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samedi 20 juin 2026

Des accompagnements variés pour une série coréenne sur le service militaire

 Du onze mai au seize juin 2026 dernier, le groupe de télévision sud-coréen tvN a proposé deux fois par semaine un épisode de La Légende du soldat cuisinier, inspiré d'une bande dessinée.

Sur une des affiches promotionnelles, le héros Kang Seong-jae en apprentissage, avec un élément graphique peu réaliste : un écran virtuel...

L'intrigue apparaît simple pendant le début du premier épisode. Classé dépressif et accroc aux jeux vidéo, Kang Seong-jae décide d'effectuer son service militaire malgré la mort récente de son père, un ancien restaurateur. Il est affecté à un avant-poste entre des montagnes forestières et la mer.

Inquiet de son état mental (d'où le smiley épinglé sur son uniforme), le capitaine décide de l'envoyer comme soutien à la cuisine puisque c'est le métier de ses parents... à l'étonnement du sergent-chef qui imagine de suite les couteaux, les gazinières, etc.

Et, héritage de la bande dessinée, perdu dans ce nouvel universel dont il s'efforce les règles à la lettre (dont le fait de clamer son grade et son nom à chaque appel par un soldat plus gradé), un écran virtuel doté d'une voix féminine émerge ponctuellement, et la première fois quand il se retrouve seul dans la réserve pour sa première corvée : remettre en ordre le stock et à jour le tableau d'inventaires.

L'écran lui signifie qu'il a démarré le parcours pour devenir un chef cuisinier, que chaque action réussie rapportera des points d'expérience, avec lesquels il perfectionnera ses techniques et pourra apprendre de nouvelles recettes. Ce qui va se révéler essentiel pour les premiers épisodes : le sergent commis à la cuisine est dans l'impatience de sa libération du service et fait si peu d'effort que le vendeur ambulant autorisé par l'armée s'enrichit à chaque passage dans cet avant-poste.


Extrait d'une dégustation d'un plat de Kang Seong-je, rappelant la vie civile, boîte aux lettres rouge incluse (extrait du sixième épisode : un clip de K-pop pendant une simulation de campagne militaire... Hein ?!!  À revoir sur YouTube).

Une banale série sur le service militaire, le différentiel entre le vécu des sous-officiers de carrière et le lent roulement des soldats en service, obéissant avec plus ou moins de plaisir à la vie ordonnée pendant plusieurs mois ?

Comme l'illustre l'image ci-dessus, la série est ponctuée d'hommages ou de caricatures de nombreux genres artistiques. Ici, les soldats et Kang interprètent un clip façon k-pop aux couleurs pastel : la cuisine du dernier arrivé leur évoquant tellement la vie douce à la maison. Une boîte aux lettres standard pour Korea Post est présente avec le logotype de l'entreprise remplacé par des couverts.

Le film de guerre du Pacifique avec débarquement sur la plage, policier contre un Arsène Lupin, « voleur de riz », de gentils contre des gangsters, le Paris ou l'Espagne des touristes et du cinéma d'antan.

Le clip k-pop est devancé par le concert de hard rock à guitares électriques qui hurlent autant que le chanteur pour un épisode où l'avant-poste se demande que faire d'un pêcheur nord-coréen trouvé éperdu après une tempête.

Un nombre de styles aussi grand que les condiments (huiles, pâtes et poudres variées et épicées) et les accompagnements d'un repas d'Asie de l'Est, ces petits plats composant les à-côtés du plat principal et du riz, kimchi en tête.


Tous les styles y passent avec réalisme, mais surtout grandiloquence quand cela permet de ridiculiser les puissants.  

Dans la série, ce sont les trois officiers généraux de plus en plus hiérarchiquement haut, ainsi qu'un politicien qui débarquent toujours à l'avant-poste avec des idées pré-conçues sur les capacités culinaires des soldats du service obligatoire.

Là, le registre de la publicité ciblant déjà, de manières ridicules, les femmes ou la croyance dans la supériorité de la France louis-quuatorzienne à chefs étoilés sont développés, y compris pour convaincre le chien-fétiche d'un général de la qualité des boulettes de viande improvisées par Kang.


Une série à la fois éducatrice sur le service militaire coréen, comédie sur les soldats face à leurs officiers généraux, mais aussi un drame familial à dénouer pour Kang, façon rites de passage inspirés des jeux vidéos, et policier pour faire tenir l'ensemble avec un objectif collectif car il faut bien un méchant.

Et que la nourriture est indispensable au combattant !


Pour le public français, la série de douze épisodes d'une heure est visible sur la plate-forme RatukenViki, ainsi que, selon les régions mondiales, plusieurs autres sites d'abonnement de vidéo à la demande.



Note sur les grades militaires (oui, enfant, j'ai lu et relu les pages illustrées du dictionnaire Larousse) : d'après un article de la Wikipédia en coréen, les appelés du contingent en Corée du Sud passent les premiers grades selon un calendrier basique de seconde classe à sergent.

Les engagés volontaires et les militaires professionnels ont plusieurs grades de sergent avant de passer dans la grille des sous-officiers.

À cela s'ajoute, comme montré dans la série, l'aspect social de respecter ses aînés par âge ou longueur de service, après le respect du grade militaire. D'où les moqueries du capitaine de l'avant-poste, jeune et ambitieux, à son sergent-chef, bien plus âgé, mais qui ne semble pas vouloir aller au-delà de ce grade.

Mais aussi pourquoi un des sergents conscrits hostile et le sergent commis à la cuisine se chamaillent en égaux, donc en vain puisque ni le grade, ni l'âge ne leur permettent de prendre le dessus sur l'autre militairement ou socialement.

mercredi 22 avril 2026

La Sky Post au sommet de la Tour Namsan à Seoul

 Enfin, j'arrive à écrire cet article sur une des meilleures expériences de mon séjour en Corée, en juillet 2024 : le magasin de souvenirs et son service d'aide à l'envoi de cartes postales au sommet de la Tour Nansam à Seoul.

La tour de télécommunications sur fond nuit aux monuments de Seoul, avec timbre personnalisé de la boutique de souvenirs au sommet de la tour (tous droits réservés).

La N Seoul Tower se trouve sur la rive droite du fleuve Han, sa partie historique et touristique, au sommet d'une forêt fort humide en juillet (littéralement, la colline dégouline d'eau dès qu'on sort des chemins balisés). Pour y accéder, un téléphérique puis l'ascenseur sans fenêtre de la tour.

