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samedi 20 juin 2026

Des accompagnements variés pour une série coréenne sur le service militaire

 Du onze mai au seize juin 2026 dernier, le groupe de télévision sud-coréen tvN a proposé deux fois par semaine un épisode de La Légende du soldat cuisinier, inspiré d'une bande dessinée.

Sur une des affiches promotionnelles, le héros Kang Seong-jae en apprentissage, avec un élément graphique peu réaliste : un écran virtuel...

L'intrigue apparaît simple pendant le début du premier épisode. Classé dépressif et accroc aux jeux vidéo, Kang Seong-jae décide d'effectuer son service militaire malgré la mort récente de son père, un ancien restaurateur. Il est affecté à un avant-poste entre des montagnes forestières et la mer.

Inquiet de son état mental (d'où le smiley épinglé sur son uniforme), le capitaine décide de l'envoyer comme soutien à la cuisine puisque c'est le métier de ses parents... à l'étonnement du sergent-chef qui imagine de suite les couteaux, les gazinières, etc.

Et, héritage de la bande dessinée, perdu dans ce nouvel universel dont il s'efforce les règles à la lettre (dont le fait de clamer son grade et son nom à chaque appel par un soldat plus gradé), un écran virtuel doté d'une voix féminine émerge ponctuellement, et la première fois quand il se retrouve seul dans la réserve pour sa première corvée : remettre en ordre le stock et à jour le tableau d'inventaires.

L'écran lui signifie qu'il a démarré le parcours pour devenir un chef cuisinier, que chaque action réussie rapportera des points d'expérience, avec lesquels il perfectionnera ses techniques et pourra apprendre de nouvelles recettes. Ce qui va se révéler essentiel pour les premiers épisodes : le sergent commis à la cuisine est dans l'impatience de sa libération du service et fait si peu d'effort que le vendeur ambulant autorisé par l'armée s'enrichit à chaque passage dans cet avant-poste.


Extrait d'une dégustation d'un plat de Kang Seong-je, rappelant la vie civile, boîte aux lettres rouge incluse (extrait du sixième épisode : un clip de K-pop pendant une simulation de campagne militaire... Hein ?!!  À revoir sur YouTube).

Une banale série sur le service militaire, le différentiel entre le vécu des sous-officiers de carrière et le lent roulement des soldats en service, obéissant avec plus ou moins de plaisir à la vie ordonnée pendant plusieurs mois ?

Comme l'illustre l'image ci-dessus, la série est ponctuée d'hommages ou de caricatures de nombreux genres artistiques. Ici, les soldats et Kang interprètent un clip façon k-pop aux couleurs pastel : la cuisine du dernier arrivé leur évoquant tellement la vie douce à la maison. Une boîte aux lettres standard pour Korea Post est présente avec le logotype de l'entreprise remplacé par des couverts.

Le film de guerre du Pacifique avec débarquement sur la plage, policier contre un Arsène Lupin, « voleur de riz », de gentils contre des gangsters, le Paris ou l'Espagne des touristes et du cinéma d'antan.

Le clip k-pop est devancé par le concert de hard rock à guitares électriques qui hurlent autant que le chanteur pour un épisode où l'avant-poste se demande que faire d'un pêcheur nord-coréen trouvé éperdu après une tempête.

Un nombre de styles aussi grand que les condiments (huiles, pâtes et poudres variées et épicées) et les accompagnements d'un repas d'Asie de l'Est, ces petits plats composant les à-côtés du plat principal et du riz, kimchi en tête.


Tous les styles y passent avec réalisme, mais surtout grandiloquence quand cela permet de ridiculiser les puissants.  

Dans la série, ce sont les trois officiers généraux de plus en plus hiérarchiquement haut, ainsi qu'un politicien qui débarquent toujours à l'avant-poste avec des idées pré-conçues sur les capacités culinaires des soldats du service obligatoire.

Là, le registre de la publicité ciblant déjà, de manières ridicules, les femmes ou la croyance dans la supériorité de la France louis-quuatorzienne à chefs étoilés sont développés, y compris pour convaincre le chien-fétiche d'un général de la qualité des boulettes de viande improvisées par Kang.


Une série à la fois éducatrice sur le service militaire coréen, comédie sur les soldats face à leurs officiers généraux, mais aussi un drame familial à dénouer pour Kang, façon rites de passage inspirés des jeux vidéos, et policier pour faire tenir l'ensemble avec un objectif collectif car il faut bien un méchant.

Et que la nourriture est indispensable au combattant !


Pour le public français, la série de douze épisodes d'une heure est visible sur la plate-forme RatukenViki, ainsi que, selon les régions mondiales, plusieurs autres sites d'abonnement de vidéo à la demande.



Note sur les grades militaires (oui, enfant, j'ai lu et relu les pages illustrées du dictionnaire Larousse) : d'après un article de la Wikipédia en coréen, les appelés du contingent en Corée du Sud passent les premiers grades selon un calendrier basique de seconde classe à sergent.

Les engagés volontaires et les militaires professionnels ont plusieurs grades de sergent avant de passer dans la grille des sous-officiers.

À cela s'ajoute, comme montré dans la série, l'aspect social de respecter ses aînés par âge ou longueur de service, après le respect du grade militaire. D'où les moqueries du capitaine de l'avant-poste, jeune et ambitieux, à son sergent-chef, bien plus âgé, mais qui ne semble pas vouloir aller au-delà de ce grade.

Mais aussi pourquoi un des sergents conscrits hostile et le sergent commis à la cuisine se chamaillent en égaux, donc en vain puisque ni le grade, ni l'âge ne leur permettent de prendre le dessus sur l'autre militairement ou socialement.

dimanche 12 avril 2026

Un ancien facteur, signe de l'ascension sociale coréenne dans un k-drama

 Petite surprise au tout début du douzième épisode sur seize du feuilleton sud-coréen, Shopping King Louie de 2016 du groupe MBC, une des mères de personnage est montrée jeune attendant avec impatience l'arrivée du jeune facteur de son quartier.

Encore facteur inexpérimenté dans les années 1980, le père d'un des personnages secondaires de Shopping King Louie (capture d'écran du douzième épisode, 2016).

