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samedi 16 mai 2026

Poster une dernière carte parisienne à la gare de Lyon

 Le vingt-et-un juillet 2025, en repartant de vacances à Paris, voici une boîte aux lettres dans le hall de la gare de Lyon, départ des trains vers le sud de la France.

La boîte aux lettres entre panneau d'affichage et les quais en juillet 2025 (photographie sous licence creative commons cc-by-nc-sa).

Une dernière chance d'envoyer des cartes postales parisiennes depuis Paris, même si les oblitérations postales françaises ne portent plus le nom du lieu d'expédition.

La boîte aux lettres aux indications d'Île-de-France (photographie sous licence creative commons cc-by-nc-sa)

Ou une chance pour les travailleurs pendulaires franciliens de déposer leur courrier entre leur domicile et leur lieu de travail. La fente de gauche indique qu'elle est destinée aux envois vers les huit départements de la Région Île-de-France.



Cet article est publié dans le cadre du trois centième #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky (le promoteur de cette manifestation réseausociale hebdomadaire a retrouvé la première boîte pour fêter le nombre rond, en bord de mer, dans les îles Britanniques).

dimanche 14 décembre 2025

Passion briques postales ou charognards de la spéculation ?

 À peine le temps pour HothBricks, le blogueur spécialisé des nouveautés Lego, d'annoncer la mise en vente vendredi douze décembre 2025 d'une boîte spéciale au Musée de La Poste, à Paris et sur sa boutique web, que le produit est déjà épuisé le samedi à la pause de midi.

Le set privé 230925 du Musée de La Poste : un petit bureau, dont l'avantage tient surtout aux briques sur lesquelles les logotypes du Groupe La poste sont imprimés (via HothBricks).

Pour cinquante euros moins un centime, cent pièces permettent de construire un bureau de poste (les visuels ne montrent que la façade et pas le possible intérieur), un vélo jeune orangé et un facteur.

Selon le principe du prix par brique en neuf non ouvert, c'est très cher, donc limité aux amateurs de la poste, d'un souvenir du musée, pour une reconstitution urbaine ou de village en briques danoises.

Le prix comprend, bien entendu, l'impression des briques personnalisées (qui rappelle les licences des marques de films ou de dessins animés), la société de conseils, et surtout le coût de la confection spécifique d'une petite série.

La boutique du musée annonce trois mille sets numérotés... Je croirais lire les publicités de Philaposte pour les NFTimbres... à plusieurs fois huit euros de faciale ET LE TIMBRE NUMÉRIQUE dont il ne faudrait pas le séparer.

Sur eBay, samedi vers quatorze heures... du double au quadruple.

Entre la lecture des commentaires du site HothBricks et la consultation hier, samedi treize décembre 2025, d'offres de ventes du set sur eBay, je confirme une perte de foi envers une partie de l'espèce humaine : les charognards spéculateurs.

Sur le blog, les témoins signalent l'apparente non limite de la quantité pouvant être commandée... Oui, les vrais rats créateurs de pénurie seront ultra-minoritaires, mais bon, j'espère que, lundi matin, il sera fait du ménage dans les commandes extravagantes.

Seuls, deux sets sur les huit de ma capture semblent avoir été achetés au Musée avec photographie prise sur un parquet ou une table en bois. Les autres rentabilisent déjà une commande probablement même pas encore définitivement validée.

De cent à deux cents euros alors qu'en fouillant un stock personnel de briques, en commandant les quelques qui manqueraient directement à Lego en neuves ou sur un forum d'échanges entre particuliers, on peut reconstituer un modèle non officiel.

Les bricoleurs recréeront un moyen (illégal : marques déposées) de coller, imprimer les logotypes. On peut même envisager de personnaliser le set amateur avec le logotype et les couleurs de sa poste préférée.


Seul petit point rassurant du côté de la direction du musée : un acheteur s'étant rendu à la boutique du Musée indique que seul un lot de cinq cents a été mis en vente vendredi.

Certes, j'avais haussé un sourcil quand j'avais découvert, en 2023, que la voiture postale (set 230923) n'était en vente qu'au musée à Paris... L'approche de Noël permit à un ami parisien de m'aider à l'acquérir sans hâte. Au moins, la vente s'écoulait au rythme des visiteurs et des curieux tombant dessus.

Là, une impression de premières heures du Monacophil 2019 ou de poubelles du Salon d'automne pleine des livrets jetés pour n'en conserver que les timbres hors-programme... Il serait intéressant de savoir si le musée (pas que la boutique : les expositions) a été davantage visité vendredi et samedi.


Oui, la mignonnerie de ce bureau fera que je ferai un tour sur la boutique web demain ou mardi, mais bon, j'ai un stock de briques anonymes, ainsi qu'assez de Lego postaux pour décorer : le bureau aux murs bleus et le facteur en side-car de ma jeunesse, une poste aux chouettes en marge d'un set Harry Potter, le bureau de poste du Père Noël qui attend son tour de montage.

samedi 1 novembre 2025

Boîte aux lettres dédiée aux enfants martyrs de la Shoah à Paris

 En Allemagne, le promeneur peut trébucher sur des petits pavés de trottoir portant l'identité de personnes juives déportées sous le régime nazi, et placé à l'emplacement de l'entrée de leur dernier domicile. Trébucher se dit stolpern en allemand, d'où le nom de Stolpersteine.

À Paris, ce sont les boîtes aux lettres qui ont ce rôle depuis 2022 dans un moment de souvenir des quatre-vingts ans de la rafle des juifs de Paris et sa banlieue par l'État français et leur entassement pendant cinq jours dans le Vélodrome d'Hiver avant la déportation des adultes vers les camps de concentration nazis et le centre d'extermination d'Auschwitz.

Les enfants furent parqués dans des camps dans le département du Loiret sous surveillance de la gendarmerie française avant que le régime pétainiste trouve moyen de les refiler aux Allemands... Aucun enfant n'a survécu, sauf quelques évadés des camps français.

Le portrait de deux enfants déportés peint sur une des boîtes aux lettres au coin de la place des Vosges, à Paris (tous droits réservés).

Le Mémorial de la Shoah de Paris a organisé, en 2022, la confection au pochoir par l'artiste C215 du portrait d'enfants ayant vécu dans ou près du quartier du Marais, dont certains apposés sur des boîtes aux lettres de rue de La Poste.

Au coin de la place des Vosges, au commencement de la rue du Pas de la Mule, voici le portrait de Paulette et Emmanuel Hiller, déporté à l'âge de quatorze et sept ans. D'une mère polonaise et d'un père tchécoslovaque, les deux enfants sont naturalisés français.

