre la monnaie eu cent près.

Ainsi, dans un long article pour The Atlantic du seize novembre 2025, Caity Weaver a fort raison de dire que les pièces d'un cent sont des détritus sans aucune valeur autre que de nuisance, faute d'avoir su interpréter la section 5111 et 5112, titre 31 du Code des lois des États-Unis d'Amérique, qui semble pouvoir autoriser les quantités de pièces que le Secrétaire au Trésor peut commander.

Sauf que, depuis l'annonce de la non commande de cette valeur, la réalité légale se rappelle à beaucoup : dans la plupart des cinquante États, le District de Columbia et les Territoires (Porto-Rico, Guam,...), voire dans les règlements urbains, les commerces sont toujours dans l'obligation de rendre la monnaie au cent près en cas de paiement en espèces... mais, désormais, la Réserve fédérale ne distribue que les stocks restants de pièces d'un cent qui atteignent déjà la pénurie régionale par endroits.

Weaver de constater qu'en fait, l'Administration Trump par son Secrétaire au Trésor n'a rien prévu en lien avec la fin des frappes de ces pièces !

L'article de la Wikipédia en anglais signale cet amateurisme en listant des articles de médias à partir de novembre, et des - enfin - premières réactions d'élus des chambres législatives fédérées mi-décembre. Des commerces arrondissent ou tronquent la somme à régler par les clients, mais juridiquement sans droit, et, le faisant sûrement à l'avantage du client, en perdant de l'argent (un cent fois combien de millions de transactions ?).

Weaver raconte comment le gouvernement fédéral canadien a stoppé la fabrique de pièce d'un cent en 2012, et lancer la lente procédure de leur disparition sans heurts pour les consommateurs : large communication, règle officielle d'arrondi en l'absence de ces pièces, droit de recyclage des métaux par la Monnaie royale canadienne, etc. En conséquence, au Canada, la récupération du cuivre et de l'acier a permis de compenser le coût du transport des pièces, de les reprendre à leur valeur monétaire d'un cent, et de limiter le désastre environnemental de leur dispersion comme déchets domestiques.

L'environnement... La journaliste, qui a vraiment travaillé son sujet, a découvert le problème dramatique du choix du zinc dans la pièce états-unienne : très peu de valeur en recyclage faute d'offre, hautement difficile à séparer du cuivre, mais au moins le zinc des pièces est bien moins toxique à récupérer que de produire du zinc depuis une mine.

En 2019, l'United States Government Accountability Office, agence indépendante de conseils et d'audit du Congrès fédéral, avait publié un rapport d'alerte, avec les banques témoignant, sur ces questions d'éducation du public, de gestion des conséquences de la fin de la frappe,... ni - je rajouterai - comment rendre populaire l'usage des pièces de monnaie dans une population accroc aux billets de banque et à la carte de paiement différé.


Même non frappé, les pennies vont rester un coûteux problème américain très longtemps.

lundi 12 mai 2025

Humour numismate canadien anti-trumpien

 Face à la relation que l'actuel président des États-Unis d'Amérique impose aux États et économies nationales du monde entier, et notamment à son voisin et principal partenaire commercial, le Canada, le caricaturiste Adam Zyglis a récemment proposé une leçon culturelle américano-canadienne pour le journal The Buffalo News, diffusé dans cette ville frontalière de l'ouest de l'État de New York.

Caricature d'avril 2025 d'Adam Zyglis sur « ce qui fait mal à l'économie de Buffalo », ville de publication de The Buffalo News (via le compte Instagram du dessinateur).

Il joue sur l'homophonie de "louni" en anglais.

En argot canadien, "the Loonie" est le surnom de la pièce de monnaie d'un dollar canadien depuis 1987, représentant un "looni", c'est-à-dire le plongeon huard que Robert-Ralph Carmichael a créé pour la Royal Canadian Mint.

La devise canadienne incarnant ce vil adversaire commercial, dont les pratiques ruinent les Américains qui croient aux paroles de Donald Trump (plus l'excuse de la circulation de médicaments addictifs utilisés comme drogue par de très nombreux de ses concitoyens).