L'introduction lance le rôle de messager que va porter le héros, Kang Li-sung dit Louie, au cours de l'épisode au bonheur de sa bien-aimée, une rurale des montagnes venue et obligée de trouver travail dans la capitale.

Le jeune facteur porte un uniforme brun clair aux logotypes de triple oiseaux postaux que la poste coréenne a utilisé de 1983 à 2010. Les photographies d'uniformes postaux sud-coréens et le résumé en anglais d'un article sur le changement d'uniforme en 2000 montrent l'aspect militaire de ce costume après la guerre de Corée avant le passage à des tenues logistiques plus confortables et visibles au milieu de la circulation routière.

Pourquoi rappeler comment un des couples de parents de la série se sont rencontrés ? Et pourquoi rappeler que l'ambitieuse épouse a réussi à faire de son mari un directeur de bureau de poste ?

Car la série, assez optimiste, montre les possibilités d'ascension sociale pour tous dans la société coréenne, malgré les ambitions dévorantes de l'élite dirigeante, se pensant nouvelle noblesse hériditaire.

Louie est ainsi né avec une cuillère en or dans la bouche, mais orphelin, il n'en vit que dans une bulle d'achats luxueux loin de sa grand-mère endeuillée. Arrivé brusquement à Séoul, il est victime d'un accident mortel à la coupable joie du directeur de la compagnie... jusqu'à ce qu'il réapparaisse faisait la manche sur la principale place de la ville, où il est recueillie par Ko Bok-shil.

Celle-ci a quitté la petite maison de montagne d'où elle vit de la récolte de ginseng sauvage. Le dernier qu'elle a trouvé, vendu à crédit à un cadre dirigeant de la compagnie déjà évoquée (le fils du couple postal), lui permet de survivre dans la jungle urbaine.

Jusqu'à ce douzième épisode, la mère du cadre et son époux obéissant sont un des ressorts comiques du drame de l'amnésique bouleversant les plans de son « oncle », jusqu'à montrer les stratégies matrimoniales des familles ayant vécu l'émergence économique de la Corée et souhaitant encore mieux pour leurs enfants et petits-enfants.

Évidemment, les numismates verront pièces de monnaie et billets de banque de toutes les valeurs faciales possibles, entre les besoins de Louie sans mémoire ni toit - ni aucune conscience de la nécessité de travailler, même pas au ménage de l'appartement... -, et le coût liquide des manigances de millionnaires.


Shopping King Louie est visible sur la plate-forme de vidéo à la demande Rakuten Viki.

dimanche 29 mars 2026

"Des centaines de souvenirs" coréens d'objets des années 1980

 Diffusée sur la chaîne payante JTBC entre mi-septembre et mi-octobre 2025 en deuxième partie des soirées de week-end, le feuilleton sud-coréen Des centaines de souvenirs (백번의 추억) permet de vivre entre Incheon et Séoul de 1983 à 1989, période de la progressive émergence économique du pays.

Le bandeau de présentation du feuilleton Des centaines de souvenirs sur le site de vidéo à la demande RatukenViki, responsable de la diffusion internationale.

L'intrigue démarre en 1983 en suivant un groupe de jeunes femmes, receveuses d'une compagnie privée de bus urbain à Incheon, alors petite ville à l'ouest de Séoul. Par la porte placée au centre du bus, elles assurent la descente et la montée des passagers, en récupérant tickets ou monnaie.

Une des employées du bureau vérifie les caisses individuelles des receveuses, recomptant la monnaie et vérifiant la validité des tickets (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Vivant en dortoir collectif à l'étage, elles subissent clients, quelques conducteurs séducteurs, mais surtout un directeur odieux tout en aidant leurs familles, souvent modestes, et assurant ainsi les études des petites frères et sœurs.

C'est dans cet esprit d'abnégation et d'espoir que se rencontrent les deux héroïnes : Go Young-rye, l'aînée d'une famille de cinq enfants et étudiante autodidacte, et Seo Jong-hee, à peine arrivée en ville d'un passé inconnu.

Affichage d'un véritable ticket et d'un faux pour alerter, avertir même, les employées (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Pendant la phase d'exposition du premier épisode du feuilleton, les passionnés et collectionneurs de tout ce qui a trait aux transports en commun d'avant les applications sur téléphone, seront ravis. Après un service, les receveuses déposent leur sacoche-caisse à une comptable qui vérifie les montants déclarés en retriant pièces de monnaie et tickets donnés par les passagers.

Des gros plans montrent le doigt protégé de la comptable à cette tâche, entre-coupé de plans sur le rappel de tout ce que les malotrus sont capables de tendre à la receveuse en espérant que l'obligation de maintenir le rythme et la ponctualité de la ligne permette de frauder aisément.

Un panneau de tous les tickets non valides... et emballages de confiseries (photographie d'écran pendant le premier épisode).

Un grand panneau montre les tickets refusés : d'Incheon mais d'autres compagnies, d'autres villes et régions coréennes, tickets de loterie,... signe de l'américanisation de la société sud-coréenne : emballage de chewing-gum.

Anecdotiques au premier regard pour le spectateur qui va comprendre rapidement que ces objets annoncent la rencontre avec le héros, mêlant fraude, justice, serviette personnalisée,...


Le thème revient régulièrement dans le feuilleton, signe de la volonté des Coréens de se développer avec les États-Unis : méthode de langue, utilisation ponctuelle mais marquée d'expression anglophone : "Alright!" quand la receveuse signale le départ au conducteur, et maints "OK!", "Thank you."...

... et une passion pour la chansons et styles musicaux liés, qu'ils soient états-uniens, ou du pays en langue coréen ou en anglais. C'est dans un tel lieu, le café Vivaldi, où un disc jockey dans sa cabine enchaîne les disques vinyle à la demande des clients.

L'intrigue finit de se développer dans ce café lors d'un rendez-vous arrangé en 2-4 : un groupe de quatre lycéennes rencontrant en public quatre lycéens, dépassant la non-mixité de leurs établissements. Les héroïnes, jeunes adultes, se laissent entraîner pour aider deux lycéennes qu'elles rencontrent entre fin des cours de jour et début des cours du soir.