Arrêtés avec leur mère, ils sont directement parqués au camp de Drancy. La nationalité française des enfants ralentit le zèle administratif... jusqu'au sept septembre 1942 où la déportation de la mère et les siens a lieu parmi des centaines de juifs arrêtés dans le sud de la zone libre (totalement sous le contrôle des autorités de Pétain et Laval).

Si une centaine d'adultes sont enfermés au camp d'Auschwitz, la quasi-totalité des déportés de ce convoi sont gazés dès leur arrivée. Seuls trois dizaines d'hommes auraient survécu dans ce convoi n°19, d'après Serge Klarsfeld.


Cet article est publié dans le cadre du #PostBoxSaturday, en ce qui me concerne sur le réseau social BluSky.


Complément du mardi quatre novembre 2025 : hasard du calendrier philatélique allemand, deux timbres sur la mémoire des victimes et des survivants de la Shoah sont émis en décembre 2025.

samedi 2 novembre 2024

Yaka focon édition Salon d'automne Paris 2024

 For the non-French speaking readers: "yaka" and "focon" or any other orthograph are a French colloquial way to reject someone's unhappiness on a situation and their non actual solutions.

Hence the transformation of the correct forms: "Il n'y a qu'à + verb" and "Il faut qu'on + verb", that can be translated as "We should do that", "If only we do this".

Of course in these cases, either the idea is unpractible, out of touch with reality, or the proposer won't volunteer time and effort to implement it.

Depuis quelques temps, les deux rédacteurs-en-chef de la presse philatélique française tendent à dire - poliment - ce qu'ils pensent de certaines actions de La Poste et de son service philatélique Philaposte. C'est discret, limité à quelques points anecdotiques - mocheté d'un timbre, coût d'un produit réédité différemment - tandis que je compte le nombre de pages gaspillées dans leur trois magazines sur les émissions de timbres de l'année écoulée (et le courrier des TAAF, ô mon Dieu)...

Ainsi, ça y est, tous les acteurs de la philatélie française ont découvert qu'aller en train, loger ou louer un espace dans Paris coûtent cher... Ça fait longtemps que j'évite Londres pour cela, que je suis heureux que covid et Brexit m'évitent désormais le pèlerinage professionnel annuel à Liverpool, et mon dernier séjour à Paris était chez un ami à éviter des fast food assez élaboré qui avaient atteint les prix londoniens.

Maintenant, la Chambre syndicale des marchands de timbres (CNEP) a-t-elle compris qu'elle aura du mal à faire venir ma génération, professionnellement active et moins enthousiaste à courir en tout sens, en organisant son salon automnal entre jours de semaine et un samedi ? 

Non, j'ai perdu le goût juvénile de fuir mon lieu de travail le vendredi après-midi en espérant ne pas rater le TGV réservé, profiter du Salon et de Paris, et prier qu'aucun aléa ferroviaire m'empêche d'être lundi aux aurores de retour au travail. L'alerte rouge pluie-inondation le dimanche de mon dernier Monacophil m'a servi de leçon - stress et finalement retour en car Macron qui eux continuaient à rouler (pas les trains ?!).

Y'a qu'à utiliser une semaine des vacances scolaires de Toussaint ? Ou y aurait-il là encore dans la clientèle ciblée (les marchands vendeurs et les collectionneurs retraités) le même souci du coût du lieu d'exposition et le souhait des activités familiales mémorielles, alors qu'il simplifierait le déplacement des jeunes actifs et des parents avec enfants ?


À tel point que nous pouvons revenir sur le premier des timbres-blocs hors-programme émis par surprise et correspondance : le fameux Rouge-Gorge de 2004 et sa carte en beau papier. De ces objets à tirage limité qui forcent tant de visiteurs soucieux à se rendre à Paris début novembre.

Trois euros à la vente : un scandale pour ceux qui n'ont pas trouvé le code de commande à l'époque, pourtant donner en temps suffisant dans Timbres magazine (c'est comme ça que j'ai eu le mien). Trois cents euros pour les plus malchanceux ; cinquante euros une fois la poussière retombée au passage des Panoramas où il fallait faire tourner les stocks.

Extrait du prospectus de vente Théodore Champion d'octobre 2024 (page 2).

Octobre 2024, Philaposte, narquois ou ayant besoin d'argent pour subvenir au coût de ses catalogues imprimés, joint un prospectus Théodore Champion avec son catalogue 104 et l'annonce des produits du Salon d'automne. Page 2 du prospectus, le bloc Rouge-Gorge :

- cote Yver et Tellier = 90 euros,

- prix normal = 25 euros,

- offres spéciales = 10 euros.

Pourquoi se jeter au Salon d'automne ? Pourquoi ne pas attendre que les collections achetées en gros par les marchands ne reviennent sur le marché par les voies impénétrables du Seigneur ? Heureusement qu'il y a des rencontres d'amis lointains, l'entraide d'achats et des collections exposées pour justifier sur les forums le voyage à Paris.


Maintenant Philaposte, qui fait ce qu'il faut pour rentabiliser le salon vu le nombre d'émissions du programme prévu, hors-programme coûteuse, et autres collectibles très coûteux, etc. Chacun y trouvera quelque chose à son goût, sauf les complétistes, mais tant pis pour eux.

Deux choses me chiffonnent hélas.

D'abord, pourquoi s'acharner à vendre des rééditions de timbres à l'intérieur d'un livret (histoire du premier timbre, agenda philatélique) si c'est pour que les acheteurs les jettent dans les poubelles du salon illico... Certes, les collectionneurs-spéculateurs-complétistes sont cons, mais le papier est une denrée qui devient un luxe pour certains secteurs économiques : les magazines spécialisés sérieux par exemple. Les trois philatéliques certes, les nombreuses revues d'associations et sociétés philatéliques et au-delà, mais aussi Canard PC et bien d'autres périodiques commerciaux de qualité en concurrence avec des magazines remplis de vide publicitaire voire de délires complotistes, sans parler de la fabrication de carton de colis.

Autant faire un véritable agenda avec de la place pour les émissions de timbres, les événements associatifs, les expositions du Musée de La Poste, etc. Là, des collectionneurs passionnés des marques événementielles (une classe d'exposition, non ?) achèteront le produit... ou pas. Si pas, c'est que le produit n'en valait pas la peine.


Exemple d'une Affiche philatélique, celle de novembre 2024, nouveau produit proposé par Philaposte et qui, selon la rédactrice-en-chef de L'Écho de la timbrologie, semble attirer un nouveau public.

Ensuite, si le but est de promouvoir la philatélie et la collection au-delà des retraités qui ont le temps de faire le tour de France hors vacances scolaires et de la spéculation sur internet, j'apprécie que les affiches (mini-poster agrandissement d'un timbre semi-moderne avec quatre timbres à forte valeur faciale le reprenant) plaisent en décoration à de nouvelles générations. Personnellement, il faut que je mesure une feuille d'impression non coupée du timbre Kalush Orchestra d'Ukraine et me rende chez un fabricant de cadre.