La boîte aux lettres rouge de la Skypost : la boutique de souvenirs assurant la redescente des cartes postales qu'on lui a achetées (photographie sous licence creative commons cc-by-nc-sa).

Ainsi, le jeudi vingt-cinq juillet 2024, j'ai gorgé de sueur mon premier des trois t-shirts de la journée à atteindre la base de la tour. Avec le second t-shirt, j'ai pu admirer la plaine urbanisée de la capitale coréenne tous azimuts.

Quelques commerces sur cet étage panoramique : vente des photographies des visiteurs au rez-de-chaussée, un café, des bonbons, et une boutique de souvenirs au personnel fort commerçant.

La table de correspondance de la Sky Post avec bâton de colles à disposition et autocollants offerts (tous droits réservés).

Outre les t-shirts touristiques, petits objets coréens, de nombreuses cartes postales réjouiront ceux qui veulent poster un souvenir depuis la tour puisque seules les cartes postales achetées au magasin de souvenirs peuvent être postés dans la boîte rouge, comme l'indique le mode d'emploi en coréen et en anglais.

Deux exemples d'affranchissement, dont un avec les autocollants à disposition.

La boutique vend des timbres personnalisés à l'image de la tour et de son panorama. Officiellement, il faut deux timbres pour la carte internationale... Mes achats (et une petite maîtrise du coréen) m'ont permis de me faire offrir une dizaine de timbres à cent wons pour éviter le sur-affranchissement de cartes affranchis avec des timbres de cinq cents wons...

Mais, ci-dessous, je comprend que j'ai utilisé ces timbres inutilement avec ce petit oiseau noir au bec bleuté. Vous ai-je déjà dit qu'il fait chaud et humide en juillet en Corée ?

Deux duos timbre personnalisé - timbre oiseau reçus par la suite.

Postées donc le vingt-cinq juillet, les cartes que j'ai reçues directement ont été oblitérées le lundi vingt-neuf au centre de tri SL.YONGSAN, c'est-à-dire dans le district voisin de Namsan, avec nombre de services gouvernementaux et la base militaire des États-Unis, ainsi que des musées importants et le quartier festif d'Itaewon.

L'oblitération paraît destinée au courrier international, en alphabet latin et la mention du pays en langue anglaise.

L'ensemble de cartes postales personnelles et Postcrossing envoyées depuis la N Tower (tous droits réservés).

L'expérience d'envoyer des cartes postales depuis le sommet de la Tour Namsan tient donc autant sur le site et dans les petits cadeaux proposés par la boutique : plaquettes d'autocollants tous mignons, prêts de stylos et de colles, etc. Et d'éviter de faire un tour bien trop rapide de ce panorama séoulite.

Pour les cartes Postcrossing, j'ai profité du Travel Mode : pendant un voyage hors de votre pays d'inscription, le site d'échanges en aveugle vous localise là où vous êtes et vous attribue un code lié à ce pays.

Cela permet ainsi d'équilibrer un peu les pays d'émission et de réception, ainsi que les motivations d'envoi. Ici, les destinataires postcrosseurs ont profité de vues artistiques de la tour, la forêt de Namsan et Séoul. Et pour certains de timbres personnalisés par la boutique de souvenirs.

Plus chères à l'achat et à l'affranchissement, mais typiquement coréen : des cartes à hanbok en tissu sont également proposées (tous droits réservés).


Les randonneurs peuvent ensuite profiter des chemins aménagés de Namsan pour redescendre (ou monter à l'aller...) en faisant plus attention que moi : bord de chaussée, chemins balisés, voies plus sauvages, j'ai évidemment raté un virage et découvert le principe d'humidité d'une forêt quasi-tropicale : elle suinte de partout.

Arrivé au restaurant sur les pente d'Itaewon, j'ai ainsi étrenné mon troisième t-shirt quotidien avant de passer l'après-midi dans plusieurs musées historiques climatisés.

dimanche 12 avril 2026

Un ancien facteur, signe de l'ascension sociale coréenne dans un k-drama

 Petite surprise au tout début du douzième épisode sur seize du feuilleton sud-coréen, Shopping King Louie de 2016 du groupe MBC, une des mères de personnage est montrée jeune attendant avec impatience l'arrivée du jeune facteur de son quartier.

Encore facteur inexpérimenté dans les années 1980, le père d'un des personnages secondaires de Shopping King Louie (capture d'écran du douzième épisode, 2016).

L'introduction lance le rôle de messager que va porter le héros, Kang Li-sung dit Louie, au cours de l'épisode au bonheur de sa bien-aimée, une rurale des montagnes venue et obligée de trouver travail dans la capitale.

Le jeune facteur porte un uniforme brun clair aux logotypes de triple oiseaux postaux que la poste coréenne a utilisé de 1983 à 2010. Les photographies d'uniformes postaux sud-coréens et le résumé en anglais d'un article sur le changement d'uniforme en 2000 montrent l'aspect militaire de ce costume après la guerre de Corée avant le passage à des tenues logistiques plus confortables et visibles au milieu de la circulation routière.

Pourquoi rappeler comment un des couples de parents de la série se sont rencontrés ? Et pourquoi rappeler que l'ambitieuse épouse a réussi à faire de son mari un directeur de bureau de poste ?

Car la série, assez optimiste, montre les possibilités d'ascension sociale pour tous dans la société coréenne, malgré les ambitions dévorantes de l'élite dirigeante, se pensant nouvelle noblesse hériditaire.

Louie est ainsi né avec une cuillère en or dans la bouche, mais orphelin, il n'en vit que dans une bulle d'achats luxueux loin de sa grand-mère endeuillée. Arrivé brusquement à Séoul, il est victime d'un accident mortel à la coupable joie du directeur de la compagnie... jusqu'à ce qu'il réapparaisse faisait la manche sur la principale place de la ville, où il est recueillie par Ko Bok-shil.

Celle-ci a quitté la petite maison de montagne d'où elle vit de la récolte de ginseng sauvage. Le dernier qu'elle a trouvé, vendu à crédit à un cadre dirigeant de la compagnie déjà évoquée (le fils du couple postal), lui permet de survivre dans la jungle urbaine.

Jusqu'à ce douzième épisode, la mère du cadre et son époux obéissant sont un des ressorts comiques du drame de l'amnésique bouleversant les plans de son « oncle », jusqu'à montrer les stratégies matrimoniales des familles ayant vécu l'émergence économique de la Corée et souhaitant encore mieux pour leurs enfants et petits-enfants.

