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vendredi 26 décembre 2025

La vie en philatélie organisée de Chris King

 Le numéro automne-hiver 2025 de la Philatelic Literature Review, journal de l'American Philatelic Research Library, et, en version longue sur le blog de l'auteur, l'historien de la philatélie Abhishek Bhuwalka propose un long entretien avec le Britannique Chris King, qui depuis un quart de siècle participe de l'évolution de la Société philatélique royale de Londres (RPSL) d'une part, et de la philatélie organisée d'autre part.

En-tête de l'article posté le sept novembre 2025 sur le blog The Philatelist, version longue de l'entretien.

Devenu semestrielle cette année et allégée des listes d'entrées d'ouvrages de la bibliothèque de l'American Philatelic Society, la Philatelic Literature Review vise à l'actualité des bibliothèques philatéliques, la recherche sur comment furent établies de grandes publications depuis origines des commerces ou études philatéliques et postales, ainsi la biographie de leurs auteurs.

Dans ce cadre, l'Indien Abhishek Bhuwalka (ici se présentant sur son site d'auteur et collectionneur) y transmet régulièrement des entretiens avec des bibliophiles, des libraires philatéliques.


À soixante-seize ans, et entré en philatélie exposée à cinquante, le cheminement de Chris King demande de nombreuses pages puisque son parcours personnel permet de voir apparaître le collectionneur spécialisé, mais aussi l'administrateur organisé et réfléchi dont la RPSL et la philosophie de la philatélie avaient besoin en ce début de vingt-et-unième siècle.

La lecture de cette autobiographie guidée permet de voir comment Chris King fut un collectionneur comme beaucoup (enfant ayant abandonné jeune adulte, mais repris avec plus de passion encore), et que sa vie professionnelle et politicienne l'a formé à des compétences indispensables aux sociétés philatéliques dans lesquelles il s'est, tardivement, investi.

Le rôle de son épouse, la Danoise Birthe Troelsen, rencontrée lors d'un stage professionnel à Venise, est déterminant, au point qu'ils ont créé le Double Geneva Club, en 2016, pour les couples philatélistes. Birthe a permis le déchiffrement et la traduction des courriers que Chris étudiait dans ses spécialités autour des duchés du Schleswig et de Holstein, puis des routes postales autour de la Scandinavie. À tel point que sa première exposition en classe ouverte au London Stamp Show 2000 est autant la sienne que celle de sa femme. Ensuite, celle-ci se prend de passion avec des collections sur la Seconde Guerre mondiale au Danemark et en lien avec le génocide perpétré par les nazis.


Je laisse la découverte des détails d'avant cette collection exposée, et surtout, de la suite. Mais quelques points m'ont intéressé.

Parmi les réponses aux questions d'Abhishek Bhuwalka, Chris King rappelle que la présidence de deux de la RPSL est en fait un parcours d'une décennie au sein de son Bureau, et dont la présidence est la partie centrale. L'étude de la modernisation du 41 Devonshire Place, siège historique de la RPSL, puis de sa vente et la gestion quotidienne et sur place du chantier du 15 Abchurch Lane, ont eu lieu après, sous le titre de Past President.

Cela permet à King de montrer qu'avant son adhésion en 2005, les membres du Bureau sont déjà en train de faire évoluer cette société d'apparence élitiste en une société explicitement ouverte à de nouveaux membres, mais surtout à offrir au plus grand nombre ses ressources de recherche.

Tragiquement, Frank Walton (1953-2022) fait partie de ce grand moment d'ouverture et de projets... avec leur fragilité. La genèse de la Global Philatelic Library, incluses les négociations avec le Smithonian en charge du Musée postal national de Washington, montre le bouillonnement d'idées entre King et Walton, mobilisant les cadres de la RPSL autour d'eux. Mais, également que depuis la mort prématurée de ce dernier, il manque une cheville ouvrière pour la Bibliothèque globale.

Car, au terme de la lecture qui montre un Chris King ayant déjà une année 2026 déjà bien remplie, son souci constant est : comment rendre l'ensemble des ouvrages, archives, collections de la Société philatélique royale de Londres, mais aussi du plus grand nombre de sociétés et associations philatéliques accessibles, au moins qu'un moteur de recherche permette d'en connaître l'existence ?

Le séminaire Crawford, en liaison avec le musée intégré à la RPSL, des présentations reprenant les définitions des disciplines et classes d'exposition philatéliques, et donc ouvrant les possibles ouvertures vers l'histoire sociale, les autres collections d'objets (monnaie, affiches, pamphlets, etc.).


À une autre échelle, enfin, Bhuwalka demande à King s'il pense que, depuis les confinements du covid-19, le développement rapide des conférences virtuelles, en parallèle des rencontres physiques, est une bonne chose pour la philatélie.

Là, il est pessimiste. Certes, le virtuel a permis de rapprocher les membres lointains de leurs sociétés, en particulier la très-londonienne RPSL. Cependant, cela a fortement ralenti l'adhésion de membres, leurs visites au 15 Abchurch Lane, la découverte des idées et compétences de chacun.


Je conseille vivement la lecture des entretiens réalisés par Abhishek Bhuwalka, et plus généralement la lecture de la Philatelic Literature Review. La philatélie a besoin d'une mémoire, d'un Who's Who qui ne soit pas qu'une parade des propriétaires de British Guyana, plus de la biographie de ce qu'ils ont apporté à leur échelle à la collection, à l'exposition, à la curiosité générale. Avec remise dans le contexte de l'époque car on est rarement seul comme Chris King le rappelle pour la période 2000-2015 concernant la Direction de la RPSL.

jeudi 7 août 2025

La mémoire des vétérans des Nations unies au Mémorial de la Paix de Busan (2 sur 3)

 Aux côtés des souvenirs militaires, évoqués dimanche dernier, le courrier et les timbres-poste participent des vitrines de la galerie, au Mémorial de la paix à Busan, en République de Corée, en hommage aux troupes des pays ayant participé à l'expédition des Nations unies de soutien à la Corée du Sud, entre 1950 et 1953.

Ces objets sont variés tout autant qu'ils jouent des rôles divers dans la reconstitution de la vie quotidienne de ces soldats et du souvenir que les événements ont laissé en Corée et au-delà.

Note : oui, les objets ici décrits ont été photographiés au smartphone à travers une vitre et l'éclairage du musée... On peut faire mieux en prise de clichés et en trouvailles collectionneuses.

Un entier postal recommandé utilisé par un militaire australien en 1956 pour jouer à la loterie, un quasi -monopole de Tattersall's, fondé par George Adams (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024 - merci à Ian Billings pour l'identification de la destination du pli). 