Le carnet promouvant un événement ayant lieu du sept au neuf novembre 2024, émis pendant et pas bien avant...

Seulement, parmi les produits promouvant le Salon d'automne 2024, le carnet Marianne d'usage courant me paraît très absurde : sa couverture publicitaire est explicite avec 77e Salon Philatélique d'Automne, les dates, le lieu, et même un numéro de téléphone pour se renseigner.

POURQUOI ALORS EST-IL EN VENTE QU'À PARTIR DU PREMIER JOUR DU SALON B... DE M.. !!!

Personne à Boulazac n'a pensé le mettre en circulation dès début septembre au moins dans les bureaux de poste et les buralistes d'Île-de-France et des régions du Bassin parisien. Au moins celles-là pour toucher un nouveau public qui pourrait se demander ce qu'est ce Salon et qui se trouve à porter de trains régionaux de Paris ?


Sinon, oui l'hypocrite que je suis a posté une petite commande à partir du catalogue de Philaposte : deux documents philatéliques qui me servent mieux de souvenir pour les lieux ou événements choisis (merci aux artistes), et peu de timbres pour la correspondance puisque le problème postal de ce Salon reste un héritage des États généraux de la philatélie : tous les timbres à faciale en euros seront à compléter dès l'augmentation des tarifs le premier janvier prochain.

Encore un truc qu'il faudrait faire sérieusement remonter au chef-comptable de Philaposte : certes, ça évite que la Société anonyme au-dessus se pose trop de question sur la rentabilité de la philatélie, mais c'est bon, avec une telle clientèle captive, La Poste est-elle à quelques centimes près ?

Voire : À quand tous les timbres de France à faciale d'usage ?


Note du jeudi vingt-huit novembre 2024 :

Le bilan visiteurs, finances et avenir du Salon d'automne d'après Michel Melot est à lire en éditorial du numéro 272 de Timbres magazine de décembre 2024.

Ainsi que l'intéressant contre-point collectionneurs et valeurs des Bavardages d'Aristote à la fin de la même édition : des timbres et courriers bien mis en forme en une collection complète - selon la définition du vendeur - peuvent se vendre en un bloc à un marchand ou un autre collectionneur, qui détailleront si nécessaire. Il donne quelques exemples récents en marcophilie départementale.

J'ajoute que certains pourraient renouveler l'approche en philatélie sociale en lisant la correspondance si incluse et en recherchant qui sont les expéditeurs et les destinataires.

D'autre part, sur le forum du Marché du timbre, site d'échanges entre collectionneurs, sont évoquées des collections moins rangées, peut-être vidées de leurs pièces de valeur, ou contenant nombre de pochettes et d'enveloppes d'abonnements aux nouveautés jamais ouvertes, par des collectionneurs ayant définitivement fermé leurs albums et dont les héritiers ont préféré faire don aux Petits Frères des pauvres qui les dispersent pour réaliser leurs bonnes actions.


Complément du dimanche seize mars 2025 :

Depuis cet article, la journaliste Sophie Bastide-Bernardin a appris en cours de réalisation du numéro 2001 de L'Écho de la timbrologie que ce serait et le dernier numéro de cette publication et de son emploi dans la filiale périodique d'Yvert...

Il reste Atouts timbre piloté désormais par le chef Benoît Gervais et dont le premier courrier des lecteurs est un reproche à son ancienne employée, et Timbres magazine censé avoir fussionné avec L'Écho... sans que cela se remarque depuis.

Merci pour les vieux timbres de France oblitérés au jet d'encre postal et la lettre annonçant tout cela aux abonnés de L'Écho, mais et la lettre et l'oblitération du vingt-sept décembre 2024 : tout cela sent la précipitation. L'Écho était tourné vers les nouveautés, les événements philatéliques et quelques articles spécialisés ; à le faire survivre et fusionner, ça aurait été plutôt avec Atouts timbre qui avait des objectifs proches en étant accessibles à un public élargi (prix, thème des articles, coût papier journal, et... disponibilité en kiosque). Épaissir de plusieurs pages Atout timbres avec un ou deux articles spécialisés ?

Mais, peut-être que je rate l'économie globale de la filiale : le papier coûte cher, la distribution des périodiques aussi (Abonnez-vous !), un contrat à durée déterminée aussi ?

Je laisse cheffer les deux rédacteurs-en-chef, lis les articles qui m'intéresse, mais j'ai peur que les pages Nouveautés de France redeviennent des copiés-collés Philaposte, sans avis esthétique ou autres. Tant pis.

dimanche 25 février 2024

Vignette dentelée pour manger au Resto U dans les années 1960

 Sur le stand d'un brocanteur expert en meubles, vaisselle et cristal sur un des marchés dédiés à Montpellier, il y avait, ce jeudi vingt-huit décembre 2023, une trentaine de revues d'actualités des années 1930 et deux boîtes de vieux papier portant des timbres et vignettes (cartes postales, factures,...).

Les identités et adresses permettaient de juger l'accumulation de toute une vie par une petite poignée de familles héraultaises dont le brocanteur a débarrassé quand il a fallu réduire le volume du dernier déménagement ou du dernier voyage.

D'où le fait que plusieurs pièces à venir seront anonymisées. 

Carte d'admission au bénéfice des œuvres universitaires d'un étudiant francilien en 1961-1962 (anonymisée).

Lors de l'année scolaire 1961-1962, Serge étudie l'éducation physique (et sportive) dans la région parisienne. Il obtient cette carte d'identification avec photographie du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous*), l'institution permettant aux étudiants l'accès à prix réduit à des logements, repas et activités culturelles et sportives pendant leurs études.

Au dos, sont décomptés le nombre de carnets de bons de repas, onze entre octobre 1961 et janvier 1962, valable au restaurant universitaire Mazet comme le prouve tampon sous la photographie et une vignette dentelé orange surchargé au nom du site et de l'année universitaire. Le Resto U* Mazet existe toujours au cinq rue André Mazet dans le sixième arrondissement de Paris.

Dommage qu'il n'y eut pas de jeune généalogiste dans sa famille pour retranscrire une vie voire toute l'histoire d'une famille qui vivait alors dans un pavillon de Clamart, au sud-ouest de la ville de Paris.

Je dis ça, mais suis-je allé jusqu'à garder cartes d'étudiant et carnets de correspondance du collège ?