Évidemment, les numismates verront pièces de monnaie et billets de banque de toutes les valeurs faciales possibles, entre les besoins de Louie sans mémoire ni toit - ni aucune conscience de la nécessité de travailler, même pas au ménage de l'appartement... -, et le coût liquide des manigances de millionnaires.


Shopping King Louie est visible sur la plate-forme de vidéo à la demande Rakuten Viki.

vendredi 10 avril 2026

Le Magasin de lettres de Séoul, roman de Baek Seungyeon

 Publié en Corée en 2024, le roman Le Magasin de lettres de Baek Seungyeon a fait l'objet d'une traduction française par Irène Thirouin-Jung et parue en août 2025 aux éditions Nami.

Le titre original, 편지가 글월, se traduirait par « La lettre est écrite », une action essentielle au sein de la papèterie, lieu principal de l'intrigue.

Couverture de l'édition française : le chat est une liberté de l'illustrateur.

Au début du roman, cela fait une semaine que Hyoyeong travaille dans un magasin spécialisé dans le matériel de la correspondance écrite, ouvert à l'étage d'un immeuble par un camarade de ses études de cinéma. Un an avant, elle a dû interrompre à celles-ci suite à un drame qui a endetté sa sœur et ses parents.

Toujours déçu et marqué par cela, elle découvre progressivement ce lieu, que le titre allemand décrit comme « le magasin de lettres dans lequel le temps est suspendu », aux rituels apaisants : ranger les papiers et enveloppes décorés, préparer manuellement une partie au comptoir, comprendre le but de la correspondance des clients, rédiger à la main les reçus... tout en regardant le paysage des collines boisées de la banlieue.

Tout a été fait pour inciter à l'écriture aux autres, y compris le parfum d'ambiance, et une grande table d'écriture. Les clients peuvent même, contre le prix de l'affranchissement postal, laisser leur missive qui sera amené au bureau de poste du quartier, dont la jeune employée se prend de curiosité pour ce magasin.

Particularité du lieu, qui en une petite année va lier encore davantage l'héroïne, le lieu et ses clients réguliers : le Service de correspondance et son meuble composé de niches dans lesquelles reposent parfois des enveloppes illustrées par un correspondant.

Contre une somme modique, celui-ci a pu coucher sur le papier ses émotions ou pensées du moment, à destination d'un autre client inconnu du service. Car on ne peut lire une de ses lettres que si on en a rédigé et déposé une. Seuls, les employés ont l'identité des correspondants, conservée dans un registre afin de les prévenir que leur lettre a été retirée ou s'ils ont eu une réponse.

Ainsi, au fil du roman, les clients sont des personnages à part entière de l'intrigue, souvent curieux et enthousiasmés de ces échanges.

Seule, Hyoyeong semblent ne pas vouloir participer elle-même à l'écriture... face au passé et à sa sœur.

Un message glissé dans le roman par l'éditeur Nami pour la publication.

Dans l'ouvrage se trouve un message sur un beau papier de la maison d'édition française : un échange de lettres entre lectrices, imitant le service de correspondance du roman.

Le mode d'emploi de l'échange de correspondance.

Je ne sais si c'est spécifique à l'éditeur français ou créé par l'autrice et son éditeur coréen, mais ce petit jeu rappelle qu'il y a bien deux magasins de lettres, à Séoul, qui ont inspiré ceux du roman.

De plus, les lettres des clients de fiction sont largement inspirées de celles que des clients de ces magasins ont accepté de rédiger pour accompagner l'œuvre de Baek Seungyeong.

Pour les curieux de la société sud-coréenne ou de l'Asie de l'Est, le roman croise en arrière-plan plusieurs des problématiques locales : la réussite scolaire et professionnelle, la vision négative au premier regard de certains métiers (dont employé de magasin ou créateur de webtoons), la vie quotidienne des écoliers jusqu'aux retraités dans les quartiers périphériques des grandes villes, etc.


Pour ceux qui ont accès au centre de Paris, la librairie Le Phenix, 72 boulevard de Sébastopol, dans le troisième arrondissement, est un lieu indispensable pour trouver des publications originales ou des traductions de l'Asie orientale jusqu'aux cultures tibétaines et de l'Inde.

dimanche 29 mars 2026

"Des centaines de souvenirs" coréens d'objets des années 1980

 Diffusée sur la chaîne payante JTBC entre mi-septembre et mi-octobre 2025 en deuxième partie des soirées de week-end, le feuilleton sud-coréen Des centaines de souvenirs (백번의 추억) permet de vivre entre Incheon et Séoul de 1983 à 1989, période de la progressive émergence économique du pays.

Le bandeau de présentation du feuilleton Des centaines de souvenirs sur le site de vidéo à la demande RatukenViki, responsable de la diffusion internationale.

L'intrigue démarre en 1983 en suivant un groupe de jeunes femmes, receveuses d'une compagnie privée de bus urbain à Incheon, alors petite ville à l'ouest de Séoul. Par la porte placée au centre du bus, elles assurent la descente et la montée des passagers, en récupérant tickets ou monnaie.

Une des employées du bureau vérifie les caisses individuelles des receveuses, recomptant la monnaie et vérifiant la validité des tickets (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Vivant en dortoir collectif à l'étage, elles subissent clients, quelques conducteurs séducteurs, mais surtout un directeur odieux tout en aidant leurs familles, souvent modestes, et assurant ainsi les études des petites frères et sœurs.

C'est dans cet esprit d'abnégation et d'espoir que se rencontrent les deux héroïnes : Go Young-rye, l'aînée d'une famille de cinq enfants et étudiante autodidacte, et Seo Jong-hee, à peine arrivée en ville d'un passé inconnu.

Affichage d'un véritable ticket et d'un faux pour alerter, avertir même, les employées (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Pendant la phase d'exposition du premier épisode du feuilleton, les passionnés et collectionneurs de tout ce qui a trait aux transports en commun d'avant les applications sur téléphone, seront ravis. Après un service, les receveuses déposent leur sacoche-caisse à une comptable qui vérifie les montants déclarés en retriant pièces de monnaie et tickets donnés par les passagers.

Des gros plans montrent le doigt protégé de la comptable à cette tâche, entre-coupé de plans sur le rappel de tout ce que les malotrus sont capables de tendre à la receveuse en espérant que l'obligation de maintenir le rythme et la ponctualité de la ligne permette de frauder aisément.