Mais, comme la diffusion des cartoons du soft power états-unien nous l'a appris depuis les années 1930, "The Loonie" est aussi un synonyme de la personne folle, démente... comme les "Looney Tunes" dont les actions des membres font pâle figure avec Donald (le T., pas le Duck).

Finalement, le lapin vicieux et provocateur qui martyrise un canard noir colérique pour tourner en ridicule un cochon de chasseur... Rien de bien méchant.

Enfin, comparé à Donald en camisole, dont dépasse sa toujours très longue cravate rouge, et tenant fermement ses deux slogans au moment des élections législatives fédérales canadiennes : "Les taxes douanières, ça marche" (enfin, oui, si les concernés changent leur American Way of Life) et "Canada comme 51e État".

La page Instagram d'Adam Zyglis a permis de diffuser au-delà des zones frontalières et des numismates le surnom de la monnaie canadienne.

samedi 1 août 2015

'Scott Pilgrim', colis et numismatique canadienne

Scott Pilgrim est une bande dessinée en six tomes, publiée de 2004 à 2010, et créée par le Canadien Brian Lee O'Malley dans un style manga et en noir et blanc (une édition couleur est disponible depuis 2012). En 2010, elle a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, Scott Pilgrim vs. the World, avec l'éternel adulescent Michael Cera dans le rôle-titre.
Couverture du premier tome du « roman graphique » comme dit le monde anglophone (amazon.fr).
L'intrigue et ses à-côtés visent un public qui a connu sa jeunesse dans les années 1990. Dans la banlieue de Toronto, Scott, vingt-trois ans, est incapable de vivre normalement : peu d'emploi, pas d'études, colocataire gratuit, sortant avec une lycéenne par défaut, tout en jouant dans un groupe de rock dont les membres, eux, travaillent, payent leur loyer, etc.

Tout cela est bouleversé quant Scott aperçoit Ramona Flowers, livreuse de colis Amazon en patins à roulettes, venant des États-Unis, et à la chevelure colorée. Pour la retrouver, premier aspect postal, il doit découvrir internet afin de commander sur le site amazon.ca, ouvert deux ans avant la parution du premier tome.

Les scénettes qui en ressortent participe de l'absurde de cette fiction, tout en évoquant la domestication de l'internet par nous tous lors de la décennie précédente : quelle adresse pour trouver amazon.ca ? Attendre illico son colis alors que c'est le début du week-end... pour que Scott le balance au panier en une seconde, maintenant qu'il a Ramona face à lui.

Une drôle de critique de la société consumériste pour un héros qui semble ne pas la comprendre ou la rechercher : par exemple, il entre dans un café franchisé où travaille sa sœur... pour découvrir que, malgré le logotype en façade et la décoration à l'identique, ce n'est pas LE café où elle travaille.

Capture d'écran du jeu vidéo dérivé du film reprenant le graphisme de la bande dessinée (walkthrough de DPADAttacks!-SpongeFreakDX, posté sur youTube le quatre mars 2011). 

Pourtant, comme le montre la capture d'écran ci-dessus, Scott adore éliminer ses ennemis pour leur vider les poches. Oui, car Ramona a sept ex maléfiques que le dernier d'entre eux a unis pour rendre la vie impossible à la belle et éliminer le huitième... qui se comporte donc comme un personnage de jeu vidéo.

Outre qu'il récupère les pièces laissées par ses adversaires comme n'importe quel Mario, Sonic avec les anneaux ou Link avec ses rubis de couleur des premières consoles de jeu de Nintendo et Sega, une personnage secondaire remarque que Scott sait qui sont les gens, mais pas ce qu'ils (ou lui) ont précisément fait la veille... Il a tendance à foncer vers la facilité et à choisir les réponses les plus attendues...

Comme un joueur qui tambourine le bouton principal de sa manette pour faire défiler les dialogues et enfin atteindre les moments de jeu ? Vous comprenez quelles évolutions personnelles le héros va devoir réaliser afin de l'emporter face au boss final, le septième ex.