Ainsi, plusieurs objets sont similaires à ceux employés pendant l'expédition en Corée, mais pas forcément utilisés aux bonnes dates. Telle cette enveloppe-entier recommandé australien, utilisé par un soldat de ce pays pour une correspondance vers l'État de Victoria, en 1956, et transmise par la poste militaire.

Il faudra consulter des ressources spécialisées pour savoir si des troupes et l'APO 215 (Army Post Office) étaient encore en Corée cette année-là, ou si ce bureau gérait une zone d'Asie de l'Est plus stable, telle l'occupation du Japon.

Les timbres d'Inde surchargées pour servir au Corps expéditionnaires en Corée (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Encore plus générique, la vitrine consacrée à l'Inde présente la série neuve de timbres-poste indien, surchargés pour servir à la poste militaire en Corée.

Trois enveloppes et trois lettres de courrier militaire grec de la guerre de Corée (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Plus marquantes sont donc ces trois enveloppes en franchise militaire et trois lettres manuscrites liées à des soldats grecs en Corée, en 1952 d'après les cachets oblitérants.

Les hellénistes liront les numéros des bureaux de poste militaire et déchiffreront le contenu de ces courriers, s'ils vont de la Corée vers la mère-patrie, à peine sortie de l'occupation nazie et de la guerre civile avec les communistes.

Affiche dans l'entrée du Mémorial appelant aux dons des souvenirs des vétérans de la guerre de Corée.

Ce manque d'objets postaux directement lié à des individus et leur petite histoire, ainsi que la disparition progressive des vétérans, est illustré par le lancement en 2023 d'un appel aux dons de leurs souvenirs par les vétérans de la guerre de Corée, ou leurs familles.

L'affiche dans l'entrée du Mémorial montre un ensemble de memorabilia qui rappellera aux Français la Grande Collecte du centenaire de la Première Guerre mondiale, juste avant 2014.


Ensuite la pure philatélie vient à la rescousse de la mémoire.

Carte postale de l'arrivée des troupes belges en Corée, oblitérée lors d'une exposition philatélique, le quatorze avril 1951 (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Des soldats belges, tout juste débarqués en Corée, illustrent une carte postale utilisée comme souvenir lors d'une exposition philatélique à Woluwe (soit dans Bruxelles, soit en Brabant flamand).

L'item montre le lien entre les troupes et la population au pays si un collectionneur belge a des informations sur cette exposition.

Enveloppe premier jour de l'émission Volontaires de Corée du vingt-cinq septembre 1952 (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024). 

C'est par l'émission de 1952 que les soldats tucs volontaires sont, entre autres, honorés dans la vitrine de la Turquie : quatre timbres sur une enveloppe premier jour.

L'illustration de celle-ci est claire : autour d'une carte de la péninsule coréenne, des soldats mitraillent et mettent ainsi en fuite des soldats vers la République populaire de Chine, pendant que le drapeau turc est levé à la frontière entre la Corée et la Chine au nord.

Ceci était fort optimiste alors que le front s'était stabilisé depuis 1951 à la frontière actuelle.

Timbres de Colombie de 1954 célébrant les forces armées colombiennes... pour un coup d'État (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Cependant, tout ce qui brille n'étant pas d'or, il y a quelques surprises à utiliser les si commodes timbres-poste.

En Colombie d'abord, ces deux blocs de timbres colombiens, nation participant à la Force des Nations unies en Corée, honorent les Forces armées colombiennes pour l'anniversaire du treize juin 1953, un an après l'armistice de Panm...

...

Euh, l'anniversaire d'un coup d'État militaire à Bogota, un mois avant l'armistice inter-coréen.

J'imagine qu'un Coréen, un Chinois, un Cambodgien aurait aussi des choses à redire sur les expositions d'arts asiatiques en Europe.

Le drapeau de l'empire d'Éthiopie et les timbres coréens de 1951 remerciant les pays venus à son secours (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).

Deuxième surprise : l'Éthiopie, un peu comme le badge dans la vitrine de la Turquie ou de la Colombie, fait partie des pays où j'imagine que la vitrine a été difficile à créer : quelle mémoire des vétérans de la Corée dans ces pays depuis bousculés par les événements politiques, économiques et sociaux ?

D'où un effort pédagogique de rappeler déjà que c'est l'Empire d'Éthiopie qui a répondu à l'appel du Conseil de sécurité des Nations unies : rappel du drapeau de l'époque imprimé sur carton et avec les timbres de 1951 que la poste coréenne a émis pour chaque pays participant à l'expédition.

Timbre de Corée du Sud de 1968 : visite de l'empereur Haïlé Sélassié auprès du président Park Chung-hee (Mémorial de la paix des Nations unies à Busan, juillet 2024).  

Un timbre-feuillet de 1968 rappelle ce lien entre Corée et Éthiopie : la visite de l'empereur Haïlé Sélassié en Corée du Sud, alors présidée par Park Chung-hee.

Le planisphère choisi est éloquent : centré sur l'océan Indien, il relit la péninsule coréenne à l'Éthiopie par une branche des lauriers de la paix, de couleur verte (ni bleu, ni rouge... en ces temps de guerre Froide).

Lors de cette visite, l'empereur est ainsi le huitième non coréen et le premier africain à recevoir le grand ordre de Mugunghwa, remis de 1949 à 2008 aux présidents sud-coréens en début d'exercice, qui peuvent en décorer les chefs d'État alliés du pays.


Grand ordre dont le premier étranger à le recevoir fut le président de la République fédérale d'Allemagne en 1964... 

Ah ? Pas Truman, ni Eisenhower, présidents des États-Unis d'Amérique pendant le conflit ?

L'Allemagne, l'ancien allié du Japon impérialiste ?

...

Pourquoi ? Réponse partielle au prochain épisode sur le Mémorial de la paix des Nations unies, à Busan.

jeudi 1 mai 2025

80 ans de la Victoire par la bravoure britannique

 Ce jeudi premier mai 2025[1], Royal Mail, l'opérateur postal et philatélique historique mais privatisé britannique, émet une série de timbres-poste pour les quatre-vingts ans de la Victoire contre l'Allemagne nazie, signée à Berlin le huit mai 1945.

Les dix timbres principaux de l'émission (boutique web de Royal Mail).

Cette année, le thème est "Valour and Victory" : Bravoure voire Vaillance et Victoire.

Sont honorés onze Britanniques et sujets de l'Empire colonial britannique ayant participé par une diversité d'activités, pour certaines et certains au-delà du militaire offensif ou défensif, à la résilience britannique isolée après l'armistice entre la France du Président du Conseil Pétain avec l'Allemagne hitlérienne, et l'isolationnisme traditionnel des États-Unis sur ce qui pouvait se passer en Europe - voire l'admiration de certains racistes pour le fascisme et le nazisme.