Un panneau de tous les tickets non valides... et emballages de confiseries (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Un grand panneau montre les tickets refusés : d'Incheon mais d'autres compagnies, d'autres villes et régions coréennes, tickets de loterie,... signe de l'américanisation de la société sud-coréenne : emballage de chewing-gum.

Anecdotiques au premier regard pour le spectateur qui va comprendre rapidement que ces objets annoncent la rencontre avec le héros, mêlant fraude, justice, serviette personnalisée,...


Le thème revient régulièrement dans le feuilleton, signe de la volonté des Coréens de se développer avec les États-Unis : méthode de langue, utilisation ponctuelle mais marquée d'expression anglophone : "Alright!" quand la receveuse signale le départ au conducteur, et maints "OK!", "Thank you."...

... et une passion pour la chansons et styles musicaux liés, qu'ils soient états-uniens, ou du pays en langue coréen ou en anglais. C'est dans un tel lieu, le café Vivaldi, où un disc jockey dans sa cabine enchaîne les disques vinyle à la demande des clients.

L'intrigue finit de se développer dans ce café lors d'un rendez-vous arrangé en 2-4 : un groupe de quatre lycéennes rencontrant en public quatre lycéens, dépassant la non-mixité de leurs établissements. Les héroïnes, jeunes adultes, se laissent entraîner pour aider deux lycéennes qu'elles rencontrent entre fin des cours de jour et début des cours du soir.

... Le triangle amoureux est en place pour douze épisodes en deux époques.

L'héroïne composant une carte postale en écoutant la radio : le transistor s'est démocratisé (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Violence économique des petits-chefs et sociale des chaebols de la génération précédente, solidarité au sein de la jeune génération malgré les inégalités de vie et de richesse, la majorité des héros et des seconds rôles essaient de traverser cette émergence de la Corée.

Ainsi, même si les conditions de vie sont meilleures en 1989 - voir l'appartement mieux meublé, plus confortable et des objets de loisirs dont le transistor et le walkman, le travail et l'argent restent une problématique permanente, en plus de ne pas savoir comment commencer une relation amoureuse.

Écoutant une émission radiophonique de la nuit, l'héroïne sort une carte postale du tiroir de son bureau (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Et, c'est là qu'un mystère pour le spectateur va se développer en arrière-plan. Quand la radio se généralise et se démocratise, une émission de nuit revient tout au long de la décennies : celle où un animateur à voix profonde et apaisante lit des messages d'auditeurs, partageant leurss joies et leurs peines, permettant aux inconnus de partager leurs expériences.

En fond de chanson, elle écrit sur une carte postale qu'on ne verra plus... (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Écrire des cartes postales à une émission radiophonique pour partager, ou pour concourir à un prix : déjà vu sur ce blog, en Asie de l'Est dans un jeu vidéo : dans Yakuza 0 de 2015, le héros à peine sorti de prison a besoin d'argent et il découvre un concours de correspondance radiophonique... en 1988-1989 !

Les deux héroïnes à Incheon en 1983, une boîte aux lettres d'époque à l'arrière-plan (photographie d'écran pendant le premier épisode).

En 2026, les émissions de radio et de télévision faisaient encore appel aux spectateurs usent de sms, de courriel, de commentaires en bas de page web.

Dans le feuilleton, c'est subtil et il faut attendre les derniers épisodes pour comprendre la présence des boîtes aux lettres de rue, vert et rouge à l'époque, pourquoi l'héroïne écoute cette émission, rédige de temps en temps une carte postale dont on ne voit jamais la réception, ni le destinataire.

Une série classe ouverte.

dimanche 8 mars 2026

Papier ou numérique : "Aucun autre choix" ?

 Attention au divulgâchage pour ceux qui n'ont ni lu le roman Le couperet de Donald Westlake (1997), ni vu les adaptations cinématographiques de Costa-Gavras (2005) et de Park Chan-wook (2025).


Depuis maintenant un quart de siècle, la démocratisation de l'accès aux réseaux de télécommunication et la capacité de ceux-ci à transporter des données de plus en plus volumineuses et rapidement a lancé ce grand débat de ce qui doit rester sur papier de ce qui peut être relégué à des fichiers numériques.

De là, des conséquences nombreuses ont jailli : effondrement du courrier individuel, développement de la vente individuelle par correspondance...

Mais, comme le rappelle la date de publication du roman The Ax de l'États-Unien Donald Westlake (1933-2008), cela arrive au terme d'une évolution industrielle qui recherche le remplacement de l'ouvrier par la machine... depuis les lourdes charges désormais déplacées par la force de la vapeur jusqu'à l'automatisation avec des robots rendus de plus en plus autonomes par leurs capteurs et les logiciels d'interprétation.

C'est dans ce cadre donc que se place Le Couperet, titre français du roman de Westlake et du film de Costa-Gavras. Pour résumer : un ingénieur papetier, passionné par son métier, le perd dans une des inspirations dont le capitalisme a le secret. Plusieurs mois plus tard, toujours au chômage, le héros décide de rechercher et d'éliminer les concurrents pour cet emploi très spécialisé.

En 1997, la fusion d'entreprises motive le licenciement ; en 2005, c'est la délocalisation de l'usine française vers la Roumanie. En 2025, en Corée, Yoo Man-soo refuse de licencier les membres de son équipe que les actionnaires états-uniens veulent remplacer par l'intelligence artificielle.

Note sur la suite : je n'ai vu en février 2026 que le film franco-coréen... La médiathèque va permettre de mettre les yeux sur le film franco-européen de 2005. Le roman original ou traduit, cela va être plus coton.

Affiche française du film Aucun autre choix de Park Chan-wook, adaptation du roman de Westlake (2025).

Quel rapport entre ce film critique du capitalisme, de la société des apparences et de la consommation, devenant une forme de comédie noire (on ne s'improvise pas assassin) et la philatélie ?

L'expression explicite et répétée de cette passion pour le papier, bien fabriqué, aux qualités choisies selon l'usage,... à l'incompréhension des épouses des chômeurs papetiers qui encouragent vainement leur reconversion professionnelle.

Dès la première scène, le héros apprécie en famille le lot d'anguilles fraîches offert par son entreprise... mais pas le papier utilisé pour écrire le mot de remerciement. Le spectateur comprend rapidement qu'anguilles et papier sont deux indices du drame à venir : il va devoir choisir entre la loyauté envers ses collègues ou rester seule tête humaine à la tête d'une usine intelligente.

La scène de sortie du bureau de poste au tiers du film de Park Chan-wook (2025).