Bandeau d'introduction de la Monnaie canadienne consacrée aux pièces de circulation (site de Canadian Mint).
Une fiction fantastique donc, même si seuls Scott, Ramona et les seven evil exes divergent de la réalité : convocation de démons, télékinésie végan, musique draconique, épée jaillissante du torse du héros et autres 1up...

Sauf que le film a suivi la bande dessinée à la lettre sur un point : les pièces de monnaie qui tombent de chaque ex disparu. À peine suffisante pour prendre le bus avec les premiers jusqu'à une fortune pour le dernier.

Le jeu vidéo étant un beat'em up, digne d'un Double Dragon, les ennemis sont nombreux et donnent tous quelques pièces qui permettent d'acheter des moyens de retrouver des points de vie ou d'expérience. Ceux-ci, accumulés en quantité suffisante, débloquent des combinaisons de coups spéciaux que le joueur doit maîtriser face à la difficulté croissante des niveaux successifs.

Bien que travaillant sur des consoles haute définition - PlayStation 3 et Xbox 360, le studio Ubisoft Montréal a travaillé le jeu en mode 16-bits façon consoles des années 1990 tout en étant réaliste sur les pièces de monnaie canadiennes : elles sont toutes reconnaissables au premier coup d'œil.

Une seconde capture pour disposer du castor du Canada en bleu foncé (walkthrough de DPADAttacks!-SpongeFreakDX, posté sur youTube le quatre mars 2011). 

La queue - exagérée par rapport à la pièce réelle - du castor du Canada pour cinq cents (nickel) ; les voiles triangulaires du Bluenose sur la plus petite pièce pour dix cents (dime), voilier de course connu des philatélistes ; le caribou des quarter de dollar.

Puis, un oubli... Le demi-dollar aux armes du Canada est sauté, tout comme l'effigie de la Reine Elisabeth II : pas de politique dans un jeu vidéo.

On passe directement au dollar jaune et son oiseau enfantin dans le jeu, un plongeon huard dont le nom anglais donne le surnom de la pièce loonie. Et enfin, pour les primes des boss, la bicolore deux dollars au gros animal : un bison ? Non, un ours polaire tourné vers la droite. Les graphistes du jeu ont exagéré les oreilles.

Ne reste qu'à préciser que, depuis 2012, la forme et la fabrication des un et deux dollars ont été modifiés pour éviter la falsification alors que les pièces d'un cent sont réformées progressivement. Pas de feuille d'érable dans le jeu.


Note : le jeu vidéo ici présenté était vendu sur les magasins en ligne des consoles PlayStation 3 et Xbox 360 jusqu'en décembre 2014.

Mise à jour du lundi sept décembre 2020 :
Ubisoft annonce la resortie, le quatorze janvier 2021, du jeu sur PC, et les consoles de la génération finissante (Xbox One, PS4) et Nintendo Switch. En espérant que cette fois-ci les droits d'exploitation du manga ont été financés pour une longue période.

Mise à jour du jeudi cinq janvier 2023 :

vendredi 6 mars 2015

"Spock Your Five", numis-art au Canada

Avec la disparition de l'acteur Leonard Nimoy, le vingt-sept février 2015, la Banque du Canada fait face à un léger problème de fans de Star Trek.

Billet de cinq dollars à l'effigie de Wilfrid Laurier, mis en circulation en 2004 (site de Banque du Canada).
Sous le mode d'ordre des réseaux sociaux "Spock Your Five", des Canadiens métamorphosent au crayon et au feutre le portrait du Premier Ministre Wilfrid Laurier sur les billets de cinq dollars en une effigie de Spock, l'extra-terrestre vulcain incarné par Nimoy dans plusieurs séries et films de la franchise de science-fiction Star Trek.

Comme rapporté par La Presse, le mercredi quatre mars, rien n'empêche légalement de dessiner sur des billets canadiens... Je peste assez sur les marques de caissiers qui laissent au stylo-billes leur décompte de billets.

Cependant, Banque du Canada rappelle que cela peut entraîner un refus d'accepter le billet dans les commerces puisque le dessin peut empêcher de repérer les éléments de sécurité ou les fraudes possibles. Surtout que ce billet de cinq a connu deux versions en termes de sécurité au cours de sa carrière.