Les dix timbres principaux sont vendus soit en deux rangées de cinq, soit par feuille de vingt-cinq ou cinquante (cinq ou dix fois la bande concernée), mais les marges de ces feuilles ne sont pas illustrées comme la française Philaposte a pris l'habitude ces dernières années.

Sont présentés en portrait photographique avec en arrière-plan le cadre de leurs activités :

- George Arthur Roberts (1891-1970), natif de Trinitad, volontaire et vétéran de la Première Guerre mondiale, pompier londonien pendant le Blitz.

- Mary Morris (1921-1997), native d'Irlande, infirmière militaire, elle soigna notamment les soldats de l'évacuation de Dunkerque, puis d'un des hôpitaux mobiles du débarquement en Normandie. Elle suit les troupes en Belgique et jusqu'à l'invasion de l'Allemagne.

- Tommy Macpherson (1920-2014), natif d'Écosse, capturé en Libye pendant une reconnaissance pour l'opération Flipper en 1941, il ne cesse les tentatives d'évasion en Italie, en Autriche et même d'un stalag en Pologne d'où il rejoint la Suède puis l'Écosse en 1943. En juin 1944, il est parachuté à Aurillac au sein d'un commando avec deux autres hommes pour guérilla et sabotage en soutien à la Résistance française et au débarquement en Normandie. Avec succès, puisque son autorité convint même les officiers généraux allemands du sud de la France de se rendre à lui à la fin de l'été 1944. Ses dernières opérations ont lieu en Italie du Nord.

Le timbre Violette Szabó avec en arrière-plan sa fausse carte d'identité française, timbre fiscal inclus (boutique web de Royal Mail).

- Violette Szabó (1921-1945), Anglaise née en France, elle travaille comme vendeur textile d'un grand magasin de Brixton, mais est une experte du tir de chasse grâce à son père. En 1940, elle épouse Étienne Szabó, soldat de la Légion étrangère française d'origine hongroise. Volontaire pour la défense intérieure, elle passe d'opératrice téléphonique à artilleuse côtière, avant d'être recruté par le SOE (la Direction des opérations spéciales britannique).

Sa seconde mission en France débute dans les jours suivants le débarquement en Normandie, parachutée à Sussac, près de Limoges, afin d'entraîner et coordonner les maquis locaux. Son officier découvre des résistants peu préparés et envoie Violette Szabó vers la Corrèze et la Dordogne, où les maquis sont plus solides.

Mais, elle est capturée après une fusillade contre des SS de la Division Das Reich, qui avait commencé sa remontée vers le front normand. Interrogé par la Sicherheitsdienst à Limoges, puis la prison parisienne de Fresnes, elle est transférée au camp de concentration de Ravensbrück, en août 1944, puis au camp de Torgau où elle et d'autres agentes perturbent le travail de l'usine d'armement. À Ravensbrück, le commandant du camp la condamne à mort et elle est exécutée le 5 février 1945.

Le timbre la représentant, jeune et vive, a en arrière-plan une de ses fausses cartes d'identité françaises, comprenant un timbre fiscal et des tampons administratifs.

La Collector's Sheet pré-personnalisée : à chaque héros un objet ou une scène de son action. Pour Violette Szabó, une radio (boutique web de Royal Mail). 

- John Harrison, marin sur le HMS Belfast.

- Bhanbhagta Gurung (1921-2008), sujet népalais de l'Empire des Indes. Il sert dans les Gurkahs dans la campagne de Birmanie contre l'armée impériale japonaise.

Il reçoit la prestigieuse Victoria Cross des mains du Roi George VI au palais de Buckingham, pour la prise d'une colline birmane en mars 1945, protégée par un sniper qu'il abat debout, quatre trous dans lesquels il jette des grenades en courant de l'un à l'autre, tuant leurs occupants, et un bunker dont il tue les soldats au couteau ou avec une pierre. Dans la foulée, il commande deux soldats pour tenir la position face à une contre-offensive ennemie.

Gurung quitte l'armée en janvier 1946 pour s'occuper de sa mère et de sa jeune famille, dont ses trois fils et un petits-fils furent des militaires de carrière.

- Thomas Peirson Frank (1881--1951), ingénieur civil, il est l'Ingénieur-en-chef du Conseil du comté de Londres (la collectivité locale londonienne d'alors) depuis 1931 quand les bombardements du Blitz touche la ville. Sa rapidité d'organisation permet d'assurer les réparations ou déblaiements pour la continuité de la vie économique de la capitale, notamment la remise en état des digues de la Tamise et éviter l'inondation des quartiers bas avec leurs installations industrielles, militaires, navales et portuaires.

- Mahinder Singh Pujji (1918-2010), Sikh natif de Simla, la capitale d'été de l'Empire britannique des Indes que sert son père au département de la Santé et de l'Éducation. Pilote d'avion depuis 1936, il se porte volontaire en 1940 auprès de l'Armée indienne de l'air pour servir la Royal Air Force en Europe.

Qualifié en juin 1941, il escorte des bombardiers au-dessus de la France, mène des patrouilles par temps brumeux, etc. principalement à bord de Hurricanes. En septembre, il rejoint le théâtre de la Méditerranée et du Proche-Orient.

En 1942 et 1943, il rejoint la Royal Indian Air Force  où il atteint le grade tactique de commandant d’escadron. En 1944, il participe à la campagne de Birmanie, notamment dans le repérage de trois cents soldats états-uniens perdus dans la jungle, proche des lignes ennemies. En 1945, il est envoyé à l'École de commandement (Command and Staff College) de Quetta.

Bien que mis en retraite en 1946 à cause des conséquences d'une tuberculose, il ne perd pas son sens de l'aventure avec la moto et le planeur. Il fut le pilote de baptême de vol en planneur de Nehru, Edwina Mountbatten, du président Eisenhower. Il émigre plus tard en Angleterre comme contrôleur aérien.

- William Tutte (1917-2002), mathématicien canadien, il est connu pour son rôle de cryptanalyste, « casseur de codes », de la machine allemande Lorenz, utilisé par l'état-major de la Wehrmacht allemande, au sein des équipes de Bletchley Park.

Il est reconnu pour ses apports en théorie des graphes (même si sa terminologie est refusée par ses pairs) et des matroïdes. [2]

- Lilian Bader née Bailey (1918-2015), née à Liverpool d'un père marin originaire de la Barbade et d'une mère liverpuldienne d'origine irlandaise, elle dut vivre dans un couvent jusqu'à 20 ans après la mort de son père et la discrimination envers une métis pour trouver un emploi.

Malgré son volontariat, les Institutes des forces armées (visant à organiser les loisirs des soldats et vétérans après la Grande Guerre) la renvoie car son père n'est pas né au Royaume-Uni (À quoi cela sert-il d'avoir un Empire ?). Par contre, en 1941, la Royal Air Force est moins regardante pour ses auxiliaires féminines ; elle est formée à la réparation des instruments d'avion. Elle sert jusqu'à sa grossesse en février 1944, mariée à un artilleur, Ramsay Bader en 1943.