Une fois au chômage et découvrant que les autres entreprises papetières de la région ont des places limitées pour un cadre brillant... Yoo Man-soo décide de retrouver tous les ingénieurs comme lui, identifier ceux meilleurs que lui, et les tuer.

La glorification du papier et de son rôle atteint à ce moment du film son apogée : publication d'une fausse annonce d'embauche pour une nouvelle entreprise papetière, insistant sur le choix de la correspondance écrite, du choix du papier pour celles-ci afin de sélectionner ceux qui maîtrisent véritablement cette production et son importance sociale.

Des enveloppes sans timbres-poste... L'amour du papier a des limites.

Un court moment, le film quitte les villas isolées dans la forêt des papetiers chômeurs... pour le bureau de poste. Le héros en sort avec une débordante masse d'enveloppes arrivées dans une boîte postale. Il déverse le contenu dans les bras de sa fille (personnage étonnant) qui attendait dans la voiture.

Hélas pour les amateurs de timbres-poste : étiquettes à code-barres, timbre préoblitéré de machine à affranchir,...

Le soir, dans sa serre, commence le tri... notamment le dossier du plus grand concurrent avec lettre de motivation tapée sur une vieille machine à écrire après une sélection du papier à lettre le plus approprié à cette mission de retour à l'emploi rêvé.

J'arrête là le récit puisque la suite du film sera les péripéties de trois papetiers, leurs épouses, leurs enfants, un inspecteur de police, de nombreux retournements de situation...


Le film, titré en coréen 어쩔수가없다 (approximativement Je ne peux pas m'en empêcher) et No Other Choice / Aucun autre choix en Europe, a été montré au festival italien de la Mostra de Venise 2025, sorti en Corée du Sud en septembre 2025, et en France le onze février 2026.

samedi 7 février 2026

Boîte aux lettres mémorielle dans le drama Spring of Youth

 Repère des paysages urbains comme villageois, voire au bord des routes rurales, les boîtes aux lettres de rue servent de repères commodes. Par exemple, dans le drama coréen Spring of Youth (사계의 봄), diffusé par la chaîne SBS TV entre mai et juillet 2025.

La série du mercredi vingt-deux heures n'a pas été un grand succès pour une diffusion en télévision terrestre (équivalent français de la T.N.T.), malgré le mélange de sous-genres autour du triangle amoureux étudiant : musique, K-pop, rivalités entre groupes musicaux,... et investigation d'une tragédie passée liée à un élément fantastique.

Une des affiches promotionnelles de la série : les cinq héros étudiants sur le toit-terrasse de la maison de l'héroïne (SBS TV, 2025).

L'intrigue démarre sur deux lignes parallèles. Le héros, Sa-gye, chef d'un groupe de K-pop en pente ascendante, est licencié après avoir, ivre, brusquement violenté son producteur en hurlant sur sa connaissance d'un fait d'il y a plusieurs années. Il se retrouve avec des milliers de fans déçus, ruiné, sans domicile, avec sa guitare et le cash que son aide-manager a réussi à lui retirer avant l'expulsion.

L'héroïne, Kim Bom, est orpheline suite à un accident de voiture avec fuite du chauffard. Elle poursuit études, petit boulot, en vivant sobrement avec sa tante et sa cousine dans la maison de ses parents... bien coûteuse aux yeux de la matriarche.

Kim Bom, sa cousine et son meilleur ami avant l'arrivée de Sa-gye, devant la maison familiale aux repères postaux (extrait du premier épisode de Spring of Youth).

La maison se repère facilement au gré des épisodes : le long de sa palissade se trouve une boîte aux lettres de rue au logotype de la poste coréenne. De plus, la boîte aux lettres familiale est également rouge au même logotype.

Une boîte aux lettres dans la nuit, où la révélation du passé à Sa-gye et au téléspectateur (extrait du premier épisode de Spring of Youth).

Leur chemin se croise à l'université où Sa-gye est inscrit sans se présenter pour suivre sa lucrative carrière et où Bom étudie la musique. L'arrivée d'un rival, amoureux et musical, n'est pas apprécié du meilleur ami, étudiant en médecine et guitariste.

Néanmoins, la nuit tombée, Sa-gye est sans-logis jusqu'à stopper devant une boîte aux lettres rouge... dont il a un souvenir lumineux, ainsi que de la maison devant laquelle elle est posée, alors qu'il n'est jamais venu par ici.

Le fantastique se joue dans l'introduction de la série entre Sa-gye, son aide-manager, un accident et une greffe le même jour qu'un accident de voiture...


Voilà comment Sa-gye stoppe devant la maison de l'héroïne à la porte de laquelle la tante a décidé d'afficher la location d'une chambre, afin de parvenir à remplir le budget familial.

Dernier point postal : des cartes postales d'Europe arrivent ponctuellement pendant la série, envoyées par la mère de Sa-gye à son fils. Grâce à sa carrière de star, son fils lui a offert une retraite avancée au cours de laquelle elle parcourt le monde.

Si sponsor de Korea Post il y a, il dépasse quelque peu le simple décor.


Cet article est publié dans le cadre du trois centième #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky (le promoteur de cette manifestation réseausociale hebdomadaire a retrouvé la première boîte pour fêter le nombre rond, en bord de mer, dans les îles Britanniques).

samedi 31 janvier 2026

Cashero, le Superman coréen , l'homme d'aci... de cupronickel !

 Dans sa stratégie de production de programmes nationaux, suivie d'une diffusion globale, la plate-forme de vidéo sur abonnement ou à la demande, Netflix, propose Cashero ou CA$HERO depuis le vingt-six décembre 2025.

Une histoire de super-héros méconnus du public : Kang Sang-woong, notre Superman pour huit épisodes, transforme ses billets de banque en force, vitesse et sauts pour sauver la population... et récupérer quelques pièces de monnaie en cupronickel (souvenir Scott Pilgrim).

Un pouvoir assez coûteux pour cet honnête trentenaire.

Une des deux affiches d'annonce de la série expliquant le principe du super-pouvoir (Netflix).

Inspiré d'un webtoon, bande dessinée à défilement vertical adaptée au téléphone mobile, du duo Team Befar, le récit propose comment les ascendants de Kang ont utilisé ce pouvoir pendant l'occupation japonaise jusqu'à son père, taciturne taiseux, apparemment incapable de subvenir aux besoins de sa famille et au bonheur de son fils enfant, puis comment ce dernier récupère le pouvoir.