... Le triangle amoureux est en place pour douze épisodes en deux époques.

L'héroïne composant une carte postale en écoutant la radio : le transistor s'est démocratisé (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Violence économique des petits-chefs et sociale des chaebols de la génération précédente, solidarité au sein de la jeune génération malgré les inégalités de vie et de richesse, la majorité des héros et des seconds rôles essaient de traverser cette émergence de la Corée.

Ainsi, même si les conditions de vie sont meilleures en 1989 - voir l'appartement mieux meublé, plus confortable et des objets de loisirs dont le transistor et le walkman, le travail et l'argent restent une problématique permanente, en plus de ne pas savoir comment commencer une relation amoureuse.

Écoutant une émission radiophonique de la nuit, l'héroïne sort une carte postale du tiroir de son bureau (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Et, c'est là qu'un mystère pour le spectateur va se développer en arrière-plan. Quand la radio se généralise et se démocratise, une émission de nuit revient tout au long de la décennies : celle où un animateur à voix profonde et apaisante lit des messages d'auditeurs, partageant leurss joies et leurs peines, permettant aux inconnus de partager leurs expériences.

En fond de chanson, elle écrit sur une carte postale qu'on ne verra plus... (photographie d'écran pendant le septième épisode).

Écrire des cartes postales à une émission radiophonique pour partager, ou pour concourir à un prix : déjà vu sur ce blog, en Asie de l'Est dans un jeu vidéo : dans Yakuza 0 de 2015, le héros à peine sorti de prison a besoin d'argent et il découvre un concours de correspondance radiophonique... en 1988-1989 !

Les deux héroïnes à Incheon en 1983, une boîte aux lettres d'époque à l'arrière-plan (photographie d'écran pendant le premier épisode).

En 2026, les émissions de radio et de télévision faisaient encore appel aux spectateurs usent de sms, de courriel, de commentaires en bas de page web.

Dans le feuilleton, c'est subtil et il faut attendre les derniers épisodes pour comprendre la présence des boîtes aux lettres de rue, vert et rouge à l'époque, pourquoi l'héroïne écoute cette émission, rédige de temps en temps une carte postale dont on ne voit jamais la réception, ni le destinataire.

Une série classe ouverte.

samedi 7 février 2026

Boîte aux lettres mémorielle dans le drama Spring of Youth

 Repère des paysages urbains comme villageois, voire au bord des routes rurales, les boîtes aux lettres de rue servent de repères commodes. Par exemple, dans le drama coréen Spring of Youth (사계의 봄), diffusé par la chaîne SBS TV entre mai et juillet 2025.

La série du mercredi vingt-deux heures n'a pas été un grand succès pour une diffusion en télévision terrestre (équivalent français de la T.N.T.), malgré le mélange de sous-genres autour du triangle amoureux étudiant : musique, K-pop, rivalités entre groupes musicaux,... et investigation d'une tragédie passée liée à un élément fantastique.

Une des affiches promotionnelles de la série : les cinq héros étudiants sur le toit-terrasse de la maison de l'héroïne (SBS TV, 2025).

L'intrigue démarre sur deux lignes parallèles. Le héros, Sa-gye, chef d'un groupe de K-pop en pente ascendante, est licencié après avoir, ivre, brusquement violenté son producteur en hurlant sur sa connaissance d'un fait d'il y a plusieurs années. Il se retrouve avec des milliers de fans déçus, ruiné, sans domicile, avec sa guitare et le cash que son aide-manager a réussi à lui retirer avant l'expulsion.

L'héroïne, Kim Bom, est orpheline suite à un accident de voiture avec fuite du chauffard. Elle poursuit études, petit boulot, en vivant sobrement avec sa tante et sa cousine dans la maison de ses parents... bien coûteuse aux yeux de la matriarche.

Kim Bom, sa cousine et son meilleur ami avant l'arrivée de Sa-gye, devant la maison familiale aux repères postaux (extrait du premier épisode de Spring of Youth).

La maison se repère facilement au gré des épisodes : le long de sa palissade se trouve une boîte aux lettres de rue au logotype de la poste coréenne. De plus, la boîte aux lettres familiale est également rouge au même logotype.

Une boîte aux lettres dans la nuit, où la révélation du passé à Sa-gye et au téléspectateur (extrait du premier épisode de Spring of Youth).

Leur chemin se croise à l'université où Sa-gye est inscrit sans se présenter pour suivre sa lucrative carrière et où Bom étudie la musique. L'arrivée d'un rival, amoureux et musical, n'est pas apprécié du meilleur ami, étudiant en médecine et guitariste.

Néanmoins, la nuit tombée, Sa-gye est sans-logis jusqu'à stopper devant une boîte aux lettres rouge... dont il a un souvenir lumineux, ainsi que de la maison devant laquelle elle est posée, alors qu'il n'est jamais venu par ici.

Le fantastique se joue dans l'introduction de la série entre Sa-gye, son aide-manager, un accident et une greffe le même jour qu'un accident de voiture...


Voilà comment Sa-gye stoppe devant la maison de l'héroïne à la porte de laquelle la tante a décidé d'afficher la location d'une chambre, afin de parvenir à remplir le budget familial.

Dernier point postal : des cartes postales d'Europe arrivent ponctuellement pendant la série, envoyées par la mère de Sa-gye à son fils. Grâce à sa carrière de star, son fils lui a offert une retraite avancée au cours de laquelle elle parcourt le monde.

Si sponsor de Korea Post il y a, il dépasse quelque peu le simple décor.


Cet article est publié dans le cadre du trois centième #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky (le promoteur de cette manifestation réseausociale hebdomadaire a retrouvé la première boîte pour fêter le nombre rond, en bord de mer, dans les îles Britanniques).

samedi 31 janvier 2026

Cashero, le Superman coréen , l'homme d'aci... de cupronickel !

 Dans sa stratégie de production de programmes nationaux, suivie d'une diffusion globale, la plate-forme de vidéo sur abonnement ou à la demande, Netflix, propose Cashero ou CA$HERO depuis le vingt-six décembre 2025.