Dans les années 1960, en suivant des cours du soir, elle passe les diplômes du secondaire et universitaire pour devenir enseignante.

Le feuillet de quatre timbres différents sur le soutien au moral des troupes par la chanteuse Vera Lynn, ici dans son tirage spécial Europhilex 2025 (boutique web de Royal Mail).

Ces parcours héroïques, communs à des milliers et des milliers de soldats et civils de la Seconde Guerre mondiale et des conflits liés (Japon en Chine, Allemagne et ses annexions, etc.) permettent de montrer la globalité de la guerre quelque soit l'origine sociale, culturelle, nationale des individus.

Cependant, les médias et les partis conservateurs et d'extrême-droite étant ce qu'ils sont, il faut un sujet grand public immédiatement connue pour attirer vers les timbres-poste les journaux et les émissions matinales.

Un bloc-feuillet de quatre timbres de photographies d'époque honore la chanteuse Vera Lynn (1917-2020), surnommée "Forces' Sweetheart", le cœur tendre des Forces (armées), pour ses chansons, ses concerts en Égypte, en Inde et en Birmanie, dans le cadre de l'Entertainments National Service Association des Forces armées britanniques.

Elle resta ouverte au soutien des vétérans, parmi d'autres causes caritatives, y compris par un de ses derniers singles : la reprise de la chanson "My Son, My Son", qu'elle avait chantée en 1954, cette fois pour marquer la fin de la guerre des Falklands.


La commande minimale du collectionneur peut être lourde au porte-monnaie, même s'il n'y a que des timbres du service intérieur première classe (1,70 GBP depuis le sept avril dernier).

Cela fait partie de la promesse de Royal Mail par un communiqué de fin février 2025 que les émissions spéciales ne comprendraient plus que des timbres de première et seconde classes intérieures, et plus de tarifs pour l'étranger, ni de valeur ronde (une ou deux livres sterling).

1,70 x 14... Même si cela permet d'honorer des parcours dans lesquels d'identifier en ces temps géopolitiquement difficiles.


Notes :

1 : Au Royaume-Uni, les jours fériés « laïcs » sont placés le lundi le plus proche par rapport à d'autres pays européens afin de créer, pour ce jour des travailleurs, un Early May bank holiday : un week-end de trois jours sans banque du samedi trois au lundi cinq mai.

2 : Pour les thématistes qui cherchaient des sujets intellectuellement stimulants.

Compléments du lundi cinq mai - férié au Royaume-Uni :

Visiblement qui sert aujourd'hui essentiellement aux célébrations avec le public de la Victoire et des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. À Londres de midi à quatorze heures, la cérémonie d'ouverture (discours de Churchill et permission des cadets de l'armée demandée un vétéran à démarrer un défilé) a été suivie par la marche de militaires britanniques, ukrainiens et d'alliés sous pavillon de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.

Ensuite, la tribune royale s'est vidée pour laisser le Mall au public, le salut du Roi Charles III et sa famille au défilé aérien, avant une réception de vétérans au palais de Buckingham. 

Compléments du jeudi huit mai 2025 :

Ce jour de fête et souvenir en Europe, Gary Younge propose un billet d'opinion dans The Guardian sur la capacité de la société britannique - et par ses exemples, les sociétés dont les États ont conquis et exploité des empires coloniaux - a « honoré tous ceux qui se sont battus » ?

Partant des manifestations indépendantistes en Algérie française ayant fini en massacre par les forces de l'ordre, il rappelle que des colonies britanniques d'Afrique ont connu de tels mouvements pour obtenir après tout seulement ce que les Métropoles prétendraient s'être battues pour elles-mêmes : libertés, démocraties, respect de l'autre, etc. Quitte en Indochine et en Indonésie à profiter du vide de pouvoir en septembre 1945 à la capitulation du Japon.

Pour la société britannique, il s'agit des combattants et civils volontaires de l'Empire des Indes et des  futures Malaisie et Singapour, des colonies africaines, et celles des Caraïbes. Le choix de Lilian Bader pour un des timbres montre pourquoi : le racisme de la bonne société anglaise et de ses élites accueillait volontiers l'effort de guerre au risque de leur vie  des colonisés, pourvu qu'ils retournent dans leurs pays... sauf que Lilian était née en Angleterre d'une mère britannique.

Et la question se pose encore outre-Manche : la Windrush Generation, profitant de nouveaux droits en 1948 et venue en Métropole travailler, a subi la discrimination anti-migrants à partir de 2012. Les fonctionnaires du Home Office - aidés par l'absence de carte nationale d'identité obligatoire et de la difficulté de ses retraités et leurs enfants de prouver par paperasse la légalité de leur arrivée - ne distinguant pas les migrants récents, des immigrants caribéens longuement installés de droit et devenus Britanniques.

Gary Younge, "On VE Day, remember the war – but can we resolve to honour all who fought in it?", 'The Guardian', 8 mai 2025.

mercredi 19 février 2025

L'aérodrome rénové : le lieu du miracle d'Agaléga

 Situées à mille kilomètres au nord de Maurice, les deux îles d'Agaléga ont subi le passage du cyclone Chido dans la nuit du dix au onze décembre 2024 avant de dévaster Mayotte le quatorze sans qu'aucun bilan humain réel n'a encore été publié en France.

Enveloppe premier jour officielle de la poste mauricienne de l'émission sur deux nouveaux équipements d'Agaléga, du vingt-neuf février 2024. 

L'essentiel du bâti des deux îles, vingt-cinq kilomètres carrés au milieu de l'océan et reliées par une passe peu profonde a été balayé par le cyclone ; sûrement des dommages sur les plantations de cocotiers.

La chance des trois cents habitants a été la rénovation de l'aérodrome dont la piste datait de 1984-1985. En dégradation depuis la fin des années 1990, elle ne permettait plus l'arrivée et le départ des avions commerciaux, seulement des vols médicaux d'urgence.

Côté accès maritime, une jetée permet à de petites embarcations de débarquer passagers et marchandises... Beaucoup moins pratiques qu'un avion de fret. Ce mauvais mouillage et des finances britanniques post-impériales catastrophiques expliquent qu'Agaléga ne fut pas détaché de la colonie de Maurice pour la création du Territoire britannique de l'Océan Indien... qui hante encore la diplomatie londonienne (voir les actualité des Chagos et de Diego Garcia).

En 2015, Maurice s'est tournée vers l'Inde, puissance émergente, pour financer la rénovation de ces infrastructures excentrées, mais pouvant être utiles militairement à l'Inde - malgré une hostilité des habitants - population créole mêlant les descendants d'esclaves d'Afrique, de Madagascar et de Madras, d'affranchis du commerce comorien, etc... Comme les exilés chagossiens se méfiant autant du Royaume-Uni que des gouvernants de Maurice pour le respect de leur droit au retour.