*: Note to non-French readers, the French people, its government and administrations love their numerous acronyms, especially when they can be pronounced like words: "Crous" and not C.R.O.U.S., RestoU, etc. Whole acronym dictionaries could be created per domain of governance.

samedi 27 janvier 2024

Les journalistes découvrent le Marché du tim... Ah non, pardon

 Le premier week-end de 2024, en France, le Roi Emmanuel Ier de Micron décida de changer de Premier Ministre, obligeant Élisabeth Borne, comtesse du 49-3, à la démission. Déjà excités par des rumeurs depuis plusieurs jours, tous les journalistes de France se mirent à épier réseaux sociaux et indiscrétions de couloirs pour deviner le nom de son ambitieux successeur.

Malgré l'étonnante vague de froid humide sur Paris, les reporteurs de terrain passèrent des heures à dire qu'ils ne voyaient rien à plusieurs centaines de mètres du palais royal de l'Élysée... Loin est le temps où habitant Paris, j'étais passé devant les objectifs d'un amas de caméras filmant le palais dans l'axe de son portail d'entrée principale.

Bef, comme d'habitude à chaque changement de Premier Ministre en France, il fallut bien que les journaleux parigos s'excitassent sur le vide au lieu de demander à leurs patrons de dépenser en frais pour découvrir les Français, les autres habitants du pays, voire... le vaste monde.

Sauf que, cette année, la rumeur du successeur potentiel permit à ses reporteurs d'avoir quelque chose à montrer.

Près de l'Élysée et de l'avenue Gabriel, à Paris, le journaliste de France info, en direct le lundi huit janvier 2024 entre le coûcher du soleil et la diffusion du nom du nouveau Premier Ministre.

Ainsi, à tour de rôle, les courageux frigorifiés et inutiles journalistes firent leur direct en montrant le panneau touristique piéton indiquant la direction de l'avenue Gabriel, donc du Marché de la philatélie, connu des collectionneurs de timbres et d'histoire postale comme le Carré Marigny des professionnels et le marché des pieds humides (les vendeurs amateurs sur les bancs).

Seul avantage d'avoir su que seul Gabriel Attal était suffisamment inoffensif aux yeux du roi des rois, l'ensemble des téléspectateurs des chaînes d'information continue ont découvert qu'il y avait un marché de timbres près de l'avenue des Champs-Élysées, dans Paris.


Jours et horaires d'ouverture des marchands sur le site de l'Office de tourisme de Paris.

dimanche 22 mai 2022

En 2017, le nouveau bureau central de poste à Singapour

 Le neuf octobre 2017, Singapore Post a ouvert son nouveau bureau central dans le tout nouveau centre commercial SignPost Centre, dans le sud de la cité-État d'Asie du Sud-Est. L'événement se retrouve sur le fil Twitter de l'opérateur postal, successeur de l'administration postale depuis 1992.

Ce fil Twitter a été ouvert en janvier 2014 et est inactif depuis 2018, d'où la facilité de retrouver les photographies de l'inauguration, entamée par un groupe de percussionnistes et danses de lions. Apparemment, Instagram et Facebook paraissent plus pertinents pour toucher les consommateurs.

Inauguration du nouveau General Post Office de Singapour, le neuf octobre 2017 (photographie Yaacob Ibrahim, alors ministre).

Le bureau central est présenté comme modèle des bureaux modernisés de poste à version, avec automates pour les services postaux et bancaires (ici et là).

Outre les services postaux, le GPO propose des éléments historiques : une rangée des boîtes postales, montrant le passage de l'administration postale à l'entreprise.

Ouvert en septembre, une boutique philatélique voisine le bureau, avec une boîte-pilier au modèle britannique permet de poster des courriers qui recevront un cachet spécial en rouge.

L'émission de 2017 sur carte postale (via le blog Postcard A La Carte, octobre 2017). Voir des images de meilleures qualités sur le blog Commonwealth Stamp Opinion en septembre 2017.

L'architecture du nouveau bureau s'inspire d'éléments du GPO historique, comme représenté par les montages de l'émission de quatre timbres-poste du neuf octobre 2017.

Un hôtel depuis 2000, l'ancien bureau central se trouvait dans l'immeuble de bureaux Fullerton construit dans les années 1920, sur le site de l'ancien fort et à l'occasion du centenaire de la colonie.

La poste singapourienne y resta jusqu'à 1996, juste avant le classement patrimonial du bâtiment et sa transformation en hôtel.

Un employé et une employée du nouveau GPO de SingPost, figurines Lego personnalisé par MinifigLabs, entreprise singaporienne (toujours disponible auprès de la boutique web).

À côté de l'émission philatélique, deux figurines Lego personnalisées sont proposées aux collectionneurs en 2017, et promues sur Twitter au Noël suivant.

Il en reste un stock en 2022 à trente dollars singapouriens l'unité ou cinquante dollars le duo (environ trente-cinq euros et le port en plus).

L'arrière des emballages des figurines : il y aurait, dans la nature, deux modèles de boîtes aux lettres singapouriennes en Lego...

Pourquoi le centre commercial d'installation porte-t-il le nom de l'opérateur postal ?

Déjà, le fil Twitter indique que l'inauguration d'octobre 2017 conclut deux ans de travaux du centre, situé dans le quartier Paya Lebar Central que le gouvernement singapourien a souhaité rénover en zone commerciale gigantesque en dehors du centre de la capitale.

D'après le site officiel du centre, il est géré par CapitaLand Mall Asia et, d'après le site postal, est la propriété de SingPost.

En 2015, à l'annonce du projet, SingPost expliquait cette diversification pour offrir une opportunité de revenus à ses actionnaires, et mettait en avant ses capacités logistiques au service d'un commerce sur place et en ligne, ainsi que la modernisation numérique promise aux magasins du centre en parallèle au développement de nouvelles technologies dans les bureaux de poste.

Après tout, n'est-ce pas ce que la filiale immobilière de La Poste a commencé à faire avec le bureau central de la rue du Louvre, à Paris, qualifié de « vitrine de l'innovation du groupe » ?

mardi 19 avril 2022

Une base de données pour tous les tarifs postaux

 Un très intéressant entretien est à lire dans le mensuel Atout timbres du quinze avril 2022, à partir d'un projet d'étudiant qui, s'il se poursuit, pourrait révolutionner l'étude des tarifs postaux et l'histoire postale.

La une du numéro 281 d'Atout timbres du quinze avril 2022 (via Info-presse.fr).

Dans le cadre de son mémoire de fin d'étude en marketing digital et science des données, le chinois Yang Lu a décidé de créer dans les règles de l'art une base de données de tarifs postaux, sous la direction de Clément Levallois de l'emlyon business school, campus de Paris.

L'entretien raconte la genèse du projet réalisé en une année universitaire depuis la passion philatélique de Yang Lu, la surprise de Levallois sur ce thème et le soutien de trois membres du Club philatélique conflanais, Dominique Hardy, Hubert Dussouillez et Henri Aronis. Ces trois personnages ont des spécialités très différentes qui ont aidé à la réalisation de plusieurs aspects de la base de données : son contenu, la technique, et l'aspect esthétique puisque le but est de rendre l'outil accessible d'ici l'été au plus grand nombre.