Une histoire de super-héros méconnus du public : Kang Sang-woong, notre Superman pour huit épisodes, transforme ses billets de banque en force, vitesse et sauts pour sauver la population... et récupérer quelques pièces de monnaie en cupronickel (souvenir Scott Pilgrim).

Un pouvoir assez coûteux pour cet honnête trentenaire.

Une des deux affiches d'annonce de la série expliquant le principe du super-pouvoir (Netflix).

Inspiré d'un webtoon, bande dessinée à défilement vertical adaptée au téléphone mobile, du duo Team Befar, le récit propose comment les ascendants de Kang ont utilisé ce pouvoir pendant l'occupation japonaise jusqu'à son père, taciturne taiseux, apparemment incapable de subvenir aux besoins de sa famille et au bonheur de son fils enfant, puis comment ce dernier récupère le pouvoir.

Au cours du premier épisode, l'exposition pose le trentenaire et sa petite amie tentant d'épargner pour un apport immobilier et priant la chance d'une loterie civique pour pouvoir devenir propriétaire d'un appartement dans la banlieue de Séoul.

C'est ce moment que choisit Kang père pour prendre sa retraite en transmettant et le secret et le superpouvoir à un fils qui n'en voulait pas tant, croyant que, comme d'habitude, son père devenu un très modeste paysan allait le faire repartir avec des kilos de légumes - maigre compensation pour les duretés d'antan.

La deuxième affiche au format fond d'écran : ça castagne (Netflix).

Entre une fiancée fort économe, des personnages aussi riches que dangereux dans leur intérêt pour les super-pouvoirs, et l'incapacité de Kang à ne pas sauver publiquement son prochain..., son maigre salaire de fonctionnaire d'état civil va partir en fumée et pièces de cent ou cinq cents wons à grande vitesse.


Un camion de la poste coréenne au cours de l'épisode où le héros découvre avec un second emploi dans un entrepôt logistique que sport et endurance aident à ne pas gaspiller ses billets (troisième épisode, Netflix).

Heureusement, entre l'usurière et une famille chaebol sociopathe, Sang-woong rencontre deux autres super-héros, au pouvoir tout aussi critique de la société de consommation : un avocat passe-muraille quand il est imbibé d'alcool et une jeune caissière de supérette qui brûle des calories pour taper les méchants.

Ils lui font comprendre que l'entraînement sportif et l'endurance sont nécessaires à la fois pour se battre avec méthode tout en économisant son capital lors des efforts simples.

Mais, aussi désargentés que le héros, les deux alliés doivent vivre chichement de breuvages et nourriture bas de gamme pour pouvoir être utiles... jusqu'à que le héros tente de nouvelles approches.

Cashero en action avec un sol jonché de pièces de monnaie semées sur son passage (premier épisode, Neflix).

Les amateurs d'histoires alternatives de super-héros se reposeront une petite huitaine d'heures entre les productions Marvel et DC qui se prennent au sérieux, et les critiques graphiquement explicites virulentes type The Boys, avec fond de musique western, et pop version K- ou anglophone.

Incluant des comploteurs trop bavards, la série lorgne aussi vers l'enquête du détective privé sur les motivations des personnages fournisseurs de cash : pourquoi une si grande générosité avec le père du héros et Song-woong en sachant que le remboursement paraît improbable ?

Les critiques du capitalisme consumériste apprécieront une allégorie (inoffensive ?) de nos sociétés où tout influence à dépenser futile, manger et boire trop et mal,... jusqu'à un final d'espoir de solidarité collective et de rappel de l'importance du logement et de la descendance dans une Corée en mal de jeunes familles.

Les numismates pourront lancer un concours de deviner le total de wons métalliques ou imprimés montrés au long de la série.



samedi 9 août 2025

Poésie, carte postale et boîte aux lettres pour le final de Good Boy en Corée

 Du trente-et-un mai au vingt juillet 2025, la chaîne sud-coréen JTBC a diffusé les seize épisodes du feuilleton Good Boy (qui est le titre coréen prononcé à l'américaine : 굿보이), mêlant les fils du k-drama, comédie de reconversion professionnelle, et drame policier dans une ville de fiction, Inchun [-ou-], dont le nom évoquant Incheon [-o- ouvert], le port de Séoul, et le panorama et les cartes de Busan, le grand port du pays avec ses multiples baies, estuaires et montagnes forestières en pleine ville.

Oui, ici, le message au début de chaque épisode que tout est fictif est insistant, surtout vu le négatif qui plomberait la réputation d'une ville portuaire et de ses élites économiques et politiques.

Affiche promotionnelle de Good Boy : les héros avant / après leur carrière sportive (JTBC).

L'intrigue de départ est amusante : quatre champions olympiques des Jeux (fictifs) de São Paulo de 2016 ont choisi de se reconvertir dans la police d'Inchon, qui a lancé un programme de recrutement de sportifs de haut niveau : un discobole (trop) gentil, un escrimeur, une tireuse d'élite et, le héros principal : un boxeur, le « bon garçon » du titre.

Bon par sa morale, mais un peu immature.

Tous marqués par leur carrière, mais aussi par les traumatismes ou les échecs de leur passé, olympique ou pas d'ailleurs.

Une des méchantes, de nuit, dans un coin du port, à côté d'une boîte aux lettres (avant-dernier épisode).

L'intrigue policière a déjà démarré, passion des flashbacks dans les séries coréennes, et les quatre plus un inspecteur, ancien champion de lutte, participent en début de série à la tentative de la police de capturer le Lapin doré, l'insaisissable chef d'un réseau de drogue de la ville.

Entre comédie et drame, se dévoile l'obstination du héros, la mise en scène des combats à coups de goings, en escrimeur à bâton, au fusil à lunettes, ou à la lutte huilée, contre les gangs locaux, japonais, chinois et russes (c'est fictif !), et l'émergence du véritable méchant...

... Là, par contre, comment le méchant a atteint sa place, mériterait d'aller relire l'histoire criminelle des grands ports du monde depuis le dix-neuvième siècle.

Yoon Dong-ju, le héros, l'a rejoint après lui avoir laissé une carte postale marine (avant-dernier épisode).