Avec ce contrat indien, la piste fut allongée à trois kilomètres de long en béton avec tour de contrôle, aérogare et hangar pour avions. La jetée Saint James est allongée et modernisée pour le ravitaillement des navires.

Une aide au développement indienne a aussi permis la construction de nouveaux bâtiments collectifs, dont une bibliothèque publique et une salle mutli-usages... Ont-ils tenu face au cyclone ?

Je suppose que c'est l'aérogare à gauche (voire le hangar fermé) qui a sauvé la vie des habitants dont la quasi-totalité du bâti a été détruit par le cyclone Chido.


En tout cas, les habitants ont survécu, réfugiés dans la nouvelle aérogare, inaugurée le vingt-neuf février 2024 par les Premiers Ministres des deux pays.

L'événement est marqué par l'émission de deux timbres-poste, un par infrastructure, imprimés par Cartor, en deux panneaux de vingt-cinq.

L'enveloppe premier jour est également un outil diplomatique autant que ces deux timbres de l'amitié indo-mauricienne : la carte d'arrière-plan en bleus nomme en noir tous les territoires revendiqués par la République de Maurice, dont les îles Chagos (en cours de négociation avec Londres)... et, comme d'habitude, Tromelin, une île Éparse française.

Le Premier Ministre Seewoosagur Ramgoolam sur timbre de 2010.

D'après les tarifs postaux du premier juillet 2021 sur le site de Mauritius Post, le timbre de 16 MUR permet d'affranchir la lettre intérieure de moins de vingt grammes, la lettre de moins de vingt grammes de première classe vers Rodrigues (territoire mauricien mais avec tarifs spécifiques), ou un périodique mauricien de cent à deux cents cinquante grammes vers l'étranger en surface.

Étrangement, selon le pdf de 2021, le 25 MUR sert seulement à la recommandation intérieure, ou à l'avis de retour intérieur ou international. Il faut le compléter avec un à trois roupies pour atteindre des tarifs internationaux, notamment la lettre de première ou seconde classe pour l'Inde

(MUR = roupie de Maurice)

Mon correspondant a dû être large de quelques roupies avec ce timbre de cent, en hommage au Père de la Nation, Seewoosagur Ramgoolam (1900-1985), Chief Minister puis Premier Ministre de Maurice indépendante de 1961 à 1982. L'effigie est imprimée à l'or 22 carats.

L'enveloppe à bulles format A5 est envoyée par avion et oblitérée à l'aéroport international de Saint Louis. Au plus proche, il y a le tarif pour la zone 2 : vingt-huit roupies les cinq premiers grammes en première classe, avec 21 par dix grammes en sus.

Oblitérée le jeudi six février 2025, elle est arrivée dans ma boîte le jeudi suivant, sans recommandation, ni express.


Sur la philatélie et l'histoire postale d'Agaléga, relire l'article sur le blog Commonwealth Stamp Opinion du trente-et-un mai 2020.

lundi 21 août 2023

Accéder aux archives, un essentiel de la recherche

 À travers deux exemples tirés du numéro juillet-août 2023 du London Philatelist, est rappelé que l'accès à des archives étudiées de manière critique permet de réaliser une recherche en philatélie, comme pour d'autres sciences humaines.

Couverture du London Philatelist de l'été 2023.

En ouverture, le nouveau président de la Royal Philatelic Society London se présente aux lecteurs du journal de la société. Pour ce qui m'intéresse aujourd'hui, Mike J. Y. Roberts a vécu à Liverpool deux périodes de cinq années au début de sa vie active.

Le Royal Liver Building, une des trois grâces de l'époque où Liverpool fut un immense port (timbre de la poste privée Universal Mail).

Il indique que cette période, loin de ses racines certes, a néanmoins permis la découverte de l'histoire postale grâce à l'accès au Musée maritime du Merseyside situé à proximité de son travail. Roberts a ainsi développer ses premières collections vers l'histoire postale maritime, spécialement celle de la Pacific Steam Navigation Company dont le siège comme plusieurs autres étaient alors à Liverpool - comme la White Star, ses ancêtres et ses successeures dans le bâtiment historique de James Street, toujours dans le même quartier portuaire.

Son livre sur la Pacific Steam Navigation Company et son histoire postale a été permis par la connaissance des lieux d'archives à Liverpool.


Le second exemple est proposé par Malcolm Givans et son essai de retrouver des connaissances sur les gravures commandés à Daniel J. Pound (1820-1894) par l'imprimerie De La Rue pour les timbres britanniques et de coloniaux.

Retrouver car l'usine et les archives de De La Rue furent détruites lors des bombardements allemands de décembre 1940. L'auteur rappelle que l'histoire de plusieurs timbres-poste, de leur genèse à leurs tirages, est inconnue ou partiellement reconstituée avec les archives survivantes et, surtout, grâce à l'études des timbres, blocs et feuilles, mais aussi de diverses traces actuellement dans des collections privées : brouillon et essai d'artistes ou d'imprimeurs.

Et, dans le cas de David J. Pound, Givans explique en introduction que la biographie permet d'identifier le graveur archivistiquement inconnu de plusieurs effigies philatéliques de la Reine Victoria, par le suivi de sa sociabilité dans le monde de l'édition londonienne, ses relations avec Warren De la Rue et en observant avec attention les très nombreux portraits réalisés par Pound avec ceux effectués au fil des contrats de De La Rue avec les administrations postale et coloniale.

Et ce, jusqu'à plusieurs détails : comment Pound est sûrement le graveur du premier portrait gravé spécialement pour les timbres d'Inde de l'East India Company en 1857 suite à l'interdiction de Londres qu'elle continue à utiliser l'effigie du timbre de 1840. Givans a reconstitué les possibilités de quel graveur : Russell de De La Rue était très occupé notamment par les ouvrages d'astronomie de Warren ; ce dernier voulait peut-être tester un nouveau graveur, que son nom apparaît sur un essai de portrait qui a survécu au Blitz et qui est identique à un essai de timbre et à un timbre-télégraphe.

Avec la prudence d'une interprétation des documents accessibles - ce qu'il écrit explicitement permettant de replacer les publications précédentes en perspective -, il estime que c'est Pound - avec pour consigne à Bigola de l'imiter ensuite - a aussi gravé le portrait de timbres britanniques de la seconde moitié des années 1860. Tout en travaillant sur les profils des années 1880, Pound aurait aussi formé un imprimeur de De La Rue, David Turner, qui put ainsi devenir graveur en chef en 1890.

Une très intéressante approche historique et sociologique de la société victorienne, notamment les loisirs une fois la vie quotidienne assurée par le travail.