La base liste actuellement les tarifs postaux français de 1878 à aujourd'hui, mais l'outil base de données vise à pouvoir lister des exceptions aux tarifs, et possiblement, des tarifs d'autres pays, des périodes antérieures. Une autre approche technique que les index toujours recherchés de Derek Richardson, et ceux sous la direction de Jean-François Brun.

L'étudiant précise que sa démarche va au-delà des bases cherchables d'Olivier Gervais pour la période contemporaine (annexe III de son site), et de Bernard Le Lann sur le site phil-ouest.com, déjà fort pratiques.

J'espère que Yang Lu réussira à mettre en ligne sa base de données, à en accroître le contenu, voire à ce que des institutions philatéliques l'accompagnent et s'emparent du sujet afin que cette base croissent et ait une longue vie sur internet.


Complément du mardi vingt-cinq mai 2022 :

Yang Lu a participé au concours de vidéo philatélique lors de l'expédition Helvetia 2022 pour présenter son projet de base de données : par ici sur YouTube.

Le classement et les liens vers les vidéos se retrouvent sur le site officiel d'Helvetia 2022.

mardi 19 octobre 2021

Des graveurs et artistes du timbre en cet automne 2021

 Depuis quelques années, les magazines philatéliques britanniques consacrent de plus en plus d'articles sur les graveurs de timbres-poste et le centenaire de la naissance de Czesław Słania, ce vendredi vingt-deux octobre, va accroître cet intérêt.

L'annonce du numéro de Stamp Collector daté décembre 2021, en kiosque le douze novembre au Royaume-Uni, avec le timbre suédois du centenaire de Czesław Słania.

Ainsi, Stamp Collector annonce pour le numéro daté décembre 2021 un article sur l'anniversaire du graveur polonais installé en Suède à partir des années 1950, et dont la finesse de la gravure a chargé de nombreuses administrations postales et de collectionneurs.

Pour les amateurs, Adrian Keppel propose une double page mensuelle sur un graveur dans Stamp Magazine : Lars Sjööblom dans le numéro daté octobre, Alfred Downey dans celui de novembre.

Et cela permet d'inciter à retrouver aussi les autres artistes du timbre. Le Stamp Collector de novembre propose de découvrir la philatélie tunisienne avec Ed Fletcher par deux biais : une histoire des premiers timbres jusqu'à l'indépendance, puis par les illustrations et le texte, les premiers timbres de la Tunisie indépendante d'un artiste en particulier : Hatem el Mekki.


De l'autre côté de la Manche, le Musée de La Poste, à Paris, poursuit jusqu'au premier décembre prochain son exposition À la pointe de l'art. L'exposition, que j'ai visitée en juillet, comprend trois axes majeurs sur place : des centaines d'œuvres d'arts variés de neuf artistes, depuis les graveurs professionnels jusqu'aux artistes touche-à-touche ; les œuvres des graveurs employés par le service philatélique français ; et une genèse en timbres et vidéo du Coq de Decaris pour mettre tout cela en action.

Est-ce la contrainte du covid et des restrictions liées alliée aux expérimentations philatéliques de par le monde ? Le Musée propose également de revoir des conférences diffusées sur internet et des courtes séquences vidéo aux futurs visiteurs ou à ceux empêchés de se rendre à Paris. Cela permet d'étendre aux études philatéliques et artistiques, ainsi qu'aux arts littéraires, de participer de cette célébration du timbre-poste.

Pour en savoir plus sur la démarche de cette exposition, on peur se tourner vers l'entretien avec Monika Nowacka, responsable du département des collections philatéliques du Musée de La Poste, paru dans Atout timbres du quinze octobre.


Compléments du lundi vingt-cinq octobre 2021 :

À l'occasion de ce centenaire, Adrian Keppel a annoncé, vendredi dernier, qu'il interrompt l'écriture de son blog Stamp Engravers.

En effet, il estime que même si des graveurs participent encore à la genèse des projets, les timbres en taille-douce actuels sont, finalement, créés par ordinateur. C'est un des débats sur cette forme de création et d'impression : faut-il que la main humaine - de l'artiste comme des artisans/ouvriers imprimeurs - soit présente à toutes les étapes ou est-il acceptable que l'ordinateur prenne le relais à l'imprimerie ?

À son avis, seules certaines épreuves correspondent à sa recherche... ce qui correspond aux œuvres proposées à ses membres par l'association Art du timbre gravé.

Le blog reste en ligne, mêlant articles d'actualité, découverte de graveurs et une base de données de graveurs de timbres du monde entier.

jeudi 12 août 2021

Carnavalet : le musée des médailles, jetons et épinglettes parisiennes

 Le Musée Carnavalet, 23 rue Sévigné dans le troisième arrondissement de Paris, est très riche sur l'histoire de la capitale française. Au point qu'il faut conseiller de le visiter en plusieurs fois pour profiter de l'histoire de la ville, de ses transformations urbaines et de la vie politique de ses habitants de l'antiquité à nos jours.

Pour les collectionneurs métalliques, c'est aussi un véritable musée de la commémoration et de la consommation par la médaille, le jeton ou l'épinglette, tous en métal. En voici quelques exemples parmi un grand nombre exposés. Pour l'échelle, tirons avantage de la difficulté d'un appareil photographique à faire le point sur un métal éclairé à reflets placé derrière une vitre : plus l'image est précise et son zoom détaillé, plus l'objet est grand et réciproquement.

Le panneau de présentation et d'activité consacré au stratère d'or, une pièce de monnaie frappée par les Parisii, occupants du site parisien dans l'Antiquité.

Contrairement à la majorité de la foule présente à l'ouverture (n'oubliez pas de réserver l'horaire d'entrée, jauge épidémique oblige), pensez à descendre au sous-sol pour visiter les salles sur la Préhistoire, l'Antiquité celte et romaine, et le Moyen Âge de Paris et ses abords.

Là, une célébrité francilienne a une place de majesté : le stratère d'or des celtes Parisii, découvert dans le trésor de Puteaux, et daté du second siècle avant Jésus Christ.

Un des nombreuses planches d'activité du musée permet aux visiteurs, notamment jeunes, de toucher l'histoire, d'apprendre la frappe monétaire (tiens... tiens...) et de repartir avec une frappe du stratère sur un marque-page (pensez à en amener un).

Médaille consacrée aux institutions de lutte contre la pauvreté sous le règne de Louis XIV, seconde moitié du dix-septième siècle (désolé, mes photographies des légendes liées sont confuses sur que montre quoi).