La pieuvre du grand banditisme s'étant en effet depuis les aires de stockage des conteneurs maritimes jusqu'aux petits commerces gris : dépannage téléphonique, préteur sur gages, petits voleurs de belles voitures, etc.

Et en arrosant de billets et cadeaux, autant que de coups les élites locales qui apprécient que cette richesse-là du port ruisselle vers elles, mieux que celles offertes par le service public ou le marché.

La carte laissée au bon endroit : 흐르는 거리, à la rue qui s'écoule (avant-dernier épisode).

Comme d'autres séries de Corée du Sud, de nombreuses problématiques sociales et historiques de ses habitants qui vont créer progressivement les obstacles à ces projets criminels : le principe de méritocratie inculquée aux communs, l'adoption des orphelins par des États-Uniens, la honte des victimes des addictions, entre autres.

À l'avant-dernier épisode, une des méchantes est concernée par ces enjeux et acceptent de rencontrer le héros... non pas suite à un appel téléphonique - omniprésent dans la série -, mais car il a déposé au bon endroit une carte postale, une vue d'eau, et un simple message identifiant le lieu, littéralement en coréen : « la rue qui s'écoule ».

Un recueil de poésie, une des sous-intrigues multiples de ce drama (dernier épisode).

Franchement, arrivé au quinzième épisode de ces feuilletons aux multiples intrigues individuelles, au présent comme au passé, avec retour sur des scènes pour révélations non montrées au spectateur, celui-ci ne se demande pas comment dans une plaine aux multiples fleuves et rivières, elle a compris le lieu de la rencontre...

... sauf que la scène du héros marchant sur le quai vers cette femme et la boîte aux lettres, elle récite un poème extrait d'un recueil qui est revenu plusieurs fois de la jeunesse de Yoon Dong-ju au dernier épisode où il le retrouve.

A hazy fog rolls in

The street flows along

With no harbor to rest in,

I stand there wih my hands

on the red postbox

on the street corner.

(traduction en anglais tiré de la série)

Cet ouvrage, Ciel, vent, étoiles et poésie, compile les œuvres de Yun Dong-jun (윤동주), Coréen ayant vécu d'abord avec ses parents en exil en Chine du Nord, puis ayant étudié dans la Corée sous occupation japonaise, avant de poursuivre ses études en 1942 au Japon où il est exécuté en 1943 pour sa lutte en faveur de l'indépendance.

En hangeul, le héros de la série porte le même nom et prénom que le poète martyr ; un choix de la mère, dont le recueil de poèmes est le seul objet-souvenir que le policier idéaliste a d'elle.

Dans une des péripéties de la série, la méchante s'est retrouvé avec le recueil qu'elle a lu avec avidité, souhaitant tirée un trait sur sa jeunesse américaine.

Le message de la carte postale semble donc le titre d'un des poèmes de Yun, retenus par cœur par son homonyme de fiction, qui savait donc la méchante capable de comprendre...

Ça ne donne toujours pas pourquoi ce lieu-là et cette boîte aux lettres-ci, mais ça remet un peu de courrier rédigé dans un univers très nouvelles technologies de communication, où même le grand méchant utilise encore du p... Oups, no spoiler.


Cet article est publié dans le cadre du #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky.

samedi 4 janvier 2025

Le billet de 50 000 wons qui rend fou

 Depuis que les plateformes de vidéo à la demande états-uniennes ou panasiatiques recherchent de nouveaux produits peu coûteux et que les sociétés audio-visuelles sud-coréennes tentent de profiter de la Hallyu, lancée par l'exportation de la musique K-pop, il est facile de suivre des K-dramas, feuilletons d'une saison de genres aussi variés que les séries et mini-séries feuilletonnantes occidentales.

La tirelire de plusieurs milliards de wons au-dessus des « joueurs » de la série Squid Game (extrait de la saison 2 sur Netflix).

Pour moi, ce fut le début de la politique d'importation de Netflix et le confinement de mars 2020 qui me conduisit à découvrir la Corée du Sud et sa manière audio-visuelle de raconter avec Itaewon Class.

La marelle du calamar (le squid game) dessinée au sol dans la cour d'un musée de Jeju (photographie de juillet 2024 sous licence Creative Commons BY-NC-ND 4.0).

Plus tardif, en 2021, c'est l'horrifiant Squid Game qui attira les téléspectateurs occidentaux qui baignent dans la télé-réalité sado-masochiste depuis les années Big Brother 1990-2000 : quatre cent cinquante-six désespérés d'une société ultra-libérale, égoïste, plongés dans des dettes qui réduisent leur famille à la misère, etc. sont invités à participer à une série d'épreuves inspirés de jeux d'enfants.

Le billet de cinquante mille wons de 2009 qui fait courir tous les héros de cet article (fac-similé via Wikipedia).

Sans divulgâcher, à présent que la seconde saison a été lancée après Noël 2024 et que l'Avent a vu les fameux gardiens en rose à masques noirs animer des épreuves similaires auprès de célébrités et du grand public dans plusieurs grandes villes mondiales :

chaque participant qui perd selon la règle du jeu est « éliminé », au sens mortel du terme.

Et chaque élimé accroît la cagnotte de dix millions de wons en grosses liasses de billets de cinquante mille wons à l'effigie de Shin Saimdang, artiste pluri-disciplinaire du seizième siècle. Cagnotte en forme de tirelire-cochon jaune transparente, seule lumière nocturne au-dessus de l'immense dortoir des joueurs... désespérés de remporter les 45,6 milliards de wons (environ 30 à 35 millions d'euros selon le change)...

... ou désespérés de quitter avec la cagnotte partielle divisée en part égale entre les survivants tant qu'ils le peuvent. Et chaque soir, un vote pour savoir si tous restent ou tous partent...

Si le contexte ultra-libéral et philosophique peut rappeler la société coréenne moderne et celle occidentale où certains souhaitent tuer l'État-providence, le fait qu'il y a trois saisons (enfin deux, la deuxième coupée en deux temps de mise en diffusion) avec un nombre limité d'épisodes est un modèle occidental : Netflix a permis à l'auteur Hwang Dong-hyuk de passer son histoire à l'écran.