Enfin, cet article vaut - au sens « a de la valeur » - par sa liste de références, de sources et de notes complémentaires permettant d'aller vérifier par esprit critique et d'en apprendre encore davantage.

dimanche 13 novembre 2022

Enveloppes scolaires de Côte d'Ivoire et de France

 Il faudra aux collectionneurs de la Côte d'ivoire avoir des enfants scolarisés en Côte d'Ivoire ou des correspondants-parents d'élèves pour obtenir ces courriers proposés par cette offre de La Poste de Côte d'Ivoire.

Affiche publicitaire de La Poste ivoirienne (Twitter, douze novembre 2022).

À l'approche de la rentrée scolaire, La Poste propose de commander trois « enveloppes personnalisées » à l'adresse des parents d'élève et de les délivrer directement à l'établissement scolaire de ce dernier.

J'imagine qu'il s'agit des enveloppes requises pour recevoir ensuite les bulletins trimestriels.

Enveloppes repiquées d'un collège français, affranchies avec les Mariannes du moment et oblitérées des deux flammes successives du bureau de poste de Lattes, dans l'Hérault.

Cela a existé en France : dans les années 1980-1990, mon collège demandait de timbrer et compléter l'adresse parentale de trois enveloppes au nom de l'établissement... Jusqu'à les associations de parents d'élèves rappellent la gratuité de l'école publique, imposant aux établissements de prendre en charge l'affranchissement et le publipostage (impression d'autocollants), louer des machines à affranchir...

Jusqu'aux années 2020 où s'impose désormais la consultation sur le logiciel de suivi scolaire par les parents, à charge pour eux d'imprimer les bulletins au format pdf. D'ailleurs, signalons qu'un des principaux fournisseurs de logiciels, Index-Éducation, est depuis 2020 une filiale de Docaposte, filiale numérique de La Poste française.

Formulaire de commandes des trois enveloppes timbrées pour scolaire sur le site de La Poste ivoirienne (consulté le treize novembre 2022).

Le formulaire de commande demande des informations de l'élève et de l'établissement, dont le matricule et la classe du collège au lycée. Cela semble être la personnalisation évoquée sur l'affiche.

Sur la publicité, le timbre-poste visible est une émission en hommage à Gandhi sur fond de carte tricolore de la Côte d'Ivoire, émis en 2019 dans une série de deux d'après la base de données Colnect.

Est-ce à dire que le tarif postal intérieur n'a pas changé : deux cents cinquante francs CFA ? Est-ce un timbre collé ? Ou un entier postal ?

Un parent d'élève ivoirien ou un collectionneur de courrier de Côte d'Ivoire répondra un jour à la question ? Très vite si cette offre existait déjà auparavant.


Pour l'enseignement supérieur, La Poste ivoirienne proposait également ,en octobre, l'expédition des rapports de stage des étudiants en Brevet de technicien supérieur vers la Direction des examens.


Que ce soit La Poste française avec ses serveurs au service des écoles, ou La Poste ivoirienne avec ses services tous azimuts, il s'agit bien pour l'ensemble des opérateurs postaux mondiaux de rester à la page et de ne pas disparaître face aux communications électroniques ou à la concurrence des messageries privées.

Suivre les fils Twitter des postes d'Afrique, de l'Union postale universelle et de ses membres continentaux permet de voir de nombreuses stratégies apparaître au fil des années : correspondre aux usages téléphoniques des usagers (suivi des courrier et colis par sms, site web sur smartphone), de leurs besoins financiers (la banque postale par sms),...

Voire plus simple : comment rentabiliser ses camions postaux ? Proposer des services de déménagement, annonce La Poste ivoirienne. Sont-ce des camions loués aux particuliers et entreprises ? Est-ce de la rentabilisation d'espace vide : autant que le camion soit plein de courrier, colis et de biens déménagés ?

Je pense que l'étude postale ivoirienne et française dépasse désormais largement l'émission de timbres-NFT ivoiriens de 2022 ou français de 2023.

vendredi 31 décembre 2021

De la bibliophilie philatélique

 Je ne savais pas trop à quoi m'attendre quand j'ai pris l'abonnement à The Philatelic Literature Review en 2017, inspiré par l'inauguration en 2016 de la nouvelle bibliothèque de l'American Philatelic Society dans une ancienne fabrique d'alumettes, à Bellefonte, en Pennsylvanie.

Ces deux dernières décennies, je tends davantage à lire magazines et livres philatéliques, à postcrosser quand j'y pense, à m'amuser des formes actuelles du courrier sur ce blog, et, un peu rarement, à collectionner et étudier les éléments de cette collection.

Lire une revue consacrée aux livres et à la documentation philatélique s'est donc avérée une expérience intéressante : historique des premiers ouvrages et catalogue, récit de la constitution de grandes œuvres et de leurs sources, biographie des bibliophiles et auteurs importants, interrogation sur l'indexation à l'ère d'internet,...

La couverture du quatrième numéro de 2021 de The Philatelic Literature Review, mettant en avant la vente Turner et les souvenirs de marchand bibliophile Bill Hagan.

En plus de l'actualité du réseau de la Global Philatelic Library et des acquisitions de l'American Philatelic Research Library - le nom officiel de la bibliothèque de l'APS, l'adhérent-chercheur appréciera l'accès à des ventes d'ouvrages entre membres et, sur devis, à la recherche à distance à l'aide des bibliothécaires-documentalistes sur place.

The Philatelic Literature Review est une excellente parenthèse trimestrielle parmi les articles sur timbres et histoire postale de type « Trouvons tous les types du catalogue » - ce qui demande en effet une lecture pertinente de nombreux ouvrages, alors : Citez vos sources ! -, surtout depuis que Abhishek Bhuwalka y publie des entretiens avec des marchands spécialisés en littérature philatélique.

Le dernier en date est paru dans le numéro du dernier trimestre 2021 : les souvenirs de carrière de William Hagan (né en 1940) dans les années 1970 et 1980. Il s'illustra entre autres dans une rubrique de la PLR sur les tendances des prix des ouvrages philatéliques.

Ce qui est un point de départ intéressant pour les leçons qu'il partage au fil de l'entretien sur les questions que les bibliophiles et les collectionneurs de timbres et d'histoire postale devraient se poser avant d'acheter quoique ce soit. Ainsi, pour certains ouvrages publiés par épisodes sur abonnement, quel est le degré de complétude de l'accumulation proposée dans une vente ? Pour des publications comprenant des reproductions de timbres collés ou des créations de faussaires célèbres, quelles figurines s'y trouvent ? Un propriétaire précédent ne s'est-il pas servi pour compléter sa propre collection ?