Au cours du premier épisode, l'exposition pose le trentenaire et sa petite amie tentant d'épargner pour un apport immobilier et priant la chance d'une loterie civique pour pouvoir devenir propriétaire d'un appartement dans la banlieue de Séoul.

C'est ce moment que choisit Kang père pour prendre sa retraite en transmettant et le secret et le superpouvoir à un fils qui n'en voulait pas tant, croyant que, comme d'habitude, son père devenu un très modeste paysan allait le faire repartir avec des kilos de légumes - maigre compensation pour les duretés d'antan.

La deuxième affiche au format fond d'écran : ça castagne (Netflix).

Entre une fiancée fort économe, des personnages aussi riches que dangereux dans leur intérêt pour les super-pouvoirs, et l'incapacité de Kang à ne pas sauver publiquement son prochain..., son maigre salaire de fonctionnaire d'état civil va partir en fumée et pièces de cent ou cinq cents wons à grande vitesse.


Un camion de la poste coréenne au cours de l'épisode où le héros découvre avec un second emploi dans un entrepôt logistique que sport et endurance aident à ne pas gaspiller ses billets (troisième épisode, Netflix).

Heureusement, entre l'usurière et une famille chaebol sociopathe, Sang-woong rencontre deux autres super-héros, au pouvoir tout aussi critique de la société de consommation : un avocat passe-muraille quand il est imbibé d'alcool et une jeune caissière de supérette qui brûle des calories pour taper les méchants.

Ils lui font comprendre que l'entraînement sportif et l'endurance sont nécessaires à la fois pour se battre avec méthode tout en économisant son capital lors des efforts simples.

Mais, aussi désargentés que le héros, les deux alliés doivent vivre chichement de breuvages et nourriture bas de gamme pour pouvoir être utiles... jusqu'à que le héros tente de nouvelles approches.

Cashero en action avec un sol jonché de pièces de monnaie semées sur son passage (premier épisode, Neflix).

Les amateurs d'histoires alternatives de super-héros se reposeront une petite huitaine d'heures entre les productions Marvel et DC qui se prennent au sérieux, et les critiques graphiquement explicites virulentes type The Boys, avec fond de musique western, et pop version K- ou anglophone.

Incluant des comploteurs trop bavards, la série lorgne aussi vers l'enquête du détective privé sur les motivations des personnages fournisseurs de cash : pourquoi une si grande générosité avec le père du héros et Song-woong en sachant que le remboursement paraît improbable ?

Les critiques du capitalisme consumériste apprécieront une allégorie (inoffensive ?) de nos sociétés où tout influence à dépenser futile, manger et boire trop et mal,... jusqu'à un final d'espoir de solidarité collective et de rappel de l'importance du logement et de la descendance dans une Corée en mal de jeunes familles.

Les numismates pourront lancer un concours de deviner le total de wons métalliques ou imprimés montrés au long de la série.



samedi 27 décembre 2025

Au Musée du timbre-poste de Corée (2) : l'interactivité pour créer, écrire, poster

 Deuxième article sur le Musée du timbre-poste de Corée (우표박물관) que j'ai visité le vingt-quatre juillet 2024 : une fois la galerie introductive passée, les visiteurs sont invités à toucher, manipuler, jouer... Idéal pour les enfants, qui ont vu sous verre figurines et véhicules miniatures, et surtout, leurs accompagnateurs parentaux ou scolaires.

Des invitations aux rires et aux selfies avec plusieurs panneaux ornés de héros des séries d'animation jeunesse de la télévision coréenne... et qui ont fait l'objet d'émissions de timbres récemment (tous droits réservés).

La première idée pour faire visiter les trois espaces, malgré le sérieux de certains d'entre eux, est un petit jeu de pèlerinage à la quête des tampons du musée.

La fiche remplie des tampons disponibles à neuf endroits du musée philatélique coréen.

Contre la promesse d'un cadeau philatélique (épuisé pour la saison printemps-été 2024), le visiteur doit tamponner correctement sa fiche à neuf emplacements à deviner selon le titre sous chaque rond blanc.

Les emplacements choisis sont peu interactifs, mais doivent permettre une pause sur le premier timbre coréen, les boîtes aux lettres, les galeries thématiques (ici l'aquarium empli de poissons timbrifiés), l'art du timbre.

En bas, sont représentés à gauche deux activités d'écriture et de prévention : la poste chaleureuse déjà évoquée, présente aussi dans l'espace public. Le passant est invité à coucher ses soucis sur le papier et recevra une réponse encourageante et motivante de l'association de proximité.

La boîte dédiée au courrier à recevoir dans un an dans le Musée du timbre-poste de Corée.

Au milieu, avec la tortue, symbole de lenteur mais de constance : la boîte dédiée à recevoir une correspondance à soi-même une année après l'avoir posté. Le message sur papier orange rappelle le mode d'emploi et l'enveloppe est celle dédiée à ce service : adresse du musée, légende rappelant qu'aucun courrier ne peut être récupéré... Prudence à ce que l'on s'écrit.

Une des deux presses pour gaufrer des cartes postales : initiation à l'imprimerie.

La galerie de la création du timbre-poste comblera les passionnés d'artistes du timbre, de modes d'impression, etc... Pour mettre en pratique de suite avec les moins passionnés et les touche-à-touche, deux presses à roue et des cartes postales reproduisant deux timbres sud-coréens sont proposées.

Avant / après la presse, la mise en relief du monument en pierre sur ce timbre coréen de 2003.

Le but est à la fois de comprendre la presse à imprimer et de repartir avec un souvenir concret et fait soi-même.

La présence coréenne en Antarctique avec la mise en valeur de l'aile et des traits du manchot sur ce timbre de 2008 (zoologie ou géopolitique ?).

Le choix des deux timbres reproduits montrent le souci de plaire au plus large public, adultes comme enfants, passionné d'histoire nationale ou de science et d'animaux.

Un puzzle à réaliser en famille pour reconstituer ce bloc-feuillet de la Nature de Dokdo.

Plusieurs murs sont à toucher en tout sens : exposition des timbres de Corée à tirer du mur, tiroirs renfermant thématiques ou timbres par pays... et un bloc-feuillet transformé en puzzle à tourniquets.

Nature de Dokdo de 2004 sert à cette activité ludique et nationaliste : dès le train direct aéroport d'Incheon - gare centrale de Séoul, la revendication de souveraineté de la République de Corée sur les rochers Liancourt est affirmée.