Quand un des héros retrouvent les milliards volés à sa mère dans la chambre d'octogénaires (capture d'écran promotionnel de la plateforme Kocowa).

À l'opposé, il y a le drama d'une grosse vingtaine d'épisodes démarrés en septembre 2024 et qui continue en ce début 2025, évoquant les feuilletons états-uniens d'après-midi française de TF1 des années 1980 : grand nombre de personnages aux intrigues croisées sans qu'ils se rendent compte qu'elles les rassemblent tous autour d'un magot que seul un couple d'aïeuls connait l'emplacement !

C'est l'intrigue et les faiblesses d'Iron Family (다리미 패밀리) car même moi bon public commence à trouver le temps long pour clore l'histoire. Mais, comme elle concerne ce fameux billet et une façon fétichiste de le conserver !

Tous les billets portent un numéro en AA... de la toute première émission de 2009 ! (capture d'écran promotionnel de la plateforme Kocowa)

L'intrigue simple tient en deux familles.

Une est laborieuse, mais pauvre : depuis la mort de son époux, la mère et ses beaux-parents octogénaires tiennent une blanchisserie dans un vieux quartier convivial du grand Séoul, avec l'aide de la fille cadette aveugle et d'un jeune homme accueilli quand il dut quitter l'orphelinat. Le fils aîné est devenu policier et s'apprête à se marier avec la fille de sa supérieure, l'aînée est une excellente styliste dans l'entreprise de mode de la seconde famille - qui a pour blanchisseurs... et oui.

L'autre famille est richissime à se disputer du matin au soir. Le dirigeant de mode a épousé la fille d'un défunt usurier et il vit sous le toit de la maison de sa femme, dont il a éduqué le fils comme le sien. Par contre, au sein de l'entreprise, le fils doit montrer ses capacités à gérer le studio de styliste déjà évoqué et éviter l'accusation de népotisme.

Par un hasard digne des séries coréennes, la fille aveugle et le fils manager se sont brièvement connus il y a dix ans... ce qui va rendre complexe la situation de la fortune dont il va être question.

Maintenant, l'intrigue est complexifié par un magot illégal. La mère riche et oisive cache un secret : dans un coffre-fort dans la maison, son père avant de mourir a caché tous les nouveaux billets en « AA » que ses hommes de main ont pu trouver en 2009. Il en a fait un tas de dix milliards de wons.

Mais, pour gruger le fisc, il a laissé une lettre à sa fille : elle ne doit pas utiliser un seul de ses billets jusqu'au premier janvier suivant les quinze ans après sa mort. Là, la prescription lui permettra de profiter des dix milliards sans impôts de succession !!!

...

Sauf qu'entre un employé indélicat, les anciens voyous récupérateurs de dettes, une émigration illégale vers la Chine qui tourne mal ; bref, une tentative de voler le magot réussit et échoue en même temps...

Dormir sur un lit de billets permet-il un meilleur sommeil ?

... puisque les liasses milliardaires se retrouvent, par un hasard incroyable, entre les mains... enfin, sous le matelas des octogénaires blanchisseurs.


Une série à voir pour le fétichisme de l'argent - Fait-il ou pas le bonheur même quand on en a besoin ? -, la collection par numéro de billets de banque. Et se demander comment à deux épisodes chaque week-end, au bout de quatre mois début janvier 2025, cette série va parvenir à avoir une fin digne et non bâclée.

A priori il y aura plutôt un happy ending par rapport à Squid Game.


Pour de meilleures séries que Iron Family (avec une intrigue qui avance mieux) et plus heureuse que Squid Game, dont certaines évoquées sur ce blog par le lien avec la monnaie, la correspondance écrite ou une boîte aux lettres :

- Itaewon Class,

- What's Wrong With Secretary Kim?

- Hometown Cha Cha Cha, [que je verrai bien adapter par France 3 en littoral ou en rural]

- Start Up,

- Forecasting Love and Weather,

- Navillera,

- The Golden Spoon,

- Fanletter please,

- Twenty Five - Twenty One,

- A Good Day to be a Dog,

- Lovely Runner,

- Yumi's Cells.

Et oui, je sais, je dois trouver le temps de continuer mon récit de voyage en Corée.

dimanche 25 août 2024

La Poste chaleureuse a-t-elle inspiré un drama coréen ?

 Dans l'article précédent d'hier samedi vingt-quatre août 2024, l'association Ongi Post ou « la poste chaleureuse » a permis aux habitants de la Corée du Sud d'exprimer anxiété, souffrances par écrit, possiblement anonymement (sauf l'adresse postale) et de recevoir en retour des réponses manuscrites discutées et préparées par des groupes de bénévoles.

La période de l'épidémie de covid-19, ses confinements, ses périodes de télé-travail imposées, etc. a mis le projecteur médiatique sur cette initiative comme le montre le reportage de Korea.net, chaîne d'information du Ministère de la Culture, de juillet 2021.

Le Facteur dans Yumi's Cell 2 (TVING, 2022).

On peut donc en déduire que l'équipement jaune arboré par le Facteur dans la seconde saison de la série Yumi's Cells peut être lié à Ongi Post.

Inspiré du webtoon de Lee Dong-gun (2015-2020), bande dessinée par épisode à défilement vertical créée en Corée du Sud pour s'adapter à la lecture sur un smartphone, le drama raconte le quotidien et les sentiments de Kim Yumi, employée à la comptabilité d'une entreprise agro-alimentaire à son siège de Séoul.

La particularité est que le récit emploie deux modes de représentation :

- le premier en vue réelle : la vie de Yumi, de ses amies collègues, et de sa relation avec son petit ami ;

- la seconde en animation se déroule dans l'esprit des principaux personnages romantiques (Yumi et son petit ami). Chaque caractéristique est incarnée par une Cell - entre le neurone et le sentiment - qui participe un peu, beaucoup, ou vaut mieux pas, à la prise des décisions de Yumi.