À destination du public général, c'est une leçon généralement admise que Hagan rappelle, mais fort opportune à répéter en ce jour de bilan qu'est le trente-et-un décembre. La bibliothèque d'une personne cédant une collection et la manière dont il va l'utiliser devant le potentiel marchand pour prouver comment cette bibliothèque justifie l'intérêt de la collection est un élément essentiel qui distinguera l'évaluation basse - et très rapide - d'une collection revendue en bloc d'une évaluation fort correcte à finaliser lors d'une vente aux enchères.

Accumuler sans savoir, sans mettre en forme, sans faire savoir ne permet pas de revendre à bon prix.

 Lectures et études permettent cela, d'où l'intérêt de la bibliothèque personnelle et des multiples adhésions aux sociétés variées dotées d'une bibliothèque collective et du réseau de connaissances - dans tous les sens de ce dernier terme.

Et, par l'histoire de la dispersion aux enchères d'une importante collection bibliophile, Hagan explique le principe économique sous-jacent : décrire un lot pour une vente prend autant de temps que le lot ait une valeur potentielle seul ou dans un vaste ensemble. Donc, le temps coûtant de l'argent, quand il n'y a plus assez d'argent pour justifier de repousser la vente, on liste des cartons entiers sans vraiment savoir ce qu'ils contiennent.

L'abonnement à The Philatelic Literature Review est possible sans forcément adhérer à l'APS ; cette dernière adhésion comprend cependant le mensuel The American Philatelist, un marché entre membres et un service d'expertise. Les articles publiés de Abhishek Bhuwalka se trouvent par ici, et ses activités aussi sur son fil Twitter et son blog The Philatelist.

dimanche 13 mai 2018

La « philatélie frugale », une nouvelle génération d'exposition ?

Comment convaincre des collectionneurs et philatélistes à exposer ?

Innover avec ce qui existe déjà
Dans l'éditorial de La Philatélie française daté mai-juin 2018, Bernard Jimenez rappelle les innovations que plusieurs fédérations apportent aux règlements de leurs compétitions pour attirer plus de participants aux niveaux départementaux et régionaux.

Avant de généraliser ces innovations aux échelles continentales et mondiales.

En France, la Fédération française des associations philatéliques a encouragé l'ouverture des collections exposées vers tout ce que nous collectionnons, nous les « collectionneurs de collections » (copyright : ma maman, joyeuse fête des mères anglo-saxonne) : classe ouverte avec les étiquettes marchandes, les tickets de transport, les pin's, médailles et monnaies, etc., l'errinophilie au-delà des timbres fiscaux et socio-postaux, et, dernièrement, la thématique à partir des oblitérations commémoratives.

Pour la première et cette dernière, ce sont bien des collections et des souvenirs dénigrés dans les travées de Paris-Philex 2016 et les réunions d'associations philatéliques, mais que débutants, collectionneurs passionnés et philatélistes amateurs achètent, possèdent, se font même offrir par les institutions philatéliques pour les attirer au loisirs.

Mais que les marchands et philatélistes exigeants ne veulent pas considérer. À juste titre ou pas... le débat est à ouvrir selon quelles règles compétitives, commerciales, lexicales ou postohistoriques les intervenants jouent : voir l'échange sur les Mariannes des salons sur le blog Les News du phospho.


Encore un stampede à Adelaide ?
Jimenez annonce qu'il évoquera au congrès de la FFAP le samedi neuf juin prochain, une initiative océanienne visant à abattre un autre biais de la philatélie de Première Ligue : il faudrait être riche pour obtenir une médaille d'or et un grand prix en exposition internationale.

D'une ligne, il lance le nom de la nouvelle « philatélie frugale ».

...

Non, Monsieur Jimenez ! Je suis de la génération du streaming et du binge watching (avec achat des dvd pour les meilleures séries télévisées), donc non, votre stratégie du cliffhanger ne passera pas par moi ! Je n'attendrai pas la publication de la captation du congrès pour enquêter sur cette nouvelle bestiole exposante, dont la piqûre pourrait transformer le petit collectionneur que je suis en Spider-Man de la compétition. Où est mon Baygon vert ?

Après recherche sur la Toile, la frugal philately en anglais semble être apparue en Australie et en Nouvelle-Zélande.
Les règles expérimentales de la nouvelle classe (site de l'Australian Philatelic Federation, février 2016).

Ainsi, un document de février 2016 (attention : fichier pdf) de la fédération australienne présente le principe et les règles souplement rigides ou rigidement souples de cette nouvelle classe expérimentale.

Afin d'éviter que le collectionneur soit inquiet de l'ampleur du nombre de pièces nécessaires, une collection frugale sera constituée de trois à cinq panneaux. Néanmoins, les critères d'évaluation restent les mêmes : qualité du traitement du sujet, de son importance, des connaissances et recherches mises en œuvre, condition des pièces.

Toutefois, le règlement devient strict, et même très pénalisant sur un point précis.

Les téléspectateurs français des années 1990 se souviennent du critique culinaire Jean-Pierre Coffe et de sa participation dans l'émission du midi La Grande Famille à la grande époque rebelle de Canal Plus : il imposait à un chef ou une célébrité de préparer un bon repas de fin de semaine - j'ai épuisé mon quota de franglais - pour un maximum de deux cents francs.

Et bien, le collectionneur frugal garantit que les pièces de son exposition de qualité ne valent collectivement pas plus de mille dollars australiens, au risque de nombreux points de pénalité !!!


Quelques traces pour une future épistémologie de la frugalité
En continuant avec les autres résultats de Google, le règlement de la fédération néo-zélandaise précise le rôle des juges pour apprécier la chute de points... Je pressens les débats valeurs/cotes que cette classe pourrait ouvrir entre collectionneurs et juges d'abord, puis entre collectionneurs, marchands et catalogues de cotations : « Comment ça mon Vermillon dépasse le quota ! Mais regardez ! Achetez dix euros chez mon cousin Trucmuche ! »

Planqué sur le site d'une université portugaise, la copie pdf d'un article du vice-président de l'Australian Philatelic Federation, John MacDonnell, apparemment pour une revue philatélique portugaise, conte les débuts de la philatélie sociale et de la philatélie frugale. La seconde est initiée à l'exposition de Canberra de 1996. Les juges notaient selon le barème de la classe habituelle, puis la valeur était estimée par des marchands. Nouveau débat : les négociants doivent-ils se mêler de l'exposition ? Les choisis seront-ils parmi les sur- ou les sous-évaluateurs ?

MacDonnell explique que les premiers intéressés furent les historiens postaux de la mécanisation du courrier, sans dire dans cet article-là pour quelles raisons. Valeurs faibles à cause du faible développement des catalogues sur ces questions ? Difficulté à atteindre le nombre de pages règlementaires des classes traditionnelles ?


Et de la diffusion de la philatélie frugale au-delà de l'Australasie ?