Dans le train, ce sont des documents anciens qui sont montrés dans une vidéo. Au musée du timbre-poste, c'est la connaissance de la faune aérienne et de la flore qui fait connaître cette partie du territoire national aux visiteurs.

Un grand écran à l'horizontale pour un quiz philatélique à trois joueurs au Musée du timbre-poste de Corée.

Et comme les vieux grincheux pensent que la jeunesse est collée aux écrans : le quiz philatélique a lieu sur un grand écran tactile posé à plat et permet à trois joueurs de gagner une fanfare victorieuse...

...

Oui, c'est la traduction proposée par Google Translate pour le texte sur le mur vertical qui donne aussi le mode de jeu : cinq histoires sur des sujets montrés par des timbres, sont-elles vraies, fausses ?

En raison des animations, de la mise en scène, l'espace des thématiques par les timbres est le plus grand des trois du musée, mais c'est celui qui permet d'apprendre aux visiteurs non collectionneurs et aux enfants curieux que le monde peut se découvrir avec ses petits bouts de papier.

Le premier tampon à trouver dans le musée.

C'était d'ailleurs le message du tout premier des tampons de la quête initiale, à trouver dans la galerie introductive, un des murs non directement consacré à la poste et au timbre-poste :

« Un grand monde dans un petit carré

Le musée du timbre. »


Par un escalier du jardin d'ornement, le Musée du timbre-poste de Corée se situe au premier sous-sol du gratte-ciel et siège social de Korea Post, au centre de la capitale Séoul, entre la gare centrale et les deux palais de Gyeongbok et Changdeok.

dimanche 23 novembre 2025

Un marronnier japonais : les pièces de 500 wons sud-coréens

 Tiens, je découvre un marronnier japonais, c'est-à-dire une série d'articles saisonniers ou cycliques : la trop grande similarité physique entre les pièces de 500 yens japonaises et de 500 wons coréennes depuis l'introduction de ces dernières en 1982. Plus de quatre décennies, c'est du marronnier bien planté sur ses racines.

Cependant, le sujet est grave : la différence en valeur réelle pénalise grandement les petits commerces japonais d'une part, et les entreprises de distributeurs automatiques qui ne parviennent pas à distinguer les deux. Distributeurs d'objets dont il peut suffire de pousser le levier pour qu'il rende 500 yens, mais pas forcément la pièce coréenne mise ; ou distributeur bancaire permettant le dépôt de monnaies en échange immédiat de billets de banque. Oui, pour cette seconde activité massive, on parle bien de groupes criminels organisés.

On pourrait croire que les revers suffiraient : le dessin végétal chargé au Japon face à un seul oiseau sur une surface lisse en Corée. Mais, il semble que la situation soit plus complexe que le seul vieillissement de la vue des employés. Il n'en est rien.

Le revers des deux pièces : japonaise à gauche, sud-coréenne à droite (via la base d'images libres Commons de Wikimedia).

Certes, le problème est commun à d'autres pièces de monnaie entre pays de voyageurs : cents cuivrés occidentaux, pièces jaunes entre euros et monnaies d'autres pays européens.

Il est difficile de s'en débarrasser puisque seuls les billets sont échangeables en bureau de change dans le pays d'arrivée de ces monnaies. Et, surtout, les valeurs en conversion et donc en pouvoir d'achat sont opposées.

Pour le cas présent, 500 wons sont équivalents à 50 yens d'après l'article de The Asia Business Daily du vingt-et-un novembre 2025. En euro, on passe d'environ trente centimes version coréenne à un peu moins de trois euros version japonaise...

Les trois versions successives de 500 yens japonais : depuis 2021, les pièces sont bicolores et chargées d'éléments de sécurité sur la tranche et à l'intérieur des deux zéros (via la base d'images libres Commons de Wikimedia).

Certes, le restaurateur japonais, principale victime interrogée dans l'article, n'accuse pas forcément le client, ayant pu être trompé lui-même, ni n'accuse des Coréens de profiter de leurs pièces.

Néanmoins, l'inflation des ingrédients touchant sa profession et la réputation des mafias locales à détrousser de pièces de 500 yens ou de marchandises en utilisant des pièces de 500 wons... Il a compris que si plusieurs clients malhonnêtes s'y mettent, ça va lui coûter cher.

Les hypothèses historiques pour les commerçants :

- le « vilain petit canard » en wons que tout le monde se refile depuis qu'il a fini dans le circuit monétaire des particuliers japonais... jusqu'à ce qu'un collectionneur, un petit marchand de monnaie ou une banque l'isole. Que celui qui n'a jamais tenté de refiler un cent états-unien au supermarché français jette la première pierre.

- Le touriste qui profite pour vider ses poches de la monnaie de l'étape coréenne à bon prix. Certes, aucune nationalité n'est accusée, mais la croissance touristique en provenance de la Chine populaire commence à irriter une minorité d'habitants et commerçants en Corée par exemple - les discriminations nationales ou géopolitiques ne sont hélas pas le privilège des Occidentaux.

- Par contre, le salaryman japonais est identifié, notamment la manière dont quelques-uns vivent à un rythme aussi rapide que la croissance du profit souhaité par leurs compagnies, au mépris de la légendaire politesse est-asiatique (je dois avoir plusieurs préjugés...).

En effet, le restaurateur explique que les dernières pièces coréennes ont été retrouvées quand un client part après son repas en déposant un amas de pièces sur le comptoir, sans attendre que l'employé vienne vérifier, rendre la monnaie, et saluer ! Ou que pressé de contenter le client partant, il n'a pas le temps de vérifier chaque pièce.


Pourtant, comme le montre la deuxième image ci-dessus, partagée par les utilisateurs de Wikipédia, les autorités japonaises ont pris le problème au sérieux, surtout quand il s'agit de milliers de pièces circulées par les groupes criminels.

En 1999, le ministère des Finances a modifié l'alliage métallique, allégeant la pièce... Las ! Les mafias ont fait limer ou poncturer les pièces coréennes jusqu'à ce que les automates de vente soient trompés.

Depuis 2021, le changement est radical au moins pour le contrôle visuel et manuel : bicolore, nouveaux éléments inédits de sécurité sur la tranche et à l'intérieur des deux zéros : les mots « JAPAN » et « YEN » apparaissant dans les stries selon l'inclinaison.