Parmi les deux personnages de la première saison à connaître ce traitement, les Cells communs sont : Raison qui tente de trouver la solution raisonnable aux situations ; Sensitivité assez explosive chez Yumi, quasiment sous sa couette chez le petit ami ; Faim qui se réveille toujours au mauvais moment ; et bien d'autres qui gèrent strictement les finances, la mode et son envie de dépenser, la beauté du visage, l'anxiété sous-jascente, etc. Et toutes celles mortes et enterrées à la fin de l'enfance, de l'adolescence ou de l'échec d'une passion.

Et, drama romantique oblige : Amour qui cherche la moitié idéale mais dont toute défaite devient un danger pour le Village incarnant l'âme du personnage. Au début de la première saison, Amour de Yumi est dans un profond coma depuis que cette dernière a découvert que son petit ami d'alors l'avait trompée.

La série est très éducative sur le fonctionnement psychologique humain, mais aussi individuel chez chacun d'entre nous. Quant la Raison de Yumi doit faire la synthèse de tous les impératifs qui se font entendre autour de lui (Sensibilité, Anxiété, Faim, Mode et Pingrerie), celle de son petit ami fait appel à une intelligence artificielle qui traite tout problème d'interaction sociale comme un cheminement de oui et de non jusqu'à trouver une solution logique.


ATTENTION DIVULGÂCHAGE.



Dans les premières scènes de la deuxième saison de Yumi's Cell (TVING, 2022).

Le dernier épisode de la première saison Yumi's Cell aboutit cependant à la rupture mutuelle de leur relation : l'une n'obtient pas l'attention sentimentale qu'elle espère, l'autre ne trouve pas les solutions logiques pour y répondre tout en permettant l'avenir de ses projets personnels.

Fin.


La deuxième saison repart de ce dernier dialogue... Puis des scènes inédites dans le Village intérieur de Yumi : Amour blessée part se réfugier loin des autres Cells.

Et là, arrive à pied, le Facteur au chapeau et la sacoche jaunes au logotype postal coréen, qui tend vers le groupe de Sentiments une lettre qu'un d'entre eux doit accepter pour que Yumi puisse dépasser la situation : l'Avis de rupture.

Le Facteur rappelant que la lettre est réelle et qu'elle doit être acceptée rapidement (TVING, 2022).

Aucun n'en veut - tel le recommandé avec avis de réception d'une très mauvaise nouvelle dans notre monde. Mais, Facteur rappelle avec peu de mots que si elle n'est pas acceptée rapidement par un des Sentiments, Yumi ne pourra pas dépasser la situation et ils reviendront à la genèse de la série : la tromperie du premier ami avait provoqué le coma d'Amour, une pluie et une tempête sans fin dans l'esprit de Yumi, et la difficile reconstruction d'un Village fonctionnel - d'un état psychologique équilibré pour l'héroïne.

Quel Sentiment va l'accepter et aider Yumi ? Quand ? Pour quelles conséquences dans son travail et sa vie sentimentale à venir cette deuxième saison ?

Bon visionnage sur différents sites de visionnage à la demande dont M6+, Amazon Prime, etc.

jeudi 6 juin 2024

Une discrète boîte coréenne dans Lovely Runner

 Le feuilleton sud-coréen Lovely Runner (선재 업고 튀어) a été diffusé en avril-mai 2024 sur plusieurs services de visionnage à la demande d'Asie de l'Est.

L'histoire semble celle d'une héroïne Im Sol, en fauteuil roulant, fan de Ryu Sun-jae, membre d'un groupe de K-Pop... dont elle fait la rencontre par hasard après le concert du Nouvel An du groupe... et avant qu'il ne meurt en se jetant du balcon de son appartement quelques heures après.

Dans l'épisode douze, le couple visite un village côtier...

Et là, le biais fantastique débute : la montre usager de Ryu qu'elle a achetée comme un trésor devient un moyen de remonter dans le temps... De nouveau lycéenne avec sa mémoire d'adulte, elle va tenter par trois fois d'éviter la tragédie du Nouvel An à venir.

... et passe devant un restaurant de rue où se trouve téléphone et boîte aux lettres publics.

Entre deux voyages dans le passé, le couple heureux visite avec leurs amis un village côtier pour profiter de la plage et des montagnes forestières. Ils passent devant un des nombreux restaurants de rue du paysage.

Mais, comment le distinguer des autres s'il est important pour l'intrigue : un téléphone public bleu clair et une boîte aux lettres rouges sont posés à ce coin de rue.

L'héroïne de retour devant le restaurant de nuit pour éviter le funeste destin.

Ainsi, quand, au cours du treizième épisode, Im Sol tente de comprendre pourquoi sa dernière tentative de voyage n'a pas eu d'heureux résultats : elle décide de repousser Ryu et de se réfugier dans ce restaurant toute la nuit durant.

Voyages dans le temps et ses conséquences cachées faute de connaître l'ensemble des acteurs et des actions modifiés : la cause de l'accident qui a rendu Im Sol handicapée n'est pas enquêtée jusqu'à tard par l'héroïne... jusqu'à que les coïncidences et les petites modifications réussies ouvrent la vérité de son histoire avec Ryu Sun-jae.

lundi 1 mai 2023

Le won de l'unification dans l'adaptation coréenne de La casa de papel

 De 2017 à 2021, la série espagnole La casa de papel a captivé les téléspectateurs de la chaîne Antena 3 puis du service en ligne Netflix. L'intrigue : sous la direction du Professeur, un groupe va braquer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre en plein Madrid.

Netflix fournissant de nombreux marchés nationaux a une politique de commande délocalisée pour fidéliser le public local, et, selon le contexte, porter la production à l'international : voir Lupin avec Omar Sy.

La casa de papel est ainsi repris dans le contexte des relations inter-coréennes dans Money Heist: Korea – Joint Economic Area - 종이의 집: 공동경제구역. En français, La Maison de papier : Zone économique commune. La première saison a été mise en ligne en deux blocs : six épisodes en juin 2022, les six derniers en décembre dernier.

Dans un futur proche, les deux Corées se sont rapprochées. La circulation entre les deux pays est possible et l'unification monétaire est en cours accompagnée d'investissements sud-coréens au nord et d'exportations du nord vers le sud.