Ensuite, ce sont les effets sur l'espace urbain parisien de quelques règnes capétiens et bourbons qui sont mis en valeur par les médailles, mais aussi de monumentaux vestiges de statues royales détruites pendant la Révolution de 1789 et la chute de la monarchie en 1792.

Ci-dessus, une des deux médailles consacrées aux institutions d'aide et de lutte contre la pauvreté sous Louis XIV. Une autre célèbre l'installation de l'Académie française dans le palais du Louvre en 1672.

Médaille consacrée à Benjamin Franklin, l'une de Dupré en bronze d'avant la Révolution, l'autre en cuivre repoussé de P. G. Liénard des années 1800.

C'est un citoyen des jeunes États-Unis d'Amérique qui fait le lien médaillier entre l'Ancien Régime et l'époque révolutionnaire : Benjamin Franklin, homme des Lumières aux multiples spécialités dont celle de maître des postes, représentant de la nouvelle république à Paris, où il rencontre plusieurs philosophes et penseurs français... dans une ambiance de demandes de réformes de la monarchie absolue... Et si Louis XVI et son entourage avaient choisi le chemin d'une « Glorieuse Révolution »...

Grande médaille Le Citoyen Louis XVI au roi coiffé d'un bonnet phrygien, un des épisodes-soubresauts d'une monarchie devenue constitutionnelle. Épreuve en étain de 1792 exposée avec celle de Marie-Antoinette. Ces profils sont aussi repris, plus petits, sur le couvercle de bonbonnières de la même époque.

Mais, la Cour était trop divisée et la vie politique parisienne fort échauffée. Pourtant, assez courte après un millénaire de monarchie, les salles consacrées à la Révolution française, à la Première République et à l'Empire napoléonienne, justifient une visite pour elles-mêmes (et à compléter par le musée de peintures d'histoire de France introduit par Louis-Philippe d'Orléans au sein du Château de Versailles).

Outre les grandes peintures connues de tous, dont La Fête de la Fédération de Charles Thévenin, de nombreux objets marquent la mémoire de cette période dont des médailles commémoratives, notamment celles des stations du roi Louis XVI et son épouse les conduisant à leur décapitation...

Mais aussi des insignes et des sceaux (au sens de lecture inversé donc) en plomb ou laiton créés par les sections révolutionnaires parisiennes, dont une petite dizaine de 1792 à 1795 sont exposées.

Jeton d'entrée en étain aux Bains chinois (1787-1853), boulevard des Italiens (futur deuxième arrondissement).

Ainsi, la vie quotidienne et les modes sont aussi évoquées, comme celle de l'orientalisme voire de l'extrême-orient avec les Bains chinois, un établissement ouvert de 1787 à 1853, et qui utilisait des jetons d'entrée en étain.

Pour les dix-neuvième et vingtième siècle, ce sont d'autres médias qui évoqueront la vie artistique et nocturne des neuvièmes et dix-huitièmes arrondissements : les affiches par exemple. 

Épinglettes illustrées du portrait de l'écrivain Victor Hugo, fabriquées entre 1881 et 1902.

Mais, la vie politique française, entre régimes à souverains propagandistes et révolutions républicaines, emploient encore la médaille commémorative jusqu'au début du vingtième siècle : restauration de la cathédrale Notre-Dame démarrée sous Louis-Philippe et achevée sous Napoléon III côté opportunistes, épinglettes à Victor Hugo côté républicain.

Propagande et Grande Guerre : de la lutte contre l'Allemand aux médailles de la victoire (défilé de la Victoire du quatorze juillet 1919).

L'invention de la photographie et les progrès de l'impression (rotatives) modifient les documents des salles consacrées au vingtième siècle parisien. Une vitrine montre l'inventivité de la propagande anti-allemande diffusée sur les cartes postales de 1914-1918, suivi des médailles liées à la victoire.

À partir de là, les affiches publicitaires (pour les nouvelles salles de cinéma par exemple) et les photographies développées en grand format prennent le relai des médailles pour se souvenir du Paris d'avant, que des collectionneurs compléteraient des petits objets du quotidien francilien : tickets de métro, carte Orange et passe Navigo, « une » imprimée de quotidiens les jours de grands événements (manifestation du onze janvier 2015),... et, vue l'actualité paris-saint-germaine de cette semaine, maillot de footballeur ?

samedi 7 août 2021

Beaux bois, échanges et trésors : la Cité de l'économie à Paris

 Le titre ressemble à celui de l'article sur le musée de la Monnaie de Paris, les deux lieux présentant des similitudes grâce à une muséographie jouant à la fois sur un lieu patrimonial, une interactivité importante et un accent marqué sur des collections « précieuses », bien entendu des pièces de monnaie et des billets de banque.

La Cité de l'économie, ouverte au printemps 2019 dans le dix-septième arrondissement de Paris, est issu d'un mécénat et d'une propriété de la Banque de France. L'hôtel Gaillard a été de 1923 à 2006 une succursale de la banque centrale française. Ce bâtiment a été bâti dans le dernier quart du six-neuvième siècle par le banquier grenoblois Émile Gaillard dans un style néo-Renaissance, ce qui fait de l'architecture, des décorations intérieures en bois et du toit visible depuis l'exposition temporaire une visite en soi.

La façade de l'Hôtel Gaillard, à Paris (photographie sous licence Creative Commons CC BY-NC 4.0).

Le visiteur aura les premiers questions sur les échanges et la monnaie dans les pièces de travail d'Émile Gaillard : antichambre, bureau personnel, salle d'eau,... et qu'il poursuivra dans ce milieu cosy de parquet, murs de bois foncé.


Côté économie, ce n'est donc pas un musée : l'appellation « Cité » comme pour la Cité des sciences et de l'industrie insiste bien sur le fait que les visiteurs vont découvrir, apprendre et agir dans ce lieu. Par thème progressif, avec l'aide de vidéos de présentation, de bornes interactives, mais aussi d'un guide, le visiteur ira de la nécessité des échanges, du rôle de la monnaie entre les acteurs de ces échanges, du fonctionnement du marché, avant d'approfondir vers les courants de pensée et les débats sur les causes et conséquences des perturbations et des régulations de l'économie.

Installation artistique : fabriquer un grille-pain à partir de rien = extraire les matières premières (parties basses), fabriquer les moyens de les transformer (le plateau), assembler l'appareil, etc. Inclus : des pièces de monnaie.
À l'arrière-plan, la décoration de l'hôtel telle que prévue par son propriétaire originel. 