À coup sûr la France très prochainement à cause de/grâce à Bernard Jimenez - choisissez votre locution selon votre avis lors de la première expérimentation nationale. Mais déjà, en 2010, Stamps of India, une exposition nationale indienne proposait cette classe avec un maximum de deux mille roupies par panneau, le jury estimant la valeur marchande avant l'exposition.

Cette collection encouragera-t-elle davantage de collectionneurs à conserver leurs factures et à de nombreux marchands à en établir d'ailleurs ?

À suivre...

Complément du vendredi treize juin 2017
... ou pas.

mardi 17 avril 2018

Quinze premiers jours d'avril en Philatélie

L'avantage d'un réseau social aux participants mi-professionnels, mi-amateurs comme Twitter est de continuer à suivre l'actualité ou de découvrir des connaissances nouvelles alors que je n'ai en ce moment peu de temps pour écrire sur ce blog.

Questionnement métaphysique autour de l'oblitération au feutre :
À force de recenser les annulations de timbres britanniques au stylo ou au feutre par les postiers et facteurs de Royal Mail, Ian Billings se demande le samedi trente-et-un mars si les timbres d'entraînement du Post Office vendus comme tels par les marchands, ne seraient pas de banales oblitérations au feutre - quoique réalisées d'une ligne bien droites verticalement ou horizontalement au milieu du timbre.



Film épistolaire à Guernsey :
À l'occasion de la sortie de l'adaptation cinématographique du roman de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows le vingt avril prochain outre-Manche, le service philatélique de Guernsey met en vente des souvenirs avec oblitération spéciale de sa série de timbres de 2011.


À travers un échange épistolaire entre deux amies, The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society raconte comment un groupe d'Îliens parvient à berner l'occupant allemand sous couvert d'une société litéraire où ils partagent lectures et tarte d'épluchures de patates.

Pour un rappel des tragédies de l'occupation nazie des îles Anglo-Normandes, revoir la conférence de Ron Brown à la Royal Philatelic Society London en septembre 2016.

Histoire postale française de part le vaste monde :
Le mercredi quatre avril, l'Indien Mani Muthukrishnan signale une enveloppe, pièce pionnière des tout premiers vols de poste aérienne. En 1911, le pilote français Henri Péquet la transporte, avec quelques milliers d'autres, sur treize kilomètres en treize minutes entre Allahabad et la gare de Naini, dans le cadre de l'exposition universelle, avant qu'elle ne parte rejoindre Zürich par les moyens plus habituels de l'époque.



Nouvelle illustrée entre curiosité, inquiétude et Blair Witch Project :
On découvre aussi, hors philatélie, de petites pépites d'inventivité utilisant tous les atouts de l'outil twittant : le vendredi treize avril, Gawanmac raconte une courte randonnée dans une forêt grand-bretonne dans le but de découvrir quel lieu de culte se trouverait au milieu de la campagne.


Simple marche en forêt vers une chaleureuse petit église rurale ou errance au risque de croiser les sorcières d'Hamlet ? Labyrinthe sylvestre sans conséquence du dernier Legend of Zelda ou plonger dans l'effroi du Projet Blair Witch ?

Correspondre tu t'obligeras, une réponse viendra :
Plusieurs exemples de correspondances parviennent dans la presse ou les réseaux sociaux, à la surprise des destinataires et même des expéditeurs : écrire une lettre sur du vrai papier authentique à un magazine de jeux vidéos, remercier un auteur de bande dessinée pour les émotions qu'il offre et recevoir un dessin dédicacé (lire aussi dans Ouest France).

samedi 24 mars 2018

La poste iranienne face à la cartographie du Cachemire

Découvert grâce au fil Twitter de Better Philately, blogueur spécialisé dans les États-Unis et l'Inde, le Nouvel An perse, Norouz, est célébré au moment de l'équinoxe de printemps dans douze pays et deux régions de l'Asie centrale à l'océan Indien, de la Turquie à l'Inde, bien au-delà de l'Iran.
Le timbre iranien de la célébration globale de Norouz de 2016, à donner des sueurs froides aux Indiens (via le fil Twitter de BetterPhilately, vingt-et-un mars 2018).
Comme ces dernières années, la République islamique d'Iran tente de devenir un acteur notable de la région face à d'autres puissances, il n'est pas surprenant que le pays perse marque d'un timbre l'ensemble des pays où le Nouvel An perse est fêté.

Cela donne ce timbre de 2016 avec carte des douze pays (mais sans les régions russe du Daghestan et chinoise du Xinjiang également concernées) et leurs drapeaux. Notons l'insistance à nommer une seul objet géographique en anglais : le golfe Persique... après quelques débats avec ses voisins irakiens sous Saddam Hussein et arabes de l'autre rive sur l'adjectif.

Sauf que l'illustrateur a buté sur l'Inde. Certes, il a cartographié le Cachemire d'après les limites du contrôle effectif que l'Inde, le Pakistan et la République populaire de Chine ont sur cette région disputée depuis la partition de 1947 : à majorité musulmane alors gouvernée par un roi hindou.

Pire, et plus étrange : les États de l'est indien sont omises... tout comme la partie européenne de la Turquie (Thrace orientale) paraît atrophiée. L'illustrateur a-t-il utilisé une carte avec une projection imitant au mieux le globe et qui lui aurait caché ces extrémités de la carte ?

Variante verdoyante et géopolitiquement plus correcte de 2018... quoique : où baignent les poissons ? (via le fil Twitter de BetterPhilately, vingt-et-un mars 2018).

Deux ans après, nouveau timbre apparemment sur le même modèle - et avec la présidence Trump en embuscade... - et des améliorations : le Cachemire est dissimulée sous le ruban du cadeau de la fertilité printanière...

Mais le fond de carte n'a pas changé : Thrace orientale et Est indien sont toujours porté disparus. Même des poissons atteignent Calcutta par le Bangladesh.
Le feuillet iranien de l'émission conjointe sur la liaison maritime indo-iranienne, essentielle pour contourner le Pakistan et les ambitions chinoises (communiqué de presse de la poste iranienne, quatre mars 2018).
Dur, dur d'éduquer les peuples à la cartographie sur un document à valeur officielle et diplomatiqe, surtout que, fin février dernier, le Premier Ministre indien Narendra Modi et le Président iranien Hassan Rohani ont dévoilé ensemble l'émission conjointe sur la liaison maritime entre leurs ports de marchandises de Chabahar, dont le développement fut financé par des capitaux indiens, et de Kandla.

Pas le moment donc de vexer son partenaire commercial.

Les curieux se référeront au numéro consacré au Baloutchistan par le Dessous des cartes, diffusé sur Arte le samedi trente septembre 2017 et évoquant ces questions portuaires et les investissements portuaires chinois à Gwadar, au Pakistan, à cent kilomètres à vol d'oiseau de Chabahar...