Dans ce cadre, une métropole-nouvelle avec statut de zone économique spéciale a été construite dans la zone démilitarisée. Tout le plan circulaire est centré sur l'imprimerie des nouveaux billets de banque.

Extraits du début de la série : exposition des nouveaux billets et observation sous la loupe du billet-héros par un imprimeur (captures trouvées grâce à Google Image).

La mise en place du lieu et des personnages permet de découvrir ces billets imaginaires. Un groupe de lycéennes, dont la fille de l'ambasssadeur des États-Unis, passe l'exposition montrant les billets déjà en circulation et celui qui est en cours d'impression et qui est au cœur du braquage.

Compter l'argent dans une société de l'exploitation des opportunités (captures trouvées grâce à Google Image).

Les retours en arrière (flashbacks) permettent de découvrir la diversité des Coréens et de l'histoire récente de leurs deux pays, dans un Sud capitaliste libéral et les mauvais souvenirs et les espérances des migrants du Nord. Compter l'argent nouveau n'est que compter la monnaie précédente pour plusieurs des personnages secondaires abusant des futurs braqueurs.

Le Professeur n'a donc que peu de mal à trouver son équipe multi-tâches et aux motivations variées pour qui les quatre trillions de wons n'ont pas forcément la même signification.

Le billet de cent mille wons au cœur de l'intrigue (trouvé grâce à Google Image).

Le billet de cent mille wons, plus grosse coupure de la monnaie unifiée, est montré sous plusieurs formes : en grand sur un poster dans l'exposition, sous forme de feuilles en cours d'impression, sous la loupe de l'imprimeur-contrôleur, etc.

Sur son compte Twitter, le journaliste Shreyas Reddy, actuellement correspondant d'un média spécialisé dans la Corée du Nord, a analysé les trois billets créés dans la série télévisée, le vingt-quatre juin 2022.

Il rappelle ce que chaque livre d'histoire générale sur la péninsule de Corée apprend au lecteur : il y eut plusieurs royaumes médiévaux dans cet espace, unifié progressivement puis conquis par le Japon au début du vingtième siècle, et divisé sous d'autres logiques par la libération de 1945 et la Guerre froide. Cela entraîne donc une lecture de l'histoire médiévale et moderne différente selon le pays, y compris dans le nom du pays, le rôle historique des capitales, et, dans le détail, les habitudes et secteurs économiques privilégiés qui se sont inversés entre le nord et le sud après 1945-1953.

Comment les scénaristes et accessoiristes allaient-ils trouver les points communs pour les personnages choisis pour les billets de banque ?

Timbre sud-coréen du centenaire de la mort de Yu Gwansun, émis en 2020 (Korea Post via la Korea Stamp Society).

Pour le gros billet de cent mille wons, l'étudiante Yu Gwansun (1902-1920) qui participa au Mouvement du Premier-Mars en 1919 contre l'occupation japonaise ; arrêté alors, elle est libérée grâce à l'intervention de missionnaires. Pendant un mois, dans son village d'origine, elle mobilisa la population et fut arrêtée. Elle refusa d'admettre sa culpabilité, tenta au printemps 1920 d'organiser un soulèvement en prison, fut régulièrement torturée jusqu'à sa mort en septembre 1920.

Les timbres sud-coréen de 2010 : An Jung-geun et son groupe se coupèrent une phalangede leur annulaire gauche en 1909 et écrivirent « indépendance coréenne » de leur sang sur le drapeau du pays (Korea Post via le site d'information du ministère sud-coréen de la Culture).

Sur le billet de cinquante mille wons - orangé sur les images ci-dessus, est représenté An Jung-geun (1879-1910). Éduqué et converti au catholicisme, il refusa le traité de 1905 et participa au mouvement de 1907 pour rembourser le prêt japonais. En 1907, il rejoint à Vladivostok un groupe de résistance armée. Le 26 octobre 1909, il assassine plusieurs officiels japonais dont l'ancien premier ministre, premier Résident général en Corée et alors président du Conseil privé de l'empereur. 

Timbre sud-coréen de 2016 sur la standardisation du hangeul par Ju Si-gyeong (Korea Post via la base Colnect.com).

Le troisième personnage sur le billet de dix mille wons est le linguiste Ju Si-gyeong (1876-1914). Inspiré par la linguistique occidentale, il standardisa l'écriture et la grammaire du coréen. Il est le créateur du mot hangeul (한글) pour désigner l'écriture inventée au quinzième siècle par Sejong le Grand pour faciliter la diffusion de la connaissance dans le peuple. L'occupant japonais imposa la continuité de l'usage de l'écriture dite chinoise.

Des trois, Ju est né dans la future Corée du Nord etait protestant. L'origine sociale des trois est variée (respectivement rurale, ancienne, plus récente) et permet de lier les deux Corées dans leur unité face au traumatisme de la perte d'indépendance sous l'occupation japonaise.

L'actuel billet de dix mille wons depuis 2007 à l'effigie du roi Sejong le Grand (via la base documentaire Commons de Wikimedia).

Une des images ci-dessus - le comptage de billets - apparaît l'actuel billet sud-coréen de dix mille wons à l'effigie du roi Sejong (1418-1450), qui a inventé seul et en secret le hangeul, ce que les lettrés confucianistes et les puissants lui reprochèrent longtemps. Un souverain aux actions intéressantes pour montrer que la modernité du quinzième siècle n'est pas qu'européenne et pas que du quinzième siècle d'ailleurs.

Cela permet de découvrir à la lecture de l'article de la Wikipédia en anglais sur le won sud-coréen que les pièces de monnaie et les billets de banque représentent des personnages très anciens, pas les héros de l'indépendance comme dans la série ici évoquée.



Attention : divulgâchage / spoiler ahead.


Hasard de la géopolitique, la première saison se termine à Kherson, en Ukraine, objet d'une étrange carte postale au cours de l'intrigue.

Le Professeur tient particulièrement à cette carte postale dans la série (capture d'écran trouvée grâce à Google Image).

Étrange pour le personnage du Professeur... et aussi parce que Kherson dans la grande plaine ukrainienne ne doit pas ressembler à ce bourg à flanc de montagne forestière.

Tiens, comme Hallstatt en Autriche.