On est loin du collectionneur achetant, triant, étudiant et rangeant ces pièces, billets, timbres, tableaux, etc. Surtout que la première grande œuvre de la Cité est la décomposition d'un grille-pain : l'artiste ayant cherché à produire lui-même à partir de matières premières les composants et le montage de l'appareil... D'un point de vue prix, il vaut mieux le faire faire par les acteurs miniers et industriels. Pour la mise en scène, les matériaux sont aussi montrés dans d'autres usages dont les pièces de monnaie pour le nickel.

Un conseil de visiteur solo : n'hésitez pas à réserver une visite guidée même individuelle, le lieu est propice au questionnement, à tel point, que les dernières salles sur la gestion des complexités économiques (courant, perturbations, régulations) sont de plus en plus vides... mais sûrement pour permettre à des petits groupes face à un panneau explicatif de débattre de ce qui est présenté : comment certaines institutions peuvent-elles réguler le marché pour éviter des crises ?, etc. C'est la salle des guichets qui sert à cette partie-là : on y voit davantage des lycéens répartis en groupes discuter et échanger que des visiteurs épars se questionnant seul face aux rares panneaux.

Et le personnel de la Cité en a conscience puisque son site web propose de nombreux documents et activités, dont Les Leçons d'écomonique liées à chacune des parties de l'exposition permanente.


En famille ou entre amis, la récompense de ces efforts de réflexion sera la salle des coffres, cadre de la salle des trésors numismatiques. Là aussi, comme au Musée de La Poste, l'habitude est que l'employé de la boutique de souvenirs/librairie interroge les visiteurs sur leur ressenti : la salle des trésors semble passionnée certains à tel point qu'elle motive à elle seule l'achat de forfait annuel pour des enfants.

D'ailleurs, soyez prévenus : les vitrines des pièces et billets sont à hauteur d'enfants... Imaginez la rangée du bas d'une exposition philatélique.

Tellement de choses à voir dans la salle des trésors... Voici une partie des monnaies du monde hors les monnaies métalliques. Sur le niveau bas des vitrines : photographie prise au téléphone portable debout et je ne suis pas un basketteur professionnel.

Néanmoins, de l'Antiquité et de toutes les parties du monde (monnaies coulées du Maroc, bêches, sapèques et lingots de Chine pour ne citer que les métalliques)  jusqu'aux impressions de sécurité actuelles des billets en euro, la salle des trésors propose par l'interactivité de réviser la frappe monétaire, l'évolution des presses pour les monnaies autant que les presses rotatives pour les billets.

Un des outils de création monétaire exposés : une presse de Nicolas Thonnelier, mue par la vapeur, installée en 1845 à la Monnaie de Paris. 

Au fur et à mesure se déploie sur les tables d'activités une petite histoire du rôle des métaux précieux, notamment l'or entre Afrique subsaharienne et Europe, l'argent entre Amérique et Europe... et logiquement apparaissent aux côté des monnaies européennes contemporaines les monnaies des colonies françaises (« L'art français du billet ») - sur lesquelles je reviendrais grâce à un ouvrage récent en cours de lecture. À la fois un écho des salles précédentes et une ouverture à un musée de l'histoire des colonisations et exploitation des mondes naturels et humains du seizième siècle à nos jours.

Mais aussi, à partir des pièces, les réformes monétaires depuis celle de Charlemagne unifiant le denier d'argent dans son empire, aux plus problématiques des rois Philippe le Bel, Louis XIV et Louis XV, faisant varier le contenu de métal précieux à l'avantage de la Couronne.

Exposition par thématiques dans le décor de l'ancienne salle des coffres.

Pour les collectionneurs, notamment débutants vue la hauteur des vitrines..., cela inspirera des rangements par régions du monde, époques, métaux, et même thématiques ! Un côté de la grande salle des coffres propose de s'intéresser aux choses, animaux et métiers gravés. Très didactique pour éviter une focalisation sur la seule valeur d'achat et revente.


L'exposition temporaire actuelle, l'économie capitaliste des années 1970 à nos jours à travers la bande dessinée Largo Winch créée par l'auteur belge Jean Van Hamme, illustre le souhait de la Cité de l'économie de toucher le public le plus large possible pour l'éduquer et le faire s'interroger sur l'économie actuelle. Elle est ouverte jusqu'à fin 2021.

En début d'exposition, liant exposition permanente et exposition temporaire, un moyen d'échanges de monnaie : les premiers droits d'auteur de Jean Van Hamme en 1968.

Le lecteur y retrouve des scènes mémorables remis en contexte de la discipline ; le collectionneur repèrera les éditions épuisées des romans initiaux, ainsi que des dessins originaux ; le géographe et l'architecte seront interrogés sur le rôle du gratte-ciel et du quartier central d'affaire dans le capitalisme ; etc.

Les toits de l'hôtel Gaillard depuis la salle d'exposition temporaire en juillet 2021 (montage de deux photographies sous licence Creative Commons CC BY-NC 4.0).

Pour les passionnés de l'architecture et de l'aménagement de l'hôtel Gaillars, l'exposition temporaire permet de découvrir les toits grâce à une baie vitrée.


Le complément en aval du musée de la Monnaie de Paris - l'argent n'étant pas une fin en soi -  et un peu en dehors du Paris touristique : 1 place du Général Catroux dans le dix-septième arrondissement de Paris, à cent mètres environ du Parc Monceau et de la station de métro Monceau sur la ligne 2.

samedi 31 juillet 2021

Pierre, métal et interactivité : le musée de la Monnaie de Paris

 « Pierre sculptée, métal ouvragé et interactivité » est le bilan de ma visite individuelle du musée et de la visite guidée des coulisses de l'usine, encore en activité, de la Monnaie de Paris, réalisée le mercredi quatorze juillet 2021 en toute fin d'après-midi.

La salle principale de l'exposition permanente du musée du 11 Conti : l'histoire de la frappe monétaire, avec plusieurs activités manuelles et objets d'autres disciplines (photographie personnelle du quatorze juillet 2021).

Le frappeur historique de monnaies et médailles de la France a eu un musée dès 1833 et sa version actuelle du Musée du 11 Conti a ouverte en 2017 dans une version visant à convenir à de nombreux types de publics : des collectionneurs de monnaie aux enfants touche-à-tout en passant par les curieux d'histoire ou ceux des sciences appliquées et de l'industrie.

La cage d'escalier menant les visiteurs vers le musée de la Monnaie de Paris et conduisant vers la salle présentant les métaux (photographie personnelle du quatorze juillet 2021).

Depuis la rue Guénégaud, les deux visites partent de la « pierre » - un bâtiment fonctionnel (lieu de pouvoir côté quai de Conti, arrivée des métaux côté ateliers) - et remontent vers la transformation du métal. C'est ainsi que le musée s'ouvre sur une cage d'escalier aux murs composés de plaques de métal.

Fort logique, cet escalier conduit à une première salle exposant les métaux travaillés par les ateliers monétaires : forme minérale, premières formes transformées permettant de les travailler, et objets produits dont les monnaies.