Il va peut-être falloir totalement retirer de la circulation les pièces de 1982-2021 en les démonétisant avec échanges, probablement en mettant en place une ligne directe avec la police pour signaler tout mouvement suspect et en masse de pièces de 500 wons.

dimanche 9 novembre 2025

Une carte postale, une fresque, des puzzles : des ados bien étonnants dans ce roman coréen

 Pendant mon séjour à Paris en juillet 2025, j'ai enfin pu découvrir la Librairie Le Phénix, 72 boulevard de Sébastopol, dans le troisième arrondissement de Paris, spécialisée dans les cultures d'Asie de l'Est principalement, mais aussi du Sud-Est, de l'intérieur (Mongolie, Tibet), et quelques aspects en Inde.

L'équipe de libraires organise également ateliers et rencontres d'auteurs sur place. N'hésitez pas à vous abonner à leur infolettre.

Couverture de l'édition coréenne du roman évoqué : une scène urbaine de graffitis qui peut illustrer un moment libérateur pour le héros lycéen.

En mode exploration des étagères coréennes, j'ai pu revenir avec des manuels de présentation de la Corée du Sud et de sa culture, quelques bandes dessinées et romans traduits en français dont Encouragez donc les garçons ! de Eun Hee-Kyung de 2010, publié en français par L'Atelier des Cahiers Éditeur en 2022.

La couverture (brutale) de la traduction française de 2022, avec une traduction alternative du titre : approximativement « Console le garçon / Réconfortez les garçons » (소년을 위로해줘).

Dans ce récit à la première personne, l'écrivaine met en scène Kang Yeonu, surnommé « L'Indifférent » par son nouvel ami Dokgo Taesu, au moment de son adolescence où il va changer à la fois progressivement et par à-coups alors que rien ne paraît changer dans le cadre imposé par sa mère a-maternelle.

Élevé par une mère divorcée à la fois égoïste et colocataire de son fils, et le petit ami du moment de celle-ci, Yeonu déménage une nouvelle fois et sait déjà qu'il va s'enregistrer pour être dirigé vers un nouveau lycée, dans lequel son physique et ses piètres résultats vont le mettre à la marge des groupes sociaux distingués comme harceleurs du quartier.

Bref, il est comme le duo de chats de l'appartement : sa mère les a voulus, mais elle regrette de devoir les faire souffrir en les gardant... Guère réjouissant.

Seulement, il fait la rencontre de l'impulsif Taesu et de sa sérieuse sœur, revenus d'une année aux États-Unis avec leurs parents, et de la craintive Chaeyeong par le hasard du déménagement. Le premier lui fait écouter - et Yeonu s'identifie rapidement - les paroles du rappeur lycéen inconnu et amateur G-Griffin (griffon...), et ne sait que faire des sentiments nouveaux que semblent montrer les deux lycéennes.

Dans sa nouvelle chambre, dont Chaeyeong semble connaître l'emplacement de la fenêtre avant même leur rencontre, Yeonu découvre qu'il place ses meubles stéréotypés exactement aux mêmes endroits que l'occupant précédent, que celui-ci a petit à petit dessiné des ailes déployées sur le mur dans l'axe du miroir... trop hautes pour le narrateur, mais inspirante.

Et, à la première venue du facteur, Yeonu découvre, oublié par la famille, une carte postale de Chaeyeong envoyée à ce Min Gihun, l'auteur de la fresque ailée. Une carte achetée au musée Franz Kafka et expédiée de Prague par Chaeyeong, sur laquelle l'écrivain, regard gêné, est photographiée à la plage avec une amie.

Chaeyeong, personnage mystérieux, mais attachant, ce qui s'accorde bien avec l'attitude mutique et prudente de Yeonu : elle lui fait cadeau de la carte qu'il parvient à lui rendre, elle l'introduit au bar à puzzle du quartier, elle lui offre un pendentif orné d'un griffon identique au sien quand leurs sentiments s'accordent...


L'intrigue adolescente paraît simple, mais non : d'abord ces adolescents et la mère détonnent dans la société coréenne de compétition par le comportement social attendu, les résultats ou la force brute.

Le fait de vivre de nouvelles expériences avec ces trois camarades entraîne des péripéties inattendues pour le héros et une frustration montante et surprenante en lui malgré la découverte qu'il aime lire (un roman de Kafka que sa mère récupère dans les livres de son ex-mari qu'elle n'a jamais jetés) et la formation à la course à pied reçu par le petit ami de sa mère, qui semble avoir plus de parentalité en lui.

Le premier tiers du roman pose Yeonu dans ses habitudes de suivre sa mère dans sa manière de vivre, avec les premiers intérêts pour ces trois nouveaux ami.e.s. Le deuxième tiers semble faire mûrir le héros au rythme des aléas adolescents (la passion pour les chansons du rappeur, un enseignant méchant et donc la peur de celle des parents face aux punitions, le passé non-dit des trois autres, la déception non dissimulée d'une des filles, l'accomplissement par la course à pied,...).

Au troisième tiers, brusquement, Yeonu prend conscience qu'il a depuis son emménagement une collection d'objets sous ses yeux, en main, qu'il utilise même, mais qui ne le mène en fait pas vers la découverte de lui-même. La carte postale est incluse dans cette révélation vue le titre de ce blog.

Là, l'éditeur français peut justifier sa couverture, et l'autrice son titre : qui va venir consoler ce garçon de cette découverte pour qu'il la dépasse, confronte la situation de manière réfléchie. Ses amis, ils sont juges, parties, et eux-mêmes dépassés. Le petit ami, faux beau-père, il a déjà bien encouragé et ce n'est pas son rôle. La mère est-elle si distante de ses devoirs parentaux ?

...

Je ne sais pas : il me reste cinq chapitres, l'épilogue et relire le chapitre introductif pour savoir si et comment Yeonu va devenir un jeune adulte libre.

En attendant, encore un auteur de fiction qui place la correspondance écrite et postale en bonne place de la construction de ses personnages.


Postscriptum du mardi onze novembre 2025 :

J'ai terminé la fin du roman, surprenante quoique logique en évoquant des adolescents en construction.

Pour les accrocs du timbre-poste et de la carte postale illustrée, une surprise dans les dernières pages : comment un des personnages compare sa rencontre avec le héros à partir du roman épistolaire illustré de courrier réalistes Griffin and Sabine, premier tome d'une saga de Nick Bantock, publié en 1991.

La fiction relie par la correspondance un illustrateur de cartes postales londonien et une illustratrice de timbres-poste vivant en Océanie... Le point-clé pour clore le roman coréen est le nom du héros : griffon.