De là, s'ouvre une grande salle, le cœur du musée où l'essentiel de la visite individuelle ou familiale aura lieu. Là, que l'évolution de la frappe puis de la presse monétaire est racontée : depuis sculpture et vitraux sur la frappe manuelle jusqu'aux presses à main puis à vapeur et hydraulique. C'est ici que le visiteur pourra frapper son jeton.

Le coffret de poids accompagnant la balance d'un changeur d'Amsterdam, aux Provinces-Unies en 1628. Chaque poids carré correspondant à une monnaie européenne.

En bas vers la sortie, un aller-retour vers le « trésor » : que deviennent les monnaies frappées ? Une exposition de pièces de monnaie de l'histoire européenne, dont l'unification des mesures des pièces de l'Union latine*. Quelques biographies de collections et collectionneurs : médailles de bataille sous Louis XIV - écho avec le château ? - ou Henri Abel et les poids akan du commerce d'or en Afrique de l'Ouest.

Car, en effet, les monnaies non européennes voire non métalliques ont une exposition dans ce trésor. Une exposition verticale pour le trésor de Huê capturé lors de la conquête du Tonkin et composé de lingots et pièces, notamment à trous carrés*.

Une longue vitrine illustre la diversité de la monnaie en dehors de l'Europe : depuis des matières premières végétales (feuilles séchées de tabac, fèves de cacao) ou ouvragés (textiles), jusqu'à des objets en métaux ou en verre, sans oublier les coquilles cauri. Tous et toutes, des éléments pratiques, parfois rares, souvent de grandes valeurs dans des échanges entre personnes ou populations.


Le musée propose plusieurs types d'activités et de visites spécialisées, en journée ou en début de soirée.

Afin d'optimiser mon séjour parisien, j'ai profité de la visite des coulisses, en nocturne du mercredi qui était maintenu le jour férié de fête nationale. Après une introduction sur le plan général du bâtiment - depuis l'hôtel de la monnaie dans le prolongement du pouvoir royal sur la rive d'en-face - jusqu'à l'entrée des coulisses, en fait, l'atelier encore en activité.

Il faut visiter ce musée en semaine en journée pour profiter des grandes ouvertures vitrées à travers lesquelles on peut voir les artisans et artistes de la Monnaie de Paris au travail. Après l'escalier évoqué au début, une promenade passe devant les ateliers artistiques de la monnaie : le travail du métal depuis le fondeur jusqu'au ciseleur et au patineur.

Entre la grande salle et l'exposition des monnaies, c'est une vue sur le plus grand atelier de frappe devant laquelle passe le visiteur... Bien silencieuse évidemment un Quatorze-Juillet.

Ainsi, la visite des coulisses permet de découvrir les ateliers de frappe des médailles et des monnaies en suivant la logique historique du bâtiment : de l'arrivée du métal rue Guénégaud avec la fonte et laminage dans ce secteur, et les produits se dirigeant vers les ateliers successifs jusqu'au plus grand, celui de la frappe monétaire de masse (pour l'époque, depuis l'usine de Pessac de 1973 a dépassé ces capacités) au plus proche de la salle des dépôts.

Pas de photographie permise de ces lieux sécurisés, mais une explication des enjeux industriels dans ce bâtiment historique. Comment chaque machine de presse a un rôle précis, comment l'artisan effectue précisément leurs réglages selon l'évolution chaque projet. Ainsi, est expliqué et montré, à partir d'anciennes commandes de médailles commémoratives, comment par frappes successives entre-coupés de passages nocturnes au four, l'atelier parvient à imposer au métal tous les détails souhaités par le graveur : fils d'une chevelure, relief à différents niveaux, etc.


Sous le buste du graveur général de la Monnaie, une petite vitrine des réalisations de Jacques-Jean Barre : poinçons, médailles, monnaie et timbre-poste Cérès de 1849.

Pour les philatélistes, une vitrine consacré au graveur Jacques-Jean Barre rappelle le lien généalogique entre la monnaie et la philatélie françaises puisque ce sont des graveurs généraux de la Monnaie de Paris qui réalise les premiers types des timbres de France : Cérès, le président puis empereur Louis-Napoléon Bonaparte.

Auquel, mais ce n'est pas l'objet de la Monnaie de Paris, on ajoutera le travail électro-chimique du métal par Anatole Hulot qui permit la production des plaques d'impression.

Les timbres-monnaie de nécessité sont évoquées au cours de la visite permanente avec un exemple belge et un allemand du début du vingtième siècle.


Un musée-usine à ne pas manque pour les collectionneurs de belles choses.

mardi 27 juillet 2021

Monnaies, médailles et jetons dans les musées parisiens

 Début d'une série d'articles inspirés de visites de musées parisiens (et du Château de Versailles) au milieu du mois de juillet 2021 et de leur point commun.

Le jeton offert au et frappé par le visiteur du Musée de la Monnaie de Paris (l'autre face est le logotype de la Monnaie dans un cercle d'étoiles).

Certes, ce point commun semble logique puisque la majorité fut choisie par passions (philatélie, numismatique), mais il se trouve que monnaie et médailles semblent omniprésente dans les musées pour lesquels l'histoire est importante.

Et le visiteur peut même repartir avec nombre de monnaies, médailles et jetons... même sans toucher aux distributeurs de jetons touristiques.

Assez rapidement dans le parcours touristique du château de Versailles, ce médaillier créé par l'ébéniste Alexandre-Jean Oppenordt d'après Jean I<sup>er</sup> Bérain, dans les années 1680, partie d'un cabinet (photographie sous licence CC BY-NC 4.0, seize juillet 2021).

Ainsi, le Musée du 11 Conti - celui de la Monnaie de Paris - permet au visiteur de frapper sa propre médaille. Même si la machine mériterait une petite vérification : ma médaille est centrée à cent pour cent... Une petite activité amusante qui prouve que ce musée est interactif et j'encourage les familles avec enfants de le visiter.

Jeton-mécène offert au visiteur ayant accepté d'offrir une donation pour aider l'entretien du monument, une reprise d'un modèle du dix-huitième siècle par la maison Arthus-Bertrand.

Depuis décembre 2015, le visiteur du château de Versailles est encouragé sur le site à faire une donation de cinq euros pour aider à l'entretien du domaine, en échange d'une entrée à faire valoir un an et d'un jeton à retirer à la librairie.

Et les deux musées proposent monnaies et médailles en métaux nobles dans leur boutique respective.

Le médaillier du touriste se complètera aussi des quelques pièces en euro, années, pays ou commémoratives non encore dans sa collection et récupérer dans la monnaie des commerces visités pendant son séjour.

À suivre dans les semaines à venir.